RAVOT CHEZ LES GOUMS / P2C1E14
P2C1E14 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 14)
N° 93 / RAVOT CHEZ LES GOUMS / P1C2E14
C’est l’histoire où le commissaire Ravot découvre les Goums et où tout le monde apprend la disparition du Hai II.
Mardi 3 mai
11 heures 30
Métro
En fait, si Nouye n’a pas pu joindre Rébéquée, c’est parce que celle-ci se trouve déjà à l’arrivée du « métro » où Vic l’a prévenue de sa venue, accompagné de Clèm, d’Eusèbe et de Ravot.
Qui avaient quitté le journal sans croiser Mouchoir occupé en salle de rédaction, et donc sans pouvoir le prévenir de leur destination, comme ils le faisaient d’ordinaire lorsqu’ils se rendaient à Agotchilho.
Du journal, ils sont descendus directement par les archives dans la cave de la petite maison (tout cela communique depuis des temps très anciens : Saint Tignous est une très vieille ville), et de là dans le « métro », où attend toujours un locotracteur équipé de quelques sièges. Le confort s’est quelque peu amélioré.
Le feu vert indique que la voie unique est libre jusqu’à Agotchilho.
Vic a démarré en vitesse lente et a rejoint ses compagnons : le système marche tout seul.
Les quarante minutes du voyage (à cette vitesse, mais en urgence on va deux fois plus vite !) (mais plus on va vite et plus ça secoue) ont été mises à profit par Victor, Clémentine et Eusèbe pour résumer la première partie à l’intention d’un Ravot ébahi qui a tenté de réunir les fils de ce qu’il savait, donc, de la version publique des évènements, et de ce qu’il découvre. Et qui patauge un peu entre les Numéros, les Chochos, les Goums (faut lui expliquer que ce sont les mêmes puisqu’il n’a pas eu le privilège de lire la première partie, lui), dont personne n’a entendu parler, les menaces nucléaires passées, la catastrophe climatique provoquée, la véritable raison de la défaite des Écolocroques, ses modalités, mais surtout, bon sang, qu’est-ce que c’est que ces Goums !
- Vous les connaîtrez bientôt. Rébéquée, qui a conservé, pour des raisons qui lui sont personnelles, des liens très étroits avec Amaïa, la « Mère » des Goums, lui a demandé de vous expliquer directement qui ils sont… Elle l’a prévenue de ce qui se passe et de la raison de votre présence.
Le métro est nettement plus confortable maintenant que les Goums ont adapté la voie après l’avoir prolongée jusque dans la cave de la petite maison. Des arrêts (facultatifs) (programmables, si !) sont possibles au bureau des archives secrètes d’Eusèbe, dans l’entrepôt dit des ogives (sous le monument aux morts de Saint Tignous sur Nivette), à l’aiguillage, qui a été remis en état à la bifurcation vers Marinoval (qu’il arrive que l’on utilise pour divers approvisionnements discrets). Le terminus a été rendu plus accueillant, à la base de sous-marins sous les eaux de laquelle gît toujours l’épave de l’U118 que l’on n’a pas pris la peine de renflouer : l’acide qui l’a inondé et les crabes qui l’ont visité, ont dû faire disparaître les restes de son équipage et ceux du Numéro 3 qui s’y trouvaient lorsque Arthur et Béatrace l’ont coulé d’un coup de locotracteur.
Un prolongement du tunnel a même été creusé jusque dans l’usine de transformation, où les unités de déshydratation d’algues et de conserve de crabe ont été enrichies par quelques lignes de fabrication de soupes diverses, selon des recettes basées sur celles des Goums. Cela a permis d’introduire « légitimement » un matériel roulant plus moderne et plus confortable (même si Béatrace et Arthur ont voulu, va savoir pourquoi, conserver l’ancien locotracteur survivant de leurs batailles et qui dort dans l’entrepôt des ogives. Il paraît qu’ils lui rendent visite de temps en temps, mais ils s’arrangent toujours pour y aller seuls, main dans la main, en chantant « Une poule sur un mur… »).
