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PARFUMAGE ET SAUCISSAGE (2) / P3C1E39

P3C1E39 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 39)

 
N°184 / PARFUMAGE ET SAUCISSAGE (2) / P3C1E39

 
C’est l’histoire où Benoîte Franchon fait les courses pour son amie Ordegale-Junie de Sainte-Fouillouse et découvre les merveilles du parfumage et du saucissage avant d’être invitée par l’Élu.
 
Lundi 13 juin
12 heures
C’est tout naturel
 
C’est la suite du début, qui se trouve en P3C1E38 (lien). 
 
Elle s’installe devant l’un des postes de commande de la salle de troc, et l’écran s’allume pour elle lorsqu’elle pose les mains sur le pupitre. 
 
Tiens, ils ont ajouté un petit « tuyau de parfumage » à côté du clavier. 

  C’est ce que dit l’étiquette qui y est collée : « pour votre plus grand plaisir, une bouffette de parfumage vous embellira la journée ».
 
C’est vrai que ça sent bon…  

  « Identifiez-vous » clame l’écran, comme d’habitude. 

 
Benoîte est distraite, comme souvent. 

  Elle avait oublié le rituel de base des inscrits de Super Troc, qui bien sûr, n’a pas changé pour C’est tout naturel, et elle pose son index droit sur la petite surface éclairée en rouge du lecteur d’empreintes digitales. Deux secondes, il passe au vert…
 
«  Bonjour Benoîte Franchon », lui déclare l’Élu en personne, qu’elle reconnaît tout de suite sur son écran. C’est vrai qu’il ressemble à ses innombrables affiches et publicités. Ce doit être son jour de chance, elle sait que lorsqu’on voit l’Élu on a gagné quelque chose.

  Quand même, cet Élu qui la regarde dans les yeux avec un sourire avenant, ce qu’il est beau !

 
Et ça, dans la petite boîte marquée « promotions » qui vient de s’ouvrir ? 
 
Une petite saucisse…
 

« Midi, c’est l’heure de l’apéritif : je vous offre une bouffette et une saucissette ! L’apéritif à la fumée vous apporte la joie conviviale et protège votre santé ! A la rose ou au réséda, odeurs printanières ce sera un printemps fraîchement tardif mais joyeusement heureux !! »
 
C’est gentil, se dit Benoîte plus émue qu’elle ne veut en avoir l’air, et qui mange l’appétissante saucissette.
 
Un grand sourire s’élargit sur son visage terne. Tralala… 
 
Mais, hein, le devoir avant tout…
 
- C’est très bon, Monsieur l’Élu, et je vous remercie, mais il faut que je pense aux courses de la famille de ce pauvre Hilarion-Jovial, frappée par le drame que vous devez savoir…
 
Il y a un court silence, comme dans une transmission satellite, et l’Élu lui répond :
 
« Je l’ai appris, mais je sais aussi, car je sais tout, qu’il avait une vie secrète… »
 
- Oh, c’est normal, le secret, pour un homme d’État… Il disait toujours qu’il avait un destin d’homme d’État (et le souvenir des longs monologues où Hilarion-Jovial exposait ses vues sur le monde lui fait venir une larme à l’œil)…
 
« Il avait quand même de sales manières. Je le sais aussi, car je sais tout… »
 
- Ça je n’y crois pas, on a dû inventer des choses pour le calomnier, comme toujours (bouffée plus abondante de fumée au réséda)…
 
« Tenez, je vous offre une autre saucissette (cling, une autre petite saucisse tombe dans la boîte en bas de l’écran)… Chantez avec moi l’hymne de la saucissette :
 
La saucissette, voilà ma gloireuu,
Mon espérance et mon destinnn…
 
- La saucissette… et Benoîte s’exécute, en chevrotant un peu, car elle est timide…

« C’est très bien, Benoîte Franchon, c’est très bien et je suis très content de vous ! Mais il n’empêche, pour en revenir à ce pauvre Hilarion-Jovial, comme vous dites… Savez-vous qu’il avait trahi la Nouvelle Réna ?

  - Trahi ? C’est impossible. Ce devait être stratégique. Il disait qu’il agissait toujours dans l’intérêt supérieur de l’État (Benoîte se passe la main sur le front… L’Élu est de plus en plus chaleureux, émouvant, même)… Et il ajoutait : l’État c’est moi ! Alors !
 
« Oui, évidemment. Vous devez vous douter que je le savais bien, puisque je sais tout… Elle est bonne cette saucissette ? »
 
- Super !
 
«  Alors chantons encore en chœur :
 
La saucissette, voilà ma gloireuu,
Mon espérance, et mon destinn…
 
Et Benoîte chante, d’une voix plus affirmée, cette fois, parce qu’elle se sent bien, vraiment bien…
 

«  Tiens, je t’invite, viens faire ma connaissance… »
 
- Mais mon troc ?
 
