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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

POUACRE / P3C1E7

P3C1E7 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 7)

  N°152 / POUACRE / P3C1E7

 
C’est l’histoire où Arthur se trouve confronté au professeur Pouacre, qui fut le Numéro 5 des Écolocroques. 

  Mercredi 8 juin
Le matin, sans doute.
Harpie

 
Il est difficile d’évaluer le temps qui passe lorsque rien ne bouge et que l’on se trouve réduit à une passivité de mannequin. Compter les battements de son cœur ? Les clignements réflexes de ses paupières ? Ses inspirations ? Mais bien vite, le décompte s’en trouve perturbé par les souvenirs qui bougent lentement au fond de l’esprit… Souvenirs proches, mêlés à l’angoisse de l’avenir proche, souvenirs lointains, nostalgies… Angoisse d’impuissance… Qu’est-ce qu’elle a voulu me dire ? Ce Luis ? Celui qui a été retrouvé écorché au Petit Matois ? Cette petite ordure d’Arnaud Boufigue semblait s’en réjouir… Et il a dit que mon sort serait plus… amusant ? Qu’est-ce qu’elle a bien pu me faire avaler ? Pourquoi ?

 
Il lui semble maintenant ressentir le fourmillement précurseur de sa libération : la drogue relâche ses effets… 

 
La porte s’ouvre derrière lui. 

 
Il peut tourner un peu la tête…
 
- Ah, bravo ! J’avais bien calculé la dose, se réjouit le personnage qui vient d’entrer. Petit et noir de poil, un long cou de vautour à la pomme d’Adam saillante, coiffé au bol largement au-dessus des oreilles, tout de noir vêtu, le petit bonhomme sec et nerveux s’avance en tordant le cou pour venir regarder Arthur par-dessous…

 
- Je me présente, Arthur Malfort, je suis le Professeur Pouacre… Je fus en mon temps  désigné par le Numéro Cinq, chez les Écolocroques, et je suis maintenant veuf du Numéro Quatre que les Chochos ont livrée à leurs damnés crabes… Je fus donc également le gendre du Numéro Un qui subit le même sort que sa fille, mon épouse, comme je l’ai dit. Et cela à cause de vous, de votre père et de tous ceux de votre bande, Arthur Malfort…

Il tourne autour d’Arthur en se frottant les mains et en ricanant, comme si tout cela le plongeait dans la joie la plus pure. Arthur, qui se libère de plus en plus de l’emprise de la drogue, le suit des yeux en tournant sur lui-même, dans une sorte de ballet comique où un « grand » regarderait de haut un « petit » qui paradoxalement dominerait une situation indéfinissable. 

 
Il découvre à cette occasion les deux malabars, armés de curieux pistolets en plastique jaune, qui encadrent la porte laquée par laquelle Pouacre est entré. Des fois qu’il lui prendrait l’envie de tordre le cou au vautour qui l’encercle dans sa danse. Et qui s’arrête, comme s’il prenait conscience du grotesque de la situation :
- Mais asseyez-vous, mon cher, nous serons plus à l’aise pour discuter…

  Arthur s’assied, encore flageolant, dans le profond fauteuil que lui désigne Pouacre, toujours debout, et qui enchaîne, sans cesser d’arpenter le tapis, comme s’il ne tenait pas en place :
- Comment va ce cher Vladimir ? Il vous a raconté… ?
- Raconté quoi ? La préméditation de son geste ?
 
Arthur a la voix rauque et ces efforts l’ont épuisé. Pouacre semble s’en apercevoir et il éclate de rire comme à une bonne plaisanterie :
- C’est vrai que vous avez vécu une épreuve redoutable ! Survécu serait plus juste… Bravo, mon cher ! J’avoue que vous m’avez épaté. J’ai réprimandé cette chère Élue que sa jeunesse pousse parfois à quelques excès de susceptibilité ! Elle se prend un peu trop à son personnage de vierge farouche. J’y ai quelque responsabilité, en tant que Mentor, mais j’aurais été très déçu de vous voir périr sous les assauts de ses Amazones !
 
Il éclate de rire, s’assied dans le fauteuil placé en vis-à-vis de celui d’Arthur et s’y renverse en se tapant sur les cuisses :
- Bitenor !! Ces filles vous ont baptisé Bitenor !!! Ah vous êtes un sacré morceau !!! Bravo !!! Le qualificatif n’est pas très subtil, mais il témoigne d’une admiration sincère, croyez-le bien. D’ordinaire, le fiancé que l’on donne en pâture à ces dames meurt en quelques heures, mais vous ! Encore bravo.
  Il s’essuie les yeux d’un revers de manche…
 
