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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

L’ÉMEUTE / P3C1E3

P3C1E3 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 3)

 
N°148 / L’ÉMEUTE / P3C1E3

 
C’est l’histoire où, après l’article dans lequel Eusèbe dénonce la présence de chair humaine dans les saucisses de « C’est tout Naturel  », le journal se trouve assiégé par les sectateurs des Élus, et où Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, est assassinée d’une flèche marquée « Hybris ».

Mercredi 8 juin
9 heures

La Lanterne

  Le soir, et jusque tard dans la nuit, Victor et Eusèbe, redescendus au bureau N°1 ont discuté avec Rébéquée et Amaïa de ce qu’il convenait le mieux de faire pour « s’occuper » du Mélanippé lorsqu’il reviendrait à quai à la Marée au Grand Port. Pour finir par décider… d’attendre : intervenir trop tôt risquerait de mettre Arthur en danger en semant l’alarme parmi les adversaires.

Mais Amaïa a maintenu sa décision de prévenir
Ôoumloc. 

  Elle n’en a pas dit plus.

  Ce n’est qu’à neuf heures du matin, ce mercredi, qu’ils reviennent au journal, dans le bureau directorial où ils rejoignent Mouchoir, et qu’ils relisent l’article qu’Eusèbe a préparé hier. C’est là qu’ils prennent connaissance des premières réactions qu’il a suscitées, et parmi elles, de l’interview de Bricolat Mulot.
 
La réprobation politique semble unanime : comment peut-on s’en prendre à d’innocents électeurs sous prétexte qu’ils bouffent des saucisses, sans preuves, sans autre fait que quelques traçounettes impalpables certainement dues à de maladroites (sinon malveillantes) manipulations policières ?

  Les plus féroces philippiques émanent d’ailleurs du Ministre du Confort qui « promet des sanctions » et, plus localement, du Maire et du Conseiller en matière d’économie électorale, qui parlent de diffamation implicite, de suites judiciaires, de pan pan cucul public et très méchant, bref, de féroceries implacables ! Non mais…

 
Silence présidentiel. Prudent, le vieux renard…

  Et rumeurs à l’extérieur :
- Patron, patron, venez voir ! appelle Mouchoir sans que l’on sache bien s’il s’adresse à Victor ou à Eusèbe (aux deux sans doute), en leur faisant signe du bras.
 

Il regarde au-dehors la petite place qui se trouve devant la grande entrée du hall du journal, et qu’ils dominent depuis leur étage.

  - Filme, Mouchoir, filme ! ordonne Eusèbe. Le secrétaire de rédaction se précipite dans le bureau voisin, où il va chercher une petite caméra haute définition de reportage, tandis qu’Eusèbe entrouvre la fenêtre dont les doubles vitrages empêchaient jusque là d’entendre la rumeur. 

 
Mouchoir revenu, il lui laisse la place pour qu’il puisse passer le museau de sa caméra par l’entrebâillement du châssis.

  - Cadre large, conseille Victor, qui sait que des détails intéressants peuvent provenir des limites du champ…

  Une petite foule s’assemble autour de quelques personnes dans lesquelles Eusèbe reconnaît, après un moment, le maire, le Conseiller en matière d’économie électorale, Madame de la Vorme Séchée…

  - … et Daniel Forpris, ajoute Victor en pointant le doigt sur la silhouette discrète qui serre la main de la patronne de Lartigo et lui glisse quelques mots avant de s’éloigner pour rejoindre sa grosse voiture garée devant le trottoir d’en face. Lui, au moins, semble ne pas vouloir rester là.

  Vingt, trente personnes, peut-être. Mais des groupes de deux ou trois continuent d’arriver, par les petites rues qui débouchent sur la place.
 
- J’appelle Ravot, grogne Eusèbe, on ne sait jamais, avec ces zouaves.
- Il serait prudent de fermer les portes, non ?
- Tu as raison : préviens Toto…

  Près de deux cents personnes piétinent maintenant devant le journal en discutant véhémentement. 

 
La voiture du commissaire vient se garer, suivie du panier à salade.

Ravot suivi de Pélot, de Lepif et de deux agents (dont Pourticol), s’approche des « officiels ».

  - Ah, commissaire ! Vous voyez où mènent vos manœuvres ? l’interpelle Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse…
- J’espère que vous mesurerez votre action et que vous saurez limiter les interventions de vos sbires ! ajoute le Maire en prenant l’air pincé d’une duègne confrontée à la dissolution des mœurs du temps…
- Devrai-je vous arrêter, messieurs, pour vous rappeler à la mesure ? leur souffle discrètement Ravot en les prenant chacun par le coude, comme pour les entraîner dans une confidence…
- Commissaire, je vous en prie, faites quelque chose, lui demande alors Madame de la Vorme Séchée, livide, et qui est jusque-là restée muette en suivant des yeux le départ de Daniel Forpris…

  Des cris éclatent… Quelques uns des participants brandissent des pancartes « Les Cénobites Tranquilles », « C’est tout Naturel », « Libérez nos Saucisses » et déploient une banderole « Libérez nos saucisses ! C’est tout naturel ! », tout en scandant « Libérez nos saucisses ! » avec une ferveur toute soixante-huitarde. 

  La foule grossit, pour une bonne part faite de curieux, mais aussi de personnages passablement agités qui montrent le poing en direction de la porte fermée du journal tout en criant de plus en plus fort…
 

- Faites quelque chose, commissaire, ils sont privés de saucisses depuis deux jours ! reprend Madame de la Vorme Séchée manifestement affolée, ils peuvent devenir dangereux…
- Vous voyez à quoi mène votre incurie ! apostrophe le Conseiller en matière d’économie électorale en se dégageant de la poigne de Ravot d’un geste brusque…
- Libérez nos saucisses ! crie le Maire écumant qui se dégage à son tour…

  Lepif s’efforce de le contenir, mais le petit bonhomme rondinet le harcèle de coups de poing dérisoires, décoiffé et l’écharpe de travers… 

  Pélot reste derrière le Maire sans oser le ceinturer, tente de lui parler à l’oreille, de lui souffler des conseils discrets au milieu de l’agitation frénétique qui semble s’emparer de la foule tandis que les cris se transforment petit à petit en une sorte de chant martelé. 

