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LE DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE / P1C2E6

P1C2E6 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 6)

 
LE DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE  / P1C2E6

 
C’est l’histoire où le Président de la République prononce un discours empreint de diplomatie, et où Eusèbe Malfort émeut Béatrace par sa détermination.


Vendredi 15 avril
20 heures

La Lanterne

 Eusèbe Malfort, s’est assis à la place d’Arthur, à la place qu’il a si longtemps occupée, à côté de M’me Marty. Jules Mouchoir a le carnet de notes à la main, et deux des meilleurs rédacteurs de la Lanterne encadrent Béatrace. L’enregistreur ronronne…

Françaises, Français, chers compatriotes…

 Le regard solennel, le Président, solennellement encadré des deux drapeaux de la France et de l’Europe, assis derrière son bureau de l’Elysée s’adresse à la nation…

 La fonction solennelle que vous m’avez confiée et que j’ai acceptée avec humilité, enthousiasme et détermination est avant tout un honneur : celui de servir la
France, et donc, de vous servir, chères et chers compatriotes.

Après cette solennelle entrée en matière, alourdie d’une pause dramatique et solennelle, l’air grave, le regard assombri par le poids de ses responsabilités et par le maquillage télé, le Président enchaîne, les deux mains appuyées sur le bureau, prêt à se dresser pour affronter l’adversité et lui bourrer la gueule. Il n’est retenu que par la dignité solennelle de sa charge…

Mes chers compatriotes, c’est la première crise grave que nous devons affronter depuis celle de la vache folle.
  Nous l’affronterons ensemble, tout comme nous avons appris ensemble l’existence de cette menace soudain jaillie du néant pour venir frapper nos fils et nos compagnes, notre territoire,  et le monde tout entier.

Comme vous donc, c’est par la presse que j’ai appris, que mes services ont appris, que nous avons appris l’existence de ce groupe qui, semble-t-il, à première vue, se réclame d’objectifs honorables, mais qui dispose de moyens incroyablement puissants et néfastes dont il se déclare prêt à user de manière monstrueuse.

Comme vous, j’ai appris, mes services ont appris, nous avons appris, que l’on a trouvé, dans la sainte ville de Lourdes, un missile nucléaire, (pause dramatique) nu-clé-aire, mes chers compatriotes, et je pèse solennellement mes mots, prêt à exploser et à rayer de la carte la première ville hôtelière de France et le plus prestigieux, le plus sacré de nos saints lieux de pèlerinage. La sainte ville de Lourdes. La ville sainte de Lourdes. Avec tous ses habitants, sa grotte miraculeuse, ses piscines spécialisées, son château historique, sa basilique, même, sa basilique à plusieurs étages sans ascenseur ! Par miracle sans doute, mais aussi grâce à l’efficacité et au courage des services de déminage de l’armée dont je suis le chef, cette menace a pu être écartée.

Comme vous, j’ai appris, mes services ont appris, nous avons appris le drame de Moscou où un malheureux artiste hollandais a, de sa vie, protégé et sauvé, sauvé, mes chers compatriotes, l’existence d’une collaboratrice russe de notre ambassade. Là encore,
la France se trouve placée au cœur du Drame.

  Comme vous, je me trouve dans l’attente, dans l’expectative.
Dans l’attente d’informations complémentaires, de messages de ces mystérieux Écolocroques qui nous présentent ces faits comme des avertissements ou des preuves de leur capacité d’action, sans encore nous informer de qui ils sont, ni de ce qu’ils souhaitent exactement.

  Comme vous, j’aspire à vivre en paix dans un monde paisible et équitable où règnent la paix, la justice, la liberté, l’égalité et la fraternité.

 
Comme vous, j’attends de savoir quelles revendications vont manifester ceux dont nous ne savons pas encore si nous devrons les considérer comme des amis ou comme de dangereux adversaires…

Comme des amis qui, après s’être fait bruyamment connaître et reconnaître, s’étreignent tendrement, nous tendront la main de la collaboration, pour atteindre à ce monde équitable, équitable mes bien chers frères et sœurs, auquel, comme vous, comme moi, comme nous, ils semblent aspirer, comme des amis inconnus, qui, ainsi que le dit le poète, vous naissent tout soudain et se tournent vers vous, comme des amis qui, forts d’une alliance mutuelle, vont de l’avant vers un même horizon lumineux fait d’entente et de joie, d’harmonie et de paix, ainsi nous rejoindrons-nous…


Il se croit dans la chaire du Pensionnat des Oiseaux, ou il nous la joue Coué ? se demande Eusèbe à haute voix…


Parce que, mes chers compatriotes, je ne peux croire qu’un Idéal É-co-lo-gique qui place ”
la Terre au-dessus de tout ” puisse un seul instant envisager la possibilité de la détruire. Car ce serait la détruire que de recourir aux monstrueux moyens évoqués dans un moment d’égarement, soyons-en sûrs, dans ce que d’aucuns pourraient appeler, pardonnez-moi l’expression, une sorte d’abracadabrantesque « pétage de plombs » idéologique… Et donc, mes bien chers compatriotes, frères et sœurs, c’est pour cette raison que je refuserai d’envisager l’autre terme de l’alternative, qui placerait ceux qui se sont manifestés avec une telle … intensité, dans une position d’adversaires de notre République, et du Monde entier. Non, je ne peux envisager une telle possibilité.


