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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

L’EXPLOSION / P3C2E13

P3C2E13 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 13)

 
N°202 / L’EXPLOSION / P3C2E13

C’est l’histoire où l’île de Guamblin explose. Avec un plan du réseau d’exploitation de clathrates qui alimente la base de Guamblin, et des explications techniques.

  Jeudi 16 juin
8 heures
Île de Guamblin
(13 heures 30 en France)

  (Suite directe de P3C2E11 et de P3C2E12 : liens)

 
C’est alors qu’il y a eu l’explosion…

 
Evidemment, pour l’indicateur, c’était fichu.

  Pour les Amazones aussi…
 
Mais elles ne le savent pas encore.

  Et lui ne le sait plus…

  V
ous, si, parce que je vous le dis. 

  Mais faut quand même que j’explique.
 

Tout au fond de la base se trouvent les salles de détente des gaz issus des deux réseaux de captage, là où le méthane se sépare de l’eau qu’il entraîne dans la décomposition des clathrates[1] d’où il provient. C’est de là que ces eaux de décantation sont pompées vers l’extérieur pour être éliminées.

  Les Goums (entre nous, on dit les Goums ; ce sont les Méchants qui disent les Chochos) se sont repliés dans la « gare » qui a été installée derrière les portes massives qui fermaient jadis la base du Hai I (celui qu’a coulé Ôoumloc en P1C3E24), et ils sont partis, Mnouay en tête, sur un convoi à destination de la base ONU de Puerto Cisnès qu’Arthur a prévenue d’avoir à leur faire de la place. Les responsables de la base connaissent l’existence des Goums, mais pas le « petit personnel » qui a été éloigné. Les « prisonniers », soigneusement encadrés sont du voyage. Et pour ne pas perdre de temps, on a laissé ceux qui voulaient jouer à cache-cache se dissimuler comme ils le veulent. Tant pis pour eux. Si c’est pour un besoin pressant, ils n’avaient qu’à prendre leurs précautions plus tôt. Voilà.

 
C’est pour cela qu’il n’y a personne dans la base où tous les feux ont été éteints. N’y reste en fait que le « correspondant » des Élus qui s’était planqué dans les toilettes… 

  Mais non, il n’avait pas prévenu de l’attaque des Amazones. Pas lui…

Ça s’est trouvé comme ça. Et il est vrai qu’il n’a pas trahi les Amazones ! N’empêche que le type s’est fait égorger vite fait. On ne plaisante pas en Omphalie. Et surtout pas avec les lampistes.
 
En fait, ça marche comme ça :

  De l’île Guamblin à l’île Tenquehuén, au Sud, se dessine un vaste arc de cercle, une baie sous-marine qui creuse le large plateau continental sous lequel sont accumulées les ressources de clathrates qui alimentent en méthane la base des Goums et leur usine de fabrication de soupe. Un bassin symétrique se retrouve au Nord. 

 
Le méthane circule dans deux réseaux de captage séparés, formés de galeries sous-marines interconnectées qui passent sous les gisements de clathrates dans lesquels elles débouchent. Le réseau Nord (environ 300 kilomètres de galeries) n’est utilisé que lorsque la production du réseau Sud (même extension, mais captages plus proches) est interrompue pour des opérations de maintenance ou de vérification. Le débit du gaz est réglé par la dépression qu’implique la demande dans le collecteur principal (de dix mètres de diamètre) lorsqu’il débouche dans la base.

Dans les bases d’Europe, plus anciennes (Agotchilho a près de cent mille ans), ce réglage est déterminé par la dimension des petits conduits qui partent de l’arrivée du collecteur jusqu’à chacun des points d’utilisation. Et le collecteur principal y est, bien sûr, moins important et permet juste le passage d’un mineur à genoux. Mais la base de Guamblin est très récente et lorsqu’elle a été réaménagée et agrandie pour recevoir les sous-marins nucléaires, tout cela a été démesurément développé[2] sous les ordres du Professeur Pouacre, avec le même objectif et le même matériel tunnelier qu’à Thulé. Et c’est ce même matériel qui sera réutilisé pour creuser les mines sous le détroit de Gibraltar…

  Une carte permet de mieux comprendre :



carte Guamblin

Où les lignes rouges représentent les galeries d’exploitation du gisement de clathrates de méthane, les points rouges les puits d’extraction verticaux, et le tracé bleu la ligne de chemin de fer qui relie la base de Guamblin à Puerto Cisnès et à la base de l’ONU.

