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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

Varochaix et le parti Nari (National Régionaliste)

Varochaix

 
Garagiste à Saint Tignous sur Nivette. Fondateur du Parti National Régionaliste Béarnais, plus simplement appelé « NARI ». Élu à ce titre au Conseil Municipal de Saint Tignous sur Nivette.

 
Un mètre cinquante trois et demi, chausse du 36. Son portrait détaillé est donné, psychologique et tout, en P2C2E9

  A participé à l’enlèvement d’Eusèbe Malfort (P1C3E11).

  Pressenti par Arnaud Boufigue (P1C3E6) lors de la mise en place du réseau des Écolocroques (où il rencontre Finette P1C3E21), il sera l’un des premiers à avoir adhéré à la Nouvelle Réna, grâce à l’action militante de Gertrude Pilon(P2C2E9).
 

Après la mort des édiles, il s’empare de la Mairie (P3C1E27)

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

CHAPITRE 1


  P3C1E1 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 1)

 
N°146 / LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot, à sa toilette, écoute, aux infos du matin, une interviouve de Bricolat Mulot. On commence à parler d’élections.

 
Mercredi 8 Juin
7 heures
Chez Mado

S’il est un moment de la journée que Ravot déteste voir perturber, c’est celui où il achève de faire sa toilette en écoutant les infos à la radio. Pas toujours drôles, les infos en question, mais il a vraiment l’impression de « reprendre le collier » en douceur, de se « remettre sur les rails ». Un peu avant sept heures, en général, sauf lorsqu’une opération urgente exige une présence encore plus matinale.

  « Chers Auditeurs, j’ai ce matin le plaisir de recevoir notre ami Bricolat Mulot, bien connu pour ses expéditions lointaines et les somptueuses images qu’il en rapporte pour notre plaisir à tous.
Mon cher Bricolat Mulot, vous venez de publier « Au fond des Yeux,
la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé qui va sortir en librairie dès demain matin, et qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de l’hiver dernier dans l’émission que vous présentez, avec le soutien de notre partenaire Distribeau, sur une chaîne amie. Pensez-vous qu’une telle publication puisse servir la cause de ceux qui défendent

la Nature, ceux-là mêmes que vous souhaitez représenter en vous portant candidat aux prochaines élections ?

- Mon cher Maurice, permettez-moi cette familiarité, nous nous connaissons depuis si longtemps, mon cher Maurice donc, je vous remercie tout d’abord de m’avoir invité et de me donner l’occasion de dire publiquement l’inquiétude profonde que j’ai voulue exprimer au travers de ce petit ouvrage que vous avez la gentillesse d’évoquer, publié aux éditions Plein Air Pur, imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé, je ne le répèterai plus, c’est un moyen de soutenir l’action de Sœur Emmanuelle, et dont la sortie en librairie est prévue pour demain matin.
Je n’ai fait qu’y traduire un constat d’évidence : la Terre a atteint un point de vulnérabilité sans précédent, et comme le phénomène de dégradation empire sans cesse, les dégâts sont désormais visibles à l’œil nu. La vérité est terrible : désolidarisés de

la Nature, nous refusons d’admettre que seuls, nous ne pouvons tirer notre épingle du jeu, et que nous courons droit à un abîme sans fond que nous avons nous-mêmes creusé des pieds et des mains !

- Et cependant, il semble que vous distinguiez dans cette perspective tragique, des lignes d’espoir, des potentiels de ressources…

- Il y a deux ans, nous avons vécu un drame, lorsqu’une terrible erreur a fait basculer notre monde dans un refroidissement catastrophique, alors que tout prouvait qu’il se dirigeait, à l’inverse, vers un réchauffement mortel causé par l’imprudence irresponsable de nos comportements. Cela doit nous rendre prudents. Et modestes. Ce sont les solidarités qui nous sauveront, les solidarités proches, voisines, terre à terre, comme celles des chiffonniers de Calcutta, qui sauvent de vieux chiffons pour en faire du papier recyclé, celui-là même que j’ai utilisé symboliquement pour y faire imprimer mon ouvrage « Au fond des Yeux, la Nature », aux éditions Plein Air Pur. Abattus par

la Mondialisation de

la Catastrophe, nous vivrons par

la Proximité et par

la Fusion. Regardez sur cette photo prise du ciel, que vous trouvez à la page 107 de mon ouvrage « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, regardez la mosaïque, le damier, qu’est devenu notre pays, ses routes bloquées, ses canaux gelés, ses lignes électriques tombées à terre… Pensez-vous que l’espoir pourra venir d’en-haut, d’un état providence amoindri, impuissant, frappé de stupeur, privé de ses organes de communication ?