Voilà pourquoi ces appréhensions légitimes qui ont pu être un temps les vôtres en apprenant ces événements devront s’effacer au profit d’une confiance sans faille dans l’avenir et dans vos représentants, confiance qui se trouve résumée en ma personne, en moi que vous avez légitimement élu, confiance vigilante certes, mais généreuse, large, ouverte, face aux angoisses de ceux que leur inquiétude seule a pu pousser à ces extrémités, et que nous avons compris, car je les ai compris, vous les avez compris, j’en suis certain, mes chers compatriotes, nous les avons compris, et que nous aiderons, soyez-en convaincus, mes chers compatriotes, mes bien chers frères et sœurs, à sauver la Terre

, que nous aussi, nous plaçons au-dessus de tout !

 Vive la République, vive la France !

 

Pom, pom, pom, pom, de la Marseillaise…

Clic de l’extinction du poste…

Silence…

Eusèbe se relève, hoche la tête :

- Bien sûr, il ne se mouille pas, ménage chèvre et chou. Et après tout je ne vois pas ce qu’il peut faire d’autre pour l’instant que d’enfiler des perles… Alors, compte-rendu et analyses habituelles pour l’édition de demain. La spéciale est déjà en vente (on se l’arrache, interrompt Arthur) et les journaux télé ont très largement relayé l’événement, on n’a plus qu’à laisser courir… Et à enquêter. C’est ça notre boulot, c’est ça ton boulot, Arthur.

- Notre boulot… ajoute Béatrace qui n’en revient pas de son audace. Faut dire qu’elle a enfilé sa petite robe en jean, « aventurière », mi salopette, mi débardeur, et même mi tout court. Celle qui la laisse libre de ses mouvements (celle que son amant secret appelle ” la pousse au crime “), avec des baskets marron assortis à ses moustaches et des chaussettes de Bécassine de toutes les couleurs.

Et elle enchaîne :
- N’oubliez pas que ce sont mes amis qui ont disparu !
- Nos amis, la reprend Arthur, nos amis, Béatrace.
- Nos amis, appuie Eusèbe qui a décidément du mal à cadrer cette fille. Mais le problème auquel nous sommes maintenant confrontés dépasse celui de leur enlèvement ou de leur disparition. Si tout cela n’est pas un canular…
- Tu sais bien que ce n’est pas un canular, les fusées ne sont pas factices et le sous-marin semble bien réel…
- Oui, bien sûr, mais on a vu des intox encore plus énormes, je le sais, j’en ai monté pendant la guerre… On doit faire comme si, tu as raison. De toutes façons, si intox il y avait, elle mettrait en jeu de tels moyens qu’elle révèlerait un plan d’organisation extrêmement dangereux. Bref. L’affaire dépasse notre petite histoire et nos petites personnes. Et il faudra être prudents, ne pas dévoiler nos projets et surtout pas nos actions…

Il réfléchit un moment, à l’unisson de tous, et puis il reprend :
- Mes amis, comme dirait le Président, à partir de maintenant, nous devons convenir de rester absolument discrets sur tout ce que nous pouvons entreprendre et surtout découvrir ! Pas de publication sauvage, pas de mots en l’air, pas de fuites incontrôlées, pas de tuyaux refilés aux copains !!! Ça dépasserait le cadre de l’imprudence, de l’erreur ou de la faute professionnelle : ce serait criminel. Criminel envers nos amis, criminel envers nous-mêmes et envers le monde entier. Nous devons tout craindre, tout suspecter.
Nous entrons en clandestinité. Il faut en prendre conscience.

  Béatrace, les larmes aux yeux, se lève (sans prendre garde au fait qu’elle découvre subrepticement sa petite culotte rouge), tire machinalement (et inutilement) sur sa robe en jean et d’un seul élan vient embrasser Eusèbe sur les deux joues :
- Merci, Monsieur Malfort ! Je vous jure que tous ensemble, tous ensemble nous y arriverons, nous les aurons !!! Tous ensemble, tous ensemble !!! Ouais ! Ouais !

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