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PHILIPPE JONNESKINDT

PHILIPPE JONNESKINDT


  Plasticien, peintre, artiste…
 
Il serait bien surprenant qu’un « Ecce Homo » ne vienne pas, quelque jour, fleurir dans un coin impossible de ce feuilletonton.

En attendant, il produit, fabrique, conçoit, et diffuse sur latélélibre une série de vidéos que je conseille vigoureusement.

  Par exemple, il avait publié, pour fêter le premier anniversaire de l’ère Sarkophage :
 
http://latelelibre.fr/index.php/2008/05/nicolas-sarkozy-1-an-le-portrait/
  (parce que bientôt, ici, il sera question d’élections).

 
Et son site est à visiter de toute urgence :

  http://www.jonneskindt.com/
 

8 novembre 2008 - Aucun commentaire
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Et la Belgique dans tout ça ?

ET

LA BELGIQUE DANS TOUT ÇA ?
 Hier, le 21 juillet, c’était leur fête nationale…


Bien sûr, vu d’ici, des Pyrénées, c’est les Esquimaux-maux depuis l’indépendance du Congo. 
 
Et pourtant… Depuis presque trente ans que je vis sur l’impalpable frontière entre Béarn et Euskadi, il m’arrive de trouver des similitudes lorsque je vois d’aucuns candidats à la députation souffler sur des braises séparatistes pour aller pêcher des voix ou se débarrasser de cantons hostiles et ainsi se donner des chances lors d’une élection… 

 
Et je ne parle pas d’un certain Prédlarép comme dirait Zazie… Ni d’une certaine réforme constitutionnelle (merci, Jack).

 
Alors je livre à vos réflexions une vidéo fabuleuse de l’humoriste wallon François Pirette alias élu-ministre Jean-Marie Pirette ! (pourquoi Jean-Marie ?) Suis pas sûr de parvenir à l’insérer, mais je livre le lien (Ctrl+clic) :

LA VIDEO est supprimée de U-Tube (pb de droits d’auteurs avec la RTB1). Dommage

  Le double langage par lequel on pleure sur les malheurs du « pays » avant de poser des bombes, vous connaissez ? Je parlais de la Corse, par exemple, comme ça…

Merci pour ces documents, Tonton Marcel…

 
TONTON RASPOUTINE

 
Et un entretien intéressant paru dans l’hebdomadaire  « France catholique » avec Luc Beyer de Ryke, auteur de “ La Belgique en sursis”, éd. François-Xavier de Guibert, 165 pp., 15e.

 
FAUT LIRE JUSQU’AU BOUT !

 
Le mal belge
 
lundi 28 janvier 2008

La Belgique pourra-t-elle se relever de la terrible crise politique qu’elle vit depuis de longs mois
?

Avis d’un célèbre journaliste flamand et francophone… 

  Votre histoire familiale est significative. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Je suis né à Gand. Cette ville a vu naître trois hommes célèbres: Charles Quint, Maeterlinck, écrivain francophone des Flandres qui reçut le Prix Nobel de littérature (il faut relire ”La maison dans la dune” -note de Tontonraspoutine-) et De Geyter qui a composé la musique de l’Internationale. Pour ma part, je suis Flamand de langue française. Je suis né dans une ville, où la « bonne société » était divisée en salons catholiques et salons libéraux ; ils se sont ensuite mélangés face à la montée du flamingantisme. J’appartiens par ma famille à la bourgeoisie libérale : mon grand-père et mon père étaient chirurgiens. Mon père est mort jeune et ma mère s’est remariée avec un avocat professeur à l’université de Bruxelles, assesseur au Conseil d’État et bâtonnier à Gand. Mon grand-père maternel était magistrat. Je suis le « mouton noir » de cette famille puisque je suis devenu journaliste !
 
Présentateur du journal télévisé de la RTBF pendant 18 ans, j’ai été au cours de cette même période conseiller provincial de Flandre orientale et pendant 14 ans conseiller municipal de Gand où la loi m’interdisait de prononcer un mot de français.
  Que sommes-nous aujourd’hui, nous francophones de Flandre ? Rien !

Vous avez fait vos études en quelle langue ?

  À l’exception d’un passage de deux années à l’Athénée, j’ai fait mes études en français uniquement. À Gand jusqu’à la fin du secondaire puis à Bruxelles dans l’enseignement supérieur. Dans ma ville natale, j’ai commencé avec les Dames de l’Instruction chrétienne, qui était encore une école francophone, puis je suis allé chez les Frères des Écoles chrétiennes où l’on étudiait également en français. Ensuite ce fut l’enseignement public, à l’école moyenne, puis je suis entré à l’Institut de Gand, qui était une école libre mais non catholique, où les cours de latin, de grec et de français étaient donnés par des professeurs français dépêchés et payés par le Quai d’Orsay. Aucun Belge ne pourrait faire aujour­d’hui le même parcours scolaire en Flandre. Autre impossibilité : au cours de ma vie politique, j’ai été élu dans toutes les régions du pays - à Gand puis à Uccle où je suis toujours conseiller municipal. J’ai été élu comme parlementaire européen dans une circonscription qui regroupait Bruxelles, la Wallonie et le petit territoire de langue allemande. Aucun Belge ne pourrait aujourd’hui être successivement élu par des citoyens appartenant aux trois groupes linguistiques du pays. Sauf, pour l’instant encore – mais pour combien de temps ? - dans le dernier arrondissement bilingue, celui de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

 
Comment expliquez-vous la crise politique qui a gravement affecté la Belgique dans les derniers mois de 2007

  Cette crise s’inscrit dans un long processus. Mon livre commence avec la fameuse émission de la RTBF annonçant l’indépendance de

la Flandre. En France, on a parlé de canular. Mais cette émission de fiction était plutôt un acte politique. Son animateur, Philippe Dutilleul, est connu en France grâce à l’émission «Strip-Tease»: il m’avait parlé de son projet et songeait à moi pour présenter l’émission spéciale. Il voulait faire prendre conscience de la situation critique dans laquelle

la Belgique se trouvait – et je ne pouvais lui donner tort. Mais j’étais circonspect, je craignais une «prédiction créatrice», l’annonce fictive de la séparation provoquant un choc conduisant à l’éclatement réel du pays. J’ai différé ma réponse, en pensant que cette émission ne serait pas avalisée par

la hiérarchie. Je me trompais: le présentateur en titre du journal télévisé a accepté de jouer son propre rôle dans la fiction et toute la hiérarchie a participé à l’émission. Sa diffusion a provoqué une onde de choc: 80 % des auditeurs francophones ont cru à la véracité de la nouvelle car le scénario était déjà dans toutes les têtes. Chacun savait que tous les dossiers communautaires seraient mis à plat après les élections et que, par conséquent, la formation d’un gouvernement serait ex­traordinairement difficile. L’émission n’a pas créé la crise mais elle a contribué à son emballement.

  Venons-en à ces dossiers communautaires. En France, on ne se rend pas compte de ce que peut signifier leur remise à plat.

