UNE HISTOIRE DE SORCIÈRES ? / P2C3E13
P2C3E13 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 13)
N° 136 / UNE HISTOIRE DE SORCIÈRES ? / P2C3E13
C’est l’histoire où Béatrace exulte d’avoir des nouvelles d’Arthur et où l’on analyse les déclarations de l’Amazone : une histoire de Sorcières ?
Mardi 7 juin
11 heures
Agotchilho
Béatrace est parvenue à rejoindre le bureau N°1.
Comment ? Mystère.
Au passage, elle a bousculé Ouâniahoua, perdu le drap dans lequel elle était camouflée, et s’est cognée trois ou quatre fois aux voûtes surbaissées des couloirs, et puis, elle est arrivée…
Clèm est assise lourdement dans un fauteuil, somnolente ; Nouye veille, hiératique.
Au bruit de son arrivée fracassante, Eusèbe et Jeanne, qui se reposaient dans leur chambre, sortent en coup de vent :
- Il est vivant ! Il est vivant !!!
Elle embarque Eusèbe dans une valse folle pour le relâcher devant un fauteuil où il s’effondre étourdi :
- Arthur est vivant, elle vient de le dire !
Eusèbe se redresse en reprenant son souffle (cette fille est folle) :
- Mais, comment ?
- Elle a dit qu’ils le transportaient vers son « destin ». Il est vivant et ils vont le tuer, j’en suis sûre, vite, Eusèbe, il faut faire quelque chose !!!
Jeanne la prend par le bras et la tire en arrière pour permettre à Eusèbe de respirer :
- Ce n’est pas une raison pour étouffer Zèbe. Calme-toi, compte jusqu’à trois et raconte…
- Oui, tu as raison, excuse-moi… Oh mon dieu !! Un mois sans nouvelles en sachant qu’il a été enlevé, et… Tu te rends compte, il est vivant !!! On va le sauver, hein, dis, Zèbe, on va le sauver…
Et elle s’effondre en larmes entre les bras de Jeanne…
Lorsque, dix minutes plus tard, Tijules revient de son bain dans les bras d’Amaïa (tata Maïa aime beaucoup porter Tijules, et lui, il adore s’installer contre ses seins immenses qui roulent quand elle marche et dans lesquels il s’enfonce avec délices), il trouve mama Béa entre rire et larmes, mais son regard, plus vif qu’il ne l’a été depuis très très longtemps, le fait rire, lui aussi, et il lui tend les bras en gazouillant pour lui expliquer que, bien sûr, ses seins sont moins confortables que ceux d’Amaïa, mais que c’est ceux de sa mama Béa et que c’est là qu’il préfère se trouver, et il lui montre aussitôt en enfouissant son museau dans le creux de son corsage, là où il sait que se trouve l’accès au juteux délice.
Et mama Béa ronronne de bonheur…
- Elles ont fini l’interrogatoire, déclare Nouye, qui surveille l’enregistrement depuis sa console. On va pouvoir repasser la bande pour en tirer les informations. Je crois que vous en serez satisfaits.
Béatrace redresse la tête dont elle couvait Tijules en pleine tétée :
- Oui, je me souviens d’avoir repéré des informations, mais quand elle a parlé d’Arthur, je n’ai pas pu rester.
- Oh, il ne s’est pas passé beaucoup d’autres choses, résume Nouye, mais on va tout reprendre ensemble pour bien l’analyser.
Grand bruit de rires et de course : Rébéquée arrive, portant dans ses bras une Hélène triomphante qui agite les jambes en criant « je veux descendre ! pose-moi ! arrête ! tu es folle », ravie d’être ainsi enlevée, ravie de son succès, ravie de vivre et de s’être montrée à la hauteur.
Ouâniahoua les suit de loin. Elle s’est assurée que l’Amazone s’est bien endormie après leur départ (« Repose-toi, Birke, repose-toi. Tu l’as bien mérité », lui a dit Hélène d’un ton solennel en la quittant.
Et la fille a fermé les yeux). Par sécurité, Ouâniahoua l’a piquée avec le dard de son bâton : cela va lui procurer quelques heures de sommeil profond… Et elle a verrouillé la porte.
- Tu as vu comme elle s’est précipitée à mes genoux ? s’étonne Hélène que Rébéquée a remise sur ses jambes et qui tente vainement de rallonger la jupette de sa tunique dans un vague réflexe qui tient plus à la coquetterie qu’à la pudeur (il est vrai qu’ici, tout le monde « connaît » tout le monde)…
Rébéquée s’agenouille vivement devant elle et embrasse son petit ventre à peine rebondi :
- C’est que tu es la reine, ma chérie !!
- Tu es folle !!! s’écrie Hélène sous les rires, arrête, tu me chatouilles !!!
- Alors ? du nouveau ?
C’est Victor qui descend du journal. Ils avaient prévu de se revoir à onze heures pour une première synthèse, les potions ne permettant pas des interrogatoires très longs.
Ravot est reparti au commissariat poursuivre son enquête après la perquisition Lartigo.
