LE TERRIBLE RÉVEIL DE L’OBERST KUHHIRT / P1C3E20
P1C3E20 (Partie 1 / Chapitre 3 / Episode 20)
N°68 / LE TERRIBLE RÉVEIL DE L’OBERST KUHHIRT / P1C3E20
C’est l’histoire où le Numéro Deux reprend les choses en mains et où il offre à Rébéquée et à Hélène l’occasion d’une terrible vengeance.
Vendredi 22 avril
13 heures 30
Agotchilho
Eusèbe tape du poing sur le pupitre :
- Les ordures ! Me voler mon image, me voler mes… mes discours, et les déformer ignoblement, me voler ma… ma… personnalité, ma vie !!!
Béatrace tente de l’apaiser, de lui dire que…
- Mais non ! refuse Eusèbe. Je ne connais rien de plus ignoble que d’habiller quelqu’un de ses propres appétits pour le discréditer ! Jamais je ne leur pardonnerai cette manipulation ! Abuser la confiance que j’avais placée en eux en leur confiant mes mots, pour en faire « ça » !
Un énorme éclat de rire les fait se retourner brusquement. Le Numéro Deux, Luger au poing, les regarde en s’esclaffant :
- Alors vous pensiez avoir encore une fois roulé l’Oberst Kuhhirt, n’est-ce pas mon cher Malfort ? Vous pensiez… Non, tenez-vous tranquille ! (Eusèbe s’est jeté en avant, aveuglé de rage, mais Béatrace l’a retenu d’une main ferme) Ach, votre petite camarade à moustaches est plus sage que vous ! Nous sommes vieux maintenant, mon cher, et même cette greluche peut vous arrêter ! Remerciez-la ! J’aurais quand même été assez rapide pour vous loger une balle dans le genou avant que vous ne m’ayez atteint, n’est-ce pas ?
- Calmez-vous Eusèbe, lui chuchote Béatrace, il est armé et sans scrupules…
- Très sage cette petite, grince Kuhhirt. Mais insupportable. Elle et son petit ami, votre fils, je crois, ont réussi à couler mon vieil U118 ! Et mon petit fils y est mort !!! Cela lui coûtera très, très cher. Je ne sais pas comment vous m’avez endormi, mais je vais vous dire ce qui va se passer maintenant : vous avez certainement compris que nous n’avons plus besoin de vous. La première phase de notre Opération est terminée et nous dirigeons déjà le monde. Bientôt, nous le modifierons suffisamment pour qu’il vous soit à tout jamais impossible d’en reprendre le contrôle. Pour mille ans au moins. Cela, c’est ce qui va se passer. Bientôt nos partisans se recruteront au grand jour. Ils constitueront vite une armée. Vous savez bien que les collaborationnistes trouvent toujours de bonnes raisons pour rejoindre le parti du plus fort.
Nous pourrons alors nous débarrasser de ces Chochos stupides qui nous encombrent : je trouve leur nouvelle mère (leur nouvelle mère !!! quelle bande de dégénérés !!!) bien insolente.
Nous avions besoin de Malfort pour contrôler les médias. C’est fait. Nous n’avons plus besoin de Malfort. Vous m’avez comme prévu été remis par mon fils, le Numéro Un, afin que je puisse me venger d’un vieil affront. Vous avez trouvé le moyen d’en ajouter un autre. Ma vengeance sera donc double, et même triple…
- Vous avez toujours été vantard, Kuhhirt ! l’interrompt Eusèbe…
- Ecoute-moi bien Malfort, ricane le Numéro Deux : il est vrai que j’ai tué ta femme par erreur. C’est toi qui aurais dû griller dans ta voiture (Eusèbe pâlit et se raccroche au bras de Béatrace). Ach, tu ne le savais pas ? Eh bien te l’apprendre sera donc ma première vengeance ! Qui est vantard maintenant ? Qui joue les matamores ? Et puis je vais capturer ton fils, qui pensait être parvenu à me réduire à sa merci. Et tu le verras mourir. Comme tu verras mourir sa petite amie, la guenon qui s’accroche à ton bras. Et puis c’est toi qui mourras. Très, très lentement…
Il aboie :
- Tournez-vous !
Impuissants malgré leur rage, Eusèbe et Béatrace lui tournent le dos et il leur lie les poignets avant de les pousser devant lui du canon de son arme :
- Allez, passez devant !