« Jambon nouilles et confit patates avec du Vin des Rochers le Velours de l’Estomac, comme d’habitude et du jus de pommes pour les petits. Je m’en occupe, tu seras livrée… »
 
- Pas moi, c’est chez Hilarion-Jovial qu’il faut livrer…
 
« Bien sûr, j’avais compris, ne t’inquiète pas… Je le sais… D’ailleurs, je sais tout… Tiens, prends encore une saucisse… »
 
Une nouvelle bouffée de parfumage lui enveloppe la tête… La musique change de rythme, un grondement s’élève en elle…
 
« C’est le printemps, viens-t’en Benoîte, te promener au bois joli… »
 
Elle lève un regard ébloui par-dessus l’écran.
 
Il lui semble que l’immense affiche qui couvre le mur devant elle s’anime et que l’Élu qui s’y trouve représenté lui sourit, mais ce visage renversé, extatique, de l’Épouse qu’il domine, c’est le sien, c’est elle, Benoîte, et en elle (en elle ?) monte un chant torride :
 
Qu’il me baise des baisers de sa bouche !
Car son amour vaut mieux que le vin,
Ses parfums ont une odeur suave;
Son nom est un parfum qui se répand ;
 
Elle ferme les yeux, la narine frémissante…
 
C’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.
Entraîne-moi après toi !
 
Une porte de lumière s’ouvre dans le mur, au bas de l’affiche, et Benoîte quitte son pupitre pour s’y précipiter…
 
Nous courrons !
L’Élu m’introduit dans ses appartements…
 
Elle franchit la porte…

Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,
Tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.
J’ai désiré m’asseoir à son ombre,
Et son fruit est doux à mon palais.
 
Elle s’avance, les lèvres humides de ce fruit dont elle éprouve la sève…
 
Il m’a fait entrer dans la maison du vin ;
Et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour.
 
Elle titube dans la lumière qui l’inonde…
 

Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins,
Fortifiez-moi avec des pommes ;
Car je suis malade d’amour.
 
Elle chavire…
 
Que sa main gauche soit sous ma tête,
Et que sa droite m’embrasse !
 
Une longue stase, une longue extase…
 

Wouahou…

AMAÏA PRÉSENTE LES GOUMS À RAVOT / P2C1E15

P2C1E15 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 15)

 
N° 94 / AMAÏA PRÉSENTE LES GOUMS À RAVOT / P2C1E15


C’est l’histoire où l’on cherche à comprendre la disparition du sous-marin nucléaire, et où Amaïa présente les Goums au commissaire Ravot. 

  Mardi 3 mai
12 heures 30
Agotchilho

 
- Mais… Vladimir…
 
C’est Victor qui brise le premier le silence.
  Clèm est tombée assise sur un siège. Instinctivement, Vic se place derrière elle et lui entoure les épaules de ses bras. C’est eux qui ont le plus clairement conscience de ce qu’est vraiment le Hai II. Ils ont vécu dans le silence de ses entrailles de titane et d’acier, au milieu du souffle contenu de son équipage, sous la menace railleuse du Numéro Un.


Ils ont vu l’énormité de sa masse affleurant les vagues argentées qui glissent sur sa peau de caoutchouc noir, la nuit, sous la lune. Ils ont parcouru les immenses silos de missiles…
 
Non. Il a été désarmé. Toutes ses armes nucléaires ont été déchargées avant d’être acheminées vers la base américaine réoccupée de Thulé, l’autre Thulé… Et tous les missiles nucléaires de toutes les bases des Écolocroques ont de même été enlevés. Sans que personne soit autorisé à pénétrer dans ces bases.
  Seule a pu y entrer la « Commission de Désarmement » : Arthur et le secrétaire général de l’ONU, en tête, accompagnés de dix techniciens des grandes puissances qui ont été menacées. Les bases étaient vides de toute population. Ils n’ont pas vu les Goums. Juste quelques Itzals, vêtus pour la circonstance, et soigneusement sélectionnés pour leur aspect « ordinaire ». Après leur départ, « on » a sorti ce que la Commission a dit de sortir. Sur la banquise, pour Thulé. Aux « points convenus » pour les autres. Les bases sont propriété exclusive des Goums. Qui n’existent pas. Officiellement. Parce qu’ils ne veulent pas être connus. Voilà. C’est comme ça. L’extraterritorialité a donc été accordée à chacun de ces lieux, sous couvert d’une vague attribution à l’ONU. Qui la garantit.

  Outre les Goums, sont restés la plupart des techniciens qui travaillaient pour les Numéros, comme les marins russes mercenaires qui composaient l’équipage du Hai II, par exemple. Qui ont juré le silence et accepté, moyennant amnistie, pardon, amnésie, et un confortable pécule, de ne sortir qu’à certaines conditions. Et pas avant cinq ans au moins. Les autres, criminels avérés, ont été laissés « à la discrétion des Goums »…
  Mais le Hai II a disparu.
 

