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Humevesne et Suceprout

Humevesne et Suceprout


  Comme il est dit dans les « Personnages, Lieux et Trucs », ce sont des tueurs.
 
Un ancêtre de Humevesne dut à l’intervention personnelle du sire Pantagruel l’heureux règlement d’un différent qui l’opposait au seigneur de Baisecul, ainsi que le rapporte Maître Alcofibras. 

  Il n’en est pas devenu plus sage pour autant, cet épisode glorieux de son roman familial ayant été effacé par une vie déréglée.
 

Toutefois, les familles Humevesne et Baisecul sont étrangement restées liées au travers des siècles, ainsi qu’il apparaîtra dans la quatrième partie.

  Humevesne est encore appelé Pic à Glace, ou Droit au Cœur.

  Son complice  Suceprout, c’est aussi la Bricole, ou Couverture.

  Ils font leur apparition dans ce Feuilletonton, d’abord de manière anonyme, en P2C3E14, lorsqu’ils enlèvent les malheureux Jo et Ted, qu’ils vont ensuite assassiner en P2C3E18.

  Mado les retrouve par l’intermédiaire de certaines de ses « relations », en P3C1E8, et ils se retrouvent au commissariat de Saint Tignous en P3C1E9, avant d’eux-mêmes reconnaître Mado en P3C1E11.
 
Libérés abusivement, ils reviennent pour se venger de Mado en P3C1E25, sont repris et de nouveau libérés dans des circonstances obscures.

  Ils réapparaissent à Bordeaux où ils sont signalés à Mado en P3C2E27.

  A suivre…

SAUCISSAGE / P3C1E40

P3C1E40 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 40)

 
N°185 / SAUCISSAGE / P3C1E40

 
C’est l’histoire où Benoîte Franchon, en extase et sous nos yeux égarés, se trouve transformée en saucisses.

  Lundi 13 juin
17 heures
Usine de Bordeaux

Le début des mésaventures de Benoîte Franchon est en P3C1E38, et se poursuit en P3C1E39 pour s’achever ici-même.

  Un camion s’arrête dans la cour de l’usine, du côté de l’élevage de porcs en chantier…

 
Une longue stase, une longue extase…

  Une file hagarde d’une vingtaine d’hommes et de femmes (dont Benoîte) en descend, guidée par deux personnages dans lesquels nous pourrions reconnaître Gaston Brunières et Marc Tombou, qui furent « notaires » voici quelque temps, si nous assistions directement à la scène.
 
Et peut-être alors pourrions-nous intervenir ? 

  Interviendriez-vous, Lectrice, Lecteur, effarés par les abominations pressenties au vu de Gaston Brunières et Marc Tombou ? Ou bien, comme ces passagers de métro, tourneriez-vous lâchement le dos tandis que l’on surine votre voisin ou que l’on trombine votre voisine ? Qui peut le dire ? 

  Mais ici, tout au moins serez-vous exonérés de toute charge de complicité passive, de tout remord et de toute culpabilité, vous serez, comme moi, pauvre auteur impuissant devant les Faits, aspirés par la dévorante spirale mælstromique de la Violence inhérente à la vie, qui m’est une province et beaucoup davantage ?

  C’est la voix de mon bien-aimé !
Le voici, il vient,
Sautant sur les montagnes,
Bondissant sur les collines.
  Mon bien-aimé est semblable à la gazelle
Ou au faon des biches.

 
Le voici, il est derrière notre mur,
Il regarde par la fenêtre,
Il regarde par le treillis.

  Et Benoîte est si bien, Benoîte se sent si bien, avançant vers la main lisse de son Élu qui lui tend une coupe de vin, à elle qui n’en boit jamais, mais qui le sent descendre avec délices dans sa gorge…

 
Mon bien-aimé parle et me dit :
Lève-toi, mon amie, et viens !
Car voici, l’hiver est passé ;
La pluie a cessé, elle s’en est allée.
Les fleurs paraissent sur la montagne,
Le temps de chanter est arrivé.

  Benoîte s’abandonne aux mains douces des servantes qui la préparent pour ses noces, foin de ces vieux vêtements, usés, sales, ternes, vulgaires, elle est assise nue, à demi renversée, dans une vasque tiède où des vapeurs lustrales l’entourent et la baignent tandis que, abreuvée, elle s’abandonne, lavée, nettoyée du dedans, elle toujours resserrée, c’est vrai quoi, constipée, on peut dire le mot, mais là, si paisible, sans besoins ni remords, se laissant s’écouler hors de soi, et ce vin de douceur qui coule de l’Élu et lui emplit la gorge, et la noie de délices…

 
Le figuier embaume ses fruits,
Et les vignes en fleur exhalent leur parfum.
Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !

