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LA VISITE DE L’ARCHEVÊQUE / P3C1E29

P3C1E29 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 29)

N°174 / LA VISITE DE L’ARCHEVÊQUE / P3C1E29

  C’est l’histoire où Varochaix,nouveau maire autoproclamé, après une extraction de racine de buyère[1] opérée par la veuve du défunt, reçoit celle de l’archevêque Gerhardt Zeeman.

  Samedi 11 juin
11 heures 30
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 

C’est l’affaire de dix minutes que de réorganiser les services en fonction des vraies compétences et des priorités.

(Pour retrouver le début de ce coup d’état municipal, suivre les liens
P3C1E27 et P3C1E28
)

 
Le seul à parler couramment béarnais, le concierge, se trouve promu Secrétaire de Mairie en charge des relations avec l’Etat français, coiffant de son autorité neuve l’ancien secrétaire tout dévoué à feu Belcoucou et de ce fait va savoir pourquoi, inquiet, qui se trouve ravi de passer en seconde ligne. 

 
L’agent comptable est remplacé par un de ses hommes, qui s’y connaît puisqu’il tient les comptes du Parti, et il est rétrogradé au rang d’aide-comptable. Lui aussi ravi de cette rétrogradation. 

 
Les salaires, on s’en fout, on n’y touche pas. C’est la fonction qui compte. Qui compte ! C’est le cas de le dire. 

 
Et l’impôt révolutionnaire, rebaptisé Contribution à la Culture Régionale est instauré. Il touchera toutes les entreprises colonisatrices. C’est-à-dire toutes celles dont le patron ne parle pas béarnais. Surtout s’il n’est pas d’ici depuis au moins deux générations. Non, trois, autrement on aura plein d’Espagnols de 36. Ça devrait représenter 90% des entreprises, au moins… Sauf les péïzouss, les vrais, pas les néo-ruraux pseudo-écolo-bricolos……

 
Les dossiers récupérés et confisqués sont confiés à un Nari discret pour qu’il les convoie jusqu’au garage Varochaix où il devra les monter dans l’appartement du Patron. Voilà. C’est réglé. Devoir accompli. 

 
Reste à convoquer le Conseil Municipal pour authentifier tout ça.
 
Au boulot, le secrétariat !
 
Au fait, on demande le Nouveau Maire. Monseigneur Zeeman. Il annonce sa visite… Quand ? Mais tout de suite…

 
Et tout de suite, c’est tout de suite.

 
Une longue et solennelle voiture noire s’arrête devant la mairie. Ses portières arrière sont ornées de grandes croix d’argent. 

 
Le chauffeur, ganté de noir, en uniforme noir à casquette et bottes cirées, en sort, impassible, et vient frapper à la porte de verre fermée qui laisse transparaître le panneau « Fermé pour deuil ».

 
On lui montre le panneau. Il montre la voiture. On pressent l’Huile. On entrouvre la porte. On s’informe de son identité. On prévient le Nouveau Maire.

 
Et c’est ainsi qu’il apprend que Monseigneur Zeeman, archevêque « in partibus infidelium » lui rend visite.

 
Varochaix l’attend.

 
Le chauffeur est retourné ouvrir la portière arrière de la grosse voiture noire. En descend un petit homme sec drapé dans une ample cape noire dont le capuchon, rejeté dans le dos, lui donne tout à fait l’air d’un moine. 

 
D’ailleurs, c’est un moine. 

 
Après sa nomination à la tête de la Fraternité Saint Pie X, et  avoir été fait archevêque in partibus honoris causa et tralala par le nouveau pape de cette époque, qui était bien décidé à l’honorer de ce titre pour récupérer les rudes brebis conservatrices qui en constituaient le froment, le ferment et le sel, le père Gerhardt Zeeman, pour afficher ostensiblement l’officielle modestie de la Fraternité, avait repris l’habit du Père Zeeman, OP, que ça veut dire dominicain, ordre dans lequel il avait commencé sa carrière. 

 
Le pape comme l’archevêque souhaitent en effet rendre à cet ordre son rôle initial d’Inquisiteurs, afin d’éradiquer les suppôts de Satan que le moderne Torquemada voit foisonner comme crocodiles en marigot (il a aussi été missionnaire au Congo avec Tintin et ne recule pas devant l’audace de la métaphore). 

  L’œil charbonneux et le poil gris taillé en brosse courte, raide comme paille de fer, il possède l’art inné de déstabiliser son contradicteur d’un seul de ses regards  aussi insondables que ceux de

la Vierge de Nuremberg. D’où il est natif.

  Son manteau, ouvert sur sa robe blanche et son scapulaire serrés dans la même ceinture de cuir noir, découvre une croix pectorale d’argent massif, centrée sur un gros rubis, que le pape lui a offerte le jour de sa consécration archiépiscopale. 

 
Pour éviter que la lourde croix ne se balance au bout de son cordon de soie pourpre en lui cognant le sternum, Monseigneur Zeeman a fait rallonger ce cordon pour pouvoir l’engager dans sa ceinture, auprès de son rosaire, ce qui lui permet de dégainer le crucifix plus vite que son ombre.

 
Il monte lestement le perron, suivi du chauffeur qui porte sa mallette, et entre dans le hall où l’attend Varochaix, en passant avec indifférence devant le nouveau concierge qui lui tient la porte. « Dominus vobiscum », dit-il en tendant son anneau au nouveau maire, qui regarde la main levée dans une position inhabituelle, la saisit et la secoue confraternellement en répondant « Et cum spiritu tuo ».

Après tout, on est entre notables, non ?

 
Et puis il le conduit vers « son » bureau.

 

On n’a toujours rien dit. Et Varochaix est un peu agacé par ce petit bonhomme à l’air pète-sec. Même s’il sait que l’Eglise aurait plutôt tendance à regarder les Naris d’un bon œil, et si de ce fait et pour entretenir les relations, il paie un solide denier du culte et va à la messe quand il le peut. 

 
Il est même allé à Lourdes. C’est pour dire ! 

 
Et c’est vrai qu’il aime ça, l’encens, les chansons et tout ça. Comme les chansons entre amis. En béarnais. A l’église, il les aimait bien en latin, ça avait de la gueule. C’était moins gnian-gnian que maintenant. Moins bêli-bêla, troupeau-sous-la-houlette, le vent dans la houppette, balance tes roupettes, et tout ça. Maintenant, on se fait la bise, on se lève et on s’assied, et tout le monde communie, c’est vrai quoi, c’est pas sérieux.  Avant au moins on triait. Varochaix a été enfant de chœur et il sait de quoi il parle. Pour mériter la communion, c’était au minimum 5 pater et 5 ave. Et encore. Quand le curé était bien luné. C’est pour ça qu’il a répondu du tac au tac quand l’archevêque lui a dit dominus vobiscum. Les répons, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.

 
Il lui montre un fauteuil et s’assied lui-même derrière « son » bureau où rien ne manque (sauf le Mont-Blanc, faudra qu’elle me le rende, c’est municipal).

 
Le chauffeur reste debout derrière son patron.

