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CARTE DE LA HARPIE


La base secrète de l’Élu, en Harpie


Harpie1

25 octobre 2008 - Aucun commentaire
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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

L’ÉPOUSE / P3C1E6

P3C1E6 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 6)

  N°151 / L’ÉPOUSE / P3C1E6

 
C’est l’histoire où Arthur retrouve Arnaud Boufigue et Finette de Sainte Fouillouse, devenue l’Épouse de l’Élu, qui, mystérieusement, semble vouloir l’aider.

 
Mercredi 8 juin
Le matin
Harpie

 
Ça recommence, se dit Arthur en sentant la terrible catatonie le saisir de nouveau, comme une onde de glace qui l’investirait d’une seule pulsation…

 
Il a bu le café que le marin-gardien-infirmier-serveur lui a apporté, comme il le fait tous les « matins ».

Il a obtenu que l’éclairage de l’infirmerie où il reste confiné soit modulé selon un rythme nycthéméral artificiel (nictaméral, comme dit Béatrace quand elle s’explique savant avec Amaïa au sujet de la vie souterraine), et c’est le matin. 

 
Mais la dose qu’on lui a fait prendre est sans doute moins forte qu’en Omphalie, puisqu’il a eu le temps de reposer sa tasse avant de se figer.

 
Le marin est ressorti en emportant le plateau du petit déjeuner intact, mis à part le café qu’Arthur a imprudemment avalé (mais il est vrai qu’à moins de mourir de faim et de soif, il est bien obligé de consommer ce qui lui est apporté). 

 
Le mataf devait savoir ce qui allait se passer. Celui-là, se dit Arthur, si je peux retrouver mes forces assez tôt, je te vais me le faire vilain. Il n’aura pas besoin de drogue pour se tenir tranquille quand j’en aurai fini avec lui. 

 
Tiens, c’est comme le Vladimir… Justement, il arrive, bien sûr… J’espère que ça ne va pas recommencer ! On ne sait jamais avec ces gugusses… Des fois qu’ils voudraient jouer encore et encore aux Amazones et à Bitenor… Connards…

 
- Mon cher Arthur, je sais que vous m’entendez et que vous comprenez ce que je vous dis. Il est concevable que vous soyez inquiet, après ce que l’Élue vous a infligé (ricanement). Je vous rassure : je n’ai aucune intention perverse à votre égard (éclat de rire) : Bitenor n’entre ni dans mes plans, ni dans mes ordres, si j’ose dire. Simplement, vous commencez à récupérer un peu de cette santé robuste qui pourrait vous rendre redoutable, et je tiens à ce que votre transfert en Harpie s’effectue sans incidents. Vous resterez donc sous Catatonine (c’est le nom de cette drogue que vous avez absorbée dans votre café) pendant les quelques heures nécessaires à votre arrivée et à votre installation là-bas. J’ignore quel sort vous a réservé l’Élu, mais je doute qu’il vous livre à ses Amazones : il aurait tendance à se les réserver, même après qu’il ait épousé… Mais je ne vais pas vous ennuyer avec ces mondanités. Nous sommes arrivés à destination et le Hai II est arrimé au fond, dans son berceau de stationnement. Nous attendons le raccordement au sas de Harpie d’un instant à l’autre.
 
Le marin qui escorte Vladimir soulève le bras d’Arthur qui se lève mécaniquement, le regard vide. Puis il le conduit devant le lavabo et lui fait signe de se raser et de faire sa toilette. Arthur s’exécute. Il lui donne ensuite le paquet des vêtements qui lui est destiné et Arthur, malgré la rage qui bouillonne en lui, s’habille docilement. Le voici vêtu de blanc, rasé, coiffé, presque remis à neuf, encore que très amaigri. Son œil indifférent reste perdu dans un lointain inerte et ses bras pendent, inutiles, passifs…

 
- Très bien, reprend Vladimir toujours ironique. Vous voilà endimanché comme un premier communiant. Vous allez pouvoir rencontrer les huiles qui ont souhaité faire votre connaissance. Piotr va vous conduire. Je dois rester à mon bord, vous me pardonnerez, mais j’ai du travail : un chargement à effectuer… Présentez mes respects à l’Élu et mon meilleur souvenir à… Mais au fait, vous le connaissez ? Vous serez remis à l’un de vos amis : Arnaud… Arnaud Boufigue… Vous le connaissez, non ?

 
Vladimir sort en éclatant de rire…

 
Un bruit sourd. Des grincements…
 
Piotr pousse Arthur vers la coursive et le guide : à droite, à gauche…

 
Ils entrent dans un sas où des marins apportent des colis en faisant la chaîne, depuis les silos à missiles désaffectés où ils étaient rangés. Réunis sur des palettes entourées de filets, les colis sont repris par le crochet de grue qui les descend par un large orifice, manifestement raccordé à un manchon de transfert. Le marin qui commande la manœuvre presse alors un bouton, et la charge s’élève… Quelques instants plus tard, le croc redescend, supportant cette fois une sorte de cabine grillagée dans laquelle se tient un personnage qui en saute comme un diable de sa boîte :
- Ce cher Arthur !!! Quel plaisir de se retrouver !!!

 
Arnaud Boufigue, leste et enjoué, tourne autour d’Arthur, inerte et passif :
- Et quelle surprise, n’est-ce pas ? Montez donc dans cet ascenseur. Vous en pardonnerez le caractère primitif, mais il s’agit d’un simple monte-charge, certainement indigne de Monsieur le Directeur de

la Lanterne du Fort ! Passez devant, mon cher !

Il le pousse devant lui d’un grand coup de pied au derrière :
- Ah !!! Deux ans que j’attendais cet instant !!!! 