  L’Élu lui tend les bras, la saisit aux poignets, vision éblouissante, la soulève, l’emporte dans une extase immense, une gloire de lumière qui lui brûle la peau jusque sous les paupières, elle danse, suspendue à ses mains fermes, chaudes, viriles, qui la portent au ciel, et redescend vers lui dans un sourd froissement d’ailes…

 
Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher,
Qui te caches dans les parois escarpées,
Fais-moi entendre ta voix,
Laisse-moi voir ton visage :
Car ta voix est douce, et j’aime ton visage[1].

  Et Benoîte, épuisée, lève vers son Élu un visage extatique, tandis qu’elle descend pendue par les poignets aux pinces du portique jusque dans la trémie d’alimentation du grand cutter où bourdonnent sourdement les lames tournantes qui l’attendent.

 
Les pinces la retiennent, et son corps nu, détendu, boursouflé par les jets de vapeur de l’épilation, lavé, vidé de ses sécrétions et produits internes par la purgation  nettoyante drastique et même intégrale, à demi exsangue, se trouve petit à petit, découpé par les pieds en tranches de cinq centimètres d’épaisseur.

  Lorsqu’elle est grignotée jusqu’en haut des cuisses par les lames tranchantes, son regard lumineux, sous la double cloque de ses paupières, s’éteint, et les pinces l’abandonnent au hachoir concasseur, tandis qu’au-dessus d’elle, un autre corps extasié amorce sa descente.
 


[1] Benoîte a été élevée chez les sœurs et a été marquée par l’érotisme torride du Cantique des Cantiques.

ALORS, ON PRIE / P3C2E16

P3C2E16 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 16)

 
N°205 / ALORS, ON PRIE / P3C2E16

 
C’est l’histoire où tout va mal. Surtout dans la presse. 

 
Jeudi 16 juin
9 heures
Agotchilho

 
- Notre situation est difficile, reconnaît Eusèbe. Nous ignorons ce qui se passe à l’Elysée, j’attends des nouvelles, mais le Président doit rester prudent, il est cerné de toutes parts et le Ministre du Confort lui jette des regards de vautour, appuyé sur des Amazones qui surveillent les choses de près… J’attends son appel…

  Arthur a récupéré, et il porte un regard aussi clair que possible sur l’état dans lequel ils se trouvent : ils ont dû déclencher la destruction d’Omphalie plus tôt qu’il ne l’aurait voulu. Et les résultats, à cette heure, lui sont inconnus… (il n’a pas lu, lui, P3C2E11, P3C2E12, P3C2E13, P3C2E14)

 
Et puis, pour donner le change, il doit « rendre compte de sa mission » à Maupuis, l’actuel directeur du C’est tout naturel  de Saint Tignous sur Nivette, et cela pour la fin de la semaine… Sa mission de massacreur téléguidé par Pouacre qui l’a conditionné lors de sa captivité… Il se dit que jusque là, ils le laisseront tranquille…

  On ne sait toujours pas où se trouve la Harpie…

  On sait comment contrer l’offensive de la Nouvelle Réna, si elle utilise les mêmes drogues que celles qu’elle a employées jusqu’ici mais on ne dispose pas des quantités de produits nécessaires. Amélie, Catachrèse et son équipe, qui l’ont rejointe, travaillent d’arrache-pied avec Rébéquée et les Goums, mais les matières premières nécessaires n’arriveront pas avant ce soir, si tout va bien…

  Le pire de tout est bien qu’on ne sait pas exactement en quoi consistera cette offensive…

  Varochaix a pris la mairie. Et c’est un allié de Maupuis.
 
Ravot et Lepif n’ont pas donné de nouvelles. D’après Mado, ils sont partis hier à Bordeaux…

  On est très isolés. 

  L’expérience a montré que les retombées des articles que l’on publie dans la Lanterne ou qui sont diffusées sur le site Internet du journal restent faibles : le public, assommé par l’offensive du froid,  se replie sur son avenir immédiat et sera sans doute plus difficile à mobiliser qu’il ne l’a été à l’époque de la crise des Numéros… 

  Il faut reconnaître que le pouvoir médiatique a été conquis par la grande distribution, au travers de Super Troc, et surtout des multiples C’est tout naturel  qui en ont dérivé… 

  La presse écrite est très mal diffusée, toujours avec retard, la radio conserve une certaine audience, mais elle est achetée par la publicité massive de C’est tout naturel, tout comme ce qui subsiste de la télévision qui supporte mal les fréquentes coupures d’électricité dues aux chutes de lignes, et les coupures de liaison satellite dues à l’épaisseur des nuages de neige… 

 
Internet lui-même est largement tributaire de lignes téléphoniques fragiles… 

  La propagande interne de C’est tout naturel reste le seul lieu de rencontre et d’échange pour une très grande majorité de la population, avec les assemblées religieuses qui bénéficient d’un surcroît de fréquentation : on a froid, on a peur, on se trouve perdu. 