Je commencerai par la fin. Du côté francophone, l’écrasante majorité des citoyens ne veut pas la division du pays. Les francophones, bruxellois ou wallons, veulent le statu quo et beaucoup ont la nostalgie de

la Belgique d’autrefois. Les Flamands veulent une profonde réforme de l’État. Mais la majorité des néerlandophones n’est pas séparatiste: seule une minorité -il est vrai importante- milite en ce sens. Mais l’écrasante majorité souhaite un approfondissement du confédéralisme. Or ce confédéralisme est de plus en plus un séparatisme de facto. Nombre de Flamands veulent que

la Sécurité sociale soit coupée en deux, que l’organisation judiciaire soit elle aussi scindée, certains voudraient des plaques d’immatriculation différentes pour les automobiles: la volonté de vivre séparément sous un label commun est flagrante. J’ai souvent en­tendu dire dans des milieux flamands qui ne sont pas nécessairement extrémistes: Avec

la Belgique si l’on peut, sans

la Belgique s’il le faut. Démocrate-chrétien, Premier mi­nistre pendant douze ans, père du fédéralisme, Wilfried Martens croyait que le fédéralisme était un processus qui trouverait un jour son achèvement. Il se trompait: le processus ne peut être arrêté.

  La Belgique a maintenant un gouvernement…

Guy Verhofstadt a réussi un tour de force en mettant sur pied un gouvernement transitoire: il durera jusqu’au 23 mars, date à laquelle Yves Leterme devrait lui succéder. Ce dernier, entouré d’un groupe de personnalités politiques qualifiées de « sages », est en train de préparer des réformes institutionnelles. Nul ne sait ce qui se passera lorsqu’il sera en mesure de les présenter.

  Dans l’histoire de la Belgique, quels sont les facteurs qui expliquent ce processus?

Le premier, c’est bien évidemment la révolution de 1830 et la constitution de l’État belge. À ce propos je précise que la fête nationale belge ne célèbre pas la révolution du 21 juillet 1830 mais le 21 juillet 1831, date de la prestation de serment du premier roi des Belges, Léopold Ier, marié à Louise-Marie, fille de votre roi Louis-Philippe. Il est important de souligner que cet État est né d’une révolution bourgeoise et qu’il va être gouverné en français du nord au sud: toute la classe intellectuelle, les médecins, les magistrats… sont francophones. Il n’y a pas alors une langue flamande unifiée mais des patois qui balkanisent cette partie de la Belgique. Le deuxième fait important, c’est la guerre de 1914-1918.
Avant d’écrire mon livre, j’ai rencontré des personnalités de toutes les obédiences et de toutes les communautés. Quand je parlais à des Flamands, y compris à de jeunes Flamands, tous évoquaient

la Grande Guerre. Pour résumer en une phrase sans doute excessive mais qui est pour les Flamands d’une criante vérité: sur le front, on commandait en français et on mourait en flamand. C’est pendant la première guerre mondiale qu’un petit cercle d’intellectuels flamands se lie à l’Allemagne wilhelminienne. Celle-ci pratique

la Flamen­politik: le gouverneur allemand Von Bissing crée la première université flamande à Gand: on y parle flamand mais on y pense en allemand. Cette université disparaîtra en 1918 mais dans l’entre-deux-guerres on assiste à une montée impressionnante du mouvement flamand. Certains de ceux qui avaient collaboré avec les Allemands pendant la guerre de 1914-1918 reprendront la politique de collaboration pendant la seconde guerre mondiale – par exemple Auguste Borms, fusillé en 1946. Après

la Libération, la répression sera dure et les blessures resteront profondes dans le mouvement flamand.

  Il y eut des collaborateurs, non des moindres, chez les francophones !

Léon Degrelle fut le chef de la division SS-Wallonie. Mais que reste-t-il du rexisme aujourd’hui? Rien.

La Collaboration flamande, quant à elle, n’était pas liée à un homme mais elle est beaucoup plus profonde et étendue que

la Collaboration francophone.

  Vous accordez une grande importance à l’éclatement de l’Université de Louvain…

Que l’on soit catholique ou non, le traumatisme créé par la division entre l’Université de Louvain-la-Neuve et l’Université de Leuven reste profond. Louvain était une des plus prestigieuses universités catholiques du monde! Souve­nons-nous du slogan de l’époque qui est aujourd’hui repris: Franse ratten rol uw matten (rats français roulez vos tapis!) On a divisé la bibliothèque en numéros pairs et impairs - les uns allant aux francophones, les autres aux néerlandophones. Péché contre l’esprit!

  La monarchie maintient malgré tout l’unité?

C’est vrai et c’est faux. Je reprends la formule célèbre d’un ancien Premier ministre socialiste, Achille Van Acker, qui était très hostile au roi Léopold pendant la Question royale: « La Belgique a besoin de monarchie comme de pain». Sans monarchie,

la Belgique cesserait d’exister dans les huit jours. En République, se poserait immédiatement la question du chef de l’État: un président wallon, flamand, bruxellois? Cela dit, la monarchie ne suffit plus à préserver l’intégrité de

la Belgique. Nous sommes dans un régime de particratie absolue. Le roi ne nommera jamais un ministre qui n’aurait pas l’aval des partis. Le roi Albert n’a pas l’influence qu’avait le roi Baudouin grâce à l’expérience qu’il avait acquise au cours de son long règne. Le roi des Belges est en mauvaise santé et sa succession n’est pas assurée car le prince Philippe a débordé de son rôle, par exemple en critiquant le Vlaams Belang, en signant un document patronal ou en prenant publiquement à partie des journalistes flamands. Pendant

la Question royale, 70 % des Flamands étaient favorables à la monarchie, alors que maintenant une importante minorité souhaite une République flamande.
Bruxellois et Wallons ne s’aiment pas beaucoup. Les Flamands considèrent que Bruxelles est la capitale de

la Flandre et ils voudraient partir en annexant la ville et en accordant des facilités aux francophones bruxellois. Le morceau est sans doute trop gros, mais l’intention est clairement exprimée. Les francophones constituent entre 85 et 90% de la population –dont 44% sont d’origine belge. La proportion des immigrés, dont beaucoup sont citoyens belges, est donc importante. Cela permet aux Flamands d’affirmer que Bruxelles est une ville multilingue dans laquelle on compte 10% de néerlandophones mais aussi des anglophones, des arabophones, etc. Pour eux, c’est une grande ville internationale en territoire flamand. Tout cela est exagéré mais il est vrai que Bruxelles est sur la ligne de front. Nous avons autour de Bruxelles les communes «à facilités». Bruxelles est totalement encerclée par des territoires flamands et les communes «à facilités» sont composées d’une très forte majorité de francophones (entre 70 et 80%). Jusqu’ici ils disposaient de «facilités linguistiques» en matière administrative, juridique et politique (voter par exemple pour des candidats francophones). Mais les Flamands les remettent en question et de toute manière exigent que les délibérations municipales soient prises en langue flamande: s’il y a un mot de français, les décisions sont annulées par

la tutelle. Frank Vandenbroucke, le ministre flamand de l’éducation, qui est socialiste, écrit que la loi ne lui permet pas encore de régir l’usage de la langue dans le domaine privé. Je connais des communes où les commerçants ne peuvent pas présenter leurs produits en français et où il est interdit de vendre un terrain à une personne ne connaissant pas le flamand. À Fouron, il a été décrété que l’usage du français constituait un «trouble à l’ordre public». Voilà où nous en sommes. Pour en revenir à Bruxelles, je remarque que la capitale est prise dans le mouvement général de communautarisation: les Bruxellois se sentent avant tout bruxellois, plus que belges. Certains d’entre eux souhaitent que leur ville devienne un district européen.