- Vous m’avez fait pleurer de rire mon cher… Vous êtes un cas… Les Malfort sont tous comme vous ? Votre papa est vieux maintenant. Je me suis laissé dire qu’il s’était remarié il y a peu… Pas de petit frère en vue ? Mais trêve de plaisanterie. Vous devez vous douter que vous ne sortirez pas vivant de l’aventure… Non pas que je vous en veuille le moins du monde pour ce que vous avez fait de ma belle famille : cela cadrait parfaitement avec mes projets… Eux-mêmes, ces fameux Numéros, avaient manqué de loyauté envers moi : Numéro Cinq disaient-ils, sans préciser qu’après moi restaient en attente deux autres enfants de la famille, discrètement planqués dans une institution suisse et dont j’ai été désigné comme étant le Mentor lorsque leur âge les a placés en lice ! Du coup, je n’étais plus le Numéro Cinq, mais le Numéro Sept !!! Je devenais le Septième dans l’ordre naturel de leur succession, derrière deux femmes, qui plus est… Non, je n’en veux pas aux Malfort ! Comme je vous l’ai dit, ils m’ont plutôt rendu service. Vous ne mourrez pas pour satisfaire ma rancune. Mais, que voulez-vous, mon meilleur ennemi n’en est pas moins mon ennemi. Et si je vous relâchais, je suis certain que vous chercheriez à me faire des misères, comme votre père et ses absurdes Chochos… Absurdes, mais bien utiles quand même. Vous savez que c’est eux qui m’ont appris tout ce que je sais en matière de drogues ? Ils sont très forts là-dessus ! Dame, plus de 100 000 ans de poisons de chasse et de pêche… C’est cela que les Numéros n’ont pas compris : ils ne croyaient qu’à la technologie lourde. Des parvenus… L’avenir est à la biochimie fine… Mais, je cause, je cause…  Mon associé souhaitait vous interroger pour savoir où vous en êtes vraiment de vos investigations, mais je lui ai dit que depuis le temps que l’Élue, ma pupille, vous a enlevé, vous aviez dû perdre le fil des évènements. D’autant que nous avons bien amorcé notre implantation et que l’opération de prise en main de la population semble réussir. Nous nous contenterons donc de vous « préparer » pour une autre mission, qui devrait nous débarrasser de toute opposition. Vous y serez notre allié secret, Arthur Malfort ! Réjouissez-vous, vous allez entrer dans l’histoire ! Dans Notre Histoire ! 

  Il se lève, les bras au ciel, soulevé d’enthousiasme. Arthur, étourdi par ce flot de paroles extravagantes s’apprête à se lever à son tour, mais se trouve cloué dans son siège par la poigne massive des deux malabars qu’il a oubliés dans l’histoire.
 
Il se débat, mais Pouacre, ricanant, s’approche une seringue à la main. 

  Les malabars l’immobilisent.

 
Pouacre enfonce l’aiguille dans son bras…

  Arthur grogne de rage impuissante…
 
Il retombe, inconscient.
 

IL EST INDESTRUCTIBLE, PUISQU’IL EST DÉJÀ MORT / P3C1E30

P3C1E30 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 30)

 
N°175 / IL EST INDESTRUCTIBLE, PUISQU’IL EST DÉJÀ  MORT / P3C1E30

 
C’est l’histoire où Arthur s’éveille. C’est aussi l’histoire où l’on commence à deviner où se trouve la base des Méchants, « en Harpie ». C’est enfin l’histoire où la fille de Clèm, Amaïa, naît, sur le trône de pierre.

  Lundi 13 juin
8 heures
Agotchilho

  Il s’éveille dans une eau chaude, épaisse, soyeuse, où la peau glisse sans efforts, coule sans clapots, dans une odeur d’herbe foulée et d’algues, un bruissement d’envol de papillons sous la fraîcheur d’un rideau de peupliers, l’été, dans des glissements onctueux de gomme arabique sous la pulpe des doigts… Dans une eau bucolique où il flotte, léger, une eau moelleuse où il somnole, une eau bruissante, à peine, où il sombre dans la paix…

 
Il entrouvre les yeux dans une pénombre de pierres rouges où vacillent des flammes d’or chaud, découvre la surface mordorée de cette eau qui le baigne, le porte, léger, tendrement complice de ses lassitudes qu’elle absorbe, dissout, efface, souffle léger et tiède à la surface de son esprit. 

  Peu à peu se dénouent les douleurs de ses muscles, les aigreurs de sa gorge, les crispations de ses angoisses…
 
Il entrouvre les yeux… 

  Une cuve de pierre où sourd cette eau si chaude qui le porte si bien, et qui, en débordant sans cesse, produit ce bruissement paisible et berceur… 

 
Il flotte entre deux eaux, la nuque reposée sur un coussin de mousse et les bras écartés sur des pierres du fond que l’on a disposées juste à la bonne hauteur…

  Il est bien…

 
Il sourit…

  Un mouvement, au bout de la cuve, l’eau en frémit à peine, on s’approche de lui, dans l’eau, tout doucement :
- Tu t’éveilles… Bonjour…

 
Béatrace sourit, le visage près du sien, se colle contre lui, se presse tendrement, se niche, se love, l’enserre, l’embrasse…

  - Bonjour Arthur revenu, mon homme grand et fort… Bonjour… Je suis heureuse…
 

Arthur referme les bras sur toute sa tendresse, porté par l’eau complice, il referme les yeux, de plaisir cette fois, se dresse légèrement (ces petits seins durcis sur sa poitrine creuse)… Du coup il se lève pour de bon, sans relâcher Béa, pousse un cocorico sonore et triomphant… et retombe en riant, parce que le fond glisse, en buvant une tasse de l’eau suave de sa baignoire…

  - Pfff… Toi, ici ? Et moi ? Mais qu’est-ce qui se passe ? 

 
Il embrasse Béa qui émerge à son tour, la moustache en bataille, cherche à la soulever… et tombe de nouveau, de faiblesse, cette fois…

  - J’ai faim ! Explique-moi ! 

 
Il a fallu deux heures et quatre bols de soupe pour le sortir de l’eau bienfaisante du bain.

  Tijules est accouru en entendant les cris (il était dans la pièce voisine et pataugeait avec les autres enfants).

 
Amaïa, sobrement triomphante, est venue expliquer ce qui s’est passé. 