 
Alors on prie… 

  Le journal, lorsqu’il paraît, relève cette abondance de l’offre religieuse et même sectaire, comme l’ont raconté Jeanne et Eusèbe à leur retour de Paris. Arthur lui-même n’a-t-il pas constaté dans le bureau de Maupuis que C’est tout naturel fournit les religions en produits de culte ? Sans doute « aménagés » à sa sauce…

  Le climat n’est guère propice à une dénonciation publique d’une menace aussi imprécise que celle d’une tentative d’intoxication de masse dont le but reste mal défini, alors que les autorités censées représenter et défendre la population se trouvent elles-mêmes prises dans la nasse…
Qui croiront-ils, tous ces braves gens qui trouvent la paix dans la saucissette ou dans le biscuit de Petit Jésus ? La Nouvelle Lanterne du Fort, ou bien les 5% de remise sur leurs trocs quotidiens ? L’information écrite ou le curé noyé dans les brumes de l’encens ?

 Bref, si tout va bien, les désintoxicants seront prêts et l’on disposera de moyens pour contrer une offensive qui sera celle que l’on craint, mais dont on espère qu’elle sera telle qu’on l’attend…

Sinon…

MENACES / P3C2E27

P3C2E27 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 27)

 
N°216 / MENACES / P3C2E27

 
C’est l’histoire où Mado annonce au commissaire Ravot et à l’inspecteur Lepif que les assassins sont localisés. On subodore un piège.

 

Mercredi 15 juin
13 heures 30
Chez Mado

 
- On les a retrouvés, commissaire !

  Mado est triomphante et ne laisse ni à Ravot ni à Lepif le temps de s’installer. 

 
Elle délaisse la partie de 421 qu’elle disputait distraitement avec un client appliqué pour les rejoindre à leur table, malgré les protestations du sportif aléatoire :

- On les a vus à Bordeaux, mais ils n’ont fait que passer…
- Mais de qui parles-tu, Mado ?
- De Humevesne et Suceprout, bien sûr…
- Bon, tu nous expliqueras. Mais pour l’instant, je t’en prie, fais-nous griller un steak, j’en ai marre de la soupe.
  - Alors, Mado, on la finit cette partie ?
 
C’est le sportif qui s’énerve.

  - Mets-la au frais, lui réplique-t-elle, j’ai une urgence : ces messieurs requièrent toute mon attention, leur faim prime ta soif de conquête. Alors, tiens, comme on jouait ton café, je te l’offre !

 
Mado est très grand seigneur.

  Le sportif grommelle, comme quoi y’a pu le respect du client et tout ça, et que s’il joue le café c’est pour le très pascalien plaisir du jeu et que non pas par appât du gain. Il n’est pas de ces boursicoteurs capitalistes qui bandent à l’écu avec leurs ptites bites.

 
Mado lui conseille d’aller se faire lubrifier.

  Le sportif lui répond qu’elle manque d’élégance dans le propos.

 
Mado le calme par un petit calva, vite fait en passant, tandis que grésillent les steaks dans la cuisine adjacente et que nappe et assiettes volent au secours des appétits policiers.

  On se calme, et tandis que les mandibules s’activent sur une vacherie défunte, juteuse, mais quelque peu coriace (j’engueulerai le boucher, il se fout du monde) Mado s’explique :
 
- Ils sont passés au bar de mes amis, pas gênés, en disant qu’ils reviendraient régler les comptes avant longtemps. Faut dire que le barman leur a présenté les arguments tonnants qu’il cache sous le comptoir, vous garderez ça pour vous, commissaire, je ne suis pas sûre que le fusil à pompe soit explicitement autorisé par la réglementation sur les débits de boisson, mais faut quelquefois ce qu’il faut… Bref, ils sont ressortis aussi vite qu’ils étaient entrés. Mais ils sont à Bordeaux. Et ils étaient dans une grosse Mercedes noire… Avec un nommé Brunières. Z’ont dit comme ça : Notre ami Brunières ici présent (il est entré avec eux) va s’occuper personnellement de vous !

  Ravot a reposé sa fourchette. 

 
Il avale sa bouchée à demi mâchée, vide d’un coup sa chope de Saint Landelin et regarde Lepif qui le regarde symétriquement :
  - Tu penses ce que je pense ?
- Un défi… Ils savent que l’information sera transmise à Mado qui nous la relaiera…
- Ils sont drôlement sûrs d’eux, les bougres…
- Expliquez-moi, s’inquiète Mado…
 
- Brunières est fortement suspecté d’avoir enlevé la famille de Sainte Fouillouse. Et sans s’en cacher, puisqu’il sait qu’il est déjà recherché sous ce nom-là après le meurtre de Luis. Et maintenant il s’arrange pour que je sache qu’il se trouve à Bordeaux. Sans doute sur le site de cette usine de saucisses qui s’appelle aussi Tapas’Embal’…
- C’est un piège, commissaire, faut pas y aller, conseille Mado qui du coup, quoi que ce ne soit guère dans ses habitude et malgré la poudre de riz, pâlit.
- Pas seul en tout cas, recommande courageusement Lepif qui sait bien qu’ainsi il s’expose.

