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RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

LE PEINTRE DE MOSCOU / P1C2E3

P1C2E3 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 3)

 
LE PEINTRE DE MOSCOU / P1C2E3

 
C’est l’histoire où, sur la Place Rouge, nous rencontrons Anton, peintre hollandais de son état, et où il s’envoie doublement en l’air.


Vendredi 15 avril
8 heures 30
Moscou

 
Moscou, huit heures trente. Fait moins deux sur la Place Rouge mais le soleil est tout joyeux.
Anton a planté son chevalet et tente de capter le mouvement de la lumière sur les bulbes dorés du Kremlin. Il a encore, sinon mal aux cheveux (il est chauve), du moins un poids sous la chapka. La vodka d’hier. Un goût de patates. Décidément, il n’y a que les Polonais pour faire de la bonne vodka. Moujiks de merde qui lui ont refilé une bouteille vérolée. Lui, au fond, il râle pour le principe, mais il s’en fout de la gastronomie locale. Il est peintre hollandais et il fait son boulot de peintre hollandais à Moscou : il peint Moscou.

  Et il fait de l’œil à la petite moscovite qui regarde par-dessus son épaule, gentiment rebondie sous ses fourrures.

Et comme il a garé son camion tout près, à cinquante mètres dans la première rue accessible, là tout au bord de la place, il essaie de lui expliquer en baragouinant que sa peinture ça se regarde de tout près. La fille rit de bon cœur à son russe de bistrot et lui explique en anglais qu’elle est interprète à l’ambassade de France. Alors il lui répond en français qu’il s’appelle Anton, qu’il est peintre hollandais et que… elle l’interrompt et enchaîne pour lui[1], « que son camion est garé tout près, à cinquante mètres, là, au bord de la place, et que sa peinture, ça se regarde de tout près » et qu’il est un affreux dragueur de peintre hollandais qui fait son boulot de peintre hollandais à Moscou : il peint Moscou !

Ce qui finit par un grand éclat de rire, surtout quand elle lui apprend qu’elle s’appelle Michoska, ce qu’il apprécie beaucoup, vu qu’il a fini l’esquisse et qu’il a soif, avec un fond de vodka polonaise dans son camion-maison garé tout près à cinquante mètres dans la première rue accessible, là tout au bord de la place, et que…

Et qu’elle a justement une heure devant elle et que… Elle a un rire argentin et le suit dans le camion, un vieux « tube » Citroën qu’il traîne depuis vingt ans sur les routes d’Europe et que personne ne risque de lui voler, ce qui est appréciable à Moscou. Comme il est là depuis une semaine, il a été repéré, puis admis, après explications, par l’omniprésente police du lieu. Donc, on ne lui piquera pas non plus son chevalet. Alors il laisse tout en place, ses crayons d’esquisse et le reste et ils montent derrière, là où il a entassé ses toiles, sous la couchette, et laissé ce qui reste de la bouteille, sur un bout de petite table.

Elle rit toujours lorsqu’il la sert, elle rit encore plus lorsqu’il la serre, et,… Bon.

Adorable, Michoska, adorable…

Après un bon moment de tangages couinants d’amortisseurs fatigués, il sort discrètement pour lui laisser la place de se rajuster (elle rit encore devant sa discrétion) et il se rapproche de son chevalet, heureux, comblé, rayonnant.
  C’est alors qu’il disparaît.
 Au bruit, à la brusque déflagration qui a suivi un court sifflement, le camion a tremblé, comme poussé par un souffle violent, s’est à demi soulevé sur deux roues et il est retombé. Effarée, Michoska a ouvert la porte à glissière pour découvrir un cratère sombre et fumant d’où émergent quelques ferrailles, là où il y avait le chevalet et… Anton.


[1] Parce qu’elle a lu le début…

LES ÉCOLOCROQUES MENACENT LE MONDE / P1C2E5

P1C2E5 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 5)

LES ÉCOLOCROQUES MENACENT LE MONDE / P1C2E5

C’est l’histoire où les Écolocroques menacent le monde entier.



Vendredi 15 avril

11 heures

La Lanterne

Dans le bureau d’Arthur, tout le monde est massé devant l’écran de l’ordinateur, tandis que Jules Mouchoir ajuste la mise en page de la première édition spéciale :

Première page :


LA LANTERNE MATOISE
DU FORT SUBREPTICE


LES ÉCOLOCROQUES ATTAQUENT : MENACE SUR LE MONDE

·        MIRACLE A LOURDES :

LA BOMBE ATOMIQUE QUE LES TERRORISTES ONT PLACÉE

DEVANT LA GROTTE

N’A PAS EXPLOSÉ.

·        MISSILE SUR LE KREMLIN.

( Photo du cratère dans lequel a disparu le peintre hollandais. )

·        QUATRE JOURNALISTES D’INVESTIGATION

DE NOS RÉDACTIONS
DISPARAISSENT.


DEUX D’ENTRE EUX

SONT À BORD

DU SOUS-MARIN NUCLÉAIRE DES TERRORISTES.

( Photo des jouranlistes sur le pont du sous-marin.)

ILS NOUS COMMUNIQUENT L’ARTICLE SUIVANT :

La Terre par dessus tout


Les Écolocroques  veulent purifier la Terre !

Quelques évènements :

1- Port de Bayonne début mars : destruction d’un hangar de la SOPAPI et de 1000 tonnes de soja OGM.

