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ACH SO ! / P1C2E20

P1C2E20 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 20)

  N046 / ACH SO ! / P1C2E20
 
C’est l’histoire où Béatrace se découvre de surprenants dons d’acteur.


Mercredi 20 avril
1 heure 30
Agotchilho

 
Béatrace a pour habitude, lorsque la perplexité est trop forte, de se cacher la bouche, lèvres serrées, derrière sa main droite, le pouce sous le menton et le nez entre majeur et annulaire, ce qui dissimule les côtés de sa moustache. Par ailleurs et depuis qu’elle est sortie de son bain forcé, une mèche lui est restée collée en travers du front.

Et la manière dont la Gardienne a neutralisé le Numéro Deux l’a plongée dans une perplexité profonde qui la fait se pencher sur lui avec une totale incompréhension : Quoi, cette petite piqûre au cou ? Mais qui sont ces nanas qui se baladent à poil dans les souterrains ? Fait chaud, mais quand même !!! Elles ressemblent aux gagas de la base sous marine, sauf qu’elles n’ont pas du tout l’air d’être gagas, et en plus, elles semblent copines avec Rébéquée, mais elles ont tué Jules !!! Béatrace n’y comprend rien…

 
Elle se penche sur le Numéro Deux, toujours inconscient, mais qui semble réagir un peu.
Il s’agite tourne la tête, allongé qu’il est sur le côté à cause de ses poignets liés derrière le dos par Arthur…

- La grande femme au bébé a dit qu’il serait docile… remarque-t-elle à l’intention d’Arthur.
- Délie-le, de toute façon, il ne pourra pas faire grand-chose contre nous trois, lui répond Arthur.
Elle le libère donc en se penchant sur lui, et puis, elle reste accroupie pour le surveiller.
 
Rébéquée est très occupée à regarder l’écran et à lire les informations qui s’y affichent depuis le journal, comme lui explique Arthur.
- Alors comme ça, ils nous espionnent en direct ?
Ils découvrent ensemble la deuxième proclamation des Écolocroques, la photo de Vic et Clèm dans la bibliothèque du sous-marin, le délire des revendications…
- Ces gens sont fous… ne peut s’empêcher de dire Arthur
- Je crois que notre prisonnier va devoir s’expliquer… grince Rébéquée avec un sourire féroce… C’est à lui maintenant qu’elle attribue la mort, l’impardonnable mort de Jules, et ses propres avanies…
 
- Il s’éveille, il s’éveille, chuinte Béatrace entre les doigts qu’elle maintient crispés devant sa bouche… A cause de sa perplexité, justement…

En effet, le Numéro Deux, qui a roulé sur le dos, écarte les bras, entrouvre des paupières papillonnantes, redresse légèrement la nuque, et puis se redresse, si vivement assis que Béatrace n’a que le temps de se reculer pour éviter d’être bousculée… Mais il n’y a pas d’agressivité dans le mouvement, juste une sorte de précipitation fascinée, de… oui, d’adoration avide :
- Was ??? Mein Führer ? mein liebe Führer ??? Ich bin… Che zuis… Che Zuis zau Ziel ?
Che Zuis zau Ziel ???
Et il tend les bras devant lui pour saisir Béatrace, l’étreindre peut-être… avant de retomber sur le dos, terrassé par l’émotion.
 
Arthur et Rébéquée, qui s’étaient rapprochés pour affronter une tentative violente se regardent, médusés, et puis regardent Béatrace qui les regarde, toujours perplexe, et ils se regardent de nouveau… éclatent de rire…
- Tu as fait une touche ! lui lance Rébéquée entre deux hoquets.
- Et une fameuse, confirme Arthur…
 
