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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

LES CHEMISES DE LA VEUVE / P3C1E28

P3C1E28 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 28)

  N°173 / LES CHEMISES DE LA VEUVE / P3C1E28

  C’est l’histoire où Varochaix, Maire autoproclamé, est séduit par la veuve Belcoucou avec qui il explore les chemises du Maire défunt. 

  Samedi 11 juin
10 heures 30
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 
Le grand bureau est désert, comme si l’ombre du défunt Maire rôdait dans les rideaux. 

  Non, pas désert. 

 
Varochaix a vu, derrière la tenture qui voile l’un des murs, comme une silhouette… Et ce n’est pas un fantôme !

  - Attendez-moi dehors et gardez bien la porte, souffle-t-il à ses héros, surpris, faut avouer, mais trop disciplinés pour le montrer à de potentiels témoins qui ne pourraient qu’être adverses.
 
Puis il entre.

  Il a fermé la porte.

 
Il écarte la tenture.

  C’est la femme du Maire. De l’ex-Maire. Le Feu. Le Défunt. 

 
Qui lui sourit, bien vivante. Elle n’a pas eu le temps de refermer le coffre qu’elle vient d’ouvrir avec difficultés. C’est vrai que son mari ne lui a pas montré comment on ouvre ce putain de coffre. Elle savait seulement où il en avait noté la combinaison. Et où se trouvait la clé. Alors, elle a un peu ramé pour trouver comment on fait, et puis la porte est vachement lourde. Et elle s’est pété un ongle, merde…

  - Bonjour… Vous êtes Monsieur… ?
- Varochaix, Monsieur Varochaix. J’étais Conseiller Municipal, mais… Je suis maintenant le Maire… Le Maire autoproclamé par la Volonté du Peuple d’Ici…
- Le Maire ? Mais mon mari…
- … est mort… Je vous connais Madame, pour vous avoir rencontrée à une réunion du POS[1], où vous conseilliez votre mari, avec beaucoup de clairvoyance, dois-je reconnaître…
- Ah, oui… Monsieur Varochaix, du Nari, je crois (il acquiesce de la tête), mon époux m’a parlé de vous… Feu mon époux… Mon dieu, quel drâââme épouvantable… 

  Elle sort un mouchoir de batiste bordé de dentelle de Calais et s’essuie les yeux, soupire, s’assied sur une chaise proche, placée juste auprès de l’entrebâillement de la lourde porte d’acier. 

  - Mon Dieu… Que vais-je devenir, moi, pauvre malheureuse, pauvre femme au désespoir, perdue, seule, sans amis, sans parents, frêle petite barque au sein de la tempête…
- Oh, Madame, vous avez bien…
- Personne, Monsieur, personne…
- Mais cependant…
- Personne, Monsieur, personne… Ô, quel terrible destin que celui d’une veuve…

 
Varochaix ne peut que tenter de réconforter ce noble désespoir, une main sur l’épaule de cette pauvre femme qui en glisse à ses pieds…

  - Vous avez des amis, pauvre âmette éperdue…
- Croyez-vous que l’on aime, que l’on soutienne celle que fut la plus fidèle, la plus tendre des épouses, celle qui de tout son cœur, de toute son énergie, soutint les combats d’un homme assassiné que les méchants, vous le verrez bientôt, ô, Monsieur Varochaix, d’un homme que les méchants diront indigne, par méchanceté pure, car ce sont des méchants, sûrs de l’impunité que leur laisse son âme égarée dans les Cieux. Ô, Monsieur Varochaix, je connais bien ce monde, ce monde impitoyable où les pires ambitions côtoient les jalousies les plus triviales et où la mort du Maître sera l’occasion des vengeances de ces valets, de ces monstres sordides qu’il tenait éloignés par son Glaive infrangible ! Par son Glaive brandi (elle lui entoure les genoux, et appuie à ses cuisses un front marmoréen de pleureuse crétoise[2])… Par son Glaive brûlant (elle se redresse un peu sur les genoux et le front marmoréen se retrouve à hauteur de sa taille) (la salope, se dit Varochaix)… Par son Glaive tendu, poignée ferme et solide, racine du bon droit, comme bruyère au vent et indéracinable, sauf à l’assassiner (elle tire sur la racine, pour l’éprouver, sans doute, d’une main vigoureuse) (la sâââlope, soupire Varochaix, les yeux levés au ciel)… Glurp, achève-t-elle enfin, lorsque la racine de bruyère se mue tout soudain en écume de mer (rhâââ lovely, reconnaît Varochaix, délaissant la critique)…
 

Et c’est ainsi que Varochaix a connu sa première extraction de racine carrément de bruyère.

 
Mais il se reprend vite, et retrouvant son souffle en regroupant ses forces, rajustant ses effets, il pose la question essentielle :
- Alors, ce coffre ?

 
Sans attendre une réponse fortement engluée, il écarte le lourd panneau d’acier et en explore la vaste cavité ainsi dévoilée, car c’était un grand coffre.