2- Un peu plus tard, le Président des Jeunes Pisciculteurs de Marinoval est victime d’un « accident » : il voulait détourner un ruisseau malgré les protestations unanimes des mouvements écologistes locaux. Il sera sauvé de peu par le Conseiller en matière d’économie électorale Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse.

3- Plus tard encore, explosion d’un silo à grains, du port de Bordeaux qui contenait du soja génétiquement modifié.

4- Une « fuite » survient dans un chai de vin de Bordeaux prétendument bio, mais certifié Écobert, et donc jugé écolotraître.

5- Un incendie d’une pépinière de pins dans les Landes rappelle qu’il faut planter des feuillus.

6- Un notaire de Bournefol qui se soignait en allothérapie est retrouvé mort.
7- Le même soir, une pharmacie du même lieu est pillée. Sur les murs, aux deux endroits, des inscriptions : Phyto vaincra !

8- Un tractopelle, destructeur d’écosystèmes en montagne, est incendié en vallée d’Aspe.

9- Un directeur de supermarché est retrouvé étouffé dans un sac en plastique, un dauphin gonflable dans les bras…

En leur temps, nous avons rapporté ces faits divers dans nos pages. Mais sans établir de lien entre eux.

Mardi matin, nous avons reçu une enveloppe renfermant un dossier qui rassemblait toutes ces coupures de presse. Dans la même enveloppe, un courrier nous invitait, ma collègue et amie Clémentine-Esméraldine Kaligourian, de la Lanterne, et moi-même, Victor Bourriqué, du Petit Matois Subreptice, à « éclaircir ces mystères » à la « lumière d‘une écologie active ». Rendez-vous nous était donné pour l’après-midi même dans un petit port de la côte.

A 16 heures, suivant les instructions discrètes qui nous ont été fournies, Clémentine et moi embarquons donc à bord du petit bateau de plaisance qui nous a été désigné comme lieu de rendez-vous. Beau temps, mer calme.

Le plaisancier ignore tout de ceux qui l’ont payé pour nous conduire en mer. Il pense avoir affaire à des régionalistes du Nari (avec qui il sympathise) qui prépareraient une conférence de presse cagoulée de type Corse, mais en plus maritime…

A dix huit heures, nous changeons d’embarcation : un canot pneumatique Zodiac, sans immatriculation lisible, prend le relais.

Un matelot taciturne nous emmène plus loin au large.

Une explosion nous fait tourner la tête : le bateau qui nous a amenés vient de sauter. Le Zodiac poursuit sa route sans que celui qui le conduit ait seulement tourné la tête. Il restera sourd à nos protestations.

A dix neuf heures, alors que nous sommes seuls en pleine mer, il nous demande d’enfiler des cagoules : nous ne verrons pas la suite. Bruits divers.

On nous guide dans un système de transbordement passablement agité et inconfortable.

Echelles, bruits, planchers mouvants. C’est là tout ce que nous pouvons en dire.

Nous sommes libérés dans une sorte de salon luxueux, de bureau, de quartier général d’opérations.

Nous sommes chez les Écolocroques.

Cent mètres sous l’eau.

Aujourd’hui, après une nuit de navigation où nous avons été logés confortablement, nous nous trouvons au large des côtes du Portugal, et nous naviguons vers une destination inconnue à bord d’un énorme sous-marin. Nous l’avons visité. Nous vous en reparlerons dans une chronique ultérieure, car il semble que nous soyons « chargés » de tenir cette chronique de l’« Opération Écolocroques ».

Nos hôtes nous ont priés de publier le message qui suit.

Attention.

Ceci n’est pas une plaisanterie, un canular à la Orson Welles, du style Guerre des Mondes !

Nous vous supplions de prendre ce communiqué au sérieux :

Communiqué des Écolocroques

Notre objectif est de créer un monde harmonieux que les hommes devront cesser de détruire et où chacun vivra à sa place

Notre objectif est de nettoyer le monde.

LA TERRE PAR-DESSUS TOUT !

Pour un Monde Propre !

C’est cela la véritable Ecologie !

Mais les gouvernements de la terre ont démontré leur impuissance à dépasser leurs égoïsmes idéologiques, religieux, politiques ou économiques.

Le seul moment où la paix a régné est celui où s’est établi un équilibre de la terreur : les gouvernants ne comprennent que la terreur.

Nous nous sommes donc dotés des moyens de leur imposer notre volonté :

A bord de nos sous-marins nucléaires « Typhoon »

 se trouvent en tout 40 missiles SS-N20 « Sturgeon » armés chacun de 10 ogives nucléaires de 25 fois la puissance de la bombe d’Hiroshima chacune. Soit une puissance totale de
 

10 000 fois Hiroshima.


Nous disposons également de bases de lancement terrestres équipées chacune de quantité des mêmes missiles, armés de la même manière, ce qui augmente considérablement notre puissance de feu. Sans compter nos réserves thermonucléaires qui se chiffrent en centaines de mégatonnes.

Chaque ogive est pointée sur une capitale politique, économique ou religieuse choisie sans aucune discrimination ni exclusion, toutes étant égales à nos yeux.

Quatre cents lieux nous sont directement accessibles.


Et intégralement destructibles.

Dans un premier temps et pour asseoir notre crédibilité, un missile non armé a été envoyé depuis un sous-marin sur la Place Rouge de Moscou.

