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LA TRAHISON / P1C1E2


P1/C1/E2 (Partie 1/Chapitre 1/ Épisode 2)
  

C’est l’histoire où Clémentine cède à la tentation de l’OGM, et ce qui s’ensuit.


Mardi 12 avril
9 heures

La Lanterne du Fort


Clémentine hésite.
 

Franchira, franchira pas ?
Le pas.
 

D’un côté, bien sûr, il y a Victor, ses moustaches pointues, son talent son vrai talent. Ses talents, elle se l’avoue. Multiples. Même professionnels, parce que c’est vrai que cette histoire des Ecolocroques… Elle a discrètement subtilisé le dossier dans son bureau, à la rédaction du Matois, un peu honteuse, un peu excitée de jouer les Mata Hari. Comme elle n’a pas pu entrer dans le fichier de l’ordinateur portable à cause du mot de passe qu’elle a oublié, elle s’est rabattue sur le tiroir de droite du bureau du Matois. Et maintenant, photocopies faites et dossier replacé à la maison sur le bureau, elle s’apprête à trahir… Enfin pas vraiment. Si ça marche elle l’associera bien sûr, parce que c’est quand même lui qui a levé le lièvre. On verra.
 

Le vrai pas à franchir, il est derrière la porte du Directeur Rédac chef. Elle le connaît bien Arthur Malfort, fils d’Eusèbe Malfort !

Eusèbe Malfort, non, « L’Eusèbe Malfort », La Légende, le fondateur de la Lanterne, héros de

la Résistance, qui a créé le journal avec son groupe, en 1940, dans les caves du Fort de Saint Tignous sur Nivette, dont les ruines dominent la ville, et qui servait de Kommandantur. Les occupants ignoraient le dédale des souterrains et des caves que les gamins du village, avec à leur tête Eusèbe, parcouraient depuis toujours. Et qu’ils ont équipé en arsenal et en imprimerie clandestine sous les pieds des Allemands !

Une véritable épopée qui s’est terminée en 45, à la Libération, par la capture de toute la garnison qui s’est réveillée ficelée, un beau matin, après avoir été endormie par une bombonne de chloroforme amenée la nuit dans les combles, et vidée dans les réservoirs de chasse d’eau !
  Et la Lanterne du Fort, journal indépendant, a poursuivi sa course après la guerre et a su se maintenir dans un cadre régional en fidélisant une clientèle importante attachée aux nouvelles à la fois locales, régionales et générales, agrémentées de rubriques « magazine », comme les Cœurs Fondus, que tient quotidiennement Clémentine. 
Clémentine, qui en a assez de commenter un courrier débile à majorité pubertaire attardée qu’elle complète parfois d’envois de sa plume pour y introduire un peu de fantaisie.

Elle sait quoi faire pour en sortir : apporter un gros scoop à Arthur. Et l’apporter… en personne…

Bien sûr, elle aurait dû en parler à Victor, mais. Bon. Pas osé ? Goût de l’aventure ? Arrière-pensées évidentes. Et peut-être que ça ne marchera pas ? que l’Arthur n’y croira pas ? qu’il la renverra à ses boutonneux et fondues en larmes ? Elle s’en est (presque) rongé les ongles (qu’elle porte longs) pendant cinq minutes. C’est dire !
 

Bon. On y va ma vieille. Elle a pour l’occasion troqué les jeans pour une jupe un peu longue, un peu lourde, dans les feuille-morte, un pull confortable et assorti, bottes fourrées à talons, bas de laine noirs, tout ça pas mal sur sa silhouette, et sa chevelure rousse-pétard, sa peau laiteuse, un poil de maquillage pour faire briller ses yeux verts. A l’assaut…
 

Le Dragon-secrétaire, Mâ’me Marty, la soixantaine sonnée depuis on ne sait plus combien de temps, déjà secrétaire du papa Eusèbe Malfort depuis le début, lui a pris le dossier des mains et l’a porté au Patron, à Arthur Malfort, qu’elle connaît bien, donc, comme tout le monde au journal où il est partout sans être ailleurs que dans son bureau. Grand bureau où il reste parfois plusieurs jours de suite lorsque l’actualité s’énerve. Il passe en coup de vent en salle de rédac, distribue des reportages, apporte des dépêches, qui lui arrivent directement, ou en discute avec l’un ou l’autre.

