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LES ÉCOLOCROQUES MENACENT LE MONDE / P1C2E5

P1C2E5 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 5)

LES ÉCOLOCROQUES MENACENT LE MONDE / P1C2E5

C’est l’histoire où les Écolocroques menacent le monde entier.



Vendredi 15 avril

11 heures

La Lanterne

Dans le bureau d’Arthur, tout le monde est massé devant l’écran de l’ordinateur, tandis que Jules Mouchoir ajuste la mise en page de la première édition spéciale :

Première page :


LA LANTERNE MATOISE
DU FORT SUBREPTICE


LES ÉCOLOCROQUES ATTAQUENT : MENACE SUR LE MONDE

·        MIRACLE A LOURDES :

LA BOMBE ATOMIQUE QUE LES TERRORISTES ONT PLACÉE

DEVANT LA GROTTE

N’A PAS EXPLOSÉ.

·        MISSILE SUR LE KREMLIN.

( Photo du cratère dans lequel a disparu le peintre hollandais. )

·        QUATRE JOURNALISTES D’INVESTIGATION

DE NOS RÉDACTIONS
DISPARAISSENT.


DEUX D’ENTRE EUX

SONT À BORD

DU SOUS-MARIN NUCLÉAIRE DES TERRORISTES.

( Photo des jouranlistes sur le pont du sous-marin.)

ILS NOUS COMMUNIQUENT L’ARTICLE SUIVANT :

La Terre par dessus tout


Les Écolocroques  veulent purifier la Terre !

Quelques évènements :

1- Port de Bayonne début mars : destruction d’un hangar de la SOPAPI et de 1000 tonnes de soja OGM.

2- Un peu plus tard, le Président des Jeunes Pisciculteurs de Marinoval est victime d’un « accident » : il voulait détourner un ruisseau malgré les protestations unanimes des mouvements écologistes locaux. Il sera sauvé de peu par le Conseiller en matière d’économie électorale Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse.

3- Plus tard encore, explosion d’un silo à grains, du port de Bordeaux qui contenait du soja génétiquement modifié.

4- Une « fuite » survient dans un chai de vin de Bordeaux prétendument bio, mais certifié Écobert, et donc jugé écolotraître.

5- Un incendie d’une pépinière de pins dans les Landes rappelle qu’il faut planter des feuillus.

6- Un notaire de Bournefol qui se soignait en allothérapie est retrouvé mort.
7- Le même soir, une pharmacie du même lieu est pillée. Sur les murs, aux deux endroits, des inscriptions : Phyto vaincra !

8- Un tractopelle, destructeur d’écosystèmes en montagne, est incendié en vallée d’Aspe.

9- Un directeur de supermarché est retrouvé étouffé dans un sac en plastique, un dauphin gonflable dans les bras…

En leur temps, nous avons rapporté ces faits divers dans nos pages. Mais sans établir de lien entre eux.

Mardi matin, nous avons reçu une enveloppe renfermant un dossier qui rassemblait toutes ces coupures de presse. Dans la même enveloppe, un courrier nous invitait, ma collègue et amie Clémentine-Esméraldine Kaligourian, de la Lanterne, et moi-même, Victor Bourriqué, du Petit Matois Subreptice, à « éclaircir ces mystères » à la « lumière d‘une écologie active ». Rendez-vous nous était donné pour l’après-midi même dans un petit port de la côte.

A 16 heures, suivant les instructions discrètes qui nous ont été fournies, Clémentine et moi embarquons donc à bord du petit bateau de plaisance qui nous a été désigné comme lieu de rendez-vous. Beau temps, mer calme.

Le plaisancier ignore tout de ceux qui l’ont payé pour nous conduire en mer. Il pense avoir affaire à des régionalistes du Nari (avec qui il sympathise) qui prépareraient une conférence de presse cagoulée de type Corse, mais en plus maritime…

A dix huit heures, nous changeons d’embarcation : un canot pneumatique Zodiac, sans immatriculation lisible, prend le relais.

Un matelot taciturne nous emmène plus loin au large.