 
La foule semble prise de folie giratoire, et c’est un vrai tourbillon qui entoure, à distance de bâton, le noyau central composé des policiers en scandant derrière Varochaix, que personne n’a vu venir suivi de ses Naris au grand complet :

  Ô Grand Putois
Grand Putois putassier,
Grand Putois pustuleux,
Grand Putois putréfié…
 
Armés de baguettes de noisetier et des manches à balai qui servaient de bâtons aux pancartes démantibulées, ils cinglent tout ce qui bouge devant eux, c’est-à-dire les cinq policiers qui se sont placés dos à dos pour se protéger. 

  Ils évitent difficilement Madame de la Vorme Séchée qui reste dans le no men’s land à agiter des bras aussi secs qu’affolés. 

  Le Maire et Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse ont rejoint le premier rang de la foule frénétique et crient avec les autres : « Libérez nos saucisses ! C’est tout naturel ! », au milieu des invocations au Grand Putois.

  Des fenêtres du journal, Eusèbe, Victor et Mouchoir regardent cette scène avec effarement :
- Ils vont se faire écharper ! constate Eusèbe.
- Il faut faire quelque chose ! approuve Mouchoir, l’œil collé au viseur…
- J’y vais, crie Victor, appelez Rébéquée et continuez de filmer !

 
La situation des policiers se gâte. Réunis en bloc ils se protègent de leurs bras tendus, les agents brandissant dérisoirement leur bâton. Pélot esquisse le geste de dégainer son arme de service, rappelé à l’ordre par une baffe de Ravot qui le surveille :
- On aurait besoin de renforts ! crie Lepif au milieu du tumulte…

  C’est alors que Victor ouvre la porte du journal, et moustache dardée au vent, suivi de Toto, amorce le mouvement de s’élancer vers la foule.
 

Les cris retombent, remplacés par un grognement unanime. La giration folle s’arrête instantanément. 

  Tous les visages se tournent vers l’entrée du journal, vers la porte entr’ouverte par où Vic et Toto sont sortis. 

 
Les émeutiers semblent rassembler leurs forces, prendre leur élan contre l’Ennemi commun, délaissant instantanément le groupe qu’ils entourent, chacun d’eux se ramassant sur lui-même, se tassant sur lui-même, genoux fléchis et bras lentement tendus, avec un souffle profond, sourd, rythmique…

  Mouchoir voit très nettement la scène depuis son premier étage : le cercle figé de la foule (au moins deux cents personnes maintenant) qui entoure les cinq policiers, laissant un anneau vide de la longueur des bâtons, et dans cet anneau, Edmonde de la Vorme Séchée affolée qui repousse les assaillants des moulinets de ses bras maigres, la foule qui l’ignore, la foule qui concentrait toute son agressivité sur les policiers, mais qui maintenant les ignore à leur tour, retournée d’un seul mouvement vers les nouveaux arrivants, là-haut, sur le perron… 

  La foule presque accroupie dans son élan au sein de laquelle se détachent nettement les cinq silhouettes dressées des policiers, et celle plus malingre d’Edmonde de la Vorme Séchée, affolée qui ouvre la bouche pour crier, pour leur dire de cesser, d’arrêter…

  Tous ont entendu le sifflement bref, tous, les curieux, les manifestants hystériques, les policiers concentrés sur leur défense. Victor et Toto. 

  Tous.
 
Tous ont vu ou perçu le sursaut de la femme maigre, et tous ont tourné la tête vers elle assez vite pour voir la flèche plantée entre ses dents dans sa bouche grande ouverte, et dont la pointe ressort sous son chignon, avant qu’elle ne s’effondre d’un coup.

  Il y a eu un silence, et les manifestants se sont instantanément dispersés, dans un bruissement d’étourneaux qui s’envolent en masse…

 
- Cadre large, filme ! souffle Eusèbe à Mouchoir en serrant son épaule dans sa main droite…

  Par réflexe, Ravot regarde dans la direction d’où la flèche doit être partie, cette façade d’immeuble où un léger mouvement… Une fenêtre qui se referme…
 

- Là !!! Bloquez l’immeuble ! Vite !!!

  Les agents se précipitent vers la porte ouverte, sous la fenêtre que le commissaire désigne, Lepif court à sa voiture pour appeler des renforts, Pélot réconforte le maire tout perdu à côté du cadavre, près d’Hilarion-Jovial qui tortille sa cravate de premier communiant entre ses doigts…

Victor s’approche, repoussé par Ravot :
- Allez vous mettre à l’abri, vous, si vous ne tenez pas à être le prochain !!
- Venez, approuve Toto en le tirant par le bras…

 
Un pimpon sonore annonce l’arrivée de Martial et des cinq agents de réserve, restés en permanence au commissariat. Au petit trot, ils s’empressent de boucler les lieux… 

  Tous les manifestants, le Maire, Hilarion-Jovial et Varochaix ont disparu.

  Les policiers forment une haie autour du cadavre d’Edmonde de la Vorme Séchée.

  Après les premières secondes de flottement, Ravot a envoyé une équipe, dirigée par Lepif, fouiller l’immeuble d’où est partie la flèche mortelle.

  Bien sûr marquée « Hybris ».
 
Ravot est allé téléphoner au Procureur depuis le hall du journal où il a retrouvé Eusèbe et Victor, tandis que Toto raconte l’aventure aux grouillots qui se pressent autour de lui avec de grands yeux ronds débordants d’admiration.