  Eusèbe, Clèm, Jeanne, tous, sauf Rébéquée, retenue au port, et Vic, resté au journal, tous sont accourus aux appels de Béatrace !
 
Arthur, corps (affaibli) et âme (vigoureuse), se trouve enfin réintégré tout entier au giron chaleureux de leurs forces regroupées.

  - Vic a prévenu Ravot, dit Clèm, qui s’essouffle vite (demain ou après-demain, lui a dit Amaïa, tu t’assiéras au siège où naissent les enfants !)…
- Ravot ? demande Arthur…
- Le commissaire. Tu l’as rencontré à Saint Tignous, mais Amaïa l’a admis « en bas ». Il est devenu un ami. Il va falloir que l’on t’explique ce qui s’est passé ici, et que toi aussi, tu nous racontes ce dont tu te souviens…
- Il ne faut pas trop le fatiguer, s’interpose Amaïa, il est encore très faible…
- Mais non, je…
- Mais si, tu ! insiste Béa en lui tendant un cinquième bol de soupe.
- Il est fort le bougre, grommelle Eusèbe ému.

Amaïa confirme :
- Il est indestructible, puisqu’il est déjà mort…


 
- Et avec tout ça, on en est où ?

  Arthur est revenu avec tout le monde au bureau N°1.
 
Complètement perdu, il essaie de comprendre, de renouer les fils… Lui, il en est encore à la mort de Daouj et à l’écorché de l’île Guamblin… Et à cette immense faiblesse…

  Alors on essaie de lui expliquer, de résumer les évènements, et surtout, de lui faire comprendre l’importance qu’a prise la Nouvelle Réna…

  Bien sûr, il perçoit immédiatement et en miroir, l’importance de tout ce qu’il a vécu, et de ce qu’il a retenu. Qu’il était censé oublier. Qu’il aurait oublié si… SI. 

  Il ne sait pas pourquoi, par quel miracle il n’a justement pas oublié.

 
Tout cela va lui revenir sans doute. Il faut qu’il sorte, qu’il parle, comprenne. 

  - Attention, objecte Rébéquée. Il ne faut pas sortir… Il y a encore au moins deux Amazones dans la nature, sinon trois. J’ai dû laisser partir le Mélanippé vendredi soir sans le fouiller. Et il navigue vite, d’après ce que j’ai pu relever… 

  On explique à Arthur que c’est le bateau sur lequel se sont embarqués Daniel Forpris et peut-être une Amazone, celle qui a tué la Vorme. 

  Encore des flèches marquées Hybris, comme celle qui a tué Daouj.
 
On lui explique qui était Edmonde de la Vorme Séchée, et ce que l’on sait des tenants et aboutissants de la chose, ce qui mène à Ted et Jo, et…

  Arthur interrompt les explications :
- Mais alors, le Mélanippé va en Harpie !
- En Harpie ?
- Oui, là d’où je viens, là où j’ai vu Pouacre, l’Élu et Boufigue. Et… quelqu’un d’autre aussi, qui m’a permis de me souvenir… Mais je ne sais plus…
- On doit aussi y trouver le laboratoire où ils produisent leurs saloperies, souvenez-vous des « matières précieuses » dont parlait Tomie avant d’être tuée, remarque Victor…
- Il est suivi par satellite, précise Rébéquée, et…
- … et par Ôoumloc, ajoute Amaïa qui veut assister à la renaissance d’Arthur et surveiller ses efforts pour, au besoin, les limiter.
- Il y a autre chose. Comme je le disais quelqu’un est intervenu pour que je me souvienne, mais, comme pour tout ce qui précède cette intervention, j’ai oublié… Je me souviens de ma capture dans l’avion que l’Élue a appelé la Flèche d’Argent, de mon arrivée en Omphalie… Oui, de tout cela, je me souviens…

 
Ravot, depuis son arrivée, est resté silencieux, assis dans un coin. Il faut dire que depuis trois jours, il n’est pas à la fête… Mais là, il réagit :
- Attendez, il n’y a pas que le Mélanippé. Vous vous souvenez sans doute des voitures qui ont disparu le soir du meurtre de Luis ? Une Rolls entre autres. Embarquées sur l’Hippolyte qui était propriété d’un armement russe : « Стрелка деньг. Stryélk Dyéng »… La Flèche d’Argent. Les voitures ont été débarquées en Mauritanie, à Nouakchott. Avec un chargement de matériel mécanique… Des pièces pour moteurs de bateaux, paraît-il… On a soupçonné un trafic de voitures…

Rébéquée intervient :
- Et le Mélanippé se rend à Dakhla, au nord de Nouakchott, sur la côte du Sahara occidental… C’est dans le même secteur, non ?
- L’Hippolyte doit se trouver sur sa route de retour, en direction de Mourmansk, où il arrivera s’il réussit à passer les glaces, ajoute Ravot, pensif…
- D’où venait le Falcon qui m’a déposé à Biarritz ? demande Arthur…
- En principe de New York, mais c’est peu probable : ses réservoirs contenaient encore trop de carburant pour qu’il vienne de New York, d’après l’enquête de Lepif. Il n’avait pas dû parcourir plus de 3500 km. Il n’avait d’ailleurs nul besoin de s’arrêter à Biarritz pour faire le plein de carburant. Or l’équipage a présenté son arrêt comme une escale technique. En fait, il s’est posé pour « livrer » Arthur et les deux Amazones qui ont tué le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale. Autre chose : j’ai reçu confirmation ce matin de ce que la peau qui couvrait le cadavre du maire est bien celle de Luis et je dois revoir Amélie qui m’a annoncé d’autres découvertes…