  La veuve Belcoucou, qui s’est relevée en s’essuyant la bouche de son mouchoir de batiste bordé de dentelle de Calais, se rapproche aussi : elle avait eu juste le temps d’ouvrir, pas d’explorer. Elle se doutait bien qu’il n’y avait pas d’argent là-dedans, juste une petite liasse tout juste suffisante pour les menus frais courants. Quelques chéquiers inutilisables, au nom de la commune, mais… des dossiers.

C’est cela qu’elle cherchait.

 
- Pensez-vous que nous soyons en droit de consulter ces documents, faux-cultise-t-elle ?
  Varochaix hausse les épaules :
- C’est ce que vous alliez faire, non ?

 
Elle baisse la tête tandis qu’une légère roseur lui colore les pommettes, qu’elle a hautes[3].

  Mais Varochaix a déjà sorti la pile et l’a portée sur le bureau d’acajou massif, parfaitement rangé, où œuvrait le défunt édile. Le coffre est vaste, la pile épaisse.

 
- Son stylo… renifle Madame veuve Belcoucou. Un Mont-Blanc que je lui avais offert à l’occasion de sa dernière érection[4].

Et elle l’enfouit dans le vaste sac Hermès qu’elle avait laissé auprès du coffre.

  Varochaix s’en retourne un temps vers la porte et prévient ses hommes qui montent une garde impassible : rassemblez-moi tout le personnel dans le hall d’entrée dans trente minutes. Et fermez la porte de la Mairie. Pas de visiteurs. Mettez un panneau « Fermé pour deuil ». Sous-titré en français !

  Puis il revient au bureau dont il tire les rideaux, se croûte une petite saucisse, en offre poliment une autre à la veuve Belcoucou qui non-mercise de la tête en achevant un raccord de rouge à lèvres, et revient s’asseoir devant le bureau. La veuve colonise sa cuisse droite où elle s’installe en tortillant du prose, avec un grand sourire :
- On regarde ? demande-t-elle les yeux brillants…  

  Et on a vu : chaque chemise, rouge pour les adversaires, verte pour les « amis », blanche pour les autres, établie à un nom, de personne ou même d’entreprise, contient trois sous-chemises, baptisées « Dossier de personnalité », « Fiche de collaboration », « Relevé de prestations »…

 
Dans le « Dossier de personnalité » on retrouve tout ce que l’on a pu découvrir sur les petites histoires personnelles de chacun, depuis les indiscrétions et ragots, manies, petits travers ou grandes fautes, obtenus par les indiscrétions policières et les écoutes de tout ordre, qui font que l’on sait que Truc trompe sa femme avec celle de Machin, que Machin court après les petites filles, que le fils Untel fume de l’herbe à chats ou que Tartempion a payé au noir Dugenou, ouvrier de l’artisan plombier Ducoin pour retaper sa salle de bains et la repeindre en rose. 

  Les irrégularités dont les entreprises ont pu se rendre impunément coupables sont bien sûr enregistrées avec le plus grand soin. Ne serait-ce que les pots-de-vin versés dans d’autres villes pour accéder à tel ou tel marché public… 

  Certaines des fiches les plus anciennes, datées de 1945, indiquent par exemple qu’une certaine Rachel est juive, mais qu’elle est trop comestible pour être dénoncée, du moins pas tout de suite, ou que certains journalistes de la Lanterne seraient tentés par la Résistance.

  Bien sûr, ces fiches anciennes datent du maire précédent, père (officiel) du défunt. Ce dossier est riche de photos, de notes téléphoniques, de documents de toutes sortes. 

 
Dans le dossier « Fiche de collaboration », souvent réduit à un simple bristol, sont relevés les domaines « d’exploitation possible » des informations énumérées dans le dossier précédent ou disponibles par ailleurs, avec les références. Ou les risques que les adversaires relevés peuvent faire courir à ce qui est pudiquement appelé « la Municipalité ».

  Le « Relevé de prestations » récapitule la balance des services rendus et reçus par chacun des individus fichés. C’est éloquent. Pots-de-vin, chantages, concussion, exactions, malversations, prévarications et extorsions de toutes sortes sont relevés, chiffrés, et leur mode de règlement indiqué.
  Bien sûr, « on » se garde bien de dire où ces fonds, considérables dans leur ensemble, se trouvent versés. Ce qui enrage la veuve qui n’est manifestement pas au courant du dixième de ce qui a circulé comme argent sous les lourdes tables de la mairie.

 Varochaix s’attarde sur quelques dossiers, à commencer par le sien dans lequel il trouve peu de choses qu’il ne connaisse déjà. Sauf qu’il se fait rouler par Tiburce Véhicule-Petit, directeur de

la MJC, qui met dans sa poche la plus grande partie des frais d’impression du bulletin du Parti, le Burlatrri, et que Gertrude n’a adhéré au Nari qu’à la demande de Boufigue. 

  Il apprend aussi qu’Iparretarak, le mouvement terroriste basque, a contacté le défunt maire pour obtenir le versement d’un impôt révolutionnaire, et que ce foireux a payé ! Sans qu’un seul centime soit reversé au Nari, légitimement local ! Un scandale !

  En revanche, personne n’a découvert la méthode que lui, Varochaix, a mise au point pour obtenir qu’un semblable impôt soit versé au Nari, via des surfacturations effectuées par une imprimerie de Pau amie de la Cause. 

