logo

LA FORFAITURE DE MOUCHOIR / P1C2E16

P1C2E16 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 16)
 

LA FORFAITURE DE MOUCHOIR / P1C2E16

  C’est l’histoire où Jules Mouchoir avoue sa forfaiture et reçoit le pardon magnanime d’Eusèbe. 

  Mercredi 19 avril
Midi moins le quart.

La Lanterne

  - Le bureau de Monsieur Malfort, j’écoute…

Le Dragon a décroché machinalement, dans l’indifférence générale, tant ils sont préoccupés par le document délirant des Écolocroques…
- Zèbe ! Zèbe !!!…
Elle tend le combiné à Eusèbe Malfort, les yeux ronds. Un large sourire la fendille comme une porcelaine :
- C’est Arthur !!!

Eusèbe Malfort lui fait signe de passer la communication par le haut-parleur :
- Arthur ? C’est toi ?
  A l’autre bout du fil, Arthur est assis confortablement à la place du Numéro Un, le Numéro Deux rageant dans ses liens sur le siège du visiteur. Assise sur un coin du bureau, Béatrace joue négligemment avec son Luger P08, à

la Calamity Jane. A tel point qu’Arthur lui reprend : ça peut être dangereux ces trucs entre des mains innocentes et pas forcément adroites…
- Oui, c’est moi, et j’ai du nouveau. Beaucoup de nouveau, mais il faut être prudents : nos communications sont espionnées et tout ce qui passe en composition au journal se retrouve ici. Donc, tu écoutes et tu ne dis rien. Juste ceci : l’espion qui se trouve au journal doit penser travailler pour une organisation écologiste « vertueuse ». Le fait de l’éclairer sur les buts réels des Écolocroques devrait le faire basculer. En attendant, la situation est la suivante : nous sommes maîtres de leur base d’Agotchilho et nous avons capturé leur Numéro Deux…

Hurlement de joie dans le bureau du journal.
Eusèbe demande :
- Pas de nouvelles des nôtres ?
- Non, mais nous avons coulé l’un de leurs sous-marins !
- Quoi ? Et… comment avez-vous fait ?
- Avec le locotracteur. Je te raconterai plus tard. En attendant, nous ferons comme si la base était toujours entre leurs mains et nous transmettrons tous les messages. Quoique je pense qu’ils doivent communiquer directement… Ce téléphone a l’air sûr, c’est une ligne qui semble directe. Mais je n’insiste pas trop. Je te rappellerai…

 Eusèbe Malfort relève la tête :
- Ils sont dans la place… Pas d’autres nouvelles. C’est une tentative de coup d’état mondial… Mouchoir, commencez à préparer une édition consacrée à leur dernier communiqué, et transmettez son contenu à

la Présidence… Et pas un mot les concernant : leur vie est en danger… Terriblement en danger…

Tous le regardent en silence. L’euphorie momentanée a tourné à l’angoisse. Le Dragon s’est placée derrière lui, une main sur son épaule, et parcourt la petite assemblée d’un regard glaçant :
- Le premier qui dérape ou qui déborde aura affaire à moi !
  Jules Mouchoir et les journalistes présents baissent la tête, impressionnés…

- Monsieur Malfort…
Jules Mouchoir parle d’une voix tremblante, les yeux baissés, les mains crispées au bord de la table qui soutient sa console…
- Monsieur Malfort… Je… Je vous dois un aveu…

Eusèbe a relevé les yeux, sans dire un mot.
- Monsieur Malfort, je…Voilà… Il y a deux ans, j’ai milité dans un groupe écologiste qui plaçait « la terre par-dessus tout » et qui voulait être informé très vite de ce qui touchait… aux événements concernant l’environnement… Ils voulaient simplement que j’implante un petit logiciel dans l’informatique. Pour que les informations arrivent directement chez eux sans que cela se sache… Ils m’ont fait une démonstration. C’était pour gagner du temps, et puis, toutes les dépêches ne sont pas utilisées et ils n’avaient pas les moyens financiers d’accéder directement aux agences… C’est… c’est ce qu’ils m’ont dit.