Désorientée, perdue, Béatrace se lève, les yeux agrandis  par une incompréhension absolue.
Arthur et Rébéquée, pliés en deux, hurlent de rire devant son air éperdu, jusqu’à ce qu’elle se fâche, tape du pied et vienne tirer Arthur par l’oreille pour le forcer à lui répondre :
- Xplique-moi !!! Z’êtes fous vous aussi, c’est contagieux ou quoi ?
- Pardon ma chérie (ma chérie ? Béatrace en frissonne dans son rideau et ses yeux s’inondent d’émotion), pardon, ce… ce doit être nerveux, mais ce vieux con… ce vieux con… (il explose de rire et vient l’enlacer sous le regard surpris de Rébéquée), ce vieux con t’a prise pour… (il ne parvient pas à achever, la prend par la main et l’entraîne devant le miroir où un peu plus tôt il se regardait essayer les vêtements du Numéro Un, lui reprend la main et la replace comme elle le faisait, devant son visage) t’a prise pour… Hitler !!!
- Et il s’est cru au ciel, enchaîne Rébéquée qui les a rejoints et se calme peu à peu après cet accès de rire où elle voit maintenant plus une détente nerveuse qu’une joie véritable.

 
Un gémissement les fait se retourner vers le Numéro Deux qui secoue la tête, encore étourdi…
Le doigt sur les lèvres, Arthur leur fait signe de se taire et revient devant lui :
- Eh bien, Numéro Deux, on s’éveille ?
- Ach… Je ne sais pas ce qui m’arrive… Je me sens tout… tout drôle… Je ne vous connais pas, dîtes-moi… dîtes-moi si je suis au Ciel… ? (Zi che zuis zau Ziel… ?)
- Pas encore, mon cher, pas encore… Le Walhalla vous attend, mais vous n’y êtes pas encore…
 - Le Walhalla ?? Ach… Le Ziel des Guerriers !! Je vais aller au Walhalla ?
- Vous y êtes attendu…
- Mais alors, c’est bien… C’est bien… Lui, LUI, que j’ai vu ?
Arthur hoche la tête d’un air entendu :
- D’ailleurs, nous avons convoqué les Walkyries…
Et il lui montre Rébéquée et Béatrace, qui a repoussé sa mèche, et qui le regardent, bras croisés, l’une dans son rideau, l’autre dans sa tunique.
- Les Walkyries… Il s’approche, craintif, tend une main respectueuse vers Rébéquée qui réagit spontanément par un gifle vigoureuse. Le bonhomme, étourdi, recule en titubant, la main sur sa joue enflammée…
- On ne touche pas aux Walkyries, lui souffle Arthur qui l’a rattrapé par le coude. Attention, la prochaine fois vous serez foudroyé.
- Voutroyé !!! Ach!!! Che fous temante bardon…
 
En fait, ce vieux bonhomme ridicule a perdu son aspect odieux depuis qu’il n’est plus qu’un clown ballotté comme un valet de comédie, de gifles en coups de bâtons. On en oublierait presque…

On n’oublie pas.

- Mais avant de monter au Walhalla, il va falloir passer l’épreuve… enchaîne Arthur, sérieux, maintenant, parce que la gifle de Rébéquée, violente, sèche, brutale, était chargée de toute l’horreur de la situation, de toute l’horreur du monstrueux complot qu’il incarne et qu’il a construit.
- L’ébreufe ?
- L’épreuve : il va falloir tout nous expliquer. C’est un oral de passage. Un Grand Oral qui fera de vous un héros et pendant lequel Il vous écoutera. Le … Führer vous écoutera.
L’œil de Béatrace s’éclaire, elle replace sa mèche, sa main devant sa bouche pour se faire la petite moustache ad hoc et grommelle derrière lui d’une voix assourdie, dans un coin de pénombre :
- Ch’écouterai !!
Du coup, il tourne la tête, ses yeux s’emplissent de larmes, et il tend le bras en claquant les talons :
- Heil Hitler !!
Béatrace répond au salut d’une torsion de poignet négligente et lui montre Arthur d’un index impérieux :
- L’épreuve !

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