  Il rit encore de la tête qu’un sous-traitant a tirée quand il lui a présenté, à prendre ou à chercher du boulot ailleurs, une facture de six mille euros pour mille étiquettes minuscules destinées à garnir des boîtes à clous ! C’était trois fois le prix de la boîte par étiquette. Mais c’était pour la Cause. Bien sûr, il ne lui a pas dit, il n’a fait que parler de « frais de promotion et de collaboration commerciale » !

  Quant à Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, son dossier est l’un des plus épais de la pile, avec l’histoire détaillée du lotissement des 6000, de l’hôtel, mais aussi avec d’obscures tentatives d’import-export de pâté à l’huile d’olive risquées à l’occasion de missions officielles dédiées au co-développement durable de lapin dans des pays très pauvres mais riches en terriers discrets et profonds, tentatives avortées, non rentables et foireuses autant que secrètes. Toujours cette ambition brouillonne, notait en marge Belcoucou qui comptait bien utiliser ces documents pour éliminer son concurrent le moment venu en l’accusant d’incompétence.

  Réjoui par ces découvertes, Varochaix se dit qu’il serait temps de penser aux choses sérieuses.

D’autant que la veuve toujours perchée sur sa cuisse droite s’agite en lui suggérant d’accepter sa collaboration, la main glissée entre deux boutons de sa chemise et la tête appuyée tendrement sur son épaule. 

 
C’est vrai que la greluche sait beaucoup de choses. De plus, elle est douée, tempérament de feu, le cul agréable (il en vérifie machinalement la consistance, ce qui provoque quelques gloussements qu’il stoppe d’une tape un peu plus rude), et tout ça. 

  Mais faut respecter un minimum de convenances. Et rester prudents. Bon. OK. On collabore. Viens me retrouver chez moi, tu pourras dépouiller les fiches, mais pas avant ce soir. Et tard. Tu diras que tu vas chez ta mère pour te remettre de ton chagrin, ou… Oui, je te fais confiance pour trouver une connerie crédible… 

 
En attendant, j’embarque tout ça avant que Ravot y mette son nez. 

  Celui-là, faudra trouver moyen de le bloquer une fois pour toutes. Oui, Maupuis m’a dit qu’il s’en occupait, mais ça n’avance pas vite. Passe-moi une saucisse. Mais non, salope, arrête ! Dans la pyxide que j’ai posée sur le bureau. Au fait, tu n’en manges pas ? Et dégage discrètement. Ah, tu as une entrée personnelle ? Mais arrête, salope, je parlais de la porte. Faudra que tu me montres. Je parle toujours de la porte, pour l’instant. 

  Moi, faut que je prenne en mains la mairie, mes gusses doivent avoir réuni le petit personnel…


[1] Plan d’Occupation des Sols, qui détermine la destination des terrains, constructibles ou non constructibles, intéressants ou pas, selon l’Intérêt Supérieur de l’Urbanisme et de celui qui s’en occupe.

[2] Pourquoi crétoise ?

[3] Crétoises ?

[4] Lapsus. La veuve a voulu dire élection.

CONFIDENCES / P3C1E42

P3C1E42 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 42)

 
N°187 / CONFIDENCES / P3C1E42

 
C’est l’histoire où, déprimé, le commissaire Ravot confie à Mado les raisons de ses inquiétudes.

  Lundi 13 juin
19 heures
Chez Mado
 
- Contrarié, commissaire ?

  Ravot répond par un bougonnement à l’interpellation amicale de Mado et va directement s’asseoir dans sa « niche », à sa table, au fond…

 
C’est vrai que les choses se passent mal. 

  Oh, bien sûr, il y a le retour à la conscience d’Arthur, dont il ne peut faire état en dehors du petit cercle des « initiés », et l’enthousiasme guerrier de Jeanne, les brillants résultats d’Amélie et tous ces éclaircissements péniblement, douloureusement, comme disent les curés en inclinant la tête sur l’épaule, obtenus du bec et des ongles, tant par les Malfort que par lui-même, par Lepif et la bande des experts (faut faire boire de la soupe à toute leur équipe), mais Ravot ne constate pas moins que la « gangrène » gagne le corps social tout entier !
 
Qu’en est-il des petites villes dans lesquelles aucun contre-pouvoir ne se manifeste ? Livrées sans résistances au tout puissant centre de troc, que peuvent-elles faire sinon subir l’emprise de cette drogue sournoise qui leur est peu à peu imposée ?

  Ravot n’a vraiment pas le moral. 

  Alors, il regagne son petit cirque personnel où Madame Loyal, la Mado, lui concocte des boustifailles mijotées et où tournent les acteurs de sa vie : ils s’agitent, ils s’échauffent, et déjà on ne les entend plus…

  - Apporte-moi ton plat du jour s’il te plaît, Mado…
- Vous ne préférez pas un bol de soupe ?

Ravot ne répond pas à l’ironie, et puis, à la réflexion :
- Je vais te dire la vérité, Mado, ou du moins, ce que je peux te dire de ce que nous avons découvert…

 
Du coup, Mado s’essuie les mains sur son grand tablier bleu et rejoint la table du commissaire devant lequel, tout de go, elle s’assied, délaissant les deux pochetrons qui, au comptoir, ont entamé un concours de mominettes.

