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RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

CHAPITRE 1


  P3C1E1 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 1)

 
N°146 / LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot, à sa toilette, écoute, aux infos du matin, une interviouve de Bricolat Mulot. On commence à parler d’élections.

 
Mercredi 8 Juin
7 heures
Chez Mado

S’il est un moment de la journée que Ravot déteste voir perturber, c’est celui où il achève de faire sa toilette en écoutant les infos à la radio. Pas toujours drôles, les infos en question, mais il a vraiment l’impression de « reprendre le collier » en douceur, de se « remettre sur les rails ». Un peu avant sept heures, en général, sauf lorsqu’une opération urgente exige une présence encore plus matinale.

  « Chers Auditeurs, j’ai ce matin le plaisir de recevoir notre ami Bricolat Mulot, bien connu pour ses expéditions lointaines et les somptueuses images qu’il en rapporte pour notre plaisir à tous.
Mon cher Bricolat Mulot, vous venez de publier « Au fond des Yeux,
la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé qui va sortir en librairie dès demain matin, et qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de l’hiver dernier dans l’émission que vous présentez, avec le soutien de notre partenaire Distribeau, sur une chaîne amie. Pensez-vous qu’une telle publication puisse servir la cause de ceux qui défendent

la Nature, ceux-là mêmes que vous souhaitez représenter en vous portant candidat aux prochaines élections ?

- Mon cher Maurice, permettez-moi cette familiarité, nous nous connaissons depuis si longtemps, mon cher Maurice donc, je vous remercie tout d’abord de m’avoir invité et de me donner l’occasion de dire publiquement l’inquiétude profonde que j’ai voulue exprimer au travers de ce petit ouvrage que vous avez la gentillesse d’évoquer, publié aux éditions Plein Air Pur, imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé, je ne le répèterai plus, c’est un moyen de soutenir l’action de Sœur Emmanuelle, et dont la sortie en librairie est prévue pour demain matin.
Je n’ai fait qu’y traduire un constat d’évidence : la Terre a atteint un point de vulnérabilité sans précédent, et comme le phénomène de dégradation empire sans cesse, les dégâts sont désormais visibles à l’œil nu. La vérité est terrible : désolidarisés de

la Nature, nous refusons d’admettre que seuls, nous ne pouvons tirer notre épingle du jeu, et que nous courons droit à un abîme sans fond que nous avons nous-mêmes creusé des pieds et des mains !

- Et cependant, il semble que vous distinguiez dans cette perspective tragique, des lignes d’espoir, des potentiels de ressources…

- Il y a deux ans, nous avons vécu un drame, lorsqu’une terrible erreur a fait basculer notre monde dans un refroidissement catastrophique, alors que tout prouvait qu’il se dirigeait, à l’inverse, vers un réchauffement mortel causé par l’imprudence irresponsable de nos comportements. Cela doit nous rendre prudents. Et modestes. Ce sont les solidarités qui nous sauveront, les solidarités proches, voisines, terre à terre, comme celles des chiffonniers de Calcutta, qui sauvent de vieux chiffons pour en faire du papier recyclé, celui-là même que j’ai utilisé symboliquement pour y faire imprimer mon ouvrage « Au fond des Yeux, la Nature », aux éditions Plein Air Pur. Abattus par

la Mondialisation de

la Catastrophe, nous vivrons par

la Proximité et par

la Fusion. Regardez sur cette photo prise du ciel, que vous trouvez à la page 107 de mon ouvrage « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, regardez la mosaïque, le damier, qu’est devenu notre pays, ses routes bloquées, ses canaux gelés, ses lignes électriques tombées à terre… Pensez-vous que l’espoir pourra venir d’en-haut, d’un état providence amoindri, impuissant, frappé de stupeur, privé de ses organes de communication ?

- Et cependant, mon cher Bricolat, malgré toutes ces difficultés, vous vous portez candidat…

- Mais bien sûr, voyons, il n’est pas possible de laisser se poursuivre le cirque habituel des candidatures où Pierre reprend le pouvoir à Paul qui lui avait ravi aux élections précédentes ! Le monde, c’est cette fois flagrant, a changé. Il faut une Rupture. J’incarne cette Rupture !

- Mais quelle Rupture ?

- Une Rupture dans

la Conscience que l’on peut avoir de notre Environnement. D’abord. L’Etat est moribond, c’est un fait. Notre Conscience se doit d’y suppléer.

- Pourquoi ?

- Parce que je le dis ! Ça se voit, non ? C’est un fait d’évidence manifeste ! Il faut en revenir à une Conscience de Proximité, comme je l’ai dit, comme je l’écris dans « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, sur pur chiffon de Calcutta, sauver Ses Meubles, nettoyer Sa Poubelle en toute conscience, la trier jusque dans le détail, et correctement, le jaune avec le jaune, le verre avec le verre, développer son Environnement immédiat, en sachant bien que chaque goutte d’eau épargnée par chacun représentera un Océan pour

la Nature, que chaque Kilowatt économisé par chacun représentera une somme d’énergie considérable au bout du compte, et qu’il ne faut plus compter sur une Centrale qui continuera de délivrer l’énergie pour tous. Nous sommes reclus dans la cellule de notre Environnement proche : il nous faut le gérer. Au plus près. Le froid contracte ! Contractons-nous. Mais contractons-nous en Harmonie. Mon Travail, si je suis élu, consistera à donner à chacun la claire Conscience de ses limites et à l’aider à s’y épanouir, tel le poussin qui peu à peu remplit son œuf de manière à laisser au monde la possibilité d’accueillir son éclosion ultérieure. Plus tard.

Nous Savons, de Marseille à Dunkerque et de Strasbourg à Brest, de Bordeaux à Lyon, de Sedan à Hendaye, nous savons, peu importe comment, peu importe pourquoi, nous savons que Nous avons raison et que Nous sauverons le monde… »


Ravot range sa brosse à dents, crache dans le lavabo et se rince la bouche.