Par ailleurs, une ogive armée a été déposée près de la grotte de Lourdes. Pour cette fois, nous ne la ferons pas exploser.

Dès à présent, nos navires et nos bases doivent être considérés comme bénéficiant de l’immunité diplomatique :

Toute tentative d’agression à l’encontre de l’un de nos navires ou à l’encontre de l’une de nos bases se traduira par un ou plusieurs tirs dirigés comme il a été dit plus haut. Chaque tir impliquera dix destructions, toutes les ogives étant activées.

Toute tentative d’intrusion dans l’une de nos bases sera considérée comme une agression.

Toute tentative d’approche ou de blocus maritime d’une de ces bases sera considérée comme une agression.

Nous vous communiquerons ultérieurement la liste de nos bases et de leurs frontières.

Nous vous contacterons dès demain pour vous dicter nos conditions et vous faire connaître nos exigences écologiques.


Die
Erde über alles 



NOUS APPRENONS QUE LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE S’ADRESSERA AUX FRANÇAIS

        A 20 HEURES CE SOIR.

ÉDITORIAL

Une tête nucléaire en état de fonctionner a effectivement été trouvée ce matin à Lourdes.

Un missile « Sturgeon » non armé s’est écrasé sur la Place Rouge devant le Kremlin. Un peintre hollandais, présent au point d’impact par le plus malheureux des hasards a été tué.

Ce n’était qu’avertissement paraît-il :

Un groupe inconnu doté de moyens inconcevables jusqu’ici menace le monde.

Et il nous a, nous, frappés directement : quatre journalistes du Petit Matois Subreptice et de la Lanterne du Fort ont disparu.

Pourquoi eux, pourquoi nous ? C’est un mystère. Mais il n’empêche que nous nous trouvons de facto placés au centre d’un événement qui nous dépasse puisqu’il concerne le monde entier.

Pour une raison connue d’eux seuls, les « Écolocroques » qui semblent se réclamer d’un écologisme radical, auraient donc choisi notre canal pour communiquer. Et il semble que ce soit la cause directe de la disparition, sinon de l’enlèvement de nos confrères.

C’est pourquoi nous avons décidé de fusionner nos deux rédactions et de changer notre titre pour renforcer nos moyens et donc vous informer plus efficacement.

La Lanterne du Fort a été fondée par mon groupe de Résistants en 1942. C’était la guerre.

A ce jour, solidaires, nous devenons la Lanterne Matoise du Fort Subreptice.

Jules Tefigue et Rébéquée Taritournelle, journalistes du Matois, ont disparu. Victor Bourriqué et Clémentine-Esméraldine Kaligourian, respectivement rédacteur en chef du Matois et journaliste de

la Lanterne sont actuellement entre les mains de ceux dont vous avez lu le communiqué, qu’ils nous ont fait passer par un mystérieux canal. Ils semblent se trouver à bord d’un sous-marin nucléaire contrôlé par ces « Écolocroques ».

Ce premier communiqué a été confirmé par un autre qui nous a avisés des événements de Moscou. Nous avons par nous-mêmes constaté ce qui s’est passé à Lourdes. Tout cela authentifie redoutablement les déclarations et les menaces terroristes dont nous sommes l’objet.

Après dix ans de retraite paisible, je reprends la plume pour lancer un appel à tous mes anciens compagnons et à leurs descendants et héritiers, par le sang et par l’esprit, et à tous mes compatriotes, à toutes les femmes et à tous les hommes de bonne volonté du monde entier : il nous faut maintenant comprendre, pour agir.

Et ne pas nous affoler.


Toute information devra nous être adressée. Nous vous transmettrons tout ce que nous savons.


Signé : Eusèbe Malfort

Fondateur de

la Lanterne du Fort

Note aux Lecteurs :

Le Directeur actuel de La Lanterne du Fort, Arthur Malfort, a pris personnellement en main le dossier des Écolocroques.

Journaliste d’investigation, il a couvert tous les conflits et toutes les grandes affaires qui ont secoué la planète depuis quinze ans, pour notre journal aussi bien que pour de grandes agences.

C’est à seule fin de lui laisser une totale liberté de mouvement que Monsieur Eusèbe Malfort a repris momentanément la direction du Journal.

Arthur Malfort s’est lancé à la recherche des journalistes disparus en s’appuyant sur toutes les forces des deux journaux.

Nous attendons ses premiers articles avec impatience.

La Rédaction.

- C’est bon tout ça. En pages deux, trois et quatre, vous placez des infos sur les articles dont parle Victor : la SOPAPI, le président des pisciculteurs, le silo à grains de Bordeaux, le pinard à la Garonne, l’explosion de Bordeaux, la pépinière des Landes, Bournefol, le tracto, le dauphin gonflable… Juste un rappel avec copie des articles déjà parus. Vous avez dix minutes. Trouvez tout ce que vous avez sur les sous-marins « Typhoon », je crois me souvenir que ce sont des monstres… Essayez de savoir comment ils peuvent être là. Cherchez tout ce que vous pourrez trouver sur l’affaire du missile sur le Kremlin, le type de missile, la personnalité du peintre écrabouillé, tout, tout doit être sous presse dans une heure, et sorti dans deux. Et si ça traîne vous êtes virés !