La Wallonie n’est pas aussi unie qu’on le croit. Si

la Flandre fait sécession, il y aura une République flamande et non une unification avec

la Hollande. La province wallonne du Luxembourg est attirée par le Grand Duché alors que les Liégeois sont francolâtres.

  Comment voit-on cette crise dans les institutions de l’Union européenne?

Avant d’écrire mon livre, je suis allé au Comité des régions où l’on m’a tenu des propos officiels qui ne me renseignent pas vraiment sur la politique européenne: «On encourage les régions mais dans le cadre des États» m’a-t-on dit. Mais si j’en juge d’après un entretien avec Hubert Védrine, la Commission, en encourageant financièrement les régions, a «joué avec le feu». Aujourd’hui, devant ce qui se passe en Belgique, elle est inquiète. Elle se souvient que son siège se trouve à Bruxelles. On la sent prise entre son désir de régionalisme et la crainte de voir des mouvements nationalitaires tels les Catalans et les Basques durcir leurs revendications. «L’Europe aux cent drapeaux» voulue par l’indépendantiste breton Yann Fouéré est une image poétique, mais aussi l’incertitude attachée au morcellement et à l’éclatement des Nations qui transformerait l’Europe en habit d’Arlequin.

LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

CHAPITRE 1


  P3C1E1 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 1)

 
N°146 / LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot, à sa toilette, écoute, aux infos du matin, une interviouve de Bricolat Mulot. On commence à parler d’élections.

 
Mercredi 8 Juin
7 heures
Chez Mado

S’il est un moment de la journée que Ravot déteste voir perturber, c’est celui où il achève de faire sa toilette en écoutant les infos à la radio. Pas toujours drôles, les infos en question, mais il a vraiment l’impression de « reprendre le collier » en douceur, de se « remettre sur les rails ». Un peu avant sept heures, en général, sauf lorsqu’une opération urgente exige une présence encore plus matinale.

  « Chers Auditeurs, j’ai ce matin le plaisir de recevoir notre ami Bricolat Mulot, bien connu pour ses expéditions lointaines et les somptueuses images qu’il en rapporte pour notre plaisir à tous.
Mon cher Bricolat Mulot, vous venez de publier « Au fond des Yeux,
la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé qui va sortir en librairie dès demain matin, et qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de l’hiver dernier dans l’émission que vous présentez, avec le soutien de notre partenaire Distribeau, sur une chaîne amie. Pensez-vous qu’une telle publication puisse servir la cause de ceux qui défendent

la Nature, ceux-là mêmes que vous souhaitez représenter en vous portant candidat aux prochaines élections ?

- Mon cher Maurice, permettez-moi cette familiarité, nous nous connaissons depuis si longtemps, mon cher Maurice donc, je vous remercie tout d’abord de m’avoir invité et de me donner l’occasion de dire publiquement l’inquiétude profonde que j’ai voulue exprimer au travers de ce petit ouvrage que vous avez la gentillesse d’évoquer, publié aux éditions Plein Air Pur, imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé, je ne le répèterai plus, c’est un moyen de soutenir l’action de Sœur Emmanuelle, et dont la sortie en librairie est prévue pour demain matin.
Je n’ai fait qu’y traduire un constat d’évidence : la Terre a atteint un point de vulnérabilité sans précédent, et comme le phénomène de dégradation empire sans cesse, les dégâts sont désormais visibles à l’œil nu. La vérité est terrible : désolidarisés de

la Nature, nous refusons d’admettre que seuls, nous ne pouvons tirer notre épingle du jeu, et que nous courons droit à un abîme sans fond que nous avons nous-mêmes creusé des pieds et des mains !

- Et cependant, il semble que vous distinguiez dans cette perspective tragique, des lignes d’espoir, des potentiels de ressources…

- Il y a deux ans, nous avons vécu un drame, lorsqu’une terrible erreur a fait basculer notre monde dans un refroidissement catastrophique, alors que tout prouvait qu’il se dirigeait, à l’inverse, vers un réchauffement mortel causé par l’imprudence irresponsable de nos comportements. Cela doit nous rendre prudents. Et modestes. Ce sont les solidarités qui nous sauveront, les solidarités proches, voisines, terre à terre, comme celles des chiffonniers de Calcutta, qui sauvent de vieux chiffons pour en faire du papier recyclé, celui-là même que j’ai utilisé symboliquement pour y faire imprimer mon ouvrage « Au fond des Yeux, la Nature », aux éditions Plein Air Pur. Abattus par

la Mondialisation de

la Catastrophe, nous vivrons par

la Proximité et par

la Fusion. Regardez sur cette photo prise du ciel, que vous trouvez à la page 107 de mon ouvrage « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, regardez la mosaïque, le damier, qu’est devenu notre pays, ses routes bloquées, ses canaux gelés, ses lignes électriques tombées à terre… Pensez-vous que l’espoir pourra venir d’en-haut, d’un état providence amoindri, impuissant, frappé de stupeur, privé de ses organes de communication ?

- Et cependant, mon cher Bricolat, malgré toutes ces difficultés, vous vous portez candidat…

- Mais bien sûr, voyons, il n’est pas possible de laisser se poursuivre le cirque habituel des candidatures où Pierre reprend le pouvoir à Paul qui lui avait ravi aux élections précédentes ! Le monde, c’est cette fois flagrant, a changé. Il faut une Rupture. J’incarne cette Rupture !

- Mais quelle Rupture ?

- Une Rupture dans

la Conscience que l’on peut avoir de notre Environnement. D’abord. L’Etat est moribond, c’est un fait. Notre Conscience se doit d’y suppléer.

- Pourquoi ?

- Parce que je le dis ! Ça se voit, non ? C’est un fait d’évidence manifeste ! Il faut en revenir à une Conscience de Proximité, comme je l’ai dit, comme je l’écris dans « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, sur pur chiffon de Calcutta, sauver Ses Meubles, nettoyer Sa Poubelle en toute conscience, la trier jusque dans le détail, et correctement, le jaune avec le jaune, le verre avec le verre, développer son Environnement immédiat, en sachant bien que chaque goutte d’eau épargnée par chacun représentera un Océan pour

la Nature, que chaque Kilowatt économisé par chacun représentera une somme d’énergie considérable au bout du compte, et qu’il ne faut plus compter sur une Centrale qui continuera de délivrer l’énergie pour tous. Nous sommes reclus dans la cellule de notre Environnement proche : il nous faut le gérer. Au plus près. Le froid contracte ! Contractons-nous. Mais contractons-nous en Harmonie. Mon Travail, si je suis élu, consistera à donner à chacun la claire Conscience de ses limites et à l’aider à s’y épanouir, tel le poussin qui peu à peu remplit son œuf de manière à laisser au monde la possibilité d’accueillir son éclosion ultérieure. Plus tard.

Nous Savons, de Marseille à Dunkerque et de Strasbourg à Brest, de Bordeaux à Lyon, de Sedan à Hendaye, nous savons, peu importe comment, peu importe pourquoi, nous savons que Nous avons raison et que Nous sauverons le monde… »


Ravot range sa brosse à dents, crache dans le lavabo et se rince la bouche.