Somptueusement nue, Nouye les regarde, debout près du bureau de l’ex Numéro 1 :
- Thulé a appelé par le satellite de liaison directe. Ils confirment : cette nuit, l’équipage était à bord. Et le commandant Vladimir était à son poste. Il semblerait que l’un des trois techniciens des transmissions, un certain Joseph Larigot, ait disparu, lui aussi. Vers minuit, le sous-marin a plongé sans un bruit et a pris le large. Les témoins ont pensé à un exercice programmé, comme il s’en fait périodiquement pour entretenir le matériel et l’équipage, mais ce matin, le Hai II n’était pas de retour et il ne répond pas aux appels radios. Il est en plongée, et le système de détection télémagnétomètrique de la base a été saboté de manière irréversible. Il n’est donc pas localisable.
  Ravot ne sait plus très bien où il en est. Personne ne s’étonne de la nudité de Nouye, alors, il fait comme si, mais quand même. Et cette histoire de sous-marin nucléaire qui joue les filles de l’air racontée par une belle grande fille debout, impassible, le nichon arrogant et les fesses à l’air… Bon. Ça le déstabilise quand même, Ravot… C’est un homme pondéré Ravot. Père de famille, veuf, grand-père et tout ça. Décoré. Décoré, si.
 
Surtout lorsque Amaïa entre à son tour, tout aussi nue que Nouye, mais avec sa stature de déesse antique, son regard minéral et sa suite de deux gardiennes courtes sur pattes et le front bas, mais tout également à poil et de deux hommes énormes grands, gros et gras, couverts de tuniques grossières en forme de ponchos liées à la taille par une corde, et qui ne cachent rien de leurs très menus avantages. Ce qui porte la population du bureau à onze personnes dont quatre nanas à poil !
  Ravot est déstabilisé.
 
Déstabilisé.
C’est le mot qu’il se répète in petto lorsqu’il tente de définir ses impressions pour les éclaircir, leur échapper, et donc, revenir à l’essentiel des problèmes.
  Déstabilisé.
 
Et, manifestement, tout le monde s’en fout.
  - Amaïa, intervient Rébéquée, le sous-marin de Thulé a disparu. Nouye vient de nous l’apprendre.
 

Un silence.
  Réponse lente d’Amaïa, de sa voix de contralto :
- Je l’ignorais. Cela ne peut être le fait des Numéros. A moins que…
Elle semble réfléchir, hoche la tête, poursuit brusquement :
- Suivez-moi…
Elle traverse le bureau pour sortir par l’autre porte, celle qui rejoint les galeries intérieures. Tout le monde la suit, sauf Nouye qui fait signe qu’elle reste de garde près des téléphones et des écrans… Elle a acquis une vraie compétence en la matière et préfère désormais les modes de transmission modernes à leurs moyens de communication traditionnels via leur réseau de correspondants et les Ôoumlocs.
 
C’est ainsi qu’ils arrivent au « temple » où ont lieu les grandes réunions des Goums.
  Bien sûr, Ravot est préoccupé. Déstabilisé. Bien sûr, la situation est sérieuse. Grave. Très grave. Plus grave que ce que chacun imaginait au départ du journal alors qu’il ne s’agissait « que » d’un meurtre. Même s’il s’agissait d’un meurtre étrange et horrible. Mais quand même, de là à admettre ce qu’il voit, ce lieu incroyable, cette caverne éclairée de deux hautes flammes qui lèchent une résille de pierre éclatante de lumière, derrière trois trônes de pierre, cette vaste salle souterraine dont les limites sont floues, dans la pénombre, dont la voûte elle-même reste indistincte, cette mare d’eau noire et profonde placée entre les trônes et la banquette de pierre semi-circulaire où « tout le monde », enfin, ceux qui l’ont entraîné dans cette histoire, tout le monde trouve naturel de prendre place, comme on pourrait s’asseoir sur le jubé surbaissé d’une église…

  Sur le trône central s’est assise Amaïa, celle qu’ils ont aussi appelée la Mère, et qui semble (mais il n’en jurerait pas) montrer un début de grossesse, Amaïa, si naturellement assise, cuisses écartées devant lui, devant eux, dans une impudeur si absolue qu’elle en devient parfaitement chaste, Amaïa, encadrée de deux femmes aussi nues qu’elle, tandis que les deux hommes en ponchos ont pris une pose figée debout derrière les trônes et devant les flambeaux du gaz qui ronfle en sortant du sol, appuyés sur deux énormes bâtons qui se trouvaient là, derrière les sièges de pierre…

  Parce que c’est cela qu’il voit, Ravot. Et qu’il est trop surpris, incrédule même, pour tout ensemble croire et contester, parce qu’après tout, il le voit, et que ce n’est pas une scène tirée d’un film de Cecil B. de Mil ou de Spielberg, ou d’une BD de Tardi…

  Et pourtant il en a vu des choses au cours de sa carrière, Ravot. Compris, estimé… Et ça lui fait remonter une bulle de Paul Fort qu’il murmure pour lui-même de toute son incrédulité : « J’en ai pourtant compris, estimé, vu des choses, hommes-loups, femmes-chiens, et la neige, et les roses »… Parce qu’il est un peu comme Jules, l’autre, le copain de Rébéquée, celui qu’on appelait whisky-soda, Ravot, il a comme ça des remontées de poésie dans les moments où il se trouve… déstabilisé.
(Et curieusement, Amaïa, qui le regardait à cet instant, se tourne vers Rébéquée, en étrange connivence, avant de ramener son regard vers lui. Rébéquée à son tour le regarde et sourit tristement à Amaïa en baissant la tête devant cette ombre qui est passée).
 