  Un court silence…

  - Le cadavre du maire ? demande Arthur qui est resté en arrêt devant cette information…
- Il a été tué vendredi dernier, et le Conseiller en matière d’économie électorale aussi, mais lui, de deux flèches, explique brièvement Ravot, Cela fait partie des évènements importants de ces derniers jours… Pour en revenir à ce que je disais, il est possible que l’avion vienne de Harpie, reprend-il…
- Si le Mélanippé semble s’arrêter en pleine mer et si la signature satellite de quelques palettes reste marquée à l’endroit où il s’est arrêté après son départ, nous saurons exactement où est leur base principale, affirme Rébéquée.
 
- C’est vrai, approuve Arthur, un peu perdu dans cette avalanche d’informations, mais il n’en reste pas moins que le Hai II ne s’y trouve certainement plus et que nous ignorons où il est allé ! Or sa base de repli ne se trouve ni en Omphalie ni en Harpie… Et qu’en Harpie subsiste le mystère de ma mémoire. Si « on » ne l’avait pas préservée, et je ne sais ni qui a pu le faire, ni comment, le plan de Pouacre aurait fonctionné et… je préfère ne pas penser à ce qui se serait produit…

  Béa, assise près de lui penche la tête sur son épaule :
- Il ne s’est rien passé, tu es sauvé, et nous aussi…
- Grâce à Ôoumloc, murmure Amaïa. Mais aussi grâce aux forces qu’il a mises en œuvre et qui ont réussi à contrecarrer celles qu’avait détournées Pouacre. Peut-être pourrons-nous les réutiliser…
- Grâce à toi, à ton peuple, et à sa Mémoire, Amaïa, mais il se passe trop de choses en même temps, murmure Arthur en secouant la tête… La solution est là, quelque part… Mais quel bordel !!!
- Il faut que tu te reposes, intervient Amaïa. Que tu retournes au bain de guérison et que tu laisses les évènements reprendre leur place dans ton esprit. Béa va t’accompagner et…
- Ahhhh, gémit Clèm avec un regard de détresse… Je crois que…

 
Amaïa se lève et vient auprès d’elle, puis elle fait un signe et un instant plus tard, deux Boules se présentent à l’entrée du bureau, portant une civière :
- Je m’y attendais et j’ai demandé à ce que notre peuple t’accompagne. Viens, laisse-nous t’aider. Vous pouvez nous suivre, ajoute-t-elle à l’intention des autres, mais Arthur doit se reposer…

  C’est ainsi qu’est née Amaïa, fille de Clèm et de Victor, sa mère étant assise sur le trône de pierre aux côtés de Rébéquée et d’Amaïa la Grande, Mère des Goums, devant les Malfort qui forment sa famille et l’assemblée des Goums qui dansent d’un pied sur l’autre, tandis qu’un frémissement de l’eau de la mare laisse percevoir la présence du Grand Crabe à qui la Mère offrira le placenta de la délivrance, cependant que, plus loin, dans le bain de guérison, Béatrace réapprend à Arthur les gestes tendres de l’amour.
 

POLICE SCIENTIFIQUE / P3C1E30

P3C1E31 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 31)

 
N°176 / POLICE SCIENTIFIQUE / P3C1E30

 
C’est l’histoire où l’inspecteur Lepif et le commissaire Ravot tentent de comprendre les résultats des investigations qui ont été faites sur les cadavres d’Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse et de Félicien Belcoucou.


  Lundi 13 juin
11 heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Ravot n’est pas resté pour « assister » à la naissance. Un peu gêné par cette proximité amicale-amoureuse extrême, il a rejoint son commissariat où le travail s’accumule, et il reprend les journaux dispersés sur son bureau dans le désordre où il les a laissés hier.

 
D’abord, la Lanterne.

Victor a donné des indications à Mouchoir qui a rédigé le parfait petit article de convenance, publié samedi :


  Saint Tignous sur Nivette en deuil

  Nous apprenons la mort de deux des personnalités les plus importantes de notre cité : les corps de Monsieur Félicien Belcoucou, notre maire, et de Monsieur Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, Conseiller en matière d’économie électorale, ont été retrouvés hier près de l’hôtel Marengro. Les circonstances dans lesquelles ces deux élus ont été assassinés, car il s’agit d’assassinats, n’ont pas encore été révélées par le Commissaire Ravot, qui dirige sur place l’enquête, sous l’autorité du juge Foutral, de Pau, à qui l’instruction a été confiée. Mais cette tragédie semble présenter des points communs avec celle que nous avons connue mercredi dernier, lorsque Madame de la Vorme Séchée, directrice de l’usine « Lartigo » a été tuée d’une flèche tirée par un mystérieux archer, pendant une manifestation de membres de

la Nouvelle Réna dont les élus soutenaient l’action. 

  Suit une série de photos dont certaines, classiques, d’Hilarion-Jovial et du maire serrant des mains, et d’autres, plus récentes, extraites du film enregistré par Mouchoir au cours de la manifestation, en particulier, une photo montrant la Vorme juste avant qu’elle ne reçoive la « flèche fatale », la pudeur médiatique interdisant de la montrer épinglée comme un vulgaire caporal, et une autre montrant Hilarion-Jovial et le maire frappant à coups de manches à balai les cinq malheureux policiers isolés au milieu de la foule en furie (P3C1E3). Une autre photo montre le maire en train d’inaugurer la boutique toute neuve des Écolocroques, aux côtés d’une Finette radieuse. Finette… L’Élue !