- Et cependant, mon cher Bricolat, malgré toutes ces difficultés, vous vous portez candidat…

- Mais bien sûr, voyons, il n’est pas possible de laisser se poursuivre le cirque habituel des candidatures où Pierre reprend le pouvoir à Paul qui lui avait ravi aux élections précédentes ! Le monde, c’est cette fois flagrant, a changé. Il faut une Rupture. J’incarne cette Rupture !

- Mais quelle Rupture ?

- Une Rupture dans

la Conscience que l’on peut avoir de notre Environnement. D’abord. L’Etat est moribond, c’est un fait. Notre Conscience se doit d’y suppléer.

- Pourquoi ?

- Parce que je le dis ! Ça se voit, non ? C’est un fait d’évidence manifeste ! Il faut en revenir à une Conscience de Proximité, comme je l’ai dit, comme je l’écris dans « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, sur pur chiffon de Calcutta, sauver Ses Meubles, nettoyer Sa Poubelle en toute conscience, la trier jusque dans le détail, et correctement, le jaune avec le jaune, le verre avec le verre, développer son Environnement immédiat, en sachant bien que chaque goutte d’eau épargnée par chacun représentera un Océan pour

la Nature, que chaque Kilowatt économisé par chacun représentera une somme d’énergie considérable au bout du compte, et qu’il ne faut plus compter sur une Centrale qui continuera de délivrer l’énergie pour tous. Nous sommes reclus dans la cellule de notre Environnement proche : il nous faut le gérer. Au plus près. Le froid contracte ! Contractons-nous. Mais contractons-nous en Harmonie. Mon Travail, si je suis élu, consistera à donner à chacun la claire Conscience de ses limites et à l’aider à s’y épanouir, tel le poussin qui peu à peu remplit son œuf de manière à laisser au monde la possibilité d’accueillir son éclosion ultérieure. Plus tard.

Nous Savons, de Marseille à Dunkerque et de Strasbourg à Brest, de Bordeaux à Lyon, de Sedan à Hendaye, nous savons, peu importe comment, peu importe pourquoi, nous savons que Nous avons raison et que Nous sauverons le monde… »


Ravot range sa brosse à dents, crache dans le lavabo et se rince la bouche.

  « - Mon cher Bricolat, je pense que nos auditeurs auront compris avec quelle passion vous avez entrepris cette véritable croisade dans laquelle vous vous engagez. Et la passion, y’a qu’ça d’bon ! Par ailleurs, à votre arrivée dans notre studio, vous m’avez fait part de votre indignation concernant un fait divers dont vous avez eu connaissance…

- Oui, et je vous remercie de me donner l’occasion de l’évoquer : votre confrère «

La Lanterne du Fort », qui s’est particulièrement distingué voici deux ans lors de cette obscure histoire des Écolocroques, fait état d’étranges disparitions qu’il semble implicitement imputer à

la Nouvelle Réna, ce mouvement de convivialité proche, né au sein du système d’échanges Super Troc, devenu « 
C’est tout naturel
 », qui a si heureusement su pallier aux défaillances d’une Grande Distribution centralisée, et de ce fait, paralysée par un peu de neige.
Autant j’ai pu estimer l’action de votre confrère lors de ces évènements, qui n’ont toutefois pas encore été totalement élucidés (ce que je m’engage à faire si j’ai l’honneur d’être élu, et quoi qu’il en coûte à qui il en coûtera, et ce sera cher), autant je réprouve les méthodes d’amalgame dont Eusèbe Malfort a fait preuve dans cet article où il établit des rapprochements entre une louable convivialité de proximité et les Numéros des Écolocroques qu’il a contraints, peut-être un peu hâtivement, au suicide.

- En deux mots, et pour nos auditeurs qui n’auraient pas lu la presse de ce matin, pardonnez-moi de vous interrompre, Bricolat…

- Je vous en prie mon cher Maurice…

- Eusèbe Malfort insinue que certaines saucisses distribuées par cet organisme pourraient contenir de la chair humaine et il intitule son article « les Élus cannibales »…