Le secrétaire de rédaction, Jules Mouchoir, part en courant et on l’entend gueuler dans l’escalier qui conduit à la salle de rédaction. Un grand bruit : il s’est effondré au bas des marches. Faut dire que le plâtre rébéquien qu’il traîne encore à la patte ne l’aide pas à courir.

- Toujours été mou ce garçon, remarque Eusèbe entre ses dents.

- Le Maire sur la deux, annonce le Dragon.

Arthur décroche :

- Allo… Oui, fusionné. Non on ne vous a pas demandé votre avis. Une édition commune, ça vous va ? Comment ? Pas d’accord ?

- Mon cher Félicien… (Eusèbe a arraché le combiné des mains d’Arthur), oui, c’est Eusèbe Malfort. Oui, le père. Le « copain » de votre père, c’est ça. Disons que je l’ai dédouané en 1944 de ses louvoiements de 1940 parce qu’on avait été ensemble à la communale. A l’époque il était du côté des Importants, et nous, on était les Insolents. Et vous, vous en êtes toujours à courir pour être Important. Un vice de famille, non ? Mais moi je suis toujours du côté des Insolents. Bref. Vous allez cesser de nous emmerder avec vos histoires, ou je ressors mes dossiers. Oui, ce lotissement par exemple. Limite limite, n’est-ce pas ? Je sais, les affaires. Je sais, ça dépend du Conseiller en matière d’économie électorale Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, et c’est sur ses terres. Et alors, ça vous dédouane ? C’est quand même vous qui avez déclassifié les terrains. On vous placera vos histoires en page quatre. Oui, l’enquête sur l’implantation des supermarchés. Avec votre signature évidemment pour montrer votre implication personnelle dans les problèmes économiques où il y a des sous à ramasser dans le coin. De l’argent public, bien sûr. Et le radon aussi… Le radon ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire de radon ? Permettez-moi de me répéter : vous m’emmerdez.

Il raccroche et s’adresse à Arthur :

- Qu’est-ce que c’est que cette histoire de radon ? C’est un gaz radioactif, ça, non ?

- Oui, on aurait trouvé du radon sous le monument aux morts… Ça fait toute une histoire entre les écolos d’ici, les Naris et les Anciens Combattants…

- J’ai un article là-dessus si vous voulez, insinue Béatrace ravie de pouvoir enfin faire quelque chose…

- Attends, attends…. On se garde ça pour nous, on se le joue discret… Juste le localisme économique pour ce con de Maire et… Je repense à un truc…Tu connais mes archives perso ?

- Evidemment, c’est… en bas !

- Alors, on va sûrement y trouver quelque chose, et mon flair me dit que ce n’est pas anodin. Avec ces histoires de bombes atomiques… Il y a peut-être quelque chose… en bas… Mais il y a longtemps que je n’y suis pas retourné, je n’en ai pas encore eu besoin pour mes mémoires. On va y aller dès que possible et on vérifiera.

Arthur prend son père aux épaules et le regarde avec un large sourire :

- On y va ! Mais pas tout de suite parce que moi non plus je n’y suis pas allé depuis longtemps : va falloir que je déblaie un peu le terrain, c’est resté à l’abandon là-bas. Et on a pas mal de choses à régler au journal avant de pouvoir descendre. Alors, on organise tout ça et on se retrouve ici ce soir pour écouter l’allocution du Président ? Soyez des nôtres, Béatrace…

Et comment !

Même si elle n’a rien compris à ces allusions, ni à ces histoires d’archives familiales. Elle est rentrée au Matois pour vérifier que tout va bien, que les lignes téléphoniques ont été correctement transférées, voir si rien n’a été oublié, prendre un café, quelques affaires, une ou deux boîtes de trombones pour s’occuper les mains au cas où… Et puis elle s’est changée, parce que les émotions, ça la fait transpirer sous les bras.

Mais elle est de retour à huit heures dans le bureau d’Arthur, avec tout ce qui compte de la rédaction de la Lanterne, devant le téléviseur qu’on y a installé.

LE DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE / P1C2E6

P1C2E6 (Partie 1 / Chapitre 2 / Episode 6)

 
LE DISCOURS DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE  / P1C2E6

 
C’est l’histoire où le Président de la République prononce un discours empreint de diplomatie, et où Eusèbe Malfort émeut Béatrace par sa détermination.


Vendredi 15 avril
20 heures

La Lanterne

 Eusèbe Malfort, s’est assis à la place d’Arthur, à la place qu’il a si longtemps occupée, à côté de M’me Marty. Jules Mouchoir a le carnet de notes à la main, et deux des meilleurs rédacteurs de la Lanterne encadrent Béatrace. L’enregistreur ronronne…

Françaises, Français, chers compatriotes…

 Le regard solennel, le Président, solennellement encadré des deux drapeaux de la France et de l’Europe, assis derrière son bureau de l’Elysée s’adresse à la nation…

 La fonction solennelle que vous m’avez confiée et que j’ai acceptée avec humilité, enthousiasme et détermination est avant tout un honneur : celui de servir la
France, et donc, de vous servir, chères et chers compatriotes.