Mais à part lui, tout le monde est là. L’enregistrement est lancé, dans le silence et l’attention générale…
Murmure d’approbation devant l’attitude d’Hélène dont la main tremble un peu dans celle de Rébéquée.
« Merci, Patronne, votre générosité égale votre beauté… »
- Les soirées doivent être torrides chez les Amazones, grince Rébéquée (ce qui fait sourire Béatrace qui berce Tijules) (s’en fout, y tète).
« D’après ce qui m’a été rapporté de ce que tu as dit, tu serais restée un moment sans surveillance, ce qui ne m’étonne pas, de la part de ces Chochos, et tu serais parvenue à t’échapper, malgré… »
- Bravo Hélène, murmure Victor… C’est très fort, cette insinuation, bien mené, et tout… (Elle biche, Hélène !)
« … rejoindre… sans doute le bateau, où mes sœurs seraient parvenues à me cacher… »
- Stop, crie Rébéquée ! (Arrêt sur l’image instantané de Nouye) Voilà. A partir de là, on est tranquilles : on a vu juste. Il faut bloquer le port !
Elle décroche le téléphone et confirme ce qu’elle a déjà commandé : tous les postes de garde sont doublés, l’écluse fermée, les barrières baissées. Personne n’entre ni ne sort. Y compris par Marinoval. L’ennemi connaît les lieux et les accès. Mais il ignore quels travaux ont été entrepris depuis deux ans. Donc, on confine !
Et Eusèbe ajoute :
- On prévient Ravot qu’il bloque de l’extérieur, s’il le peut…
- Continue, Nouye…
Le défilement de l’enregistrement reprend…
« J’avais déjà repéré quatre de mes cibles, dont la mère des Chochos, et mes sœurs auraient pu achever de détruire ce repaire des Malfort… »
Amaïa redresse la tête et regarde Rébéquée dans les yeux :
- La guerre sera totale… Je vais revoir Ôoumloc…
- On l’a échappé belle, souffle Jeanne…
« Vous n’êtes plus en Omphalie ? Vous êtes venue voir votre Frère Élu ? »
- Elle se croit en Harpie, observe Rébéquée, et elle le voit « aux murs sombres ». Et il semble que l’Élue n’y soit pas à sa place naturelle, mais que ce soit la base de l’Élu. Intéressant. Ils sont frère et sœur et se déplacent d’un lieu à l’autre. Sans doute en avion, et sans doute dans ce jet qui a enlevé Arthur. Il faut trouver une base aérienne près des côtes d’Amérique du Sud, où Arthur a été enlevé, pour l’Omphalie. Mais l’autre ?
« …j’ai rejoint le Mélanippé avant son départ… »
- Le Mélanippé ! s’écrie Hélène, j’ai failli réagir quand elle en a parlé. C’est un bateau qui est à quai au Grand Port !!!
- Qui était, précise Rébéquée, il est parti hier soir…
« Nous étions trois membres de la Brigade du Balai à nous être dissimulées sur le Mélanippé lorsqu’il est venu charger de la marchandise en Harpie : Esche, Weide, et moi-même, Birke. (Hélène-Élue hoche la tête pour lui montrer qu’elle l’avait reconnue) Il devait décharger des farines « officielles » à Agotchilho et des matières « spéciales » à Bordeaux, et puis, à son retour, il devait passer reprendre des soupes à Agotchilho, et nous embarquer, comme nous l’a expliqué le capitaine Allan ».
- Stop, crie Victor. On les tient.
- La brigade du balai ! s’écrie Jeanne. Une troupe de sorcières.
- Esche, Weide, Birke : Frêne, Saule, Bouleau, en allemand, l’interrompt Eusèbe.
- Les arbres sacrés qui servaient à fabriquer le balai de sorcière avant son vol chamanique, continue Jeanne. Croyez-moi, on est dans le même ordre légendaire nordique que celui qu’ont utilisé nos affreux de Thulé !
Rébéquée semble prise d’une illumination subite :
- Oui, mais attention ! Le Mélanippé est parti pour Bordeaux. Il doit y être arrivé.
- On pourrait l’intercepter, remarque Victor…
- Il vaut mieux lui laisser croire qu’il est toujours « dans le coup », objecte Hélène, et le « récupérer » ici…
- C’est très juste, appuie Amaïa. Ici, nous pourrons intervenir…
- Mais si le port reste fermé, il ne pourra plus rentrer… Je donne des instructions pour le laisser passer, approuve Rébéquée.
- Il n’en aura pas pour très longtemps à Bordeaux, il devrait être de retour demain ou après-demain, et si les Amazones restantes…
- Esche et Weide précise Nouye, dont la mémoire goum est sans faille…
- … si Esche et Weide sont toujours dans la nature, on les coincera quand elles essaieront d’embarquer…
- Tu as raison, approuve Amaïa. Je lui réserve une surprise, s’il ose revenir…
C’est simplement dit.
Mais si durement que ça jette un froid.