  « - Mon cher Bricolat, je pense que nos auditeurs auront compris avec quelle passion vous avez entrepris cette véritable croisade dans laquelle vous vous engagez. Et la passion, y’a qu’ça d’bon ! Par ailleurs, à votre arrivée dans notre studio, vous m’avez fait part de votre indignation concernant un fait divers dont vous avez eu connaissance…

- Oui, et je vous remercie de me donner l’occasion de l’évoquer : votre confrère «

La Lanterne du Fort », qui s’est particulièrement distingué voici deux ans lors de cette obscure histoire des Écolocroques, fait état d’étranges disparitions qu’il semble implicitement imputer à

la Nouvelle Réna, ce mouvement de convivialité proche, né au sein du système d’échanges Super Troc, devenu « 
C’est tout naturel
 », qui a si heureusement su pallier aux défaillances d’une Grande Distribution centralisée, et de ce fait, paralysée par un peu de neige.
Autant j’ai pu estimer l’action de votre confrère lors de ces évènements, qui n’ont toutefois pas encore été totalement élucidés (ce que je m’engage à faire si j’ai l’honneur d’être élu, et quoi qu’il en coûte à qui il en coûtera, et ce sera cher), autant je réprouve les méthodes d’amalgame dont Eusèbe Malfort a fait preuve dans cet article où il établit des rapprochements entre une louable convivialité de proximité et les Numéros des Écolocroques qu’il a contraints, peut-être un peu hâtivement, au suicide.

- En deux mots, et pour nos auditeurs qui n’auraient pas lu la presse de ce matin, pardonnez-moi de vous interrompre, Bricolat…

- Je vous en prie mon cher Maurice…

- Eusèbe Malfort insinue que certaines saucisses distribuées par cet organisme pourraient contenir de la chair humaine et il intitule son article « les Élus cannibales »…

- Voilà. Ce qui m’indigne dans cet article, c’est le fait qu’il tend à jeter l’opprobre sur un mouvement, encore une fois, destiné à rapprocher les gens, dans cet esprit de solidarité qu’a fait naître l’entreprise Super Troc, au travers de symboles simples, comme celui des Élus, symboles gentiment ritualisés au cours de réunions amicales et conviviales, d’ailleurs rémunérées, si mes informations sont justes et qui donc procèderaient de l’une de ces Solidarité de Proximité que je souhaite solidairement encourager de façon solidaire.
Tous ensemble.
J’y vois une tentative de blocage d’un mouvement qui leur échappe, de la part des relais occultes d’un Etat incapable de gérer les vrais problèmes de la vie quotidienne ! Il est plus facile de mettre à l’index un fabricant de saucisses que de rétablir l’électricité sur l’Hexagone ! C’est pour moi tout simplement honteux. Cela revient à bafouer tous ces braves gens, de plus en plus nombreux, qui se trouvent ainsi, sans vouloir faire de mauvaise plaisanterie, mais avec le sourire d’autodérision modeste qu’ils y mettent si bien eux-mêmes, liés par la saucisse, plus que par le lien conjugal. Ne se définissent-ils pas eux-mêmes, avec ce même humour modeste, délicat et juvénile qui les caractérise, commecomme « les Cénobites[1] Tranquilles, paisiblement plantés dans les faits, s’épanouissant, riant du gras confit, l’emplissant de leurs saucisses moelleuses [2] » ? Et cette persécution se manifeste au travers de ce que l’Etat peut faire de pire : l’acharnement policier. D’ailleurs, il semble que les élus locaux en ont pris conscience et se sont insurgés contre le procédé…

- Et bien mon cher Bricolat Mulot, je vous remercie pour votre visite matinale à notre antenne, et je rappelle à nos auditeurs que vous venez de publier « Au fond des Yeux,

la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de vos émissions de l’hiver dernier. Encore merci.

- Merci de m’avoir invité, je rappelle que le livre sort demain en librairie, encore merci mon cher Maurice… »

 Jingle de l’émission, et tout au fond, un micro ayant été mal coupé, on entend : « Une ptite saucisse, Maurice ? », avant le « cloc » du contact que l’on coupe d’urgence.

 
Ravot soupire, hausse les épaules et descend prendre son petit déjeuner.
 

[1] Religieux qui vivent en communauté. Des moine, quoi…

[2] On retrouve ici l’ambivalence de propos caractéristique de la Nouvelle Réna : cette invocation, proclamée par le Maître de Cérémonie à la fin de la circumambulation axée sur le Putier, et noyée des fumigations rituelles, se traduit de manière subliminale pour les Initiés du second grade par : « Laissez nos bites tranquilles, paisiblement plantées dans les fesses épanouies, en riant du gros con filant,plissant de leurs saucisses moelleuses ». Où fesses et cons sont ceux des Initié(e)s du premier grade…Ce qui nous permet de deviner que Bricolat Mulot est pour le moins un Initié du Second Grade…

LA PRISE DE LA MAIRIE / P3C1E27

P3C1E27 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 27)

  N°172 / LA PRISE DE LA MAIRIE / P3C1E27

  C’est l’histoire où Varochaix, du Nari (parti National Régionaliste) (voir sa biographie succinte en suivant ce lien) profite de la vacance du Pouvoir pour s’en emparer. 

  Samedi 11 juin
9 heures
Garage Varochaix

 
Varochaix s’éveille, détendu, satisfait, léger, oui, léger… C’est toujours comme ça les lendemains de séance à la Nouvelle Réna, et en son temps, Arnaud Boufigue lui avait expliqué que c’était le propre (c’est le cas de le dire) des âmes pures. 

  Il baille largement, pète bruyamment et abondamment, agite le drap pour répartir dans la chambre ses flaveurs puissantes, et reste ainsi un temps, satisfait, heureux du bonheur simple et organique de se sentir bien dans sa peau, bien dans ses draps, bien dans son pieu, dans ses propriétés, dans ses œuvres… Bien, quoi.

