P2C3E17 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 17)
N° 141 / GERTRUDE EN SAUCISSES / P2C3E17
C’est l’histoire où Lepif et le commissaire Ravot retrouvent la trace de Gertrude et arrêtent Madame de la Vorme Séchée, directrice de l’usine de fabrication des saucisses Lartigo.
Mardi 7 juin
11 heures 40
Chez Mado
- Pélot ! C’est Pélot qui a vendu la mèche ! Il les a vus ici, à notre table, lorsqu’ils nous ont apporté les implants. Et comme il connaît tout le monde à Saint Tignous…
Lepif s’est redressé comme s’il avait reçu une révélation soudaine, comme si le Saint-Esprit lui était descendu sur la tête, en une soudaine Pentecôte policière…
- Mais, oui, vous avez raison, enchaîne Ravot. Pélot… Mais à qui… ?
Lepif lui coupe la parole :
- Au maire, bien sûr, au maire ! Il était là lorsque nous sommes arrivés pour la perquisition, et ils avaient eu le temps de tout planquer…
- S’il y avait quelque chose à planquer, tempère Eusèbe.
- Du calme, reprend Ravot. Eusèbe a raison. Rien ne prouve que nous trouverons quelque chose…
- Mais nous avons quelque chose, l’interrompt Victor : les implants ! Ils étaient bel et bien dans l’incinérateur, et c’est nous qui les y avons découverts. N’est-ce pas, commissaire ?
- … Oui, bien sûr… C’est pour cela que Lepif a demandé au dentiste « d’oublier » momentanément qu’il lui en avait montré un…
- Pas de problème, dit Lepif : c’est moi qui les ai trouvés dans l’incinérateur numéro deux. Personnellement. Amélie le confirmera sans peine, et la patronne a signé le PV. Le dentiste se fera un plaisir de les expertiser officiellement : jusqu’ici, il n’a fait que me donner un avis…
- Et pour mes deux clients, vous faites quoi ? demande Mado qui s’approche en s’appuyant lourdement à son comptoir.
- Ce qu’on fait ? Une descente ! Lepif, appelez Martial. Qu’il emmène Pélot, mais sans lui dire pourquoi, et qu’ils prennent tout le monde disponible ! Mado, vous nous accompagnez, pour identifier éventuellement vos agresseurs !
- Et mon bar ? Vous imaginez que j’ai les moyens de rester sans travailler ?
- Mado, Mado, lui déclare Ravot en la prenant par les épaules, vous n’allez pas nous laisser seuls pour sauver le monde ?
Mado soupire lourdement :
- Qu’est-ce que vous voulez répondre à ça ?
Et elle décroche sa clé derrière le comptoir.
- Pélot, vous accompagnez Lepif…
- Mais, où va-t-on commissaire ?
- Pas le temps de vous expliquer, montez !
- Mais… On revient ici ?
- Eh oui, Pélot… Suis-moi, tu vas voir…
La barrière est grande ouverte et Lepif arrête sa voiture en travers du chemin, barrant le passage au camion qui se prépare à sortir. Et puis il se précipite dans la cahute du gardien :
- Coucou, c’est encore nous. Mais cette fois, on est très pressés.
Il repousse le vigile (un autre, le premier, embastillé hier, est toujours en garde à vue) avant qu’il ait eu le temps de réagir.
- Tu le tiens à l’œil, Pélot, il serait capable de prévenir de notre visite ! Et c’est pas bien ça, hein, Pélot, de prévenir les prévenus ! Tiens, passe-lui les menottes. Et on va l’emmener pour qu’il nous guide jusqu’aux bureaux de la direction. Toi, tu restes ici pour surveiller que personne n’appelle de l’intérieur ou de l’extérieur : tu as un poste téléphonique devant toi, si une lumière s’allume, tu essaies d’intercepter…
- Vite, Lepif, suivez-moi, nous devons une petite visite à Madame de la Vorme Séchée et à ses assistants !
- J’arrive, commissaire, j’arrive !
Et Lepif entraîne par les menottes un vigile effaré tandis que Pélot, ahuri, se laisse tomber dans son siège encore chaud.
- Martial, vous bloquez le trafic et vérifiez les chargements avec quatre hommes armés. Quatre hommes avec nous !
