SRI MARDOUK SHANKARA / P1C3E6
P1C3E6 (Partie 1 / Chapitre 3 / Episode 6)
N°54 / SRI MARDOUK SHANKARA / P1C3E6
C’est l’histoire où Arnaud Boufigue, alias Sri Mardouk Shankara, manipule vigoureusement Gertrude Pilon, du collectif du 18 août, Varochaix, garagiste, professeur d’occitan et fondateur du parti Nari de Saint Tignous sur Nivette, ainsi que Félicien Belcoucou, Maire, lui, de Saint Tignous sur Nivette à qui il fait une mystérieuse proposition.
Jeudi 21 avril
10 heures
Saint Tignous sur Nivette
- Allo ? Gertrude ? Vous êtes bien
- Mais… oui, mais qui me demande et comment connaissez-vous mon numéro de téléphone ?
- C’est toute une histoire, chère Madame…
- Mademoiselle !
- Pardon, chère Mademoiselle.
- Demoiselle : on dit « bonjour Mademoiselle », mais on dit « chère Demoiselle », ou « ma chère Demoiselle »…
- Vous avez raison. On devrait être plus précis dans ses formulations. Pour répondre à vos questions, je suis Sri Mardouk Shankara et je vous appelle sur les conseils de Victor…
- Victor ?
- Oui, Victor, ce journaliste du Petit Matois…
- Victoooor !!! Mais je croyais qu’il avait été enlevé par ces bandits…
- C’est ce qui a été dit dans la Lanterne, mais en fait, ce ne sont pas des bandits et il les a rejoints de son plein gré, savez-vous ? Juste la jalousie d’un journal qui a voulu s’approprier un scoop…
- Sans blaaaagues ?
- Sans blagues, ma chère ! Et j’en détiens des preuves…
- Vous m’avez dit que vous vous appeliez ?
- Sri Mardouk Shankara.
- Sri… C’est compliqué. Mais vous parlez bien français pour un étranger… Et sans accent…
- Oh, je suis Français, c’est mon nom d’ashram…
- Aaaahhhh ! Vous êtes…
- Oui, enfin, j’ai reçu une initiation védique, et je voulais d’ailleurs vous proposer une conférence sur la biodynamie védique, en doctrine fondamentale…
- En doctrine fondamentale ! Mais c’est paaaassionnant !!! Figurez-vous que j’ai justement un conflit avec le tenant d’une déviance romanche de la doctrine fondamentale sur la dynamisation du revitalisant biotonique…
- En pleine lune. Elle doit se faire exclusivement en pleine lune…
- Eh bien j’avais raison ! Il prétend que c’est en lune rousse…
- Absurde (petit rire complice). C’est un ignorant. Je suis certain que vous êtes bien engagée sur la B
- Ah oui, Victor… Mais comment a-t-il pu… ?
- Mais c’est sa collègue, qui vous a appelée il y a quelques jours, mercredi dernier, si je me souviens bien de ce qu’elle m’a dit, qui lui a parlé de vous parce qu’elle l’a rejoint elle aussi, et…
- Et il vous a dit de m’appeler ?
- Oui, vous savez, il est très occupé… Ses amis l’ont rejoint, lui et Clémentine, qui a réussi à s’échapper de
- S’échapper ?
- Oui, s’échapper. C’est un complot des Malfort… Mais il serait peut-être prudent d’en parler de vive voix, le téléphone, vous savez…
- Oui, vous avez raison. Les RG sont partout. Venez me rejoindre… J’habite près de la mairie, entre la mairie et
- J’arrive…
Et c’est ainsi que Gertrude Pilon, secrétaire de service perpétuelle du mouvement du 18 août a rencontré Sri Mardouk Shankara, alias Arnaud Boufigue, agent de surface des Écolocroques, chargé de mission à Saint Tignous sur Nivette.
Une heure plus tard, Gertrude, convaincue du bien fondé des actions des Écolocroques adhère au « Mouvement » et invite Sri Mardouk Shankara à « visiter son karma et à tester ses chakras tantriques ». Visite rondement menée, le bonhomme ayant été formé à payer de sa personne sans rechigner.