- Voilà. Ce qui m’indigne dans cet article, c’est le fait qu’il tend à jeter l’opprobre sur un mouvement, encore une fois, destiné à rapprocher les gens, dans cet esprit de solidarité qu’a fait naître l’entreprise Super Troc, au travers de symboles simples, comme celui des Élus, symboles gentiment ritualisés au cours de réunions amicales et conviviales, d’ailleurs rémunérées, si mes informations sont justes et qui donc procèderaient de l’une de ces Solidarité de Proximité que je souhaite solidairement encourager de façon solidaire.
Tous ensemble.
J’y vois une tentative de blocage d’un mouvement qui leur échappe, de la part des relais occultes d’un Etat incapable de gérer les vrais problèmes de la vie quotidienne ! Il est plus facile de mettre à l’index un fabricant de saucisses que de rétablir l’électricité sur l’Hexagone ! C’est pour moi tout simplement honteux. Cela revient à bafouer tous ces braves gens, de plus en plus nombreux, qui se trouvent ainsi, sans vouloir faire de mauvaise plaisanterie, mais avec le sourire d’autodérision modeste qu’ils y mettent si bien eux-mêmes, liés par la saucisse, plus que par le lien conjugal. Ne se définissent-ils pas eux-mêmes, avec ce même humour modeste, délicat et juvénile qui les caractérise, commecomme « les Cénobites[1] Tranquilles, paisiblement plantés dans les faits, s’épanouissant, riant du gras confit, l’emplissant de leurs saucisses moelleuses [2] » ? Et cette persécution se manifeste au travers de ce que l’Etat peut faire de pire : l’acharnement policier. D’ailleurs, il semble que les élus locaux en ont pris conscience et se sont insurgés contre le procédé…

- Et bien mon cher Bricolat Mulot, je vous remercie pour votre visite matinale à notre antenne, et je rappelle à nos auditeurs que vous venez de publier « Au fond des Yeux,

la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de vos émissions de l’hiver dernier. Encore merci.

- Merci de m’avoir invité, je rappelle que le livre sort demain en librairie, encore merci mon cher Maurice… »

 Jingle de l’émission, et tout au fond, un micro ayant été mal coupé, on entend : « Une ptite saucisse, Maurice ? », avant le « cloc » du contact que l’on coupe d’urgence.

 
Ravot soupire, hausse les épaules et descend prendre son petit déjeuner.
 

[1] Religieux qui vivent en communauté. Des moine, quoi…

[2] On retrouve ici l’ambivalence de propos caractéristique de la Nouvelle Réna : cette invocation, proclamée par le Maître de Cérémonie à la fin de la circumambulation axée sur le Putier, et noyée des fumigations rituelles, se traduit de manière subliminale pour les Initiés du second grade par : « Laissez nos bites tranquilles, paisiblement plantées dans les fesses épanouies, en riant du gros con filant,plissant de leurs saucisses moelleuses ». Où fesses et cons sont ceux des Initié(e)s du premier grade…Ce qui nous permet de deviner que Bricolat Mulot est pour le moins un Initié du Second Grade…

L’ÉPOUSE / P3C1E6

P3C1E6 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 6)

  N°151 / L’ÉPOUSE / P3C1E6

 
C’est l’histoire où Arthur retrouve Arnaud Boufigue et Finette de Sainte Fouillouse, devenue l’Épouse de l’Élu, qui, mystérieusement, semble vouloir l’aider.

 
Mercredi 8 juin
Le matin
Harpie

 
Ça recommence, se dit Arthur en sentant la terrible catatonie le saisir de nouveau, comme une onde de glace qui l’investirait d’une seule pulsation…

 
Il a bu le café que le marin-gardien-infirmier-serveur lui a apporté, comme il le fait tous les « matins ».

Il a obtenu que l’éclairage de l’infirmerie où il reste confiné soit modulé selon un rythme nycthéméral artificiel (nictaméral, comme dit Béatrace quand elle s’explique savant avec Amaïa au sujet de la vie souterraine), et c’est le matin. 

 
Mais la dose qu’on lui a fait prendre est sans doute moins forte qu’en Omphalie, puisqu’il a eu le temps de reposer sa tasse avant de se figer.

 
Le marin est ressorti en emportant le plateau du petit déjeuner intact, mis à part le café qu’Arthur a imprudemment avalé (mais il est vrai qu’à moins de mourir de faim et de soif, il est bien obligé de consommer ce qui lui est apporté). 

 
Le mataf devait savoir ce qui allait se passer. Celui-là, se dit Arthur, si je peux retrouver mes forces assez tôt, je te vais me le faire vilain. Il n’aura pas besoin de drogue pour se tenir tranquille quand j’en aurai fini avec lui. 