  - Qu’est-ce que vous me racontez ? Le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale ? Et le directeur du machin Super Troc « C’est tout Naturel  » ? Mais vous êtes fou, Ravot ! Vous savez que votre ministre vous a dans son collimateur ?

- Je le sais, mais je sais aussi que de fortes présomptions pèsent sur ces braves gens !
- Ecoutez, mon vieux, dans votre intérêt, interrogez-les, mais ne prononcez de garde à vue que si vous avez des preuves en béton ! En béton, vous m’entendez ! Je répète : c’est dans votre intérêt !
Eusèbe s’est approché de Ravot et lui montre Mouchoir qui est descendu, sa caméra à la main :
- On a tout filmé en haute définition, lui glisse-t-il à l’oreille…

 
Ravot, le combiné du téléphone au bout du bras, en reste comme deux ronds de carotte (dirait Mado), tandis que le Procureur continue de débiter protestations et conseils de prudence, dans un grésillement nasillard de fourmi lilliputienne que personne n’écoute.

Et puis le commissaire réalise :
- Monsieur le Procureur ! J’ai peut-être la meilleure des preuves : tout a été filmé. Je vais regarder le film et je te rappelle !

  Après tout, ce n’est pas pour rien qu’ils ont fait leur Droit ensemble…
 

LE RETOUR À BIARRITZ / P3C1E12

P3C1E12 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 12)

  N°157 / LE RETOUR À BIARRITZ / P3C1E12

 
C’est l’histoire où nous apprenons qu’Arthur a été libéré à Biarritz. 

  Jeudi 9 juin
22 heures
Capitainerie de La Marée au Grand Port 

 
- J’ai fait placer un émetteur GPS identifié dans chacune des palettes qui vont être chargées à bord. Cela permettra de suivre le Mélanippé par satellite et de repérer facilement sa route. Il est censé partir en Afrique, déposer une première cargaison à Dakhla, et continuer en cabotant tout au long de la côte d’Afrique : Nouakchott, Dakar, Conakry, Freetown, Monrovia, Abidjan, Accra, Lomé, Lagos… Plus de mille palettes à livrer. Mais je voudrais bien savoir où les Amazones et Daniel Forpris vont descendre à terre…

 
Rébéquée reste un temps songeuse…
 
- Ôoumloc va suivre le navire, mais il n’interviendra pas… Pas encore, réaffirme Ouâniahoua…

 
Celle qui a capturé Tomie la Louve a revêtu la combinaison bleue des dockers du port. Depuis le meurtre d’Ouaniahou, sa sœur, Amaïa l’a désignée comme garde du corps de Rébéquée, et elle applique scrupuleusement ses consignes : ne jamais laisser Ouôtâne[1] seule. 

  Bien sûr, c’est agaçant, et Rébéquée aimerait bien un peu plus d’intimité, surtout lorsqu’elle souhaite rejoindre Hélène dans leur appartement au-dessus de la boulangerie, mais elle se résigne à la présence, le plus souvent silencieuse, mais toujours attentive, de sa « gardienne ». 

 
D’ailleurs, elle a fini par convaincre son amie de venir s’installer dans l’une des chambres du Bureau N°1… Par sécurité… Ça n’a pas été facile : elle ne voulait pas laisser sa maman, la Bonne Marie, ou Marie Bon Pain, comme tout le monde l’appelle ici. Mais il faut protéger le futur bébé… Et Marie elle-même a convaincu Hélène d’aller se mettre à l’abri.

Toutes les heures, la gardienne goum appelle Nouye pour prendre et donner des nouvelles, sauf en cas d’urgence où la petite radio grésille…

- Il est tard, Ouâniahoua. On va rentrer. Les gardiennes et les gardiens de service surveillent. Personne ne peut monter ou descendre sans donner l’alerte…

 
C’est alors que Ravot a appelé :
- Pas encore couché commissaire ? répond Rébéquée qui reconnaît instantanément sa voix.
- J’espérais bien que vous seriez encore au port, Rébéquée… Je n’ai pas voulu appeler au bureau N°1 pour éviter les réactions trop impulsives et irréfléchies. Je sais que vous êtes de sang-froid…
- Mais qu’est-ce qui se passe ? Encore une catastrophe ?
- Non, enfin, je ne crois pas… Ecoutez, je viens de recevoir un appel de la PAF,

la Police de l’Air et des Frontières…

- Oui, et que dit votre paf (Rébéquée ne peut s’empêcher de rire) ? Excusez-moi, c’est idiot…

 
Ravot ne relève même pas :
- Arthur Malfort est à l’aéroport de Biarritz !
- QUOI ?
- Vous m’avez bien entendu : ARTHUR EST À BIARRITZ. Mais d’après l’officier que j’ai eu au bout du fil, il semble éveillé, mais inconscient, dans une sorte « d’état second ». Il est très affaibli, ne parle pas, ne bouge pas de lui-même, reste inerte… Ils l’ont trouvé, assez légèrement vêtu, assis par terre derrière un hangar, et il semblait y être depuis un certain temps. Ils l’ont pris pour une sorte de SDF, sauf qu’il est rare qu’on en trouve dans le périmètre fermé et protégé de l’aéroport. Le médecin de garde a parlé de catatonie… Ils l’ont identifié par les papiers qu’il avait sur lui, et ils m’ont appelé au commissariat. Ils vont le ramener en hélico : leur plan des sites accessibles indique une aire d’atterrissage possible sur le toit du journal…
- C’est exact ; il faudra allumer le balisage. Il faut prévenir, y aller… Il arrive dans combien de temps ?
- Il devrait être là dans une petite heure, mais je ne sais pas trop dans quel état il se trouve : il a eu froid et d’après eux, il est certainement drogué. Ils voulaient l’hospitaliser, mais j’ai refusé, en avançant des raisons de sécurité… Je n’ai aucune envie de voir se répandre la nouvelle.  J’ai bien insisté pour qu’ils gardent tout cela strictement secret…