  De son appartement, logé au-dessus du garage, il peut entendre, très étouffée, l’activité des quelques employés, qui, le samedi matin, travaillent hâtivement pour achever quelques réparations, préparer quelques véhicules, régler quelques moteurs… Terminer avant midi. On ne bosse pas l’après-midi.

 
La femme de ménage vient à dix heures (une Espagnole poil aux pattes intouchable mais efficace, discrète et de toute confiance). Elle travaille une heure ou deux et dégage le plancher, comme tous les matins de la semaine. Elle occupe un pavillon minuscule à l’entrée de la cour du garage, où elle vit avec son mari invalide et leurs deux enfants silencieux. Concierge, quoi. Et tellement heureuse d’être ainsi logée « gratuitement » qu’elle se ferait couper en rondelles pour « el Patronn’ ». Dévouée…

  A cette heure-là, Varochaix est descendu depuis un bon moment dans son bureau, juste dessous, et il prend quelques rendez-vous, ou bien il lit le journal, surtout le samedi.

 
Ce samedi là, il lit le journal, les pieds sur le bureau. 

  Bordel !!!

 
Et puis il repose le journal.

  Et puis il réfléchit…

 
Dix heures. 

  Il a réfléchi.

Il se lève, arpente une seconde le bureau et appelle :
- Hémi !!

La secrétaire translucide entre en serrant son bloc-notes sur la veste de son élégant tailleur fuchsia à boutonnage controversé (un bouton à droite et un à gauche. Un effet inventé par son amie Clara, dite Clarinette, des Créations Gigounette, qu’elle essaie pour le « roder » avant le défilé de demain soir à

la MJC, que sa calotine de copine écrit : «

J-C »). Ça tombe bien, la jupe est largement ouverte par-derrière, avec un effet de panty jaune vif et des mi-bas verts.

  Docile, elle s’accoude sur le bureau et prend la pose, croupe tendue.

  - Mais non, conne, prends mon répertoire et note d’appeler tous les adhérents disponibles du Parti. Rendez-vous dans un quart d’heure à la mairie.

 
Le Parti, et cela, Hémi le sait, c’est bien sûr le Nari. La liste se trouve dans le répertoire personnel de Varochaix, tiroir de droite de son bureau, auquel elle ne peut accéder qu’avec l’autorisation expresse du Patron. C’est le cas. 

  Elle se redresse. Ça craque un peu. Faut dire qu’elle a encore perdu deux kilos. Elle est descendue à 250 calories. Elle est contente : elle tend vers l’idéal. Elle a enfin mis sa photo en maillot sur son blog proana et elle reçoit des félicitations. Et on l’a rassurée : on lui a assuré que ce qu’elle « prend par là » n’apporte pas de calories en plus. Donc, elle peut travailler sans s’inquiéter. Un stress en moins. C’est bien : on dit que le stress fait grossir.

 
« Gardarem lou Mairie », déclare Varochaix à l’employée municipale qui se trouve à la réception. « Le Maire est mort, vive le Maire ! », ajoute-t-il pour expliquer à l’ignare le contenu implicite de sa déclamation liminaire. Encore une colonialiste planquée dans le système. Il va falloir un grand coup de balai de purification ethnique dans tout ça, dès que les choses seront calmées.

  Calmées, parce qu’ici, c’est un peu le soir après Waterloo, lorsque le petit caporal a capoté et que les chevaux démontés tournent en rond sur le champ couvert de morts sur qui tombe la nuit.

 
C’est tout à fait ça, se dit Varochaix : des bourrins qui hennissent en tournant en rond. Secrétaires de ceci, agents de cela, déboussolés, avec des phrases qui ressortent du brouhaha général, comme des étincelles sortiraient de la braise au vent de la déroute : « et il paraît que ceci », « et il paraît que cela », « tout nu », « avec le Conseiller en matière d’économie électorale », « vous auriez pu penser ça d’un homme aussi sérieux, vous ? », « de lui, sûrement pas, de sa femme, peut-être »… Et cetera.

  Et surtout, des guichets mal fermés qui battent au vent de la panique, et des portes qui claquent…

 
Un fayot a noué un crêpe noir à la poignée de la porte principale, on crie : « t’as trouvé le drapeau ? », et puis : « comment on fait pour le mettre en berne ? »…

  Varochaix a réuni les cinq affidés disponibles qui l’ont rejoint et les a disposés en fer de lance. Et il fonce dans la tempête, direction, le bureau du Maire.

 
Une petite secrétaire pâlichonne aux yeux bouffis de larmes tente de le retenir :
- Vous ne pouvez pas…

  Mais elle est écartée d’un revers de la main qui l’envoie se rasseoir sur son siège à roulettes, lequel, dépourvu de moyens de freinage, court sur son erre jusque dans la vitrine qui protège un drapeau broché d’or, témoin fameux d’une lointaine bataille gagnée on ne sait quand contre on ne sait qui par une confrérie dont le nom inconnu se perd dans ses plis glorieux, et une large et longue épée, certainement très lourde, quoique bouffée de rouille, et qui fut en usage pendant, dit-on, des siècles, à fin de justice décollatoire.

 
La chaise et son contenu secrétarial s’arrête là avec un léger bing, sans toutefois briser la glace, épaisse et verrouillée. Toutefois, le mouvement de pivot induit par la dissymétrie du choc précipite la petite secrétaire pâlichonne aux yeux bouffis de larmes les quatre fers en l’air, le coccyx sur la moquette bouclée de l’antichambre. 

  Elle couine parce qu’elle a mal.

 
Le fer de lance se consulte du regard, hésitant un instant entre l’ignorer, la passer par les armes (l’épée est là, incitatrice en diable) ou lui passer dessus (le champ se trouve libre, la pose, incitatrice), ainsi qu’il sied aux occupantes colonisatrices vaincues par les armées du peuple. 