Après cette solennelle entrée en matière, alourdie d’une pause dramatique et solennelle, l’air grave, le regard assombri par le poids de ses responsabilités et par le maquillage télé, le Président enchaîne, les deux mains appuyées sur le bureau, prêt à se dresser pour affronter l’adversité et lui bourrer la gueule. Il n’est retenu que par la dignité solennelle de sa charge…

Mes chers compatriotes, c’est la première crise grave que nous devons affronter depuis celle de la vache folle.
  Nous l’affronterons ensemble, tout comme nous avons appris ensemble l’existence de cette menace soudain jaillie du néant pour venir frapper nos fils et nos compagnes, notre territoire,  et le monde tout entier.

Comme vous donc, c’est par la presse que j’ai appris, que mes services ont appris, que nous avons appris l’existence de ce groupe qui, semble-t-il, à première vue, se réclame d’objectifs honorables, mais qui dispose de moyens incroyablement puissants et néfastes dont il se déclare prêt à user de manière monstrueuse.

Comme vous, j’ai appris, mes services ont appris, nous avons appris, que l’on a trouvé, dans la sainte ville de Lourdes, un missile nucléaire, (pause dramatique) nu-clé-aire, mes chers compatriotes, et je pèse solennellement mes mots, prêt à exploser et à rayer de la carte la première ville hôtelière de France et le plus prestigieux, le plus sacré de nos saints lieux de pèlerinage. La sainte ville de Lourdes. La ville sainte de Lourdes. Avec tous ses habitants, sa grotte miraculeuse, ses piscines spécialisées, son château historique, sa basilique, même, sa basilique à plusieurs étages sans ascenseur ! Par miracle sans doute, mais aussi grâce à l’efficacité et au courage des services de déminage de l’armée dont je suis le chef, cette menace a pu être écartée.

Comme vous, j’ai appris, mes services ont appris, nous avons appris le drame de Moscou où un malheureux artiste hollandais a, de sa vie, protégé et sauvé, sauvé, mes chers compatriotes, l’existence d’une collaboratrice russe de notre ambassade. Là encore,
la France se trouve placée au cœur du Drame.

  Comme vous, je me trouve dans l’attente, dans l’expectative.
Dans l’attente d’informations complémentaires, de messages de ces mystérieux Écolocroques qui nous présentent ces faits comme des avertissements ou des preuves de leur capacité d’action, sans encore nous informer de qui ils sont, ni de ce qu’ils souhaitent exactement.

  Comme vous, j’aspire à vivre en paix dans un monde paisible et équitable où règnent la paix, la justice, la liberté, l’égalité et la fraternité.

 
Comme vous, j’attends de savoir quelles revendications vont manifester ceux dont nous ne savons pas encore si nous devrons les considérer comme des amis ou comme de dangereux adversaires…

Comme des amis qui, après s’être fait bruyamment connaître et reconnaître, s’étreignent tendrement, nous tendront la main de la collaboration, pour atteindre à ce monde équitable, équitable mes bien chers frères et sœurs, auquel, comme vous, comme moi, comme nous, ils semblent aspirer, comme des amis inconnus, qui, ainsi que le dit le poète, vous naissent tout soudain et se tournent vers vous, comme des amis qui, forts d’une alliance mutuelle, vont de l’avant vers un même horizon lumineux fait d’entente et de joie, d’harmonie et de paix, ainsi nous rejoindrons-nous…


Il se croit dans la chaire du Pensionnat des Oiseaux, ou il nous la joue Coué ? se demande Eusèbe à haute voix…


Parce que, mes chers compatriotes, je ne peux croire qu’un Idéal É-co-lo-gique qui place ”
la Terre au-dessus de tout ” puisse un seul instant envisager la possibilité de la détruire. Car ce serait la détruire que de recourir aux monstrueux moyens évoqués dans un moment d’égarement, soyons-en sûrs, dans ce que d’aucuns pourraient appeler, pardonnez-moi l’expression, une sorte d’abracadabrantesque « pétage de plombs » idéologique… Et donc, mes bien chers compatriotes, frères et sœurs, c’est pour cette raison que je refuserai d’envisager l’autre terme de l’alternative, qui placerait ceux qui se sont manifestés avec une telle … intensité, dans une position d’adversaires de notre République, et du Monde entier. Non, je ne peux envisager une telle possibilité.


Voilà pourquoi ces appréhensions légitimes qui ont pu être un temps les vôtres en apprenant ces événements devront s’effacer au profit d’une confiance sans faille dans l’avenir et dans vos représentants, confiance qui se trouve résumée en ma personne, en moi que vous avez légitimement élu, confiance vigilante certes, mais généreuse, large, ouverte, face aux angoisses de ceux que leur inquiétude seule a pu pousser à ces extrémités, et que nous avons compris, car je les ai compris, vous les avez compris, j’en suis certain, mes chers compatriotes, nous les avons compris, et que nous aiderons, soyez-en convaincus, mes chers compatriotes, mes bien chers frères et sœurs, à sauver la Terre

, que nous aussi, nous plaçons au-dessus de tout !

 Vive la République, vive la France !

 

Pom, pom, pom, pom, de la Marseillaise…

Clic de l’extinction du poste…

Silence…

Eusèbe se relève, hoche la tête :

- Bien sûr, il ne se mouille pas, ménage chèvre et chou. Et après tout je ne vois pas ce qu’il peut faire d’autre pour l’instant que d’enfiler des perles… Alors, compte-rendu et analyses habituelles pour l’édition de demain. La spéciale est déjà en vente (on se l’arrache, interrompt Arthur) et les journaux télé ont très largement relayé l’événement, on n’a plus qu’à laisser courir… Et à enquêter. C’est ça notre boulot, c’est ça ton boulot, Arthur.