  Suit un appel à témoins, agrémenté du signalement des Amazones (grandes, blondes aux yeux bleus, parfois vêtues d’une courte tunique leur laissant les bras nus), et des photos anthropométriques de Suceprout et Humevesne, qui sont signalés comme « disparus, évadés de l’hôpital où ils étaient détenus pour des faits qui pourraient être reliés à ce drame qui frappe tragiquement notre cité ».
Suit enfin un rappel des carrières privées et publiques des deux victimes, et des « condoléances aux familles éplorées, durement éprouvées par la perte cruelle de deux hommes d’exception, dont l’un au moins était père de famille et l’autre pourrait ou aurait pu l’être s’il ne s’était pas sacrifié au Bien Public avec une abnégation devant laquelle nous ne pouvons que nous incliner. Etc… »

  Les autres journaux brodent là-dessus sans rien ajouter qu’une sauce plus ou moins faisandée.
 
Et Ravot récapitule sur un morceau de papier, pour sortir de la morosité où il se sent couler, comme souvent lorsqu’il reste impuissant devant des évènements qui se précipitent :

  1.    Six meurtres avérés en cinq semaines et les cinq derniers au cours des trois derniers jours, à savoir :
1.1.                   Luis, dans la nuit du 2 au 3 mai. Ecorché vif. Hybris.
1.2.                   Ted et Jo, enlevés le 7 juin et retrouvés carbonisés après avoir été poignardés au cœur. Coupables probables : Suceprout et Humevesne qui les ont enlevés chez Mado.
1.3.                   Edmonde de la Vorme Séchée tuée le 8 juin. Flèche. Hybris.
1.4.                   Découverte des corps d’Hilarion-Jovial (flèches, Hybris) et du maire (« énuqué » à la batte de base-ball et couvert de la peau de Luis !) le vendredi 10.

2.    Trois « enlèvements » ou disparitions :
2.1.                   Pélot, disparu depuis vendredi et qui n’est pas réapparu.
2.2.                   Humevesne et Suceprout, disparus de leur hôpital et plus que soupçonnés des meurtres de Ted et Jo.

  Si j’ajoute à « ces méfaits officiels », les assassinats « officieux » du gardien goum de Marinoval, sans parler des meurtres plus lointains de Daouj, le guide goum d’Arthur en Patagonie, de l’écorché de Guamblin, de la gardienne goum tuée à Agotchilho, de Tomie, l’Amazone capturée et tuée à son tour par Birke, sa « consoeur », elle-même coupée en deux par le Crabe !

C’est une hécatombe, en un peu plus d’un mois, et cela semble s’accélérer.

Sans compter les six flèches sanglantes de Guamblin, nous en sommes à 3 assassinats Hybris officiels et à 5 non déclarés puisque liés aux Goums d’une manière ou d’une autre. Se détachent du lot les assassinats de Ted et Jo et celui, étrange, du maire. 

 
Et puis les disparitions. A commencer par celle d’Arthur (toujours officiellement disparu), et puis celle de Gertrude Pilon, sans doute transformée en saucisses, mais sans preuve vraiment décisive (et qu’il faudrait alors comptabiliser dans les meurtres), et les disparitions d’Arnaud Boufigue et de Daniel Forpris, même si le problème est différent, et qu’il s’agit plutôt de cavales !
 
On est toujours sans nouvelles de Pélot. Le fait que ce soit une « grande blonde » qui soit venue le chercher ne laisse pas d’être inquiétant.

   Enfin, les « enlèvements » de Humevesne et Suceprout ressemblent plutôt à des évasions « assistées » très bien organisées, samedi, à l’hôpital.
 
A propos de Humevesne et Suceprout, il faut que je vérifie s’ils étaient bien présents à la manifestation, ce qui éclairerait leurs interventions sous un autre jour. Ils ne seraient plus les joyeux imbéciles, les Laurel et Hardy du crime, les porte-flingues de Messieurs les Hommes, sbires de macs cogneurs de putes dont ils ont la courte et peu reluisante réputation, mais… Mais quoi ???

 
Et Ravot trébuche dans une forêt de points d’interrogation où chaque pas en avant ajoute à l’ombre une ombre plus épaisse…

 
Et merde…

 
- Ça ne va pas, patron ?
 
Ravot relève le front qu’il avait, en un hugolien accablement, placé entre ses deux mains levées. 

 
Lepif le regarde, souriant, tout content, léger et frétillant.

 
- Ah vous voilà, vous. C’est à cette heure-ci que vous arrivez ?
- Là vous êtes injuste, patron. Je suis allé collationner les produits des investigations savantes des experts de tout poil qui ont grouillé comme des mouches sur les cadavres des édiles depuis vendredi soir.
- Et surtout d’une experte à poil roux, je présume…
Lepif prend l’air rêveur :
- J’ai même pu l’assister dans ses oeuvres, c’est vrai qu’elle est experte… D’ailleurs, elle va venir.
Il se reprend :
- Mais pas seulement celle-la… Tenez, je vais vous dire. Ce sera plus rapide que les rapports officiels, et on a besoin d’aller vite, et puis, tout ne figurera pas dans les rapports…
- Ah bon ? Et en quel honneur ?
- Mais… Parce que les Goums n’existent pas, si j’ai bien compris…

Du coup, Ravot semble s’éveiller :
- Allez-y, mon petit. Je vous écoute.