Déstabilisé.
  Et là, il voit… Alors, il admet, il accepte, il écoute, il enregistre, il note dans sa tête de flic habitué à noter : les personnages, leurs attitudes, leurs gestes, leurs paroles, les repères qu’il peut prendre, pour pouvoir reconstituer, retrouver le détail révélateur, pouvoir dessiner « sa » synthèse…
 
Il voudrait questionner, demander, savoir, comprendre… Comprendre…
  D’autant plus qu’il se sent lié par cette promesse qu’il a dû se résoudre à faire et dont maintenant seulement il évalue l’enjeu : c’est tout cela qui devra rester secret ! Tout cet invraisemblable… machin… Il se sent bluffé, comme dirait Lepif. Dépassé par les évènements. Et ce doit être la première fois que ça lui arrive. Ou presque. Ça lui rappelle un peu quand il a vu sa défunte épouse pour la première fois. Ou pour la dernière fois, il ne sait pas trop, mais c’est de cet ordre : une découverte absolue ; une perte absolue… Découverte d’un monde et perte de celui qu’il croyait être définitivement le sien. Avec des hommes et des femmes blancs, noirs rouges ou jaunes, mais semblables… Ces « gens », ces femmes et les quelques hommes qu’il a vus, étranges, déguisés de blanc dans l’usine, depuis la galerie lorsqu’ils se rendaient au bureau, ces gens ne sont pas vraiment comme lui, comme nous, pense-t-il. Et cependant… Quelle confusion dans son esprit…
 
- Je n’oublie rien…
Amaïa, assise sur son trône de pierre, a pris la parole. Sa voix grave résonne sous la voûte élevée de la vaste salle. En personnage habitué à la parole et au lieu, elle joue de ses résonances comme le ferait un organiste qui place ses notes en fonction de la réverbération de la voûte. Sa tessiture large et riche, se déploie avec un naturel absolu et un immense, étrange « charme », qui fascine Ravot. Tiens, il pense aux Kindertotenlieder et à Kathleen Ferrier : une douleur absolue, antique, et calme. Un chagrin sourd…
  - Je n’oublie rien. Ni ma sœur Rébéquée, ni mes amis. Tous mes amis. Tous mes amis (elle fixe Rébéquée) (Rébéquée redresse la tête… le fantôme est toujours là : « Me voici devant tous un homme plein de sens… »)… Ni les menaces qui apparaissent et auxquelles nous devrons faire face (chacun sait bien que ce « nous » dépasse leur petite assemblée). Mais j’ai promis à mes amis d’expliquer qui sont les Goums à ceux qu’ils ont jugés dignes de nous connaître, en dérogation de nos accords de secret.
 
 Elle fixe Ravot de ses immenses yeux fixes. Et Ravot hoche la tête en répondant d’une voix un peu rauque :
- J’ai juré le secret…
  - Je suis heureuse de vous l’entendre confirmer, Monsieur Ravot.
Notre espèce, celle des Goums, est très ancienne. Très, très ancienne. Bien plus ancienne que la vôtre dont elle diffère, Monsieur Ravot, puisque notre mémoire remonte à près de deux cent mille ans. Et partout, vous nous avez supplantés. Nous sommes peut-être, comme me l’a dit un jour Rébéquée, des fossiles vivants. Mais nous sommes bien vivants. 

 Lorsque votre peuple, celui des Goumyôs[1], est apparu, venant du Sud et de l’Est, nous formions quatre grandes tribus et nous occupions toute l’Europe. Il y avait nous, le peuple d’Ôoumloc, la tribu du Crabe, et puis la tribu de l’Oiseau, la tribu du Bélier, et la tribu de l’Ours.
C’était il y a quatre cents siècles. Nous, le peuple Goum d’Ôoumloc, nous vivions ici, mais d’autres clans de notre tribu vivaient ailleurs, sur les côtes du Portugal, de l’Espagne, de la Finlande, et selon les temps, c’était le même clan qui se déplaçait d’un lieu à l’autre, ou bien qui essaimait, pourriez-vous dire. Cela, c’était pendant les périodes d’abondance, lorsque le climat le permettait. Nous vivions de chasses terrestres, et même marines, et nos embarcations de bois et de peau nous permettaient de capturer des dauphins et même parfois des baleines. Bien sûr, nous péchions aussi, mais surtout des crabes, ces crabes noirs que nous recherchons toujours. Et notre pacte avec Ôoumloc était déjà ancien. Nous avions appris à creuser la falaise et nous fournissions des pierres à tailler aux autres tribus qui, en échange, nous apportaient d’autres richesses : de l’ivoire de mammouth, des peaux…