 
L’archevêque se renverse dans son fauteuil en fermant à demi les yeux, joint les mains par l’extrémité de ses doigts tendus, semble méditer un temps… (Accouche, se dit Varochaix).

 
- Mon Fils, j’ai appris hier le drame qui avait frappé votre belle cité où votre Maire, Félicien Belcoucou, Dieu ait son âme, avait contribué au maintien d’un solide noyau de traditions chrétiennes. J’entretenais avec lui des liens d’estime paternelle que j’avais pu conforter lors de multiples rencontres. Après tout, ne sommes-nous pas dans un saint lieu qui fut jadis construit et consacré par l’Ordre auquel j’appartiens ?
- En effet, en effet, approuve Varochaix (ça ne mange pas de pain de dire du bien des morts qui ne viendront plus vous emmerder et qui vous ont laissé la place en rejoignant les anges), mais vous devez savoir qu’en matière de Tradition…
  L’archevêque lève la main où rutile son anneau :
- Je sais, mon Fils, je sais… Je vous connais et j’estime votre engagement. Je connais les efforts que vous avez su déployer pour maintenir vivant le patrimoine irremplaçable de votre Nation, et à quel point vous avez su y préserver la place qu’y occupe notre Sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine…
 
Varochaix approuve du chef. Il ne voit pas bien où tout cela le conduira, mais il laisse venir : c’est comme au garage, quand un client se promène, il faut le laisser aller… 

  Pour passer le temps, il se prend une petite saucisse.

 
- Votre belle région a toujours su abriter les réprouvés et les victimes de la vindicte officielle, tout comme nos maisons de prières, asiles jadis inviolables, et c’est à ce titre que je suis venu vous trouver. Je voulais m’assurer que vous maintiendriez cette tradition, que votre prédécesseur, et son père avant lui, ont toujours honorée comme la plus sacrée de toutes…
- Mais… Sans doute, sans doute, Monseigneur, seulement je ne vois pas bien…
- A qui je fais allusion ?
- En effet…
- A personne en particulier, je voulais seulement m’assurer de vos bonnes dispositions…
- A priori…
- Je ne parle pas de n’importe quel bandit de grand chemin, bien sûr, mais d’âmes choisies, qui, dans le but de servir une sainte cause se trouverait contraintes à la fuite.
- Et comment pourrai-je les reconnaître, ces « bandits d’honneur » qui bénéficieraient ainsi de votre haute protection ?
- Mais le plus simplement du monde, mon fils : ils se recommanderaient de moi…
- Evidemment…
- Me permettez-vous de bénir ce bureau, de le sanctifier ?
  Varochaix n’y voit aucun inconvénient et le manifeste en levant à-demi les mains.
 
- Dominus vobiscum… commence l’archevêque sans se lever, mais en fermant les yeux pour se concentrer sur les grâces divines qui ne vont pas manquer de rappliquer.
- Et cum spiritu tuo, répond machinalement Varochaix, qui pense toujours que ça ne mange pas de pain. 

  Le chauffeur s’approche du bureau et y pose la mallette de l’archevêque. 

 
Il l’ouvre. Il en sort un petit encensoir qu’il allume et laisse fumoter là où il se trouve posé. Puis il retourne à sa place derrière le fauteuil.

  Monseigneur Zeeman se lève, saisit l’encensoir de campagne par sa chaînette et entreprend de le balancer pour chasser à grands coups de fumée les diables qui auraient pu se cacher dans les replis des rideaux.
 
Ça sent bon, se dit Varochaix qui « décolle » petit à petit. Manque plus que l’harmonium et le surplis et il régressera en petit garçon qui a bu du vin de messe ! 

  Mais non, il est le nouveau maire et il regarde un archevêque opérer pour lui tout seul. Ça lui plaît à Varochaix. Il se sent tout mystique. 

 
Surtout quand l’archevêque lui tend un petit biscuit :
- Goûtez, ça vaut bien les saucisses !

En effet, ça vaut les saucisses, et l’âme immortelle de Varochaix s’en trouve confortée dans son oraison. Les anges volent avec de doux cui-cui…

- Alléluia, s’écrie-t-il dans l’enthousiasme qui soudain le transporte. Et vive l’Eucharistie ! On a beau dire, rien ne vaut une bonne Tradition. 
- Ite missa est, conclut l’archevêque en rangeant son petit matériel. Alors, c’est entendu ? Tous ceux qui se présenteront de ma part et vous offriront un biscuit du Petit Jésus…
- Se trouveront protégés par mon saint Zèle, soyez-en sûr…
- Ils ne seront pas forcément chrétiens, vous savez, mais nous avons le devoir de protéger nos frères en Dieu… Ne serait-ce que pour les y ramener…
- Cela va sans dire…
  - C’est pas tout, relance l’archevêque en voyant le « maire » se lever pour prendre congé.
- A votre service, embraye Varochaix prêt à tous les Saints Sacrifices.
- Il y a les autres.
- Les autres ?
- Les autres, ceux que nous pourchassons, que nous traquons, les réprouvés de Dieu et de son Eglise.
- Les Méchants, les Impies, les Fils de Satan zet ses Suppôts ?
- Les Pires, Relaps de tout poil et de toute boue, Vils Vilains Crapoteux Apostats Prétentieux Orgueilleux Schismatiques et j’en passe !
- Je sais, comme on dit (un souvenir fulgure dans l’esprit de Varochaix, dopé au Biscuit de Petit Jésus), son nom est Légion !
- Votre science théologique me surprend, Filius mihi. Elle se fait rare et n’en est que plus précieuse.
Varochaix baisse modestement les yeux :
- Pour Sa plus grande gloire, Monseigneur… N’empêche (on peut avoir une poussée mystique sans trop perdre le sens des réalités)… Ça me pose deux questions : petit un, qui ? et petit deux, qu’est-ce qu’il faut en faire ?
- Qui je vous dirai…
- C’est facile, c’est comme pour les autres d’avant qu’il faut protéger, mais le loup débusqué ?…
- Vous appelez Edgar Maupuis, que vous connaissez bien (il montre la boîte de saucisses sur le bureau), et qui collabore avec Nous en cette occurrence. Il s’en chargera.
 
Il chuchote, en confidence :
- Nous avons passé des accords…
- Ahhhhh !!! admire Varochaix en hochant la tête.
- Chuttt, souffle l’archevêque un doigt sur les lèvres…

  Varochaix tend la main, couvrant sa discrétion d’un geste rassurant :
- Et c’est tout ?
- Presque. Votre prédécesseur, Dieu ait son âme, m’avait parlé de… dossiers…
 
Varochaix a une moue évasive doublée d’un regard interrogateur (mystique, d’accord, mais pas con, quand même)…

  L’archevêque poursuit, toujours aussi confidentiel :
- … de dossiers dont certains, issus de mon confessionnal, sont frappés du plus profond des secrets. Il faudra me les remettre si vous les trouvez un jour…
- Je n’ai pas eu le temps…
- Il ne faudrait pas qu’ils tombent entre des mains impies…
- J’y veillerai, Monseigneur, j’y veillerai…
- Sans les ouvrir, mon Fils, sans les ouvrir. Il y va de votre Salut Eternel… L’Enfer, les Diables, et tout ça…
 
Varochaix se signe par trois fois, en montrant qu’il a compris, hou là là !!!