  Varochaix remet de l’ordre dans leurs pensées en leur rappelant que la Nation ne saurait se comporter comme une bande sans feu ni lieu ni foi ni loi ni Dieu ni Diable ni maître ni ressources ni morale, enfin, comme une bande de soudards avinés débourrant un couvent de jeunes filles sans dessus ni dessous ni devant ni derrière. Comme un vulgaire Raspoutine !

  D’ailleurs, Dieu est avec Nous.

  Et puis on n’a rien bu.

 
P’tite saucisse ?

  On se fait une pyxide entre amis. Ça réconcilie tout le monde avec la pureté des grands vainqueurs. 

 
Vive le Béarn libre !

  La fille a filé sous son bureau, regrettant d’avoir mis sa mini bleue pour venir bosser. Et sa petite culotte rouge avec ses bas blancs. C’est vrai qu’avec le défunt maire (mon dieu… le défunt maire, quelle tristesse), elle ne risquait pas grand’chose. Juste une félicitation pour son patriotisme foncier. Mais là, elle a senti passer le vent de l’histoire et le souffle corrompu des hordes barbares remontées de la nuit des temps pour égorger nos filles et nos compagnes. Ça lui donne des frissons frisottants dans les frisous.

  Et puis, coach coachant son équipe avant l’épreuve et l’effort, Varochaix regroupe ses Hommes et leur souffle l’Ambition de la Victoire (en français, parce qu’ils n’ont pas tous dépassé les premières leçons de la Langue) :
  - Istrégoud ! Istrégoud ! s’exclame-t-il, lançant ainsi leur farouche cri de guerre, comme un défi au monde entier…
  - Istrégoud ! Istrégoud ! reprennent-ils en chœur, positivés à bloc…
 
- C’est notre chance ! J’étais le Numéro 3 de la cité et nous en souffrions tous, rabaissés par l’Etat français et sa domination humiliante, taillés et corvéés à merci par le monstre fiscalo-totalitaire qui nous brimait à quia jusqu’au fond de nos campagnes, traqués par ses hordes soldatesques et policières, niés par son école sournoise, dont les noirs hussards enrôlés sous la bannière de l’oppression linguistique arrachaient la langue de nos aïeux de la gorge de nos enfants innocents, pantelants, sanglotants, ruisselants…

  Un silence. L’émotion est palpable, On renifle virilement. Y cause bien, y’a pas.

 
Varochaix enchaîne, la main sur le cœur :
- Mais les Numéros 2 et le Numéro 1 de cet Etat dans l’Etat qu’est notre belle et antique ville se sont entre-tués, dans un spasme obscène où leur infamie se révèle à tous ! Le podium est libre ! Nous en occuperons, de plein droit, la plus haute marche. J’y monte, j’y suis, j’y règne !

  Et dans un geste large, il ouvre en grand la porte du bureau du Maire :
- Pas de vacance du Pouvoir. Nous veillons, nous gagnons !

LA MÉTHODE À 6000 / P3C2E9

P3C2E9 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 9)

 
N°198 / LA MÉTHODE À 6000 / P3C2E9

 
C’est l’histoire où les de Sainte Fouillouse survivants s’agitent bizarrement et reparlent de la Méthode à 6000. Et où Amaïa envoie Arthur au lit. 

 
Mercredi 15 juin
11 heures
Bureau N°1

  (Voir un rappel de la Méthode à 6000 dans l’article consacré à Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse : lien)

 
Tout ça nous mène à onze heures, et à l’arrivée de Ravot accompagné de Lepif. 

  Qui tombe en arrêt devant Nouye.
 
Lui non plus ne se fait pas à sa nudité, mais, plus jeune, il le manifeste autrement que son patron : regards détournés et période d’adaptation un peu plus longue. 

  Il ne tire pas la langue, mais c’est tout juste. 

 
Quand Amélie est là, avec son regard étonnant (« Comme-Les-Vagues-L’Hiver », disent les Goums), sa présence occulte la balayette[1] celle de toute autre et rend le fait sinon indifférent, du moins indistinct. 

  Mais là…
 
Nouye est toute seule dans sa situation devant le groupe vêtu, et forcément, ça se remarque qu’elle est très bien foutue pour une Goum, pas massive, pas trapue, pas mamelue, pas fessue, juste ce qu’il faut, quoi…

Juste, et bien !

  - Alors Lepif, on a fini de baver, le secoue Ravot, vous tournez limace, mon garçon, rentrez la langue…

  Lepif rougit, ce qui fait rire tout le monde, rougir plus fort l’inspecteur, et se poser des questions au météorologue qui vient de revenir de sa douche, en grand uniforme d’officier de la Kriegsmarine, la barbe taillée d’équerre, et qui n’y comprend rien. 

  Surtout lorsque, impassible, Nouye déclare froidement que s’il le souhaite, Lepif pourra participer à une prochaine cérémonie d’amour pour s’accoupler à elle, mais qu’il faudra attendre que les résultats des essais d’hybridation soient avérés, parce que jusqu’ici les résultats sont restés négatifs…

- Ou qu’il mette une capote, enchaîne fort sérieusement Rébéquée, faudrait pas qu’il devienne papa Boule…

  Ce qui, de nouveau, fait rire tout le monde, sauf Nouye, insensible à l’humour et qui, en bonne Goum, ne comprend pas que l’on puisse désirer s’accoupler dans un but purement ludique. 

 
Et sauf Lepif, dont la gène est totale. 

  Quant au météorologue, il nage dans une forêt de points d’interrogation, perdu dans un brouillard de force 10.

