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PARFUMAGE ET SAUCISSAGE (2) / P3C1E39

P3C1E39 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 39)

 
N°184 / PARFUMAGE ET SAUCISSAGE (2) / P3C1E39

 
C’est l’histoire où Benoîte Franchon fait les courses pour son amie Ordegale-Junie de Sainte-Fouillouse et découvre les merveilles du parfumage et du saucissage avant d’être invitée par l’Élu.
 
Lundi 13 juin
12 heures
C’est tout naturel
 
C’est la suite du début, qui se trouve en P3C1E38 (lien). 
 
Elle s’installe devant l’un des postes de commande de la salle de troc, et l’écran s’allume pour elle lorsqu’elle pose les mains sur le pupitre. 
 
Tiens, ils ont ajouté un petit « tuyau de parfumage » à côté du clavier. 

  C’est ce que dit l’étiquette qui y est collée : « pour votre plus grand plaisir, une bouffette de parfumage vous embellira la journée ».
 
C’est vrai que ça sent bon…  

  « Identifiez-vous » clame l’écran, comme d’habitude. 

 
Benoîte est distraite, comme souvent. 

  Elle avait oublié le rituel de base des inscrits de Super Troc, qui bien sûr, n’a pas changé pour C’est tout naturel, et elle pose son index droit sur la petite surface éclairée en rouge du lecteur d’empreintes digitales. Deux secondes, il passe au vert…
 
«  Bonjour Benoîte Franchon », lui déclare l’Élu en personne, qu’elle reconnaît tout de suite sur son écran. C’est vrai qu’il ressemble à ses innombrables affiches et publicités. Ce doit être son jour de chance, elle sait que lorsqu’on voit l’Élu on a gagné quelque chose.

  Quand même, cet Élu qui la regarde dans les yeux avec un sourire avenant, ce qu’il est beau !

 
Et ça, dans la petite boîte marquée « promotions » qui vient de s’ouvrir ? 
 
Une petite saucisse…
 

« Midi, c’est l’heure de l’apéritif : je vous offre une bouffette et une saucissette ! L’apéritif à la fumée vous apporte la joie conviviale et protège votre santé ! A la rose ou au réséda, odeurs printanières ce sera un printemps fraîchement tardif mais joyeusement heureux !! »
 
C’est gentil, se dit Benoîte plus émue qu’elle ne veut en avoir l’air, et qui mange l’appétissante saucissette.
 
Un grand sourire s’élargit sur son visage terne. Tralala… 
 
Mais, hein, le devoir avant tout…
 
- C’est très bon, Monsieur l’Élu, et je vous remercie, mais il faut que je pense aux courses de la famille de ce pauvre Hilarion-Jovial, frappée par le drame que vous devez savoir…
 
Il y a un court silence, comme dans une transmission satellite, et l’Élu lui répond :
 
« Je l’ai appris, mais je sais aussi, car je sais tout, qu’il avait une vie secrète… »
 
- Oh, c’est normal, le secret, pour un homme d’État… Il disait toujours qu’il avait un destin d’homme d’État (et le souvenir des longs monologues où Hilarion-Jovial exposait ses vues sur le monde lui fait venir une larme à l’œil)…
 
« Il avait quand même de sales manières. Je le sais aussi, car je sais tout… »
 
- Ça je n’y crois pas, on a dû inventer des choses pour le calomnier, comme toujours (bouffée plus abondante de fumée au réséda)…
 
« Tenez, je vous offre une autre saucissette (cling, une autre petite saucisse tombe dans la boîte en bas de l’écran)… Chantez avec moi l’hymne de la saucissette :
 
La saucissette, voilà ma gloireuu,
Mon espérance et mon destinnn…
 
- La saucissette… et Benoîte s’exécute, en chevrotant un peu, car elle est timide…

« C’est très bien, Benoîte Franchon, c’est très bien et je suis très content de vous ! Mais il n’empêche, pour en revenir à ce pauvre Hilarion-Jovial, comme vous dites… Savez-vous qu’il avait trahi la Nouvelle Réna ?

  - Trahi ? C’est impossible. Ce devait être stratégique. Il disait qu’il agissait toujours dans l’intérêt supérieur de l’État (Benoîte se passe la main sur le front… L’Élu est de plus en plus chaleureux, émouvant, même)… Et il ajoutait : l’État c’est moi ! Alors !
 
« Oui, évidemment. Vous devez vous douter que je le savais bien, puisque je sais tout… Elle est bonne cette saucissette ? »
 
- Super !
 
«  Alors chantons encore en chœur :
 
La saucissette, voilà ma gloireuu,
Mon espérance, et mon destinn…
 
Et Benoîte chante, d’une voix plus affirmée, cette fois, parce qu’elle se sent bien, vraiment bien…
 

«  Tiens, je t’invite, viens faire ma connaissance… »
 
- Mais mon troc ?
 
« Jambon nouilles et confit patates avec du Vin des Rochers le Velours de l’Estomac, comme d’habitude et du jus de pommes pour les petits. Je m’en occupe, tu seras livrée… »
 
- Pas moi, c’est chez Hilarion-Jovial qu’il faut livrer…
 
« Bien sûr, j’avais compris, ne t’inquiète pas… Je le sais… D’ailleurs, je sais tout… Tiens, prends encore une saucisse… »
 
Une nouvelle bouffée de parfumage lui enveloppe la tête… La musique change de rythme, un grondement s’élève en elle…
 
« C’est le printemps, viens-t’en Benoîte, te promener au bois joli… »
 
Elle lève un regard ébloui par-dessus l’écran.
 
Il lui semble que l’immense affiche qui couvre le mur devant elle s’anime et que l’Élu qui s’y trouve représenté lui sourit, mais ce visage renversé, extatique, de l’Épouse qu’il domine, c’est le sien, c’est elle, Benoîte, et en elle (en elle ?) monte un chant torride :
 
Qu’il me baise des baisers de sa bouche !
Car son amour vaut mieux que le vin,
Ses parfums ont une odeur suave;
Son nom est un parfum qui se répand ;
 
Elle ferme les yeux, la narine frémissante…
 
C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.
Entraîne-moi après toi !
 
Une porte de lumière s’ouvre dans le mur, au bas de l’affiche, et Benoîte quitte son pupitre pour s’y précipiter…
 
Nous courrons !
L’Élu m’introduit dans ses appartements…
 
Elle franchit la porte…

Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,
Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.
J’ai désiré m’asseoir à son ombre,
Et son fruit est doux à mon palais.
 
Elle s’avance, les lèvres humides de ce fruit dont elle éprouve la sève…
 
Il m’a fait entrer dans la maison du vin ;
Et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour.
 
Elle titube dans la lumière qui l’inonde…
 

Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins,
Fortifiez-moi avec des pommes ;
Car je suis malade d’amour.
 
Elle chavire…
 
Que sa main gauche soit sous ma tête,
Et que sa droite m’embrasse !
 
Une longue stase, une longue extase…
 

Wouahou…

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