 
- D’abord, les autopsies. J’y étais, avec Amélie, qui prélevait les échantillons nécessaires avec beaucoup de soin et de délicatesse. Elles ont été réalisées dans la nuit de vendredi à samedi par le docteur Marnier, de Saint Tignous, et Milou Panosier, spécialiste de l’équipe de Catachrèse. Les analyses complémentaires ont été effectuées en ma présence (soupir) par Amélie (soupir) de samedi à dimanche dans son laboratoire d’où « on n’a pas pu s’décoller, tant il y avait d’travailleuuu »…
 
Ravot lève les yeux au ciel devant le rose qui monte aux joues de l’inspecteur à cette évocation pédiculo-arachnoïdale[1]

 
Lepif enchaîne, après avoir, lui, fermé les yeux quelques secondes sur un souvenir attendri de paillasses, de becs Bunsen et de chromatographies en phase gazeuse aux rousses courbes échevelées sur l’écran noir de sa nuit blanche.

 
Et puis il se reprend et il enchaîne :
- Je vous fais grâce des détails techniques (Ravot ricane), chromatographie en phase gazeuse et tout ça (Ravot ricane derechef)… Pour ce qui est du contenu de l’estomac, on n’a trouvé de saucisses récentes que chez Hilarion-Jovial (Lepif aime bien appeler le Conseiller en matière d’économie électorale par son prénom depuis qu’il s’est fait snober par celui-ci). Félicien (c’est le maire, que tout le monde appelle le maire, mais comme il a appelé l’autre Hilarion-Jovial, par souci d’égalité républicaine, il ne peut pas faire moins que de l’appeler Félicien), Félicien en avait absorbé, mais au moins deux heures plus tôt. Je ne sais pas encore comment interpréter ce fait. D’ailleurs, je n’interprète point encore, je constate.
- Très bien, Lepif, très bien.
- C’est ce que vous m’avez toujours enseigné, patron, rend-homagise Lepif.
- Vous êtes très bien, poursuivez…
- Second point…
- Ce sera donc le dernier ?
- Non, j’en prévois un troisième…
- Alors c’est le deuxième point, et non pas le second…
- Deuxième point (m’emmerde) : tous les deux ont eu des relations sexuelles très peu de temps avant leur mort, et des traces de sécrétions féminines ont été retrouvées dans les zones copulatoires des deux. Leur analyse a prouvé que ces traces provenaient de la même partenaire. Par ailleurs, les deux charcutiers à l’œuvre…
- Charcuterie fine, Lepif, charcuterie fine, fait remarquer Ravot un peu gêné par la désinvolture de son inspecteur qui déborde d’énergie…
- Ben on voit que vous n’étiez pas là, réplique celui-ci…
- J’ai déjà assisté à une autopsie, mon ami…
- Evidemment, évidemment… les deux spécialistes à l’œuvre donc, si vous m’interrompez tout le temps, on n’en sortira jamais…
- Si vous disiez moins de conneries…
- Z’êtes dur, mauvaise humeur du lundi matin ?
- Poursuivez, mon vieux, vous m’emmerdez avec vos incises à la con…
- On n’est pas plus aimable, vous devriez…
- Je devrais ?
- Rien, rien… (grommellement où il est question de « poireau » et de « dégorgement d’urgence »)… à l’œuvre (soupir), ont prouvé que si l’un avait éjaculé, l’autre était « resté au bord » comme à dit le docteur Marnier, « s’était fait couper les effets », comme a dit Milou Panosier, qui a ajouté « qu’il avait les couilles plus pleines qu’un jeune marié puceau qui a piqué le Viagra de son grand-père », et qu’à son âge, c’était assez surprenant. Il aurait, d’après lui, pu être assassiné en plein coït, juste au moment où il allait se satisfaire.
Autre remarque surprenante : les traces de sécrétion féminine relevées sur Hilarion-Jovial l’ont été plutôt dans les poils pubiens que sur la verge, où l’on n’a relevé que des traces de sperme. D’après les toubibs, ce serait la preuve qu’Hilarion-Jovial portait un préservatif.
Troisième point : surprise finale, le maire aurait été sodomisé. Chose très surprenante, son anus semble avoir été lubrifié par une application de vaseline, mais n’est que très peu dilaté, comme s’il avait été pénétré par un objet de petite taille. Toutefois, du sperme a été retrouvé dans son rectum. Et c’est celui d’Hilarion-Jovial.
- Pffff… fait Ravot.
- Oui, fait Lepif.

Il y a un temps de silence, où l’on essaie conjointement, dans une méditation commune, de mettre A avec B et d’analyser le résultat obtenu.

