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DE LA COMPTINE À LA SOURCE DU RADON / P1C2E9

P1C2E9 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 9)

 
DE LA COMPTINE À LA SOURCE DU RADON  / P1C2E9

  C’est l’histoire où Béatrace accompagne Arthur et Eusèbe Malfort dans leur expédition souterraine et où ils découvrent le plaisir des comptines et la source du radon.


Mardi 19 avril
5 heures
Saint Tignous sur Nivette

  Béatrace est levée depuis quatre heures du matin. Elle a très mal dormi. Elle est excitée comme une puce. Elle a pris quatre cafés. Elle est passée au Matois où elle a repris un café.

En sortant du Matois, elle fait ronfler la Deuche, traverse la ville comme un éclair tintinnabulant, se faufile entre les fourgons de livraison qui encombrent la cour de

la Lanterne et se précipite dans l’escalier. Pas possible, ils ont dormi là ! Sont tous dans le bureau. D’ailleurs, la porte est ouverte.
- Je suis en retard ? s’inquiète-t-elle ?
- Pas plus qu’hier répond le Dragon qu’il va falloir rebaptiser s’il continue de sourire à chaque apparition de Béatrace.
Bon, c’est vrai qu’elle a la frisure particulièrement vaillante pour ce petit matin, mais elle a fait dans la tenue de combat plutôt sobre, droit venue des surplus américains. Juste un ceinturon vert fluo à la taille sur la veste camouflée pour faire ressortir ses avantages, quoi, faut rester femme, n’est-ce pas ?

  - Allez, on y va, enchaîne Arthur pour dissiper un moment de perplexité. Mon père m’a montré vos informations relatives au monument aux morts. Il se pourrait qu’on trouve la raison de tout cela dans nos archives…

  N’empêche, Eusèbe reste un peu bougon, malgré les clins d’œil de Jeanne. C’est vrai que de partager LE secret de la famille avec cette fille mal dégrossie ne l’enchante pas.

 

De son côté, bien sûr, Béatrace bave des ronds de chapeau dans l’aventure (Ah dis donc quand je raconterai ça à Rébéquée, à Jules et à Victor !!!) et elle bout d’impatience.
  - Jeanne, tu assures la permanence, la ligne est rétablie.

Eusèbe Malfort part en tête du groupe et tout le monde prend l’ascenseur : premier sous-sol, l’imprimerie, deuxième sous-sol, archives, locaux techniques, suivez le guide !
Au fond, la porte de communication entre les caves de l’immeuble et celle de la petite maison.
  Avant de l’ouvrir, pour dire ce qu’il a sur le coeur, et parce qu’un pet retenu fait un abcès au trou du cul, Eusèbe a regardé Béatrace bien en face :
- Toi, ma fille, si tu racontes à qui que ce soit ce que tu vas voir, je te fais brouter tes poils de moustache jusqu’aux racines de tes poils de cul. Vu ? C’est du secret de famille, personnel et tout. (C’est vrai qu’il a pas l’air commode quand il la fait Gabin, se dit Béatrace du coup un peu pâle, encore qu’excitée comme la jument que le taon pique sous la queue.)
- Elle ne dira rien, papa, je lui fais confiance : il y va de la vie de ses amis. Et peut-être bien du salut du monde. On n’en est plus aux secrets de famille…
- Tu as raison, mais vaut mieux qu’elle sache où elle met les pieds.
- Je vous le jure !!! Je ne dirai rien ! Je serai muette comme un tombereau.
Et elle crache par terre un GGG (gros glaviot gras) censé sceller un pacte à la vie à la mort, si j’mens j’vais en enfer, et sur lequel elle tend la main avec le geste solennel qu’elle assimile au serment de la
 Victoire de Samothrace, avant de l’écraser d’une semelle décidée autant qu’hygiénique.

Ce qui sidèrerait le père autant que le fils s’ils n’avaient pas d’autres préoccupations et s’ils n’avaient pas déjà tourné le dos.

  Ils ont franchi la porte de la cave, louvoyé entre les déblais accumulés par Arthur, et sont entrés dans le souterrain, lampe de poche en main.
Béatrace suit comme elle peut.