Gertrude, décidément séduite par la profonde pénétration de la doctrine, lui propose alors une contre-visite de ses chakras sud.
Proposition qu’il élude (avec un soulagement soigneusement dissimulé) sous le prétexte de rendez-vous importants.
Consigne est donnée à Gertrude de garder secrète son identité védique, qu’il doit préserver du vulgaire : en public et pour le commun des mortels, il restera Arnaud Boufigue, même devant elle.
Ce qu’elle approuve et salue comme un signe de sagesse.
Émue d’être aussi précieusement et vigoureusement distinguée et initiée à un arcane aussi éminemment védique que tantrique, elle lui propose une ultime dévotion qui la précipite à genoux devant lui.
Mais il parvient encore une fois à éluder cette offre tout droit issue d’un cœur débordant de générosité militante et avide de connaissance : les rendez-vous.
Et Gertrude, haletante, est ainsi prête à collaborer étroitement avec Sri Mardouk Shankara qui l’a quittée en lui disant :
- Eh bien voilà ce que tu vas faire…
Le premier rendez-vous suivant le conduit chez un certain Varochaix, conseiller municipal Nari, professeur d’occitan dans un centre de formation destiné aux formateurs appelés à exercer dans les calendretas, les écoles régionalisantes d’ici.
Comme tel, il admet mal d’être, chez lui de surcroît, salué dans la langue des colonisateurs. Varochaix est (aussi) garagiste, dans le civil…
Aussi reçoit-il plutôt fraîchement Arnaud Boufigue lorsque celui-ci frappe à la porte de l’appartement qu’il s’est fait aménager au-dessus du garage, et se contente-t-il de lever un sourcil interrogateur.
- Monsieur Varochaix, enchaîne celui-ci sans se démonter, je vous apporte le salut des Inuits du Danemark… Vous comprendrez que je ne peux pratiquer effectivement les deux cent quatre vingt sept langues régionales que j’ai eu l’honneur de recenser en Europe pour les Écolocroques, même si j’en ai étudié quelques-unes : ma mission se borne à leur apporter notre appui politique, moral, stratégique, logistique et matériel…
Comme cela est intéressant, ne peut s’empêcher de penser Varochaix in petto et en occitan (je traduis). Du coup, il ouvre toute grande sa porte.
- Merci de m’accueillir, enchaîne Arnaud Boufigue qui pousse son avantage en même temps qu’il referme la porte derrière lui. C’est que nous allons avoir affaire à forte partie…
- Mais de quoi parlez-vous ? consent à franciser Varochaix.
- Je parle d’Eusèbe Malfort…
- Ah ! Ce suppôt du colonialisme français, s’exclame Varochaix qui a déjà eu à essuyer les sarcasmes ravageurs d’Arthur. Il est vrai qu’avec son mètre cinquante trois et demi, il ne pèse pas lourd face au journaliste qui a osé épingler son radicalisme militant en le traitant de fasciste aux petits pieds. Ce n’est pas parce qu’il chausse du 36 qu’il n’a pas le droit de s’exprimer et de dire que les immigrés français constituent un ramassis de parasites qui viennent manger le fromage des Béarnais, et que les Béarnaises qui avortent sont traîtres à leur patrie qui a besoin de la vaillance et de la loyauté de leur matrice pour se repeupler « proprement ». Arthur Malfort s’est ainsi trouvé accusé de discrimination podologique, avec constitution de partie civile, devant le Tribunal Correctionnel de Pau. Tribunal de vendus qui l’a débouté. Mais cela a permis à Varochaix de proclamer publiquement un certain nombre de vérités qui lui ont valu le soutien de tous les mouvements régionalistes de l’Etat français et des applaudissements nourris lors du Congrès national du Parti National Régionaliste.
- Avez-vous pris connaissance de nos positions face à la répression des langues et des cultures régionales ?
- J’avoue que…
- Je suis absolument certain que nous nous retrouverons main dans la main et les yeux dans les yeux, face aux gros sabots de l’oppression pour rendre à nos Pays tous les pouvoirs qui leur ont été arrachés par le Colonisateur vorace. Et que nous recréerons un monde propre et fécond ! C’est à cela que nous œuvrons ! C’est dans ce même élan que nous souhaitons voir converger les partis comme le vôtre, à la pointe de la conscience politique, comme le sont aussi les partis écologistes, qui nous suivent déjà…
Un silence.