Mais la courriériste n’est pas directement concernée, alors elle reste à son bureau à elle, dans son coin où il ne se passe rien, et elle planche quand les autres courent. Marre. Même le Petit Matois Subreptice est plus animé que son job. Même Moustache y vit des aventures plus palpitantes.
 

C’est lui, Arthur Malfort qu’on appelle OGM, Organisme Gros Module. Parce qu’à part le boulot, et le boulot c’est boulot d’abord, avec son mètre quatre vingt quinze et ses cent vingt kilos, il ne passe pas inaperçu ! Et sa réputation de vorace boulimique. Dans tous les domaines… A table comme… Enfin, il paraît. Jamais de harcèlement bien sûr. Mais jamais de refus ! Et pour appuyer une demande… Bien sûr, faut qu’elle soit valable, mais dans ce cas… Et Clémentine est sûre de la valeur de sa demande. Et de ses… arguments. Alors…

Alors malgré ses bottes et son gros pull à col roulé, malgré sa jupe de gros lainage feuille-morte et ses gros bas de laine, malgré ses trente deux ans sonnés (oui, elle a le même âge que Béatrace) et son mètre soixante sept pieds nus qu’avec les talons elle serait presque trop grande pour son Boulet qui plafonne à un mètre soixante huit, elle a un peu la pétoche, Clémentine.
Courage, ma grande !
 

Le Dragon-secrétaire, Mâ’me Marty, lui a dit de repasser dans une demi-heure, et elle est retournée à son bureau finir une réponse à une « fleur fanée avant d’être coupée » à qui elle a eu envie de conseiller la Mort aux Rats ou de se coucher sur les rails puisqu’elle est infoutue de se coucher ailleurs. Et elle s’est presque rongé les ongles, qu’elle porte longs, ce qui ne lui est pas arrivé depuis sa première communion. C’est la deuxième fois en deux pages.

Ce qui l’agace le plus c’est l’indifférence des autres qui vaquent avec la même agitation que d’habitude à leurs enquêtes, recherches, rédactions, lectures de dépêches, discussions, interjections, plaisanteries, engueulades, sans savoir que le démon de la trahison l’a envahie et qu’elle s’apprête soit à triompher dans l’opprobre, soit à démissionner de honte. Juste ses plus proches qui l’ont charriée, en passant, sur son élégance inhabituelle. Et encore, les bœufs, ils ne l’ont jamais vue en grande tenue. Canon qu’ils l’auraient trouvée, comme le Boulet ! Remords… Elle l’appelait alors son Boulet de Canon ! Remords… Honte… Et merde !

  Grand sourire devant le Dragon. Toujours séduire le Dragon. Qui décroche le téléphone intérieur. Deux mots, un doigt crochu lui montre la porte surmontée d’un feu rouge qui vient de passer au vert ! Ce qu’on a pu épiloguer sur le feu rouge du patron ! Et puis c’est passé dans les mœurs et plus personne n’y prête attention. Même le Dragon n’oserait passer outre, c’est dire !
 

Le bureau du patron, qu’elle n’a connu qu’à l’occasion de son embauche, est très vaste et assez nu, sobre. En fait il n’a pas beaucoup changé depuis dix ans qu’Arthur a pris les rênes. Sauf l’informatique, bien sûr. Et encore, on n’en voit qu’un écran et un clavier. Le bureau est le seul meuble d’importance, avec une petite table pour un ordinateur dans un coin, et des chaises. Quelques tableaux aux murs.

Arthur est assis dans un haut fauteuil de cuir derrière son bureau couvert de papiers, mais sans désordre ni fouillis (c’est pas comme celui du Boulet) où il a ouvert le dossier des Écolocroques dans lequel il reste plongé. Il le referme pour accueillir Clémentine d’un sourire et lui désigner le siège en face du bureau :
- Très intéressant… Très intéressant… Du vrai journalisme d’investigation ça !