Une explosion nous fait tourner la tête : le bateau qui nous a amenés vient de sauter. Le Zodiac poursuit sa route sans que celui qui le conduit ait seulement tourné la tête. Il restera sourd à nos protestations.

A dix neuf heures, alors que nous sommes seuls en pleine mer, il nous demande d’enfiler des cagoules : nous ne verrons pas la suite. Bruits divers.

On nous guide dans un système de transbordement passablement agité et inconfortable.

Echelles, bruits, planchers mouvants. C’est là tout ce que nous pouvons en dire.

Nous sommes libérés dans une sorte de salon luxueux, de bureau, de quartier général d’opérations.

Nous sommes chez les Écolocroques.

Cent mètres sous l’eau.

Aujourd’hui, après une nuit de navigation où nous avons été logés confortablement, nous nous trouvons au large des côtes du Portugal, et nous naviguons vers une destination inconnue à bord d’un énorme sous-marin. Nous l’avons visité. Nous vous en reparlerons dans une chronique ultérieure, car il semble que nous soyons « chargés » de tenir cette chronique de l’« Opération Écolocroques ».

Nos hôtes nous ont priés de publier le message qui suit.

Attention.

Ceci n’est pas une plaisanterie, un canular à la Orson Welles, du style Guerre des Mondes !

Nous vous supplions de prendre ce communiqué au sérieux :

Communiqué des Écolocroques

Notre objectif est de créer un monde harmonieux que les hommes devront cesser de détruire et où chacun vivra à sa place

Notre objectif est de nettoyer le monde.

LA TERRE PAR-DESSUS TOUT !

Pour un Monde Propre !

C’est cela la véritable Ecologie !

Mais les gouvernements de la terre ont démontré leur impuissance à dépasser leurs égoïsmes idéologiques, religieux, politiques ou économiques.

Le seul moment où la paix a régné est celui où s’est établi un équilibre de la terreur : les gouvernants ne comprennent que la terreur.

Nous nous sommes donc dotés des moyens de leur imposer notre volonté :

A bord de nos sous-marins nucléaires « Typhoon »

 se trouvent en tout 40 missiles SS-N20 « Sturgeon » armés chacun de 10 ogives nucléaires de 25 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima chacune. Soit une puissance totale de
 

10 000 fois Hiroshima.


Nous disposons également de bases de lancement terrestres équipées chacune de quantité des mêmes missiles, armés de la même manière, ce qui augmente considérablement notre puissance de feu. Sans compter nos réserves thermonucléaires qui se chiffrent en centaines de mégatonnes.

Chaque ogive est pointée sur une capitale politique, économique ou religieuse choisie sans aucune discrimination ni exclusion, toutes étant égales à nos yeux.

Quatre cents lieux nous sont directement accessibles.


Et intégralement destructibles.

Dans un premier temps et pour asseoir notre crédibilité, un missile non armé a été envoyé depuis un sous-marin sur la Place Rouge de Moscou.

Par ailleurs, une ogive armée a été déposée près de la grotte de Lourdes. Pour cette fois, nous ne la ferons pas exploser.

Dès à présent, nos navires et nos bases doivent être considérés comme bénéficiant de l’immunité diplomatique :

Toute tentative d’agression à l’encontre de l’un de nos navires ou à l’encontre de l’une de nos bases se traduira par un ou plusieurs tirs dirigés comme il a été dit plus haut. Chaque tir impliquera dix destructions, toutes les ogives étant activées.

Toute tentative d’intrusion dans l’une de nos bases sera considérée comme une agression.

Toute tentative d’approche ou de blocus maritime d’une de ces bases sera considérée comme une agression.

Nous vous communiquerons ultérieurement la liste de nos bases et de leurs frontières.

Nous vous contacterons dès demain pour vous dicter nos conditions et vous faire connaître nos exigences écologiques.


Die
Erde über alles 



NOUS APPRENONS QUE LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE S’ADRESSERA AUX FRANÇAIS

        A 20 HEURES CE SOIR.

ÉDITORIAL

Une tête nucléaire en état de fonctionner a effectivement été trouvée ce matin à Lourdes.