Rébéquée les attend à l’arrêt de la base sous-marine : pour ce dont il sera question, elle préfère s’installer dans le bureau N°1. Pour le travail quotidien de l’usine, elle préfère celui qu’occupait Hector, qui a été agrandi et qui domine le hall d’arrivée des produits de la pêche : elle peut au besoin y recevoir des visiteurs professionnels, fournisseurs pour la plupart, qui n’ont rien à voir avec les secrets de la base. Pour ce qui concerne les clients, ils sont plutôt reçus à la Marée au Grand Port, dans l’ancienne boulangerie Pain d’Algues qui a été adaptée à son nouveau développement, puisqu’elle assume la distribution mondiale des produits d’Agotchilho, mais gère aussi la redistribution des stocks alimentaires des Écolocroques. Hélène semble avoir admis cet usage nouveau des lieux où elle a vécu avec son ami Hector, dont elle a fini par accepter la disparition. Sa tendresse croissante pour Rébéquée a remplacé sa mélancolie et elle retrouve peu à peu son rire. Sa récente grossesse la comble…
Allez expliquer tout cela en moins d’une heure, vous…
Rébéquée est seule sur le quai à les attendre, dans sa salopette blanche de travail. Ce n’est pas parce que l’extraterritorialité vous place hors normes qu’il faut saloper le boulot, n’est-ce pas, et devant l’extension prise par leur production, Rébéquée a voulu faire « tout propre » dans « son usine » où même les Goums ont dû s’habiller de blanc. Une vraie révolution pour eux, mais Amaïa a insisté : personne à poil dans les locaux de production…
Arrêt impeccable du locotracteur devant Rébéquée souriante.
On s’embrasse, on se congratule.
- Venez, nous serons mieux au bureau N°1.
Vic met encore à profit le trajet à pied depuis la base jusqu’au bureau pour expliquer, raconter, combler des lacunes du récit, et il y en a : leur arrivée avec Clèm, leur capture, l’exécution atroce d’Hector (il ne l’aurait pas racontée devant Hélène, et il l’explique à Ravot pour prévenir tout impair éventuel de sa part), le fonctionnement de l’usine, avec les premiers Goums entrevus au travers des baies vitrées de la coursive qu’ils ont rejointe, leur enlèvement à bord du Hai II, les menaces, le chantage à l’encontre de Clèm… le retournement décisif d’alliance de la part des Goums…
Rébéquée, qui conduit le groupe, soutient discrètement Clèm qui commence à sentir peser son sixième mois de grossesse. Elle lui parle bas, un bras glissé sous le sien.
Eusèbe explique à Ravot comment il a pu feindre d’être captif et donc conforter les Numéros dans leur certitude de victoire. Il raconte leur séjour secret dans le bureau N°1, explique comment a pu être montée l’ultime émission, à partir d’éléments enregistrés, et Clèm, qui les entend dire, se joint à eux pour commenter « la tête qu’ils ont faite » quand on a projeté le montage aux « Numéros » capturés, la colère impuissante du Numéro Un, entravé devant l’écran, lorsqu’il a compris qu’ils avaient perdu la partie qu’ils étaient tellement sûrs de gagner, sa frénésie haineuse devant le sourire écrasant de Clèm tendant la clé de ses menottes à Mouye : « ils sont à vous, je crois que c’est ce qui vous a été promis ». Et Mouye qui annonce froidement au même Numéro Un, blême de rage cette fois, que son père a été bouffé par ses crabes préférés, et son fils dissous dans l’acide, avant de les pousser devant elle vers un destin qu’aucun d’eux n’a depuis cherché à connaître.
Même s’ils ne se pressent pas, ils arrivent au bureau N°1 que Rébéquée ouvre en s’effaçant et en remarquant qu’il faudra songer à rechercher les propriétaires des tableaux…
Nouye se lève à leur entrée et son visage encore plus froid que d’habitude fait taire immédiatement les bavardages et le brouhaha de l’arrivée :
- Le Hai II a disparu…

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