  « - Mon cher Bricolat, je pense que nos auditeurs auront compris avec quelle passion vous avez entrepris cette véritable croisade dans laquelle vous vous engagez. Et la passion, y’a qu’ça d’bon ! Par ailleurs, à votre arrivée dans notre studio, vous m’avez fait part de votre indignation concernant un fait divers dont vous avez eu connaissance…

- Oui, et je vous remercie de me donner l’occasion de l’évoquer : votre confrère «

La Lanterne du Fort », qui s’est particulièrement distingué voici deux ans lors de cette obscure histoire des Écolocroques, fait état d’étranges disparitions qu’il semble implicitement imputer à

la Nouvelle Réna, ce mouvement de convivialité proche, né au sein du système d’échanges Super Troc, devenu « 
C’est tout naturel
 », qui a si heureusement su pallier aux défaillances d’une Grande Distribution centralisée, et de ce fait, paralysée par un peu de neige.
Autant j’ai pu estimer l’action de votre confrère lors de ces évènements, qui n’ont toutefois pas encore été totalement élucidés (ce que je m’engage à faire si j’ai l’honneur d’être élu, et quoi qu’il en coûte à qui il en coûtera, et ce sera cher), autant je réprouve les méthodes d’amalgame dont Eusèbe Malfort a fait preuve dans cet article où il établit des rapprochements entre une louable convivialité de proximité et les Numéros des Écolocroques qu’il a contraints, peut-être un peu hâtivement, au suicide.

- En deux mots, et pour nos auditeurs qui n’auraient pas lu la presse de ce matin, pardonnez-moi de vous interrompre, Bricolat…

- Je vous en prie mon cher Maurice…

- Eusèbe Malfort insinue que certaines saucisses distribuées par cet organisme pourraient contenir de la chair humaine et il intitule son article « les Élus cannibales »…

- Voilà. Ce qui m’indigne dans cet article, c’est le fait qu’il tend à jeter l’opprobre sur un mouvement, encore une fois, destiné à rapprocher les gens, dans cet esprit de solidarité qu’a fait naître l’entreprise Super Troc, au travers de symboles simples, comme celui des Élus, symboles gentiment ritualisés au cours de réunions amicales et conviviales, d’ailleurs rémunérées, si mes informations sont justes et qui donc procèderaient de l’une de ces Solidarité de Proximité que je souhaite solidairement encourager de façon solidaire.
Tous ensemble.
J’y vois une tentative de blocage d’un mouvement qui leur échappe, de la part des relais occultes d’un Etat incapable de gérer les vrais problèmes de la vie quotidienne ! Il est plus facile de mettre à l’index un fabricant de saucisses que de rétablir l’électricité sur l’Hexagone ! C’est pour moi tout simplement honteux. Cela revient à bafouer tous ces braves gens, de plus en plus nombreux, qui se trouvent ainsi, sans vouloir faire de mauvaise plaisanterie, mais avec le sourire d’autodérision modeste qu’ils y mettent si bien eux-mêmes, liés par la saucisse, plus que par le lien conjugal. Ne se définissent-ils pas eux-mêmes, avec ce même humour modeste, délicat et juvénile qui les caractérise, commecomme « les Cénobites[1] Tranquilles, paisiblement plantés dans les faits, s’épanouissant, riant du gras confit, l’emplissant de leurs saucisses moelleuses [2] » ? Et cette persécution se manifeste au travers de ce que l’Etat peut faire de pire : l’acharnement policier. D’ailleurs, il semble que les élus locaux en ont pris conscience et se sont insurgés contre le procédé…

- Et bien mon cher Bricolat Mulot, je vous remercie pour votre visite matinale à notre antenne, et je rappelle à nos auditeurs que vous venez de publier « Au fond des Yeux,

la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de vos émissions de l’hiver dernier. Encore merci.

- Merci de m’avoir invité, je rappelle que le livre sort demain en librairie, encore merci mon cher Maurice… »

 Jingle de l’émission, et tout au fond, un micro ayant été mal coupé, on entend : « Une ptite saucisse, Maurice ? », avant le « cloc » du contact que l’on coupe d’urgence.

 
Ravot soupire, hausse les épaules et descend prendre son petit déjeuner.
 

[1] Religieux qui vivent en communauté. Des moine, quoi…

[2] On retrouve ici l’ambivalence de propos caractéristique de la Nouvelle Réna : cette invocation, proclamée par le Maître de Cérémonie à la fin de la circumambulation axée sur le Putier, et noyée des fumigations rituelles, se traduit de manière subliminale pour les Initiés du second grade par : « Laissez nos bites tranquilles, paisiblement plantées dans les fesses épanouies, en riant du gros con filant,plissant de leurs saucisses moelleuses ». Où fesses et cons sont ceux des Initié(e)s du premier grade…Ce qui nous permet de deviner que Bricolat Mulot est pour le moins un Initié du Second Grade…

L’INVITATION FAITE À LA MAIRIE / P3C1E20

P3C1E20 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 20)

  N°165 / L’INVITATION FAITE À LA MAIRIE / P3C1E20

  C’est l’histoire où le maire de Saint Tignous sur Nivette est invité à une chaude soirée et évoque ses projets d’avenir. 

  Vendredi 10 juin
10 heures
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 
- Edgar Maupuis ? Voyons… Ah, oui, celui qui remplace Daniel Forpris, qui a disparu, celui qui dirigeait C’est tout naturel, celui qui a remplacé Arnaud Boufigue, qui a disparu… Oui, passez-le moi Grobiane…

  Le maire est très content de son conseiller en communication, qui constitue un filtre parfait contre les emmerdeurs. 

 
Mais là, il pense qu’il vaudrait mieux garder ses distances pendant quelque temps… Boufigue, et maintenant, Forpris ont en effet disparu juste après une mort suspecte (c’est le terme qu’a employé Hilarion-Jovial) à laquelle ils ont bien failli se trouver mêlés. C’est vrai, c’est vrai, ils auraient dû faire preuve d’un peu plus de prudence et de retenue avant de se lancer dans ces manifestations, mais, ça, c’est ce qu’on dit après ! Sur le coup, ils se sont trouvés entraînés… Une sorte de tourbillon… Comme un aveuglement… (une ptite saucisse ?)