Varochaix demande :
- Mais je croyais que vous étiez de dangereux terroristes… ?
Arnaud Boufigue se permet un rire discrètement amer :
- Terroristes ! Ce n’est pas à vous que je parlerai de la nécessité de recourir parfois à une certaine forme révolutionnaire de pression…
- Evidemment, approuve Varochaix qui a toujours rêvé de faire péter des perceptions et des journaux. Par exemple la Lanterne, va savoir pourquoi.
- Vous comprenez pourquoi « on » donne de nous cette image… Et quand je dis « on »…
- Malfort !!
- Père et fils, mon cher Monsieur ! Père et fils ! Voyez les journaux ! Ils monopolisent et manipulent l’information. Mais…
- Mais ?
- Mais heureusement, nous avons compris cela, nous avons tiré au clair leurs manigances, leurs magouilles…
- Je savais bien qu’ils n’étaient pas clairs… Mais… Que faire ?
- Eh bien voilà ce que je vous propose….
Lorsqu’il quitte Varochaix une demi-heure plus tard, celui-ci se frotte les mains avec un enthousiasme de gamin qui va mettre le feu à la queue du chat de la concierge après l’avoir (la queue du chat, pas la concierge) (enfin, la queue du chat d’abord) trempée dans l’essence.
Le rendez-vous suivant conduit Arnaud Boufigue droit à la mairie.
Le maire, qu’il a prévenu de sa visite en lui parlant « d’amis intimes de son père et de sa mère », « en liaison avec des gens bien placés chez les Écolocroques qui souhaitent lui confier des responsabilités », le reçoit seul dans son vaste bureau meublé Second Empire (son père utilisait un mobilier Empire qui a été déménagé dans leur résidence secondaire lors de son départ de la mairie, il ne pouvait donc faire moins que de badinguiser son bureau officiel).
- Monsieur Boufigue ?
Dans un tremblement de bajoues, le maire sourit largement à ce grand jeune homme sympathique en costume cravate gris clair, très élégant et aux chaussures bien cirées, qui lui tend une main franche par-dessus son bureau (Il faut dire que le jeune homme en question a abandonné chez Gertrude l’ample cape noire doublée de rouge, ornée d’une longue écharpe rouge, et le chapeau noir à l’Aristide Bruant, digne du Chat Noir, qu’il arborait en tant que Sri Mardouk Shankara, et qu’il a laissé ses lunettes noires dans la boîte à gants de
Arnaud Boufigue a appris à user modérément mais sans scrupules de son large sourire, éclatant de dents impeccables, et du contraste entre ses yeux clairs et sa chevelure noire pour se montrer convaincant. A cet égard, le stage de formation qu’il a suivi en Finlande, dans ce petit port perdu où il a dû se rendre après avoir été recruté, l’an dernier au sortir de son école de commerce, ce stage donc s’est montré brillamment efficace. Jamais il ne s’est heurté à un refus et toutes ses missions ont été couronnées de succès. Il est même sorti major de sa promotion, avec un salaire enviable arrondi d’avantages en nature très substantiels. Dont la Mégane. Et des perspectives d’avancement considérables dans le nouvel ordre socio-écologique que le Mouvement veut instaurer.
Ce n’est que très récemment qu’il a appris le nom public qui était donné au Mouvement, et les moyens déployés l’ont impressionné et conforté dans son adhésion à tant de force de… conviction.
C’est donc avec enthousiasme qu’il a accepté cette mission qui lui a été présentée comme cruciale pour la réussite du Plan. Et de sa carrière. A aucun moment l’aspect… forcé… des moyens de… conviction, donc, mis en œuvre ne l’ont surpris et encore moins choqué : depuis l’école de commerce (et même avant), il sait que les stratégies de développement ne peuvent pas s’embarrasser de scrupules, et que la prise en compte de ces scrupules même ne pourrait constituer qu’une faute en regard des objectifs poursuivis. Cela, l’école de commerce lui avait démontré sur le plan des stratégies commerciales et financières. Les Écolocroques ont élargi ses perspectives aux domaines de l’idéologie et de la politique. De la prise de pouvoir en général, selon une « stratégie unifiée du Pouvoir » qui lui a été inculquée et qu’il doit maintenant appliquer. Sans scrupules.