  Et Mado pâle de confirmer :
  - Faut mobiliser la troupe !
- Je vais m’assurer du juge en charge de l’affaire, à Pau, et aussi du procureur. Il faut éviter qu’ils soient « contaminés ». Toi, Lepif, tu vas creuser un peu du côté des Sainte Fouillouse. Renseigne-toi aussi sur la mère de Finette, tant que tu y seras. Va au commissariat, je te ferai faxer un mandat de perquisition : la maison doit toujours être vide d’habitants mais pas forcément d’indices. Tu devras agir seul : tu sais que l’équipe de Catachrèse est occupée. Débrouille-toi. On agira en fonction des résultats que je pourrai obtenir à Pau. Et toi, Mado, tu vas préparer ta valise, il est possible que ta sécurité soit menacée…
- Vous n’imaginez tout de même pas que…
- Je n’imagine rien pour l’instant. Je sais que tu n’as pas de fusil à pompe. Mais je sais aussi que si ce qui se prépare se confirme, même un bazooka ne pourra pas les arrêter. Alors quand je te le dirai, ou quand je te le ferai dire, il faudra que tu fermes immédiatement boutique et que tu ailles à

la Lanterne du Fort. Là, tu seras protégée… Maintenant, va finir ta partie, ton client s’impatiente…

  Et Mado pâle a été la première surprise de trouver tout naturel, chez elle, de faire ce qu’on lui dit.
 

OBJECTIF BORDEAUX / P3C2E29

P3C2E29 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 29)

 
N°218 / OBJECTIF BORDEAUX / P3C2E29

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot prépare une descente dans l’usine de saucisses de Bordeaux.

 
Mercredi 15 juin
17 heures
Pau

 
C’est la suite de P3C2E28


  Une heure plus tard, le juge Foutral est désintoxiqué, fâché d’avoir dû l’être et furieux de ne pas s’être rendu compte qu’on l’avait piégé. 

 
Comme moi, lui dit le procureur. 

  Il signe tous les documents nécessaires pour requérir la force publique afin de perquisitionner tous les lieux concernés par l’affaire, que ce soit le domicile des de Sainte Fouillouse à Saint Tignous sur Nivette, ou l’hôtel Marengro, ou l’usine Tapas’Embal’ de Bordeaux.
 
Il propose même de téléphoner à son collègue pour provoquer une perquisition immédiate de l’usine de saucisses, et tenter d’y arrêter Brunières et les autres. 

  Ravot le retient en lui disant de se méfier de ses homologues burdigaliens. 

 
Après un court débat, ils décident de s’y rendre tous les trois et de réquisitionner des renforts sur place et à la dernière minute pour éviter les indiscrétions. 

  Des mandats d’arrêt sont préparés. 

 
On ira demain matin à l’aube. 

  Départ ce soir. 

 
On dormira à Bordeaux. 

  Rendez-vous à l’hôtel.

 
Et puis Ravot est rentré à Saint Tignous. Lepif n’a rien trouvé chez les de Sainte Fouillouse. Il a placé des scellés sur la maison. 

  Il viendra à Bordeaux avec Martial : on ne sera pas trop de trois flics en cas de pépins. Ravot lui dit qu’il ne sait pas si l’on peut compter sur les magistrats, en cas de difficultés.

 
Tous les trois sont d’accord pour éviter autant que possible de faire appel aux collègues bordelais…

  Enfin, le commissaire est repassé chez Mado pour la prévenir :
- Je ne serai pas à Saint Tignous cette nuit. Si je n’ai pas donné de nouvelles demain soir à 19 heures, tu vas te réfugier à la Lanterne…

  Et puis il est parti, accompagné de Lepif qui fait chauffeur. 

  Ils sont suivis de Martial qui conduit un fourgon cellulaire. 

 
Pour le retour.
 

AVANT L’ASSAUT / P3C2E30

P3C2E30 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 30)

  N°219 / AVANT L’ASSAUT / P3C2E30

 
C’est l’histoire où le juge Foutral harangue les membres de l’expédition qui, à Bordeaux, va s’attaquer aux Méchants.
 
Jeudi 16 juin
6 heures
Bordeaux
 
Le juge Foutral ne décolère pas. 

  Ce qui l’a enragé c’est d’apprendre par le commissaire principal de Bordeaux, l’inénarrable Basile Croitou-Espérandieu, le plus pistonné des lèche-culs ministériels de la République, que lui, Foutral, honorablement connu en ville depuis l’Ecole de la Magistrature d’où il est sorti major, s’il vous plaît, d’apprendre donc de la bouche de ce crétin en uniforme chamarré, plus cul-bénit que son nom même ne le laisse à penser (Foutral est franc-maçon), qu’il était, lui, Foutral, persona non grata à Bordeaux, qu’il allait incessamment se trouver dessaisi de toutes les affaires dont il est en charge et que son « petit copain » (sic) Ravot faisait l’objet d’une procédure de l’Inspection des Services qui le relèguerait au fond de la cocotte des bœufs-carottes, sous trois tonnes d’emmerdements et autant de procédures, c’est une question de jours, sinon d’heures. 