Eusèbe soulève le caillou qui cache l’interrupteur, au dixième mètre après l’éboulement, et ouvre la porte camouflée qu’il a ménagée dans un recoin. La lumière de la pièce où il a rangé ses archives inonde alors la galerie.

  Pièce sombre dont la voûte est taillée dans la masse du rocher brun jaune, aux murs couverts de casiers chargés de dossiers. Des caisses ici et là. Une table de bois blanc. Quatre chaises. Au fond, sur un chevalet, un plan de la ville et de ses environs punaisé sur un contre-plaqué.
C’est ce plan qu’Eusèbe est venu voir.
- Donne-moi le calque, demande-t-il à Arthur.
Celui-ci sort un rouleau d’un casier et déroule un calque tracé à la main.
- C’est le relevé que nous avons effectué des galeries souterraines. Regardez, dit-il à Béatrace et à Arthur en montrant l’emplacement du monument aux morts, il y a une salle juste dessous. J’en étais sûr, je voulais juste vérifier. Prenez des torches, on va aller voir !

- Pourtant ils ont fait des sondages, remarque Béatrace. Ils n’ont pas trouvé de cavité…
- Les galeries sont profondes à cet endroit. Ils n’ont pas dû forer très loin, explique Arthur qui ajoute qu’ils feraient bien de prendre quelques précautions avant de s’aventurer là-dedans.
Et il ouvre l’une des caisses : mitraillettes Sten de la dernière guerre avec leurs chargeurs, grenades, pistolets Luger « pris sur l’ennemi »… Des souvenirs, quoi.
- Vous savez vous en servir ? demande-t-il à Béatrace
- Ben, pas trop, à part à la fête foraine…
- Alors vous porterez la musette.
Et il lui tend une musette de toile kaki (d’époque !) qu’il remplit d’ « ananas », de paquets rectangulaires, et de rouleaux qui ressemblent à de la corde…
- C’est quoi ça ? demande Béatrace
- Grenades, plastic, détonateurs, mèches lentes… répond Eusèbe, comme si cela allait de soi.
- Mais vous voulez nous faire sauter ? s’inquiète Béatrace.
- Nous, non. Mais si une galerie est murée, ça pourra servir, enchaîne Arthur.
Décidément, Béatrace est à la fête ! Elle cambre un buste martial (et rebondi, quoique pas assez à son goût), musette à l’épaule et en avant, marche petit soldat ! Tout juste si elle ne salue pas !
 
La galerie est sombre et s’enfonce selon une pente régulière. Son étroitesse les force à progresser en file indienne, les deux Malfort, Eusèbe devant, encadrent Béatrace. La voûte est basse. Ils doivent se pencher alors qu’elle reste droite, ce qui fait qu’elle sent avec des frissons le souffle d’Arthur tout près de son cou. 

  Mais. Bon. On n’est pas là pour rigoler.
 
Deux bifurcations. Eusèbe se dirige sans hésitation. Un rond-point, petite salle où débouchent cinq ou six galeries. Là encore, pas d’hésitation.
- C’est un labyrinthe ! s’étonne Béatrace.
- En effet, répond Eusèbe sans interrompre sa marche éclairée par une puissante torche électrique. Notre famille l’explore depuis quatre générations et personne ne sait qui l’a creusé. On dit que ce serait le travail des cagots. Vous êtes la première étrangère à la famille à y pénétrer : officiellement, c’est effondré… Mais… On devrait arriver dans cette salle sous le monument…

  Impasse. Un mur. Comme si la galerie s’interrompait.

- Une impasse? demande Béatrace.
Arthur est passé devant elle et examine la paroi avec son père dans le faisceau rapproché de la lampe :
- Non, ce n’est pas une impasse…
- Vous êtes sûrs de ne pas vous être trompés de galerie ?
- Oui, répondent-ils en chœur.
- Et la salle est derrière ce mur. Elle a été murée, enchaîne Eusèbe sans l’ombre d’une hésitation.
- Mais ce n’est pas un mur…
- Si, reprend Arthur. Un mur camouflé en paroi brute d’origine. Et c’est très bien fait. Si on ne connaissait pas aussi bien les lieux, on y croirait,  mais là, il n’y a pas de doute.