- Voilà… Et c’est le prolongement de ce qui s’est passé il y a deux ans : la population risque d’être prise en main par une drogue sournoisement diffusée. Nous avons la certitude qu’actuellement deux vecteurs sont utilisés : une certaine fumée, utilisée « rituellement » dans les centres de la Nouvelle Réna, chez C’est tout naturel, et les saucisses que tu vois manger à tout moment par des tas de gens…
- C’est ça, les saucisses qui sont tellement à la mode ? Mais où veulent-ils en venir ?

  - Eh, Mado !

- J’arrive !!! Excusez-moi une seconde…

Elle se lève pour répondre aux interpellations assoiffées des deux concurrents, qui abordent manifestement leur dernière ligne droite.

Et elle revient.

  - … c’est ça les saucisses, enchaîne Ravot qui comprend les nécessités du commerce. Et il se trouve que cette soupe très particulière constitue pour l’instant le seul antidote à cette drogue. Tu as déjà fait l’objet d’agressions et même d’une tentative d’enlèvement. C’est pour te protéger que je t’en ai fait boire. Cela dit, je serais incapable de te dire où ils veulent en venir…

 
Mado sourit :
- Merci, commissaire, je fais chauffer le mironton… 

  - Eh, Mado !

- Voilà ! J’arrive…
Et elle retourne à ses pochards qui sortent maintenant de la ligne droite pour s’enfoncer dans les méandres confus des lacets ultimes de leur parcours… 

  Ravot retourne à ses pensées moroses…

MÉTÉO / P3C1E44

P3C1E44 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 44)

  N°189 / MÉTÉO / P3C1E44
 

C’est l’histoire où l’on fait appel à Elasque-Jean Kronobian, météorologue.


Mardi 14 juin
8 heures
Bureau N°1

 
Elasque-Jean Kronobian dodeline du chef sous le casque orange qui protège ses pauvres oreilles du bruit infernal de l’hélico.

  Il y a deux ans, Arthur Malfort l’avait appelé en lui demandant de se tenir prêt à une « entrée en résistance clandestine » (P1C3E19). 

  Et puis il y avait eu les « évènements », et, bien qu’il ait continué à collaborer à la rubrique météo de la Lanterne du Fort, il n’avait plus été question de clandestinité, puisque le problème semblait  avoir été résolu par la chute des Numéros, même si la catastrophe écologique due au refroidissement terrestre continuait de sévir.

  Et voilà que le même Arthur Malfort le rappelait, pratiquement dans les mêmes termes, lui enjoignant la même discrétion, mais cette fois-ci dans une urgence telle qu’il envoyait un hélico à sa recherche !

  A Saint Tignous sur Nivette, l’hélico « ONU » se pose sur le toit du journal et Arthur Malfort, accompagné d’une jeune femme à l’air dynamique lui tend la main :
- Je vous présente Rébéquée Taritournelle. Ici, nous travaillons tous dans le même but et sans hiérarchie particulière. Je sais pouvoir compter sur votre discrétion, quoi qu’il arrive, mais je vous demande cependant, solennellement, le secret le plus absolu sur tout ce que vous verrez, entendrez ou apprendrez, aussi étrange, invraisemblable ou anormal que cela puisse vous paraître.
 
Elasque-Jean Kronobian, encore abruti par une heure d’hélico qui lui laisse l’impression d’être passé dans un moulin à café, confirme sa confiance, sa discrétion et sa disponibilité pour toute action nécessaire. Encore faudra-t-il lui expliquer ce que l’on attend de lui et pourquoi : sa barbe de prophète grisonnant ne s’engage pas dans des machins douteux.

  Il avait bien compris ce qui s’était produit lorsque les Numéros avaient tenté de conquérir la Terre, comment ils s’y étaient pris, et ce qu’ils avaient vraiment recherché : issu d’une famille arménienne qui avait fui le génocide turc de 1915, il connaissait le poids de l’histoire et savait par expérience vers où allaient ceux qui tentaient de la confisquer à leur profit. 

  Le météorologue était déjà venu au journal, mais sa surprise est sans bornes lorsqu’il est conduit dans le « métro » et qu’ils arrivent ainsi à Agotchilho, dont Arthur et Rébéquée lui montrent les activités.

  Il découvre avec effarement le peuple secret des Goums et lorsqu’il est placé en face d’Amaïa, il a le sentiment que « la boucle de son destin s’est refermée ».

 
Même si l’expression (c’est celle qui lui vient à l’esprit) est à la fois pompeuse et stéréotypée, c’est elle qui s’impose à lui : sa famille avait fui vers l’Ouest, clandestinement, dans l’Europe en Guerre, traversant à grands risques la Turquie pour rejoindre la Grèce, l’Italie, toujours vers l’Ouest, poursuivant le soleil et les étoiles dans leur course, plus loin, plus outre. 

  Il était bien fatal que lui, Elasque-Jean, après deux générations, arrive à la station météo du Pic du Midi, au cœur d’un champ d’étoiles, par-delà les nuages… 

  Il concevait cela comme un aboutissement logique. 