- Il en sera fait selon votre Volonté, Monseigneur…

  L’archevêque se lève :
- Que votre lutte et votre Nation soient bénies, mon fils…
- Amen, mon Père…
- A bientôt, mon fils… Et faites-moi savoir à ce numéro (il lui tend une carte de visite), si vous découvrez quelque chose…
- Je n’y manquerai pas, mon Père…

 
Monseigneur Zeeman lui tend son anneau à baiser.

  Varochaix, ébloui, lui serre la main.
 
A midi, Suceprout et Humevesne sont « extraits » de l’hôpital par deux policiers en uniformes munis de tous les documents nécessaires pour leur transfert à Pau.
 



[1] Le bois dont on fait les pipes. Pour sa part, l’écume de mer, dont on fait aussi des pipes, est de l’hydrogénosilicate de magnésium de formule H4Mg2Si3O10 appelé sépiolite, minéral du groupe des argiles, à structure fibreuse.

LE TRIOMPHE D’AMÉLIE (1) / P3C1E32

P3C1E32 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 32)


Amélie



 
N°177 / LE TRIOMPHE D’AMÉLIE (1) / P3C1E32

 
C’est l’histoire du triomphe d’Amélie qui va annoncer le résultat de ses investigations au commissaire Ravot, en présence de Lepif.
Avec un portrait de la belle. En couleurs. Par Tonton Marcel.
 
Lundi 13 juin
11 heures 30
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Elle est triomphante, Amélie. 
 
Positivement triomphante. 

 
Elle serre la main de Ravot (tiens, j’ai cru que dans son élan elle allait me faire la bise, se dit-il un peu déçu), et fait la bise à Lepif (pas déçu, lui) qui lui tapote la croupe avec l’air ravi qu’arbore Christophe Colomb chaque fois qu’il découvre l’Amérique (phase gazeuse, ironise Ravot pour lui-même, en observant le manège possesseur de la sénestre lepifienne, chromatographie digitale, oui, et je te dis pas la colonne !).

  - J’ai du nouveau commissaire, j’ai du nouveau !!!

 
Elle ôte d’un geste large l’ample et chaude cape de lainage écologiquement brut, à peine dessuintée, qui la couvre des épaules aux chevilles, et l’accroche au perroquet verni (fabrication Baumann) où Ravot et Lepif ont déjà suspendu leurs professionnelles gabardines et duffle-coats.

  Apparaît alors vêtue d’un gros pull à col roulé tout vert et d’une jupe toute rouge (en laine itou), tenue par une grosse ceinture de cuir toute marron, qui la couvre jusqu’aux chevilles, parce qu’il ne fait pas chaud, et qui laisse entrevoir des gros bas tricotés à la Bécassine, en anneaux superposés vert et rouge, intercalés d’un peu de blanc pour ne point faire trop dessous-basquine. Du coup, ça fait plutôt bolduc de pizzeria. Et des grosses godasses. Marron. Comme la ceinture. En cuir. Itou.

  Reprend le vaste sac fourre-tout banane tricoté à l’unisson desdits bas où elle pêche un dossier logé dans une couverture cartonnée rouge, fermée d’élastiques verts.

Elle s’assied alors, vive et fraîche autant que rousse, sur le bord de la chaise d’ordinaire réservée aux témoins et prévenus, entre Ravot, de face, et Lepif, de côté, vers qui elle tourne un sourire radieux : le temps n’est plus, certes, où, jeune étudiante, elle se laissait impressionner par la taille du pisse-t-il d’un pète-ale entrevu dans un coin ivre du bar de l’U1[1], kronenbourgeois flatulescent et boutonneux qui, la fixant d’un air trouble, déclarait, lyrique, que les pines orneraient suavement la rose de son teint, qui s’empourprait alors pour la plus grande joie du paltoquet ; ce temps n’est plus (hélas ?), cependant, satisfaite par deux jours d’analyses croisées entrecoupées de synthèses lepifiennes, éprouve-t-elle encore ce pincement reconnaissant, au cœur, à l’endroit de qui put, sinon la surprendre, du moins l’étonner par sa vigueur renouvelée et tendre, tout juste intercalée entre deux chromatos (et même pendant, le monstre). Aussi lui sourit-elle, du fond de son petit cœur qui bat très fort sous son gros pull, ce qui la fait joliment rougir et ressortir l’adorable semis de ses taches de rousseur. Avec un gros soupir, qui bombe adorablement le gros pull dont la grosse laine irrite deux adorables bourgeons déjà bien irrités qui en seraient presque indécents si justement le gros pull n’était pas assez gros pour les perdre dans ses mailles irritantes. D’où frisson. D’irritation. D’irritations.
 

Et tout cela, très vite, tant l’esprit est rapide au sein (vaillamment rebondi et tétonnemment dardé) des filles de France, gentes et amoureuses, et cependant appliquées à leur tâche et tétonnemment tendues, la butte vers leur but.
 

Si bien que Ravot, laissé hors du propos et des regards brûlants échangés devant lui, n’a presque pas le temps de s’en impatienter.
 

N’empêche qu’il lui demande, comme ça, pour faire avancer le shmilblik :
- Eh bien, Amélie, qu’est-ce, mais qu’est-ce donc que vous avez trouvé ?
 

Flop, elle redescend sur terre dans une explosion de bulles roses.
 

- Plein de choses commissaire, plein de choses…
 

Elle est si mignonne que Ravot se retient de lui dire : appelle-moi Jules, mon enfant… Mais il se reprend…
 

Salaud de Lepif…
 

Salauds de jeunes…


[1] Je vous parle d’un temps que les lillois de moins de cent ans ne peuvent pas connaître… et pardon pour l’anachronisme : ce lieu n’est plus, hélas, il reviendra peut-être ? En attendant, les gars, pissons par la fenêtre…



  





MÉTÉO / P3C1E44

P3C1E44 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 44)

  N°189 / MÉTÉO / P3C1E44
 

C’est l’histoire où l’on fait appel à Elasque-Jean Kronobian, météorologue.


Mardi 14 juin
8 heures
Bureau N°1

 
Elasque-Jean Kronobian dodeline du chef sous le casque orange qui protège ses pauvres oreilles du bruit infernal de l’hélico.

  Il y a deux ans, Arthur Malfort l’avait appelé en lui demandant de se tenir prêt à une « entrée en résistance clandestine » (P1C3E19). 

  Et puis il y avait eu les « évènements », et, bien qu’il ait continué à collaborer à la rubrique météo de la Lanterne du Fort, il n’avait plus été question de clandestinité, puisque le problème semblait  avoir été résolu par la chute des Numéros, même si la catastrophe écologique due au refroidissement terrestre continuait de sévir.

  Et voilà que le même Arthur Malfort le rappelait, pratiquement dans les mêmes termes, lui enjoignant la même discrétion, mais cette fois-ci dans une urgence telle qu’il envoyait un hélico à sa recherche !