La cour de l’usine n’est pas très grande et le bâtiment administratif, construit par Lartigo dans les années 1960, a tout du béton fonctionnel de cette époque où il s’agissait de faire efficace au moindre coût. En fait, les choses n’ont pas beaucoup changé, dans ce type de bâtiment utilitaire, sauf que le béton est souvent remplacé par de la tôle nervurée… Seule concession au modernisme, les climatiseurs, qui traduisent en façade une certaine aspiration au confort de travail. Du temps où il faisait chaud…
Dans le hall d’entrée, une secrétaire, réceptionniste à l’occasion, et la cinquantaine revêche à souhait, extrait son nez considérable d’un mouchoir immense qu’elle rassemble en boule à gestes nerveux.
Elle bafouille d’une voix enchifrenée en se dressant derrière un bureau métallique contemporain de la construction du bâtiment, où trônent un écran d’ordinateur et la console compliquée d’un petit standard téléphonique :
- Mais… Messieurs !!! Enfin, que… qui…
- Mais oui, vous nous reconnaissez. Commissaire Ravot, nous sommes venus hier et ce que nous avons trouvé nous a plu. Alors, nous revenons.
La secrétaire renifle bruyamment et tend la main vers le téléphone :
- Non, non, et non, l’interrompt Lepif en lui prenant le poignet. Pas de téléphone et pas de bruit, ou bien…
Il exhibe une deuxième paire de menottes en montrant celles du vigile dont les yeux ronds semblent définitivement bloqués sur la position « Surprise ! ». La secrétaire retombe assise, les mains à plat sur un clavier qui couine sous cet assaut inhabituel. Du coup, elle relève les deux mains, comme Karajan au début de la cinquième, et il est probable qu’elle en eût entonné (mais dans l’aigu de l’hystérie) (transposition hasardeuse) les quatre « Pom, pom, pom, pom, » du début, si Lepif, décidément en forme (ouf, se dit Beethoven), ne lui avait pas saisi les poignets et dédié son sourire le plus charmeur :
- Vous êtes charmante, ma chère. Mouchez-vous et guidez-nous. Madame de la Vorme Séchée appréciera certainement que vous nous annonciez de vive voix.
- Mais on ne peut pas la déranger, elle est en conférence…
- Tsss, insiste Lepif en fronçant les sourcils… et il fait signe à un policier en uniforme de rester en faction à la place de la secrétaire qui, fascinée par le regard envoûtant de l’inspecteur (c’est ainsi que Ravot (qui pouffe in petto) racontera la scène à Mado), se lève et précède les policiers dans un couloir éclairé de tubes au néon poussiéreux.
A droite et à gauche, des portes ouvertes dévoilent des bureaux où s’affairent des employés des deux sexes qui brassent du papier et tapent sur des claviers devant des écrans manifestement ennuyeux, à en juger par leurs regards mornes.
Au fond du couloir, la porte marquée « Direction ».
La secrétaire s’apprête à en heurter du doigt le battant, mais Lepif l’en dissuade d’un « tsss » définitif, et elle recule comme si la porte était électrifiée, ou comme si les clappements de langue de Lepif la perçaient jusques au cœur d’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle.
Et Ravot en tête, ils entrent sans frapper dans l’antre directorial. Un policier reste de garde devant la porte refermée, en compagnie de la secrétaire, frustrée de ne pas voir la suite.
Bien sûr, la directrice n’aime pas. Mais alors pas du tout.
Glacée au point que sa salive gelée en crisse entre ses molaires tandis qu’elle siffle des incisives, (ça fait « cccrrrrrrrrsssssss » !!!!!)debout derrière son bureau, et le regard affûté comme une dague de Tolède, elle tend un bras maigre prolongé d’un doigt aigu terminé par un ongle rougi du sang des yeux qu’il aspire férocement à leur arracher, pour leur signifier d’avoir à sortir plus vite encore qu’ils sont entrés, en un geste furieusement vengeur.
Impassible, Ravot saisit ce poignet rageur et d’un mouvement rapide y fait claquer l’anneau des menottes qu’il tient dans la main droite.
Les deux hommes, qui jusque là sont restés assis sur les sièges étroits réservés aux visiteurs, se dressent pour protester, et se trouvent opposés à Lepif et aux deux policiers en uniforme qui le suivent.
Un geste de l’inspecteur les convainc de se rasseoir, et leur sourcil à peine froncé donne mesure de leur maîtrise de soi. Ce n’est pas « n’importe qui ».