Il pose la mitraillette qu’il tenait sous son bras et sort un canif de sa poche, gratte la paroi tandis que son père l’éclaire en hochant la tête… Des écailles de poussière : le même schiste argileux marron clair, aussi tendre que celui de la paroi à laquelle il se raccorde par un joint infime. Des pierres ajustées avec précision, aux joints invisibles, camouflés dans les lignes des feuillets du schiste et qui laissent une impression de continuité. Comme si la galerie s’était arrêtée là, avec des effets d’arrondi.
- C’est récent. Je dirais que ça date de quelques années. Ils ont dû s’apercevoir que l’on venait ici de temps en temps et fermer les lieux. C’est sans doute pour ça qu’ils ont fait tomber l’entrée du passage.
- Heureusement qu’ils n’ont pas trouvé mes archives ! s’écrie Eusèbe
- S’ils les avaient trouvées, qu’auraient-ils fait ? lui demande Arthur.
- Mais de qui parlez-vous ?
- De ceux qui ont bâti ce mur, et qui ne tiennent pas à ce que nous les trouvions. Ils ont dû s’arrêter à l’éboulement de l’entrée… doivent pas être très malins… répond Eusèbe comme pour lui-même. Je me demande…
- On le pétarde ? l’interrompt Arthur.
- On le pétarde ! enchaîne son père. Donne-moi le plastic.
- Attends, je vais essayer de creuser, la pierre est tendre…
Avec son canif il creuse entre la paroi et la pierre qui s’y appuie. Une cavité vite dégagée vite élargie, car derrière le parement de la première pierre, soigneusement disposée mais pas très épaisse, le blocage est facile à démonter.
 - On pourrait presque passer comme ça…
Mais derrière le blocage apparaît une paroi de béton…
- Le plastic, vite…
Eusèbe s’est tourné vers Béatrace qui tient toujours sa musette…
- Oui, voilà…
Du coup, elle réalise qu’elle transporte des explosifs et elle tend le sac avec un retrait craintif de tout le corps.
- N’ayez pas peur, ça n’explose pas tout seul.
- N’empêche… (elle en frémit des genoux dans son pantalon léopard étroit).
Rapidement, le pain de plastic est mis en place au fond du trou qu’Arthur a creusé dans le mur. Un détonateur, une mèche.
- Tu as du feu ? demande Arthur à son père.
- Tu m’as fait arrêter de fumer bougre de fils de… !
- Moi j’en ai…
Et elle extrait son briquet de secours de la petite poche adéquate du pantalon. Le briquet qu’elle gardait pour les pétards de l’amant secret (l’ex-amant secret… au fait comment c’était son nom ?) qui fume, lui, pas elle, et qui pour une fois sert à quelque chose (le briquet).

Arthur allume la mèche.
- Aux abris ! s’écrie le père en repartant vers la salle rond-point.
- Mais… ça va exploser !!! s’écrie Béatrace affolée.
- Oui, vite ! Et Arthur la pousse à la suite d’Eusèbe qui a pris de l’avance.
Elle couine un peu alors qu’il la pousse entre les épaules, derrière la lumière que tient Eusèbe.
- Venez, dans l’autre galerie !

Eusèbe a pris la première à droite dans la salle du rond point pour échapper au souffle de l’explosion et il s’est accroupi, les mains sur les oreilles. Arthur reste debout et Béatrace toujours affolée, se glisse derrière son dos.
(Ce type est un vrai mur, pense-t-elle in petto en se collant à lui, ce qui lui fait prendre conscience de son excitation parce que ses petits seins pointus sont tout durs et qu’elle les frotte contre son dos musclé par un réflexe qui la rend (presque) confuse en pensant à la comptine …)

Boum ! Ça pète. Très gros bruit, nuage de poussière en rafale qui les aveugle, rend presque imperceptible la lumière de la torche, fait reculer un peu Arthur qui du coup presse plus fort son dos sur Béatrace qui couine derechef…