  Et dégagez le parquet, a conclu Basile Croitou-Espérandieu !

  Alors, furax il est Foutral. 

 
- Ça confirme ce que je craignais, dit Ravot pour tenter de le calmer…
- Inadmissible ! Mais qui a nommé ce triple crétin à ce poste ?
- Vous le demandez, Monsieur le Juge ? demande ironiquement le procureur…
- Le ministre, bien sûr. C’est un copain du maire de la ville… Il veut des gens sûrs. Mais de là à protéger des criminels…

  Car le juge Foutral croit en sa Mission. 

 
Il y croit même dur comme le fer dont étaient forgés ces vieux protestants du Désert dont il est issu. 

  Le Crime est une hydre dont il faut trancher les têtes au fur et à mesure de leur réémergence. 

 
Et cela, c’est Sérieux, nom d’un petit bonhomme ! 

  Alors, si le Crime prend le dessus, il faut agir. 

  Ce n’est pas la Loi qui est en cause mais ses représentants actuels.


- Mes amis ! (le juge Foutral n’est pas familier, il faut qu’il soit bouleversé pour s’adresser ainsi à ses collaborateurs) Mes amis, nous devons poursuivre. C’est un fait de Résistance. Notre honneur, celui de

la Magistrature (il enveloppe le procureur Kératine d’un chaud regard), et celui de

la Police et de l’Ordre (il adresse à Ravot et à ses deux inspecteurs, Lepif et Martial, un regard de tribun haranguant le SPQR[1] tout entier) (il aimerait pouvoir rejeter d’un geste noble le pan de sa toge sur son bras), notre Honneur à tous est en jeu, cicérone-t-il. Sus ! Sus au crime ! 


 
Il reste ainsi un temps, le menton levé par-dessus son épaule droite et le regard perdu vers le soleil levant à qui, d’une main vibrante, il fait l’offrande de sa Foi.
 
Puis il poursuit:
- Commissaire Ravot, je vous propose d’aller traquer le Mal en son antre. Ils n’oseront pas s’en prendre à Nous, qui représentons la Loi ! Pour ma part, j’ai été ceinture noire de judo dans ma jeunesse point encore si lointaine. Et je sais me servir d’une arme, ayant achevé mon service militaire avec le grade de lieutenant dans le Train.

  - Vous avez des armes dans le fourgon, Lepif ?
- Oui commissaire. Vous voyez qu’on a bien fait de l’emmener, ce fourgon. Je n’avais aucune confiance dans les collègues de Bordeaux : je me souviens de leur inefficacité… On a pris trois pistolets mitrailleurs et deux flingues d’avance avec des munitions…
- Je ne suis pas très guerrier, pour ma part, avoue le procureur. Ce n’est pas dans mes attributions… Mais s’il faut aider…
- Très bien mon cher, le conforte le juge. Vous prendrez une arme de poing, et vous pourrez toujours menacer si le besoin s’en fait sentir… Tenir en respect ! Le Respect ! Y’a que ça !

  - Ne jouons pas les cow-boys, messieurs, le tempère Ravot. Si nous avons affaire aux seuls Humevesne et Suceprout, ce sera facile, mais si ce sont les clients à qui je pense, nous risquons de nous heurter à des individus sans scrupules… Le Brunières en question a participé au meurtre de Luis Ottouadla… Cela vous donne une petite idée du personnage…


[1] Senatus populusque romanus, comme on disait dans l’ancien temps.

L’USINE / P3C2E31

P3C2E31 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 31)

 
N°220 / L’USINE / P3C2E31

 
C’est l’histoire où l’on entre dans l’usine apparemment déserte, guidés par la voix de Gaston Brunières, l’un des deux « notaires » de Pétony. 
 
Jeudi 16 juin
6 heures
Bordeaux

 
C’est la suite de P3C2E30 (lien)
 
L’usine, entourée de hauts murs de brique, est située dans une vaste zone de friche industrielle, derrière l’ancienne base sous-marine de Bacalan. Un portail aveugle, en fer, à double battant, en barre l’accès… 

 
L’aube point à peine, et les lampes au sodium déversent là-devant une lueur orange qui vous donne un air de cadavre…

  Le juge, décidé, frappe du poing sur la porte qui sonne lugubrement :
- Ouvrez, au nom de la loi !
 
Il ne se passe rien.

  Ravot distingue le bouton lumineux d’une sonnette dans un creux du mur et y enfonce un doigt décidé.

 
Le juge frappe de nouveau du poing, dressé sur la pointe des pieds, sanglé dans son trench Burberry qu’il a entr’ouvert pour y glisser le pistolet Manurhin P38 que lui a tendu Martial.