 
Rébéquée réalise petit à petit l’énormité de la nouvelle :
- S’il s’est évadé, c’est extraordinaire, presque incroyable. S’ils l’ont relâché, c’est à coup sûr un piège… Dans tous les cas, il faut d’abord le protéger, ensuite comprendre… Et là, je ne comprends pas… Il faudrait le montrer à Amaïa, j’ai peur des réactions de Béatrace. Elle est facilement excessive… Et la protéger, elle aussi… Comment est-il arrivé là ?
- D’après la PAF, un Falcon 7X, un gros avion d’affaire, s’est posé à Biarritz pour se ravitailler en carburant, et il est reparti tout de suite : il semblait venir de New York et disait être attendu à Stockholm. Il avait l’air d’être très pressé. Le carburant a été payé en espèces. Cela nous rappelle des choses, non ? Je leur ai demandé de vérifier s’il y avait un rapport avec celui qui est aussi parti de Biarritz après le meurtre de Luis, le 3 mai, j’ai vérifié la date, cela fait un peu plus d’un mois. Mais ce n’était pas la même immatriculation. Je leur ai demandé de vérifier et j’attends leur réponse… On a trouvé Arthur une demi-heure après le départ du Falcon : un mécano qui passait par-là.
- Je préviens nos amis. Essayez d’être présent au moment où l’hélico arrivera au journal…

 
Elle raccroche, prise de vertige. Le sang-froid qu’elle a affiché jusque-là en répondant à Ravot s’évapore, et elle a l’impression de nager dans un irréel absolu… Alors, elle prend Ouâniahoua dans ses bras et l’embrasse sur les deux joues :
- Yahooouuuuuuu !!!!!! Arthur est vivant ma vieille ! Tu te rends compte ?

 
Ouâniahoua se dégage doucement de l’étreinte de Rébéquée :
- Et qu’est-ce que tu feras quand tout le monde sera tiré d’affaire si tu étouffes tes amies à la première bonne nouvelle ?

 
- Allez, en route, mon bonhomme…
 
(N’oublie pas… n’oublie pas… n’oublie pas, chuchote la petite voix…)

Arthur éprouve quelque difficulté à redresser la tête. Pourtant, il reconnaît bien Arnaud Boufigue, et il sait pertinemment qu’il n’a rien de bon à attendre de cet individu.

 
- On va faire un petit voyage, on va même rentrer à la maison… On est content ?
 
Boufigue, lui, semble particulièrement ravi, comme s’il préparait une bonne farce. Arthur se trouve toujours englué dans les profondeurs de la camisole chimique qui lui empâte l’esprit et lui interdit tout mouvement. 

 
Sa grande carcasse amaigrie étendue sur le lit d’hôpital de la chambre qu’il occupe en Harpie lui laisse une désespérante sensation d’impuissance. Boufigue approche une seringue de la ligne de perfusion reliée à son bras :
- Un ptit shoot, camarade ? Allez, juste de quoi te faire tenir tranquille pendant le voyage… Et surtout de quoi oublier ce que tu dois oublier… Faudrait pas que tu racontes trop de choses à tes amis, pas vrai ? C’est fou, les progrès de la science ! Il est carrément très fort, hein, le Mentor ? Le Mentor !!! Qu’est-ce qu’ils ne vont pas chercher… Mais c’est vrai que plus c’est gros et mieux ça marche…

 
Arthur se sent couler dans un lac d’eau sombre…

 
Cependant la petite voix chuchote toujours à son oreille : n’oublie pas… n’oublie pas…
 
Arnaud Boufigue est parti.

 
La perfusion est débranchée. On (qui ?) l’aide à se lever. Il était nu, il est maintenant vêtu d’une chemise et du même pantalon blancs qu’il portait à l’arrivée du Hai II (où est-il passé, celui-là ?) et il se trouve conduit dans un ascenseur. Vertige de la montée où ses bras pèsent plus fort sur les épaules qui le soutiennent tandis que ses jambes fléchissent… Dieu qu’il se sent faible… Une lourde porte courbe s’ouvre devant lui… Un hangar semblable à celui d’Omphalie. Un avion… Là-bas, un groupe d’hommes et de femmes. Pouacre… Finette. Ce jeune élégant, ce doit être celui qu’ils appellent l’Élu… Deux ou trois Amazones… L’Élue, la Patronne, n’est pas là, avec ses chiens et son oiseau… Il y voit un peu plus clair. On ne s’occupe pas de lui, comme si on le croyait totalement inconscient…

Seuls, les deux « infirmiers » le soutiennent.

 
Les « officiels » retournent dans l’ascenseur dont la porte se referme. Ne restent là que les Amazones et ses « infirmiers ». Un ronflement : le hangar remonte vers la surface… Le temps est imprécis, sujet à dilatations et à compressions successives et imprévues… n’oublie pas… n’oublie pas… 

 
Un choc : les grandes portes s’ouvrent sur une énorme bouffée d’air marin, toute pleine du souffle profond de la houle…

 
L’avion a été tourné face à la porte et le crochet du treuil attaché à sa roue avant. Il est tiré sur la petite plate-forme qui précède le hangar, au tout début de la longue piste qui surplombe le halètement sourd de la houle. La porte escalier est ouverte. Les Amazones montent à bord. Les pilotes sont déjà à leur poste dans le poste de pilotage, il les voit s’affairer sur leur check-list. Il est installé et sanglé dans un profond fauteuil, les infirmiers face à lui ; les Amazones sont là, il le sent, mais il ne les voit plus. Il ne sait pas comment il est monté, il a vu des panneaux métalliques se dresser derrière l’avion, sans doute pour protéger le hangar et la piste des jets brûlants des réacteurs, et puis, il s’est retrouvé assis…

 
Dans les nuages… Sous les nuages… On est très bas… Une côte, l’avion prend de l’altitude…

 
Il a dû dormir…

 
L’avion est posé… On le fait descendre… Il fait froid… Il est emmené derrière un hangar. Il est à terre… Tout est si vague… 

 
On lui parle… Il est dans un bureau… En France…

  
 Il s’endort, une fois de plus… Se réveille parce qu’il est transporté, soulevé… Non, il est capable de marcher ! Un effort, et le voilà debout. 