 
Il fait signe au marin qui commande la grue, et la cabine s’élève avec un léger balancement. La montée est lente. On traverse d’abord un espace sombre constitué du large tube rétractable, puis on émerge dans la lumière d’un entrepôt au sol de tôles rivetées et aux parois de pierre noire et brute.

 
Le câble qui porte la cabine, fixé sous un pont roulant la dépose à quelques mètres du puits obscur entouré d’une rambarde grillagée d’où il l’a extraite.

Arthur, bien sûr, reste impassible, le regard toujours perdu…
 
- Ce cher Vladimir m’a dit que vous en aviez pour deux bonnes heures avant de reprendre vos esprits, mais ce n’est pas une raison pour que vous restiez bêtement immobile. Faut vous remuer, mon vieux…

Il ouvre la porte tandis qu’un marin décroche le câble.

- Allez, dehors !

Il le gifle violemment :
- Excusez-moi, mon vieux, mais ce n’est pas grand-chose et ça me fait tellement plaisir…

 
Arthur sort, d’un pas d’automate et s’arrête au bord de la margelle du puits.

 
Le câble armé de son crochet redescend vers le sous-marin.

 
- Ne restez pas aussi près du trou, c’est imprudent. Venez, suivez-moi…

Il se dirige vers le fond du hangar, là où la lumière est la plus vive.

Arthur le suit…

Un chariot élévateur s’approche tandis qu’une nouvelle charge est extraite.
 
On sort du hangar. 

 
Un couloir de circulation. Des rails. Voie étroite. 

 
Cela ressemble à Agotchilho se dit Arthur qui voit, comprend, perçoit, mais reste incapable de réagir.

 
Arnaud Boufigue chantonne en marchant devant lui, ouvre une porte percée dans la paroi du couloir, et pénètre dans une sorte de salon, ou de bureau luxueusement meublé, confortable, chaud, tendu de brocard et de soieries, au sol couvert de tapis d’Orient.
 
Son guide s’arrête et fait face à Arthur qu’il gifle de nouveau avant de lui siffler au visage, entre ses lèvres pincées :
- Si cela n’avait tenu qu’à moi, mon cher, je t’aurais fait subir le même sort qu’à ce petit imbécile de Luis. Mais il paraît qu’on te réserve quelque chose de plus… amusant, et de plus utile. Alors profite du temps qu’il te reste. Profites-en bien. 

 
Et il sort, laissant Arthur planté au milieu du silence ouaté des tentures.

 
Une porte s’est ouverte, quelque part.

 
Une femme est debout devant lui.
 
Le champ de vision d’Arthur est limité par le fait qu’il ne peut bouger la tête… Il ne l’a pas vue entrer.

Elle est devant lui, drapée d’une tunique de soie pourpre ceinturée d’or, coiffée d’un diadème de diamants, en forme de lyre… Le contre-jour dissimule son visage…

 
Elle lui parle :
- Bonjour Arthur Malfort… Je ne sais pas si vous pouvez me reconnaître… vous ne m’avez jamais rencontrée quoique nous nous soyons croisés de très près… Je suis Finette de Sainte Fouillouse. Ici, on m’appelle « l’Épouse ». Je suis chargée d’engendrer le Fils de l’Élu… Mais cela vous importe peu. Cela ne vous concerne pas, en fait. Je ne peux rien faire pour vous, enfin… presque rien. Je dispose de trop peu de temps pour vous expliquer ma démarche auprès de vous… Ce que je peux vous dire, c’est que j’ai cru aux Écolocroques lorsque je les ai servis. Et puis j’ai compris que c’est eux qui se sont servis de moi, comme de tous ceux qui ont naïvement cru en eux. Je ne crois plus à grand-chose, Arthur Malfort, et mon destin, en fin de compte, semble bien devoir s’achever ici. Mais je veux éviter que vous soyez « utilisé » à votre tour, comme je l’ai été. Je ne sais pas quel sort ceux qui décident vraiment vous réservent, mais au travers de tout ce que je vis ici, je conserve le souvenir d’un jeune homme que j’ai malgré moi contribué à martyriser, juste avant que mon destin ne soit scellé et que je devienne sans recours cette « Épouse » que vous voyez… J’aurais dû l’oublier, bien sûr, mais j’ai conservé en moi le regard qu’il m’a lancé en expirant tandis que je… Je n’ai pas pu l’oublier. Et si je ne l’ai pas oublié, c’est grâce à un cadeau que m’a fait ma mère, Flora, avant que je ne parte rejoindre ce destin qui est maintenant le mien (elle glisse deux petites pastilles entre les lèvres d’Arthur, dont elle caresse ensuite doucement la joue du bout des doigts)… Avalez… Bien… Ma mère appelle cela du Pain de Couleuvre et elle le fabrique, dans les Ardennes belges où elle vit encore, avec de l’hellébore (elle a un petit sourire triste)… Les « quatre grains d’hellébore » du lièvre de
La Fontaine… Elle est un peu sorcière, vous savez… Je ne vous reverrai sans doute plus jamais, Arthur Malfort. Je sais que vous m’entendez et que vous me comprenez. Si l’on vous administre d’autres drogues, comme il est probable, du moins conserverez-vous mémoire et conscience de ce qui vous sera alors imposé, même si, malgré vous, vous devrez l’exécuter. C’est tout ce que je peux faire… En souvenir de Luis… Adieu… « Ils » viendront lorsque les effets de

la Catatonine s’effaceront…

 
Elle quitte son champ de vision. 

 
Une porte se referme.

 
Elle est partie…
 

POUACRE / P3C1E7

P3C1E7 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 7)

  N°152 / POUACRE / P3C1E7

 
C’est l’histoire où Arthur se trouve confronté au professeur Pouacre, qui fut le Numéro 5 des Écolocroques. 