 

Ici, ce sont des vannes qui règlent l’alimentation des chaudières de la centrale électrique et les divers points d’utilisation du méthane. Les gaz brûlés sont refoulés sous pression sous l’eau à une profondeur suffisante pour s’y dissoudre en grande partie et pour que le bouillonnement que produit ceux qui remontent en surface passe inaperçu.

  A cinquante kilomètres au large, juste en face de l’ouverture de la baie Sud, se trouvent l’Omphalie et l’îlot volcanique sur lequel elle s’appuie.
 
C’est au sortir de la salle de détente du réseau Sud qu’a eu lieu l’explosion programmée de pains de plastic collés autour de la vanne principale…

  Dans un premier temps, la plaque d’acier sur laquelle la vanne est montée a volé d’un seul morceau, arrachée de son logement. C’est une grosse plaque de blindage en acier au manganèse, un acier très dur, de celui dont on fait les tourelles des fortifications et les rails de chemin de fer. Deux mètres de diamètre. C’est une forte explosion.
 
Le résultat, c’est que la salle de détente du méthane (dont la pression n’est qu’à peine inférieure à celle de son gisement, soit deux cents mètres d’eau (20 bars) plus cent mètres de sédiments (22 bars) et autant de clathrates (disons 10 bars), tout cela en moyenne, ce qui fait au total une grosse cinquantaine de bars) s’est trouvée d’un seul coup d’un seul ramenée à la pression atmosphérique, et que le gaz en quantité et en pression énormes a jailli, d’un seul coup d’un seul, boum, dans la base. 

  À la louche, pour un trou de deux mètres de diamètre, donc de 31 400 cm² en ne comptant que 50 bars, ça fait un coup de bélier de 1 600 tonnes, augmenté de la brutale expansion du gaz ramené à la pression atmosphérique, que je suis infoutu de calculer. J’offre une prime d’un Carambar à qui donnera la bonne réponse…

 
Et pschitt ! 

  Comme un bouchon de champagne, tout le sommet de l’île s’est retrouvé projeté dans l’atmosphère avec une partie des installations. 

  Faut quand même reconnaître que la Mémoire Goum a du bon : depuis qu’un accident du même genre a fait sauter tout un secteur de la côte de Finlande, à Storegga, 8000 ans avant notre ère, ils se méfient. Et donc, la vanne principale est placée juste dans le prolongement du « toit » qui est prévu pour jouer le rôle de soupape. Les installations « sensibles », comme leur salle de Mémoire, leurs locaux d’hébergement ou l’usine, c’est-à-dire l’ex-base sous-marine, sont à l’abri du coup du champagne. En revanche, ils n’ont pas hésité à placer la salle de communication en plein courant d’air… ou plutôt, de méthane ! Faut reconnaître que la communication n’est pas le fort d’une civilisation qui se dissimule depuis tellement de millénaires… 

  C’est pour ça que les Amazones et leur agonisant acolyte se sont trouvés expédiés dans la nature lorsque, vroum, tout a pété… 

  Même pas eu mal. Pas eu le temps : pulvérisées les minettes !
 
Sauf une, la chef justement, celle qui venait d’égorger le correspondant. C’est d’ailleurs lui qui l’a protégée du souffle : il était gros et mou et il a absorbé l’impact. La voilà expédiée en l’air comme une balle de ping-pong sur un jet d’eau dans un stand de tir à la carabine ! Et roulez jeunesse !  

  L’Amazone volante s’agite dans l’espace, dénudée par le souffle qui la porte et la soutient.

 
- Tiens, une Amazone ! remarque le condor qui passe, l’œil indifférent… 

  Car si le concerto en sol mineur, le condor en sol andin[3], comme dit la Sagesse des Nations.

  Il est vrai que les condors ne sont pas très malins. Ils ne s’étonnent pas facilement : vous trouveriez ça normal, vous, en regagnant votre aire, de voir danser une Amazone à poil sur un jet d’eau et de méthane, à quatre cents mètres d’altitude ? Et le pire c’est que le geyser est de plus en plus fort, rendu opaque par l’eau pulvérisée que le gaz entraîne dans son rugissant jaillissement, avec des pierres et tout ! C’est que le mur de contention dans lequel est installée la vanne a été emporté et que la galerie de dix mètres de diamètre crache plein pot ! Un sacré gazoduc…

  Le gisement se vide depuis les multiples points de captages percés du fond de l’océan jusqu’au cœur de la couche des clathrates qui se déstructurent en bouillonnant et se ruent dans les larges conduits, fondus en eau et en gaz mêlés, précipités vers l’extérieur par la pression de l’eau et des sédiments de la plate-forme continentale qui les contient et les écrase du poids des résidus de l’érosion millénaire de toute la Cordillère des Andes, chassés dans les tuyaux soigneusement ouverts dans la roche par l’art tunnelier des Goums que le puissant matériel des Numéros avait mis en oeuvre… 

  Le gisement se VIDE !