(… la comptine : Une poule contre un mur qui s’y frotte ses seins durs… (par réflexe, elle referme ses bras autour de la taille d’Arthur qui, par réflexe lui prend les poignets et lui descend les mains un poil plus bas où par réflexe elle referme les mains…) tifroti, tifrota, le gros bâton que voilà !) … et se serre, ou serre, s’accroche à ce qu’elle peut pour se protéger et de toutes façons il fait si sombre que personne ne peut la voir rougir, impressionnée par ses découvertes mais en même temps, l’idée de la comptine et la commotion de l’explosion font qu’elle se met à rire en disant :
- Une poule contre un mur…
et puis elle tousse à cause de la poussière, mais la toux les a séparés et Arthur lui fait face, éclairé du dessous par la torche posée à terre et dont la lumière émerge de la grisaille, ce qui fait que le relief, éclairé du dessous…

Mais déjà Eusèbe se relève et repart vers l’autre galerie avec un cri de Sioux parce que lui, il retrouve les émotions de sa jeunesse alors qu’Arthur est tout surpris (et amusé) d’avoir du mal à marcher, (vu son réflexe qui ne se détend que progressivement) face à Béatrace qui le regarde en rigolant pour finir sa comptine :
- … contre un mur, qui s’y frotte ses seins durs, tifroti, tifrota, le gros bâton que voilà !
Ce qui génère un double éclat de rire avant qu’ils ne partent sur les traces d’Eusèbe, Arthur qui n’y comprend rien sinon que cette fille à moustaches est invraisemblable et qu’elle l’a bel et bien fait bander illico presto comme un âne, et Béatrace, toute allumée, qui court derrière, essuie ses moustaches poussiéreuses et les larmes de rire qui coulent sur ses joues.
 
Le mur est tombé.

Derrière, l’endroit où Eusèbe promène le faisceau de sa lampe semble vide de prime abord.
Arthur et Béatrace ont repris leur sérieux. 

  C’est vrai quoi, on n’est pas là pour rigoler.
 
Ils pénètrent par la brèche : le lieu est vaste, formé de plusieurs voûtes accolées avec des piliers ici et là, réservés dans la pierre. Plutôt un entrepôt. Le fond reste dans l’obscurité.
- Ça a été agrandi, remarque Eusèbe. Si je me souviens bien, c’était à peine plus grand que mes archives. Il n’y avait qu’une travée.
- Et c’est la première fois que j’y vois des rails, observe Arthur qui bien sûr avait déjà accompagné son père dans les lieux.
- Regardez, ils vont à ce portail… et là, au fond… appelle Béatrace qui caracole en montrant une forme, un engin dans la pénombre…
- Un locotracteur à voie étroite. Comme dans les mines…
Arthur saute à bord de l’engin, sorte de parallélépipède métallique sans siège, avec seulement un emplacement libre pour un conducteur debout derrière un pupitre équipé de quelques manettes. Pas de cabine bien sûr. L’engin est attelé, juste derrière le poste de conduite, d’un bras de charge télescopique monté sur une plate-forme destinée à recevoir des objets longs et lourds, certainement cylindriques, à en juger par les supports en berceaux qui s’y trouvent.

- On dirait un tramway, comme ceux que je prenais pour aller à l’école ! Ce que je pouvais admirer le wattman !
Debout au poste de conduite, il tripote un moment les boutons et manettes de commande, bascule un interrupteur. Un ronflement indique que l’engin répond à ses sollicitations :
- Ça marche sur batteries, il est prêt à partir !

