INFILTRATION / P3C1E41
P3C1E41 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 41)
N°186 / INFILTRATION / P3C1E41
C’est l’histoire où Arthur, accompagné de Nouye déguisée en Amazone, entreprend d’infiltrer le C’est tout naturel de Saint Tignous sur Nivette.
Lundi 13 juin
17 heures 30
C’est tout naturel
On a habillé Nouye, dans la petite maison, tandis que Rébéquée la remplace au bureau N°1.
C’est quelque chose.
D’abord, Nouye n’aime pas ce déguisement, et elle le montre, encore plus froide, distante et laconique que d’habitude.
Après tout, pour le personnage qu’elle va incarner ce n’est pas plus mal : une combinaison blanche d’ouvrière de l’usine à soupe, une parka blanche de Rébéquée et les bottes assorties, avec un léger talon pour ne pas faire ouvrière en fausse perm, la perruque de Mado, et un petit parapluie pliant, ou plutôt, l’enveloppe récupérée d’un parapluie pliant psychédélique de Béatrace, qui bulgarise parfaitement son bâton de gardienne Itzal. Et sur tout ça, une large casquette qui lui masque le front, et un maquillage tsoin tsoin tout soigné dans tous les coins par la même Béatrace !
- T’es d’enfer, lui dit-elle, tandis que Tijules tourne autour du chantier avec des cris de Sioux. A part les yeux noirs, une vraie Amazone. Mais après tout, y’a peut-être des Amazones aux yeux noirs…
- Il y a des Amazones aux yeux noirs, confirme Arthur à qui une ultime potion magique d’Amaïa a définitivement et totalement rendu le mémoire…
Avec d’ailleurs une certaine confusion paradoxalement liée à la précision même des souvenirs révélés…parce qu’il se souvient très exactement des 120 Amazones d’Omphalie et de ce qu’elles lui ont fait faire / subir (cela restera entre nous)… Même qu’au début, c’était pas mal… Après, bien sûr, ça faisait beaucoup, et même Bitenor peut manifester une certaine lassitude post coïtale…
Ravot est allé récupérer la tignasse postiche que Lepif avait rendue à Mado et en a profité pour porter un bol de soupe à celle-ci, des fois que l’on tente de la droguer. On ne sait jamais. Il a d’ailleurs eu bien du mal à la pousser à consommer un bol de soupe « d’urgence » à trois heures de l’après-midi, mais il a réussi, à grands coups d’arguments aussi fallacieux qu’absurdes. Quitte à passer pour plus fou qu’il ne peut raisonnablement l’être… Et puis il a ramené la perruque jusqu’à la petite maison Malfort, maintenant gardée discrètement par deux gardiennes armées.
Arthur se félicite de l’avoir fait fortifier, comme tous les accès possibles vers le monde des Goums…
Amélie, retournée à Pau, est plongée dans la synthèse à grande échelle de la molécule qui vaincra la drogue potentialisée par les saucisses et commence à en emplir de petits sachets… Les dosages (infimes) sont définis, reste à trouver un mode d’administration… Elle a quelques idées…
Ravot, de retour à son commissariat, tente en vain de joindre le juge et le procureur… Mauvais signe. Il charge Lepif d’aller interroger la famille du défunt Conseiller en matière d’économie électorale.
Quatre agents, les yeux troubles, y mangent des saucisses…
Eusèbe et Jeanne sont remontés au journal, pour contacter Elasque-Jean Kronobian, l’ingénieur météo avec qui le journal collabore régulièrement…
Et puis Arthur a appelé Edgar Maupuis, le « nouveau » directeur de C’est tout naturel… Un rendez-vous discret… Porte de derrière…
Un vigile les attend. Il jette un coup d’œil à Nouye, qui suit Arthur, l’air indifférent, et il les guide par une série de couloirs obscurs et d’escaliers dérobés jusqu’à la porte du bureau du « patron », comme il l’appelle.
Edgar Maupuis leur fait signe d’entrer… Il y a déjà un visiteur dans son bureau : le Chanoine Onésiphore Biroton qu’Arthur est bien surpris de trouver là… Il faut croire que le directeur du C’est tout naturel de Saint Tignous sur Nivette est très au courant de la situation d’Arthur : il le traite comme quelqu’un de son camp, sans réserves ni discrétion particulières et lui fait signe d’attendre :
- Monsieur le Chanoine, je peux vous assurer que vous recevrez dès jeudi ce qui vous a été promis comme encens, comme hosties et comme « Petits Biscuits du Bon Dieu ». Vous décuplerez ainsi le zèle de vos ouailles, comme l’a dit Monseigneur Zeeman lorsqu’il vous a conseillé de venir nous voir. La semaine prochaine toutes celles et tous ceux qui auront assisté à votre messe dominicale retrouveront l’âme prosélyte des saints martyrs des premiers temps ! Et votre marge sur les biscuits contribuera largement au Denier du Culte…
- Merci, Monsieur Maupuis, merci, je peux vous confier à quel point j’étais inquiet de cette horrible montée de l’incroyance et de ces sortes de rituels païens qui se développent et dont j’ai reçu l’écho…
- … trompeur, Monsieur le Chanoine, trompeur ! Nous favorisons l’observance religieuse, et si nous ne nous mêlons pas directement aux manifestations de foi, car ce n’est pas notre rôle, nous faisons de notre mieux pour leur apporter notre appui technique… Nous appliquons à la lettre un idéal de laïcité positive qui nous rend inattaquables…
- Dieu vous le rendra !