  Une caméra, à laquelle ils n’avaient pas prêté attention jusque là, pivote en haut de l’un des piliers qui soutiennent le large portail.

 
Silencieusement, les deux battants pivotent vers l’intérieur, sur leurs gonds à l’huile.

  Une vaste cour silencieuse. 

 
Des lampes sont suspendues à des câbles qui la traversent de part en part, tendus sur des pylônes de béton. 

  Un peu de vent les fait se balancer avec de légers grincements…
 

Ombres oscillantes…

  - Entrez, monsieur le commissaire…

 
La voix sort d’un haut-parleur invisible.

  - Messieurs Dupont et Lemol ne seront pas là avant neuf heures… Vous arrivez bien tôt… Entrez, avec vos amis… Le café est prêt…
- Il se fout de nous, rage sourdement le juge…
 
Le commissaire élève la voix :
- Nous avons un mandat de perquisition. Et nous souhaiterions parler à Monsieur Gaston Brunières…
  - Je suis Gaston Brunières… Entrez, il fait un peu frais, vous me pardonnerez de ne pas venir à votre rencontre…

 
Une porte s’ouvre dans le mur du grand bâtiment obscur que l’on distingue sur la droite, dessinant un carré de lumière jaune sur le bitume noir de la vaste cour qui se perd dans la nuit. 

  Pas d’autres ouvertures visibles.
 
Les cinq hommes se regardent, le juge hausse les épaules et s’avance, suivi du procureur et des policiers réticents. 

  Ravot se retourne lorsqu’il entend le bruit sourd des vantaux du portail qui se referment et se verrouillent derrière eux, puis le claquement d’un pêne qui vient s’enclencher dans sa gâche.

 
- Coincés… murmure-t-il à l’intention de Lepif et de Martial qui l’encadrent… Le juge est très imprudent mais on ne pouvait pas le laisser y aller seul…
  - Entrez, messieurs, entrez donc…

 
L’endroit, est vaste et vide. 

  Murs de brique nue noircis par le temps et ses fumées…

 
Sans doute un ancien hangar industriel.

  Le fond leur est invisible : deux projecteurs les aveuglent. 

 
La voix provient de là-derrière… 

  En tournant la tête, Ravot distingue une passerelle métallique qui court le long du mur, au-dessus de la porte qu’ils viennent de franchir. La salle (la halle ?) est très haute et il n’en voit pas le plafond. Peut-être se trouvent-ils directement sous la charpente métallique ? Peut-être ces vagues lueurs, là-haut, proviennent-elles de verrières éclairées des premières lueurs de l’aube ? 

  On s’attend à des cadavres de machines…
 

LA FIN D’UN JUGE / P3C2E32

 P3C2E32 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 32)

  N°221 / LA FIN D’UN JUGE / P3C2E32

 
C’est l’histoire où le juge Foutral est assassiné en compagnie de l’inspecteur Martial, tandis que Ravot et Lepif sont capturés par l’ignoble Brunières qui veut leur faire des misères.

 
Jeudi 16 juin
6 heures et quelques
Bordeaux

 
C’est la suite de P3C2E30 et de P3C2E31 (liens)

 
La voix de Gaston Brunières reprend, dans le haut-parleur invisible :

  - Ainsi que je vous le disais, les Patrons n’arrivent jamais avant neuf heures. Mais je peux sans doute vous aider, en attendant ?
 
- Monsieur Gaston Brunières, j’ai un ici mandat d’arrêt vous concernant. 

  Il marque une pause dramatique et reprend :

- Vous avez à répondre de votre participation à l’assassinat, avec tortures et actes de barbarie, commis sur la personne de Luis Ottouadla, et perpétré à Saint Tignous sur Nivette dans la nuit du deux au trois mai dernier. Vous avez également à répondre de l’enlèvement de la famille de monsieur Hilarion Jovial de Sainte Fouillouse, lui-même assassiné, enlèvement perpétré le 15 ou le 16 de ce mois. Veuillez vous rendre au commissaire Ravot ici présent !

 
Il y a comme un silence…

  En fait, Brunières rit doucement, presque en lui-même, et comme le lieu est vaste, on l’entend à peine :
- Vous êtes rapide, Monsieur… ? En fait, je ne vous connais pas. Je connais Ravot, bien sûr, mais vous…
- Je suis le juge Foutral, en charge des affaires que je viens d’évoquer pour lesquelles vous êtes mis en cause !
- Oui, enfin, cela, c’est vous qui le dites. On m’avait parlé de votre dessaisissement…
- Je ne sais pas qui est ce « On », mais je peux vous garantir que votre insolence ne vous mènera à rien de bon !
- Allons, messieurs, allons… Restons calmes… Bon. Pour ce qui est de Luis, il se peut que j’aie assisté à la fête, mais les de Sainte Fouillouse m’ont suivi de leur plein gré ! Enlèvement, dites-vous ? Je vous trouve bien hâtif… D’ailleurs vous pourrez en juger par vous-mêmes, ils se trouvent ici, tout près…
- Nous perquisitionnerons, reprend le juge…
- Je vous ai dit d’attendre pour cela, n’est-ce pas… Pour ce qui me concerne, il est bien sûr exclu que je vous suive, j’ai beaucoup trop de travail… D’ailleurs vous allez pouvoir en… juger, puisque telle est, dites-vous, votre fonction (de nouveau, ce rire imperceptible)…
- Gaston Brunières ! Je vous somme de vous rendre !
- Du calme, souffle Ravot qui s’est glissé derrière le juge…
 