  Et l’Amazone furieuse danse là-dessus, en engueulant le condor qui passe et qui, entre nous, n’en a strictement rien à faire…

 
C’est un ahurissant volcan d’eau et de gaz qui monte très haut dans le soleil de l’aube qui perce au-dessus de l’horizon andin, un volcan froid, si froid que l’eau s’y transforme en glace pour retomber en geyser de neige sur toute la région, un volcan qui monte d’un seul élan, de plus en plus volumineux, de plus en plus violent, incontrôlable, de plus en plus haut, et le condor perd de vue l’Amazone qui monte toujours, poussée par la vidange de 1300 kilomètres carrés de gisement, par les dizaines de milliers de kilomètres cubes de gaz et d’eau gelée issus de la détente de quelques cent trente kilomètres cubes de clathrates sous haute pression qui partent vers le ciel dans le grondement volcanique de leur détente brutale, c’est un nuage rougi par le soleil levant qui s’étale en une vaste flaque de sang céleste…

  Et le condor ricane, le mépris au bec, lorsqu’en passant la fille lui montre le poing, puis les fesses, menaces en l’air d’une chatte enragée à l’oiseau qui rentre, lui, à l’aire, tout peinard, au petit matin, après une nuit sur laquelle nous tirerons un voile pudique, car le condor, mais pas toujours.

  C’est ainsi qu’échoua la conquête de l’île Guamblin par les Amazones.


[1] Je rappelle, pour ceux qui ne suivent pas, que les clathrates de méthane (il s’agit toujours ici de clathrates de méthane) sont un assemblage chimique solide d’eau et de méthane qui se forme dans certaines conditions de température et de pression. Un peu de sérieux au fond de la classe, SVP ! Interro à la fin du chapitre.

[2] Voir « Le creusement des galeries », la note des Numéros, qui sera bientôt reproduite. C’est le souvenir de cette note qui a donné à Arthur l’idée de cette opération.

[3] Il est à noter qu’il existe des sols mineurs dans les Andes, mais cette convergence brusquée s’y est révélée historiquement dramatique, comme au Potosi par exemple… Il ne fait pas bon éveiller le con qui dort.

DOCUMENT / P3C2E15

P3C2E15 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 15)

 
N°204 / DOCUMENT / P3C2E15

 
C’est l’histoire où le Docteur Pouacre expose la manière dont ont été creusées les galeries d’exploitation des clathrates, et le fonctionnement de son tunnelier.
 

  Document en annexe

  Ce document, retrouvé à Thulé après la chute des Numéros permet de comprendre comment a été construite la base des Chonos.


 

Du Numéro 5 au Numéro I
 

Le Creusement des Galeries

  Note sur l’agrandissement de la base des Chonos et le développement de l’exploitation des ressources en clathrates de méthane.


 

Le développement de notre base et les nouveaux besoins qui sont apparus après l’acquisition des Hai I et II nous ont amenés à renforcer nos ressources énergétiques et donc à creuser de nouvelles galeries d’exploitation de clathrates de méthane.

 
La méthode manuelle utilisée par les Chochos est trop lente et trop limitée. J’ai donc pris l’initiative de développer un nouveau tunnelier autonome qui permettra de mettre en exploitation la totalité du gisement actuellement situé au Sud de la base, et de le doubler d’un nouveau réseau, au Nord où se trouve un autre gisement, jusqu’ici inexploité.

  Le gisement 

 
Des campagnes d’exploration géosismiques du plancher sous-marin nous ont permis de définir à la fois l’étendue de ces ressources et les profils de la structure du plancher de la plate-forme continentale qui les couvre, situé à une profondeur moyenne de 200 mètres (entre 150 et 300) sous les eaux. 

  Le gisement est composé d’une couche récente alluvionnaire d’une centaine de mètres d’épaisseur, puis d’une couche de clathrates d’une épaisseur équivalente, le tout reposant sur une structure sous-jacente également alluvionnaire. 