- Amen, Monsieur le Chanoine, amen !!! Et que Dieu vous garde !!!
Le Chanoine sort, conduit par le vigile qui a introduit Arthur et Nouye, toujours debout près de la porte.
- Excusez-moi un court instant et je suis à vous…
Il décroche un téléphone :
- Les pains hallah et le vin kasher du rabbin de Pau sont prêts ? Bon, faites-les livrer. Et renseignez-vous sur les besoins des boucheries hallales. Demandez à l’imam. Oui, bien sûr, il est au courant… Les merguez et l’eau lustrale. C’est ça… Et ne confondez plus les livraisons, ça provoque des incidents.
Il repose le combiné et regarde Arthur sans un mot…
Arthur garde cet air lointain, un peu égaré qu’il arbore depuis qu’il s’est présenté à C’est tout naturel :
- Le Mentor m’a dit de m’adresser à vous si je rencontrais des difficultés dans l’accomplissement de ma mission…
Maupuis hoche la tête en le regardant :
- Ainsi c’est vous Arthur Malfort… J’ai beaucoup entendu parler de vous par mon collègue Arnaud Boufigue… (Il le toise du regard) Ce résultat est remarquable… Décidément, le Mentor est très fort… Très fort… Ce conditionnement me semble parfait…
Il se lève et vient regarder Arthur de plus près :
- Vos « amis » vous ont retapé semble-t-il… Physiquement retapé… Bien… Et quelles sont ces difficultés qui vous préoccupent ? Je connais votre mission et il serait bon que vous l’accomplissiez cette fin de semaine, nous avons prévu de déclencher les opérations finales dès la semaine prochaine, et nous aimerions être débarrassés de l’abcès que constituent ce journal et la population des Chochos…
Arthur ne bronche pas. Quant à Nouye, elle semble taillée dans le granite…
- C’est que… j’aurais besoin d’un moyen pour…
- Pour agir tranquillement ?
Edgar Maupuis hoche la tête, semble hésiter un instant et regarde d’un peu plus près Nouye qui reste impassible.
- C’est l’une des aides que le Mentor m’a attribuée, mais je n’ai pas pu l’introduire dans la place, précise Arthur.
- Bien sûr, bien sûr… Je ne la connais pas… Un peu de sang inuit sans doute… Elle doit venir de Septentrion… On les voit peu… Suivez-moi…
Il se lève et appelle « Léon » par l’interphone.
Ils sortent du bureau et se dirigent dans le dédale qui semble constituer la partie administrative de ce qui fut un supermarché.
Dans un recoin, au détour d’un couloir, les attend un homme jeune, à l’air timide et effacé, vêtu comme son patron d’un simple pantalon et d’un polo marqué du sigle du lieu :
- Mon assistant, Léon Bournemol, chargé de la technique cérémonielle à
Léon sort de sa poche une clé attachée à sa ceinture par une chaînette, et il l’enfonce dans un boîtier, de prime abord destiné à contrôler la ronde d’un veilleur de nuit. Une partie de la paroi du couloir coulisse, dévoilant un local assez étroit au centre duquel trônent plusieurs gros cubes métalliques (Arthur en compte une dizaine) d’où entrent et sortent canalisations et tuyaux. Un pupitre couvert de boutons et de curseurs ; une console où scintillent quelques écrans qui montrent diverses vues de la salle de troc, et d’autres salles, dont deux vestiaires où des « initiés » sont en train de revêtir de courtes tuniques, hommes d’un côté et femmes de l’autre, et une vaste salle de cérémonies où d’autres participants de la Nouvelle Réna, le visage ravi, tournent en rond autour du fameux « putier » central dont Ravot a parlé.
Partout, une brume, une fumée, dont les variations d’intensité suivent le ronflement sourd de certains des cubes. Au-dessus de ces cubes, de petites trémies dans lesquelles Léon verse des sachets de poudres diverses.
- Donne-lui un sachet de Catatonine, ordonne Edgar Maupuis…
L’assistant s’exécute, non sans quelque réticence dans le regard :
- Vous êtes sûr que…
- Mais oui, c’est un envoyé du Mentor, tu peux y aller…
Il se tourne vers Arthur :
- Il vous suffira d’une toute petite partie de ce sachet dans l’eau de leur boisson pour qu’ils deviennent dociles comme des agneaux. Vous pourrez alors disposer d’eux sans difficulté, comme il vous a été ordonné. Cela, c’est plutôt pour les Malfort et les cadres Chochos, dont il faut que vous soyez définitivement assuré de la mort.
Il ouvre un placard, garni d’armes à feu diverses et en sort un pistolet :
- Glock 19,
Arthur approuve de la tête, sans ajouter un mot, et Edgar Maupuis les guide sans plus de discours vers la porte dérobée par laquelle ils sont entrés dans le bâtiment et devant laquelle le vigile a repris sa faction. Sans un mot : on ne discute pas avec un exécutant. Ni avec un exécuteur.
Et pour le « patron » des lieux, Arthur est l’exécuteur qu’envoie le Mentor, sans plus.

Laisser un commentaire