  Nous échangions aussi avec les Goumyôs que nous côtoyions. Mais nos relations avec eux restaient plus distantes : leur comportement devenait facilement celui de prédateurs lorsqu’ils se sentaient en force. Et nous n’aimons pas devoir combattre. Nous sommes des pêcheurs, des chasseurs et des cueilleurs, pas des guerriers. Nous ne nous sommes jamais combattus entre nous : comme nous n’avons jamais cultivé la terre, nous n’avons pas l’instinct de posséder. Ni, donc, celui de voler.
  Tous les clans, lorsqu’ils le pouvaient, nous apportaient les restes de leurs morts. Et ils nous racontaient ce qu’ils avaient vécu, leurs Souvenirs, afin que nous en fassions de la Mémoire. Tous les clans voulaient qu’après leur mort, les leurs retournent à la Mer, à Ôoumloc : tous les animaux sont issus de la mer et des rochers, et Ôoumloc  constitue la synthèse de la mer et des rochers. C’est un Rocher qui vit dans

la Mer, et c’est ainsi qu’est apparue la vie. Ramener les morts à Ôoumloc, c’est les ramener aux sources de la vie… 

  Les plus lointains des Goums, ceux du clan de l’Ours, qui, pour les plus proches d’entre eux, vivaient dans ce que vous appelez maintenant l’Ariège, mais qui étaient allés jusqu’en Russie, et qui chassaient parfois les mammouths, enterraient leurs morts au fond des cavernes, sous la garde de l’Ours, et les déterraient lorsque le printemps leur permettait d’accéder de nouveau aux ossements. Ils nous les amenaient alors en cérémonie et se joignaient à nous pour les offrir aux Grands Crabes lorsque ceux-ci venaient dans cette falaise, en ce lieu même, pour célébrer leurs amours. Ils rentraient ensuite dans leur campement pour se féconder entre eux. Très souvent, nous échangions femmes et hommes d’un clan à l’autre, pour renforcer notre vigueur. Lorsque leur peuple s’est affaibli, lorsque les mammouths ont disparu, leurs survivants se sont joints à notre tribu.

  Ceux de l’Oiseau exposaient les corps au sommet de collines sacrées où les rapaces venaient les nettoyer de la chair de leurs souffrances et de leurs plaisirs. Puis, eux aussi, en rassemblaient les ossements et nous les apportaient. Et eux aussi se sont joints à nous lorsque les Goumyôs les ont repoussés dans des vallées stériles.

 

Ce sont ceux du Bélier qui ont survécu le plus longtemps. Ils vivaient dans cette région, et les Goumyôs les appelaient Cagots, Agotak, Gahetz, ou d’autres noms méprisants. Ils leurs réservaient des taches particulières, exclusivement manuelles, de menuiserie ou de maçonnerie le plus souvent. Ils sont restés auprès des Goumyôs jusqu’à ce qu’un certain Pierre de Lancre[2] réduise en cendres tous ceux d’entre eux qu’il pouvait capturer. Il est vrai qu’au début du dix-deptième de vos siècles, il était mal vu de se retrouver nus dans des grottes et que le Bélier que fêtaient les Goums en le chevauchant était mal interprété… Mais avant de devoir se joindre à notre clandestinité, ils enterraient eux aussi leurs morts, et eux aussi nous en apportaient les ossements pour que nous les offrions à Ôoumloc en les joignant à ceux des nôtres.

C’est donc au sein de notre ultime tribu que s’est rassemblé notre peuple.

  Et notre Mémoire, comme je vous l’ai dit.
 
Monsieur Ravot, si nous exigeons le secret sur notre existence, c’est pour nous préserver doublement, et cela, tous nos amis ici présents l’ont compris : nous sommes peu nombreux, quelques milliers dans le monde, et nous sommes désarmés face à vous. Chacune des confrontations, mais aussi, plus simplement, chacun des contacts qui se sont établis entre nos deux peuples nous a fait régresser. C’est un fait. Notre espèce est physiquement moins adaptable que la vôtre. Les « Boules » que vous voyez derrière moi sont le fruit d’une hybridation qui restera sans suite : ils sont stupides et quoique très forts, ils sont stériles. Il en a toujours été ainsi, et cependant, en quarante mille ans, croyez-moi, les tentatives ont été nombreuses. Nous ne sommes fécondables qu’en deux occasions dans l’année, selon notre cycle physiologique, et donc, nous sommes moins prolifiques encore que vous ne pouvez l’être. Et puis surtout, nous ne possédons pas cet esprit de compétition qui vous amène à vous surpasser dans une lutte incessante pour la vie ou pour le pouvoir. Nous ne connaissons pas ce que vous appelez le sentiment de valeur hiérarchique. C’est pourquoi bien sûr nous ignorions la guerre, jusqu’à ce que vous nous contraigniez à la pratiquer pour nous défendre, mais toujours plus maladroitement que vous. Et les dernières fois où nous avons été mêlés à des conflits, ces conflits vous concernaient d’abord. Nous n’étions qu’alliés de l’une, puis de l’autre des parties. Même si nous savons maintenant à quel point ces conflits nous concernent également. 