  A Saint Tignous sur Nivette, l’hélico « ONU » se pose sur le toit du journal et Arthur Malfort, accompagné d’une jeune femme à l’air dynamique lui tend la main :
- Je vous présente Rébéquée Taritournelle. Ici, nous travaillons tous dans le même but et sans hiérarchie particulière. Je sais pouvoir compter sur votre discrétion, quoi qu’il arrive, mais je vous demande cependant, solennellement, le secret le plus absolu sur tout ce que vous verrez, entendrez ou apprendrez, aussi étrange, invraisemblable ou anormal que cela puisse vous paraître.
 
Elasque-Jean Kronobian, encore abruti par une heure d’hélico qui lui laisse l’impression d’être passé dans un moulin à café, confirme sa confiance, sa discrétion et sa disponibilité pour toute action nécessaire. Encore faudra-t-il lui expliquer ce que l’on attend de lui et pourquoi : sa barbe de prophète grisonnant ne s’engage pas dans des machins douteux.

  Il avait bien compris ce qui s’était produit lorsque les Numéros avaient tenté de conquérir la Terre, comment ils s’y étaient pris, et ce qu’ils avaient vraiment recherché : issu d’une famille arménienne qui avait fui le génocide turc de 1915, il connaissait le poids de l’histoire et savait par expérience vers où allaient ceux qui tentaient de la confisquer à leur profit. 

  Le météorologue était déjà venu au journal, mais sa surprise est sans bornes lorsqu’il est conduit dans le « métro » et qu’ils arrivent ainsi à Agotchilho, dont Arthur et Rébéquée lui montrent les activités.

  Il découvre avec effarement le peuple secret des Goums et lorsqu’il est placé en face d’Amaïa, il a le sentiment que « la boucle de son destin s’est refermée ».

 
Même si l’expression (c’est celle qui lui vient à l’esprit) est à la fois pompeuse et stéréotypée, c’est elle qui s’impose à lui : sa famille avait fui vers l’Ouest, clandestinement, dans l’Europe en Guerre, traversant à grands risques la Turquie pour rejoindre la Grèce, l’Italie, toujours vers l’Ouest, poursuivant le soleil et les étoiles dans leur course, plus loin, plus outre. 

  Il était bien fatal que lui, Elasque-Jean, après deux générations, arrive à la station météo du Pic du Midi, au cœur d’un champ d’étoiles, par-delà les nuages… 

  Il concevait cela comme un aboutissement logique. 

 
Mais depuis que ceux qu’il appelait les Voraces avaient tenté de mettre la main sur le Monde, ses hauteurs s’étaient glacées. Et les mêmes Voraces, lui explique Arthur Malfort, renouvellent leur tentative… 

  En lui faisant quitter son île stellaire pour descendre sous la terre, Arthur Malfort referme la boucle de son destin. 

 
On lui avait dit un jour que « les peuples qui n’ont pas d’histoire sont condamnés à périr de froid ». 

  Et maintenant, on lui demande comment réchauffer la planète…
 
A l’évidence, il faut rendre du sens à l’histoire. 

  Il faut raviver sa Mémoire… 

  Or, « les Goums vivent sous la terre, a dit Amaïa en lui présentant son peuple, et ils y cultivent la Mémoire »…

  Il est donc arrivé à destination.

  Ils se sont assis, tous les quatre autour de la grande table du Bureau N°1.
 
 
Il a suffi de deux heures pour exposer la situation et montrer un peu les lieux au météorologue : l’usine de production de soupe, le métro, la ville souterraine, et tous les lieux alimentés en énergie, la centrale électrique, et les cuisines aux feux éternels. 

  Mais, pour faire vite, ils ne l’ont pas conduit au « temple » et à ses grandes torchères…
 
Amaïa reprend :
- Jadis, la libération accidentelle d’une grande quantité du gaz sous-marin que nous employons, comme tu l’as vu, a accéléré, sinon provoqué, un réchauffement. Ce gaz est présent sur beaucoup de régions littorales. Il peut générer, nous a-t-on dit, un effet de serre important. Nous sommes en mesure de provoquer de nouveau cette libération rapide en certains lieux… Nous voudrions savoir quelles conséquences cela pourrait entraîner…

  Le météorologue hésite devant cette femme aussi impressionnante par sa stature que par sa nudité :
- Vous êtes certaine de ce que vous avancez ? Il s’agit de clathrates ?
- Il s’agit de clathrates. Il y a… environ huit mille ans, mais je pourrais le dater à dix ans près si vous le voulez, il faudra seulement que j’interroge celle qui se souvient plus précisément de ce chapitre de notre Mémoire, certaines de nos dernières tribus, déjà clandestines, ont voulu mettre en exploitation un tel gisement, sur la côte de Norvège. Ils  n’étaient pas assez nombreux pour maîtriser un tel chantier. Ils ont fait preuve d’imprudence et ont provoqué la brusque libération de tout le gisement, et un gigantesque glissement de terrain sous-marin s’en est suivi, qui a ravagé toutes les côtes occidentales de l’Europe, l’Islande et le Groenland, et qui les a détruits, eux, avec beaucoup d’autres hommes…
- Le glissement de terrain de Storegga… murmure Kronobian incrédule.
- C’est cela.

 
Le météorologue réfléchit un moment, en hochant la tête…
  - Et vous pourriez renouveler cet… exploit ?
- Nous le pouvons, d’une manière plus ou moins régulée…
- Il est toujours dangereux de tenter de manipuler l’atmosphère… Vous proposez rien moins que déclencher ce que l’un de mes correspondants, James P. Kennett, de l’Université de Santa-Barbara, en Californie, a appelé « l’hydrate gun », capable selon lui et en substance, de flinguer l’atmosphère… Il faudrait que je puisse calculer… Mais je n’ai pas mes ordinateurs…
- Nous pouvons nous y connecter à distance, intervient Arthur.
- Vous pouvez…
- Mais oui, soit d’ici, soit du journal. Vos stations doivent être interconnectées, il suffira de pénétrer votre réseau, vous devez en connaître les codes d’accès…

 
Kronobian hoche la tête :
  - C’est faisable…
  - Alors, au boulot !
 

LES DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E2

P2C1E2 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°81 / LES DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E2

 
C’est l’histoire où l’on revient sur feu Déodat de Sainte Fouilleuse et son cousin Hilarion-Jovial et où il est question de Super-Troc et de Grande Distribution. On parle aussi un peu de Finette.


 
Histoire(s) de Famille(s)

  Les de Sainte Fouillouse forment une vaste famille d’origine lointaine dont les ramifications aussi multiples qu’obscures témoignent d’un tempérament prolifique autant que vagabond. 

 
La branche espagnole, incarnée en la personne de Déodat, était la plus brillante et semblait avoir cristallisé toutes les vertus. Déodat s’était constitué un véritable empire en s’appuyant sur les besoins fondamentaux de ses contemporains et sur les passions qui naissent de ces besoins. Il avait repris les éléments que son père avait commencés à développer à partir des idées de son grand-père, qui lui-même s’était contenté de dépenser une fortune mystérieusement acquise  du côté de Panama et d’observer que ses contemporains aimaient manger et faire la fête.

