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LA DOUCHE DE SANG / P2C2E13

P2C2E13 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 13)

  N° 114 / LA DOUCHE DE SANG / P2C2E13

  C’est l’histoire où chacun se trouve couvert de sang, d’où il s’ensuit que commence l’enquête.

  Mardi 2 mai
19 heures

La Lanterne du Fort

  Dans le bureau directorial de la Lanterne…

  Figés un temps dans la stupeur, ils ouvrent les yeux sur une image horrible, où chacun est couvert de sang tout en se trouvant indemne de toute blessure.

  Le réflexe de fermer les yeux a joué au moment de l’explosion et ils découvrent un cercle de visages sanglants où flottent des regards égarés…

 
Vic et Eusèbe se regardent dans la seconde de silence qui succède au tumulte, et ils comprennent instantanément que l’autre pense à ce qu’il pense lui-même à cet instant précis : au cadavre écarlate de Luis écorché…

  Quelques gouttes de sang tombent du plafond et viennent s’écraser sur la table avec des flocs épais…
 
Et puis Vic regarde Clèm, avec une angoisse terrible… Mais non, elle supporte le choc et parvient même à lui adresser un pauvre sourire, l’air de dire : ce n’est pas encore cette fois…

  Ravot à son tour, qui doit être le plus choqué, puisque la bombe lui était adressée et qu’elle lui a sauté entre les mains, se reprend et réagit :
- Toto, crie-t-il en direction de la porte derrière laquelle celui-ci a pu s’abriter, Toto, rattrapez-moi le flic qui a amené le paquet !

 
Toto a compris et se précipite dans les escaliers…

  Jeanne retire les lunettes ensanglantées qui l’aveuglent et regarde Eusèbe avec la même tendresse que celle que Victor met à regarder Clémentine…
 
- Faut appeler les flics !
Ça, c’est Mouchoir qui vient de se lever en se frottant les yeux, ce qui a pour résultat d’étaler la moucheture rouge qui lui couvre le visage.

Et de provoquer un large éclat de rire, qui part de Clèm et fait instantanément le tour de la table, jusqu’à Ravot, pourtant largement repeint, puisqu’il était seul debout.
 
Rire nerveux, hoquetant et agité qui se calme aussi vite qu’il a commencé.

  - Ne bougez pas, intime Ravot qui a réalisé qu’il n’y a aucun blessé, je vais appeler Lepif, il doit se trouver avec Catachrèse, de la police scientifique : ils font les relevés au Tapas’Embal’, ils peuvent arriver en cinq minutes. D’ici là, on attend sagement, sans bouger et on évite d’en rajouter. Je ne veux ni malades ni malaises ! C’est assez sale comme ça…

Et il s’essuie les mains à l’intérieur de sa veste (fichue de toutes façons) pour manipuler son portable.

Lepif répond instantanément : ils laissent momentanément tomber le Tapas’Embal’ où ils placent deux gardiens et ils arrivent.
 
Tout le monde reste assis, on évalue la charge d’explosif, on discute de la nature des tarés qui… Bref, on meuble. Clèm se plaint de l’odeur écoeurante, Victor lui demande si elle va pouvoir tenir le coup, que sinon… T’en fais pas, ça ira… Jeanne s’interroge à haute voix sur cette sorte de défi du sang qui leur est lancé, sur ces malades qui les agressent, directement ou indirectement, et Eusèbe se demande pourquoi on ne les a pas carrément fait sauter : c’est vrai, quelques centaines de grammes de plastic au lieu de cette sinistre farce, et ils étaient tous morts !

  Toto remonte pour dire que, bien sûr, le flic qui a apporté le paquet s’est évaporé dans la nature, et demande s’il peut faire quelque chose, puisqu’il est le seul à avoir pu se protéger derrière le battant de la porte, mais non, merci, va plutôt accueillir Lepif et les autres, lui dit Victor.
 
Lepif arrive à ce moment-là et reste bouche bée devant le tableau que donne le grand bureau directorial-salle de conférence, transformé en boucherie sanglante.

Catachrèse, qui le suit et qui n’a pas quitté la combinaison de papier qu’il avait enfilée pour effectuer les prélèvements au Tapas’Embal’, siffle entre ses dents :
- Eh bien, vous avez de ces jeux de société à Saint Tignous sur Nivette !!!

Il fait signe à ses assistants et aux techniciens qui portent les valises de matériel :
- On me relève tout ce qui est morceaux, débris, poussières et gouttes de sang. Exclusivement ce qui reste du colis piégé, de l’explosif et du récipient qui contenait ce sang. Vite ! Je suppose qu’ils en ont marre de baigner là-dedans, ajoute-t-il à l’intention des assistants toujours assis.

  Commence un ramassage minutieux et méthodique des indices possibles, bouts de papier, morceaux de contreplaqué, débris de vessie en matière plastique et quelques fils et bidules électriques…

Au fur et à mesure de leur progression, ils libèrent les témoins qui sortent un à un de la pièce et se retrouvent dans l’antichambre, sur le palier de l’étage où Clèm les invite à monter se débarbouiller et se changer dans leur appartement du haut, qui fut celui d’Arthur après avoir été celui d’Eusèbe, et qui, à ce titre, renferme encore quelques anciens costumes des uns et des autres dans des cartons délaissés…
 

Et c’est ainsi qu’Eusèbe retrouve un costume qu’il portait il y a trente ans, que Ravot se sent étriqué dans un pull et un jean de Victor, que Mouchoir endosse avec émotion un costume trop large d’Arthur et que Jeanne se drape dans une robe un peu ample et largement décolletée de Clèm dans laquelle elle feint de parader comme à un défilé de mode sous les regards attendris d’Eusèbe qui l’embrasse sous les bravos de la foule !!!