- Madame Edmonde de la Vorme Séchée, je vous prierai de me suivre, vous faites l’objet d’un mandat d’amener délivré dans le cadre de l’action engagée par Monsieur le Procureur de la République à la suite de la disparition de Madame Gertrude Pilon. Vous êtes mise en examen. Je vous prierai de me présenter ces Messieurs…
Elle a du chien, la garce, dira plus tard Lepif, lorsque lui-même racontera la scène à la même Mado (qui pour l’heure attend dans une voiture de police) : un poignet menotté, arrêtée officiellement par le commissaire, et en plus avec moi et deux flics dans son bureau qui en paraît tout encombré, et elle crâne encore !
- Je ne connais pas de Gertrude Pilon. Ces messieurs sont des collaborateurs, et…
- Patron, patron !!!
Pourticol, tout essoufflé, déboule dans le bureau et interpelle Ravot :
- Eh bien, Pourticol ? Qu’est-ce qui vous arrive ?
- L’usine, commissaire, l’usine…
- Oui, l’usine, quelle usine ?
- L’usine de saucisses, commissaire, celle qu’on a perquisitionnée hier, ils sont en train de la déménager !!!
- Qu’est-ce que vous me racontez là, Pourticol ?
- Ben, on a trouvé plein de machines dans le camion qui sortait, et du coup, on est allé voir dans le bâtiment. C’est presque tout vide, commissaire ! Ils se font la malle !
Ravot tourne un regard interrogateur vers sa prisonnière qui lui retourne un regard hautain :
- Le site est devenu trop petit, nous développons une usine plus importante à Bordeaux. Mais je ne sache pas que cela concerne la police. Le personnel spécifique de cette production suit l’outil mais le siège administratif ainsi que la production traditionnelle restent à Saint Tignous sur Nivette. Ce sont des mouvements internes qui ne vous regardent en rien.
- Eh bien nous demanderons ce qu’il en pense au juge qui sera chargé de l’instruction, mais pour ce qui me concerne et par mesure conservatoire, je vous interdis de toucher à quoi que ce soit…
- Enfin, commissaire, nous avons besoin de produire, remarque l’un des deux hommes en croisant les jambes avec désinvolture.
- Sans doute, Monsieur… Monsieur comment, au fait ?
- Dupond, je suis l’homologue de Madame de la Vorme Séchée sur notre site de Bordeaux, dans la zone portuaire, et ce matériel m’est destiné… Ah, (il désigne son vis-à-vis, toujours silencieux) Monsieur Lemol, mon bras droit…
- Enchanté, mais des restes humains, identifiés comme ayant vraisemblablement appartenu à Gertrude Pilon, ont été retrouvés dans ce même matériel et vous comprendrez que nous devions procéder à des recherches complémentaires…
- Et en quoi suis-je concernée ? grince Edmonde de la Vorme Séchée en montrant son poignet menotté.
- Mais, vous dirigez ce lieu, chère Madame. Vous en êtes responsable. Vous avez d’ailleurs assisté à la perquisition et en avez signé le procès-verbal. Et en outre, je crois me souvenir que vous avez tenté de l’entraver, cette perquisition, ce qui vous rend suspecte. Vous vous trouviez d’ailleurs en compagnie d’élus locaux qui semblaient, comme vous-même, en avoir été avertis, et qui, à ce titre, seront convoqués, soyez-en sûre. En attendant, je vous conseille de prendre contact avec un avocat : il pourra vous être utile à l’issue de votre garde-à-vue, si le juge relève des charges suffisantes contre vous.
- Parce que vous allez m’emmener, menottée, devant tout mon personnel ?
- Je ne suis pas une brute, Madame de la Vorme Séchée. Nous serons discrets. Mais vous ne pourrez pas entrer en contact avec qui que ce soit hors de ma présence, et uniquement, tant que nous nous trouvons ici, pour des motifs de service. Quant à ces messieurs, je pense qu’ils sauront rester discrets… Pourticol, avez-vous pu contrôler les stocks ?
- Pas encore commissaire, pas encore…
- Je vais vous épargner du travail, commissaire : les stocks de produits finis ont déjà été déménagés, mais nous n’avons pas encore touché aux stocks de matières premières, intervient la patronne, toujours dressée derrière son bureau. Pourriez-vous libérer mon poignet ? Je ne vais pas m’évaporer par la fenêtre…
Ravot la libère en haussant les épaules :
- Vous n’iriez pas loin et je suis convaincu que vous allez collaborer : vous vous trouvez sous le chef d’une accusation pour assassinat avec préméditation…
- C’est absurde, je vous ai déjà dit que je ne connaissais pas cette… Comment déjà ?