  Ravot relance son adjoint, pour le sortir de l’embarras dans lequel il l’a plongé (ce qui manifeste une belle hypocrisie de sa part, hypocrisie que Lepif lui reprochera entre quat’zieux à la première occasion, il se le promet), et l’inspecteur se reprend, avec un petit air gêné des plus délicieux :
- J’ai interrogé lundi après-midi la famille du Conseiller en matière d’économie électorale. Son épouse et sa sœur. Le commissaire avait préféré attendre un peu, par décence…
- L’annonce officielle a été faite par le juge lui-même, qui m’avait demandé de lui laisser ce soin, bien que cela relève de mes fonctions… Mais j’ai peu de goût pour ce genre de situations…
- On vous comprend volontiers, approuve Arthur.
- Donc, je n’y suis allé que lundi vers 18 heures, reprend Lepif…
- J’étais retenu au commissariat, précise Ravot, j’essayais de joindre le juge…
- … pour apprendre que Pélot était déjà passé et leur avait exposé ce qu’on a découvert. Mais Pélot a disparu. Aucune nouvelle. Et puis le juge à son tour est venu leur faire l’annonce officielle, donc. Pas content d’avoir été grillé par Pélot…
- Comment ont-ils réagi ? demande Arthur…
- Ont-elles… précise Lepif. Il y avait trois femmes. Une vieille mama effondrée, comme on peut naturellement s’y attendre, touchante, adorable, et puis une épouse et une sœur inquiètes. Le mari de la sœur était absent. Il paraît qu’il l’est souvent.
- Inquiètes ? demande encore Arthur…
- Inquiètes, confirme Lepif : la réputation, parce que Pélot leur avait décrit la scène de crime, parlé de la garçonnière et du cadavre nu du maire couvert de la peau de Luis… Et puis il s’est produit quelque chose d’autre… qui les a plongées dans le désespoir et la révolte : pendant que je les interrogeais sur les connaissances que le frère et mari pouvait entretenir à l’extérieur, est arrivé un courrier porté par l’une des deux tenancières du Tapas’Embal, le bar à tapas. Je ne sais pas ce que c’était, mais ça a eu l’air de les bouleverser, et elles m’ont proprement fichu à la porte. L’épouse m’a raccompagné, et j’entendais la sœur pousser des cris de rage « c’est pas possible ! C’est pas possible !! ». Et puis : « Je ne vois pas pourquoi je me gênerais si je peux gagner 6000 en plus ! », et la mama qui protestait en gémissant : « Oh, ma fille, oh, ma fille, pas toi, pas toi aussi, pas comme ton frère, pas comme ton père… ». Je n’en sais pas plus pour l’instant.
- Et pendant ce temps-là, reprend Ravot, moi, je recevais la visite d’un certain Le Vacher, qui m’a poursuivi jusque chez Mado. Un olibrius à face-à-main qui voulait porter plainte contre Hilarion-Jovial à qui il reproche de s’être fait tuer au lieu de le servir dans ses intérêts. Désespéré et furieux, le bonhomme : selon lui, le Conseiller en matière d’économie électorale aurait dû lui avouer qu’il était pédé, ainsi que l’auraient prouvé les constatations de la police. Or, Le Vacher avait engagé « des billes », comme il dit, dans l’hôtel Marengro qui appartenait à Hilarion-Jovial. Ce qui entraînait quelques risques pour sa propre réputation : pensez, un conseiller financier ! Personne ne voudrait croire qu’il ignorait le comportement pervers de son client ! Sa réputation se trouvait compromise… J’ai dû subir le délire de persécution de ce connard imbécile et paranoïaque…
Malgré tout j’en ai retenu quelque chose d’étonnant : il connaissait des détails confidentiels sur la mort des victimes. Ainsi que l’a dit Lepif, Pélot était passé par là, et il s’était montré très indiscret…
- Dans le même ordre d’idée, mes trois « clientes » ont été plus bouleversées par la visite de Begoña-Conception que par la mienne, remarque Lepif.
- Elles mangeaient des saucisses ? lui demande Arthur…
- Je n’en ai pas vu, mais je serais très surpris qu’elles fassent leurs courses elles-mêmes. Si elles restent à la maison, elles sont assez peu exposées… Elles se sont montrées indifférentes à la mort du frère ou de l’époux. Mais ce billet les a… Comment dire ? Electrisées. J’aurais bien aimé connaître son contenu…
- Vous ne croyez pas que vous vous attardez à des détails ? ronchonne Rébéquée en écrasant son accent de Québec…
- Pas forcément, la reprend Arthur… Je ne sais pas… C’est très en désordre tout ça et je ne parviens pas à m’y retrouver… Mais justement, un détail peut se révéler significatif…
- Et ce n’est pas tout, continue Lepif. Ce que j’ai raconté se passait avant-hier soir. En sortant de la réunion d’hier matin à la Lanterne, vers 11 heures, je suis retourné chez les de Sainte Fouillouse. Je n’ai trouvé que la mama, de plus en plus effondrée, et elle m’a raconté quelque chose d’incroyable : sa fille et sa bru sont revenues dans un curieux « état d’excitation » de l’hôtel où elles étaient allées « pour voir ». Je reprends ses termes. Elles lui ont vaguement parlé de « transmission de l’hôtel et du lotissement des 6000 », lui ont dit qu’elles attendaient des notaires parisiens, parlé de la volonté écrite d’Hilarion-Jovial, et le mari de la sœur (que je n’avais jamais vu jusqu’ici), un certain Lebièvre, m’a même glissé en confidence (mais il avait l’air d’être passablement surpris, pour ne pas dire démonté, mais plutôt agréablement m’a-t-il semblé) que « son épouse s’était montrée étrangement excitée, ce qui n’est pas dans ses habitudes », confirmant les déclarations de sa belle-mère dans un sens plus précis. J’ajoute avoir vu une boîte de petites saucisses sur la table de la cuisine. Toujours d’après le mari d’Ordegale-Junie, sa femme et celle d’Hilarion-Jovial seraient reparties, avec leurs gosses, que je n’ai jamais vus, vers 9 heures du matin, dans une grosse voiture noire, une Mercedes, avec un certain Gaston Brunières, notaire parisien, qui est venu les chercher.
- Gaston Brunières ? Ça me dit quelque chose, remarque Arthur.
- C’est l’un des deux « notaires » qui étaient présents à l’inauguration du bar à tapas, le soir de la mort de Luis. Nous avons démontré qu’il n’existait pas de notaire parisien de ce nom, rappelle Ravot. Et celui qui se faisait appeler comme cela avait disparu dans la nature.
- Mais alors…
- Je suis reparti vers 11 heures 30, poursuit Lepif, et j’ai rendu compte au commissaire…
- J’ai tout de suite lancé un avis de recherche pour la Mercedes, pour Brunières et pour les autres, poursuit Ravot. Et j’ai décidé d’aller voir moi-même de quoi il retournait, en accompagnant Lepif. La maison était vide. Plus de mama ni de mari. Personne. Les portes fermées mais pas verrouillées, pas de voisins, pas de témoins. Du coup, nous sommes allés voir ce qui se passait à l’hôtel Marengro. On y installait une nouvelle enseigne en forme de lyre. Et nous avons été reçus par Begoña-Conception elle-même qui s’est présentée comme étant la nouvelle directrice de l’établissement qui aurait été « repris » par la chaîne Tapas’Embal… Nous avons émis quelques doutes discrets et nous sommes faits proprement éjecter par une troupe de serveurs musclés et menaçants. Comme nous n’avions aucune raison de perquisitionner ni même d’investiguer dans l’immédiat, je leur ai dit que nous allions requérir tous les pouvoirs utiles auprès du juge d’instruction en charge des meurtres qui se sont déroulés dans les lieux…
- Ce qui n’a pas eu l’air de les déranger beaucoup, précise Lepif…
- A juste titre peut-être : je ne sais pas si le juge est de leur côté ou du nôtre… Je n’ai pas réussi à le joindre…
- Ils semblent bien sûrs d’eux, remarque Rébéquée…
- J’ai pu « traiter » à l’annihiline les agents les moins douteux du commissariat, et je leur ai très superficiellement exposé le problème auquel nous nous trouvons confrontés, en toute confidence, continue Ravot. J’en ai placé deux en faction chez Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse et sa sœur. Jusqu’ici, personne n’est revenu. Dans vingt quatre heures je lancerai un avis de recherche. Mais je dois dire que tous les rouages administratifs semblent « gommer », comme on dit d’un moteur que patauge dans une graisse trop épaisse. Il faut que nous disposions très vite de moyens massifs de désintoxication…
- J’attends des camions de produits chimiques cet après-midi, enchaîne Rébéquée. Amélie et les autres membres de l’équipe de police scientifique, qu’elle a mis au courant après les avoir « traités » par précaution, se sont installés dans l’usine de fabrication de soupe. On a reconverti d’urgence les concentrateurs sous vide pour en faire des réacteurs chimiques, et d’après Amélie, en mélangeant d’une certaine manière du méthane (dont nous disposons en abondance), de l’ammoniaque et de l’hydrogène sulfuré qu’elle va fabriquer à partir de sulfure de fer et d’acide sulfurique, et en ajoutant quelques extraits d’algues, elle synthétisera de grandes quantités d’annihiline. En poudre, elle est très soluble et se prête à la confection d’aérosols et de solutions sublimables. La solution sera pulvérisée à partir de camions citernes dans les rues de la ville, à commencer par les abords des points sensibles où