- Notre boulot… ajoute Béatrace qui n’en revient pas de son audace. Faut dire qu’elle a enfilé sa petite robe en jean, « aventurière », mi salopette, mi débardeur, et même mi tout court. Celle qui la laisse libre de ses mouvements (celle que son amant secret appelle ” la pousse au crime “), avec des baskets marron assortis à ses moustaches et des chaussettes de Bécassine de toutes les couleurs.

Et elle enchaîne :
- N’oubliez pas que ce sont mes amis qui ont disparu !
- Nos amis, la reprend Arthur, nos amis, Béatrace.
- Nos amis, appuie Eusèbe qui a décidément du mal à cadrer cette fille. Mais le problème auquel nous sommes maintenant confrontés dépasse celui de leur enlèvement ou de leur disparition. Si tout cela n’est pas un canular…
- Tu sais bien que ce n’est pas un canular, les fusées ne sont pas factices et le sous-marin semble bien réel…
- Oui, bien sûr, mais on a vu des intox encore plus énormes, je le sais, j’en ai monté pendant la guerre… On doit faire comme si, tu as raison. De toutes façons, si intox il y avait, elle mettrait en jeu de tels moyens qu’elle révèlerait un plan d’organisation extrêmement dangereux. Bref. L’affaire dépasse notre petite histoire et nos petites personnes. Et il faudra être prudents, ne pas dévoiler nos projets et surtout pas nos actions…

Il réfléchit un moment, à l’unisson de tous, et puis il reprend :
- Mes amis, comme dirait le Président, à partir de maintenant, nous devons convenir de rester absolument discrets sur tout ce que nous pouvons entreprendre et surtout découvrir ! Pas de publication sauvage, pas de mots en l’air, pas de fuites incontrôlées, pas de tuyaux refilés aux copains !!! Ça dépasserait le cadre de l’imprudence, de l’erreur ou de la faute professionnelle : ce serait criminel. Criminel envers nos amis, criminel envers nous-mêmes et envers le monde entier. Nous devons tout craindre, tout suspecter.
Nous entrons en clandestinité. Il faut en prendre conscience.

  Béatrace, les larmes aux yeux, se lève (sans prendre garde au fait qu’elle découvre subrepticement sa petite culotte rouge), tire machinalement (et inutilement) sur sa robe en jean et d’un seul élan vient embrasser Eusèbe sur les deux joues :
- Merci, Monsieur Malfort ! Je vous jure que tous ensemble, tous ensemble nous y arriverons, nous les aurons !!! Tous ensemble, tous ensemble !!! Ouais ! Ouais !

CONFÉRENCE DE PRESSE À L’ÉLYSÉE / P1C3E4

P1C3E4 (Partie 1 / Chapitre 3 / Episode 4)
 

N°52 / CONFÉRENCE DE PRESSE À L’ÉLYSÉE / P1C3E4


C’est l’histoire où le Président de
la République fait une conférence de presse presse et nomme Eusèbe Malfort ambassadeur plénipotentiaire auprès des Écolocroques.

 

CONFERENCE DE PRESSE




20 avril.

 

Salle de Conférences de l’Elysée, retransmission directe, toutes chaînes d’information.

  Prévenues par fax, les rédactions de toutes les télés, radios, et les envoyés spéciaux de tous les journaux de la presse écrite et de la presse internationale, sensibilisés par les éditions spéciales de la Lanterne relayées par les agences du monde entier se trouvent représentées.

 Toute la matinée, les conseillers de tout bord se sont activés frénétiquement. Les services des Affaires étrangères, du Confort, de la Défense, les Services Secrets, et Renseignements Généraux, tous se sont mis en quête d’informations, de coordination, de projets.

  Le Président a dormi trois heures cette nuit là. Et mal.

  En se rasant, le matin, il s’est bien demandé pourquoi il fait ce métier, mais cet instant de doute n’a pas duré. Après tout, il suffit de regarder son Ministre du Confort pour savoir « pourquoi » on veut être Président : c’est parce qu’avant lui il y a eu un autre Président et qu’alors, il voulait être, lui, Président à la place du Président qui était Président quand lui-même ne l’était pas…. Et après, il faut rester Président face aux ministres qui veulent devenir Président à sa place de Président. Simple, non ?

 
Et puis il a réfléchi et préparé ses interventions : questions ouvertes ? questions limitées ?
Faute de temps et malgré le risque, il s’est résolu aux questions ouvertes. Ses conseillers lui ont signalé quelques journalistes à éviter : ceux-là chercheront à le mettre en difficulté. D’autres seront plus responsables, c’est-à-dire qu’ils feront tout pour conforter ses positions… Bref, on en est venu au schéma classique du bref exposé suivi des questions.

  Il est entré dans la salle, suivi du ministre des Affaires étrangères et du Ministre du Confort, le premier pommadé et portant beau, le second renfrogné à son habitude lorsqu’il n’y a pas, a priori, de public à sa botte exclusive. 