 
Mais depuis que ceux qu’il appelait les Voraces avaient tenté de mettre la main sur le Monde, ses hauteurs s’étaient glacées. Et les mêmes Voraces, lui explique Arthur Malfort, renouvellent leur tentative… 

  En lui faisant quitter son île stellaire pour descendre sous la terre, Arthur Malfort referme la boucle de son destin. 

 
On lui avait dit un jour que « les peuples qui n’ont pas d’histoire sont condamnés à périr de froid ». 

  Et maintenant, on lui demande comment réchauffer la planète…
 
A l’évidence, il faut rendre du sens à l’histoire. 

  Il faut raviver sa Mémoire… 

  Or, « les Goums vivent sous la terre, a dit Amaïa en lui présentant son peuple, et ils y cultivent la Mémoire »…

  Il est donc arrivé à destination.

  Ils se sont assis, tous les quatre autour de la grande table du Bureau N°1.
 
 
Il a suffi de deux heures pour exposer la situation et montrer un peu les lieux au météorologue : l’usine de production de soupe, le métro, la ville souterraine, et tous les lieux alimentés en énergie, la centrale électrique, et les cuisines aux feux éternels. 

  Mais, pour faire vite, ils ne l’ont pas conduit au « temple » et à ses grandes torchères…
 
Amaïa reprend :
- Jadis, la libération accidentelle d’une grande quantité du gaz sous-marin que nous employons, comme tu l’as vu, a accéléré, sinon provoqué, un réchauffement. Ce gaz est présent sur beaucoup de régions littorales. Il peut générer, nous a-t-on dit, un effet de serre important. Nous sommes en mesure de provoquer de nouveau cette libération rapide en certains lieux… Nous voudrions savoir quelles conséquences cela pourrait entraîner…

  Le météorologue hésite devant cette femme aussi impressionnante par sa stature que par sa nudité :
- Vous êtes certaine de ce que vous avancez ? Il s’agit de clathrates ?
- Il s’agit de clathrates. Il y a… environ huit mille ans, mais je pourrais le dater à dix ans près si vous le voulez, il faudra seulement que j’interroge celle qui se souvient plus précisément de ce chapitre de notre Mémoire, certaines de nos dernières tribus, déjà clandestines, ont voulu mettre en exploitation un tel gisement, sur la côte de Norvège. Ils  n’étaient pas assez nombreux pour maîtriser un tel chantier. Ils ont fait preuve d’imprudence et ont provoqué la brusque libération de tout le gisement, et un gigantesque glissement de terrain sous-marin s’en est suivi, qui a ravagé toutes les côtes occidentales de l’Europe, l’Islande et le Groenland, et qui les a détruits, eux, avec beaucoup d’autres hommes…
- Le glissement de terrain de Storegga… murmure Kronobian incrédule.
- C’est cela.

 
Le météorologue réfléchit un moment, en hochant la tête…
  - Et vous pourriez renouveler cet… exploit ?
- Nous le pouvons, d’une manière plus ou moins régulée…
- Il est toujours dangereux de tenter de manipuler l’atmosphère… Vous proposez rien moins que déclencher ce que l’un de mes correspondants, James P. Kennett, de l’Université de Santa-Barbara, en Californie, a appelé « l’hydrate gun », capable selon lui et en substance, de flinguer l’atmosphère… Il faudrait que je puisse calculer… Mais je n’ai pas mes ordinateurs…
- Nous pouvons nous y connecter à distance, intervient Arthur.
- Vous pouvez…
- Mais oui, soit d’ici, soit du journal. Vos stations doivent être interconnectées, il suffira de pénétrer votre réseau, vous devez en connaître les codes d’accès…

 
Kronobian hoche la tête :
  - C’est faisable…
  - Alors, au boulot !
 

COUIC L’INDIC / P3C2E12

P3C2E12 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 12)

 
N°201 / COUIC L’INDIC / P3C2E12

 
C’est l’histoire où les Amazones investissent la base de Guamblin et égorgent leur indicateur.

 Jeudi 16 juin
7 heures
Île de Guamblin
(12 heures 30 en France)

(Suite directe de P3C2E11 : lien)


Les trois filles se séparent, deux d’entre elles longent la côte, chacune dans une direction, pour « nettoyer » les environs, tandis que la troisième reste sur place pour le cas où quelqu’un sortirait par la porte métallique qui aurait dû être gardée.

 
C’est inquiétant, mais, bon…

  L’affaire n’a pas pris plus d’une heure. C’est ce qui était prévu.
 

Alors tant pis pour les anomalies, elle détache le petit émetteur qu’elle porte à la ceinture, près de son poignard, et, en deux phrases brèves, elle confirme le succès de leur commando : la surface de l’île est dégagée.

  Un quart d’heure plus tard, les deux autres reviennent : elle n’ont trouvé personne. Des postes de garde vides.

 
Les trois acolytes se gaussent de ces foutus Chochos qui n’ont pas de suite dans les idées. C’est vrai, quoi… Avec un front et un nez pareils, faut pas s’attendre à des génies… Sans parler de leur gros cul !

  Rapidement, elles balisent un terrain plat à l’aide de lampes torches, car la nuit est encore profonde.
 
Un bourdonnement : leur hélico revient, dépose cinq nouvelles Amazones et repart.