Eusèbe le regarde, l’air simplement intéressé, mais sans manifester de sentiments ni de réactions.
Jules Mouchoir transpire à grosses gouttes, ses phalanges ont blanchi sous l’effort. Il poursuit, lentement, péniblement, sa confession invraisemblable.

- Je… je ne pensais pas nuire au journal. Simplement aider une organisation aux buts généreux. Je… je l’ai fait, Monsieur Malfort. Je l’ai fait. Il faut que vous le sachiez et que vous sachiez que c’est moi qui l’ai fait. Mais… mais ce n’était pas pour vous trahir, ni pour trahir le journal… Ce n’était pas pour de l’argent ni pour un intérêt matériel… J’ai implanté ce logiciel, et je crains qu’ils puissent entrer dans notre informatique et que… Il fallait vous prévenir… Voilà…

Jules Mouchoir redresse la tête et regarde Eusèbe au travers de ses larmes.
- Je… je vous demande d’accepter ma démission Monsieur Malfort…

  Tous les regards convergent maintenant sur le visage du secrétaire de rédaction. La main du Dragon s’est appesantie sur l’épaule d’Eusèbe Malfort qui pousse un profond soupir et hoche la tête :
- J’apprécie le courage, Jules. Et j’imagine ce que cet aveu vous coûte. Je vous tenais pour un mou, mais vous avez gagné mon estime. Vous avez été imprudent et un peu… sot ? Mais cette même forme de sottise teintée de générosité a pu frapper d’autres personnes ici, au journal, ou ailleurs, en ville ou dans le monde. Je ne vous la reprocherai donc pas plus. Il nous faut avancer et lutter contre ce qui semble bien être la pire attaque que l’humanité ait eue à subir, et qui m’en rappelle bougrement une autre que j’ai bien connue. Le pire, c’est que d’autres… collaborations peuvent subsister, fondées sur des intentions beaucoup moins nobles… Nous devons donc, je le répète, être très, très prudents. Et ne rien changer dans notre comportement qui puisse alarmer nos adversaires. Ce qui s’est dit ici ne devra pas en sortir. Nous conserverons notre configuration informatique et nous nous laisserons espionner si nous le sommes. Simplement, à partir de maintenant, je vous préviens que j’exécuterai de ma main celui qui divulguera ce qui ne doit pas l’être.
 
Silence de plomb. 

  Puis il reprend :
- Quatre journalistes sont perdus dans la nature, dont mon fils Arthur. Vous le savez. Ils travaillent, pour nous et avec nous, quelles que soient les conditions dans lesquelles ils se trouvent. Notre but est et doit être de les aider. Uniquement.
Donc, vous préparez l’édition spéciale, avec le discours du Président et l’article de nos amis incluant la proclamation des Écolocroques. Sans commentaires. Une seule page : ça doit sortir tout de suite.

Il se lève et s’avance vers le secrétaire de rédaction au visage ruisselant de larmes, lui tend la main :
- Au travail !
 
Puis il sort :
- Jeanne, bureau de crise.
  Elle le suit dans le petit bureau qu’avaient occupé Rébéquée et Jules :
- Appelle-moi l’Elysée sur la ligne protégée. La pièce est sûre ?
- Oui, Arthur l’a fait isoler et les lignes sont filtrées.

- Il leur a, ils leur ont devrais-je dire, ils leur ont coulé un sous-marin ! Ils ont pris leur base par surprise et capturé le Numéro Deux de l’organisation. Ils vont sans doute rappeler. Il faudra tout enregistrer et tout conserver, être prêts à tout. On a affaire à des fous furieux. Maintenant, l’Elysée…

Jeanne Marty, dite le Dragon, la terreur du journal, en est tombée sur le cul :
- Ben merde alors ! Il est pire que son père !!!

Trente ans qu’elle n’avait pas juré aussi sincèrement.
 
Une heure plus tard, l’édition spéciale bouleversait les rédactions du monde entier.
 

Laisser un commentaire

Si vous possédez un blog SudOuest, connectez-vous auparavant pour ne pas avoir à entrer ces informations.