 
Tiens, c’est comme le Vladimir… Justement, il arrive, bien sûr… J’espère que ça ne va pas recommencer ! On ne sait jamais avec ces gugusses… Des fois qu’ils voudraient jouer encore et encore aux Amazones et à Bitenor… Connards…

 
- Mon cher Arthur, je sais que vous m’entendez et que vous comprenez ce que je vous dis. Il est concevable que vous soyez inquiet, après ce que l’Élue vous a infligé (ricanement). Je vous rassure : je n’ai aucune intention perverse à votre égard (éclat de rire) : Bitenor n’entre ni dans mes plans, ni dans mes ordres, si j’ose dire. Simplement, vous commencez à récupérer un peu de cette santé robuste qui pourrait vous rendre redoutable, et je tiens à ce que votre transfert en Harpie s’effectue sans incidents. Vous resterez donc sous Catatonine (c’est le nom de cette drogue que vous avez absorbée dans votre café) pendant les quelques heures nécessaires à votre arrivée et à votre installation là-bas. J’ignore quel sort vous a réservé l’Élu, mais je doute qu’il vous livre à ses Amazones : il aurait tendance à se les réserver, même après qu’il ait épousé… Mais je ne vais pas vous ennuyer avec ces mondanités. Nous sommes arrivés à destination et le Hai II est arrimé au fond, dans son berceau de stationnement. Nous attendons le raccordement au sas de Harpie d’un instant à l’autre.
 
Le marin qui escorte Vladimir soulève le bras d’Arthur qui se lève mécaniquement, le regard vide. Puis il le conduit devant le lavabo et lui fait signe de se raser et de faire sa toilette. Arthur s’exécute. Il lui donne ensuite le paquet des vêtements qui lui est destiné et Arthur, malgré la rage qui bouillonne en lui, s’habille docilement. Le voici vêtu de blanc, rasé, coiffé, presque remis à neuf, encore que très amaigri. Son œil indifférent reste perdu dans un lointain inerte et ses bras pendent, inutiles, passifs…

 
- Très bien, reprend Vladimir toujours ironique. Vous voilà endimanché comme un premier communiant. Vous allez pouvoir rencontrer les huiles qui ont souhaité faire votre connaissance. Piotr va vous conduire. Je dois rester à mon bord, vous me pardonnerez, mais j’ai du travail : un chargement à effectuer… Présentez mes respects à l’Élu et mon meilleur souvenir à… Mais au fait, vous le connaissez ? Vous serez remis à l’un de vos amis : Arnaud… Arnaud Boufigue… Vous le connaissez, non ?

 
Vladimir sort en éclatant de rire…

 
Un bruit sourd. Des grincements…
 
Piotr pousse Arthur vers la coursive et le guide : à droite, à gauche…

 
Ils entrent dans un sas où des marins apportent des colis en faisant la chaîne, depuis les silos à missiles désaffectés où ils étaient rangés. Réunis sur des palettes entourées de filets, les colis sont repris par le crochet de grue qui les descend par un large orifice, manifestement raccordé à un manchon de transfert. Le marin qui commande la manœuvre presse alors un bouton, et la charge s’élève… Quelques instants plus tard, le croc redescend, supportant cette fois une sorte de cabine grillagée dans laquelle se tient un personnage qui en saute comme un diable de sa boîte :
- Ce cher Arthur !!! Quel plaisir de se retrouver !!!

 
Arnaud Boufigue, leste et enjoué, tourne autour d’Arthur, inerte et passif :
- Et quelle surprise, n’est-ce pas ? Montez donc dans cet ascenseur. Vous en pardonnerez le caractère primitif, mais il s’agit d’un simple monte-charge, certainement indigne de Monsieur le Directeur de

la Lanterne du Fort ! Passez devant, mon cher !

Il le pousse devant lui d’un grand coup de pied au derrière :
- Ah !!! Deux ans que j’attendais cet instant !!!! 

 
Il fait signe au marin qui commande la grue, et la cabine s’élève avec un léger balancement. La montée est lente. On traverse d’abord un espace sombre constitué du large tube rétractable, puis on émerge dans la lumière d’un entrepôt au sol de tôles rivetées et aux parois de pierre noire et brute.

 
Le câble qui porte la cabine, fixé sous un pont roulant la dépose à quelques mètres du puits obscur entouré d’une rambarde grillagée d’où il l’a extraite.

Arthur, bien sûr, reste impassible, le regard toujours perdu…
 
- Ce cher Vladimir m’a dit que vous en aviez pour deux bonnes heures avant de reprendre vos esprits, mais ce n’est pas une raison pour que vous restiez bêtement immobile. Faut vous remuer, mon vieux…

Il ouvre la porte tandis qu’un marin décroche le câble.

- Allez, dehors !

Il le gifle violemment :
- Excusez-moi, mon vieux, mais ce n’est pas grand-chose et ça me fait tellement plaisir…

 
Arthur sort, d’un pas d’automate et s’arrête au bord de la margelle du puits.

 
Le câble armé de son crochet redescend vers le sous-marin.