 
Des voix admiratives… On l’encourage amicalement… Des lumières… Floues, puis plus nettes : sa vision s’éclaircit… On l’a couvert d’une grande couverture et il sort dans la fraîcheur de la nuit, poussé, guidé, par des mains et des voix amicales. A quelques dizaines de pas, (son pas s’affermit), un hélico attend, turbine en marche :
- Vous rentrez chez vous, Monsieur Malfort, on vous reconduit… Vos amis, votre femme… 

 
Arthur s’est imperceptiblement raidi. 

 
On lui a posé un casque antibruit sur la tête… On l’a sanglé sur son siège. Il est assis à l’arrière et le copilote le regarde et lui sourit en lui faisant signe du pouce. Machinalement, il répond en faisant tourner verticalement son index droit pour dire qu’il peut décoller, ce qui entraîne en réponse un autre geste approbateur du pouce levé du copilote ravi de voir que le passager, qui paraissait si mal en point, se porte mieux. 

  Il n’a pas une notion bien précise du temps : c’est une matière mouvante, fuyante, tantôt épaisse et lourde, tantôt fluide et… gazeuse, voilà, c’est cela : le temps est un gaz compressible et élastique, une… flatulence de l’esprit, qui fuit parfois, indispose, se comprime en malaise, se libère comme un prout incongru lorsqu’on l’attend le moins. Le temps est malséant, déplacé, grotesque. Infantile. Combustible. Obscène…

 
Arthur laisse tourner cette idée dans son esprit, comme une image virtuelle, fascinante dans sa philosophie pétomane…

  Il a dû s’endormir.
 


[1] « 

la Guerrière », surnom goum de Rébéquée

.

SAUCISSES INDUSTRIELLES / P3C1E15

P3C1E15 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 15)

N°160 / SAUCISSES INDUSTRIELLES / P3C1E15


 
C’est l’histoire où nous apprenons que les cadavres de l’autoroute sont bien ceux de Ted et de Jo. Amélie explique comment sont fabriquées les saucisses de

la Nouvelle Réna. Elle a découvert « l’améline ». Et l’Amour.

  Vendredi 10 juin
9 heures
Chez Mado

La clochette de la porte marque l’entrée de ceux qui étaient attendus avec tellement d’impatience :
- Ah, vous voilà !
- Pardon, commissaire, c’est de ma faute, s’excuse Amélie avec un sourire à faire fondre la banquise… J’ai été retenue sur la route. Lepif m’a appelée à 6 heures chez moi lorsqu’on lui a communiqué votre demande, et…
- Bon, ça va, ça va… Une demi-heure de retard… Et on est pressés. Il a eu raison de se faire excuser par vous, mais il aurait pu venir sans vous attendre…

 
Lepif garde le nez baissé dans son col, comme un gamin pris en faute, et le regard en-dessous qu’il lance à Amélie fait rire Mado :
- Voyez pas qu’il est amoureux, commissaire ?

  Lepif se redresse, l’air furieux, rouge comme un coq :
- Ah, toi ! Zézette !!!
- Mado, Lepif, Mado, le reprend Ravot qui du coup éclate de rire, et remercie-la, elle t’évite l’engueulade…
 
Amélie, surprise, a ouvert de grands yeux avant de rougir à son tour. Et une rouquine qui rougit, c’est l’incendie… Et puis elle est prise par la contagion du rire et elle demande à Lepif :
- Mais… ?

  Lepif a repiqué du nez dans son col et tortille un bouton de sa veste entre ses doigts…

 
Alors Amélie tend le cou et dépose un petit baiser sur sa joue…

  - Bon, c’est fini Marivaux ? On a du boulot !
- Pardon commissaire, je…
- Vous, Lepif, vous aurez tout le temps de vous expliquer plus tard…
- Et quand vous aurez trouvé le temps, j’offrirai le champagne ! enchaîne Mado qui apporte deux cafés de plus pour les nouveaux arrivés avant de se retirer discrètement derrière son comptoir.
 
- D’abord, faites-moi le point sur ce que vous avez de neuf, reprend Ravot qui a retrouvé tout son sérieux et feint d’ignorer les petits coups d’œil (totalement extra professionnels) qu’échangent ses collègues.
- J’ai obtenu les résultats de l’autopsie : il s’agit bien de Jo et de Ted. Formule dentaire, ADN, etc, tout concorde. Mais les corps étaient très abîmés, comme vous le pensez bien : il y avait 30 000 litres d’essence dans la citerne qui a brûlé… Heureusement que les gros extincteurs de la station-service ont pu sauver une partie des cabines des camions, sinon on n’aurait rien retrouvé d’eux.
- J’ai pu prélever des traces d’ADN dans la pulpe des dents qui n’ont pas éclaté dans l’incendie, précise Amélie (et du coup Ravot la regarde d’un œil moins romantique, même si Lepif réagit à cette déclaration comme à la voix des anges),  mais les viscères étaient carbonisés.
- Tous ? demande Lepif…
- Tous, répond Amélie, au bord de l’extase…

  Lepif soupire et précise, la voix défaillante :
- Panosier, le légiste, a quand même établi que le cœur de Ted avait été transpercé par une pointe, une sorte de pic à glace.
- Ils ont sans aucun doute été assassinés, susurre Amélie, qui le couve du regard ébloui de Bernadette devant la grotte.
- En plein cœur, bafouille-t-il…
- En plein cœur, souffle-t-elle avec la foi de l’aveu…
- C’est merveilleux, enchaîne-t-il en lui prenant la main.
- Oh, oui, approuve-t-elle en lui cédant avec l’abandon farouche d’une jeune vierge le soir de ses noces…

 
Paf !!! Ravot tape du poing sur la table.

