LE TRIOMPHE D’AMÉLIE (2) / P3C1E33
P3C1E33 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 33)
N°178 / LE TRIOMPHE D’AMÉLIE (2) / P3C1E33
Lire d’abord le n°177 (lien)
C’est l’histoire du triomphe d’Amélie qui annonce le résultat de ses investigations au commissaire Ravot, en présence de Lepif. Ce qu’elle a déduit de l’autopsie des élus. Ravot manifeste une jalousie larvée pour ces salauds de jeunes. Et une admiration sincère pour le travail de la belle.
Lundi 13 juin
11 heures 30
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette
Après le début, c’est la suite de P3C1E32 (lien).
- Eh bien, se contente de relancer le commissaire Ravot, interjectif et percontatif[1] en diable…?
- Eh bien, répond Amélie, je me suis livrée à l’analyse croisée des prélèvements viscéraux des deux cadavres, me disant, après discussion avec Lepif sur les lieux du crime, qu’il s’agissait certainement d’une mise en scène et que les victimes avaient été transportées depuis ailleurs. Et je suis partie de l’hypothèse selon laquelle, si Hilarion-Jovial a tué le maire, d’une part, et s’ils ont baisé la même fille, d’autre part (oh ! se dit Ravot), ils devaient se trouver au même endroit, mais que l’un a survécu un certain temps à l’autre. Qu’il y avait donc un léger décalage métabolique entre les deux, le premier étant mort avant le second qui, lui, a été « fléché » près de l’endroit où il a été retrouvé, alors que le premier fut occis sans doute en pleine copulation, mais que non point en épectase, encore qu’au-delà du point de non-retour, ce que l’autopsie, à laquelle j’ai assisté auprès de Lepif (soupir dudit : la menotte d’Amélie au creux de la sienne, frémissante d’excitation chasseresse, lorsqu’elle constate, de visu et de tactu (lui reprenant pour ce faire sa menotte le temps d’en tripoter de répugnants débris), diverses différences dans les contenus glandulaires des deux organismes éviscérés sur les tables d’inox), a démontré.
Ravot siffle entre ses dents par approbation admirative, devant tant d’intelligence déductive.
Amélie enchaîne, ronronnante comme chatte sous la caresse flatteuse de son maître, qui lui électrise le poil :
- Il est probable, selon l’évaluation experte effectuée devant nous par Milou Panosier du contenu des vésicules séminales d’Hilarion-Jovial, que son éjaculation a précédé sa mort d’une demi-heure environ, mais cela ne permet pas de déterminer scientifiquement qui a précédé l’autre sur la dame. La déduction pure et simple indique toutefois que si Hilarion-Jovial avait trempé son biscuit (pardon, commissaire, je me laisse emporter par mon sujet) (geste de Ravot qui comprend cet enthousiasme de limière sur la piste) avant le maire, et comme il est avéré que, lui, a éjaculé, le pénis du maire et ses environs, floc, floc, poils et tout, porteraient des traces du sperme d’Hilarion-Jovial, ce qui n’est pas le cas. Or, le sexe d’Hilarion-Jovial ne porte, lui, aucune trace, sauf de ses propres (enfin…) sécrétions et éjaculats, ainsi que les prélèvements et analyses biologiques de Milou Panosier le démontrent. Et c’est là que j’ai eu mon idée.
Elle marque une pause dramatique, main levée index pointé vers le plafond, puis elle enchaîne :
- Voici donc comment les choses se sont passées selon moi :
Petit Un : Le maire baise la fille.
Petit Deux : Hilarion-Jovial tue le maire alors en pleine action et trop préoccupé par ce qui est dessous pour prendre garde à ce qui se passe autour de lui, et cela juste avant qu’il ne… enfin… conclose[2]…
- Poursuivez, poursuivez, l’encourage Ravot qui déglutit avec peine…
- Petit Trois : la fille place un préservatif féminin, vulgairement appelé chaussette, dans son petit zigouigoui tout chaud des œuvres du maire, mais non inséminé desdites œuvres…
- Poursuivez, poursuivez, l’encourage Ravot…
- Petit Quatre : Hilarion-Jovial la saute à son tour, mais lui, se vide les couilles (cette fille a un vocabulaire de corps de garde, je n’aurais pas cru ça d’elle, se dit Ravot, rêveur, mais c’est normal, à fréquenter les monstruosités qui errent dans les analyses de police scientifiques. N’empêche… Salaud de Lepif. Salaud de jeune…) (soupir), et remplit ainsi la petite chaussette de sa partenaire. C’est ce contenu qui sera injecté dans le rectum du maire, pour laisser penser à un acte contre nature (tiens, se dit Ravot, presque rassuré, elle a ses pudeurs) (bof, émet discrètement Lepif avec un tendre sourire à l’endroit de l’oratrice qui lui répond d’un clin d’œil fripon) (Salaud de jeune, pense Ravot), qui aurait laissé d’autres traces si Hilarion-Jovial lui avait effectivement enculé l’œil de bronze (aïe, se dit Ravot, anéanti par tant de verdeur tautologique, ce n’était que litote).