  Mercredi 8 juin
Le matin, sans doute.
Harpie

 
Il est difficile d’évaluer le temps qui passe lorsque rien ne bouge et que l’on se trouve réduit à une passivité de mannequin. Compter les battements de son cœur ? Les clignements réflexes de ses paupières ? Ses inspirations ? Mais bien vite, le décompte s’en trouve perturbé par les souvenirs qui bougent lentement au fond de l’esprit… Souvenirs proches, mêlés à l’angoisse de l’avenir proche, souvenirs lointains, nostalgies… Angoisse d’impuissance… Qu’est-ce qu’elle a voulu me dire ? Ce Luis ? Celui qui a été retrouvé écorché au Petit Matois ? Cette petite ordure d’Arnaud Boufigue semblait s’en réjouir… Et il a dit que mon sort serait plus… amusant ? Qu’est-ce qu’elle a bien pu me faire avaler ? Pourquoi ?

 
Il lui semble maintenant ressentir le fourmillement précurseur de sa libération : la drogue relâche ses effets… 

 
La porte s’ouvre derrière lui. 

 
Il peut tourner un peu la tête…
 
- Ah, bravo ! J’avais bien calculé la dose, se réjouit le personnage qui vient d’entrer. Petit et noir de poil, un long cou de vautour à la pomme d’Adam saillante, coiffé au bol largement au-dessus des oreilles, tout de noir vêtu, le petit bonhomme sec et nerveux s’avance en tordant le cou pour venir regarder Arthur par-dessous…

 
- Je me présente, Arthur Malfort, je suis le Professeur Pouacre… Je fus en mon temps  désigné par le Numéro Cinq, chez les Écolocroques, et je suis maintenant veuf du Numéro Quatre que les Chochos ont livrée à leurs damnés crabes… Je fus donc également le gendre du Numéro Un qui subit le même sort que sa fille, mon épouse, comme je l’ai dit. Et cela à cause de vous, de votre père et de tous ceux de votre bande, Arthur Malfort…

Il tourne autour d’Arthur en se frottant les mains et en ricanant, comme si tout cela le plongeait dans la joie la plus pure. Arthur, qui se libère de plus en plus de l’emprise de la drogue, le suit des yeux en tournant sur lui-même, dans une sorte de ballet comique où un « grand » regarderait de haut un « petit » qui paradoxalement dominerait une situation indéfinissable. 

 
Il découvre à cette occasion les deux malabars, armés de curieux pistolets en plastique jaune, qui encadrent la porte laquée par laquelle Pouacre est entré. Des fois qu’il lui prendrait l’envie de tordre le cou au vautour qui l’encercle dans sa danse. Et qui s’arrête, comme s’il prenait conscience du grotesque de la situation :
- Mais asseyez-vous, mon cher, nous serons plus à l’aise pour discuter…

  Arthur s’assied, encore flageolant, dans le profond fauteuil que lui désigne Pouacre, toujours debout, et qui enchaîne, sans cesser d’arpenter le tapis, comme s’il ne tenait pas en place :
- Comment va ce cher Vladimir ? Il vous a raconté… ?
- Raconté quoi ? La préméditation de son geste ?
 
Arthur a la voix rauque et ces efforts l’ont épuisé. Pouacre semble s’en apercevoir et il éclate de rire comme à une bonne plaisanterie :
- C’est vrai que vous avez vécu une épreuve redoutable ! Survécu serait plus juste… Bravo, mon cher ! J’avoue que vous m’avez épaté. J’ai réprimandé cette chère Élue que sa jeunesse pousse parfois à quelques excès de susceptibilité ! Elle se prend un peu trop à son personnage de vierge farouche. J’y ai quelque responsabilité, en tant que Mentor, mais j’aurais été très déçu de vous voir périr sous les assauts de ses Amazones !
 
Il éclate de rire, s’assied dans le fauteuil placé en vis-à-vis de celui d’Arthur et s’y renverse en se tapant sur les cuisses :
- Bitenor !! Ces filles vous ont baptisé Bitenor !!! Ah vous êtes un sacré morceau !!! Bravo !!! Le qualificatif n’est pas très subtil, mais il témoigne d’une admiration sincère, croyez-le bien. D’ordinaire, le fiancé que l’on donne en pâture à ces dames meurt en quelques heures, mais vous ! Encore bravo.
  Il s’essuie les yeux d’un revers de manche…
 
- Vous m’avez fait pleurer de rire mon cher… Vous êtes un cas… Les Malfort sont tous comme vous ? Votre papa est vieux maintenant. Je me suis laissé dire qu’il s’était remarié il y a peu… Pas de petit frère en vue ? Mais trêve de plaisanterie. Vous devez vous douter que vous ne sortirez pas vivant de l’aventure… Non pas que je vous en veuille le moins du monde pour ce que vous avez fait de ma belle famille : cela cadrait parfaitement avec mes projets… Eux-mêmes, ces fameux Numéros, avaient manqué de loyauté envers moi : Numéro Cinq disaient-ils, sans préciser qu’après moi restaient en attente deux autres enfants de la famille, discrètement planqués dans une institution suisse et dont j’ai été désigné comme étant le Mentor lorsque leur âge les a placés en lice ! Du coup, je n’étais plus le Numéro Cinq, mais le Numéro Sept !!! Je devenais le Septième dans l’ordre naturel de leur succession, derrière deux femmes, qui plus est… Non, je n’en veux pas aux Malfort ! Comme je vous l’ai dit, ils m’ont plutôt rendu service. Vous ne mourrez pas pour satisfaire ma rancune. Mais, que voulez-vous, mon meilleur ennemi n’en est pas moins mon ennemi. Et si je vous relâchais, je suis certain que vous chercheriez à me faire des misères, comme votre père et ses absurdes Chochos… Absurdes, mais bien utiles quand même. Vous savez que c’est eux qui m’ont appris tout ce que je sais en matière de drogues ? Ils sont très forts là-dessus ! Dame, plus de 100 000 ans de poisons de chasse et de pêche… C’est cela que les Numéros n’ont pas compris : ils ne croyaient qu’à la technologie lourde. Des parvenus… L’avenir est à la biochimie fine… Mais, je cause, je cause…  Mon associé souhaitait vous interroger pour savoir où vous en êtes vraiment de vos investigations, mais je lui ai dit que depuis le temps que l’Élue, ma pupille, vous a enlevé, vous aviez dû perdre le fil des évènements. D’autant que nous avons bien amorcé notre implantation et que l’opération de prise en main de la population semble réussir. Nous nous contenterons donc de vous « préparer » pour une autre mission, qui devrait nous débarrasser de toute opposition. Vous y serez notre allié secret, Arthur Malfort ! Réjouissez-vous, vous allez entrer dans l’histoire ! Dans Notre Histoire ! 