  - Si on m’avait dit un jour que je serais emmerdé par les roucoulements des perdreaux sous mes ordres ! C’est fini, oui ? 

 
Les deux perdreaux visés atterrissent, s’ébrouent, l’air coupable, et se reprennent, confus et gênés, sous les rires (mal) contenus de Mado qui pouffe derrière son comptoir :
- Faut pas les engueuler, commissaire, c’est la surprise du coup de foudre…
- Bon, on reprend : donc, les deux corps ont été identifiés et le crime est établi. Quoi de neuf du côté des coupables ? 

  Lepif s’arrache douloureusement au vert et lumineux regard d’Amélie et redescend sur terre :
- Humevesne et Suceprout ? Ils sont très certainement coupables, mais ils ont un alibi pour mardi, jour de l’enlèvement de Jo et de Ted. Du matin jusqu’au soir, ils se trouvaient au Nègre Blanc, une « maison » accueillante de Bordeaux où ils dépensaient un gros gain ramassé aux courses la veille. Ils sont passés directement de l’hippodrome au bordel et n’en sont ressortis que le soir pour aller faire la java à l’extérieur. C’est au cours de cette java que les « amis » de Mado les ont repérés. A moins d’une connivence de tout le bordel… En principe, on devrait les relâcher…
- Pas question, je les enchriste pour scandale sur la voie publique… Avec la plainte des patronnes du Tapas’Embal’ et celle de Mado…
- Elles ont retiré leur plainte…
- Quoi ?
- Oui, elles sont repassées hier soir au commissariat en disant qu’elles avaient réfléchi, que ce n’était pas grave au point de faire des histoires…
- Je ne connais pas toute l’affaire, intervient Amélie Fouad, mais il me semble que cela sent la grosse arnaque, non ?
- C’est une grosse arnaque, intervient Mado à son tour, à la surprise du commissaire, qui décidément ne s’y retrouve plus, entre Lepif tourtereau et sa logeuse qui se mêle de l’enquête.  Bon, je vous aide, mais vous comprendrez que je ne porte pas plainte : ma « situation » est délicate (Ravot et Lepif approuvent de la tête sans qu’Amélie comprenne cette connivence)… Mais je connais le Nègre Blanc. C’est un clandé pratiquement officiel où viennent les grosses légumes, et spécialement ces Messieurs de la Ville. Intouchable. N’essayez pas, commissaire… Mais surtout, il appartient à l’Imporium. Comme le champ de courses…
- L’Imporium qui se trouve aussi financièrement lié au groupe Tapas’Embal, et soutient très indirectement Super Troc, c’est-à-dire C’est tout Naturel et la Nouvelle Réna… Leur représentant officiel, un certain Aloïs Guétotrou-Kifumsec se trouvait au Tapas’Embal’ le soir de l’inauguration et du meurtre de Luis… Dubrieux de la Brigade Financière de Paris,  m’a confirmé leurs liens, ajoute Lepif, tout fier d’apporter sa contribution et de montrer que fleurette du matin n’exclut pas l’enquêteur du terrain.
- L’Imporium, hein… On avait déjà connu ça à Paris, Lepif…
- Oui, on en parlait comme d’une sorte de Super-Mafia légendaire…
Mado ricane :
- Ils n’ont rien de légendaire, mais vous ne pourrez pas les coincer : ils sont trop discrets, trop riches, et trop malins…
- On se trouve devant le problème que Dubrieux caractérise toujours de la même manière : on devine, on suppose et même, on sait, mais on ne prouve rien, ajoute Lepif.
- En somme on n’est pas plus avancés, sauf, comme vous dites, à prouver, en l’occurrence que tout le Nègre Blanc ment, et que les gens de Tapas’Embal’, boutiques et usines, sont manipulés… Ce serait peut-être possible si je disposais de dix enquêteurs à Bordeaux, et de l’appui de la hiérarchie, râle Ravot…

  Atmosphère morose…

  - J’ai autre chose, ajoute Amélie. A propos des saucisses que vous m’avez fait analyser. 
 
Pause dramatique… Elle enchaîne :
- J’ai d’abord pu retrouver leur mode de fabrication en interrogeant les responsables de Bordeaux par téléphone. Ils se sont montrés très coopératifs, comme s’ils étaient fiers de leurs procédés. Il y a là des choses surprenantes. J’ai appelé les services vétérinaires, et pour eux, tout est légal, mais on n’est jamais allé aussi loin dans la technologie industrielle de la viande : ils mélangent des viandes surgelées et des viandes fraîches, du bœuf d’Argentine et du porc de batterie sur pied qu’ils prévoient d’élever à côté de l’usine de transformation, ou même du mouton, dans des proportions variables. Le tout est « désossé » mécaniquement d’une manière révolutionnaire. Bref. Je détaille tout cela dans le rapport…
J’ai également comparé les deux types de saucisses que vous m’avez fournies, d’une part celles qui sont réservées aux « initiés » de

la Nouvelle Réna, et d’autre part, celles qui sont vendues aux clients « ordinaires », mais qui ont aussi été fabriquées par l’usine de Saint Tignous, qui a servi de « pilote », et qui proviendront maintenant de Bordeaux.