la Nouvelle Réna est implantée, c’est-à-dire le C’est tout naturel, mais aussi le Tapas’Embal, puisqu’il fait partie de la même chaîne, et le Marengro. Et puis le centre ville, où notre ami Varochaix délire tranquillement en béarnais en vendant des tas de voitures à tout le monde, pratiquement de force, au milieu des chants régionaux. On devrait pouvoir commencer samedi ou dimanche au plus tard. A moins qu’on ne trouve un autre moyen d’ici-là.
- N’oublions pas que leur « attaque », dont nous ignorons tout, est prévue pour lundi. Et qu’il faut éviter de les inquiéter prématurément, remarque Arthur… Sans parler de ce qui va se passer aux Chonos… J’aimerais qu’on y voie un peu plus clair avant de…
  - Non, Arthur, le reprend Amaïa qui vient d’entrer dans le bureau suivie des porteurs de soupe. Non. Tu voudrais y voir plus clair, c’est vrai. Mais c’est parce que tu te trouves dans un état d’épuisement complet dont tu ne mesures pas toi-même la profondeur. Il faudrait que tu dises que « tu » voudrais que « tu » y voies plus clair et pas « qu’on » voudrait y voir plus clair. Tu es ton propre point faible. Que tu le veuilles ou non, que je le veuille ou non, tu es le plus fort, ici. Ce sont des hommes comme toi, des Goumyôs, et pas des Goums comme moi que nous combattons. Tu es donc mieux placé que nous, les Goums, pour les vaincre. Et de tous les Goumyôs, c’est toi qui es le plus habile. Ton épuisement nous dessert tous. Tu vas donc te reposer.
- Mais…
- Il n’y a pas de mais, elle a raison, appuie Béatrace. Tu ne t’es pas assez reposé après ta captivité… 
- Je t’ai préparé une potion de rêves. Elle te permettra de nettoyer ton esprit, mais tu dois en admettre l’idée et ne pas lutter pour rester debout contre vents et marées. Fais-moi confiance…
- Mais nous n’avons pas le temps, mon père va rentrer et il faudra décider…
- Nous déciderons avec lui, enchaîne Rébéquée.
- Mais…

Amaïa tend un petit flacon :
- Bois un bol de soupe avec nous. Tu sais que « Les morts aiment la soupe et la faim des vivants » et tu es déjà mort une fois, Arthur, lorsque le Grand Crabe t’a arraché au mauvais rêve dans lequel nos ennemis t’avaient enchaîné. Il faut donc que tu boives notre soupe de vie. Et puis tu prendras la potion de rêves et Béatrace t’emmènera dans la paix de son cœur et de son corps pour que tu dormes et que tu voies…
- Soit, admet Arthur en bougonnant… Mais quand même…

 Le geste d’Amaïa se fait insistant…

Arthur poursuit :
- Une dernière chose : Commissaire, il faut « récupérer » la mère de Finette de Sainte Fouillouse dans son petit bled des Ardennes et la faire venir ici. Discrètement…
- Ben voyons, grommelle à son tour Ravot… Et comment je fais pour organiser un enlèvement discret en Belgique ?
- Sais pas. Démerdez-vous. Moi il paraît que je dois dormir !
 