  Il se lève, les bras au ciel, soulevé d’enthousiasme. Arthur, étourdi par ce flot de paroles extravagantes s’apprête à se lever à son tour, mais se trouve cloué dans son siège par la poigne massive des deux malabars qu’il a oubliés dans l’histoire.
 
Il se débat, mais Pouacre, ricanant, s’approche une seringue à la main. 

  Les malabars l’immobilisent.

 
Pouacre enfonce l’aiguille dans son bras…

  Arthur grogne de rage impuissante…
 
Il retombe, inconscient.
 

DRESSÉ À LA HAINE / P3C1E10

P3C1E10 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 10)

  N°155 / DRESSÉ À LA HAINE / P3C1E10

  C’est l’histoire où Arthur se trouve dressé par Pouacre à une étrange haine.

  Mercredi 8 juin
Le matin
Harpie

  … Le disque éblouissant tourne devant ses yeux… Une voix en sourd, épaisse et lourde comme goudron :
- Tous… Tous ! TOUS !!! Il faut les tuer TOUS !!!

 
Et défilent alors les ombres grimaçantes : son père en tout premier, dont le regard le brûle, dont le regard taraude, avec le bruit grinçant, métal contre métal, d’un vieux rire moqueur, avec le bruit cinglant d’un ordre douloureux qui lui comble la tête ; son enfance l’aspire, le rend petit, petit, petit, au fond d’un trou profond, de plus en plus profond, d’un puits où il s’enlise, suffoque, palpite à peine, sous l’odeur de vieillard des parois qui l’étouffent… 

  TOUS !!! Ils défilent à ses yeux : Amaïa, baudruche exorbitée aux mains comme des pinces, assise sur sa poitrine et riant grassement, entourée des Chochos dansant en farandole, le ventre ballonné et le pointant du doigt ; Victor et Clémentine, qu’il reconnaît de dos, en train de barbouiller les murs de mots obscènes où son nom se retrouve, mêlé aux pires imprécations ; Rébéquée, qui dévore, avide et appliquée, immense et dérisoire, son image réduite à l’un de ces pantins que les enfants dessinent des dents de leur fourchette dans la purée épaisse des longs repas du soir où ils s’ennuient tellement ; Béatrace, au rire de lamproie, qui lui pompe les forces, qui lui vide la peau, aspire, sous sa moustache mouvante de Gorgone velue, sa chair, son sang, ses os, lui liquéfie la tête, et repue, se pourlèche la lippe de sa langue bifide ; et les autres derrière, éblouissants, féroces, avides et ricanants, tournoiement vorace, tous les autres venus pour le congratuler, mais qui le pincent, le mordent, se moquent de sa peur, de sa peur, de sa PEUR…

 
(… alors que tout au fond de son esprit en fuite, une petite flamme reste là, toute droite, le rassure, et lui dit : eh bien non, tu vois, « moi », c’est ici, et pas dans la tempête, pas dans le tourbillon de disque éblouissant qui te pousse en avant…)

  … qui le pousse, qui l’arme, le pousse à se défendre, se défendre en tuant ! En TUANT !!! Il va les tuer tous, tous ! TOUS !!!
 
Arthur s’éveille, hagard, les bras tremblants… On le baigne, on le frotte, on le masse, on le caresse doux, très doux, très doucement, les doigts doux d’une fille au sourire gentil, heureux, compatissant, qui chantonne tout bas jusqu’à ce qu’il s’endorme, loin de ce tourbillon de lumière terrible, là-haut, quand il est dans le puits…

  (… et pourquoi ce fauteuil dur où des sangles retiennent ses poignets, ses chevilles ? Pourquoi ce disque lumineux relevé au-dessus du front de Pouacre-Numéro Sept qui tapote sur un clavier devant un écran qu’il distingue à peine par la fente de ses paupières entr’ouvertes ? Pouacre qui se tourne vers lui en ricanant, et abaisse le disque brillant en face de son visage ? Pourquoi ces yeux noirs, ces trous noirs, au milieu du cercle de lumière qui tournoie, plus vite, plus vite…)

 
Une vaste étendue, une plaine peut-être ? Quelques vallons peut-être… Peut-être… C’est un monde probable…

  (… c’est un monde improbable…)

 
… où il marche dans une lumière plate. Il n’y a pas d’ombres et il marche, tout seul.

