ARTHUR CHEZ LES AMAZONES / P2C3E1
CHAPITRE 3
P2C3E1 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 1)
N° 124 / ARTHUR CHEZ LES AMAZONES / P2C3E1
C’est l’histoire où Arthur, capturé par
Mardi 31 mai
Quelque part dans l’Atlantique.
Après une longue période de torpeur inconsciente…
Arthur se redresse sur sa couchette…
La tête lui tourne et il retombe en arrière. Il se sent aussi faible que l’enfant qui va naître… qui vient de naître. Et même bien plus faible, puisqu’il n’a pas la force de crier, d’appeler ou de protester. Qui ne sait même pas qui il est… Qu’il est… Qu’il pourrait être (s’il est ?)…
Il fait nuit noire, mais il lui semble percevoir une faible trépidation.
Il fait chaud.
Il est nu. Cette faiblesse terrible…
Où est-il ? Que fait-il dans cet endroit inconnu ? C’est tout juste s’il sait encore qu’il est… Qui il est… Cette question lancinante…
La couchette où il est allongé est couverte d’une… moleskine. Le mot, ardu, âpre, lui revient, de très loin, avec de vagues souvenirs, phosphènes soudains dans l’obscurité absolue qui l’entoure.
Il tente à nouveau de se redresser, mais l’immense faiblesse qui l’accable le renverse dans un vertige éclaboussé d’éclairs lumineux.
L’effort l’a épuisé et il halète pour reprendre souffle.
D’une main, il parcourt son corps, sa poitrine aux côtes saillantes, son ventre creux, ses cuisses maigres…
Les yeux ouverts dans le noir, il tente de se souvenir…
Arthur. Il s’appelle Arthur.
Arthur Malfort.
Il est né à… à Saint Tignous sur Nivette et il est journaliste… Jeanne : le Dragon… Sa secrétaire-gardienne après avoir été celle de son père, Eusèbe… Eusèbe… Le journal, son journal, les journalistes… Des femmes… Sa femme… Béatrace… Clèm… Hélène…
Des ombres dans son esprit…
Une érection brutale le fait se cambrer avant qu’il ne retombe haletant, le front trempé de sueur, les mains moites plaquées à la moleskine de sa couchette…
Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ?
Son sexe reste tendu tandis que des images déferlent devant ses yeux, sans ordre ni raison, des images violemment érotiques, ventres, seins, culs, chattes, poils, tourbillonnant dans un désordre inouï, incontrôlables, imparables…
Inconscience…
La conscience qui revient, vague, douloureuse…
Il est toujours allongé sur cette couchette dure, dans le noir…
Prudemment, il frôle du bout de l’esprit ce point où l’épuisante et douloureuse réaction se manifeste… Béatrace… Sa douceur, son sourire… Tijules… Si tu savais, mon bonhomme, ce que ton raconte-à-papa me serait précieux… « Me » serait précieux… C’est bien. Je « me » réapproprie… « Je » ne suis plus « il », mais cela ne me dit pas ce que « je » fais ici.
Béatrace… qui lui dit « tu me manques » lorsqu’il l’appelle, fondante, tendre, chaude…
La vague de feu le transperce de nouveau et le maelstrom d’images rugit dans son esprit tandis qu’il bande brutalement en voyant Clèm se trousser devant lui, et que s’ensuit une foule de cons béants qu’il enfile d’un coup de reins qui le tend en arc dans l’élan d’un rut foudroyant avant de retomber le cœur au bord des lèvres dans une nausée d’épuisement absolu.
Calme-toi, mon vieux… calme-toi…
Son cœur bat comme un marteau-pilon frénétique dans sa cage osseuse…
Ses mains tremblent de faiblesse lorsqu’il tente de soulever un bras pour prendre un appui et se redresser…
Calme-toi…
Il faut que je me calme…
J’étais avec Daouj…
La flèche, l’avion, l’Omphalie…
Les souvenirs reviennent peu à peu, petit à petit…
La flèche d’argent, la Flèche d’Argent… La fille blonde, l’Omphalie… Cette immense géode étincelante de cristaux… La fille de l’Oberst Kuhhirt. Non, sa petite fille… La tueuse,
Les souvenirs affluent, comme le sang revient dans un membre engourdi, chassant le fourmillement qui l’accaparait sous une vague de douleur brûlante.