  - Allo ? Il est parti, Daniel Forpris ? Une urgence ? Je comprends… Et vous fêtez votre promotion ce soir à 17 heures ? Réservé aux Initiés de marque, bien sûr… Une nouvelle ? Ah ! Merry ? C’est amusant. Arrivée hier ? Non ? Jolie ? Mieux ! Vous m’en direz tant… Grande blonde aux yeux bleus. C’est rare dans la région. C’est vrai, ici, on fait plutôt dans la petite brune aux yeux noirs. Alors, la Merry c’est pour le maire, non ? (rire) Bien sûr ! Avec plaisir. Vous avez invité Hilarion-Jovial ? Rien n’est jamais parfait en ce bas monde, comme disait le Père… Non, pas lui. Je parlais du Père Dupanloup. Vous ne le connaissez pas ? Eh bien cela ne fait que confirmer ma remarque précédente, mon cher… Mais non, je plaisante. TOUT est parfait. Ah, cet accident ? Vous la connaissiez, la Vorme ? Pas très marrante. Presque aussi sèche que la femme d’Hilarion-Jovial. Oui, je comprends qu’il vienne à vos petites sauteries. Mais il m’inquiète. Vous saviez qu’il était allé jouer les bons amis chez Malfort ? Non ? Si. Je l’ai su par l’inspecteur Pélot, un ami fort utile au commissariat : il y est allé juste après la manif. Pas encore refroidie la Vorme, il invitait Malfort à un repas de famille dans son restau. Non, il s’est fait envoyer sur les roses. Mais il y reviendra, s’il pense y trouver un picotin. Oh, il craint un peu : deux morts, deux de vos prédécesseurs « disparus » et recherchés… Notez qu’on peut se poser des questions… A votre place, je serais inquiet… Serein ? Bien sûr, bien sûr, des coïncidences, des… Attendez… Je prends une ptite saucisse. J’ai appelé le Préfet pour qu’il remonte un peu les bretelles à Ravot, oui, le commissaire. Il a osé nous convoquer une fois de plus c’t’enfoiré. Le Préfet m’a dit que le Ministre avait donné des instructions, mais que le Procureur soutenait Ravot. Et comme

la Justice et l’Intérieur se tirent dans les pattes avec les élections… Non, pas grave… Le Président de

la République ne bouge pas : nous commençons à représenter une force, cher ami ! Nous, c’est

la Nouvelle Réna, bien sûr… Circulez, y’a rien à voir, c’est tout ce qu’on va leur servir, comme d’habitude. Au fait, vos devriez penser à ce petit intéressement dont j’étais en train de discuter avec Daniel. Oui, c’est cela même. Non. Pas moins de dix, restez crédible, mon cher… Par mois… Et saucisses gratuites…  Parce qu’à force de les augmenter, ça commence à compter dans le budget des petits ménages… Voilàààààà… Pââârfait… En espèces, et avant… Alors à ce soir, cher ami…

  Le maire adore ces petites séances privées que Daniel Forpris avait instaurées. C’est vrai qu’il n’était pas question de se mélanger aux réunions populaires de la Nouvelle Réna. D’abord parce que, hein, on est mieux entre soi, non ? Les Initiés sont plus Initiés s’ils peuvent parler entre eux des mêmes choses. Allez discuter du coût du rond-point de la laverie Proutonet’ devant Tartempion qui va aussi bien se révéler être un employé de la maison ? Est-ce que ça le regarde ce que lui verse le gérant ?

  Et puis les séances sont moins marrantes quand on n’a que la crémière ou la femme du facteur comme Initiées autour du Putier, c’est vrai, hein ? D’abord, on fait plus court, ensuite, l’ambiance y est moins chaude, faut bien reconnaître. Il y est allé une fois pour se montrer aux administrés, mais c’est un peu comme à la messe : tu ne vas pas mettre la main au cul de la chaisière ! Alors on chante et on danse, youkaïdi, youkaïda, OK, très patronage, mais pas très bandant, on dirait que la fumée d’encens n’est pas aussi bonne au départ. Bien sûr, t’es content de la renifler, et ça te met en forme, mais c’est pas le goumi express géant garanti des séances de notables. Et je ne parle pas des Initiées Spéciales… 

 
Le maire, bien sûr, ne garde pas plus que les autres de souvenir précis de ce qui peut bien se passer (une ptite saucisse ?), mais il le sent bien : c’est de l’incomparable vidage de couilles ! La classe ! Souvenirs de béatitudes qui lui chatouillent les roubignoles avec des guili guilis juteux… 

  Alors, il a beau se dire que ce n’est pas toujours prudent et que certains administrés trouvent bizarre cet engouement de la population et de ses édiles pour la Nouvelle Réna, C’est Tout Naturel et tout le toutim, eh bien, il y retourne, le maire. Sinon, ça lui manque, faut l’avouer, le reconnaître, si, si, le reconnaître. Y’a comme… une accoutumance, entre la fumigation « qui te désinfecte de tes mauvaises pensées en t’élevant l’âme » et la saucisse « qui te réjouit le foie et te donne foi en

la Foi », et des fois, on se dit que si on ne se connaissait pas, on pourrait douter de l’innocuité de la chose, comme dit sa femme, qui trouve que sa queue a pris un goût de saucisse depuis qu’il va à ces réunions. Pas mauvais, d’ailleurs. Dit-elle…

  Bon, enfin, il en parlera à Hilarion-Jovial ce soir, en sortant, parce que avant, hein, il sera nerveux. Il a remarqué que la perspective de la fumigation le rend nerveux. On en parlera après… Et de cette histoire de Malfort. Qu’il les laisse à l’écart ceux-là. Ils ont déjà failli le coincer une fois, faudrait pas qu’ils se mêlent trop de ses affaires… On ne sait pas ce qu’ils tripotent. Tant qu’ils s’occupent de la disparition du fils (bon débarras) ils lui fichent la paix… Inutile d’aller les tirer par la barbe. Oui. Faut absolument mettre en garde cet imbécile d’Hilarion-Jovial. Et qu’il ne cherche pas à lui piquer la Merry ! Ni la mairie ! 

 
Le maire rit…

  Ptite saucisse ?… Allez, encore une… Tu vas voir qu’en inquiétant… comment il s’appelle déjà ? Edgar Maupuis, c’est ça, qu’il a connu second zélé de Daniel Forpris, lequel s’était révélé second zélé d’Arnaud Boufigue, il va faire monter les enchères… Bien sûr, Hilarion-Jovial fait dans l’immobilier et la restauration, mais lui, le maire, c’est son bas de laine qu’il chatouille, qu’il gonflouille, qu’il planquouille dans un petit coin discret des Bahamas ! Encore quelques années, et il pourra se tirer sur son île avec ses cocotiers, avec ses vahinés… Et sa femme bien sûr… 
Pour ses copains.

LES CHEMISES DE LA VEUVE / P3C1E28

P3C1E28 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 28)

  N°173 / LES CHEMISES DE LA VEUVE / P3C1E28

  C’est l’histoire où Varochaix, Maire autoproclamé, est séduit par la veuve Belcoucou avec qui il explore les chemises du Maire défunt. 

  Samedi 11 juin
10 heures 30
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 
Le grand bureau est désert, comme si l’ombre du défunt Maire rôdait dans les rideaux. 

  Non, pas désert. 

 
Varochaix a vu, derrière la tenture qui voile l’un des murs, comme une silhouette… Et ce n’est pas un fantôme !

  - Attendez-moi dehors et gardez bien la porte, souffle-t-il à ses héros, surpris, faut avouer, mais trop disciplinés pour le montrer à de potentiels témoins qui ne pourraient qu’être adverses.
 
Puis il entre.

  Il a fermé la porte.

 
Il écarte la tenture.

  C’est la femme du Maire. De l’ex-Maire. Le Feu. Le Défunt. 