D’une manière générale, les saucisses sont embossées dans des boyaux artificiels produits à partir d’un liquide qui coagule à la chaleur. On appelle cela du « boyau collagène », du nom de la matière employée, d’origine biologique, proche de la gélatine. Ce boyau est façonné au fur et à mesure de la fabrication et glisse sur le cône de remplissage de l’embosseuse (c’est la machine à remplir les boyaux). Je l’explique dans mon rapport.
Mais c’est là que cela devient intéressant : dans ce boyau, j’ai trouvé une molécule bizarre. Elle semble inoffensive, mais elle est vraiment bizarre. J’ai pu déterminer qu’elle provient du lubrifiant utilisé pour leur mise en œuvre : pour faciliter le glissement du boyau sur la machine, on doit graisser très légèrement le cône de remplissage. Ils emploient de l’huile de sésame. 
- C’est pour l’ouvrir plus facilement sans doute, intervient Lepif, sérieux comme un notaire perdu dans la fumée de son cigare…
- L’ouvrir ? s’enquiert Ravot qui ne voit pas bien quel rapport il peut y avoir entre un lubrifiant et une ouverture non définie…
- Ouvrir le boyau, précise Lepif…
- Je ne vois pas quel rapport il peut y avoir entre un lubrifiant et l’ouverture d’un boyau, reprend Ravot toujours perplexe…
- C’est le sésame du boyau, insiste Lepif…
- ??? interroge silencieusement Ravot qui avance le menton, la bouche entr’ouverte, tout en fronçant désespérément les sourcils…
- Le « Sésame ouvre-toi » du boyau collagène, précise Lepif patient, souriant, pédagogique…

  Ravot passe ses deux mains crispées sur son visage atterré, et regarde Mado avec l’œil effondré d’un cocker abandonné sur une aire d’autoroute :
- C’est l’amour qui fait ça ?

  Mado hoche la tête pour confirmer ses craintes, et se retient de rire pour éviter une explosion qu’elle sent latente. Mais elle ne peut s’empêcher d’ajouter que pour son compte, elle préfère la vaseline…

 
D’une main lasse, le commissaire fait signe à Amélie :
- Poursuivez, mon enfant poursuivez, soupire-t-il enfin avec accablement…

  Il y a un temps. 

 
Amélie, qui souriait au nez de l’ange qui passe, reprend :
- Je parlais de l’huile de sésame… J’ai remarqué autre chose : les saucisses réservées aux « initiés » présentent une toute petite particularité. Cette huile, dont on ne retrouve que des traces très faibles dans le produit fini, semble contenir elle-même des traces d’un alcaloïde que je n’ai pas encore réussi à identifier, ou plutôt, des « morceaux » chimiques, de molécules  potentiellement constitutives d’alcaloïde. Des traces dans les traces : on travaille sur des nanogrammes, des milliardièmes de gramme. J’ai appelé cette molécule de « l’améline » en attendant d’en trouver le vrai nom, s’il existe déjà dans la nomenclature.
- De l’ « améline », soupire Lepif…
- … (sourire) c’est doublement curieux, d’abord parce qu’il n’y a en général pas d’alcaloïdes naturels dans les plantes qui produisent de l’huile, et ensuite, parce qu’on n’en trouve que dans les saucisses pour « initiés », et pas dans les autres saucisses fabriquées par Tapas’Embal’ sous d’autres marques. C’est comme s’ils utilisaient une huile de lubrification différente selon les produits, ou plutôt, comme s’ils ajoutaient de l’améline uniquement dans les produits destinés aux « initiés ». S’il s’agit bien d’un élément ajouté et pas d’une impureté accidentelle. Il faudra vérifier sur plusieurs lots, mais je n’en ai pas encore eu le temps.
Je n’ai pas non plus interrogé les fabricants à ce sujet. Ils ont déclaré à Lepif qu’ils produisaient les deux types de saucisses sur la même chaîne, en changeant simplement la proportion des viandes. J’irai volontiers rendre une petite visite à leur usine pour voir de plus près ce système de lubrification… Ah, oui… Aussi : les saucisses servies aux excités qui ont mis le siège devant le journal contenaient deux fois plus d’améline que celles qui sont fournies habituellement aux mêmes « initiés », qui se contentent alors de manifester une sorte d’état de manque lorsqu’ils en sont privés…
- Et ce sont ces bidons de « lubrifiant » que le Mélanippé a déchargés à Bordeaux, ajoute Lepif.
- Ces bidons contiennent effectivement de l’huile de sésame, mais pas du tout d’améline, j’ai vérifié, conclut Amélie avec un soupir.