Ricanement de Brunières, toujours caché par l’éclat des projecteurs…

  - Rendez-vous ! Première sommation !

 
Le juge sort son pistolet et fait feu sur l’un des projecteurs dont l’ampoule explose. 

  C’est vrai qu’il tire bien, Foutral.
 

- Oh, là !!! s’exclame Brunières ironique. On me casse le matériel ?
- Deuxième sommation ! s’écrie le juge furieux…

  Martial se place à ses côtés et arme son pistolet mitrailleur.

 
- Vous avez tort d’insister, mais puisque c’est ainsi…

  Il lève un doigt. 

 
Il y a comme un sifflement. Ou deux ? Mais fusionnés…

  Foudroyés, le juge et Martial s’effondrent, une flèche plantée dans la nuque.

 
- Non, ne bougez pas…

  Lepif a, par réflexe, armé son pistolet mitrailleur tout en tombant à genoux…
 
- … ne bougez plus, répète Brunières, vous n’auriez pas le temps de tirer. Jetez vos armes… Et vous aussi, commissaire, mes amis Humevesne et Suceprout savent de quoi vous êtes capable. Alors pas d’imprudences…

  Ravot fait signe à Lepif et au procureur (effaré le proc) d’obéir sans discuter. En tournant légèrement la tête, il a pu distinguer les silhouettes des Amazones qui les tiennent en joue depuis la passerelle.

 
- Ce cow-boy m’a vraiment forcé la main, reprend Brunières toujours aussi calme. J’en suis désolé, je lui réservais un autre sort… Enfin…

  Il sort de l’ombre et s’avance vers Ravot, la main tendue :
- Ravi de faire votre connaissance, commissaire. On m’a beaucoup parlé de vous…

 
Deux autres hommes s’approchent : Humevesne et Suceprout, qui sur un signe de Brunières ramassent les armes et tirent les corps à l’écart.

  Ravot ignore la main tendue :
- Vous espérez vous en sortir ? Vous venez, devant des témoins assermentés, de vous rendre coupable du meurtre d’un juge et d’un policier dans l’exercice de leurs fonctions ! Et vous nous menacez !
- Ne bluffez pas, Ravot, c’est vous qui êtes en mauvaise posture, et vous le savez…
- Momentanément, vous avez raison, mais vous n’imaginez pas que vous pourrez maintenir…
- Je n’imagine rien : je sais. Je sais que vous êtes perdus, vous et vos semblables… J’ai mission de me débarrasser de vous. C’est fait ! Vous êtes saqué par vos supérieurs, comme ce minable petit juge qui jouait au cow-boy et ce procureur de merde…

 
Le proc serre les poings : toi, mon gaillard, se dit-il…

  Mais l’autre poursuit sans s’en faire :
- … et c’est toute votre société que nous récupérons… C’est nous les patrons, dorénavant. Alors… Mais je suis bon prince et j’en ai le loisir et l’envie : je vais vous montrer ce qui va arriver…

 
On entend un grondement de machines qui se mettent en route.

  - Vous me parliez des Sainte Fouillouse, tenez, je vais vous les présenter. Et vous (il désigne Humevesne et Suceprout), préparez-moi ceux-là (il désigne les cadavres). Qu’ils servent au moins à quelque chose…
 

CE SERA TERRIBLE / P3C2E36

 P3C2E36 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 36)

  N°225 / CE SERA TERRIBLE / P3C2E36

 
C’est l’histoire où Ravot et les autres prisonniers de Brunières assistent à la sortie du « troupeau » de ceux qui, nus, entrent dans l’Usine.

  Jeudi 16 juin
7 heures 30
Bordeaux


 
C’est la reprise de la suite de P3C2E32


 
Le projecteur restant s’est éteint et on l’a enlevé, avec les débris de l’autre. 

  Des plafonniers se sont allumés, très haut, déversant une lumière blafarde. 

 
Humevesne et Suceprout se sont empressés de faire place nette : les cadavres, traînés par les pieds, l’un après l’autre, ont été emportés vers la gauche, par une de ces larges portes en lames de plastique blanc horizontales qui s’escamotent toutes seules en s’enroulant très vite lorsque l’on s’en approche : Vrrrrtttt ! et qui reviennent en place dès que l’on est passé : Tttttrrrv ! 