 
- Ne restez pas aussi près du trou, c’est imprudent. Venez, suivez-moi…

Il se dirige vers le fond du hangar, là où la lumière est la plus vive.

Arthur le suit…

Un chariot élévateur s’approche tandis qu’une nouvelle charge est extraite.
 
On sort du hangar. 

 
Un couloir de circulation. Des rails. Voie étroite. 

 
Cela ressemble à Agotchilho se dit Arthur qui voit, comprend, perçoit, mais reste incapable de réagir.

 
Arnaud Boufigue chantonne en marchant devant lui, ouvre une porte percée dans la paroi du couloir, et pénètre dans une sorte de salon, ou de bureau luxueusement meublé, confortable, chaud, tendu de brocard et de soieries, au sol couvert de tapis d’Orient.
 
Son guide s’arrête et fait face à Arthur qu’il gifle de nouveau avant de lui siffler au visage, entre ses lèvres pincées :
- Si cela n’avait tenu qu’à moi, mon cher, je t’aurais fait subir le même sort qu’à ce petit imbécile de Luis. Mais il paraît qu’on te réserve quelque chose de plus… amusant, et de plus utile. Alors profite du temps qu’il te reste. Profites-en bien. 

 
Et il sort, laissant Arthur planté au milieu du silence ouaté des tentures.

 
Une porte s’est ouverte, quelque part.

 
Une femme est debout devant lui.
 
Le champ de vision d’Arthur est limité par le fait qu’il ne peut bouger la tête… Il ne l’a pas vue entrer.

Elle est devant lui, drapée d’une tunique de soie pourpre ceinturée d’or, coiffée d’un diadème de diamants, en forme de lyre… Le contre-jour dissimule son visage…

 
Elle lui parle :
- Bonjour Arthur Malfort… Je ne sais pas si vous pouvez me reconnaître… vous ne m’avez jamais rencontrée quoique nous nous soyons croisés de très près… Je suis Finette de Sainte Fouillouse. Ici, on m’appelle « l’Épouse ». Je suis chargée d’engendrer le Fils de l’Élu… Mais cela vous importe peu. Cela ne vous concerne pas, en fait. Je ne peux rien faire pour vous, enfin… presque rien. Je dispose de trop peu de temps pour vous expliquer ma démarche auprès de vous… Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai cru aux Écolocroques lorsque je les ai servis. Et puis j’ai compris que c’est eux qui se sont servis de moi, comme de tous ceux qui ont naïvement cru en eux. Je ne crois plus à grand-chose, Arthur Malfort, et mon destin, en fin de compte, semble bien devoir s’achever ici. Mais je veux éviter que vous soyez « utilisé » à votre tour, comme je l’ai été. Je ne sais pas quel sort ceux qui décident vraiment vous réservent, mais au travers de tout ce que je vis ici, je conserve le souvenir d’un jeune homme que j’ai malgré moi contribué à martyriser, juste avant que mon destin ne soit scellé et que je devienne sans recours cette « Épouse » que vous voyez… J’aurais dû l’oublier, bien sûr, mais j’ai conservé en moi le regard qu’il m’a lancé en expirant tandis que je… Je n’ai pas pu l’oublier. Et si je ne l’ai pas oublié, c’est grâce à un cadeau que m’a fait ma mère, Flora, avant que je ne parte rejoindre ce destin qui est maintenant le mien (elle glisse deux petites pastilles entre les lèvres d’Arthur, dont elle caresse ensuite doucement la joue du bout des doigts)… Avalez… Bien… Ma mère appelle cela du Pain de Couleuvre et elle le fabrique, dans les Ardennes belges où elle vit encore, avec de l’hellébore (elle a un petit sourire triste)… Les « quatre grains d’hellébore » du lièvre de
La Fontaine… Elle est un peu sorcière, vous savez… Je ne vous reverrai sans doute plus jamais, Arthur Malfort. Je sais que vous m’entendez et que vous me comprenez. Si l’on vous administre d’autres drogues, comme il est probable, du moins conserverez-vous mémoire et conscience de ce qui vous sera alors imposé, même si, malgré vous, vous devrez l’exécuter. C’est tout ce que je peux faire… En souvenir de Luis… Adieu… « Ils » viendront lorsque les effets de

la Catatonine s’effaceront…

 
Elle quitte son champ de vision. 

 
Une porte se referme.

 
Elle est partie…
 

POUACRE / P3C1E7

P3C1E7 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 7)

  N°152 / POUACRE / P3C1E7

 
C’est l’histoire où Arthur se trouve confronté au professeur Pouacre, qui fut le Numéro 5 des Écolocroques. 