  - S’ils pensaient nous affoler, c’est raté, triomphe Clèm en posant les mains sur son ventre rond.
- Il faudra quand même prendre des mesures de sécurité, intervient Ravot, très sérieux : la prochaine fois ils peuvent tuer…
 
- Vous avez raison, enchaîne Victor. Je propose que les plus menacés et que ceux et celles dont la présence n’est pas indispensable se réfugient à Agotchilho, ou aillent faire un petit séjour chez les Goums. Je pense en particulier à toi, ma Clèm, et…
- Et pourquoi à moi, se révolte-t-elle ?
- Il a raison, appuie Eusèbe. Ta grossesse te fragilise et te désigne comme cible pour ces terroristes malades. Et puis, Amaïa et Hélène seront ravies de t’accueillir…
- On pourra faire une amicale des gros ventres et tricoter des layettes !
- Mais non, ma Clèm, il ne s’agit pas de t’évincer, mais reconnais que tu cours moins vite !
- Et nous serons plus tranquilles. D’ailleurs le bureau N°1 et son appartement sont très proches, avec le métro, et nous pourrons y installer un PC secret, appuie Eusèbe.
- D’autant plus que toi aussi, pépé Zèbe, tu cours moins vite, ajoute Clèm en lui adressant un sourire torve qui entraîne un nouveau rire général.
  - Je peux m’installer un lit dans un bureau et rester en liaison permanente avec vous si vous descendez… propose timidement Mouchoir.
- Jules, tu es un génie ! appuie Jeanne (ce qui fait rougir le Jules en question). Nous irons tous chez les Goums, et toi, tu aménageras provisoirement dans l’appartement de Vic et Clèm ! (Gonflée d’en disposer, ils sont chez eux, pense Mouchoir interloqué).
- Tout à fait d’accord, approuve Victor ravi de la solution. Il me suffira de venir travailler par le métro, après tout, c’est ce que font des milliers de parisiens, non ? Et il n’y aura pas de grève surprise…
- Mais il n’en faudra pas moins prévoir un système de sécurité renforcé, insiste Ravot. Avec votre accord, j’installerai un poste de garde à l’entrée du journal, avec un portique de détection d’armes et d’explosifs, et une cellule de contrôle des matières entrantes pour l’imprimerie…
- Faites au mieux, approuve Victor.

Eusèbe l’appuie d’un hochement de tête.
 
- Maintenant, on va pouvoir nettoyer, conclut Jeanne alors que les techniciens et Catachrèse ressortent. Toto, faites venir une brigade de femmes de ménage pour enlever le plus gros. Et je propose de tout repeindre dès demain, de virer les tapis, les rideaux et les accessoires remplaçables comme les claviers d’ordinateurs, ou bien dans cinq ans on y retrouvera encore des taches suspectes… Je ne sais pas ce que tu en penses, Victor, mais…
- C’est une très bonne idée. Clèm, Béatrace et toi vous pourrez vous charger de refaire la déco… Qu’en penses-tu, Eusèbe ?
- Carte blanche et un délai de trois jours, ça ira ?
- Banco ! s’écrie Clèm qui vient d’enfiler sa robe de grossesse de secours. Mais pour ce soir, on en reste là, et on fiche la paix à Béatrace : la pauvre a déjà suffisamment de motifs d’inquiétude avec l’absence d’Arthur et assez d’occupations avec Tijules… Alors, chacun chez soi, je ne pense pas que nos « amis » se manifestent encore ce soir… Et il faudra préparer quelques bagages pour aménager chez les uns et les autres…
- C’est juste, approuve Jeanne. Eusèbe et moi rentrons prendre quelques vêtements, nous reviendrons demain. Cela me permettra de faire la connaissance des Goums que je n’ai toujours pas rencontrés. Mais ne comptez pas sur moi pour adopter leur costume (rires). Il faudra aussi que Jules prenne quelques vêtements, ceux d’Arthur lui vont assez mal (rires, confusion de l’intéressé, rires, grosse bise de Jeanne et bourrade d’Eusèbe. Mouchoir est écarlate de bonheur)…
- Je vais organiser la sécurité avec Toto en attendant les renforts du commissaire… Tiens, où est-il passé ?

  Ravot, qui a rejoint Lepif, est sorti en compagnie d’un Catachrèse, encore agité, qui s’est extrait de sa combinaison souillée pour la jeter en boule dans un coin avec les autres vêtements condamnés :
- Vous avez trouvé quelque chose ?
- Trop tôt pour répondre… Je vous verrai demain matin. Nous retournons au Tapas’Embal’. Ah on ne s’ennuie pas, chez vous… J’espère que vous nous laisserez quelques heures pour étudier tout ça… Alors, on se calme, n’est-ce pas ? Ni bombe ni cadavre jusqu’à demain. Pouce ! Ou bien je me fâche !!!
 
Et il part, ravi : il n’a jamais vu un tel pataquès !

  - Lepif, demain vous me convoquerez pour huit heures dans mon bureau tous ceux qui ont participé à la soirée d’inauguration de Tapas’Embal’ et que vous pourrez trouver, à commencer par le Maire, le Conseiller en matière d’économie électorale et le curé. Et je vous jure que ça va bouger ! En attendant, venez avec moi, je paie un pot chez Mado !
- A vos ordres, commissaire ! s’esclaffe Lepif qui adore les rages professionnelles de son patron.
 

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