Il coupe le contact et descend rejoindre son père et Béatrace.
- Les rails sont brillants, ils ont servi il n’y a pas longtemps. Regardez, il est branché ! remarque-t-elle en faisant le tour et en se glissant entre le mur et l’engin, reliés par un gros câble électrique.
- C’est sûrement pour recharger les batteries, ajoute Arthur.
  Ils suivent les rails et se retrouvent tous les trois devant le large portail de fer, hermétique, épais, lourd, monté sur des glissières massives et fermé d’une grosse serrure.
- En tout cas, ça ne date pas de la guerre, observe Eusèbe qui lève la tête et dirige le faisceau de sa lampe vers le plafond, et cet éclairage non plus, ni ces conduits de ventilation… (il montre des tubes fluorescents et des ouvertures grillagées manifestement très récents). On a stocké ici des choses bizarres. Et sous le monument aux morts. Si ça tombe… mais c’est facile à vérifier…
- Vérifier quoi, demande Arthur qui connaît les réflexions à haute voix de son père.
- J’ai des fumigènes dans mes archives. Il faudrait quelqu’un là haut près du monument aux morts : on percute un fumigène ici en bas et la fumée doit sortir par là…
- Génial !! enchaîne Béatrace que ses nouvelles découvertes ont dopée. Y’a qu’à remonter, et…
- Moi je vais chercher les fumigènes, tranche Eusèbe. Vous deux, vous remontez et Arthur envoie quelqu’un au monument aux morts. Les portables ne passeront pas ici, mais je peux appeler Jeanne depuis les archives. Lorsque tu auras envoyé quelqu’un au monument, tu redescendras m’aider et Béatrace… c’est bien ça, Béatrace ? (Comme si tu l’avais oublié, se pense-t-elle en confirmant d’un hochement de tête) Béatrace restera là haut pour faire la liaison …
- Pas d’accord ! s’écrie Béatrace (qui après coup n’en revient pas de son audace, pas plus d’ailleurs qu’Eusèbe qui, depuis trente ans n’a pas entendu une telle insolence et qui en reste baba au point de ne pas réagir). Pas d’accord : le Dragon, pardon, M’me Marty, Jeanne, enfin, vous voyez qui, sera bien plus capable que moi de faire la liaison, moi, je reste en bas. Pour vous aider… !
- Mais… objecte Arthur …
- Mais ? elle le regarde en face, l’oeil flamboyant, moustache en bataille et buste brandi, ce qui lui arrache un rire qui laisse pour le coup le papa pantois.
- D’accord, je me rends !!
- Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?
- T’inquiète papa, c’est vrai que M’me Marty sera plus efficace. On l’appelle des archives pour qu’elle envoie quelqu’un au monument aux morts. Pendant ce temps là, on revient ici pour percuter le fumigène, et puis on retourne aux archives pour attendre son appel. Il vaut mieux rester ensemble, des fois qu’on ait de la visite…
- Au fait, reprend Béatrace, vous trouvez normal que personne ne nous ait entendus ? Entre le plastic et nos discussions, on n’a pas fait dans la dentelle…
Ça a jeté un froid, et le nez des mitraillettes s’est redressé du coup, et puis comme par un haussement d’épaules collectif, ils sont ressortis par la brèche du mur.
 
Le chemin du retour vers la salle des archives, c’est le même, sauf que ça monte.
Béatrace s’essouffle un peu derrière Arthur dont les grandes jambes suivent celles non moins grandes d’Eusèbe qui a retrouvé la pêche de ses vingt ans et qui aussitôt arrivé aux archives replonge dans ses coffres d’où il extrait quelques fumigènes.
- Allez-y, enjoint-il à Arthur et Béatrace en leur tendant deux petits cylindres métalliques, Je reste ici pour prévenir Jeanne et pour attendre le résultat. Tu as raison, Arthur, il vaut mieux que vous soyez deux au cas où…

Le retour vers la caverne, ça descend de nouveau… Mais ils ne sont plus que deux… Comment dire ? Une certaine gène ?
- Je… Excusez-moi … pour tout à l’heure… souffle Béatrace.
C’est si incongru qu’Arthur éclate de nouveau de rire, la prend dans ses bras d’autorité et lui roule la pelle du siècle. Quand il la relâche, essoufflée et suffoquée, il lui glisse à l’oreille :
- On règlera ça plus tard.
Et il retire un poil de moustache qui est resté coincé entre deux de ses incisives.

  Quelques instants plus tard, le téléphone sonne dans la salle des archives secrètes où ils sont de nouveau réunis : le correspondant envoyé au monument aux morts voit nettement de la fumée sortir par la bouche du Poilu qui, avec un cri silencieux, tend vers le ciel la palme de bronze du martyre de 14-18.

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