- Gertrude Pilon…
- Gertrude Pilon, et je ne vois vraiment pas…
- Quand avez-vous déménagé ces stocks ?
- Les camions sont partis hier soir, intervient le nommé Dupond. Ils doivent être arrivés à destination…
- C’est-à-dire ?
- Dans notre usine de Bordeaux où se trouve centralisée la logistique, précise-t-il.
- Lepif, vous demanderez à Pau quels sont les codes des lots concernés par notre trouvaille, vous les noterez et les ferez transmettre à Bordeaux pour qu’ils saisissent ce qu’il en reste.
- De suite, commissaire…
Lepif fait grésiller sa radio portative en s’isolant dans un coin du bureau.
- Vous aviez beaucoup de stock de produits finis ? demande le commissaire.
- Un stock courant, une semaine de production sans doute…
- Nous avons utilisé deux camions frigorifiques, Madame de
la Vorme Séchée, intervient Lemol, déférent. Une quarantaine de palettes…
- Eh bien voilà, mais je ne vois pas ce que cela peut avoir comme rapport avec cette…
- Gertrude Pilon…
- Gertrude Pilon.
- Des traces d’ADN dans les saucisses, chère Madame. Mais c’est le juge qui vous interrogera, maintenant. Je pense que la perquisition va se poursuivre. Vous allez donc nous accompagner pour y assister. Nous constaterons la disparition de votre stock de saucisses, le démontage de vos machines, que nous inventorierons. Nous allons également perquisitionner dans vos bureaux et chercher à remonter toute votre filière d’approvisionnement, pour voir si les quantités fournies correspondent aux quantités produites, et nous inquiéter de voir s’il n’y aurait pas ici des traces d’autres personnes qui ont hélas disparu dans la région…
- Vous délirez, commissaire, vous délirez !
- Avez-vous encore besoin de nous ? demande froidement Dupond.
- Pas précisément. Je pense que vous allez retourner à Bordeaux (acquiescements muets). Ne quittez pas la région et laissez toujours à l’un de vos collaborateurs le moyen de vous joindre, si vous ne tenez pas à être interpellés pour complicité…
- Nous devrons rester sur le site de Bordeaux pour lancer cette nouvelle ligne de production. Mais ne retenez pas trop longtemps nos machines…
- Nous ferons au plus vite, Messieurs. Sauf imprévu, elles pourront partir ce soir. Merci pour votre collaboration.
- Chère amie, soyez assurée que le groupe Tapas’Embal’ déploiera le talent de tous ses juristes pour vous soutenir contre cette cabale imbécile…
- Merci, Paul, merci…
- Allons, Lepif, au travail ! A vous les bureaux, à Martial les installations concernées, mais il visitera en urgence la totalité des bâtiments. J’emmène cette dame pour lui parler d’ADN. A ce soir. Ah, la voiture 3 reste à l’entrée pour contrôler la sortie du personnel.
La voiture 3, c’est celle où se trouve Mado dissimulée derrière des vitres fumées.
Martial n’a rien trouvé de nouveau. Nulle part. Personne. Ni Jo ni Ted.
Lepif a vérifié les matières premières utilisées pour le lot 16598a-38, qui contient des traces d’ADN humain et a été produit à partir de 2150 kg de viandes et d’additifs. La perte en fabrication, déterminée d’après dix autres lots, est de 4%, ±0,5%. Mais si les fiches « matières » étaient bien « remontées » au bureau, il n’en était pas de même des « fiches fabrication » finales « toujours à l’atelier d’où elles ne sortent qu’après écoulement du stock correspondant », selon l’employée aux grands yeux humides qui en assure le suivi. Quelques coups de fil plus tard, joyeusement échangés avec Amélie Fouad à Pau, la conclusion est la suivante : cette matière aurait dû produire 2064 kg de saucisses, avec une marge d’erreur de ±0,5%, soit environ 10 kg en plus ou en moins. Et plutôt en moins qu’en plus. Le poids total du lot avait été, d’après les fiches de fabrication enfin récupérées à Pau dans l’ordinateur saisi à l’atelier, de 2120 kg… 56 kg en trop…
Pauvre Gertrude…
A quatorze heures, perquisition achevée, tout le monde est reparti, la patronne, avant d’être conduite entre deux policiers jusqu’au panier à salade, a donné comme consigne l’arrêt de la production et « la mise en chômage technique de l’entreprise », l’usine restant sous la garde d’une équipe de sécurité.