  A l’horizon, là-bas, une bâtisse. Enfin, tout près. C’est l’entrée du journal, il le voit clairement, la Lanterne du Fort, avec son haut perron, parce que dans ce temps-là, il fallait monter pour accéder à l’entrée du journal, en ce temps de noblesse passée… Alors, pourquoi tout est-il inversé ? Et le perron en creux l’attire avec la grasse avidité d’une obscure vasière… Le ciel est sombre, le ciel… enfin, le haut… On pourrait dire aussi bien le couvercle, comme on dit que le plafond est bas ou qu’on parle de hautes pressions… d’oppression… Un lent espace d’oppression le pousse vers ce perron qu’il devrait fuir, fuir au plus vite, dans la plaine où rien ne se passe, où rien n’est effrayant, alors que le perron au profond creux glissant l’aspire, l’aspire…

  C’est un grognement qui l’a fait retourner sur le Masque impassible qui s’est collé à lui par derrière sans qu’il le voie venir, une brassée d’orties sur la peau nue de son dos, comme une trahison ricanante, une morsure, plutôt, ou même, tiens ces tenailles rougies appliquées au plus gras des chairs les plus fragiles et qui tordent les entrailles grésillantes… 

  Arthur a hurlé en se cabrant dans son fauteuil, sous le regard luisant du Masque issu, surrection lente, massive, épaisse, basaltique, de ce perron invaginé en une vase épaisse… Arthur a hurlé… 

 
(… paix… paix…)

  … le Masque, son père, ou quelqu’autre des siens, il les reconnaît bien, à ce tenaillement qui le cabre, hurlant d’une impuissante rage, tordu, exorbité dans les sangles de cuir…

 
(… paix… paix…)

  … au fond, la boue, la vase, ricane avec le regard sombre de la Mère des Chochos… La boue, la vase, d’où sourd l’odeur poisseuse d’un vieux, vieux temps qui pourrit sous l’espace écrasé du couvercle du ciel… La boue, la vase, se moque lourdement du feu de la tenaille qui mord et qui déchire jusqu’au fond des tympans sous l’effet terrifiant de son propre hurlement, à nuque renversée…

  (… paix… paix…)

  Son bras qui se libère, le bâton dans sa main, le grondement de la révolte enfin debout, qui frappe, qui frappe ! QUI FRAPPE !!!

 
Il fait très doux sur cette plaine à peine vallonnée, sous le soleil paisible… Un vent frais… Ses muscles se détendent…

  La silhouette au loin d’une bâtisse familière, sombre, floue…

 
Arthur s’en approche, à peine anxieux, reconnaît le perron…

  Il s’approche un peu plus, lentement, prudemment…
 
Dans sa main, un bâton…

  Quand Arthur s’est éveillé, Pouacre était assis auprès de son lit d’hôpital, patelin, benoît et souriant, la main sur son poignet où une perfusion instille on ne sait quoi.

 
- Vous nous avez fait une faiblesse, mon cher ! Eh oui, que voulez-vous ! Les colosses les plus herculéens sont susceptibles de faiblesse… A propos d’Hercule (il a un petit rire de connivence « culturelle »), vous avez presque renouvelé le mythe, puisque vous avez vaincu les Amazones ! Mais avec quelle massue !!! 

  Arthur n’a rien répondu, encore perdu dans des brumes vagues…

 
- Très bien mon cher. Je vais vous laisser vous reposer… Toutefois, je voulais vous dire que je pense que vous nous avez mal jugés. Mais pouvons-nous vous en vouloir ? Vous avez, si je puis me permettre l’expression, été « mal élevé ». Mais je vais vous donner un gage de notre bonne volonté et de nos bonnes intentions à votre égard : de même que j’ai été épargné alors que vos « amis » d’alors ont jugé et tué les miens, de même, je vous épargne. Dent pour dent, vie pour vie, si je peux me permettre cette expression…

  Il se lève et tapote l’épaule d’Arthur :
- Vous êtes encore très faible, mon ami… Nous allons vous retaper quelque peu, mais votre constitution est robuste, et ce soir, vous pourrez supporter le voyage. Nous vous déposerons en Espagne, en quelques coups d’aile… Vous me pardonnerez de ne pas vous y accompagner, mais j’ai à faire ici. Je pense que nous vous contacterons un peu plus tard, lorsque vous aurez fait le tri dans vos idées. Je suis certain qu’alors, vous nous comprendrez mieux et que ces petits… malentendus entre nous s’effaceront… Je vous laisse, ne me raccompagnez pas !!!

 
Il sort, très content de sa plaisanterie.

  (N’oublie pas… n’oublie pas… n’oublie pas, chuchote la petite voix…)
 

LE RETOUR À BIARRITZ / P3C1E12

P3C1E12 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 12)

  N°157 / LE RETOUR À BIARRITZ / P3C1E12

 
C’est l’histoire où nous apprenons qu’Arthur a été libéré à Biarritz. 

  Jeudi 9 juin
22 heures
Capitainerie de La Marée au Grand Port 

 
- J’ai fait placer un émetteur GPS identifié dans chacune des palettes qui vont être chargées à bord. Cela permettra de suivre le Mélanippé par satellite et de repérer facilement sa route. Il est censé partir en Afrique, déposer une première cargaison à Dakhla, et continuer en cabotant tout au long de la côte d’Afrique : Nouakchott, Dakar, Conakry, Freetown, Monrovia, Abidjan, Accra, Lomé, Lagos… Plus de mille palettes à livrer. Mais je voudrais bien savoir où les Amazones et Daniel Forpris vont descendre à terre…

 
Rébéquée reste un temps songeuse…
 
- Ôoumloc va suivre le navire, mais il n’interviendra pas… Pas encore, réaffirme Ouâniahoua…

 
Celle qui a capturé Tomie la Louve a revêtu la combinaison bleue des dockers du port. Depuis le meurtre d’Ouaniahou, sa sœur, Amaïa l’a désignée comme garde du corps de Rébéquée, et elle applique scrupuleusement ses consignes : ne jamais laisser Ouôtâne[1] seule. 

  Bien sûr, c’est agaçant, et Rébéquée aimerait bien un peu plus d’intimité, surtout lorsqu’elle souhaite rejoindre Hélène dans leur appartement au-dessus de la boulangerie, mais elle se résigne à la présence, le plus souvent silencieuse, mais toujours attentive, de sa « gardienne ». 