Un missile « Sturgeon » non armé s’est écrasé sur la Place Rouge devant le Kremlin. Un peintre hollandais, présent au point d’impact par le plus malheureux des hasards a été tué.

Ce n’était qu’avertissement paraît-il :

Un groupe inconnu doté de moyens inconcevables jusqu’ici menace le monde.

Et il nous a, nous, frappés directement : quatre journalistes du Petit Matois Subreptice et de la Lanterne du Fort ont disparu.

Pourquoi eux, pourquoi nous ? C’est un mystère. Mais il n’empêche que nous nous trouvons de facto placés au centre d’un événement qui nous dépasse puisqu’il concerne le monde entier.

Pour une raison connue d’eux seuls, les « Écolocroques » qui semblent se réclamer d’un écologisme radical, auraient donc choisi notre canal pour communiquer. Et il semble que ce soit la cause directe de la disparition, sinon de l’enlèvement de nos confrères.

C’est pourquoi nous avons décidé de fusionner nos deux rédactions et de changer notre titre pour renforcer nos moyens et donc vous informer plus efficacement.

La Lanterne du Fort a été fondée par mon groupe de Résistants en 1942. C’était la guerre.

A ce jour, solidaires, nous devenons la Lanterne Matoise du Fort Subreptice.

Jules Tefigue et Rébéquée Taritournelle, journalistes du Matois, ont disparu. Victor Bourriqué et Clémentine-Esméraldine Kaligourian, respectivement rédacteur en chef du Matois et journaliste de

la Lanterne sont actuellement entre les mains de ceux dont vous avez lu le communiqué, qu’ils nous ont fait passer par un mystérieux canal. Ils semblent se trouver à bord d’un sous-marin nucléaire contrôlé par ces « Écolocroques ».

Ce premier communiqué a été confirmé par un autre qui nous a avisés des événements de Moscou. Nous avons par nous-mêmes constaté ce qui s’est passé à Lourdes. Tout cela authentifie redoutablement les déclarations et les menaces terroristes dont nous sommes l’objet.

Après dix ans de retraite paisible, je reprends la plume pour lancer un appel à tous mes anciens compagnons et à leurs descendants et héritiers, par le sang et par l’esprit, et à tous mes compatriotes, à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté du monde entier : il nous faut maintenant comprendre, pour agir.

Et ne pas nous affoler.


Toute information devra nous être adressée. Nous vous transmettrons tout ce que nous savons.


Signé : Eusèbe Malfort

Fondateur de

la Lanterne du Fort

Note aux Lecteurs :

Le Directeur actuel de La Lanterne du Fort, Arthur Malfort, a pris personnellement en main le dossier des Écolocroques.

Journaliste d’investigation, il a couvert tous les conflits et toutes les grandes affaires qui ont secoué la planète depuis quinze ans, pour notre journal aussi bien que pour de grandes agences.

C’est à seule fin de lui laisser une totale liberté de mouvement que Monsieur Eusèbe Malfort a repris momentanément la direction du Journal.

Arthur Malfort s’est lancé à la recherche des journalistes disparus en s’appuyant sur toutes les forces des deux journaux.

Nous attendons ses premiers articles avec impatience.

La Rédaction.

- C’est bon tout ça. En pages deux, trois et quatre, vous placez des infos sur les articles dont parle Victor : la SOPAPI, le président des pisciculteurs, le silo à grains de Bordeaux, le pinard à la Garonne, l’explosion de Bordeaux, la pépinière des Landes, Bournefol, le tracto, le dauphin gonflable… Juste un rappel avec copie des articles déjà parus. Vous avez dix minutes. Trouvez tout ce que vous avez sur les sous-marins « Typhoon », je crois me souvenir que ce sont des monstres… Essayez de savoir comment ils peuvent être là. Cherchez tout ce que vous pourrez trouver sur l’affaire du missile sur le Kremlin, le type de missile, la personnalité du peintre écrabouillé, tout, tout doit être sous presse dans une heure, et sorti dans deux. Et si ça traîne vous êtes virés !