 
Qui lui sourit, bien vivante. Elle n’a pas eu le temps de refermer le coffre qu’elle vient d’ouvrir avec difficultés. C’est vrai que son mari ne lui a pas montré comment on ouvre ce putain de coffre. Elle savait seulement où il en avait noté la combinaison. Et où se trouvait la clé. Alors, elle a un peu ramé pour trouver comment on fait, et puis la porte est vachement lourde. Et elle s’est pété un ongle, merde…

  - Bonjour… Vous êtes Monsieur… ?
- Varochaix, Monsieur Varochaix. J’étais Conseiller Municipal, mais… Je suis maintenant le Maire… Le Maire autoproclamé par la Volonté du Peuple d’Ici…
- Le Maire ? Mais mon mari…
- … est mort… Je vous connais Madame, pour vous avoir rencontrée à une réunion du POS[1], où vous conseilliez votre mari, avec beaucoup de clairvoyance, dois-je reconnaître…
- Ah, oui… Monsieur Varochaix, du Nari, je crois (il acquiesce de la tête), mon époux m’a parlé de vous… Feu mon époux… Mon dieu, quel drâââme épouvantable… 

  Elle sort un mouchoir de batiste bordé de dentelle de Calais et s’essuie les yeux, soupire, s’assied sur une chaise proche, placée juste auprès de l’entrebâillement de la lourde porte d’acier. 

  - Mon Dieu… Que vais-je devenir, moi, pauvre malheureuse, pauvre femme au désespoir, perdue, seule, sans amis, sans parents, frêle petite barque au sein de la tempête…
- Oh, Madame, vous avez bien…
- Personne, Monsieur, personne…
- Mais cependant…
- Personne, Monsieur, personne… Ô, quel terrible destin que celui d’une veuve…

 
Varochaix ne peut que tenter de réconforter ce noble désespoir, une main sur l’épaule de cette pauvre femme qui en glisse à ses pieds…

  - Vous avez des amis, pauvre âmette éperdue…
- Croyez-vous que l’on aime, que l’on soutienne celle que fut la plus fidèle, la plus tendre des épouses, celle qui de tout son cœur, de toute son énergie, soutint les combats d’un homme assassiné que les méchants, vous le verrez bientôt, ô, Monsieur Varochaix, d’un homme que les méchants diront indigne, par méchanceté pure, car ce sont des méchants, sûrs de l’impunité que leur laisse son âme égarée dans les Cieux. Ô, Monsieur Varochaix, je connais bien ce monde, ce monde impitoyable où les pires ambitions côtoient les jalousies les plus triviales et où la mort du Maître sera l’occasion des vengeances de ces valets, de ces monstres sordides qu’il tenait éloignés par son Glaive infrangible ! Par son Glaive brandi (elle lui entoure les genoux, et appuie à ses cuisses un front marmoréen de pleureuse crétoise[2])… Par son Glaive brûlant (elle se redresse un peu sur les genoux et le front marmoréen se retrouve à hauteur de sa taille) (la salope, se dit Varochaix)… Par son Glaive tendu, poignée ferme et solide, racine du bon droit, comme bruyère au vent et indéracinable, sauf à l’assassiner (elle tire sur la racine, pour l’éprouver, sans doute, d’une main vigoureuse) (la sâââlope, soupire Varochaix, les yeux levés au ciel)… Glurp, achève-t-elle enfin, lorsque la racine de bruyère se mue tout soudain en écume de mer (rhâââ lovely, reconnaît Varochaix, délaissant la critique)…
 

Et c’est ainsi que Varochaix a connu sa première extraction de racine carrément de bruyère.

 
Mais il se reprend vite, et retrouvant son souffle en regroupant ses forces, rajustant ses effets, il pose la question essentielle :
- Alors, ce coffre ?

 
Sans attendre une réponse fortement engluée, il écarte le lourd panneau d’acier et en explore la vaste cavité ainsi dévoilée, car c’était un grand coffre.

  La veuve Belcoucou, qui s’est relevée en s’essuyant la bouche de son mouchoir de batiste bordé de dentelle de Calais, se rapproche aussi : elle avait eu juste le temps d’ouvrir, pas d’explorer. Elle se doutait bien qu’il n’y avait pas d’argent là-dedans, juste une petite liasse tout juste suffisante pour les menus frais courants. Quelques chéquiers inutilisables, au nom de la commune, mais… des dossiers.

C’est cela qu’elle cherchait.

 
- Pensez-vous que nous soyons en droit de consulter ces documents, faux-cultise-t-elle ?
  Varochaix hausse les épaules :
- C’est ce que vous alliez faire, non ?

 
Elle baisse la tête tandis qu’une légère roseur lui colore les pommettes, qu’elle a hautes[3].

  Mais Varochaix a déjà sorti la pile et l’a portée sur le bureau d’acajou massif, parfaitement rangé, où œuvrait le défunt édile. Le coffre est vaste, la pile épaisse.

 
- Son stylo… renifle Madame veuve Belcoucou. Un Mont-Blanc que je lui avais offert à l’occasion de sa dernière érection[4].

Et elle l’enfouit dans le vaste sac Hermès qu’elle avait laissé auprès du coffre.

  Varochaix s’en retourne un temps vers la porte et prévient ses hommes qui montent une garde impassible : rassemblez-moi tout le personnel dans le hall d’entrée dans trente minutes. Et fermez la porte de la Mairie. Pas de visiteurs. Mettez un panneau « Fermé pour deuil ». Sous-titré en français !

  Puis il revient au bureau dont il tire les rideaux, se croûte une petite saucisse, en offre poliment une autre à la veuve Belcoucou qui non-mercise de la tête en achevant un raccord de rouge à lèvres, et revient s’asseoir devant le bureau. La veuve colonise sa cuisse droite où elle s’installe en tortillant du prose, avec un grand sourire :
- On regarde ? demande-t-elle les yeux brillants…  

  Et on a vu : chaque chemise, rouge pour les adversaires, verte pour les « amis », blanche pour les autres, établie à un nom, de personne ou même d’entreprise, contient trois sous-chemises, baptisées « Dossier de personnalité », « Fiche de collaboration », « Relevé de prestations »…

 
Dans le « Dossier de personnalité » on retrouve tout ce que l’on a pu découvrir sur les petites histoires personnelles de chacun, depuis les indiscrétions et ragots, manies, petits travers ou grandes fautes, obtenus par les indiscrétions policières et les écoutes de tout ordre, qui font que l’on sait que Truc trompe sa femme avec celle de Machin, que Machin court après les petites filles, que le fils Untel fume de l’herbe à chats ou que Tartempion a payé au noir Dugenou, ouvrier de l’artisan plombier Ducoin pour retaper sa salle de bains et la repeindre en rose. 

  Les irrégularités dont les entreprises ont pu se rendre impunément coupables sont bien sûr enregistrées avec le plus grand soin. Ne serait-ce que les pots-de-vin versés dans d’autres villes pour accéder à tel ou tel marché public… 

  Certaines des fiches les plus anciennes, datées de 1945, indiquent par exemple qu’une certaine Rachel est juive, mais qu’elle est trop comestible pour être dénoncée, du moins pas tout de suite, ou que certains journalistes de la Lanterne seraient tentés par la Résistance.

  Bien sûr, ces fiches anciennes datent du maire précédent, père (officiel) du défunt. Ce dossier est riche de photos, de notes téléphoniques, de documents de toutes sortes. 