  S’il l’avait pu, leur contact serait venu leur ouvrir la porte, mais il a dû être retenu. Il travaille aux transmissions. A l’entretien, bien sûr : les prisonniers (c’est comme cela que se définissent les anciens occupants de la base qui s’y sont trouvés « coincés » après la défaite des Numéros) ne travaillent pas comme opérateurs ! Les Chochos sont cons, mais quand même pas à ce point. Enfin, de temps en temps, il peut passer un message. Mais là, pas un mot depuis mardi minuit. 

 
Heureusement qu’il a pu transmettre les informations utiles dimanche dernier…

  Encore deux rotations… Dix Amazones de plus.
 

Elles sont dix huit en tout.

  Celle qui commande ouvre la porte métallique. 

 
Elle s’attendait à trouver une certaine résistance, une serrure verrouillée, des gardes là-derrière… 

  Rien, tout est ouvert ! La porte était simplement poussée contre son chambranle. Entr’ouverte, en fait.
 
L’obscurité est totale et le silence complet. On n’entend même pas le bourdonnement de l’usine, qui pourtant reste toujours présent, aux dires des correspondants.

  Le désert.

 
On allume des torches électriques et on s’enfonce dans la galerie obscure…

  Tout est donc éteint dans ce monde souterrain ? Inerte ? Mort ?

Voilà qui arrangerait bien le commando, où l’une éclaire l’autre qui garde l’arc à-demi tendu… Ce n’est certes pas l’arme idéale pour cet endroit clos et renfermé, sauf dans ces vastes salles où l’on débouche au milieu de machines silencieuses…

  Elles ont même pu prendre le temps d’ôter les combinaisons de plongée qui les protégeaient du froid et de l’eau, et de remettre leurs tuniques, pour retrouver leur apparence de chasseresses sacrées, confortées d’ainsi redevenir la Première Garde de l’Élue…

  …de l’Élue dont le Falcon a décollé juste avant le dernier retour de l’hélico, après que toute la piste a été déployée et orientée : elle part en Harpie rejoindre son Frère. 

  Il y a de grandes chasses dans l’air !
 

À Guamblin, les nerfs sont tendus comme les cordes des arcs… Celles qui tiennent les puissantes torches électriques et qui éclairent la progression ont gardé le leur en bandoulière et sorti leur poignard, mais les autres sont prêtes à tirer…

  Un mouvement… Les faisceaux convergent vers une silhouette furtive…

- Rendez-vous ! s’écrie celle qui dirige le commando, rendez-vous ou bien nous irons vous chercher et vous le paierez de votre peau !
- C’est vous ? répond une voix dans l’ombre, ne tirez pas, je suis celui qui vous a envoyé les messages… Votre indicateur… Votre allié…

 
Un homme sort de la pénombre, en combinaison bleue, les bras levés.

Ébloui par les torches, il avance prudemment, lentement…

  Une Amazone se détache du groupe et passe derrière lui, profitant de son éblouissement pour rester invisible dans la vaste salle encombrée d’écrans et d’ordinateurs éteints où ils se trouvent, la salle de communication, manifestement.
 
Elle lui tire les bras en arrière et lui plante un genou au creux des reins, le forçant à s’agenouiller. Et puis, tandis qu’il couine un peu, affolé d’être ainsi surpris, elle lui lie les coudes derrière le dos, à l’ancienne…

  La troupe entoure le prisonnier :
- Que se passe-t-il ?
- Je ne sais pas. Depuis hier matin, plus rien ne fonctionne et les Chochos ne se parlent plus que dans leur langue. Tous les moyens de communication ont été débranchés. Je n’ai donc pas pu vous prévenir. Et puis ils ont arrêté les machines et les autres prisonniers ont été attachés et emmenés vers la gare. J’ai pu me dissimuler pour vous attendre, et d’un seul coup, tout s’est éteint, la centrale électrique s’est arrêtée et les portes étanches de la gare ont été fermées. Comme s’ils avaient tout abandonné…
- Tu nous racontes des histoires, l’interrompt celle qui commande. Si la centrale est coupée, ils ne peuvent pas fermer les portes et le train ne roule pas…
- Si : le train peut être alimenté par la base ONU de Puerto Cisnès… Mais je ne sais pas s’ils sont partis… Quand je vous ai entendues, j’ai eu peur que ce soit les Chochos, qui peuvent avoir remarqué mon absence… Il faut me prendre avec vous…
- Ils n’ont pas abandonné leur usine comme ça… Tu nous as trahis, c’est cela la vérité !!

 
Le groupe des Amazones qui l’entoure s’est de lui-même mis en défense, formant un cercle hérissé de flèches prêtes à partir…

  - Tu seras écorché vif pour ça ! Tu n’as pas compris quand on a liquidé le traître précédent ?
- Non, je vous en supplie ! Je n’ai pas trahi, je dis la vérité !
 
Un coup de botte le pousse à terre et un poignard se lève au-dessus de son visage révulsé dans la lumière brutale des torches…

  - Noonnn !!!

 
Trop tard : couic…

  Il est exactement 8 heures.