 
D’ailleurs, elle a fini par convaincre son amie de venir s’installer dans l’une des chambres du Bureau N°1… Par sécurité… Ça n’a pas été facile : elle ne voulait pas laisser sa maman, la Bonne Marie, ou Marie Bon Pain, comme tout le monde l’appelle ici. Mais il faut protéger le futur bébé… Et Marie elle-même a convaincu Hélène d’aller se mettre à l’abri.

Toutes les heures, la gardienne goum appelle Nouye pour prendre et donner des nouvelles, sauf en cas d’urgence où la petite radio grésille…

- Il est tard, Ouâniahoua. On va rentrer. Les gardiennes et les gardiens de service surveillent. Personne ne peut monter ou descendre sans donner l’alerte…

 
C’est alors que Ravot a appelé :
- Pas encore couché commissaire ? répond Rébéquée qui reconnaît instantanément sa voix.
- J’espérais bien que vous seriez encore au port, Rébéquée… Je n’ai pas voulu appeler au bureau N°1 pour éviter les réactions trop impulsives et irréfléchies. Je sais que vous êtes de sang-froid…
- Mais qu’est-ce qui se passe ? Encore une catastrophe ?
- Non, enfin, je ne crois pas… Ecoutez, je viens de recevoir un appel de la PAF,

la Police de l’Air et des Frontières…

- Oui, et que dit votre paf (Rébéquée ne peut s’empêcher de rire) ? Excusez-moi, c’est idiot…

 
Ravot ne relève même pas :
- Arthur Malfort est à l’aéroport de Biarritz !
- QUOI ?
- Vous m’avez bien entendu : ARTHUR EST À BIARRITZ. Mais d’après l’officier que j’ai eu au bout du fil, il semble éveillé, mais inconscient, dans une sorte « d’état second ». Il est très affaibli, ne parle pas, ne bouge pas de lui-même, reste inerte… Ils l’ont trouvé, assez légèrement vêtu, assis par terre derrière un hangar, et il semblait y être depuis un certain temps. Ils l’ont pris pour une sorte de SDF, sauf qu’il est rare qu’on en trouve dans le périmètre fermé et protégé de l’aéroport. Le médecin de garde a parlé de catatonie… Ils l’ont identifié par les papiers qu’il avait sur lui, et ils m’ont appelé au commissariat. Ils vont le ramener en hélico : leur plan des sites accessibles indique une aire d’atterrissage possible sur le toit du journal…
- C’est exact ; il faudra allumer le balisage. Il faut prévenir, y aller… Il arrive dans combien de temps ?
- Il devrait être là dans une petite heure, mais je ne sais pas trop dans quel état il se trouve : il a eu froid et d’après eux, il est certainement drogué. Ils voulaient l’hospitaliser, mais j’ai refusé, en avançant des raisons de sécurité… Je n’ai aucune envie de voir se répandre la nouvelle.  J’ai bien insisté pour qu’ils gardent tout cela strictement secret…

 
Rébéquée réalise petit à petit l’énormité de la nouvelle :
- S’il s’est évadé, c’est extraordinaire, presque incroyable. S’ils l’ont relâché, c’est à coup sûr un piège… Dans tous les cas, il faut d’abord le protéger, ensuite comprendre… Et là, je ne comprends pas… Il faudrait le montrer à Amaïa, j’ai peur des réactions de Béatrace. Elle est facilement excessive… Et la protéger, elle aussi… Comment est-il arrivé là ?
- D’après la PAF, un Falcon 7X, un gros avion d’affaire, s’est posé à Biarritz pour se ravitailler en carburant, et il est reparti tout de suite : il semblait venir de New York et disait être attendu à Stockholm. Il avait l’air d’être très pressé. Le carburant a été payé en espèces. Cela nous rappelle des choses, non ? Je leur ai demandé de vérifier s’il y avait un rapport avec celui qui est aussi parti de Biarritz après le meurtre de Luis, le 3 mai, j’ai vérifié la date, cela fait un peu plus d’un mois. Mais ce n’était pas la même immatriculation. Je leur ai demandé de vérifier et j’attends leur réponse… On a trouvé Arthur une demi-heure après le départ du Falcon : un mécano qui passait par-là.
- Je préviens nos amis. Essayez d’être présent au moment où l’hélico arrivera au journal…

 
Elle raccroche, prise de vertige. Le sang-froid qu’elle a affiché jusque-là en répondant à Ravot s’évapore, et elle a l’impression de nager dans un irréel absolu… Alors, elle prend Ouâniahoua dans ses bras et l’embrasse sur les deux joues :
- Yahooouuuuuuu !!!!!! Arthur est vivant ma vieille ! Tu te rends compte ?

 
Ouâniahoua se dégage doucement de l’étreinte de Rébéquée :
- Et qu’est-ce que tu feras quand tout le monde sera tiré d’affaire si tu étouffes tes amies à la première bonne nouvelle ?

 
- Allez, en route, mon bonhomme…
 
(N’oublie pas… n’oublie pas… n’oublie pas, chuchote la petite voix…)

Arthur éprouve quelque difficulté à redresser la tête. Pourtant, il reconnaît bien Arnaud Boufigue, et il sait pertinemment qu’il n’a rien de bon à attendre de cet individu.

 
- On va faire un petit voyage, on va même rentrer à la maison… On est content ?
 
Boufigue, lui, semble particulièrement ravi, comme s’il préparait une bonne farce. Arthur se trouve toujours englué dans les profondeurs de la camisole chimique qui lui empâte l’esprit et lui interdit tout mouvement. 