[1] Pour répondre à certaines questions oiseuses : on occulte toujours la balayette. Tout comme le durable est toujours de lapin. C’est un fait d’expérience qui ne se discute pas.

CAUCHEMAR ET DÉSESPOIR / P3C2E10

P3C2E10 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 10)

N°199 / CAUCHEMAR ET DÉSESPOIR / P3C2E10

 
C’est l’histoire où Arthur rêve sa vie, cauchemarde sa vie, ses souvenirs… (Sur : La Broyeuse de Tête à Manivelle, de Jean Raine).  
 

broyeuse de tête à manivelle


  Mercredi 15 juin
17 heures
Agotchilho

  Il est parti à grands pas dans son sommeil, furieux d’y être ainsi poussé malgré lui quand il y a tant à faire.
 
Poussé, jeté à grands bras, à grands patatras, bousculé, basculé dans la grande trappe de la broyeuse de tête à manivelle[1] qui l’attend là où il ne s’y attend pas et où il entre en montrant les crocs.

  Elle a dit « Il faut que tu voies ! », avec son air de savoir mieux que les autres.
 

M’agace.

   Une vraie gouroute.
 
Lui dirai.

  Essaie de voir !
 

Essaie de voir, toi, avec des yeux vides comme des œufs gobés. Pire ! Parce qu’un œuf, même gobé, c’est une forme, un moule, tu peux le remplir, ne serait-ce que d’air ou de l’idée que c’est un œuf. 

  Mais là. Dégonflés, flasques, avec des images n’importe comment que tu ne sais plus où est le devant du derrière, le cosmique et le comique, le conique et le cramique, le fond et la forme, comme dirait l’autre.
 
Tu ne peux pas savoir, humeur foutue, humour fouteur, humeur noire émise, molle, et qui coule en flaque flasque étale, plate… 

  La marée basse du sommeil vaseux, visqueux…
 

C’est pas pour dire du mal, mais, tiens, les yeux, par exemple, c’est pas pour dire, mais va leur faire confiance, toi. Un jour pleins, un jour vides, mais vides, dégonflés total… 

  Une sorte de silence creux…
 
On n’est rien là-dedans. On n’est rien. 

  Parce que ça passe tellement vite du jaune au rouge, entre les arbres couchés la tête en bas dans leur bleu-vert, qu’il ne reste plus qu’une sorte d’orangé brûlant…
 

Avec du noir.

  Ça fait que l’univers en somme varie de l’orange au noir, en passant un peu par le bleu-vert, pour le souvenir. En couches. Sur le vert. Sur le bleu.

Couleur un peu sale du souvenir…
 
Cosmique, tout autour. Drôle aussi, bien sûr, mais plutôt, à y réfléchir à tête reposée, comme ça, sur le billot, plutôt cosmique que comique. 

  Non. Pas drôle. Pasque on ne sait pas si le noir, c’est des trous, des points, des éclats, des virgules, des interpellations, des véhémences, que c’est terrible vous savez, cette broyeuse de tête à manivelle, avec ses engrenages qui grincent, ses cliquets qui cliquettent, ses cames qui shootent, ses croix de pur malt qui vous saoulent par à-coups à la bière noire de Chine, ses voltes, ses clips, ses claques, ses loques laquées qui luttent et qui claquent, claquent, claquent, qui fusent et qui retombent dans leur rail avec un chuintement pneumatique, c’est terrible…
 

C’est terrible. 

  On ne sait pas si le noir, c’est des trous dans le fond orange (enfin, rouge et jaune, mais ça change si vite, ça bouge pas, ça change pas, ça orange), des trous noirs qui seraient bien des planètes ou des machins, tiens, je ne sais pas, moi, ou si, à l’inverse, c’est le noir qui est derrière et qui montre les restes du fond noir du cosmos, et que les planètes, ce serait tout l’orange, comme un rideau qui cache le vrai fond noir dans ses lambeaux de couleur ou de feu, ou bien que c’est l’inverse et que la dentelle noire du rideau découvre l’incendie, au fond ?
 
Ça m’énerve, ce mitage cosmique indiscernable où les étoiles noires se baladent dans le feu d’une grande toile de fond, de camouflage, ou d’emballage, sac poubelle qui protège tout ça, dans quoi on fermente, se déchire un peu plus, craque, et crac ! le grand feu de derrière apparaît, à moins que…

  Parce que tout ça, ça tourne, avec des grands secteurs en rotation vague et en vagues de rotation, avec derrière, la toile rouge du fond, au travers du grand rideau rouge de la scène, c’est tout le noir qui perce, toute l’humeur cachée là-derrière qui perce, avec ses girations, ses glissements, ses chuintements, tout l’espace vide et noir qui perce, perce et suinte, c’est la mélancolie, la mélancolie, la mélancolie des fuites minuscules qui cheminent au travers du rugissement de l’orange soutaché de vert, ensaché de bleu, qui s’égarent, s’insinuent, les reflets noirs à la pointe des dents des engrenages qui activent, actionnent, avivent le cosmos, le cosmique, les reflets en noir, en creux, en vide, en appels, en silences, en errances.
 

L’agrippent…

  L’œil est vide. Privé de ses humeurs, se dégonfle.
 
L’œil faseye au vent noir du cosmos.