Ravot hoche la tête :
- Tout cela est très intéressant. Vous avez pu retracer l’origine des matières premières ? demande-t-il à Lepif…
- La viande vient par bateaux frigorifiques depuis l’Argentine, ou d’élevages de la région pour les porcs vivants, jusqu’à ce que la porcherie intégrée soit opérationnelle. Il faudra vérifier tout cela, en particulier la nature des aliments que les animaux consommeront, mais leur diversité semble exclure tout trafic de ce côté-là.
- Je suis certaine que l’améline provient du lubrifiant, insiste Amélie…
- L’huile de sésame du Mélanippé a été chargée à Dakhla et a été produite au Maroc, en Mauritanie, au Sénégal et au Burkina, reprend Lepif, la matière première du boyau vient de Hambourg en wagons-citernes, et reste stockée dans de cuves en inox sur le site de Bordeaux. Elle est complétée par la transformation sur place des morceaux d’os récupérés sur les carcasses utilisées pour fabriquer la chair à saucisse. Ils pensent parvenir à une autosuffisance complète lorsque la porcherie fonctionnera.
- Pas d’améline là-dedans, observe Ravot songeur… Vous êtes bien sûre de vous ?
- A 99% commissaire. Mais dès que je disposerai d’un peu de temps, je ferai effectuer des analyses de vérification par d’autres labos. Il reste des additifs divers, classiques pour ce genre de produits, comme l’amidon utilisé comme coagulant, ou des sucres, des épices, des antioxydants, des stabilisants, des arômes divers, mais ils proviennent de fournisseurs spécialisés et les services vétérinaires ont constaté l’intégrité et l’authenticité des emballages. Tout est correct de ce côté-là. Le foisonnement est obtenu par de l’azote…
- Le foisonnement ? demande Ravot…
- Oui, explique Amélie, le dernier hachage est effectué sous vide pour éliminer l’oxygène et améliorer le rendement du cutter, mais ensuite, pour augmenter le volume final et alléger la masse, on injecte du gaz pour faire mousser la purée de viande préparée avant la cuisson et l’embossage.  Et la cuisson s’effectue dans la ligne d’embossage elle-même par chauffage ohmique… Mais c’est plus détaillé dans mon rapport…
- Bon appétit, grince Ravot.
- Rien que de très ordinaire en charcuterie industrielle, commissaire… Mais nulle part je n’ai remarqué quoi que ce soit qui ressemble à de l’améline, ni de près ni de loin.
  - Il faudra étudier tout cela de plus près, conclut Ravot. Vous avez bien travaillé. Mais maintenant, vous allez venir avec moi, j’ai quelque chose à vous montrer…
- Mais commissaire, on n’a pas fini d’éclaircir… s’offusque Ravot.
- Mais commissaire, mes analyses de contrôle… s’inquiète Amélie.
- Vos analyses attendront. Et vous, Lepif, appelez Martial pour qu’il prenne le relais des enquêtes. Il faudra également qu’il retrouve les traces d’un certain Falcon 7X qui, d’après Pélot, aurait fait naufrage dans le Pacifique au large du Chili, mais dont je pense qu’il est passé par Biarritz la nuit dernière.
- Un Falcon 7X ?
- L’avion d’affaires qui a emmené Boufigue et ses amis il y a un mois, après qu’ils se soient amusés avec Luis. Vous y êtes ? C’est cet avion-là, ou son frère jumeau, qui aurait embarqué Arthur Malfort lorsqu’il a disparu…
- Mais, patron…
- Venez, on en reparlera en voiture : j’ai beaucoup de choses à vous apprendre et à vous montrer, moi aussi…
- A bientôt, sourit Mado au passage, n’oubliez pas le champagne…
 

LE DÉPART DES AMAZONES / P3C2E11

P3C2E11 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 11)

 
N°200 / Le DÉPART DES AMAZONES / P3C2E11
  

C’est l’histoire où les Amazones partent à l’assaut de la base de l’île Gamblin.

Jeudi 16 juin
5 heures 30
Omphalie
(10 heures 30 en France)

  Il fait encore nuit lorsque le hangar émerge des flots. 

  Comme l’hélicoptère seul va décoller, on n’a pas sorti la grande piste, mais juste le tronçon qui tient lieu d’héliport.

 
Les larges portes métalliques s’ouvrent. 

  Lumière bleue, discrète, qui s’étale sur les vagues profondes du Pacifique en éclairant le caillebotis de plastique sur lequel l’hélicoptère, rotor déployé, se trouve poussé par ses futurs occupants. Outre le pilote (déjà monté à bord et qui effectue les dernières vérifications), le copilote-radio-navigateur, et trois silhouettes féminines, en combinaison de néoprène noir.
 
L’appareil est placé sur le grand H, au centre du cercle d’où il devra décoller. Un dinghy de petite taille, équipé d’un moteur hors-bord électrique est fixé à quatre crochets disposés entre les patins de l’hélico.

La turbine ronfle et monte dans l’aigu. 

  On décolle. 

 
Les portes se referment et le hangar s’enfonce au ras des flots, indétectable…

  Cinquante kilomètres… C’est la distance jusqu’à l’île Guamblin. Un quart d’heure de vol.
 

Mais il ne s’agit pas de se poser sur l’île. Non. « On », leur agent, a prévenu : depuis que Yann Marbeuf, cet électricien qui voulait collaborer avec Malfort a été retrouvé écorché au sommet de l’île (P2C2E3), les Chochos ont installé des postes de garde en haut des falaises qui la ceinturent. Alors il faudra débarquer discrètement, là où « on » a dit qu’il y avait peu de chances pour que la côte soit surveillée. Et puis ce qu’ils guettent, c’est l’arrivée d’un hélicoptère, pas d’un canot pneumatique.
  L’hélico vole sur place au ras des flots, à moins d’un kilomètre de la côte, sous le vent pour ne pas être entendu.

 
Les portes à glissière de l’arrière sont ouvertes. 

  Le copilote tire sur une poignée qui libère le zodiac de ses crochets d’attache.
 
L’une après l’autre, les trois Amazones en combinaison de plongée se laissent glisser le long du câble qui empêche le canot de s’éloigner. Chacune porte en bandoulière son arc et son carquois ainsi qu’un rouleau de corde. Poignard à la ceinture. Pas d’armes à feu. Inutile et bruyant…

  Le câble est détaché et remonte, enroulé sur son treuil. 

 
L’hélico disparaît, happé dans le ciel. 

  Ne reste que le bruit du ressac et le faible ronronnement du moteur électrique du canot qui se dirige vers la ligne noire où il aborde peu de temps après.
 

La falaise est ici relativement accessible. 

  Le passage des trois Amazones éveille une foule d’oiseaux marins qui nichent entre les rochers… Un peu d’agitation, quelques froissements d’ailes et des piailleries, et le calme revient. Elles ne rencontreront personne avant un bon quart d’heure, puisqu’elles savent que les postes de guet sont espacés de deux kilomètres et qu’elles ont abordé entre les deux premiers. 

 
Elles ne risquent rien.

  Parvenues sur le plateau côtier, elles se dirigent directement vers l’endroit où elles savent que se trouve l’entrée de la base, dans un creux près du replat où s’est posé l’hélico d’Arthur Malfort.
 
C’est ce que l’une d’entre elles, qui a participé à l’expédition punitive contre Yann Marbeuf  explique aux deux autres : elle a vu arriver l’hélico de l’ONU, depuis le petit sommet où elle achevait le travail.