Son père avait mis en pratique ces observations et utilisé les bons réseaux au bon moment pour très concrètement fournir toute sa région en tapas, en boissons et en filles. Et il avait reconstitué la fortune dilapidée.

Déodat, lui, avait modernisé les concepts de base pour inonder le pays de ses produits en créant la chaîne franchisée Tapas’Embal’. Et il s’apprêtait à en déborder largement.

  Suivant l’exemple de ses ancêtres, il s’appuyait sur deux bases très solides cimentées par un manque absolu de scrupules. 

  La première de ces bases émanait des réseaux, honorables et sacrés que tissait la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine.  Réseaux officiels constitués d’organisations caritatives et missionnaires, mais aussi réseaux plus discrets, liés à un activisme silencieux « Ad Majorem Dei Gloriam », plus politiques, et largement soutenus par certains milieux financiers qui ne manquaient jamais à l’appel lorsque le besoin s’en faisait sentir. Il s’agissait d’éviter « l’affaiblissement du sentiment religieux dans les masses[1]». Tout cela lui avait permis de reprendre à son compte (et à bon compte) les éléments du patrimoine immobilier religieux disponibles dans le secteur où il souhaitait implanter ses établissements. Il avait fait sienne la devise de ses amis et l’appliquait dans le domaine de ses affaires : « Il faut se battre avec le poing. Dans un duel, on ne compte ni ne mesure les coups… On ne fait pas la guerre avec la charité.[2]» Et peu importe donc ce qu’il y faisait. Si l’un de ces « soutiens » se montrait surpris par les décolletés provocants des serveuses installées dans tel ou tel ci-devant presbytère ou couvent de nonnes devenu lieu de restauration et de distraction, il répliquait que cela lui permettait de soutenir l’Eglise dans ce qu’elle avait de fondamental, et de séduire les ennemis de Dieu qu’il valait mieux voir dans un bordel catholique qu’à la Loge ou dans une Cellule du Parti. Et que toutes les filles (et tous les garçons) étaient baptisées et faisaient leurs Pâques avec beaucoup de dévotion. (Sous peine de licenciement via Tanger, voire plus loin). Par ailleurs, beaucoup de ses tapas étaient confectionnés dans des couvents qu’ils faisaient vivre, en ces temps où l’Etat mécréant serrait les cordons de la bourse. Œil pour œil, bourses pour bourse…

 L’autre base, s’appuyait sur les réseaux discrets, efficaces et puissants qui affleuraient (rarement) sous le nom d’Imporium. Ces réseaux, sans qu’il ait à fournir d’efforts et sans qu’il se compromette, l’approvisionnaient en personnel essentiellement féminin, totalement discipliné, dont les prestations très rentables étaient garanties par une sélection drastique, une formation rigoureuse effectuée en amont et de sombres perspectives en aval en cas d’errements.

Ce personnel, très rentable donc, n’était que sous traité (en autonomie financière pour ce qui était de ses activités occultes la balayette, il était pour le reste officiellement embauché pour ses prestations en salle et remboursait – largement – son salaire avec ce qu’il reversait (50 %) de ses gains occultes la balayette[3]) ce qui laissait aux entreprises de Déodat une façade impeccable, par ailleurs fort utile aux prestataires de service de l’Imporium qui y recyclaient des fonds d’origine imprécise, voire indicible. Placé à la charnière du monde du Vice et du monde de

la Vertu, Déodat assurait le passage harmonieux de l’un à l’autre et permettait aux transactions les plus délicates de s’accomplir dans le velouté suave d’une fumigation d’encens totalement discrète. Pour le plus grand profit de chacun, bien sûr. Et, comme il a été dit, « Ad Majorem Dei Gloriam ».

Amen.

  C’est donc au titre d’invité-partenaire que Déodat avait assisté au Fessetival de Tanger, au retour duquel il avait tragiquement disparu avec son yacht et la passagère de choix qu’il convoyait. Plongeant la profession dans l’angoisse et la désolation.

  Dieu soit loué, pour les deux partenaires de Déodat, le dénouement de ce qui fut plus tard appelé la « Crise des Écolocroques », ou les « évènements », a remis en piste un certain nombre de personnages fort intéressants. Quoique totalement imprévus.

 
En effet, et à l’encontre des préconisations familiales, Déodat n’avait pas assuré sa succession. A trente cinq ans, il s’estimait trop jeune et trop occupé pour convoler et s’assurer une descendance légitime, ainsi que l’avaient fait avant lui ses ascendants directs. Et il n’était pas question, dans le désordre généralisé qui avait suivi l’effondrement de la tentative des Écolocroques, de laisser s’exprimer des prétentions bâtardes : le monde des Affaires n’est pas une Principauté méditerranéenne.

  Les partenaires de feu Déodat aimaient les choses claires et détestaient les chicanes. D’ailleurs les quelques filles qui eurent l’imprudence de se prétendre suitées de marmots biologiquement issus de ses œuvres en firent la dure expérience, coulées avec leurs lardons et leurs avocats, qui, dans le béton d’une digue de protection d’urgence du nouveau port de Tanger, qui, dans les fondations d’un monument expiatoire dédié à Saint Pie X, protecteur des Défenseurs de l’Ordre, qui fut érigé sur la pointe de Tarifa. La digue et le monument avaient été dûment bénis, cela va sans dire. On peut donc parler de Sépulture Chrétienne.

 
Il avait donc fallu se tourner dans une autre direction, mais que l’on voulait légitime. Et l’on avait repris l’inventaire des ressources de la famille de Sainte Fouillouse.

  Bien sûr, on y avait trouvé la branche « Hilarion-Jovial », le Conseiller en matière d’économie électorale que nous avons déjà croisé, mais les ambitions personnelles du personnage et ses certitudes quant à l’exclusive validité des « solutions » qu’il voudrait proposer pour tout les avaient fait bien rire, d’abord, et le rejeter ensuite : il aurait été capable de couler Tapas’Embal’, grâce à des tentatives de manipulation machiavéliques aussi subtiles que des câbles d’amarrage, sous prétexte d’en tirer « 6000 en plus », selon les principes de sa « Méthode à 6000 », qu’il avait développée en collaboration avec sa sœur, Ordegale-Junie, épouse Lebièvre, elle-même de si bon conseil. Et ce au seul et exclusif profit de son plan de carrière. Hilarion-Jovial vous accueillait toujours à bras ouverts lorsqu’il espérait pouvoir les refermer sur quelque chose de rentable à plus ou moins long terme. Le fait était suffisamment connu pour que désormais on considère avec une méfiance absolue ses amabilités occasionnelles et ses serments d’allégeance ou de soutien, une main sur le cœur et l’autre sur la tête de ses gosses (nés coiffés de casques de chantier). Il n’était plus qu’un parti politique[4] foisonnant de tendances contradictoires pour feindre de croire en la sincérité du bonhomme : Untel voyait en Hilarion-Jovial un soutien de la tendance Untel et Deuxtel voyait en Hilarion-Jovial un soutien de la tendance Deuxtel, et donc, chacun voyant en Hilarion-Jovial un soutien de sa tendance contre la tendance adverse, Hilarion-Jovial se trouvait d’autant plus investi de confiance que la tendance Untel détestait la tendance Deuxtel au point de l’accabler de ce mépris silencieux qui conforte les grandes certitudes. Et réciproquement, bien sûr.