Le secrétaire de rédaction, Jules Mouchoir, part en courant et on l’entend gueuler dans l’escalier qui conduit à la salle de rédaction. Un grand bruit : il s’est effondré au bas des marches. Faut dire que le plâtre rébéquien qu’il traîne encore à la patte ne l’aide pas à courir.

- Toujours été mou ce garçon, remarque Eusèbe entre ses dents.

- Le Maire sur la deux, annonce le Dragon.

Arthur décroche :

- Allo… Oui, fusionné. Non on ne vous a pas demandé votre avis. Une édition commune, ça vous va ? Comment ? Pas d’accord ?

- Mon cher Félicien… (Eusèbe a arraché le combiné des mains d’Arthur), oui, c’est Eusèbe Malfort. Oui, le père. Le « copain » de votre père, c’est ça. Disons que je l’ai dédouané en 1944 de ses louvoiements de 1940 parce qu’on avait été ensemble à la communale. A l’époque il était du côté des Importants, et nous, on était les Insolents. Et vous, vous en êtes toujours à courir pour être Important. Un vice de famille, non ? Mais moi je suis toujours du côté des Insolents. Bref. Vous allez cesser de nous emmerder avec vos histoires, ou je ressors mes dossiers. Oui, ce lotissement par exemple. Limite limite, n’est-ce pas ? Je sais, les affaires. Je sais, ça dépend du Conseiller en matière d’économie électorale Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, et c’est sur ses terres. Et alors, ça vous dédouane ? C’est quand même vous qui avez déclassifié les terrains. On vous placera vos histoires en page quatre. Oui, l’enquête sur l’implantation des supermarchés. Avec votre signature évidemment pour montrer votre implication personnelle dans les problèmes économiques où il y a des sous à ramasser dans le coin. De l’argent public, bien sûr. Et le radon aussi… Le radon ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de radon ? Permettez-moi de me répéter : vous m’emmerdez.

Il raccroche et s’adresse à Arthur :

- Qu’est-ce que c’est que cette histoire de radon ? C’est un gaz radioactif, ça, non ?

- Oui, on aurait trouvé du radon sous le monument aux morts… Ça fait toute une histoire entre les écolos d’ici, les Naris et les Anciens Combattants…

- J’ai un article là-dessus si vous voulez, insinue Béatrace ravie de pouvoir enfin faire quelque chose…

- Attends, attends…. On se garde ça pour nous, on se le joue discret… Juste le localisme économique pour ce con de Maire et… Je repense à un truc…Tu connais mes archives perso ?

- Evidemment, c’est… en bas !

- Alors, on va sûrement y trouver quelque chose, et mon flair me dit que ce n’est pas anodin. Avec ces histoires de bombes atomiques… Il y a peut-être quelque chose… en bas… Mais il y a longtemps que je n’y suis pas retourné, je n’en ai pas encore eu besoin pour mes mémoires. On va y aller dès que possible et on vérifiera.

Arthur prend son père aux épaules et le regarde avec un large sourire :

- On y va ! Mais pas tout de suite parce que moi non plus je n’y suis pas allé depuis longtemps : va falloir que je déblaie un peu le terrain, c’est resté à l’abandon là-bas. Et on a pas mal de choses à régler au journal avant de pouvoir descendre. Alors, on organise tout ça et on se retrouve ici ce soir pour écouter l’allocution du Président ? Soyez des nôtres, Béatrace…

Et comment !

Même si elle n’a rien compris à ces allusions, ni à ces histoires d’archives familiales. Elle est rentrée au Matois pour vérifier que tout va bien, que les lignes téléphoniques ont été correctement transférées, voir si rien n’a été oublié, prendre un café, quelques affaires, une ou deux boîtes de trombones pour s’occuper les mains au cas où… Et puis elle s’est changée, parce que les émotions, ça la fait transpirer sous les bras.

Mais elle est de retour à huit heures dans le bureau d’Arthur, avec tout ce qui compte de la rédaction de la Lanterne, devant le téléviseur qu’on y a installé.

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