Il aurait d’ailleurs été inconcevable qu’il échoue, son employeur lui ayant fourni toutes les informations nécessaires pour atteindre les résultats recherchés : depuis les enregistrements de conversations téléphoniques entre « Gertrude » ou quelques autres et le journal de Malfort, dont on lui avait souligné les points importants pour ses objectifs, jusqu’aux éléments de la biographie du maire qui rendraient ses offres irrésistibles…
La poignée de main est franche et ferme, professionnelle en diable, avec ce regard net de toute arrière pensée et le clair sourire de rigueur qui dénotent, chez le maire, vingt ans de pratique politicienne, et chez son visiteur, deux cents répétitions pilotées par un coach compétent. Elle s’accompagne, chez l’un, de mots d’accueil chaleureux et forts, chez l’autre, de réponses empreintes d’une modestie dépourvue de toute flagornerie. Un grand moment de diplomatie commerciale appliquée.
- Monsieur le maire, je pense que vous êtes homme à nous comprendre…
- Nous ?
- Nous. Je vous parle sans fard. Nous, les Écolocroques.
- Les Écolocroques ? Vous prétendez donc être l’un de ces mystérieux personnages qui font trembler le monde ?
Arnaud Boufigue émet un petit rire connivent autant que modeste :
- Allons, Monsieur le Maire, vous ne vous laisserez pas prendre à ces fantaisies ? Ceux qui craignent les Écolocroques sont ceux qui envisagent de les combattre ! Mais leurs amis ne peuvent que se réjouir. Voyons, il est évident pour chacun que nous possédons toutes les cartes : nous disposons de la vertu. Et de cette vertu a priori que confère la force… Donc, nous disposons du Droit. Qui peut s’opposer à nous ? Nous ne faisons qu’amorcer notre ascension. Et pour parler sans fard, en responsables que nous sommes, nous cherchons des hommes comme vous, capables de décider et de convaincre… Et chez nous, les premiers resteront les premiers…
Ce monde tel qu’il existe est voué à l’échec. Bientôt se manifesteront ceux qui vont en assurer la maîtrise. Et qui se montreront… reconnaissants envers leurs amis…
- Vous avez parlé d’amis de mon père et de ma mère… interrompt le maire que ces considérations générales commencent à ennuyer.
- Ce chapitre est un peu… délicat… Vous êtes né au début de l’année 1946 si je ne m’abuse ?
- Oui, mais je ne vois pas bien quel rapport cela peut avoir avec les Écolocroques…
- Qu’est-ce que vos parents vous ont dit de cette époque ?
- Mais, Monsieur…
Le maire s’est mis sur la défensive… Arnaud Boufigue répond à ce recul par un large sourire :
- Nous n’avons aucun préjugé, Monsieur le Maire. A vrai dire… Voilà. Je suis autorisé à vous confier un… secret interne à notre Mouvement. Un grand secret : l’un de ses lointains fondateurs n’est autre que l’Oberst Kuhhirt… Si ce nom vous dit quelque chose…
Le maire s’est figé, attendant la suite. Il avait bien entendu jadis prononcer ce nom par sa mère, mais elle n’avait jamais précisé le rôle que ce Monsieur avait pu jouer dans sa conception. Il a pensé, des années et de multiples rumeurs malveillantes plus tard, qu’il avait pu être l’un de ces nombreux amants dont elle ne faisait pas mystère. Pour son père, ils constituaient un vivier de collaborateurs ou de partisans potentiels. Quant à lui, cette évocation n’avait constitué qu’un élément d’une formation qui avait pour l’essentiel été bâtie sur les deux piliers cohérents que représentaient ses parents, son père lui enseignant le calcul et sa mère lui apprenant à nager. Piliers complémentaires qui avaient fait de lui le maire qu’il était devenu, et semblaient lui ouvrir la voie vers d’autres perspectives…
Lui-même s’était marié sur le tard, éprouvant aussi peu d’attrait spontané que son père pour les agitations sentimentales futiles qui conduisent le vulgum pecus au conjungo, et encore moins pour les agitations physiologiques grotesques et gluantes qui précèdent la conception. Et encore, son épouse avait-elle dû se montrer singulièrement convaincante lorsqu’elle avait entrepris, voici trois ans, et malgré leurs vingt cinq ans d’écart d’âge, alors qu’elle était jeune stagiaire en droit à la mairie, de lui expliquer l’histoire qui avait conduit au procès Clinton, versus (comme disent les Américains) Lewinski, ou réciproquement. Il avait fallu qu’elle prenne l’explication par le bon bout, puis par le début, à la base, et même à la racine, et qu’elle lui démontre de main de maître, et les armes dans cette main, embouchant sans vergogne les trompettes les plus brûlantes de la renommée, quelle satisfaction pouvait apporter l’extraction intégrale d’une telle racine, carrément, et même rondement, menée, selon les règles de l’art.