 
Dans le dossier « Fiche de collaboration », souvent réduit à un simple bristol, sont relevés les domaines « d’exploitation possible » des informations énumérées dans le dossier précédent ou disponibles par ailleurs, avec les références. Ou les risques que les adversaires relevés peuvent faire courir à ce qui est pudiquement appelé « la Municipalité ».

  Le « Relevé de prestations » récapitule la balance des services rendus et reçus par chacun des individus fichés. C’est éloquent. Pots-de-vin, chantages, concussion, exactions, malversations, prévarications et extorsions de toutes sortes sont relevés, chiffrés, et leur mode de règlement indiqué.
  Bien sûr, « on » se garde bien de dire où ces fonds, considérables dans leur ensemble, se trouvent versés. Ce qui enrage la veuve qui n’est manifestement pas au courant du dixième de ce qui a circulé comme argent sous les lourdes tables de la mairie.

 Varochaix s’attarde sur quelques dossiers, à commencer par le sien dans lequel il trouve peu de choses qu’il ne connaisse déjà. Sauf qu’il se fait rouler par Tiburce Véhicule-Petit, directeur de

la MJC, qui met dans sa poche la plus grande partie des frais d’impression du bulletin du Parti, le Burlatrri, et que Gertrude n’a adhéré au Nari qu’à la demande de Boufigue. 

  Il apprend aussi qu’Iparretarak, le mouvement terroriste basque, a contacté le défunt maire pour obtenir le versement d’un impôt révolutionnaire, et que ce foireux a payé ! Sans qu’un seul centime soit reversé au Nari, légitimement local ! Un scandale !

  En revanche, personne n’a découvert la méthode que lui, Varochaix, a mise au point pour obtenir qu’un semblable impôt soit versé au Nari, via des surfacturations effectuées par une imprimerie de Pau amie de la Cause. 

  Il rit encore de la tête qu’un sous-traitant a tirée quand il lui a présenté, à prendre ou à chercher du boulot ailleurs, une facture de six mille euros pour mille étiquettes minuscules destinées à garnir des boîtes à clous ! C’était trois fois le prix de la boîte par étiquette. Mais c’était pour la Cause. Bien sûr, il ne lui a pas dit, il n’a fait que parler de « frais de promotion et de collaboration commerciale » !

  Quant à Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, son dossier est l’un des plus épais de la pile, avec l’histoire détaillée du lotissement des 6000, de l’hôtel, mais aussi avec d’obscures tentatives d’import-export de pâté à l’huile d’olive risquées à l’occasion de missions officielles dédiées au co-développement durable de lapin dans des pays très pauvres mais riches en terriers discrets et profonds, tentatives avortées, non rentables et foireuses autant que secrètes. Toujours cette ambition brouillonne, notait en marge Belcoucou qui comptait bien utiliser ces documents pour éliminer son concurrent le moment venu en l’accusant d’incompétence.

  Réjoui par ces découvertes, Varochaix se dit qu’il serait temps de penser aux choses sérieuses.

D’autant que la veuve toujours perchée sur sa cuisse droite s’agite en lui suggérant d’accepter sa collaboration, la main glissée entre deux boutons de sa chemise et la tête appuyée tendrement sur son épaule. 

 
C’est vrai que la greluche sait beaucoup de choses. De plus, elle est douée, tempérament de feu, le cul agréable (il en vérifie machinalement la consistance, ce qui provoque quelques gloussements qu’il stoppe d’une tape un peu plus rude), et tout ça. 

  Mais faut respecter un minimum de convenances. Et rester prudents. Bon. OK. On collabore. Viens me retrouver chez moi, tu pourras dépouiller les fiches, mais pas avant ce soir. Et tard. Tu diras que tu vas chez ta mère pour te remettre de ton chagrin, ou… Oui, je te fais confiance pour trouver une connerie crédible… 

 
En attendant, j’embarque tout ça avant que Ravot y mette son nez. 

  Celui-là, faudra trouver moyen de le bloquer une fois pour toutes. Oui, Maupuis m’a dit qu’il s’en occupait, mais ça n’avance pas vite. Passe-moi une saucisse. Mais non, salope, arrête ! Dans la pyxide que j’ai posée sur le bureau. Au fait, tu n’en manges pas ? Et dégage discrètement. Ah, tu as une entrée personnelle ? Mais arrête, salope, je parlais de la porte. Faudra que tu me montres. Je parle toujours de la porte, pour l’instant. 

  Moi, faut que je prenne en mains la mairie, mes gusses doivent avoir réuni le petit personnel…


[1] Plan d’Occupation des Sols, qui détermine la destination des terrains, constructibles ou non constructibles, intéressants ou pas, selon l’Intérêt Supérieur de l’Urbanisme et de celui qui s’en occupe.

[2] Pourquoi crétoise ?

[3] Crétoises ?

[4] Lapsus. La veuve a voulu dire élection.

APPEL DE L’ÉLYSÉE / P3C1E35

P3C1E35 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 35)

 
N°180 / APPEL DE L’ÉLYSÉE / P3C1E35

 
C’est l’histoire où Eusèbe Malfort reçoit une invitation du Prédlarép. 

  Lundi 13 juin
11 heures 60
Bureau N°1

 
- Eusèbe Malfort, mon cher, ce que je suis heureux de vous entendre !

  - Moi aussi, Président, j’ai essayé de vous joindre à plusieurs reprises depuis quelque temps, mais…

 
- Ah, ce téléphone, une plaie ! On pourrait croire que l’Elysée… Mais non, mon vieux, non ! Tenez, l’autre jour, je disais à Nixon… 

  - Nixon ?
 

- Oui, enfin son remplaçant, Bill ou Dubeliou ou je ne sais plus qui, ces Américains changent tout le temps… Comment voulez-vous être efficace si vous changez tout le temps ? Moi au moins, hein, je reste ! Bref, je lui disais qu’il devrait faire l’effort de remplacer son vieux Èrforsouane Boeing par un A 380 français, comme ça, pour lui montrer où est le prestige, qu’il pourrait y loger plus facilement sa famille et s’entraîner au golf sans devoir descendre, et clac, coupés ! La standardiste s’était gourée de fiche ! Je lui ai passé un savon de première, mais elle m’a dit que si je continuais elle allait m’attaquer pour harcèlement… Bref, on a perdu le fil de la conversation, et quand je l’ai eu de nouveau au téléphone, le cow-boy m’a demandé si tous mes produits fonctionnaient aussi bien et a fini par déclarer qu’il ne voulait pas d’avion à pédales. On a perdu un marché. Mais ce n’est pas pour vous décliner mes misères domestiques que je vous appelle : on meurt beaucoup chez vous…

  - Chez moi, directement, non, merci, ça va, répond Eusèbe, que Nouye est allé chercher dans le « temple » où Clèm vient de mettre au monde la petite Amaïa. 

  Le téléphone direct, relayé par Mouchoir avait sonné, très impératif : « Ici le Président de

la République, je veux parler à Eusèbe Malfort »…

  - Et j’ai d’ailleurs appris que votre fils était revenu au bercail ? Tant mieux, tant mieux, comment va-t-il ? C’est que voyez-vous, les élections approchent et il vaut mieux rester prudent, éviter les remous inutiles… 

  Il éclate d’un rire tonitruant.
 