 
Mais cela ne pouvait convenir à des gens sérieux.

  Non, il leur fallait quelqu’un de cohérent et de compétent, de docile et d’imaginatif. De charmeur aussi, pour être capable de convaincre sans efforts au besoin… Et doté de suffisamment de modestie pour admettre son rôle de marionnette dorée. Parce que la place serait bien payée. Enviable. Enviée. Il faudrait donc être capable de se défendre…

 
Alors ils avaient trouvé la trace d’une certaine Finette.

  Oh, il s’agissait d’une branche lointaine des de Sainte Fouillouse, un peu oubliée dans les dédales d’exils multiples autant que confus. Mais c’était bien une cousine du précédent, et donc de Déodat, même s’il l’avait évidemment ignorée. Et qui s’était de nouveau perdue dans la nature au moment de l’effondrement des Écolocroques qu’elle avait brièvement représentés à Saint Tignous sur Nivette. Et les Écolocroques étaient bien connus de l’Imporium. Très bien connus. Depuis le temps qu’ils transportaient certaines marchandises délicates à forte valeur ajoutée…

 
En fin de compte, on l’avait retrouvée par l’intermédiaire de l’autre « écolocroquiste » de Saint Tignous sur Nivette, Arnaud Boufigue, recyclé lui chez Super Troc, qu’en génie du commerce il avait quelque peu initié, et qui restait en relation avec tout le réseau résiduel de l’organisation  « de surface » des Écolocroques, retournée à sa fonction purement mercantile d’origine. 

  Arnaud Boufigue était un excellent commercial, c’est-à-dire que son centre d’intérêt exclusif résidait dans les poches de ses contemporains. Petites ou grandes, il trouvait toujours aussi amusant de les vider dans les siennes, se fondant sur l’idée que les petites poches font les grandes besaces. Et s’il restait des contemporains équipés de poches, il subsistait aussi la structure de transfert qui avait prouvé son efficacité quant à la manière d’en récupérer le contenu : la grande distribution. Il s’était donc tout naturellement rapproché de cette structure dont les dirigeants parlaient le même langage que lui.

Et, bien sûr, ils s’étaient compris. Il connaissait bien le réseau parallèle des boutiques et des officines « écolocroquistes » qu’il avait contribué à établir et dont l’infrastructure restait en place, tandis que le réseau officiel de la grande distribution était mis à mal par les problèmes logistiques générés par les prémisses de la glaciation. 

  On avait donc conclu « un bon accord[5] ». Et, après de multiples et discrètes manœuvres financières, on avait fondé le système Super Troc, qui poussait à l’extrême les principes de base qui avaient déjà si bien réussi à la GMS : des lieux de « culte », sortes de bourses populaires où se réunissent les Consommateurs, rebaptisés Troquistes, où l’on s’identifie par des cartes, des grades, des médailles toutes plus valorisantes, spécifiques et gratifiantes les unes que les autres, et où les Troquistes apportent leurs Ressources (patates, électroménager, épices, chaussettes tricotées maison ou échangées chez tel ou tel voisin tricoteur, ou récupérées à l’occasion d’un contact ou d’un déplacement auprès d’un fabricant qui veut s’en débarrasser, etc…) chacun devenant à la fois fournisseur, distributeur, stockeur, recéleur, voleur, emprunteur, banquier, fouineur, chineur ou artisan.
 Les industriels eux-mêmes, ceux qui avaient survécu à la GPT (Grande Panne des Transports), devaient se débrouiller pour se bricoler un réseau de « correspondants-troqueurs » qui assuraient la diffusion de leurs produits. On aboutissait ainsi à un système de redistribution de proximité, de Troqueur à Troqueur, par triporteurs ou fourgonnettes, mais surtout, pour Super Troc, on évitait les stocks, les magasins, les fournisseurs, les clients. Il restait des points d’échange. Commissionnés bien sûr. Et cela dans une Bourse générale et permanente de tout pour tous concrétisée par des Centres de Troc où l’on échangeait beaucoup, avec bla-blas, cris et passions. Mais pour Super Troc, pas d’achat, pas de vente, pas de logistique, pas de flux, pas de responsabilité, plus de principe de précaution. Ne restait que l’Essence du Commerce : de la communication en quantité, et au bout, par ici la bonne soupe, des commissions, des Phynances. Et

la Vertu en prime puisqu’on était plus écologique que l’écologie et que chaque Troqueur devenait un Acteur économique Responsable de son Circuit Court.

   Et donc, Arnaud Boufigue leur avait communiqué les coordonnées de Finette.
 


[1] Le rapporteur Delpit de la commission d’enquête parlementaire qui suivra la répression de la Commune de Paris en 1871 expliquera en partie l’insurrection par cette cause profonde (l’Histoire, n°311, p 48). Cette démarche a été largement reprise par tous les activistes religieux, enfin, par tous ceux qui en ont les moyens, enfin, par tous ceux qui se sont donné les moyens d’en avoir les moyens (Evangélistes, Islamistes, Sionistes, etc…), et récemment par un certain président (sans majuscule) de la République.

[2] Pie X

[3] Comme il a déjà été dit.

[4] Le PPN : Parti de Promotion Notabliaire.

[5] Expression consacrée qui clôt tout entretien commercial et qui constate qu’en attendant mieux, celui qui conclut a bien pelé l’autre qui ne s’en est pas encore aperçu, ou qui a exactement la même et symétrique impression

FINETTE DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E3

P2C1E3 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 3)

  N°82 / FINETTE DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E3

 
C’est l’histoire où l’on retrouve Finette de Sainte Fouillouse, et où l’on fait la connaissance de sa maman, Flora. On rencontre aussi deux notaires parisiens et quelques personnages inquiétants, tout en parlant d’escargots, de Super Troc et d’héritage.

 
Lundi 2 mai
14 heures trente
Pau

  Contente d’elle, Finette. Contente. Il faut dire qu’elle en jette dans son ensemble anthracite, avec le gros chignon massif de ses blonds cheveux. Ajoutez à cela un regard pervenche d’un bleu profond, un gros rubis en coeur au creux du décolleté et un autre au doigt, et des talons de plein de centimètres sous des jambes de reine et vous aurez une idée de la Bêêête.

  Fière d’elle. Se plaît bien en se regardant dans la glace de sa chambre de l’Hôtel Central à Pau. Elle aime tout particulièrement ces rubis somptueux qu’Aloïs Guétotrou-Kifumsec (qu’elle continue d’appeler « Monsieur ») lui a fait parvenir « pour la féliciter de cette brillante promotion », en ajoutant, de manière quelque peu sibylline qu’ils seraient « le cœur de sa fonction publique ». Il y a de bons côtés dans la réussite, se dit Finette. Ah oui, les lunettes noires pour éviter de se commettre aux yeux du commun. S’abstraire. Ne croise pas mes regards qui veut. Non mais.