Son côté calculateur lui avait vite fait comprendre l’intérêt qu’il pouvait y avoir à s’attacher cette expertise et il l’avait épousée le mois suivant, convenant du fait qu’elle pourrait jouer un rôle accessoire mais non secondaire dans une stratégie de conquête de partenariats difficiles. Ce qui lui avait déjà permis de procéder à quelques opérations fructueuses et lui avait apporté des amitiés politiques fidèles. Retour sur investissement fulgurant.
Aussi n’avait-il jamais été choqué par les amants de sa mère, qui, en leur cédant ne faisait qu’accomplir un devoir supérieur de fidélité conjugale : elle collaborait à la carrière de son mari.
- J’ai entendu parler de ce Monsieur, mais je dois dire que mes souvenirs à son endroit sont assez vagues. En tout cas, je ne l’ai jamais rencontré…
Arnaud Boufigue se permet un petit rire complice :
- Je m’en doute, il a officiellement disparu en 1945, date à laquelle il a quitté son poste dans la défunte marine allemande pour fonder ce qui est devenu les Écolocroques. Et il a dû fuir Saint Tignous sur Nivette au moment des… exploits d’un certain Eusèbe Malfort…
- Ah !!! Eusèbe Malfort ! Celui-là !!
- Celui-là, en effet, monsieur le Maire. Celui-là, comme vous le dites. Celui-là a empêché l’Oberst Kuhhirt de revenir à Saint Tignous, aussi attaché qu’il ait pu être à votre père et… (petit sourire en dessous) à votre mère, et peut-être… à vous, lorsqu’il a appris votre naissance… Et « celui-là » encore va se trouver au centre du dispositif des Écolocroques, ce qui devrait vous surprendre après ce que je viens de vous révéler…
- Ce qui me paraît totalement inconcevable…
- Sauf si…
- Sauf si… ?
- Si vous acceptez de collaborer avec nous. Je dois d’ailleurs dire que nous avons déjà acquis le soutien du Conseiller en matière d’économie électorale Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, vous savez, le fondateur de
Le maire ouvre des yeux ronds. Décidément, il a du mal à suivre.
- J’ai du mal à vous suivre… (et pour qu’il l’avoue, il faut vraiment qu’il en ait, du mal à suivre !).
- Eh bien, dans la recherche qui est la nôtre d’appuis sans faille, vos… liens… avec l’Oberst Kuhhirt, et, comme j’ai cru le deviner, les quelques difficultés qu’a pu vous susciter Eusèbe Malfort, constituent de très sérieuses raisons pour vous faire tenir une place capitale dans notre dispositif.
- Une place capitale ?
- Capitale.
Arnaud Boufigue s’est redressé et, droit dans les yeux, il regarde le maire, dont les bourrelets de la nuque rougissent sous l’effet de la solennité de l’instant.
- Pour qu’Eusèbe Malfort joue son rôle dans notre plan, enchaîne Arnaud Boufigue, il faut que vous nous aidiez : voilà ce que je vous propose….

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