  Une autre porte, métallique, celle-là, s’est ouverte dans le mur du fond, l’éclairant d’une lumière brumeuse, et a découvert un de ces tourniquets par lesquels on ne peut passer qu’un à la fois, comme dans le métro.

 
Fait pas chaud. 

  Et cependant, les arrivants, qui se présentent au tourniquet en file bien sage, sont nus… 

 
On les sent pressés l’un contre l’autre, dans l’autre pièce, sans doute une salle de douche collective, d’où sort une vapeur chaude qui envahit peu à peu le haut du hangar, vaste comme un hall de gare. 

  Ils s’arrêtent contre la barre métallique et, à la demande d’un panneau lumineux, ils déclinent leur nom, leur prénom, et leur date de naissance. 

 
Et puis leur adresse. 

  Un flash les illumine brièvement.
 
La barre s’escamote et  ils passent…

  - Traçabilité ! Traçabilité ! Le maître mot !

 
Brunières pavoise, arpente le béton devant Lepif, le proc et Ravot qui regardent défiler les corps nus, anonymes, méconnaissables ou inconnaissables dans leur nudité, qui fait qu’on ne les voit pas vraiment. 

  Ils marchent mécaniquement, hommes, femmes, enfants, de tous âges…
 
Les silhouettes sont indistinctes, les visages brouillés dans la distance… 

  Ils fument dans l’air froid…

 
Ils marchent mécaniquement, se tiennent par la main, en lente file indienne, les yeux perdus… 

  Nus, insensibles au froid. 

 
Brunières les a rejoints, a pris dans la sienne la main de la femme brune aux cheveux collés mouillés qui est sortie la première, et derrière qui la file commence à s’étirer, et il la guide au travers de la vaste salle, suivie d’une lente procession de corps nus cadencée par les flashes du tourniquet. 

  Brunières franchit la porte escamotable. 

 
Il fait un signe au passage, et une Amazone ouvre une petite porte voisine en indiquant à Ravot et aux deux autres d’avoir à le suivre de l’autre côté…

  Un dernier regard leur montre la file indienne, maintenant continue, de ces gens, qui avancent en se tenant la main, indifférents, aveugles.

L’air heureux… 

 
Ils marmonnent des choses, les yeux levés au ciel, souriants… 

  Jeunes, vieux… 

 
Des enfants, des vieillards, tous ravis…

  Des machines ronflent là-derrière…

  De l’autre côté du mur…

MATIÈRE PREMIÈRE / P3C2E37

 P3C2E37 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 37)

  N°226 / MATIÈRE PREMIÈRE  / P3C2E37

 
C’est l’histoire où ceux qui n’étaient que nus sont maintenant assis.

 
Jeudi 16 juin
7 heures 30
Bordeaux
 

C’est la suite de P3C2E36
 

De l’autre côté du mur, on entre dans un univers blanc, lisse, poli…

  Une salle, plus petite, plus basse et qui serait intime par comparaison, si elle était moins violemment éclairée, presque silencieuse, n’étaient des souffles d’air comprimé qui fusent de vérins, et un roulement sourd… 
 
Dans la salle circule une sorte de chaîne, faite de sièges roulants en gros treillis d’inox, percés au fond d’un trou plus large, qui sortent d’un passage ouvert dans un mur. 

  Brunières y assied à son tour chacun des arrivants. 

 
Les sièges se renversent. 

  Les bras tombent mollement au creux des accoudoirs, les jambes fatiguées reposent dans des gouttières légèrement écartées… 

 
La nuque se renverse, détendue, dans l’appuie-tête en tôle… 

  Abandon délicat d’une grande fatigue, détente, sourires…  

 
Parfois, on fait attendre : cet enfant, trop petit, aura l’autre fauteuil… 

  Tous ne sont pas de la même taille, on a prévu ces choses, c’est étudié tout ça, c’est fait pour…

 
Un peu plus loin, par terre, les corps du juge et de Martial. 

  On est en train de s’en « occuper » : Humevesne extrait les flèches au moyen d’une pince spéciale qu’il serre sous la pointe… Pour le juge, qui était debout lorsqu’il a été tué, la pointe sort de la bouche. Il la tire et l’extrait toute entière, empennage compris, englué de sang et de cervelle. On n’a pas le temps de le regarder tirer sur la flèche qui sort sous le menton de Martial : il était à genoux, l’angle de tir n’était pas le même…

 
Brunières les interrompt dans leur tâche, et Humevesne vient le remplacer pour asseoir les arrivants qui se suivent toujours…

  Suceprout, un peu plus loin, se saisit de la canne qui pend du plafond, derrière chacun des sièges et l’introduit dans la bouche, dans la gorge, des assis qui défilent lentement, comme à des canards au gavage…

 
On travaille en silence.

  On est sérieux, professionnels, efficaces…

On a le respect de la matière première…
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