 
- La scène de crime aussi a parlé, reprend Lepif lorsqu’il pense que les informations ont bien fait leur nid dans l’arbre vigoureux des pensées de son chef, lequel hoche légèrement le chef de haut en bas, pour agiter, mais point trop, juste ce qu’il faut pour la mise en place des pensées en question : un pocco agitato ma non troppo…
 
Après un autre temps, Lepif poursuit :
- D’abord, la batte de base-ball est bien l’arme du crime. Chose curieuse, personne, ni dans l’entourage de l’un ni dans l’entourage de l’autre, ne possède d’objet de ce genre, plutôt étranger à la culture sportive du lieu. D’ailleurs, aucun des deux n’était sportif. Cependant, ce sont bien les empreintes d’Hilarion-Jovial qui figurent sur la batte, d’origine inconnue, et les traces de sang et de cheveux appartiennent formellement au maire.
Ensuite, les « éclaboussures », débris d’os, de cheveux, de sang et de cervelle mêlés qui se trouvent devant le cadavre n’ont pas pu être produites in situ. Catachrèse l’a démontré en calculant la force de l’impact qui a été nécessaire pour arracher l’arrière du crâne de la victime : si les débris avaient giclé sur place, on les aurait retrouvés un bon mètre devant le corps, c’est-à-dire sur les pans du dessus-de-lit, et non pas à trente centimètres devant le cadavre, sur la descente de lit en peau de bique, où ils étaient situés. Et il y aurait eu beaucoup plus de sang par terre que ce qu’il y avait.
Enfin, le cadavre a manifestement été tiré, glissé sur le sol, sans doute extrait d’une housse, d’après les traces que porte l’épaisse moquette, écrasée à côté du corps.
Et on n’a pas trouvé d’empreintes d’Hilarion-Jovial dans la chambre ! Le ménage normal a été fait soigneusement avant-hier, aux dires des employés de l’hôtel, ce qui explique que les seules empreintes relevées soient celles du personnel de service. Rien n’a été dérangé, ni le lit, ni dans la salle de bains. Le cadavre semble avoir poussé là, sur place, par une étrange opération du Saint-Esprit, ses vêtements… Ah oui, j’oubliais : ses vêtements : jetés en désordre, comme par une sorte d’impatience amoureuse… Mais pas de traces féminines sur le sol, pas d’empreintes, pas de sécrétions ailleurs que sur la bite du monsieur : il a baisé un ange féminin et s’est fait enculer par un angelot tombé du plafond que serait devenu Hilarion-Jovial, avant de se faire assommer à mort par ce dernier. D’après les experts et leurs évaluations et mesures, si Hilarion-Jovial avait réellement sodomisé le maire, il aurait laissé des traces nettement plus conséquentes : sans être monté comme un âne, il était cependant normalement constitué. Or, le maire, qui souffrait semble-t-il d’hémorroïdes internes bénignes, n’était pas, d’après eux, coutumier de ces pratiques, susceptibles de provoquer dans son cas de petites hémorragies. Ils pensent que le sperme a été injecté à la seringue, ce qui expliquerait le manque de « traces intrusives conséquentes », comme ils disent. La vaseline devait constituer un camouflage ou être destinée à attirer notre attention.
Hilarion-Jovial : Il a d’abord été paralysé par une flèche logée entre les vertèbres lombaires qui lui a, à proprement parler, coupé les pattes, mais sans atteindre l’aorte placée derrière. Il a ensuite reçu une autre flèche dans la bouche alors qu’il se soulevait sur les mains pour appeler. Il est probable qu’il a reconnu la personne qui lui a tiré cette seconde flèche, de face, puisqu’il n’a pas tenté de s’en cacher en se plaquant au sol. Il n’a pas été tué là où il a été trouvé : manque de recul pour lui tirer dans les reins puisqu’il tournait le dos au bâtiment, placé comme il l’était à la sortie de la petite cour où était garée sa voiture. On a retrouvé une tâche de sang sur le chemin, à l’extérieur. C’est là qu’il est mort, face contre terre, ou plutôt, la tête appuyée sur la hampe de la flèche qui lui sort de la bouche. C’est par là qu’il a saigné un peu. Il a été porté par deux personnes : il est lourd, l’animal, or ni les flèches ni ses vêtements n’ont été déplacés, donc on l’a porté par les bras et les jambes. Il a sans doute été disposé à l’entrée de la cour pour qu’on ne le trouve pas trop vite…

 
Il faut ajouter C et D aux précédents A et B, et cela mouline beaucoup sous les calottes crâniennes des deux limiers qui se regardent en hochant la tête, comme des petits chiens en carton sur la plage arrière d’une voiture familiale qui part en week-end.

 
- Va falloir que je fasse un dessin, conclut Ravot.
 
- Reste une chose, ajoute Lepif conscient d’ajouter une goutte au vase déjà plein de la patience de son chef.
- La peau de Luis, approuve celui-ci, passant outre aux craintes de son subordonné.
- Vous le saviez ? demande Lepif tout près à basculer de l’admiration dans la dévotion.
- J’ai appelé Catachrèse ce matin avant de passer au bureau N°1 d’Agotchilho…
- Vous y êtes déjà passé ?
- Eh oui, Arthur Malfort reprend des forces, je voulais le voir à son réveil… Lui aussi va nous apprendre beaucoup de choses. Mais pour la peau je manque de détails : raconte…
- Eh bien, l’ADN rend son identité indiscutable. La peau a été conservée dans de l’alcool. En boule, manifestement. On n’a pas cherché à la nettoyer ni même à l’écharner. En revanche, elle a dû être remplie, comme un sac, à un certain moment, et elle a certainement reçu des coups, de bâton ou de quelque chose comme ça : elle porte des marques, bien sûr post mortem, qui n’ont pas été trouvées sur le cadavre de Luis et qui ne sont pas non plus présentes sur celui du maire. Elle a été disposée vraiment comme une couverture, sur ses fesses. Face interne contre lui, poils dehors, mais… Les gars de Catachrèse sont très forts, ils ont fait une découverte étonnante : quatre cheveux blonds à l’intérieur de la peau, à la hauteur de la nuque, comme si la peau avait été disposée sur le dos d’un homme aux cheveux blonds. Parce qu’ils ont pu prouver qu’il s’agit bien de cheveux d’homme. Mais après un séjour de cinq semaines dans l’alcool, l’ADN risque de s’être trop dégradé pour être identifiable avec certitude…
- Tout cela est resté secret ? demande Ravot par acquis de conscience…
- Evidemment, patron, évidemment… Personne n’a rien révélé, et le juge ne sera mis au courant que par vous.
- C’est très bien, Lepif… Je ne sais pas où nous allons, mais je sais qu’on progresse…

 
C’est alors qu’Amélie est entrée.
 