Glacés, impuissants, Eusèbe encore titubant et Béatrace effarée de n’avoir pas eu le temps de réagir, de se défendre, je ne sais pas moi, dans les films c’est facile, on prend la mitraillette et crac, le méchant s’effondre, tué net, sous une grêle de balles…
… sortent sous la menace du pistolet impatient du Numéro Deux qui les conduit dans la salle d’exécution qu’ont déjà connue Victor et Clèm…
Très satisfait de lui, il leur montre la grande vitre massive, le siège fixé au sol, la pièce voisine et ses deux sièges :
- Restez ici ma chère. Nous devons nous séparer, je ne tiens pas à vous laisser comploter ensemble.
Il ressort en poussant Eusèbe du canon de son pistolet, referme et verrouille sur Béatrace la lourde porte étanche, puis il conduit son prisonnier de l’autre côté de la vitre :
- Je n’ai pas le temps de raffiner, mon cher Malfort : cette jeune personne servira donc d’apéritif aux crabes auxquels je vous destine…
- Mais… proteste Eusèbe dans un mouvement de révolte que Kuhhirt bloque en lui enfonçant le canon de son arme dans les reins :
- Il n’y a pas de « mais », tonitrue Kuhhirt, je vais ouvrir les vannes et elle sera bouffée, c’est ainsi. Et vous y assisterez ! Elle pourra se débattre et même se battre. Ils auront le dessus, croyez-moi, et même si le spectacle risque d’être moins parfait que celui qu’a offert ce cher, comment déjà ? Hector, c’est cela, Hector (il éclate de rire), à vos amis avant qu’ils n’embarquent sur notre Hai II, je vous promets que cela restera distrayant !
Il pousse Eusèbe vers l’un des sièges métalliques en fer à cheval :
- Asseyez-vous !
Et il part d’un grand rire !
Et puis il se fait « pédagogique » :
- Il me suffit d’appuyer sur ce premier bouton pour inonder la pièce, et sur ce second pour faire entrer les fauves. Ensuite, une traction sur ce levier fait le ménage en vidant l’aquarium !
Béatrace qui a vu la tentative de révolte d’Eusèbe, sans entendre le discours de Kuhhirt, s’est précipitée contre la vitre pour lui faire signe de la tête que, eh bien oui, quoi, il faut qu’il se tienne tranquille, quoi, Arthur va venir les tirer de là, bien sûr…
C’est Rébéquée qui est entrée derrière Kuhhirt par la porte qu’il a laissée ouverte derrière lui. Rébéquée, revenue pour trouver un bureau vide. Partie à leur recherche, suivie d’Hélène, bien réveillée et seulement inquiète d’Hector, Hélène, elle-même suivie de Nouye, qui les a guidées jusqu’ici en pistant quelque effluve du Numéro Deux, pour elle seule perceptible.
C’est Rébéquée qui l’a frappé au bras alors qu’il se retournait en brandissant son pistolet. Le coup est parti et s’est perdu dans le béton du mur. L’arme est tombée et Rébéquée a empoigné le Numéro Deux par l’épaule pour l’attirer face à elle et l’assommer d’une seule énorme gifle qui l’a envoyé dinguer dans un coin.
Hélène et Nouye se précipitent, relèvent Eusèbe, le libèrent des entraves qui retenaient ses poignets, et courent dans la pièce voisine libérer Béatrace, la ramener…
Eusèbe, bouleversé, reste terrassé de stupeur horrifiée : ainsi, sa femme…
C’est Rébéquée qui a saisi par le col le Numéro Deux, grimaçant, écumant de rage impuissante, et l’a traîné dans la pièce voisine, à la place de Béatrace.
C’est Rébéquée qui a verrouillé la porte étanche en deux tours de volant.
Furieux, Kuhhirt frappe des poings contre la vitre.
Rébéquée regarde Hélène, au visage inondé de larmes, parce qu’elle a entendu le vieux nazi se vanter d’avoir assassiné Hector, son Hector, alors qu’elles arrivaient, silencieuses sur les talons de Nouye…
Rébéquée voit Hélène presser le premier bouton, et tout de suite le second, et l’entend lui dire, en se plantant droit devant elle tandis que les eaux envahissent en bouillonnant l’autre cellule :
- Viens, on s’en va…
Rébéquée soutient Eusèbe vacillant et l’entraîne :
- Venez, nous avons du travail…
Et tous les quatre, guidés par Nouye impassible, ils reprennent le boyau obscur qui les ramène au bureau, indifférents aux cris du Numéro Deux.
Du Numéro Deux qui barbotte au milieu de ses crabes noirs.

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