  Surtout que ce n’était pas évident de retrouver une « position », après le désastre.

  Finette de Sainte Fouillouse. Représentante et Fondée de Pouvoir des Écolocroques en leur première Boutique-Ambassade de Saint Tignous sur Nivette ! Et cela juste au moment où on leur casse la baraque. Destin tragique. Mais pas folle, dès qu’elle a entendu l’émission télévisée qui devait marquer de manière évidente la fin des haricots pour l’organisation, elle est remontée dans sa fourgonnette blanche et adieu Berthe, elle a très finement filé Finette.

A tort, peut-être : les gens étaient tellement abasourdis qu’ils ont à peine réagi, et en tout cas, pas violemment.

La preuve : Arnaud Boufigue s’est recasé sur place sans la moindre anicroche. Ils sont restés en relation, à distance comme tous les Anciens de l’Ecole, et elle a pu suivre sa carrière, depuis le coup de pied au cul d’Arthur Malfort qui l’a éjecté de son journal sans autre forme de procès, jusqu’à son embauche quasi immédiate par Intermarché, Leclerc et la FCD regroupés pour l’occasion[1], jusqu’à aboutir à la création de Super Troc dont il dirige maintenant la principale unité expérimentale. A Saint Tignous sur Nivette, bien sûr. Grâce à l’appui du Maire, Félicien Belcoucou, qui a pris une couleur « écolo » dans l’affaire, acquise au contact, tant de Gertrude[2], du Mouvement (écologiste) du 18 août (pourquoi le 18 août ? Voir le Super Concours…), que de Finette, et parce qu’il a réussi à « éclaircir » le « mystère du radon du Monument aux Morts », ainsi qu’il l’a lui-même déclaré dans un article largement diffusé auprès de la presse régionale. Et que personne n’a contredit… « On » avait autre chose à faire ! Et le Maire n’était-il pas, comme beaucoup, victime de sa bonne foi généreuse ?

  Bref, tout est pour le mieux pour Arnaud Boufigue. Y compris le logement.

  Finette, elle, a filé chez maman, à Pétoly, dans un petit village des Ardennes belges cerné par une forêt très noire. Le village s’est trouvé rapidement englouti sous la neige dès que le temps a viré vilain. Elle a donc pu y rester quelques mois bien tranquille, avec seulement par-ci, par-là un petit coup de fil de Boufigue qui lui a proposé de participer à son aventure commerciale.

 
Mais Finette n’est pas vraiment une commerciale : elle y croyait aux Écolocroques. Bon, elle se doutait bien que ce n’était pas une annexe du Pensionnat des Oiseaux, mais elle avait été choquée en assistant à l’émission finale. Pas celle des explosions, avec Malfort en vedette, non, l’autre, celle du lendemain, celle qui avait réglé leur compte aux Numéros dont elle révélait l’existence, avec Malfort, Victor et Clémentine en vedette. Parce que bien sûr, comme tous les agents de surface, Finette ignorait l’existence des Numéros.

  Finette s’est trouvée très heureuse d’être ainsi bloquée par la neige jusqu’à la fin juillet dans sa retraite des Ardennes, avec Flora, sa vieille maman qui y tient auberge (deux chambres au papier à fleurs), table d’hôtes (huit couverts, douze en saison, en comptant la table de la cuisine), pour les touristes d’été (l’hiver il n’y a que des gens d’ici, d’ailleurs les routes sont difficilement praticables et même les Américains sont passés à côté en allant à Bastogne avec leurs tanks pendant la dernière guerre). Elle fait aussi bistro sur cette fameuse table de la cuisine, pour les autochtones, les vieux. 

 
C’est reposant pour Finette, après ces dures années de formation, le lourd travail de création des boutiques bios qu’elle a supervisées un peu partout dans le monde, et le démarrage avorté de l’aventure qui aurait dû la propulser au premier plan. Mais, bon…

  Finette aiderait bien Flora, mais pour servir les deux canons de rouge de la journée en répétant les histoires du village (où l’on ignore tout de sa « situation », ici elle est « la fille de Flora qui fait, ou a fait, des études »), et en commentant les infos de la veille (que Finette suit attentivement à la télé comme tout le monde), sa présence n’est pas vitale pour le fonctionnement du commerce.

 
Alors Finette s’occupe comme elle l’a toujours fait lorsqu’elle se trouve ici : elle court les bois. Elle aime beaucoup les odeurs des sapins et leurs sous-bois tellement obscurs que rien n’y pousse, à part quelques champignons et quelques plantes étranges dépourvues de chlorophylle. Elle en a même su le nom. Faudrait qu’elle retrouve la flore que son père lui avait offerte avant de fiche le camp avec une touriste américaine. Ou qu’elle demande à sa mère. Monotrope sucepin… Ça lui revient…

Et elle pense… Réfléchit en marchant, en recherchant dans les futaies plus dégagées les bois que les cerfs abandonnent à la mue, normalement en mai, mais avec ce temps… 

  En fait, elle est surtout surprise par sa propre réaction : elle y a cru.

Bon. C’est cela qui la surprend…

 
Elle y a cru parce qu’elle croyait qu’il est bon de croire. Mais cessant d’y croire, elle a cessé de croire que croire est bon. Et donc, elle a tout simplement cessé de croire. Et du coup, elle s’est mise à croire que ne pas croire est bien préférable à croire. 

  Un progrès en somme. 

 
Parce qu’elle croit à son progrès à elle. En perdant une croyance, elle croit donc avoir progressé. Et puisque ne pas croire est bon, croit-elle, mais en étant certaine de le savoir, ce qui lui évite d’avoir à remettre cette certitude sur le métier, elle a tiré un trait sur tout ce à quoi elle pensait croire ou avoir cru. Après inventaire. 

  Et elle s’est au bout du compte trouvée confrontée au vaste problème de savoir si elle sait ou si elle croit, ou si elle sait ce qu’elle croit ou si elle croit seulement savoir.

Alors qu’avant, elle savait croire, ou du moins qu’elle l’avait pensé, puisqu’elle ne veut plus croire. Et puis croire que l’on ne croit plus, c’est toujours croire. Tout comme croire que l’on sait. Elle manque de références qui auraient établi ce qu’elle sait, ce qu’elle sait savoir, et non plus ce qu’elle croit savoir, de manière indiscutable et définitive.
 
Elle se trouve dans l’incapacité de déterminer si ce qu’elle sait est cru ou su. Croire, savoir… Et donc, elle patauge dans une forêt de points d’interrogation philosophico-métaphysiques qui la plongent dans une sorte d’angoisse cireuse pas désagréable au fond, lorsqu’elle se promène dans la neige profonde des chemins ou lorsqu’elle s’enfonce dans les bois obscurs. 

  À y bien regarder, ces pâles pensées, toutes inclinées du même côté, qui poussent, parcimonieuses, sur l’humus ombreux de son esprit tourmenté, lui rappellent les tiges fragiles et inclinées des monotropes…

Le sol des sapinières, protégé par les frondaisons épaisses des arbres, n’est couvert que des aiguilles brunies dont le tapis épais étouffe les pas, comme une torpeur de l’esprit. La neige, prise aux branches, ne descend pas jusqu’à terre, suspendue au silence. Mais elle accentue l’enfermement du sous-bois qui forme ainsi un no man’s land où la rêverie peut tourner en boucle. Et bien souvent Finette reste longtemps assise, adossée à un tronc écailleux, ses grands yeux pervenche grand ouverts, dans le silence, la pénombre et l’odeur de résine froide. 