Clémentine en a une petite bouffée de vapeur et se fend d’un large sourire. Son honnêteté la pousse quand même à devoir reconnaître qu’elle n’a pas trouvé tout ça toute seule et que Victor Bourriqué…
- Je m’en doutais un peu, sourit Arthur, je connais bien sûr vos… relations (elles sont de notoriété publique particulièrement dans le petit milieu de la profession), et je m’étonne de voir que vous m’apportez ces informations alors que votre ami pourrait en faire directement usage ? Bien sûr, cela pourrait être exploité par nos soins avec une plus grande audience, mais…
Clémentine se sent cousue toute vive dans la peau d’une traîtresse immonde et visqueuse et se force à redresser la tête pour le regarder dans les yeux :
- C’est que… j’en ai assez des Cœurs Fondus et que…
- Et que vous souhaiteriez vous voir charger de ce dossier, enchaîne-t-il… Sans que pour autant je puisse, avec votre ami sur le sujet, être sûr d’en conserver l’exclusivité ! Arthur s’est renversé contre le dossier de son fauteuil et semble encore gagner dix centimètres… Mon dieu qu’il est grand ! Ses légendaires bretelles à fleurs sur sa chemise de flanelle à carreaux au col ouvert lui donnent un air de confort personnel impressionnant qui déstabilise encore Clémentine déjà éperdue de culpabilité. Il hésite manifestement :
- Vous réussissez bien comme courriériste, non ? Ah oui, vous rêvez d’aventures… Il a un sourire vorace et pose ses grandes pattes à plat sur le dossier des Écolocroques. Et vous pensez qu’avec ça… Il la regarde en face. Visage large, cheveux gris fer malgré sa quarantaine, coupés court, l’œil clair, bleu gris, il la regarde en face… Vous comprenez mes hésitations, je n’ai pas la réputation de « piquer » un scoop à un collègue, même si… Son regard est perçant, son sourire vorace… Même si…
 

Le cœur au bord des lèvres, Clémentine se sent incapable d’argumenter, de convaincre. Elle se lève et sans le quitter des yeux, d’un seul geste, à la Bardot, elle remonte sa jupe haut, haut, haut, tandis qu’une brume d’inconscience semble éteindre sa pensée.
Le silence dure mais elle garde sa pose offerte… Il hoche lentement la tête en la contemplant, l’œil brillant au joli spectacle. Il se lève à son tour et contourne son bureau. Elle relâche enfin sa jupe qui retombe avec un froissement lourd. Il la domine de la tête et des épaules. Pétrifiée par sa propre audace, elle n’ose un geste. Et surtout pas le regarder en face. Il la contourne et l’attire par le poignet vers une porte capitonnée qu’elle n’avait pas remarquée. Elle suit en somnambule.

C’est une petite pièce de repos meublée d’un gros divan de cuir noir sans dossier. C’est là qu’il s’étend pour prendre quelques heures de sommeil lorsqu’il reste plusieurs jours au journal. Sa large main pousse Clémentine au creux des reins. Pas un mot. 

  Bon. Nous, on restera dehors, après tout, c’est leur affaire. D’ailleurs le feu est repassé au rouge. Mais en attendant, et ça va bien durer une plombe, on n’échappera pas aux cris, aux cris de : surprise, protestation, angoisse, protestation (bis, mais impuissante), défense, refus, révolte, imploration, douleur, douleur (plus aiguë), supplication, résignation, acceptation, approbation, approbation (lyrique), louange, plaisir, jouissance, épuisement, demande, supplication, exigence, jouissance, épuisement, demande, supplication, exigence, jouissance, épuisement, demande, supplication, exigence, jouissance, etc… par ailleurs, aigus, révoltés, suppliants, satisfaits, exaltés, enthousiastes, résignés, gourmands, trémulants, murmurés, voraces, étranglés, goulus, rieurs, affolés, glougloutants, dégoûtants, obscènes, rieurs, fondants, ruisselants, amusés, chatouillés, heurtés, scandés, saccadés, rauques, ravagés, surpris, déjantés, minaudants, miaulants, rugissants, clapotants, épuisés, effondrés, désespérés, vagissants, grasseyants, curieux, intrigués, désabusés, exigeants, appliqués, sérieux, rigolos (dans le désordre). Sans oublier les crissements, frôlements, grincements, grognements, halètements, hurlements, râles, soupirs, succions, souffles, hoquets, glissements, chocs, bruits de chutes, d’effondrements, de claquements entrecoupés de ahanements, frottements, couinements, sifflements, hululements, glapissements, craquements, chuintements, clapotements, et même de rires essoufflés voire de sanglots contenus (ou non) pour faire bonne mesure. Bref. Après tout ce temps et le calme semblant être revenu, nous risquons un oeil par le coin de la porte pour découvrir Clémentine, épuisée, effondrée, moulue, allongée à plat ventre sur la banquette qu’elle encadre des bras et des jambes dans une tenue d’abandon fort retroussée, près de laquelle Arthur, debout et rajusté, très correct et souriant lui tend un verre : Jus de fruit ? Whisky ? Vous êtes adorable…
 