Eusèbe, qui n’a toujours pas compris ce que lui veut celui que Béa appelle le Prédlarép, écarte le combiné de son oreille, de plus en plus surpris par ce monologue décousu et loufoque dans la bouche d’un tel personnage. 

  Lequel enchaîne, après avoir repris son souffle :

- Ça me rappelle… Vous savez à quel point le Ministre du Confort peut me… casser les roubignoles, entre nous, bien sûr, « off », comme on dit entre professionnels, vous de la presse, et moi de la politique, non, de
la Politique, avec un grand P, car je ne suis pas de ces… Bref… Oui, je disais, le Ministre du Confort… que j’ai bien été obligé de nommer à ce poste, mais vous savez cela aussi bien que moi… Bref… Qu’est-ce que je lis, la semaine dernière dans les colonnes de France Boire et de Paris Vache ? Vous le savez ? Vous avez dû le lire, vous aussi ?

  - Je suis à la retraite, Président, je ne suis plus l’actualité d’aussi près, c’est mon fils, Arthur, qui s’occupe de…

  - Arthur ! Voilà, c’est Arthur. Je me souviens qu’on vous l’a enlevé, non ? J’ai donné des instructions à mes services, toute priorité, toutes affaires cessantes…

 
- Il est revenu, je vous remercie, il a été libéré hier, comme je vous le disais…

  - Oui, bien sûr, où avais-je la tête, je le savais, bien sûr… Nos services se sont montrés très efficaces… Et il va bien ??

 
- Il…

  - En fait (rire étouffé), en fait c’est cette histoire du Ministre du Confort… Vous savez ce que disaient les journaux ? Il est cocu ! Cocu, le pou nerveux du gouvernement ! Il est vrai qu’il passe tellement de temps à m’emmerder, hein, que pendant ce temps-là bobonne a du temps libre pour le vague à l’âme et la chasse au matou… Aux matous… Et c’est lui qui me parlait de remous inutiles. A votre endroit, mon cher, à votre endroit ! Et à celui d’un certain… Je prends mes notes… Un certain Pavot…
 
- … Ravot…

  - … Ravot, j’écris mal, une graphie précipitée, mon astro-graphologue en déduit que je travaille trop… Ravot, commissaire de police, je crois ? Notez que moi aussi, moi aussi, je suis cocu, bien sûr, comme tout le monde (non, pas vous, hein, puisque vous êtes veuf, grand fou), mais Emmanuelle, mon épouse, avait au moins la discrétion de ne pas convoquer la presse à ses jeux d’écarte-figue ! D’écarte-figue ! Je pouffe ! Du Pagnol, mon cher, du Pagnol… Je me demande où je vais les chercher… Avait, parce que maintenant, hein, elle est rangée des voitures… Pièce de collection… Classée Art Premier ! Mais l’autre, là, dans Paris Vache, en pleine page, sa mousmé roulant galoche un noirpiot de paltoquet méditerranéen… Et il me parle de remous inutiles… C’est vrai qu’on vous a tué un Maire et un Conseiller en matière d’économie électorale ? Inadmissible, bien sûr, mais ils ne faisaient pas preuve d’une grande tenue morale, si je m’en réfère au compte-rendu confidentiel de mes indicateurs des RG : qu’un Maire de droite (de Droite, mon cher, de Droite !) se fasse enculer dans la garçonnière d’un Conseiller en matière d’économie électorale de gauche (de gauche ! je pouffe !) par ledit Conseiller en matière d’économie électorale, c’est inadmissible… Je compte sur votre discrétion… 

 
Pause très courte, et il reprend, nostalgique :

  - Le temps n’est plus où une telle histoire se serait réglée en expédiant le tourtereau au bat’d’af pour finir par jouer les trous à ratons chez les crouillats de Tanger, non, maintenant, on fait profil bas en attendant que la gueuse vous revienne. Elle sait où la gamelle a le plus d’avenir, non ? C’est pas avec un gamin au poil gommeux qu’elle aura une loge présidentielle à l’Opéra ! Et puis Tanger, hein ! Boum ! A pu !!! C’est ce que je lui ai dit au ministre : de nos jours, le cocu fait vendre, Dugenou s’y reconnaît et compatit. Et il vous met le bulletin dans l’urne à hauteur de ce que M’âme Dugenou se fait mettre le popotin par les burnes du voisin. La compassion ! Vous serez le premier cocu électoral, que je lui ai dit… Histoire de lui rendre des couleurs à c’pauv’homme… Je pouffe ! La vie est… rose ! Croyez-moi, mon cher ! Rose ! Positivement. Rose saucisse. Vous devriez vous y mettre, je vous sens tendu… En fait, c’est lui, le ministre, qui me les a fait goûter. Pas un si mauvais bougre que ça, au fond… Mais alors, au fond ! En grattant loin… Sous les croûtes ! Alors pensez à vos amis qui n’ont pas envie d’être emmerdés par des affaires en forme de boules puantes au moment des élections : vous avez récupéré votre fils, le ministre a récupéré sa femme (j’ai fait paraître une petite annonce à mes frais, je la connais bien, hé, hé, et je sais où elle se cache pour ses galipettes : une bonbonnière vers Passy, c’est moi qui lui avais donné la clé du temps où…), et elle a compris : le sens de l’Etat, mon cher… Ah ! Ces filles de France !!! Alors je compte sur vous. Ah, oui, on me tend une fiche… Non, pas téléphonique… Oui, bien sûr… Une nouvelle secrétaire. Blonde. Lointaine origine allemande. Glace et feu. Un bijou à réveiller un mort. Au poil… Alors vous vous êtes enfin décidé à vous remarier ? Faut fêter ça, mon ami, mais oui, bien sûr, toutes mes félicitations ! Emma et moi serons ravis de vous recevoir à l’Elysée, ça nous changera des pisse-froid. Emma ? Non, ce n’est pas la secrétaire… Est-il drôle… Non, elle, c’est une certaine Weide, mais vous ne pouvez pas la connaître… Lointaine origine allemande… Oui. Déjà dit. Surmenage. Emma c’est Emmanuelle, bien sûr, mon épouse, en protocole privé, c’est Emma, et c’est Manu pour son nouveau coiffeur. Il n’y a plus que le Canard pour l’appeler Emmanuelle 5… Et j’ai un nouveau cuisinier qui vous mitonne une tête de veau sauce gribiche ! Tendre, croquante et juteuse comme une pucelle… Alors c’est entendu, nous disons mercredi 15, après-demain sur le coup de midi, après le conseil des ministres, et sans protocole, en famille, vous nous présenterez votre nouvelle épouse… Jeune ? Votre âge ? Il est fou… Je vous aime bien Malfort. A mercredi.

 
Clic, il a raccroché.

  Eusèbe regarde le combiné silencieux, puis Nouye, restée impassible :
- Il est devenu fou, lui demande-t-il ?
- Non, bien sûr, répond-elle, il est intoxiqué !
- Tu as enregistré ?
- J’ai enregistré.
- Appelle Ravot, qu’il vienne d’urgence avec Lepif et Amélie s’ils sont dans le coin. Et vois si Arthur est en forme… Je crois que Clèm aura besoin des autres…
- Oui. Et je préviens aussi Amaïa.