  Nous devons donc d’abord préserver notre existence face à vous. Mais aussi, nous voulons préserver notre Mémoire : c’est notre Mémoire qui fonde notre existence. Plus tard, je vous la montrerai cette Mémoire et je vous expliquerai son fonctionnement. Mais il faut que vous le sachiez dès maintenant : si nous ne disposons pas de vos capacités de reproduction, en revanche, nous nous souvenons. Nous avons cultivé une mémoire orale collective telle qu’il nous est possible, sans erreur, de retrouver des faits vieux de plus de cent cinquante mille ans. Nous détenons la Mémoire de l’Espèce, Monsieur Ravot. Nous sommes les archivistes de l’Humanité, de la vôtre autant que de la nôtre. Quelques uns, très rares, parmi vos historiens et préhistoriens ont été admis à visiter cette Mémoire. Je ne pense pas qu’ils l’oublieront jamais, même s’ils ont promis, eux aussi, le silence quant à leurs sources…

Notre survie, et celle de notre Mémoire, voilà les deux raisons qui m’amènent à vous demander de renouveler solennellement votre serment de silence, Monsieur Ravot.

  Amaïa s’est tue. Aucun des assistants, même Rébéquée, n’avait le souvenir d’un discours aussi long de sa part. Jusque là, elle s’en était remise à ses amis pour sermonner les rares candidats visiteurs. D’autant plus rares que, personne ne connaissant leur existence, personne ne demandait à visiter les Goums. 

  Rébéquée avait fait venir deux médecins spécialistes de physiologie de la reproduction qui avaient étudié le fonctionnement génital des Goums pour finir par conclure que l’on avait vraiment affaire à « autre chose », de l’ADN à la pointe des cheveux, et qu’il serait vain de tenter de modifier quoi que ce soit, se bornant à de (judicieux) conseils quant aux rythmes des relations sexuelles et à la préconisation d’aphrodisiaques adaptés. Le secrétaire général de l’ONU avait pour sa part envoyé (et accompagné) un historien et un préhistorien, qui avaient à leur tour demandé à ce que deux de leurs confrères et un paléoanthropologue soient admis.
 
Et c’est tout.

  En fait, c’est la première fois que les amis du groupe initial qui avait découvert les Goums via les Numéros amenaient quelqu’un d’extérieur pour autre chose qu’une aide essentielle à apporter, soit aux Goums, soit aux Goumyôs. Un policier de surcroît.
 
Et Ravot a dû comprendre à quel point cette situation était extraordinaire puisqu’il s’est levé, lui qui d’ordinaire fuit le solennel et la pompe :
- Je n’imaginais pas qu’il pût exister un peuple tel que le vôtre, ni qu’il ait pu jouer un tel rôle. Je conçois encore mal ce que vous me dites de votre Mémoire, même si l’ampleur de ce que je découvre me stupéfie. Je comprends et partage vos craintes. J’espère être capable de me montrer digne de la confiance que vous tous m’avez témoignée en me faisant pénétrer en cet endroit pour rencontrer des gens aussi fabuleusement extraordinaires que vous, Madame… Aussi fabuleusement extraordinaires… Je l’espère. Mais je suis certain de ne jamais révéler quoi que ce soit à qui que ce soit pour quelque raison que ce soit. Je souhaite pouvoir comprendre qui vous êtes et ce que vous représentez. Et à cette fin, je ferai de mon mieux pour tenter de résoudre les énigmes que nous posent les deux drames auxquels nous nous trouvons confrontés : le meurtre de Saint Tignous sur Nivette, qui semble tellement lié à ce qui s’est produit voici deux ans, d’une part, et la fuite, que je comprends encore plus mal, de ce sous-marin. Mais je m’engage surtout à tenter d’éclaircir le crime de Saint Tignous pour lequel je suis ici : l’autre évènement, même s’il est peut-être plus lourd de conséquences, risque de dépasser mes compétences… Vous avez ma parole, Madame. Je la répète et la confirme ici publiquement devant l’ensemble de vos amis que je me sentirais honoré de pouvoir appeler les miens.
  Ravot se rassied dans le silence.
 
