EUSÈBE, SAUVÉ DES ÉCOLOS / P1C3E12
P1C3E12 (Partie 1 / Chapitre 3 / Episode 12)
N°60 / EUSÈBE, SAUVÉ DES ÉCOLOS / P1C3E12
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort se réveille à Agotchilho.
Jeudi 21 avril
21 heures
Agotchilho
- Arthur ?
Il a décroché immédiatement lorsque Jeanne l’a rappelé.
Décidément, elle est devenue Jeanne pour tout le monde.
Le Numéro Deux ronfle sur son bureau et même les appels gutturaux de Béatrace en Führer n’ont pas pu lui faire lever un cil.
Ils sont rassemblés tous les trois autour du téléphone et ils attendent. Ils émettent conjecture sur conjecture à propos de l’émission d’Eusèbe, dont ils voient bien que c’est un coup des Écolocroques. Mais si ça c’est sûr, si, si, comme le zozote Béatrace, ils se sentent bien incapables de dire comment ! Eusèbe n’a évidemment pas tourné casaque, alors ??? Drogué ? Chantage ?
Alors, ils attendent que Jeanne rappelle pour leur fournir une explication quelconque, et quand le téléphone sonne, tous retiennent leur souffle.
- Arthur ? C’est grave…
- Oui, mais qu’est-ce qui se passe ??? Cette émission…
- Pour ça on n’en sait pas plus, mais le maire a débarqué au journal avec un « assistant » que je n’ai jamais vu à Saint Tignous sur Nivette. Il voulait, soi-disant de la part de Zèbe, nous l’imposer comme rédac-chef !!!
- QUOI ?
- Tu m’as bien entendu. Mouchoir les a virés avec Toto et les autres, mais ils vont revenir… Je n’y comprends rien, on dirait qu’ils ont enlevé Zèbe ou quelque chose comme ça. Arthur, le maire est avec les Écolocroques !!
- Aussi pourri que son père ce salopard. Et quand je dis son père, je devrais dire ses pères !!! Faut agir… Mais on ne peut pas se griller…
Rébéquée intervient :
- Béatrace et moi, on peut rester ici pour garder les lieux et interroger le Numéro Deux s’il s’éveille, et toi, tu peux remonter…
- Oui, Arthur, je peux rester avec Rébéquée. Il faut que tu remontes, même si…
- Même si ? demande Arthur…
Elle vient lui chuchoter à l’oreille, en le frôlant des moustaches :
- J’ai peur sans toi…
Attendri, il la regarde et lui embrasse la joue (enfin, presque la joue, tout près du cœur, parce qu’elle a, comme elle le dit souvent, le cœur au bord des lèvres) :
- Tu veux savoir ? Moi aussi j’ai peur. Mais faut y aller, non ?
En chœur :
- Faut y aller !!!
- Jeanne, reprend Arthur dans le téléphone, Rébéquée a trouvé la solution : j’arrive. Si le maire revient, vous lui dites qu’il y a non seulement un rédac-chef en service, mais aussi un directeur et que son postulant est d’ores et déjà viré. Ou bien plutôt vous le faites attendre que j’arrive ! Les filles se débrouilleront avec le prisonnier et essaieront de le faire parler. On restera en liaison téléphonique avec elles quand je serai là-haut. Ne laissez entrer personne…
- N’aie pas peur, Toto a fermé les portes et Mouchoir veille !!
Ce qui fait rire Arthur malgré lui, même s’il ne voit pas l’air martial de Jules Mouchoir qui, en entendant la réponse du Dragon, se redresse du coup dans l’encadrement de la porte jusqu’à en paraître presque guerrier.
21 heures 30
Béatrace est repartie se reposer après le départ d’Arthur. Il est vrai que la journée l’a épuisée. Et son « repos » avec Arthur, pour bref qu’il ait été n’en a pas moins été… tendu, ce qui n’a pas arrangé les choses.
Rébéquée surveille machinalement les écrans où des débats se succèdent autour de l’intervention d’Eusèbe Malfort. Certains y voient une trahison, d’autres, l’action lucide d’un homme indépendant, certains affichent l’espoir que leur inspire cette « nouvelle donne mondiale ». Elle somnole un peu. Un point vert clignote en haut à gauche de l’écran de communication du réseau Écolocroques : veille en attente… Bref, rien de neuf. Le Numéro Deux roupille à côté de son bol rouge, encore empli de la soupe qu’ont apportée les Goums et auquel, endormi, il n’a pas encore touché. Elle pense qu’il faudra qu’elle essaie cette potion magique quand elle sera énervée et insomniaque.