 
Sa grande carcasse amaigrie étendue sur le lit d’hôpital de la chambre qu’il occupe en Harpie lui laisse une désespérante sensation d’impuissance. Boufigue approche une seringue de la ligne de perfusion reliée à son bras :
- Un ptit shoot, camarade ? Allez, juste de quoi te faire tenir tranquille pendant le voyage… Et surtout de quoi oublier ce que tu dois oublier… Faudrait pas que tu racontes trop de choses à tes amis, pas vrai ? C’est fou, les progrès de la science ! Il est carrément très fort, hein, le Mentor ? Le Mentor !!! Qu’est-ce qu’ils ne vont pas chercher… Mais c’est vrai que plus c’est gros et mieux ça marche…

 
Arthur se sent couler dans un lac d’eau sombre…

 
Cependant la petite voix chuchote toujours à son oreille : n’oublie pas… n’oublie pas…
 
Arnaud Boufigue est parti.

 
La perfusion est débranchée. On (qui ?) l’aide à se lever. Il était nu, il est maintenant vêtu d’une chemise et du même pantalon blancs qu’il portait à l’arrivée du Hai II (où est-il passé, celui-là ?) et il se trouve conduit dans un ascenseur. Vertige de la montée où ses bras pèsent plus fort sur les épaules qui le soutiennent tandis que ses jambes fléchissent… Dieu qu’il se sent faible… Une lourde porte courbe s’ouvre devant lui… Un hangar semblable à celui d’Omphalie. Un avion… Là-bas, un groupe d’hommes et de femmes. Pouacre… Finette. Ce jeune élégant, ce doit être celui qu’ils appellent l’Élu… Deux ou trois Amazones… L’Élue, la Patronne, n’est pas là, avec ses chiens et son oiseau… Il y voit un peu plus clair. On ne s’occupe pas de lui, comme si on le croyait totalement inconscient…

Seuls, les deux « infirmiers » le soutiennent.

 
Les « officiels » retournent dans l’ascenseur dont la porte se referme. Ne restent là que les Amazones et ses « infirmiers ». Un ronflement : le hangar remonte vers la surface… Le temps est imprécis, sujet à dilatations et à compressions successives et imprévues… n’oublie pas… n’oublie pas… 

 
Un choc : les grandes portes s’ouvrent sur une énorme bouffée d’air marin, toute pleine du souffle profond de la houle…

 
L’avion a été tourné face à la porte et le crochet du treuil attaché à sa roue avant. Il est tiré sur la petite plate-forme qui précède le hangar, au tout début de la longue piste qui surplombe le halètement sourd de la houle. La porte escalier est ouverte. Les Amazones montent à bord. Les pilotes sont déjà à leur poste dans le poste de pilotage, il les voit s’affairer sur leur check-list. Il est installé et sanglé dans un profond fauteuil, les infirmiers face à lui ; les Amazones sont là, il le sent, mais il ne les voit plus. Il ne sait pas comment il est monté, il a vu des panneaux métalliques se dresser derrière l’avion, sans doute pour protéger le hangar et la piste des jets brûlants des réacteurs, et puis, il s’est retrouvé assis…

 
Dans les nuages… Sous les nuages… On est très bas… Une côte, l’avion prend de l’altitude…

 
Il a dû dormir…

 
L’avion est posé… On le fait descendre… Il fait froid… Il est emmené derrière un hangar. Il est à terre… Tout est si vague… 

 
On lui parle… Il est dans un bureau… En France…

  
 Il s’endort, une fois de plus… Se réveille parce qu’il est transporté, soulevé… Non, il est capable de marcher ! Un effort, et le voilà debout. 

 
Des voix admiratives… On l’encourage amicalement… Des lumières… Floues, puis plus nettes : sa vision s’éclaircit… On l’a couvert d’une grande couverture et il sort dans la fraîcheur de la nuit, poussé, guidé, par des mains et des voix amicales. A quelques dizaines de pas, (son pas s’affermit), un hélico attend, turbine en marche :
- Vous rentrez chez vous, Monsieur Malfort, on vous reconduit… Vos amis, votre femme… 

 
Arthur s’est imperceptiblement raidi. 

 
On lui a posé un casque antibruit sur la tête… On l’a sanglé sur son siège. Il est assis à l’arrière et le copilote le regarde et lui sourit en lui faisant signe du pouce. Machinalement, il répond en faisant tourner verticalement son index droit pour dire qu’il peut décoller, ce qui entraîne en réponse un autre geste approbateur du pouce levé du copilote ravi de voir que le passager, qui paraissait si mal en point, se porte mieux. 

  Il n’a pas une notion bien précise du temps : c’est une matière mouvante, fuyante, tantôt épaisse et lourde, tantôt fluide et… gazeuse, voilà, c’est cela : le temps est un gaz compressible et élastique, une… flatulence de l’esprit, qui fuit parfois, indispose, se comprime en malaise, se libère comme un prout incongru lorsqu’on l’attend le moins. Le temps est malséant, déplacé, grotesque. Infantile. Combustible. Obscène…

 
Arthur laisse tourner cette idée dans son esprit, comme une image virtuelle, fascinante dans sa philosophie pétomane…

  Il a dû s’endormir.
 


[1] « 

la Guerrière », surnom goum de Rébéquée

.

IL EST INDESTRUCTIBLE, PUISQU’IL EST DÉJÀ MORT / P3C1E30

P3C1E30 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 30)

 
N°175 / IL EST INDESTRUCTIBLE, PUISQU’IL EST DÉJÀ  MORT / P3C1E30

 
C’est l’histoire où Arthur s’éveille. C’est aussi l’histoire où l’on commence à deviner où se trouve la base des Méchants, « en Harpie ». C’est enfin l’histoire où la fille de Clèm, Amaïa, naît, sur le trône de pierre.