  Le rideau reste tiré, pudique et délicat sur le grand carnaval bruissant et cliquetant d’élytres et de pinces, de rires et d’ahans, de sables et de sources, des dieux qui s’y déchirent, masqués de gros nez rouges et coiffés d’entonnoirs, et s’étirent, et baillent, dans l’oubli poussiéreux du sommeil et du temps.
 

Jusqu’au silence plat.
  Et il s’éveille.

  Et il pleure, le visage au creux des seins de Béatrace.
 
Après, ça va mieux…
 


[1] « La broyeuse de tête à manivelle », de Jean Raine (1975), acrylique et encre de Chine, 239 x 310 cm, Musée d’art moderne d’Ostende.

ON SE LES MANGE ? / P3C2E25

P3C2E25 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 25)

 
N°214 / ON SE LES MANGE ? / P3C2E25
 
C’est l’histoire où les Amazones capturées se montrent coriaces et où Nouye révèle un sens discret de l’humour goum. 
 
Jeudi 16 juin
19 heures et quelques
La Marée au Petit Port

 
C’est la suite de P3C2E23 et de P3C2E24 (lien).
 
Le difficile, c’est de les faire parler. Bien sûr, les Amazones savent peu de choses, et Amaïa préfère éviter de faire revenir Ôoumloc (comme en P2C3E8, lien) : on ne peut pas le déranger tous les jours. 
 
Ça ne se fait pas.

  Les poudres de Stimuline et de Détoxicant (voir Personnages, lieux et trucs, lien) qui ont été trouvées dans la cabine de leur fourgon et dont, dans la rage de leur incompréhension, elles ont donné la destination, se sont révélées potentiellement utiles, comme l’a déclaré Amélie, dans la mesure où elles permettront de mieux connaître les voies d’intoxication qu’emploie le Mentor. 

  Il apparaît donc de plus en plus clairement que l’adversaire auquel on se trouve confronté est multiple : outre les Initiés et les « petits cadres », intoxiqués et plutôt victimes que complices, qui ne sont utilisés qu’en fonction de leur rôle social initial, comme ça a été le cas du maire, d’Hilarion-Jovial et du Prédlarép, il y a ceux que Jeanne a qualifiés de « mystiques », qui sont dominés par les Élus, qui « y croient » et sont liés à l’idéologie de la Nouvelle Réalité Naturelle, obéissant à des rituels définis, comme, bien sûr, les Amazones, et peut-être bien les Élus eux-mêmes, et puis enfin il y a les « pragmatiques », dominés semble-t-il directement par le Mentor, qui préparent et manipulent les drogues qu’ils vendent à grand profit, en utilisant les premiers et les seconds comme agents et comme alibis. 

 
Les « mystiques » ainsi manipulés n’en sont pas forcément conscients, mais ne s’en préoccupent pas outre mesure, agissant « pour la gloire des Élus » en dehors de toute autre préoccupation. C’est ce qui ressort du comportement des Amazones dont le conditionnement n’a cédé qu’une fois, lorsque Tomie la Louve a été exposée à l’émotion intense de la terreur mortelle d’Ôoumloc (P2C3E8).

  Ce qui apparaît aussi, c’est l’incroyable perversité de ce Mentor dont se gargarise Maupuis, perversité qu’il communique à ses sbires par le moyen de ce qui ne peut être qu’une autre forme de conditionnement.

  - S’il me tombe entre les pattes, déclare Béatrace avec un grand sourire, je me ferai un plaisir de lui montrer…
 
- … de lui montrer, quoi ? intervient Rébéquée, tu n’auras jamais le dixième de sa mauvaiseté…

- …je ne sais pas ce que je ferai, déclare Béatrace dans sa learique moustache ébouriffée d’indignation, mais ce sera l’épouvante du monde…
 
Arthur lui entoure les épaules de son bras :
- La pire chose qui pourra lui arriver, c’est de voir son échec. Et ça, ma Béa, on va y travailler avec ardeur…
  - Le Mentor est un génie. Il ne peut échouer. Vous rirez moins lorsqu’il s’occupera de vous ! Et les Élus ne peuvent pas être vaincus… grince Merry attachée à sa chaise dans un coin du bureau N°1 où tout le monde est réuni.

- Eh bien justement. Vous allez nous expliquer ce qui va se passer, chères amies, vous êtes là pour ça…

Esche éclate de rire :
- Vous rêvez ! D’ailleurs, je n’en sais rien… Notre rôle, c’était de conquérir La Marée aux Ports…
- Un triomphe ! ironise Béa…
- Oh, je voudrais vous y voir !
- Peu vraisemblable, ma chère, ricane Béa en relevant la pointe de sa moustache droite, comme elle l’a vu faire à Victor (toujours à barboter avec Clèm et leur petiotesse, faut pas les emmerder avec nos histoires, dit Rébéquée avec raison).

  Merry, qui vient de s’éveiller de sa brève inconscience, grommelle, éructe et crache :
- Attendez un peu ! On en reparlera !
 
Esche s’exclame :

 Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
 
Et elles reprennent en chœur :

C’est-tout na-tu-rel…
 
Silence perplexe.

  - On se les mange ? demande Nouye avec ce qui pourrait bien être la première manifestation d’humour de sa vie. 
 
Ce qui enrage les Amazones qui ont bien sûr pris cette affirmation au premier degré. Comment une sauvage au front bas qui se promène à poil (évidemment, Nouye a repris son costume habituel), pourrait-elle se moquer froidement d’elles ? Béa aussi a eu un doute. C’est pour dire…
 
- Et puis non. Elles sont trop maigres, termine Nouye en pinçant la cuisse droite de Merry qui grogne de rage, mais se rétracte sur sa chaise comme une huître sous le citron.

DEUXIÈME PARTIE

P2C1E0 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 0)

 

N°79 / C’EST LE TITRE / P2C1E0


C’est l’histoire où commence la Deu