Après quelques secondes de silence lourd et sur un signe d’Amaïa, Nouye a relancé l’enregistrement :
« Le Hai II est-il arrivé, Patronne ? »
Elle l’interrompt de nouveau, sur un signe de Victor, cette fois :
- Le Hai II doit aller en Harpie… Si nous savions où cela se trouve…
On hoche la tête… Si…
« J’étais déjà partie en mission avec mon groupe, quelque temps après celles de la Brigade du Loup dont faisait partie Tomie, lorsque vous avez capturé Arthur Malfort. Nous l’avons appris par le Réseau. Je voulais me porter volontaire pour l’escorter avec le Mentor vers son destin, pour me faire pardonner mon échec… »
On entend le cri que pousse Béatrace au moment où elle part en courant, le silence qui a suivi, on voit Hélène qui se retourne, immergée dans son rôle, et fait un signe à la silhouette de Rébéquée en demandant :
« - Eh bien ?
- Ce n’est rien Patronne. Un message urgent à porter… »
Hélène-Élue hausse les épaules et reprend sa conversation apaisante avec Birke qui dodeline de la tête sous l’effet des drogues, puis elle la quitte, suivie de Rébéquée.
L’Amazone a fermé les yeux. La silhouette nue d’Ouâniahoua se glisse auprès de la forme assoupie et la pique du bout de son bâton d’ivoire. La prisonnière se détend complètement…
Nouye revient en arrière sur la dernière phrase importante de l’enregistrement :
- Arthur a été conduit dans ce qu’ils appellent l’Omphalie, commente Victor, comme pour lui-même. De là, il est emmené en Harpie. Le problème, c’est que nous ne savons pas exactement quand il est arrivé en Omphalie, mais il est très probable que cet endroit est situé dans le Pacifique, au large du Chili. Or, le Hai II est parti de Thulé…
- … le 3 mai, précise Nouye en le voyant chercher dans sa mémoire.
- … le 3 mai. Nous sommes le 7 juin. Cela fait 32 jours de navigation. Comptons deux jours d’escale en Omphalie : les arrêts lui sont dangereux. Je doute qu’ils disposent de bases sous-marines secrètes capables d’héberger longtemps un engin de cette taille. Il navigue à vingt cinq ou trente nœuds. Disons vingt cinq. Nous sommes bien placés pour le savoir. Il a donc pu parcourir… 32 x 24 x 25…
- …
- … sachant qu’un mile nautique fait
- …
- … presque le tour du monde. Il peut se trouver n’importe où.
- Spéculations sans intérêt pour le moment, objecte Eusèbe. Nous manquons d’éléments.
- D’autant plus qu’il a pu passer sous le Pôle Nord, depuis Thulé, remarque Rébéquée, et gagner le Pacifique, au lieu de l’Atlantique où il a été recherché.
- C’est très probable, approuve Clèm. Il allait en Omphalie. Ce qui a pu donner l’idée de capturer Arthur pour profiter du voyage… Mais l’agression était programmée depuis bien longtemps… Il y a des coïncidences surprenantes.
- Je crois que tu as raison, insiste Jeanne : tout cela a été préparé de longue date, le plan a été mûri…
- Ils disposent même d’un « Réseau » d’information. Quel « Réseau » ? se demande Rébéquée…
- Et qui est ce Mentor ? demande Jeanne. Une sorte de… guide pour les Élus, peut-être ? Ils sont si jeunes…
- Une chose, ajoute Victor. Ils doivent certainement disposer d’une base technique pour le Hai II. Il est inconcevable qu’il navigue sans arrières…
- Mais nous n’en connaissons que deux qui soient capables de l’accueillir, et nous les maîtrisons : Thulé et les Chonos… C’est très important. Je ne pense pas qu’ils aient pu en dissimuler une troisième, poursuit Clèm… Ou alors, c’est qu’Omphalie et Harpie sont énormes…
- Autre chose, remarque Rébéquée, je sais qu’ils ont débarqué ici de la farine et qu’ils vont embarquer des soupes déshydratées pour l’Afrique, pour Dakhla, exactement. J’ai vérifié, et je m’en souviens parce que j’ai lu que du temps de Mermoz, l’endroit s’appelait Villa Cisneros. Il serait intéressant de savoir ce qu’ils ont débarqué à Bordeaux. Qu’est-ce que c’est que ces « matières spéciales » ? Souvenez-vous de ce que disait Tomie, et de ce qu’elle a trouvé normal de prendre de la poudre de repos. Le produit l’a d’autant moins étonnée qu’elle a parlé de « matières précieuses » produites en Harpie et qui lui ressemblent…
- D’ici à ce que les « matières spéciales » et les « matières précieuses » soient les mêmes et viennent tout droit de Harpie… Des sortes de drogues… On a peut-être une piste, si le Mélanippé vient de Dakhla et s’apprête à y retourner, reprend Victor…
Le téléphone interrompt leurs spéculations :
- Le commissaire Ravot voudrait voir Eusèbe et Victor, annonce Nouye. Il sera chez Mado dans une demi heure : il a du nouveau.

Laisser un commentaire