Dans ce calme ambiant, des bruits de voix et de pas dans le couloir la font sursauter : à part les Goums (elle s’efforce d’éviter maintenant de dire les Chochos), et les Goums sont silencieux, personne ne devrait venir… Inquiète, elle arme le pistolet que lui a laissé Arthur et elle se cache derrière l’angle de la cloison.
C’est Amaïa qui entre, toujours solennelle, suivie de celle que Rébéquée désigne comme étant Nouye, la sœur de Mouye, et de deux Boules qui soutiennent sous les bras un personnage manifestement ivre ou malade et qui, bien que vacillant, n’en grommelle pas moins avec une certaine véhémence.
- Ouôtâne, les Pouyagoumyôs nous ont amené cet homme par l’entrée secrète de notre domaine souterrain qui se trouve à Marinoval. Ils veulent que nous le gardions en réserve pour l’offrir à Ôoumloc. Il n’en est bien sûr pas question, nous vous l’amenons, mais… tu es seule ?
Rébéquée, stupéfaite, reconnaît Eusèbe Malfort, qu’elle a bien sûr eu l’occasion de rencontrer au cours de l’une ou l’autre des manifestations officielles où ce grand et digne représentant de sa profession se laisse parfois entraîner malgré lui.
- Mais… C’est Monsieur Malfort ! Le père d’Arthur, le fondateur de la Lanterne !!! Celui qui a pris Mouye en charge… Mon dieu, mais…
Elle se précipite pour le soutenir, le conduire jusqu’à un siège où il s’effondre en bredouillant :
- M’ont drogué les vaches. Ce petit salaud de maire me le paiera… Et l’autre, le technicien… Sais plus son nom… Où est-ce que je suis ? Qui c’est ces femmes à poil et ces gugusses ?? Et… Vous, vous travaillez au Matois… C’est vous qu’avez disparu… Non ?
- Je suis Rébéquée, Monsieur Malfort, et vous êtes dans le bureau du Numéro Deux dans leur base. Vous êtes en sécurité. Arthur est remonté pour aider Jeanne et Mouchoir qui ont appris la vôtre, de disparition… Vous êtes en sécurité…
Eusèbe reste secoué de spasmes et agité de mouvements nerveux, maladroits et incontrôlés :
- M’ont drogué les vaches, m’ont drogué les salopards. Leur ferai la peau à ces merdeux de collabos…
- Calmez-vous, Monsieur Malfort, vous êtes en sécurité maintenant, les Goums sont nos amis, Amaïa est leur… Mère… et ils écoutent ce qu’elle dit, et…
- Cette drogue va se dissiper, intervient Amaïa, mais il faut qu’il se calme, il serait bon qu’il prenne un remède. Nouye va lui donner…
En effet, Nouye (qui ressemble diantrement à sa frangine, ne peut s’empêcher d’observer Rébéquée dont l’œil est vif lorsqu’il rôde des jolies filles, même selon des canons goums) a sorti un petit flacon de son bâton d’ivoire (le même que celui de Mouye) et versé quelques gouttes dans l’un des verres posés sur le bureau près du Numéro Deux qui ronfle allégrement. Devant l’air inquiet de Rébéquée, Amaïa lui dit qu’elle n’a rien à craindre, que le verre est propre : elle l’a senti… Puis elle ajoute un peu d’eau et tend le verre à Eusèbe qui le boit machinalement, et retombe presque aussitôt assoupi sur le bureau, en face du Numéro Deux. Curieux duettistes, endormis face à face sans le savoir, sur soixante ans de haine…
- Je dois prévenir Arthur, déclare brusquement Rébéquée qui réalise tout l’incroyable de ce renversement de situation.
- Nous allons te laisser, nos frères et sœurs de Gibraltar continuent d’arriver et nous devons les installer. Je reviendrai demain, lui dit Amaïa en s’inclinant légèrement avant de sortir.
- Amaïa, l’interpelle Rébéquée
Amaïa se retourne.
- Merci…
- Tu es des nôtres, nous ne nous remercions jamais entre nous. Mais ton intention me touche.

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