Eusèbe se lève et lui tend la main :
- Appelez-moi Eusèbe. Je suis le plus vieux ici, et il paraît que cela compte, même si ça ne me fait pas forcément plaisir.
- Je suis Victor, mais on m’appelle Vic, et même le Boulet…
- Moi, c’est Clèm, dit Clèm en l’embrassant sur les deux joues…
- Et vous ? demande Rébéquée en lui posant la main sur l’épaule (elle est aussi grande que lui).
- Moi, c’est Jules, comme Maigret, lui répond Ravot plus ému qu’il ne le voudrait.
Rébéquée marque un léger recul :
- C’est curieux, mais… ça vous va bien. Et elle l’embrasse à son tour avant de regarder Amaïa, les larmes aux yeux.

Surpris par cette émotion soudaine, Ravot la regarde à son tour alors qu’elle se lève de son siège de pierre :
- Je m’appelle Amaïa. Et vous êtes un homme plein de sens…
 


[1] Les Goumyôs, les « autres hommes », homo sapiens, ne sont arrivés en Europe qu’il y a 40 000 ans. Si ma mémoire est bonne.

[2] Pierre de Lancre : né à Bordeaux en 1553. En 1609 le conseiller au Parlement de Bordeaux de Lancre intervient au Pays basque, à la tête de la commission d’enquête demandée par Henri IV, qui devait “purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l’emprise des démons”. Le conseiller de Lancre instruit les procès en sorcellerie du Labourd et fait “arder et brancher” près de six cents prétendus sorciers. De Lancre envoie au bûcher, après les avoir torturés, des femmes, des enfants, mais aussi des prêtres. Craignant une émeute, le Parlement rappelle de Lancre. Il meurt en 1631.

TONTONRASPOUTINE SE PRESENTE

                                                     

l’auteur



Pour me présenter, je vous donne une photo que j’ai retrouvée, du temps où j’étais jeune et beau.

J’avoue avoir un peu changé depuis : je ne porte plus de chapeau.

Mais c’est ce que je fais qui est censé vous intéresser, et pas ma tronche.


Sabre au clair !

Sabre au clair


Scrogneugneu !

Si faut croire tout ce que con dit, ça se sauret !

sauret1

La généalogie se trouve dans l’article suivant.

Cela dit et toutes choses mises à part, depuis plusieurs années, c’est la même histoire qui se développe. 

  Alors, comme ça, un jour, aujourd’hui par exemple, j’ai décidé d’en livrer des extraits, pour le plaisir de voir ce qu’en pensent ceux qui se donneront la peine de les lire.

Ça se présente comme un feuilleton, en épisodes de quelques pages.


Que je promets de vous offrir à raison d’un épisode par jour.

 


 

Alors, bon amusement !


  Et n’oubliez pas :
 

Si faut croire tout ce que con dit, ça se sauret !

Car, comme le disait James d’Ostende, dans tous les cas, l’art en sort.


 

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DOCUMENT EXCEPTIONNEL N°1


LE DOCUMENT



           raspoutine1.jpg


Ce document exceptionnel, qui serait daté de 1911, nous intéresse à plus d’un titre.

  Il nous intéresse d’abord par son origine : Il a en effet été retrouvé dans les archives que l’on croyait perdues du Couvent des Conceptionnistes de Saint François de Dunkerque, qui a été rasé avec le reste de la ville en 1940. Cela explique sans doute l’exceptionnelle présentation de la Sainte Brouette de Bénédictions Conceptuelles (ou Conceptionnistes selon d’autres acceptions) qu’il pousse devant lui dans la Joie des Retrouvailles.

  Le Frère Raspoutine aurait en effet à cette époque parcouru secrètement l’Europe sur les traces des troupes cosaques qui ont occupé Paris  du 31 mars au 2 juin 1814, et le Nord du pays, plus tardivement, jusqu’en 1818.

Il faut savoir que, très dévots, quoique orthodoxes, les cosaques ont laissé quelques traces derrière eux.

Les Sœurs Conceptionnistes de Saint François, dont l’ordre avait été établi pour soutenir l’Immaculée Conception qui s’imposait comme Vérité éternelle dans l’Église au temps de sa fondation (de la fondation de l’Ordre, et non de celle de l’Eglise), avaient eu la joie de voir cette sainte doctrine se vérifier par de multiples miracles après le passage des troupes russes.

Près d’un siècle plus tard, le Frère Raspoutine, qui avait pour l’occasion revêtu la bure franciscaine, était venu tâter les beaux fruits de leur glorieuse et sainte descendance.

  Il nous intéresse ensuite par l’évidente ressemblance qui existe entre ce rare portrait du moine russe et Tonton Raspoutine lui-même. Jugez-en d’après les photos qu’il a fournies dans sa biographie, modestement succincte.

Il nous intéresse aussi par le fait qu’il pulvérise les assertions absurdes d’Igor Knyazkin, le directeur du centre de recherches sur la prostate de l’Académie des Sciences Naturelles de Russie, que nous avons rapportées dans l’évocation de la GÉNÉALOGIE de Tonton Raspoutine, sur lesquelles nous ne reviendrons pas. Suivez le lien hypertexte si vous tenez à les relire dans toute leur absurdité.