  Mercredi 8 juin
Le matin, sans doute.
Harpie

 
Il est difficile d’évaluer le temps qui passe lorsque rien ne bouge et que l’on se trouve réduit à une passivité de mannequin. Compter les battements de son cœur ? Les clignements réflexes de ses paupières ? Ses inspirations ? Mais bien vite, le décompte s’en trouve perturbé par les souvenirs qui bougent lentement au fond de l’esprit… Souvenirs proches, mêlés à l’angoisse de l’avenir proche, souvenirs lointains, nostalgies… Angoisse d’impuissance… Qu’est-ce qu’elle a voulu me dire ? Ce Luis ? Celui qui a été retrouvé écorché au Petit Matois ? Cette petite ordure d’Arnaud Boufigue semblait s’en réjouir… Et il a dit que mon sort serait plus… amusant ? Qu’est-ce qu’elle a bien pu me faire avaler ? Pourquoi ?

 
Il lui semble maintenant ressentir le fourmillement précurseur de sa libération : la drogue relâche ses effets… 

 
La porte s’ouvre derrière lui. 

 
Il peut tourner un peu la tête…
 
- Ah, bravo ! J’avais bien calculé la dose, se réjouit le personnage qui vient d’entrer. Petit et noir de poil, un long cou de vautour à la pomme d’Adam saillante, coiffé au bol largement au-dessus des oreilles, tout de noir vêtu, le petit bonhomme sec et nerveux s’avance en tordant le cou pour venir regarder Arthur par-dessous…

 
- Je me présente, Arthur Malfort, je suis le Professeur Pouacre… Je fus en mon temps  désigné par le Numéro Cinq, chez les Écolocroques, et je suis maintenant veuf du Numéro Quatre que les Chochos ont livrée à leurs damnés crabes… Je fus donc également le gendre du Numéro Un qui subit le même sort que sa fille, mon épouse, comme je l’ai dit. Et cela à cause de vous, de votre père et de tous ceux de votre bande, Arthur Malfort…

Il tourne autour d’Arthur en se frottant les mains et en ricanant, comme si tout cela le plongeait dans la joie la plus pure. Arthur, qui se libère de plus en plus de l’emprise de la drogue, le suit des yeux en tournant sur lui-même, dans une sorte de ballet comique où un « grand » regarderait de haut un « petit » qui paradoxalement dominerait une situation indéfinissable. 

 
Il découvre à cette occasion les deux malabars, armés de curieux pistolets en plastique jaune, qui encadrent la porte laquée par laquelle Pouacre est entré. Des fois qu’il lui prendrait l’envie de tordre le cou au vautour qui l’encercle dans sa danse. Et qui s’arrête, comme s’il prenait conscience du grotesque de la situation :
- Mais asseyez-vous, mon cher, nous serons plus à l’aise pour discuter…

  Arthur s’assied, encore flageolant, dans le profond fauteuil que lui désigne Pouacre, toujours debout, et qui enchaîne, sans cesser d’arpenter le tapis, comme s’il ne tenait pas en place :
- Comment va ce cher Vladimir ? Il vous a raconté… ?
- Raconté quoi ? La préméditation de son geste ?
 
Arthur a la voix rauque et ces efforts l’ont épuisé. Pouacre semble s’en apercevoir et il éclate de rire comme à une bonne plaisanterie :
- C’est vrai que vous avez vécu une épreuve redoutable ! Survécu serait plus juste… Bravo, mon cher ! J’avoue que vous m’avez épaté. J’ai réprimandé cette chère Élue que sa jeunesse pousse parfois à quelques excès de susceptibilité ! Elle se prend un peu trop à son personnage de vierge farouche. J’y ai quelque responsabilité, en tant que Mentor, mais j’aurais été très déçu de vous voir périr sous les assauts de ses Amazones !
 
Il éclate de rire, s’assied dans le fauteuil placé en vis-à-vis de celui d’Arthur et s’y renverse en se tapant sur les cuisses :
- Bitenor !! Ces filles vous ont baptisé Bitenor !!! Ah vous êtes un sacré morceau !!! Bravo !!! Le qualificatif n’est pas très subtil, mais il témoigne d’une admiration sincère, croyez-le bien. D’ordinaire, le fiancé que l’on donne en pâture à ces dames meurt en quelques heures, mais vous ! Encore bravo.
  Il s’essuie les yeux d’un revers de manche…
 