 
Et puis elle reprend sa promenade et elle rentre chez elle, détendue, reposée…

  La neige a fini par fondre et Flora s’est remise aux escargots. C’est sa spécialité, les escargots. Certains touristes viennent de très loin pour manger les escargots de Flora, à l’ombre du grand tilleul devant l’auberge. 

 
Ah ! Les escargots de Flora !

  S’ils sont vraiment inimitables, c’est pour des tas de raisons.

D’abord, Flora les ramasse elle-même dans « ses coins », bien cachés au fond des bois. Elle adore cette chasse où elle part à l’aube, armée d’un bâton et d’une grande besace. Et puis elle les fait dégorger « à la planche », et c’est son deuxième secret : une épaisse planche de sapin conservée l’hiver au fond du ruisseau voisin, séchée au printemps, où le grand-père de Finette a gravé au couteau deux traits séparés d’un mètre. Cette planche garde une odeur particulière de résine et d’eau fraîche qu’elle communique aux escargots comme un assaisonnement subtil. L’astuce consiste, après qu’ils aient passé quelques heures dans une infusion refroidie d’herbes mystérieuses où ils se « nettoient le boyau », à les faire « courir » sur la planche de sapin, d’un trait à l’autre, pour, dès que leur tête dépasse le second trait, les décapiter d’un coup de couteau vif et précis, juste derrière les cornes. Les escargots agonisants sont ensuite jetés dans une poêle où grésille un beurre baratté dans la ferme voisine, aromatisé d’ail, de champignons séchés et d’herbes secrètes que Flora conserve jalousement dans des bocaux fermés. On la dit un peu sorcière, bien sûr. C’est sans doute pour ça que son mari et son Américaine ont fini au fond d’un ravin, cramés dans
la Packard jaune de sa rivale. Bref. Pour en finir avec les escargots, ils sont servis dans le beurre où ils ont cuit, avec des épines d’acacia pour les extraire de leur coquille, et accompagnés de tranches du pain-gâteau que Flora cuit dans son four, spécialement à cette intention. Elle vous verse avec ça de grandes chopes d’une bière trappiste douce-amère, épaisse comme un potage, très fumée et à la mousse compacte. 

  Sorcière… Flora tient ça de famille et personne au village n’oserait rappeler les lointaines histoires dans lesquelles telle ou telle de ses aïeules se sont distinguées. Surtout pas les vieilles. Elle a transmis quelques recettes à sa fille, lorsqu’elle est partie étudier : « Prends garde à toi, ma belle, et ne perds jamais la conscience de tes actes, ne laisse personne te les faire oublier ! ». Patronne de bistrot, elle en a vu, des dindes ivrognées par des matous, troussées à la va-vite et oubliées dans un coin avec leur courte honte. Quand ce n’était pas avec un polichinelle dans le tiroir… Et ce n’était qu’avec de l’alcool ! Elle a donc préparé une grande quantité de ce qu’elle appelait du « Pain de Couleuvre », en fait, de petites dragées qu’elle fabrique à partir d’hellébore noir, et qui vous mettent à l’abri de toute inconscience. Et elle a bien clairement expliqué à Finette qu’une pastille vaut pour la semaine, et qu’elle aurait intérêt à en garder toujours par devers elle… Ensuite, elle fera ce qu’elle voudra, mais au moins, elle n’oubliera rien, et libre à elle de céder aux tentations en pleine connaissance de cause…

  Ce jour-là, Finette est partie chasser l’escargot à la place de sa mère. Elle aime ça aussi, Finette. La chasse et la cuisine. Elle a même conçu une variante « Finette » des escargots « Flora » : les escargots, sortis de leur coquille après la cuisson, sont enroulés dans un morceau d’une très, très fine tranche de jambon fumé du pays et replacés dans la coquille. C’est génial pour le goût et catastrophique en terme de main d’œuvre. Les escargots « Finette » ne sont donc préparés que par Finette elle-même quand elle est là, c’est-à-dire presque jamais, parce que sa mère n’a pas la patience. 

 
Et ce jour-là, Finette voulait préparer sa recette.
- C’est comme tu veux, a dit Flora, y’a pas de clients, on les mangera nous-mêmes. Et le reste on le mettra en conserve.

  Mais à son retour, à dix heures, la besace lourde de coquilles baveuses pesant sur son épaule, « y’avait des clients ».

 
Grosse voiture noire immatriculée à Paris, et deux hommes en costume cravate, visages graves, assis sous le tilleul devant une tasse de café.

  Qui se lèvent à son approche. 

  - Maître Gaston Brunières, notaire à Paris, et mon associé et ami, Marc Tombou. Vous êtes bien Madame Finette de Sainte Fouillouse ?

Flora ressort de sa cuisine…

Finette dépose délicatement son sac à ses pieds et sa mère s’en empare :
- Laisse, je m’en occupe… Si ces Messieurs veulent dîner ici ce midi, je les préparerai… à ma manière…
Et elle emporte le sac vers ses fourneaux.

- Oui, je suis Finette de Sainte Fouillouse, mais…
- Pardonnez-moi d’insister, mais, pourriez-vous me montrer une pièce d’identité ?
- Ecoutez cher Monsieur, vous êtes bien gentil, mais je suis ici chez moi, je ne vous connais pas et c’est vous qui me demandez mes papiers…
- En effet, pardonnez-moi, c’est tellement important…
Le notaire sort son propre passeport et le tend à Finette pour confirmer son identité. Elle y jette un coup d’œil, hausse les épaules et rentre brièvement dans la salle de séjour-cuisine-salle de restaurant prendre ses papiers dans son sac qu’elle a laissé sur une étagère.
- Voilà, Monsieur l’important notaire parisien…
Elle lui tend le document en lui rendant le sien, le tout avec le sourire ravageur qu’elle est capable d’exhiber au quart de tour. C’est vrai que depuis qu’elle est ici, au régime jeans, doudoune et bottes fourrées, elle a un peu délaissé ses allures de professionnelle de la séduction,

la Finette…

  - Chère Madame, permettez-moi de vous présenter nos condoléances…
- Vos condoléances ?
Flora a seulement pris le temps de plonger la récolte de sa fille dans la marmite d’infusion qu’elle a préparée hier pour qu’elle ait le temps de refroidir, et elle est ressortie sur le pas de sa porte en se frottant les mains sur son tablier bleu.
- Nos condoléances pour la mort de votre cousin, Déodat de Sainte Fouillouse…
- Qui ça ? demande Flora qui n’en a jamais entendu parler puisque son mari est mort sans lui en avoir rien dit. Il faut avouer qu’il ne s’était jamais beaucoup intéressé au roman familial. Bien trop occupé à courir la gueuse touristique, le salopard.
- Déodat de S