AVANT L’ASSAUT / P3C2E30

P3C2E30 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 30)

  N°219 / AVANT L’ASSAUT / P3C2E30

 
C’est l’histoire où le juge Foutral harangue les membres de l’expédition qui, à Bordeaux, va s’attaquer aux Méchants.
 
Jeudi 16 juin
6 heures
Bordeaux
 
Le juge Foutral ne décolère pas. 

  Ce qui l’a enragé c’est d’apprendre par le commissaire principal de Bordeaux, l’inénarrable Basile Croitou-Espérandieu, le plus pistonné des lèche-culs ministériels de la République, que lui, Foutral, honorablement connu en ville depuis l’Ecole de la Magistrature d’où il est sorti major, s’il vous plaît, d’apprendre donc de la bouche de ce crétin en uniforme chamarré, plus cul-bénit que son nom même ne le laisse à penser (Foutral est franc-maçon), qu’il était, lui, Foutral, persona non grata à Bordeaux, qu’il allait incessamment se trouver dessaisi de toutes les affaires dont il est en charge et que son « petit copain » (sic) Ravot faisait l’objet d’une procédure de l’Inspection des Services qui le relèguerait au fond de la cocotte des bœufs-carottes, sous trois tonnes d’emmerdements et autant de procédures, c’est une question de jours, sinon d’heures. 

  Et dégagez le parquet, a conclu Basile Croitou-Espérandieu !

  Alors, furax il est Foutral. 

 
- Ça confirme ce que je craignais, dit Ravot pour tenter de le calmer…
- Inadmissible ! Mais qui a nommé ce triple crétin à ce poste ?
- Vous le demandez, Monsieur le Juge ? demande ironiquement le procureur…
- Le ministre, bien sûr. C’est un copain du maire de la ville… Il veut des gens sûrs. Mais de là à protéger des criminels…

  Car le juge Foutral croit en sa Mission. 

 
Il y croit même dur comme le fer dont étaient forgés ces vieux protestants du Désert dont il est issu. 

  Le Crime est une hydre dont il faut trancher les têtes au fur et à mesure de leur réémergence. 

 
Et cela, c’est Sérieux, nom d’un petit bonhomme ! 

  Alors, si le Crime prend le dessus, il faut agir. 

  Ce n’est pas la Loi qui est en cause mais ses représentants actuels.


- Mes amis ! (le juge Foutral n’est pas familier, il faut qu’il soit bouleversé pour s’adresser ainsi à ses collaborateurs) Mes amis, nous devons poursuivre. C’est un fait de Résistance. Notre honneur, celui de

la Magistrature (il enveloppe le procureur Kératine d’un chaud regard), et celui de

la Police et de l’Ordre (il adresse à Ravot et à ses deux inspecteurs, Lepif et Martial, un regard de tribun haranguant le SPQR[1] tout entier) (il aimerait pouvoir rejeter d’un geste noble le pan de sa toge sur son bras), notre Honneur à tous est en jeu, cicérone-t-il. Sus ! Sus au crime ! 


 
Il reste ainsi un temps, le menton levé par-dessus son épaule droite et le regard perdu vers le soleil levant à qui, d’une main vibrante, il fait l’offrande de sa Foi.
 
Puis il poursuit:
- Commissaire Ravot, je vous propose d’aller traquer le Mal en son antre. Ils n’oseront pas s’en prendre à Nous, qui représentons la Loi ! Pour ma part, j’ai été ceinture noire de judo dans ma jeunesse point encore si lointaine. Et je sais me servir d’une arme, ayant achevé mon service militaire avec le grade de lieutenant dans le Train.

  - Vous avez des armes dans le fourgon, Lepif ?
- Oui commissaire. Vous voyez qu’on a bien fait de l’emmener, ce fourgon. Je n’avais aucune confiance dans les collègues de Bordeaux : je me souviens de leur inefficacité… On a pris trois pistolets mitrailleurs et deux flingues d’avance avec des munitions…
- Je ne suis pas très guerrier, pour ma part, avoue le procureur. Ce n’est pas dans mes attributions… Mais s’il faut aider…
- Très bien mon cher, le conforte le juge. Vous prendrez une arme de poing, et vous pourrez toujours menacer si le besoin s’en fait sentir… Tenir en respect ! Le Respect ! Y’a que ça !

  - Ne jouons pas les cow-boys, messieurs, le tempère Ravot. Si nous avons affaire aux seuls Humevesne et Suceprout, ce sera facile, mais si ce sont les clients à qui je pense, nous risquons de nous heurter à des individus sans scrupules… Le Brunières en question a participé au meurtre de Luis Ottouadla… Cela vous donne une petite idée du personnage…


[1] Senatus populusque romanus, comme on disait dans l’ancien temps.

ENQUÊTES ET EXPERTISES / P2C3E4

P2C3E4 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 4)

 
N° 127 / ENQUÊTES ET EXPERTISES / P2C3E4

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot fait le point sur ce qui a été découvert à propos du meurtre de Luis et sur ce qui s’y rattache.

 
Lundi 30 mai
9 heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

  On a laissé les trois chaises qui ont servi, un mois plus tôt, lors de l’interrogatoire des notables.