- Vous m’avez fait pleurer de rire mon cher… Vous êtes un cas… Les Malfort sont tous comme vous ? Votre papa est vieux maintenant. Je me suis laissé dire qu’il s’était remarié il y a peu… Pas de petit frère en vue ? Mais trêve de plaisanterie. Vous devez vous douter que vous ne sortirez pas vivant de l’aventure… Non pas que je vous en veuille le moins du monde pour ce que vous avez fait de ma belle famille : cela cadrait parfaitement avec mes projets… Eux-mêmes, ces fameux Numéros, avaient manqué de loyauté envers moi : Numéro Cinq disaient-ils, sans préciser qu’après moi restaient en attente deux autres enfants de la famille, discrètement planqués dans une institution suisse et dont j’ai été désigné comme étant le Mentor lorsque leur âge les a placés en lice ! Du coup, je n’étais plus le Numéro Cinq, mais le Numéro Sept !!! Je devenais le Septième dans l’ordre naturel de leur succession, derrière deux femmes, qui plus est… Non, je n’en veux pas aux Malfort ! Comme je vous l’ai dit, ils m’ont plutôt rendu service. Vous ne mourrez pas pour satisfaire ma rancune. Mais, que voulez-vous, mon meilleur ennemi n’en est pas moins mon ennemi. Et si je vous relâchais, je suis certain que vous chercheriez à me faire des misères, comme votre père et ses absurdes Chochos… Absurdes, mais bien utiles quand même. Vous savez que c’est eux qui m’ont appris tout ce que je sais en matière de drogues ? Ils sont très forts là-dessus ! Dame, plus de 100 000 ans de poisons de chasse et de pêche… C’est cela que les Numéros n’ont pas compris : ils ne croyaient qu’à la technologie lourde. Des parvenus… L’avenir est à la biochimie fine… Mais, je cause, je cause…  Mon associé souhaitait vous interroger pour savoir où vous en êtes vraiment de vos investigations, mais je lui ai dit que depuis le temps que l’Élue, ma pupille, vous a enlevé, vous aviez dû perdre le fil des évènements. D’autant que nous avons bien amorcé notre implantation et que l’opération de prise en main de la population semble réussir. Nous nous contenterons donc de vous « préparer » pour une autre mission, qui devrait nous débarrasser de toute opposition. Vous y serez notre allié secret, Arthur Malfort ! Réjouissez-vous, vous allez entrer dans l’histoire ! Dans Notre Histoire ! 

  Il se lève, les bras au ciel, soulevé d’enthousiasme. Arthur, étourdi par ce flot de paroles extravagantes s’apprête à se lever à son tour, mais se trouve cloué dans son siège par la poigne massive des deux malabars qu’il a oubliés dans l’histoire.
 
Il se débat, mais Pouacre, ricanant, s’approche une seringue à la main. 

  Les malabars l’immobilisent.

 
Pouacre enfonce l’aiguille dans son bras…

  Arthur grogne de rage impuissante…
 
Il retombe, inconscient.
 

STUPÉFIANTE RÉVÉLATION / P3C1E17

P3C1E17 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 17)

 
N°162 / STUPÉFIANTE RÉVÉLATION / P3C1E17

 
C’est l’histoire où Lepif et Amélie découvrent le Peuple Goum et sont entraînés dans une surprenante partie de pêche.
 
 
Vendredi 10 juin
11 heures
Agotchilho

  Un battement sourd et lent, toutes les deux secondes.

  Le bruit, lointain, semble venir de partout émaner des murs mêmes de la caverne, où Lepif et Amélie ont abouti, effarés, après les révélations que Ravot, Eusèbe Malfort et Victor Bourriqué leur ont faites dans la salle de direction de la Lanterne du Fort. 

  Bien sûr, ils connaissaient le journal, où Lepif était déjà venu, il y a deux ans, au moment de la découverte du corps de Luis.

  Bien sûr, comme tout le monde, il se doutait qu’il y avait eu « des choses bizarres » dans le règlement de l’histoire des Écolocroques !

 
Mais de là à imaginer l’intervention d’un peuple oublié qui vivait et qui vit toujours sous leurs pieds ! 

  L’instauration de l’extraterritorialité des anciennes bases de ceux qui avaient tenté de s’approprier le monde avait soulevé beaucoup de questions.
 
Mais de là à imaginer cette usine souterraine dans laquelle travaillent des gens aussi étranges ! 

  Non, Lepif ne s’y fait pas. 

 
Il a beau chercher le réconfort du regard d’Amélie, qui, elle, bée d’admiration, questionne, touche, et prélève à tour de flacons les « poudres » que cette… incroyable géante (Amaïa, ils l’appellent Amaïa) met ainsi à sa disposition… Cette géante à poil ! Incroyable. Et tout le monde, même Ravot, trouve cela normal !