Arthur se redresse, lutte contre le vertige de faiblesse qui le traverse et le pousse à s’abandonner sur le dos, inerte et passif.
Dans un effort immense, le souffle court, il réussit à pivoter sur ses fesses amaigries jusqu’à ce que ses jambes trouvent le vide et qu’il parvienne à s’asseoir, tête pendante et claquant des dents…
Il reste ainsi un long moment, baigné de sueur acre, jusqu’à ce que le monde tourbillonnant qui semble vouloir l’entraîner dans une chute infinie se stabilise et qu’il puisse redresser la tête.
Prudemment, il se force alors à glisser petit à petit, jusqu’à ce que ses orteils touchent le sol…
Un sol métallique qui lui transmet, plus nettement, la légère, très légère, trépidation qu’il a perçue lors de son réveil et qui n’a pas cessé depuis.
Il s’est retourné pour conserver sous ses deux mains l’appui ferme de la moleskine sur laquelle il était allongé.
Il attend que son souffle se calme, que les battements de son cœur s’apaisent…
En glissant les pieds, il parcourt la totalité de l’espace qui lui est accessible sans quitter l’appui de la couchette, et parvient ainsi jusqu’à une cloison, un mur métallique…
La « Patronne » l’a conduit dans la géode, escortée de ses chiens et deux jeunes femmes vêtues d’une courte tunique blanche, armées chacune d’un petit arc sur la corde duquel est encochée une flèche à pointe d’argent.
La lumière ruisselle de la voûte jusqu’au sol, en éclats colorés, en étincelles vives, en facettes vivantes. Elle court sur le sol, comme un ruisseau fondu de métal laminé, comme une nappe claire, mouvante, légère sous les pas qu’elle absorbe en silence…
Ils sont arrivés devant une porte.
Cette porte, qui s’est ouverte sur la nuit…
- Vous voici arrivé. Vous attendrez ici en vous rendant utile. Et si vous survivez, vous rentrerez chez vous où vous nous servirez si cela nous convient, comme cela nous conviendra. En mémoire de mon grand-père…
La pièce est exiguë, la porte s’est refermée derrière elles avec le claquement d’un lourd loquet.
Une veilleuse au mur.
Une table garnie : une carafe d’eau et un pain.
Une étroite banquette de cuir noir, très basse, au ras du sol.
Cuvette de toilettes.
Dans un coin, une douche.
Une cellule sombre aux murs de lave noire.
Prisonnier.
Il a bu.
Et le temps s’est figé.
Il n’est pas inconscient, il est paralysé, inerte, vitrifié : la catalepsie a été immédiate.
Il se souvient :
Les deux « gardes » de tantôt sont entrées, suivies de la Patronne.
Il est figé, dans une stase absolue.
Les gardes l’ont dévêtu sous le regard ironique de
L’une des deux lui a versé une fiole de liquide amer entre les dents et il est entré immédiatement en érection :
- Tu seras puni par où ton insolence s’est manifestée, Arthur Malfort ! a déclaré
Et elle a ajouté en sortant :
- Et tu distrairas mes filles !
Et puis elle a refermé la porte, sans un regard.
