JO ET TED, ASSASSINÉS / P2C3E18
P2C3E18 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 18)
N° 142 / JO ET TED, ASSASSINÉS / P2C3E18
C’est l’histoire où les ravisseurs de Jo et Ted les assassinent et puis, dans l’indifférence générale, réduisent leurs corps en cendres sur un parking de la 10.
Mardi 7 juin
11 heures 30
Saint Tignous sur Nivette
- Allez, montez les jeunes !!!
Poussés dans les reins par le museau menaçant du révolver, Jo et Ted n’ont d’autre choix que de grimper à l’arrière du vieux J7 garé près de la porte du bar, tout en soutenant entre eux celui des deux qui digère le cendrier de Mado.
Il s’ébroue, et se dégage avec humeur après avoir passé la porte à glissière ouverte du côté gauche du fourgon, suivi par son complice armé.
La porte se referme en grinçant.
Les ravisseurs leur ordonnent de s’allonger côte à côte, face au plancher graisseux du fourgon, la tête vers l’arrière et les bras levés. Leurs doigts touchent les petites portes de tôle rouillée, sous le hayon. Par les trous de la tôle, ils distinguent le goudron de la route…
Celui des bandits qui est resté « intact » se met au volant après avoir confié son arme à son complice.
Assis sur le passage de roue, le moche amoché s’essuie le nez en grommelant des mochardises.
On démarre.
- Où nous emmenez-vous ? crie Ted pour se faire entendre malgré le chahut de la carrosserie rouillée et bringuebalante.
Pas de réponse. Après quelques minutes, le fourgon sort de la ville, en direction de la côte, et puis il ralentit et cahote quelque temps dans un chemin raviné (chemin de terre, ornières, flaques d’eau se succèdent au travers des trous bordés de rouille) avant de s’arrêter. Mais le moteur continue de tourner.
- On ne bouge pas ! Deux minutes et vous pourrez descendre !
- Mais qu’est-ce que vous nous voulez ?
- Rien du tout, ne bougez pas, on vérifie quelque chose. On va vous montrer à quelqu’un. Ne regardez pas : nous serons obligés de tirer si vous le voyez !
Le chauffeur est descendu et a ouvert le hayon arrière tout en laissant fermées les petites portes du bas.
Le gardien descend à son tour, sans cesser de maugréer, et ils l’entendent rejoindre le chauffeur.
Il y a le double « plop » suivi du grésillement des tasers. Une légère odeur d’ozone.
Mais ni Jo ni Ted, paralysés par la décharge, ne l’ont sentie.
- Vite fait bien fait, et sans bavures, constate le chauffeur en refermant le hayon.
- Attends que j’aie fini le travail avant de redémarrer, approuve son complice en se mouchant péniblement entre ses doigts, cette salope m’a pété le groin. Tu aurais dû la flamber au magnum…
Il remonte à l’arrière, auprès des deux corps inanimés, et relève leurs vêtements pour découvrir la peau nue de leur dos. Et puis il sort un long poinçon de section triangulaire de sous sa veste, et le pose près de lui avec application.
- Saloperie de pif, ça me brouille la vue…
Il cherche du bout des doigts de la main droite un point précis entre les côtes de Jo, là où il sent battre le cœur, le marque du pouce de la main gauche, reprend le poinçon et l’enfonce d’un seul geste jusqu’à la garde.
Le corps marque un léger sursaut et retombe, le cœur transpercé de part en part.
Il attend quelques secondes, puis il ressort le poinçon rougi.
La plaie se referme en laissant à peine sourdre un filet de sang.
Il rabat les vêtements sur le dos de sa victime.
Et puis, il tue Ted.
Il essuie le poinçon sur les vêtements de ses victimes avant de le replacer dans la gaine dissimulée sous sa veste.
Il déploie une bâche dont il recouvre les deux corps et remonte auprès du chauffeur qui l’a regardé faire avec l’indifférence de l’habitude :
- Grouille ! On n’a pas que ça à faire…
- Ouais, j’arrive, tu sais que j’aime travailler proprement. Faudrait pas qu’on se fasse arrêter par les flics avec des corps à découvert dans la brouette !
- Et roulez jeunesse !
Le double meurtre n’a pas pris plus de deux minutes, et le vieux fourgon reprend sa route en fumant du pot pour rejoindre la Nationale 10.
Midi.
Sur l’aire de repos qui borde la Nationale, les poids lourds vont commencer à s’arrêter, et à remplir le parking qui leur est réservé, à l’écart des bâtiments du restaurant routier et de sa boutique de « produits régionaux ».
Tout au bout de ce parking presque désert, un « porteur » frigorifique est déjà garé auprès d’une grosse citerne d’essence. Les deux véhicules tournent le dos au restaurant. Ils sont arrivés trois heures plus tôt et leurs chauffeurs sont partis ensemble dans un vieux J7 qui s’était installé là la veille au soir. Entre eux, juste assez de place pour glisser ce même vieux J7, qui revient justement s’y encastrer, tête-bêche, sa propre cabine tournée vers le restaurant.
Le hayon et les demi-portières s’ouvrent en grinçant. Mais qui les entendrait, avec cette circulation ?
Et personne ne peut voir sortir, de l’arrière du fourgon, les deux hommes qui ouvrent ensuite la portière de la cabine du frigorifique, entre les deux camions.
De toutes façons, le fourgon les masque complètement.
Personne ne peut voir ces deux hommes y transporter le corps inerte de Jo.
Personne ne les voit répéter la même manœuvre dans la cabine du camion-citerne pour y installer le corps de Ted.
Personne ne prête attention à ce camion frigorifique lorsqu’il démarre et revient, après une courte manœuvre, se ranger de l’autre côté de la citerne. Peut-être son chauffeur est-il incommodé par un voisinage déplaisant, ça arrive sur ces parkings où chacun casse la croûte sans s’occuper des autres.
Mais comme personne n’y prête attention…
Personne n’a remarqué ces deux hommes effondrés sur le volant des camions : il arrive souvent qu’un chauffeur s’octroie une petite sieste après le casse-croûte, justement.
Personne, bien sûr, ne prête non plus attention à ces deux autres hommes qui s’éloignent tranquillement des trois véhicules garés côte à côte et qui rejoignent une Citroën des plus banales arrivée là ce matin, un peu avant le départ du fourgon.
Mais cela non plus, personne ne l’a remarqué…
Et personne, surtout, ne remarque la flaque de liquide qui s’élargit sous la citerne… Une vanne mal fermée sans doute…
Et puis il y a une grande flamme, lorsque l’un des occupants de la Citroën jette, en passant, une cigarette allumée dans cette flaque.
Et tout le monde entend l’énorme détonation qui secoue le bâtiment lorsque la citerne explose, quelques instants plus tard.

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