  La fille qui surveille les écrans de radar et de je ne sais quoi, est dans le même « costume » ! 

 
Et lorsqu’ils ont « visité » la « cité » des Goums, comme ils se désignent dans leur langue étrange, ils en ont croisé bien d’autres. Très aimables, par ailleurs, mais… à poil.

  Plus de femmes que d’hommes, et les hommes vêtus d’une sorte de sac noué à la taille, avec un trou pour la tête et ouvert sur les côtés. Avec ce front bas et ce bourrelet au-dessus des yeux, comme des sourcils à casquette…

 
Il a solennellement juré le secret, mais pourquoi ? Personne ne le croirait, de toutes façons ! 

  Et ce tambour… Tiens, ça lui rappelle… Il était enfant lorsqu’on avait installé un lotissement sur un terrain sablonneux voisin, et des pieux avaient été battus dans le sol, très profondément. Il se souvenait de la machine qui les enfonçait : on appelait cela un mouton, et il avait demandé pourquoi. On lui avait répondu que c’était un bélier qui fait du sur-place. Il avait haussé les épaules en pensant que celui qui lui répondait (un ouvrier du chantier), se moquait de lui, comme les adultes un peu bébêtes le font aux enfants curieux qui posent des questions auxquelles ils ne savent pas répondre. C’était le même bruit lourd d’une masse qui retombe avec un choc profond, obscur, qui ébranle tout, obstinément, imperturbablement, jour et nuit. Sans arrêt, parce que deux machines travaillaient en alternance, l’une relayant l’autre à chaque changement de poteau, pour ne pas perdre de temps, jour et nuit.
 
Et ici, il n’y a ni jour ni nuit, dans cette ambiance de caverne tiède.

  On leur a servi un grand bol de soupe chaude et parfumée, agréable ma foi, et puis une fille un peu boulotte (qui a dû enfiler une combinaison bleue pour la circonstance), les a conduits au bord de la grande écluse qui ferme le port de la Marée au Grand Port. Ils sont sortis de l’usine souterraine par la grande porte où passent des petits trains très semblables au « métro » qu’ils ont emprunté pour aller de la cave du journal jusqu’à cette impossible cité. 

  Ravot les suit, mais reste effacé. Il a l’air d’être bien connu. 

  Ici, tout le monde se tutoie. 

 
Tiens, il ne me serait pas venu à l’idée de l’appeler Jules…

  On est ressortis au jour.

 
Lepif observe avec un certain soulagement que le battement oppressant ne s’entend plus.

  Amélie est magnifique, le teint vif, le sourire éclatant, la toison flamboyante…

 
Lepif est heureux.

  Ouâniahoua leur dit de monter sur le petit bateau, en train d’écluser, avec plusieurs autres, pour se trouver dans l’avant-port au moment de la marée haute, et puis d’attendre que la marée commence à redescendre : si « quelque chose » (mais on ne leur a pas dit quoi) remonte à la surface, il faudra le repêcher, avec l’aide des pêcheurs goums présents sur leur bateau.
 
Les autres embarcations prêteront main forte, bien sûr, mais c’est leur bateau qui devra prendre à son bord ce qui sera repêché, pour qu’Amélie puisse effectuer tous les prélèvements possibles… 

  Ravot est resté sur le quai de l’écluse, les mains dans les poches de son vieux trench-coat déboutonné… Pourquoi regarde-t-il la surface lisse de l’eau profonde avec une attention aussi concentrée, avec autant d’inquiétude ? On dirait qu’il sait ce qui va se passer…

 
Tout cela tourne un peu dans la tête de Lepif qui voudrait bien être simplement heureux de regarder Amélie, de se trouver un peu seul avec elle (un peu, pour commencer, au début). Même s’il sait qu’il se sentirait gêné, après tout ce qui s’est dit, après ce qu’a dit cet imbécile de Zézette, cette andouille de Mado…

  Amélie se retourne vers lui, et il n’a plus peur… Quelle extraordinaire promenade…

 
Les grandes portes de l’écluse s’ouvrent vers le chenal maritime et le moteur tousse au démarrage.

Ça sent le goudron et le large, les algues et le crabe, s’il a bien compris ce qui lui a été expliqué. Mais les panneaux de cale sont fermés : on n’est pas partis pêcher…

On glisse vers l’avant-port. 

  Les petits bateaux se disposent en large cercle tout autour de l’espace face au barrage, où s’ouvre l’écluse. 

 
Le leur au centre…

  La marée est à son plus haut et va commencer à refluer…

 
Il fait presque chaud…

  Des bandes d’oiseaux noirs volent de rive en rive en croassant très fort.