Elle a redressé la tête et est parvenue à sourire malgré cette impression d’avoir été étreinte par un ours qui l’aurait prise comme délicieux punching-ball, ou d’être passée sous un autobus, un train, un régiment sénégalais après six mois de campagne dans le désert, un rouleau compresseur, un tsunami, voire d’avoir servi d’aire de décollage à la fusée interplanétaire du Professeur Tournesol, quelque part dans les Zmyhlpathes de Syldardurie. Elle a réussi à se redresser, à tendre une main tremblante pour saisir un verre de whisky  presque plein, et le vider d’un trait. Elle a alors tenté de baisser son pull va savoir pourquoi remonté en boule sous son menton et éclaté de rire lorsque son geste a entraîné une moue déçue, s’est relevée… Il lui a désigné un cabinet de toilette dans un coin derrière un paravent et est retourné dans son bureau.
 

Encore très endolorie, mais rafraîchie et l’esprit en friche, elle revient dans le bureau.
- C’est la première fois que je bois un whisky avant dix heures !

Ils éclatent de rire, et malgré elle, soulagée de cette détente, elle parvient, le rouge aux joues et au front, à supporter son regard.
- Vous êtes vraiment délicieuse et votre ami le Boulet a beaucoup de chance. Je mettrai cet… incident sur le compte d’une… remarquable parenthèse.
Son sourire se fait plus gourmand :
- J’espère que vous ne lierez pas ma décision à ce tendre épisode (elle pense par devers elle qu’ils ne doivent pas avoir la même notion de la tendresse, même si elle en reste émue autant que moulue), mais voilà ce que nous pourrons faire. Je vais vous détacher sur l’affaire (youpee) mais… (mais ?) mais à la condition d’y associer votre ami et son journal (aïe… complications). Il a du talent (merci, je savais) et j’ai des moyens qu’il n’a pas (ouhlala, ça, j’ai remarqué !). Et vous êtes une parfaite intermédiaire pour le lui faire admettre malgré son caractère de cochon. Alors qu’en pensez-vous ? Et, entre nous, appelez-moi Arthur…
 

Elle, si bavarde n’a pas dû, sauf bredouillis, cris et soupirs, proférer plus de dix phrases depuis une heure (que d’ailleurs elle en a mal aux mâchoires, mais que ça vient peut-être aussi de), commençant juste à réaliser que non seulement elle a somptueusement trompé Victor après lui avoir piqué son travail, mais qu’elle va devoir servir d’intermédiaire entre lui et… Arthur ! Et que connaissant le Boulet il ne servira à rien d’essayer de lui servir des salades sur ce qui s’est réellement passé. Pffff… Ma fille tu t’es mise dans un fameux pétrin (à propos de pétrin, pétrie, bonne pâte elle en est encore toute levée…)…
- Allons, je comprends votre hésitation, et vos craintes, peut-être. Tenez, si vous le voulez, on oublie tout et on en reste là…
Elle se mord les lèvres et fait non de la tête sans pouvoir retenir un regard en dessous. Grand rire, il se redresse, contourne le bureau la relève de son siège avant de la plier sur la table, troussée vivement et en hussard hop la sabre sans plus de manières. Ça la débloque du coup et lorsqu’il la relâche sans être allé au bout de l’affaire, juste la faire couiner un peu, ce n’était qu’un amical coup de l’étrier, et qu’ils se sont rajustés avec des rires de connivence allumée, elle lui fait une bise sur la joue, ramasse son dossier sur le bureau et se recule, redevenue légère et mutine :
- Arthur, je crois que je vais adorer travailler avec vous et pour vous. Et que les Écolocroques n’ont qu’à bien se tenir !
 

Elle est sortie sans repasser par la salle de rédac, peur que les autres remarquent son teint enflammé, déjà que le Dragon a levé un sourcil. A-t-elle entendu ? Peu probable. Les portes sont capitonnées et les murs du vieil immeuble sont épais (mais c’est vrai qu’elle a dû crier fort)… Bah, tant pis, le Dragon ne dira rien : le Dragon ne parle à personne au journal. Qu’avec ce vieux célibataire d’Arthur (ça y est elle a pris le pli) et il ne doit pas en être à son… coup d’essai ! Jalouse ? Rire intérieur. Mais elle a retrouvé sa légèreté. C’est vrai qu’elle avait envie de tâter du Gros Module depuis un moment. Bon. C’est fait. Elle n’en sera que plus libre : toujours céder à la tentation avant qu’elle ne devienne obsession. Ce ne sera pas la première fois… C’est ainsi que s’absolvent les jeunes filles pense-t-elle avec un rire intérieur. Mais quelle brute ! Il m’a défoncée… se dit-elle.
Avec quelque nostalgie…
Déjà.
 