Pélot, que tout le monde semblait avoir oublié, est ressorti en bougonnant de la cahute du garde en disant que « ce n’était pas des manières, de lui faire sauter son repas pour jouer les vigiles » !
Tout le personnel a défilé devant les vitres fumées de la voiture 3. Mado n’a reconnu personne, et a confirmé que Pélot, devant qui sa voiture-observatoire était garée, n’avait pas touché au téléphone. Et puis elle est rentrée préparer un casse-croûte.
A quatorze heures trente, le commissaire, Mado, Lepif, Martial, Eusèbe et Victor se retrouvent devant ledit casse-croûte : un énorme plateau de charcuterie, de larges tranches de pain bis, et de grandes chopes de Saint Landelin…
- Vous n’avez vraiment reconnu personne, Mado ?
- Eh, non, commissaire. Et je le regrette bien pour ces petits jeunes…
- On fait la synthèse, Lepif, à vous…
- Gertrude a certainement été transformée en saucisses… Il y en a 56 kg de trop dans ce lot identifié comme contenant de l’ADN humain… Je l’ai trouvé en comparant la quantité d’entrants et de produits finis. D’habitude, la perte est de 4%, à ±0,5% près. D’après ce calcul, on obtient 56 kg de produits en trop… Mais il faudrait retrouver le lot en entier pour pouvoir prouver ce que j’avance. Et ce sera très difficile : une partie a pu être distribuée aux magasins, je ne sais pas si on pourra les récupérer…
- Ces lots sont exclusivement destinés aux initiés Nouvelle Réna, approuve Ravot, et ils ne sont vendus qu’à l’issue des « cérémonies » qui leur sont réservées. Il faudrait perquisitionner tous les centres Super Troc devenus « C’est tout naturel »…
- … et provoquer des émeutes ! objecte Eusèbe.
- N’exagérez pas…
- Il a raison, appuie Victor : vous ne vous rendez pas compte du développement du phénomène, commissaire, mais, rien qu’à Saint Tignous sur Nivette, ils ont recruté toutes les « élites », depuis le maire jusqu’au Conseiller en matière d’économie électorale, et la plupart des chômeurs, qui ont cru trouver là une source de revenu, puisque la présence aux « cérémonies » est « payée » (mais de moins en moins payée). Maintenant, ils se retrouvent accrocs à la saucisse (de plus en plus chère), et achèvent en fait de se ruiner. On y trouve aussi beaucoup de ménagères qui ont sauté sur les 10 ou 20% de réduction accordées sur les commissions de troc et qui se retrouvent « coincées » dans le système pour les mêmes raisons…
- Les Naris et les écolos y sont tous, ajoute Martial qui traîne parfois du côté de
la MJC…
- Ça représente une masse de monde, conclut Mado qui pour une fois se mêle à la conversation. J’en entends, allez, à l’heure de l’apéro : tu m’offres une saucisse ? Allez, une petite pour la route. A croire que ça remplace la mominette…
- Et tout ça en un mois ? s’effare Ravot qui prend soudain conscience du problème dans son ampleur.
- Et bien sûr, le Tapas’Embal’, a l’air, mine de rien, de recruter pour eux. D’ailleurs les patronnes sont en pleine forme : je les ai croisées hier : Harley Davidson d’origine et tout… Même la saucisse ordinaire, ça marche ! Ah, on peut dire que la dame de la Vorme Sèche fait de bonnes affaires !
- Séchée, le reprend Mado. De
la Vorme Séchée. Le participe étant plus dynamique que la plate épithète, le patronyme de la dame s’en trouve onomastiquement plus attrayant.
- Ah, dit Lepif, mouché.
- J’ai essayé d’appeler le Président, ajoute Eusèbe. Il n’a pas voulu me répondre…
- Les élections, sans doute ? demande Ravot
- Non, c’est autre chose… Je vais préparer un article… Tu viens Victor, on va étudier ça…
- Nous, nous retournons interviewer cette dame et voir ce qu’ils ont trouvé à Bordeaux… Venez, Lepif. On vous laisse, Mado. Inutile de vous dire de rester discrète et… prudente ! Nous tenons beaucoup à vous…
- Soyez tranquille, commissaire, je vais sortir mon nerf de boeuf.
En tant que nom propre de personne. Si.