A partir de là, elles l’ont chevauché, l’une après l’autre, jusqu’à chacune se satisfaire en l’épuisant sans qu’il puisse esquisser un geste, désespérément priapique, heure après heure, jour après jour, ne le libérant que quelques instants pour le nourrir en le gavant de bouillie, comme un gros canard, pour le laver sommairement, soulager rapidement ses besoins, marionnette docile, mais sans jamais lui rendre le libre usage de ses gestes ou de ses facultés, conscient, mais de moins en moins, rongé par l’épuisement, de plus en plus, mais toujours brandi, raidi par ce réflexe distillé par la drogue, et qu’elles ont entretenu, deux, dix, cent d’entre elles peut-être, sans qu’il en ait le compte, chevauché constamment, épuisé, épuisé, vidé de sa substance, jusqu’à ce qu’il sombre dans une inconscience grise transpercée d’éclairs rouges, jusqu’à ce qu’elles ne chevauchent plus qu’un fantôme bandé, aux bras déplacés selon leur fantaisie, aux jambes manipulées, parmi leurs fous rires, leurs cris de défi et de plaisir, dans l’étourdissante tension continue, continue, continue, qui se réduit en des spasmes réflexes accompagnés de quolibets ou de cris de satisfaction, de déception ou de dérision…
Et il s’éveille enfin dans ce lieu inconnu qu’il explore en tremblant, effrayé par la résurgence possible du réflexe qui lui creusera les reins en lui dressant la queue, jambes molles, le cœur affolé, au bord d’un effondrement définitif, mortel…
Le souffle court, il tend le bras, plaqué contre cette paroi de métal nu qu’il a découverte. Ses doigts tâtonnent, au plus loin, mais il n’ose, de l’autre main, relâcher le bord de la couchette qui constitue son unique point de repère…
La paroi est tiède et vibre comme le plancher. Epuisé par l’effort, il hésite, et puis, il se lance et abandonne la certitude de repos que lui apportait la couchette, plaqué, front, ventre, bras en croix, contre le métal… Il glisse ainsi centimètre par centimètre, atteint un angle, s’y… entasse…
Il se déplace vers la gauche et c’est sa main gauche qui reprend une lente progression… une lente reptation…
La tête lui tourne, d’angoisse et d’épuisement…
Lentement, il avance, reste plaqué, plaqué au plus près de la cloison, au point d’inscrire son visage dans l’angle et d’en avoir les bras écartés vers l’arrière pour ne pas quitter la certitude de l’appui…
Phosphènes, en lueurs descendantes soutenues par d’étranges fumées pyramidales…
Une ligne verticale marque un creux dans la cloison, sa main la suit en tremblant…
C’est une porte métallique…
Une poignée…
Il hésite longuement, conscient de sa faiblesse, de son épuisement aussi bien physique que nerveux, et tout ensemble incertain, englué encore dans ce vague qui l’emprisonne depuis des jours, qui le rend étranger à ses propres réactions, à ses propres réflexes, qui le maintient au fond d’il ne sait quel vortex, aspiré encore vers il ne sait quel abîme…
Et puis l’effort est grand pour faire pivoter la poignée autour de son axe, sa main, moite, glisse sur le métal lisse…
Il ne sait plus si ses yeux sont ouverts ou fermés, tant ils sont traversés des lueurs qu’y fait naître l’effort…
Il se rapproche encore, la main droite dans l’angle, la gauche en appui sur la poignée glissante qui lui échappe et sur laquelle il revient…
La poignée pivote…
Claquement net du pêne qui sort de sa gâche avec un bruit net qui résonne en jaune clair au bout de ses doigts…
La porte s’entrouvre à peine, laissant juste paraître une ligne lumineuse verticale, brûlante, terminée par deux courbes, en haut et en bas, à quelques centimètres du sol…
Arthur appuie le front sur le chambranle, au bord de la fente apparue ainsi dans sa prison noire. Il reprend souffle, une fois de plus, attend, une fois de plus, que les battements désespérés de son cœur se soient calmés… Que ses pupilles se soient adaptées à ce renouveau de la lumière… Et puis il insinue un ongle, un doigt, encore hésitant, dans l’espace qui s’est ouvert, il tire sur la porte pour se libérer, tout en essuyant d’un revers de main les larmes de douleur qui brouillent sa vision éblouie, perd ainsi une partie de son équilibre précaire et bascule dans l’ouverture de la porte, bascule, trébuche sur le seuil étroit que la porte métallique laisse dans le bas de la cloison d’acier et roule avec un gémissement d’angoisse dans l’étroite coursive qu’elle a découverte.
La trépidation est plus forte, et Arthur s’est d’instinct roulé en boule, les mains sur les yeux, le dos contre la cloison qui fait face à la porte qu’il a entendue claquer derrière lui lorsqu’il l’a lâchée pour plonger dans le vide de la coursive, à demi assommé par le choc de sa chute, désorienté, perdu…
Il a entendu des frôlements, peut-être des pas…
Il a posé les mains en appui, par terre, découvrant ses yeux ; il a ouvert les yeux.
Il a vu, devant lui, une paire de bottes de cuir noir à semelle épaisse.
Il a relevé la tête …
Et il l’a reconnu avant de retomber dans l’inconscience :
Les bras croisés, impassible sous sa casquette galonnée, Vladimir le regarde.

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