  Installés devant les drapeaux de la France, de l’Europe et des Nations Unies plantés dans un porte-parapluies recyclé, assis derrière la grande table qui les sépare de la salle où se presse la foule bourdonnante des journalistes, ils ont laissé les caméras régler leurs éclairages, leurs mises au point…

Essais de micro :
- Quelques mots, Monsieur le Président, pour les réglages…
Dans ce cas, il a pour habitude de débiter les premiers vers d’une fable de

La Fontaine ou d’une tirade classique… Là, tout ce qui lui est venu à l’esprit c’est :

- Que j’aime à faire connaître un nombre utile aux sages, ô sublime Archimède, artiste, ingénieur…
- Merci, Monsieur le Président… C’est bon pour le son…

  Le silence se fait. Les derniers projecteurs s’allument. Des points rouges apparaissent au-dessus des caméras, générant instantanément le sourire réflexe du Ministre du Confort (sa femme parle de ses zygomélastiques).

  - Mesdames et Messieurs les journalistes, chers concitoyens, je tiens, avant tout à vous remercier d’avoir répondu à mon invitation, en ces moments de crise, disons-le d’emblée, où une vraie menace pèse sur notre monde et sur nos façons de vivre.
J’ai convié deux des membres du Gouvernement à participer à cette Conférence de Presse pour qu’ils apportent au besoin des précisions d’ordre technique aux questions que vous pourrez nous poser.
 
Je vais tout d’abord, si vous le permettez, récapituler brièvement les événements qui se sont déroulés à un rythme accéléré ces derniers jours, et vous informer de leurs derniers développements. Puis je tenterai, nous tenterons, de répondre à vos questions. 

  Voici huit jours, le 12 exactement, deux journalistes se sont lancés à la recherche de deux disparus, deux jeunes gens dont il semblerait qu’ils aient  en fin de compte fait une fugue… Rien que de banal, d’autant que ces jeunes gens étaient majeurs. Rien qui, en tout cas, justifie de rassembler en cette salle la fine fleur de la presse nationale et mondiale, et de mobiliser les principaux responsables de l’Etat !

 
Seulement voilà. Ces journalistes, au travers de cette disparition, enquêtaient sur un groupuscule écologiste alors si mystérieux que, le Ministre du Confort pourra le confirmer (le Ministre du Confort confirme d’un hochement de tête en regardant le Président, le visage d’un seul coup redevenu grave, puis retrouve instantanément son sourire « caméra » en se tournant vers le public), personne n’en avait entendu parler, noyé qu’il était dans le foisonnement des groupuscules de ce type. Ce sont bien ces journalistes qui, les premiers, ont prononcé le nom des Écolocroques. Et ce sont bien ces journalistes qui ont disparu.
  Tout comme après eux ont disparu tous les membres de la rédaction du (il consulte une fiche) Petit Matois Subreptice, le journal local de la ville de Saint Tignous sur Nivette pour lequel ils travaillaient.
  Tout comme ont aussi disparu deux membres de la rédaction de
la Lanterne du Fort, le grand quotidien régional qui se trouve basé dans la même ville : une journaliste et le directeur lui-même de la Lanterne, Arthur Malfort, fils de son fondateur, Eusèbe Malfort, par ailleurs grand résistant de la dernière guerre et bien connu des milieux de la Politique et de l’Information !

  Mais ces disparitions, aussi mystérieuses fussent-elles, n’auraient pu engendrer tous ces bouleversements, si elles n’avaient révélé l’existence des Écolocroques, qui se sont alors dévoilés. 

  Et de la manière la plus brutale qui soit :
 
Une première proclamation, du 15 avril, montrait les journalistes disparus sur le pont d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins d’origine ex-soviétique, que tous les états-majors de la planète croyaient ferraillé ou englouti depuis longtemps. Cette proclamation se trouvait accompagnée de menaces précises, confirmées par deux attaques de missiles, l’une sur Moscou et l’autre sur Lourdes.

  Hier, le 19 avril donc, un autre message, dont vous avez pu lire le texte dans le journal d’Eusèbe Malfort, précisait les prétentions des Écolocroques et les solutions écologiques qu’ils proposent.

  Cette nuit même, hier soir à l’heure de Washington, un missile s’abattait près de la Maison Blanche, et confirmait ainsi les menaces directes exprimées dans la deuxième proclamation qui venait d’être publiée.

  Les armes brandies sont des armes nucléaires, même si elles n’ont jamais été activées. Le risque est avéré : elle auraient pu l’être. Et le sous-marin menaçant est en parfait état de nuire.

  Voilà, en deux mots, la situation dans laquelle nous nous trouvons.

  Mesdames et Messieurs de la Presse, nous sommes prêts à répondre à vos questions.

 Le Président balaie la salle d’un regard de tribun, sûr de sa force, la nuque légèrement renversée, la mâchoire tendue, le regard durci… Quelques mains se lèvent, il désigne une personne, un homme au centre de la salle :

- Monsieur Talon, je crois, du Picaro.
- Oui, Monsieur le Président, Hector Talon, du Picaro. Monsieur le Président, je pense que tous les citoyens du monde sont inquiets devant ces menaces, mais, à votre avis, les demandes de ce groupement ne sont-elles pas la conséquence directe de l’incapacité dont ont fait preuve les gouvernements successifs des grands Etats à gérer les ressources de la planète ?
- Monsieur Talon, c’est après avoir éteint l’incendie qu’on en recherche les causes. Pour l’heure, il s’agit de résoudre la crise. C’est là notre priorité et notre préoccupation… Oui ? Madame ?…