 
Ravot trône derrière son bureau, encastré dans son fauteuil « chef de bureau » piètement en hêtre, dossier et accoudoir cintrés, fond en contre-plaqué, modèle administratif réglementaire années cinquante, fabrication Baumann, qu’il avait emporté avec lui lorsqu’il avait quitté son cher bureau parisien, où, avant les siennes, il avait supporté les fesses d’un commissaire, qui aurait pu s’appeler Maigret s’il ne s’était pas appelé Dupont (avec un T, comme il se plaisait à le souligner lui-même), et dont il avait été le disciple.

  Face à lui, ses trois « sbires » : Lepif, bien sûr, et Martial, qu’il a « emmenés dans ses bagages » avec le fauteuil, et Pélot, « trouvé sur place », qu’il regarde avec une certaine méfiance, mais qu’il est bien obligé de conserver.

Lepif au centre, Martial à droite, Pélot à gauche…
 
C’est « le point du lundi matin ».

  - Pélot, ce jet mystérieux ?
- Des infos, commissaire. Interpol nous a fait savoir que l’immatriculation est bidon. Et puis, l’info vient du mécano de Temuco qui l’a contrôlé avant le décollage : c’est un Falcon X7, triréacteur d’affaires. Un long courrier.
- Un appareil privé. Pas de location. On a tenté de remonter les lignes comptables de ses approvisionnements en carburant, mais à Punta Arénas et à Temuco, le kérosène a été payé en espèces. Dollars américains.
- Et, patron, interrompt Lepif, si c’est un Falcon, il ne doit pas y avoir des centaines de triréacteurs de ce modèle dans la région, ni même dans le monde… Par la maintenance…
- Excellent. Pélot, vous fouillerez dans le secteur, contactez Interpol… Il faut que nous sachions d’où sort cet avion. Alors au boulot. Je ne veux plus vous voir avant que vous ayez trouvé une réponse. Et changez de cravate. Les canaris je ne les supporte qu’en cage…
- Mais patron…
- Inutile de me dire que c’est pour qu’on ne voie pas les taches de jaune d’œuf. Changez de cravate ! Cela dit, je répète que vous avez fait du bon boulot…

Pélot se lève en bougonnant et en soufflant sous les rires de ses collègues. Pélot souffle toujours parce qu’il est trop gros et que cela lui cause une gène respiratoire. Et aussi parce qu’il a mauvais caractère. Et qu’il n’aime pas Ravot.

 
- Non, ne partez pas, attendez que toutes les informations soient données. A vous, Martial : les conclusions d’expertises…

Martial remonte son écharpe tricotée bleu marine (on dit que c’est sa maman qui lui tricote ses écharpes, mais, chutt…), qui a tendance à glisser et il sort un papier de la poche de son inamovible imperméable :
- Surtout des confirmations de ce qui apparaissait déjà… Concernant Luis d’abord. Il a bien été écorché vif… On a trouvé dans son sang des quantités importantes d’anticoagulant et des éléments qui tendraient à prouver qu’il a été « refroidi » par un système de circulation extracorporelle, comme l’avait laissé entendre le légiste. On a aussi trouvé des traces de (il consulte ses notes) tétrodotoxine, qui est un poison extrait d’un poisson (un poison de poisson, ça c’est rigolo, se pense Martial) et qui serait utilisé par les sorciers vaudous pour « fabriquer » les zombies… Des traces également de saponine, de solanine, de scopolamine, et de multiples autres substances en « - ine », souvent à la limite de la détection (je reprends les termes du rapport)… Et aussi, comme sur les petits papiers à messages qui emballaient les  tapas, qui devaient en contenir, des traces de psilocybine et de mescaline. En fait, il était drogué jusqu’à l’os, d’abord euphorisé en sortant du Tapas’Embal’, où il a été décrit « en pleine forme », mais il semblerait, d’après Amélie Fouad, la mignonne petite chimiste qui était venue avec Catachrèse (Lepif approuve du chef sans même s’en rendre compte), que le cocktail de complément qu’il a dû recevoir par la suite aurait pu avoir pour conséquence de le rendre totalement docile, et même incapable d’agir par lui-même, de manifester la moindre initiative, incapable de bouger, de parler, de manifester quelque réaction que ce soit. Réduit à l’état de zombie. Simultanément, il serait devenu hypersensible à toutes les stimulations possibles, physiques autant que psychologiques… Elle a parlé d’hyperesthésie… Mais privé de toute possibilité d’expression. D’après elle, il aurait pu mourir de douleur sous l’effet d’une simple caresse, si parallèlement, sa résistance physiologique n’avait pas été renforcée temporairement par l’abaissement de sa température centrale et le ralentissement des défenses naturelles qu’il a induit, avec l’appui de quelques drogues. Par exemple, m’a-t-elle dit, ses muscles auraient « claqué » (c’est le terme qu’elle a employé) en arrachant leurs ligaments, et son cœur aurait « implosé »… On l’a fait souffrir, et on a fait en sorte qu’il souffre longtemps et le plus possible…
- Un délire de sadique absolu, remarque Lepif effaré…
- Augmenter la souffrance au-delà du supportable… enchaîne Ravot…

Pélot ne dit rien. Il tripote sa cravate. Il est très rouge.

- Et il semblerait qu’il soit resté consci