Saint Tignous sur Nivette est une ville moyenne et elle est vite rentrée d’un coup de sa petite Panda. Avec la surprise de trouver la porte ouverte. Elle se débarrasse de son manteau et trouve Victor assis songeur derrière son bureau.
- Tiens, tu es rentré ?
- Oui, et je remarque que tu es rentrée aussi. Fini, le courrier de la journée ?
C’est vrai qu’elle a tout laissé en plan. Aïe.
- Tu peux m’expliquer ? Il agite le dossier des Écolocroques qu’elle a déposé sur le bureau. C’était censé se trouver dans mon tiroir, au Matois.
- Oui, justement, je voulais t’en parler… Tu m’avais raconté et j’ai voulu voir… Tu n’étais pas là et…
Il agite la tête et repose le dossier… Elle sent bien que son histoire ne tient pas debout et s’enferre en expliquant que c’était peut-être dangereux et qu’elle voulait savoir pour se rassurer et que à deux ils pourraient peut-être… La moustache frissonne en contrepoint des sourcils qui se redressent… Aïe, aïe, aïe… C’est vrai qu’elle avait lu mais qu’elle n’avait pas tout compris et que, s’il pouvait lui expliquer peut-être qu’elle serait moins inquiète pour lui et que…
 

Il pose les talons sur le bureau, renversé sur sa chaise.
- Tu as des couleurs, c’est parce que l’air est vif ?
C’est vrai qu’en cinq ans il a appris à la connaître !
- Viens ici…
Il l’attire vers lui.
- Pas de jeans aujourd’hui ?
C’est vrai aussi qu’en cinq ans ce n’est pas la première fois que… Sa main remonte sous la jupe. Elle tente de se dégager, mais s’il n’a pas le gabarit d’Arthur, ce n’est pas une mauviette. Il sait exactement ce qu’il cherche et comment ça fonctionne, et donc, il trouve. Et brusquement elle s’enflamme, et brusquement il l’enlace, et … Bon. Ça recommence, là, sur le tapis du bureau frénétiquement, lui de colère parce qu’il sent bien que, elle de remords et que c’est vrai que depuis cinq ans il la connaît dans les coins et qu’il sait où sont les petits ressorts qui vont l’ébouriffer pis que glousse à coq.
 

Alors, lorsqu’à midi ils émergent dans le lit parce que du tapis, à la carpette, au lit, ils ont parcouru tout l’appartement en dispersant des vêtements dans tous les coins dans la véritable bagarre qui les a au bout de compte ressoudés, lui, il a la moustache en vrille, elle, elle a la tignasse en bataille, et ils ont tout le reste en guimauve.
 

Et elle lui dit tout. Tout. Les Cœurs Fondus qu’y en a marre, les Écolocroques, Arthur (enfin, presque tout parce que ça avait quand même duré une heure et qu’elle synthétise). Et lui, il a rajouté presque tout ce qui manquait, et surtout la préméditation. Jusqu’au geste à la Bardot qu’il en a (presque) deviné parce qu’elle lui fait quelquefois le coup, c’est pour dire ! Et elle lui a transmis l’offre d’Arthur et sa proposition « d’oublier le coup de folie ».
- Et tu en as envie ?
- De ?
- D’oublier le « coup de folie » ?
- …
- Bon. C’est à toi de voir, après tout tu es grande… (elle lui caresse la joue) (il lui sourit tendrement) (elle l’embrasse) (il connaît bien ses « coups de folie » et il ne lui en veut pas, après tout, lui-même… Tant qu’ils restent ensemble pour l’essentiel, c’est-à-dire pour tout…)
- Alors, qu’est-ce qu’on fait, pour les Écolocroques ?
- Faut que je réfléchisse… mais c’est vrai qu’avec toi ce serait sympa…
Du coup elle l’enlace, submergée de tendresse et de reconnaissance à en oublier une certaine sourde douleur aux reins…
 

Et on remet ça !

 

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