- J’ajoute, reprend Amélie, après un court silence de digestion méditative (qui flotte sur les tensions d’attentions multiples de son auditoire), qu’Hilarion-Jovial devait se trouver dans un état d’excitation peu commun pour sauter sans barguigner la partenaire de celui qu’il vient de massacrer, et que celle-ci, en revanche, a dû faire preuve d’un sang-froid exceptionnel pour, après avoir vécu in situ la mort foudroyante de son premier partenaire, penser à se placer la chaussette (dans son petit zigouigoui, complète Ravot in petto), puis de s’offrir à l’assassin du premier dans le seul but de lui tirer le foutre et de le recueillir. Quelle santé ! (et ceci non sans quelque admiration pour la performance semble-t-il).
Ben dis donc, se dit Ravot, toujours in petto, en percevant cette pointe admirative.
- Une Amazone ? demande-t-il, rêveur, à mi-voix…
- Et ce n’est pas tout, poursuit Amélie, lancée, renversée sur le dossier de sa chaise jambes croisées et le doigt levé vers le plafond. A partir de ces hypothèses…
- Tout à fait vraisemblables, confirme Lepif qui bave d’admiration devant la superbe logique du raisonnement de sa conquête…
- En tout cas sherlockiennes en diable, apprécie hautement Ravot…
- A partir de ces hypothèses, je me suis dit deux choses : la première, c’est qu’il y a une opposition totale entre le sang froid de la fille et le comportement de ceux que je considère comme ses victimes, puisque, aussi stupides et vulgaires qu’ils soient, je ne les imagine pas se livrant habituellement à de semblables excès.
- En effet, je vois mal un maire amorti, à poil, pourfendant une fille de ses assauts échevelés, devant un concurrent politique que je vois tout aussi mal le tuer à seule fin de le remplacer entre les cuisses de sa partenaire, approuve Ravot…
- … après l’en avoir extrait ! enchaîne Amélie avec un geste circulaire et démonstratif de la main gauche et un « plop » de l’index droit qu’elle fait claquer en le sortant latéralement de sa bouche dans la mimique très expressive dite « du bouchon qui saute ».
- Un défoulement ? se demande à haute voix Lepif qui se souvient avec un frisson d’angoisse rétrospective d’avoir rencontré la femme du défunt Conseiller en matière d’économie électorale, en compagnie de la sœur dudit…
- Non, objecte définitivement Ravot.
- Donc, reprend Amélie, il y a une DIFFERENCE entre les hommes et la femme.
- Ça, on le savait, remarque bêtement Lepif qui s’attire un regard noir de sa souris rousse, et poursuit, pressé de se faire pardonner cette facilité de café du commerce :
- Gloups, excuse-moi, ma minette (révélant ainsi leur intimité dans le trouble de sa confusion) (laquelle minette hausse les épaules) (aïe, aïe, aïe, se dit Lepif qui ne peut cependant s’empêcher d’apprécier le mouvement induit sous le gros pull) (son regard allumé fait sourire Amélie, qu’il chatouille presque autant que la laine) (ouf, pardonné)…
- Une différence de comportement, gros bêta (on voit bien qui porte la culotte, se dit Ravot plus du tout jaloux de Lepif) (encore que…). Et je me suis dit qu’il devait y avoir une raison « technique ». Une drogue. Vous-même, commissaire, l’aviez observée, évoquée, supputée, devant le comportement des manifestants de l’autre jour…
- Parmi lesquels se trouvaient déjà nos deux victimes, et, car je pense les avoir également repérés, mais sous réserve de confirmation, les Humevesne et Suceprout qui ont disparu, soit dit entre parenthèses. Et qui n’avaient pas l’air non plus d’être aussi excités que les autres…
- Ce qui confirmerait ce double comportement sur le lieu de certains crimes : l’un, hystérique, et l’autre froidement opérationnel. Alors j’ai cherché. Et je pense avoir trouvé.
[1] Ou interrogatif, si vous préférez. C’est juste pour changer un peu.
[2] De « conclore » et non de « conclure »

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