[1] « Un jour, un pou dans la rueuue
Rencontra chemin faisant
Chemin faisant,
Une araignée bon enfant
Elle était toute veluuuue »

LE DÉPART DES AMAZONES / P3C2E11

P3C2E11 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 11)

 
N°200 / Le DÉPART DES AMAZONES / P3C2E11
  

C’est l’histoire où les Amazones partent à l’assaut de la base de l’île Gamblin.

Jeudi 16 juin
5 heures 30
Omphalie
(10 heures 30 en France)

  Il fait encore nuit lorsque le hangar émerge des flots. 

  Comme l’hélicoptère seul va décoller, on n’a pas sorti la grande piste, mais juste le tronçon qui tient lieu d’héliport.

 
Les larges portes métalliques s’ouvrent. 

  Lumière bleue, discrète, qui s’étale sur les vagues profondes du Pacifique en éclairant le caillebotis de plastique sur lequel l’hélicoptère, rotor déployé, se trouve poussé par ses futurs occupants. Outre le pilote (déjà monté à bord et qui effectue les dernières vérifications), le copilote-radio-navigateur, et trois silhouettes féminines, en combinaison de néoprène noir.
 
L’appareil est placé sur le grand H, au centre du cercle d’où il devra décoller. Un dinghy de petite taille, équipé d’un moteur hors-bord électrique est fixé à quatre crochets disposés entre les patins de l’hélico.

La turbine ronfle et monte dans l’aigu. 

  On décolle. 

 
Les portes se referment et le hangar s’enfonce au ras des flots, indétectable…

  Cinquante kilomètres… C’est la distance jusqu’à l’île Guamblin. Un quart d’heure de vol.
 

Mais il ne s’agit pas de se poser sur l’île. Non. « On », leur agent, a prévenu : depuis que Yann Marbeuf, cet électricien qui voulait collaborer avec Malfort a été retrouvé écorché au sommet de l’île (P2C2E3), les Chochos ont installé des postes de garde en haut des falaises qui la ceinturent. Alors il faudra débarquer discrètement, là où « on » a dit qu’il y avait peu de chances pour que la côte soit surveillée. Et puis ce qu’ils guettent, c’est l’arrivée d’un hélicoptère, pas d’un canot pneumatique.
  L’hélico vole sur place au ras des flots, à moins d’un kilomètre de la côte, sous le vent pour ne pas être entendu.

 
Les portes à glissière de l’arrière sont ouvertes. 

  Le copilote tire sur une poignée qui libère le zodiac de ses crochets d’attache.
 
L’une après l’autre, les trois Amazones en combinaison de plongée se laissent glisser le long du câble qui empêche le canot de s’éloigner. Chacune porte en bandoulière son arc et son carquois ainsi qu’un rouleau de corde. Poignard à la ceinture. Pas d’armes à feu. Inutile et bruyant…

  Le câble est détaché et remonte, enroulé sur son treuil. 

 
L’hélico disparaît, happé dans le ciel. 

  Ne reste que le bruit du ressac et le faible ronronnement du moteur électrique du canot qui se dirige vers la ligne noire où il aborde peu de temps après.
 

La falaise est ici relativement accessible. 

  Le passage des trois Amazones éveille une foule d’oiseaux marins qui nichent entre les rochers… Un peu d’agitation, quelques froissements d’ailes et des piailleries, et le calme revient. Elles ne rencontreront personne avant un bon quart d’heure, puisqu’elles savent que les postes de guet sont espacés de deux kilomètres et qu’elles ont abordé entre les deux premiers. 

 
Elles ne risquent rien.

  Parvenues sur le plateau côtier, elles se dirigent directement vers l’endroit où elles savent que se trouve l’entrée de la base, dans un creux près du replat où s’est posé l’hélico d’Arthur Malfort.
 
C’est ce que l’une d’entre elles, qui a participé à l’expédition punitive contre Yann Marbeuf  explique aux deux autres : elle a vu arriver l’hélico de l’ONU, depuis le petit sommet où elle achevait le travail. 

  Le temps que les Chochos descendent le cadavre de celui que

la Patronne avait liquidé en Patagonie, et ils avaient pu repartir, ni vu ni connu ! 

  Pourtant leur hélico à eux était tout près de celui des autres… Mais ils n’ont rien remarqué. Ils étaient tellement occupés, avec leur macchabée ! 

  Et ça ne s’est pas arrangé quand ils ont trouvé l’écorché !
 
Arthur Malfort… 

  A son évocation, les trois filles gloussent et se poussent du coude : Bitenor ! Et de caresser quelques souvenirs dans le sens du poil, jusqu’à ce que celle des trois qui dirige l’expédition leur fasse signe de se taire : on approche du but. 

 
Le but, c’est la petite porte qui permet d‘entrer dans la base depuis la surface de l’île. 

  Or, il n’y a pas de garde. 

  Ce qui est anormal.

15 juin 2008 - Aucun commentaire
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