Il nous intéresse enfin par l’espoir qu’il ouvre : d’autres documents existent certainement, que Tonton Marcel continue de rechercher, avec une patience toute bénédictine.

Il annonce… peut-être… une antique photo du moine prise dans ses œuvres au sein de l’un de ces couvents pieusement visités…

Peut-être… Plus tard… Bientôt…

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CITATIONS

CITATIONS


  Pour montrer comme c’est des gens sérieux, les Hauteurs sérieux ils mettent toujours une belle citation en salutation distinguée avant de commencer.
Ça montre que c’est pas des cons, parce qu’il y a des grands hommes qui pensent comme eux ils pensent, même si faut gratter un peu pour trouver le rapport, et que donc ceux qui sont pas d’accord avec eux, eh bien, tiens, fume, ils ont qu’à s’en prendre aux grands maîtres qui sont déjà morts mais qui sont très sérieux.

Si zosent.

 
C’est un bon truc.

C’est pour ça que je vous en donne une louche.
Juré, je n’ai rien piqué dans un dico ad hoc.
Même si j’adore les dicos.


  Les mythes sont les âmes de nos actions et de nos amours. Nous ne pouvons agir qu’en nous mouvant vers un fantôme. Nous ne pouvons aimer que ce que nous créons.
 

Paul Valéry

  Bu Said, ce visionnaire, aperçut un jour des latrines aménagées sur le passage public. Il s’appuya sur sa canne et  se tint là, un long moment, à regarder. Seul celui qui était pris d’un besoin naturel s’arrêtait en ce lieu inavouable ; d’autant plus que l’endroit était sale et repoussant. Finalement un de ses disciples l’interrogea : au prince de la vision, il demanda le dévoilement de ce mystère.
Le shaykh lui répondit : « Les excréments, comme j’étais là à considérer, m’ont confié cet étrange secret : ‘ Nous étions cent richesses variées, à la fois nutrition et énergie spirituelle. Nous étions issus de la Cour divine et attestions de Son unicité. Nous détenions à profusion éclats, saveurs et parfums délicieux ; chacun nous recherchait ! Un instant avec toi nous nous sommes entretenus ; par ce fait, toute cette belle souveraineté nous a été retirée ! Nous avons manqué, à cause de toi, à cent adorations ; en une heure de temps, nous avons été transformés en ceci ! Ah vrai, ton commerce nous a embellis ! Nous voici à présent infâmes, néfastes et rejetés. Notre sort est fait ! Mais à toi qui uses de la manne divine, malheur ! ».
 

Le Livre de l’Epreuve
Farridoddin Attar (… vers 1220)

  Vivre, c’est éternellement se survivre en remâchant son moi d’excrément, sans nulle peur de son âme fécale, force affamante d’enterrement. Car toute humanité veut vivre, mais elle ne veut pas payer le prix et ce prix est le prix de la peur. Il y a pour être une peur à vaincre et cela consiste à emporter la peur, le coffre sexuel entier de la ténèbre de la peur, en soi, comme le corps intégral de l’âme, toute l’âme depuis l’infini, sans recours à aucun dieu derrière soi. Et sans rien oublier de soi. 
 

Antonin Artaud


Seul peut devenir un homme, celui

qui est orphelin de coeur et de corps,
qui sait que la vie déposée en lui
est un simple supplément à la mort.
 

Attila Jòzsef


  Mais, concluent, je dys et maintiens qu’il n’y a tel torchecul que d’un oyson bien dumeté, pourveu qu’on luy tienne la teste entre les jambes. Et m’en croyez sus mon honneur. Car vous sentez au trou du cul une volupté mirificque tant par la doulceur d’icelluy dumet que par la chaleur tempérée de l’oison, laquelle facilement est communiquée au boyau culier et autres intestines, jusques à venir à la région du cueur et du cerveau. Et ne pensez que la béatitude des heroes et semi-dieux, qui sont par les Champs Élyséens, soit en leur asphodèle, ou ambroisie, ou nectar, comme disent ces vieilles ycy. Elle est (scelon mon opinion) en ce qu’ilz se torchent le cul d’un oyson, et telle est l’opinion de Maistre Jehan d’Ecosse.
 

Chapitre 13 de

La Vie très horrificque du Grand Gargantua, père de Pantagruel,
jadis composée par
Maistre Alcofibras, abstracteur de Quinte Essence.


  La bataille fut gigantesque
Tous les morpions périrent ou presque
A l’exception des plus trapus
Qui s’accrochèrent aux poils du cul
 

De Profondis Morpionibus
Théophile Gautier

  Je peux rarement voir quelqu’un sans le battre.
D’autres préfèrent le monologue intérieur. Moi, non. J’aime mieux battre.
 

Mes propriétés
Mes occupations
Henri Michaux

(depuis)…
Doukipudonktan ?         
(jusqu’à)…
J’ai vieilli.