logo

HYBRIS ENCORE / P2C2E17

P2C2E17 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 17)

 
N° 118 / HYBRIS ENCORE / P2C2E17

 
C’est l’histoire où l’on découvre un nouveau mort.

 Mercredi 4 mai
10 heures
Agotcholho

 
Une heure plus tard, tout le monde se retrouve au bureau N°1. Seule, l’Itzal est restée de garde à la porte de Marinoval, mais une équipe de dix Goums est partie d’Agotchilho en renfort pour battre les bois environnants. 

  Le jeune apprenti baragouinant est revenu avec eux et ils ont emporté le corps qui ne doit pas être vu par un « profane » de l’extérieur. Par ailleurs, il est normal qu’il soit traité selon les rites funéraires des Goums.

Mais Victor suggère à Amaïa de le montrer à Ravot avant de procéder à ces rites, pour que tous les indices possibles soient relevés.

Amaïa, qui les a étreints, lui et Clèm, sur sa vaste poitrine nue pour leur souhaiter la bienvenue, avant de prendre à son tour le jeune Itzal entre ses bras pour le réconforter, le calmer, et rendre ses propos compréhensibles[1], l’approuve d’autant plus volontiers qu’elle a conservé un bon souvenir du commissaire.

 
C’est ainsi qu’à dix heures, depuis le bureau N°1, Victor appelle Béatrace pour lui demander de joindre Ravot d’urgence et lui dire de la rejoindre chez elle toutes affaires cessantes, puis de l’envoyer à Agotchilho par le métro.

J’irai le chercher avec Clèm, on lui expliquera en cours de route…
- Tu ne m’as pas dit ce qui se passe, l’interrompt Béatrace inquiète.
- On a tué un Goum à Marinoval… Une flèche… Comme Mouye à Andøya…
- … et Daouj en Patagonie, ajoute Béatrace dont les doigts se sont mis à trembler sur le combiné du téléphone… Oh, Arthur, qu’il rentre vite… gémit-elle…
- Courage. Appelle Ravot et préviens Eusèbe, je serai peut-être retenu un certain temps en bas…
Béatrace passe la main dans les cheveux de Tijules qui la regarde, silencieux, en ouvrant de grands yeux :
- J’en aurai…

  Elle raccroche.

 
Au même moment.

  Un appel arrive des Chonos par le satellite de liaison directe entre les bases Écolocroques : Mnouay, la « Mère », demande à parler à Amaïa. De la part d’Arthur, qui a dû repartir en hélico sans pouvoir appeler personnellement.
- Au sujet de Daouj ?
- Oui, Amaïa, oui, bien sûr. Mais surtout au sujet de Yann Marbeuf… Yann Marbeuf ? Un électricien Goumyôs[2].
- Et alors ? (les Goums sont très directs).
- Alors, il est mort. Arthur nous a ramené le cadavre de Daouj. En repartant, il a retrouvé en haut de l’île le corps de ce Yann Marbeuf qu’il avait voulu interroger. Il avait été écorché vif.
  Tout le monde s’est tu.
- Pourquoi voulait-il l’interroger ?
- Pour avoir des informations sur les flèches d’argent et sur « 

la Patronne », dont on pense qu’elle les a tirées…
- « Les » flèches d’argent ? demande Clèm, en insistant sur le nombre…
La transmission se faisant par micro et haut parleur, il suffit d’élever la voix pour participer à la conversation…
- Oui, il y a eu six morts déjà à Guamblin. Et on a toujours cru que c’était une sorte de vengeance de celle que l’on appelle ici « 

la Patronne », sans savoir qui c’est vraiment. Ce sont toujours des Goums qui sont tués, et Daouj est le septième.
- Et vous n’avez rien dit ?
- On n’y a pas attaché d’importance…
Rébéquée reconnaît bien là la torpeur dont font preuve les Goums face à la mort, leur manque d’appétit face à la vie, leur manque de libido, leur absence totale de narcissisme, comme disent les experts qui les ont étudiés avec stupeur et passion. Leur manque d’individualité, a-t-elle ajouté lorsqu’elle s’en est expliquée avec Amaïa…
- Pourquoi « d’argent » ? demande Victor à son tour.
- Les pointes sont toutes en argent. S’il a insisté pour que je vous appelle, c’est parce que les viroles portent toutes la même inscription et qu’il l’a retrouvée sur le front de Yann Marbeuf…
- Quelle inscription ? s’impatiente Victor qui cependant la devine…
- Hybris…

  Un silence…

  - Arthur était pressé par le temps et ses communications passaient mal. Il est reparti en hélico et enverra des photos des corps depuis Puerto Cisnès lorsqu’il y arrivera, d’ici une heure. Nous, nous allons donner des funérailles à Yann Marbeuf. Je vous rappellerai s’il y a du nouveau. Terminé.
 