- Hélène Passekeu, de l’Hibernation. Monsieur le Président, quelles nouvelles avez-vous de nos confrères journalistes ?
- Eh bien Madame Passekeu, comme vous le savez sans doute, nous recevons régulièrement des nouvelles de Victor Bourriqué et de Clémentine-Esméraldine Kaligourian, qui sont à bord du sous-marin et servent en quelque sorte, et j’en suis convaincu, à leur corps défendant, de porte-parole aux Écolocroques. Vous en savez donc autant que moi puisque les informations qu’ils nous transmettent passent intégralement par l’intermédiaire des journaux pour lesquels ils travaillent, qui se sont d’ailleurs regroupés sous un seul titre.
Quant aux autres personnes disparues, nous n’en avons reçu aucune nouvelle. Les seules indications dont je dispose les situeraient près de la petite ville côtière de la Marée aux Ports, qui est justement la ville française dont les Écolocroques revendiquent le territoire dans leur dernière déclaration.

  Une foule de mains se lèvent.
  - Oui, Monsieur Lambret, je pense, de TF1 ?
- Oui, Monsieur le Président, et à propos de ces territoires… Comment
la France et les divers Etats concernés comptent-ils répondre à ces demandes ?
- C’est là une question fort délicate : d’une part, nous comprenons qu’une… organisation… aussi importante que celle à laquelle nous nous trouvons confrontés revendique un territoire, un espace de vie et de sécurité. D’autant plus que, même si elle a recours à des méthodes que nous ne pouvons que réprouver et que nous réprouvons, j’insiste sur ce point, ses objectifs, la sauvegarde de l’écologie mondiale, la reconnaissance des opprimés, et toutes ces choses dont se réclament les Écolocroques, ces objectifs, donc, rejoignent d’une certaine manière les idéaux qui sont les nôtres, qui sont ceux de tous les hommes conscients et dignes de ce nom…
D’autre part, nous vivons dans un état de droit et aussi bien pour nous Français, que pour les autres pays concernés, il n’est pas possible de déroger aux règles qui régissent la propriété et à plus forte raison la souveraineté nationale. Je suis personnellement garant de par la Constitution, de l’intégrité nationale, et sous peine de haute trahison, je ne peux d’un simple trait de plume, abandonner ne serait-ce qu’une parcelle de notre territoire. Cela demanderait, cela demandera, le respect de procédures longues et complexes, pour lesquelles la nation devra être consultée. Je… (le journaliste a levé la main). Oui, Monsieur Lambret, vous souhaitez intervenir de nouveau ?

- Pardon, Monsieur le Président, pour la liberté que je prends de vous interrompre…
- Mais je vous en prie…
- Vous ne semblez donc pas exclure la possibilité de céder à cette exigence des Écolocroques ?
- Céder… Le terme est abusif, souscrire à cette demande ne paraît pas exclu. Il y aurait là un geste d’apaisement, un moyen de détendre la situation. Les Écolocroques constituent un groupe qui dispose de moyens puissants qui s’est constitué de manière totalement opaque et imprévue pour nous, mais qui semble bien correspondre à une sorte de nécessité historique, qui semble bien être issu de la cristallisation d’inquiétudes profondes et qui de ce fait présente une certaine légitimité que nous nous devons de respecter. Je répète, Monsieur Lambret, que nous n’aurons pas l’impression de céder à une pression, mais d’avancer un élément positif de négociation en concédant aux Écolocroques la jouissance du territoire qu’ils réclament… Après consultation des autres pays directement concernés, et Monsieur le ministre des Affaires Etrangères ne pourra que le confirmer (le ministre confirme d’un mouvement solennel de la tête qui laisse en place les boucles soigneusement ordonnées de sa coiffure teintée « Noir Aile de Corbeau » de l’Oréal) (il possède un gros paquet d’actions de l’Oréal), il semblerait que ce soit l’attitude générale de nos partenaires… Oui, Monsieur… ?

- John Deelock de la chaîne Fox News (avec un accent américain  bien écrasé). Mon collègue William B. Mac Faithfull du Washington Post, a été blessé par le missile qui a été envoyé sur la Maison Blanche, et qui a par ailleurs tué l’un de nos vaillants soldats. Notre gouvernement s’est jusqu’ici montré incapable de répondre aux questions que cet attentat a soulevées dans mon pays. Ces questions vous concernent autant que nous. Pouvez-vous y répondre ?

- Mais, cher Monsieur, d’une part je ne connais pas ces questions, et d’autre part, je ne peux répondre pour votre Président, avec qui j’ai eu l’occasion de converser très très récemment et avec qui nous sommes en complète harmonie… Je…
Le journaliste debout dans son costume jaune à grands carreaux noirs l’interrompt sans plus de façons :
- Ces questions que toute la Presse américaine se pose et qui ont été énoncées publiquement sur notre chaîne sont :
« - Est-il vrai que les Etats-Unis se trouveraient exposés à une menace nucléaire brandie par des écolo-terroristes qui disposeraient de deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins d’origine soviétique ?
« - Est-il vrai que l’explosion qui a secoué la Maison Blanche, tué un marine et blessé notre confrère provient de l’un de ces engins heureusement non chargé ?
« - Est-il vrai que les écolo-terroristes exigent le démantèlement immédiat des bases américaines du Groenland et du Nord de l’Europe ?
Nous avons demandé des réponses claires à ces trois questions.
Et bien sûr :