  Lundi 13 juin
8 heures
Agotchilho

  Il s’éveille dans une eau chaude, épaisse, soyeuse, où la peau glisse sans efforts, coule sans clapots, dans une odeur d’herbe foulée et d’algues, un bruissement d’envol de papillons sous la fraîcheur d’un rideau de peupliers, l’été, dans des glissements onctueux de gomme arabique sous la pulpe des doigts… Dans une eau bucolique où il flotte, léger, une eau moelleuse où il somnole, une eau bruissante, à peine, où il sombre dans la paix…

 
Il entrouvre les yeux dans une pénombre de pierres rouges où vacillent des flammes d’or chaud, découvre la surface mordorée de cette eau qui le baigne, le porte, léger, tendrement complice de ses lassitudes qu’elle absorbe, dissout, efface, souffle léger et tiède à la surface de son esprit. 

  Peu à peu se dénouent les douleurs de ses muscles, les aigreurs de sa gorge, les crispations de ses angoisses…
 
Il entrouvre les yeux… 

  Une cuve de pierre où sourd cette eau si chaude qui le porte si bien, et qui, en débordant sans cesse, produit ce bruissement paisible et berceur… 

 
Il flotte entre deux eaux, la nuque reposée sur un coussin de mousse et les bras écartés sur des pierres du fond que l’on a disposées juste à la bonne hauteur…

  Il est bien…

 
Il sourit…

  Un mouvement, au bout de la cuve, l’eau en frémit à peine, on s’approche de lui, dans l’eau, tout doucement :
- Tu t’éveilles… Bonjour…

 
Béatrace sourit, le visage près du sien, se colle contre lui, se presse tendrement, se niche, se love, l’enserre, l’embrasse…

  - Bonjour Arthur revenu, mon homme grand et fort… Bonjour… Je suis heureuse…
 

Arthur referme les bras sur toute sa tendresse, porté par l’eau complice, il referme les yeux, de plaisir cette fois, se dresse légèrement (ces petits seins durcis sur sa poitrine creuse)… Du coup il se lève pour de bon, sans relâcher Béa, pousse un cocorico sonore et triomphant… et retombe en riant, parce que le fond glisse, en buvant une tasse de l’eau suave de sa baignoire…

  - Pfff… Toi, ici ? Et moi ? Mais qu’est-ce qui se passe ? 

 
Il embrasse Béa qui émerge à son tour, la moustache en bataille, cherche à la soulever… et tombe de nouveau, de faiblesse, cette fois…

  - J’ai faim ! Explique-moi ! 

 
Il a fallu deux heures et quatre bols de soupe pour le sortir de l’eau bienfaisante du bain.

  Tijules est accouru en entendant les cris (il était dans la pièce voisine et pataugeait avec les autres enfants).

 
Amaïa, sobrement triomphante, est venue expliquer ce qui s’est passé. 

  Eusèbe, Clèm, Jeanne, tous, sauf Rébéquée, retenue au port, et Vic, resté au journal, tous sont accourus aux appels de Béatrace !
 
Arthur, corps (affaibli) et âme (vigoureuse), se trouve enfin réintégré tout entier au giron chaleureux de leurs forces regroupées.

  - Vic a prévenu Ravot, dit Clèm, qui s’essouffle vite (demain ou après-demain, lui a dit Amaïa, tu t’assiéras au siège où naissent les enfants !)…
- Ravot ? demande Arthur…
- Le commissaire. Tu l’as rencontré à Saint Tignous, mais Amaïa l’a admis « en bas ». Il est devenu un ami. Il va falloir que l’on t’explique ce qui s’est passé ici, et que toi aussi, tu nous racontes ce dont tu te souviens…
- Il ne faut pas trop le fatiguer, s’interpose Amaïa, il est encore très faible…
- Mais non, je…
- Mais si, tu ! insiste Béa en lui tendant un cinquième bol de soupe.
- Il est fort le bougre, grommelle Eusèbe ému.

Amaïa confirme :
- Il est indestructible, puisqu’il est déjà mort…


 
- Et avec tout ça, on en est où ?

  Arthur est revenu avec tout le monde au bureau N°1.
 
Complètement perdu, il essaie de comprendre, de renouer les fils… Lui, il en est encore à la mort de Daouj et à l’écorché de l’île Guamblin… Et à cette immense faiblesse…

  Alors on essaie de lui expliquer, de résumer les évènements, et surtout, de lui faire comprendre l’importance qu’a prise la Nouvelle Réna…

  Bien sûr, il perçoit immédiatement et en miroir, l’importance de tout ce qu’il a vécu, et de ce qu’il a retenu. Qu’il était censé oublier. Qu’il aurait oublié si… SI. 

  Il ne sait pas pourquoi, par quel miracle il n’a justement pas oublié.

 
Tout cela va lui revenir sans doute. Il faut qu’il sorte, qu’il parle, comprenne. 

  - Attention, objecte Rébéquée. Il ne faut pas sortir… Il y a encore au moins deux Amazones dans la nature, sinon trois. J’ai dû laisser partir le Mélanippé vendredi soir sans le fouiller. Et il navigue vite, d’après ce que j’ai pu relever… 

  On explique à Arthur que c’est le bateau sur lequel se sont embarqués Daniel Forpris et peut-être une Amazone, celle qui a tué la Vorme. 

  Encore des flèches marquées Hybris, comme celle qui a tué Daouj.
 
On lui explique qui était Edmonde de la Vorme Séchée, et ce que l’on sait des tenants et aboutissants de la chose, ce qui mène à Ted et Jo, et…

  Arthur interrompt les explications :
- Mais alors, le Mélanippé va en Harpie !
- En Harpie ?
- Oui, là d’où je viens, là où j’ai vu Pouacre, l’Élu et Boufigue. Et… quelqu’un d’autre aussi, qui m’a permis de me souvenir… Mais je ne sais plus…
- On doit aussi y trouver le laboratoire où ils produisent leurs saloperies, souvenez-vous des « matières précieuses » dont parlait Tomie avant d’être tuée, remarque Victor…
- Il est suivi par satellite, précise Rébéquée, et…