Un silence…
 
La flèche…

Le corps du menuisier est resté sur le quai, allongé sous une couverture, en attendant l’arrivée de Ravot, comme l’a demandé Victor et comme l’a approuvé Amaïa. Ils ressortent tous du bureau N°1. Le quai a été aménagé tout près, là où aboutit le tunnel du métro numéro 1, juste avant son raccordement camouflé avec les voies extérieures de l’usine.
 
Ils se regroupent autour du corps qu’Amaïa découvre d’un geste lent. La flèche a traversé la gorge, de gauche à droite, et, d’après ce que « sa femme » a déclaré à Victor et Clèm, il a marché vers la maison devant laquelle il se trouvait, sans un mot, bouche ouverte et les yeux écarquillés, pendant quelques mètres, les bras levés à hauteur des épaules, avant de s’effondrer comme une masse. Il a eu quelques soubresauts et il est mort.
 
Amaïa gratte avec un ongle la pointe métallique de la flèche, qui ressort à droite du cou, pour en enlever le sang. Métal blanc.
- Il faut attendre Ravot, mais on dirait de l’argent, confirme Victor qui s’est agenouillé auprès d’Amaïa…

Elle replace la couverture.
 
11 heures.
  Nouye est avertie de l’arrivée d’un message prioritaire sur le réseau intranet qu’Arthur a fait mettre en place par l’ONU et qui relie toutes les anciennes bases écolocroques, les bases annexes, comme Puerto Cisnès, et quelques autres endroits choisis, dont le bureau direct du secrétaire général de l’ONU, qui a pris de l’autorité depuis les « évènements ».

 
« INTRANET ONU
« Puerto Cisnès. 
« 5 heures, heure locale.
  « Top secret.
«  Transmission prioritaire.

 
« Destinataires :
« Amaïa et les siens
« Bourriqué Victor
« Kaligourian Clémentine
« Malfort Eusèbe
« Taritournelle Rébéquée

  « Expéditeur :
« Malfort Arthur

 
« Objet :
« Photos prises pour partie en Patagonie (Daouj) et à Guamblin (Yann Marbeuf).
  « Message informatif correspondant confié verbalement à Mnouay, de Guamblin.
« Message personnel sera envoyé à Béatrace depuis l’avion en cours de décollage.

« Consigne : ne pas montrer les photos à Béatrace.

 
« Fin de message

« Transmission photos…
  Suivent une cinquantaine de clichés de bonne définition qui s’affichent l’un derrière l’autre après les quelques secondes de délai de transmission et qui semblent se résumer en trois séries :
 
Une quinzaine de ces images peuvent être classées parmi les photos souvenirs qu’Arthur fait régulièrement parvenir à Béatrace et à ses amis, certaines destinées à servir de bloc notes professionnel. On y voit des paysages de Patagonie, un hangar à demi enterré, Arthur cuisinant sur un feu de bois face au weasel arrêté, puis Daouj découpant une pièce de gibier.
 
Cinq images, froides, terribles, montrent Daouj effondré contre le siège avant du weasel, les yeux grand ouverts, la pointe d’une flèche ressortant entre ses dents, de face, de dos, de côté, et des traces de pas dans la neige.

 
Trente images de Yann Marbeuf, écorché jusqu’aux sourcils, mitraillé sous tous les angles, et la dernière, de face, tout près, qui montre son front où en caractères sanglants, a été gravé le mot :

  HYBRIS


 

[1] Il disait (voir note précédente) : Enéené… Yaeuunmaheu… Euagonéué…

C’est-à-dire : Venez, venez… Il y a eu un malheur… Le patron est tué…

[2] Les Goums appellent Goumyôs (les humains d’à-côté) les non-Goums qui les entourent. Mais je vous l’ai déjà dit. Entre votre distraction et mon radotage…

Laisser un commentaire

Si vous possédez un blog SudOuest, connectez-vous auparavant pour ne pas avoir à entrer ces informations.