 
Des carottages prudents effectués en bordure de gisement ont confirmé les déclarations des Chochos qui ont mis en route la première exploitation : ces terrains sous-jacents sont composés

·  de conglomérats sédimentaires détritiques, renfermant une proportion assez faible de gros galets et de cailloux et une part plus importante de fines consolidées ;

·  de structures gréseuses tendres à ciment glauconieux ;

·  de schistes parfois marneux, que leur pendage vertical ne rend pas très glissants.

  Il sera donc facile de creuser un réseau important de galeries sous la couche de clathrates, pour multiplier les points de captage et éviter de déstabiliser l’ensemble, ce qui pourrait, disent nos géologues, présenter certains risques, surtout liés au manque de solidité de la couche plafond.
 
Cependant, étant donnés la température des eaux et leur profondeur, le risque de « fuite explosive » est nul.

  A partir de ces observations, nous avons fait construire à Rybachiy un tunnelier autonome surpuissant. 

 
Le tunnelier  

  C’est un engin de quarante mètres de long pour un diamètre de sept mètres. 

 
Mû par deux réacteurs nucléaires récupérés sur des SNA abandonnés et désarmés, il sera capable de creuser des galeries de 10 mètres de diamètre à raison de trois à cinq kilomètres par jour dans les terrains auxquels nous sommes confrontés. 

  L’outil de forage est constitué par un disque tournant ajouré de dix mètres de diamètre équipé classiquement d’une denture au carbure de tungstène. Simultanément une batterie de torches à plasma disposées en couronne rotative autour et sous l’engin vitrifie les parois et les déblais, ce qui constitue un cuvelage très efficace. Le volume des déblais se trouve ainsi réduit au point de ne plus former qu’une chaussée continue sous la machine. Les gaz produits sont aspirés en continu vers l’extérieur. Ces torches consomment l’essentiel de l’énergie fournie par les deux réacteurs.
 
Les parois extérieures de blindage du tunnelier, sont doublées de cuivre refroidi en continu, ce qui permet d’y maintenir un habitacle et un opérateur malgré la proximité des torches et une température ambiante à proximité de la machine qui dépasse les 600°. 

  La progression est assurée par huit « pattes d’araignée », vérins articulés placés à l’arrière, qui poussent l’engin vers l’avant quatre par quatre et dont la synchronisation permet également de diriger la machine selon la direction et la profondeur voulues, à partir d’une centrale inertielle.
 
Les galeries sont creusées vingt mètres sous le plancher du gisement, tel qu’il a été défini précisément par l’exploration géosismiques, pour y éviter toute intrusion accidentelle du forage. Elles sont tracées de manière à maintenir une pente très légère qui fait de la chambre de détente finale le point bas du circuit où les eaux de déstructuration des clathrates sont recueillies pour y être pompées. On utilise à cette fin la pente naturelle du plateau continental sur lequel se situent les couches exploitées.

  Lorsque le creusement des galeries est achevé, on place des charges explosives creuses aux endroits choisis, dans des cuves métalliques résistantes de deux mètres de diamètre, coniques, étançonnées contre le sol et les parois par des madriers.

 
Leur explosion simultanée perfore le plafond vitrifié et ébranle le plancher du gisement. Les étançons, brisés, s’effondrent et libèrent les cuves que l’explosion a par ailleurs fractionnées selon des lignes de rupture déterminées. Le fond du gisement se trouve donc exposé à une très forte dépression, puisqu’il est ramené brutalement, mais de manière très ponctuelle, à la pression atmosphérique. En ces points, le gaz fuse, entraînant dans la galerie les terrains qui le gênent. La chambre de détente est bien sûr fermée, et très rapidement, les pressions s’équilibrent.

L’effusion du gaz cesse alors et l’exploitation peut commencer. 

  Les eaux de déstructuration des clathrates entraînent les déblais vers la chambre de détente qui peut être fermée par une porte d’isolement du côté des galeries. Périodiquement, les déblais, minimes puisque répartis sur des dizaines de kilomètres, sont évacués pour éviter le colmatage des pompes. 

 
Les deux circuits seront ainsi achevés en l’espace d’un an et demi.

  Le tunnelier peut être transporté par cargo et mis en oeuvre depuis le fond marin pour peu qu’un sas y ait été préalablement aménagé. Il pourra être utilisé, après l’achèvement des travaux des Chonos, sur le chantier de Gibraltar.

 
Pour approbation

 
Professeur Pouacre
Numéro 5

 
Accepté avec enthousiasme. (Mention manuscrite)

Signé
Numéro I
 

LUIS OTTOUADLA, JOURNALISTE STAGIAIRE ET AMBITIEUX / P2C1E4

P2C1E4 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 4)

  N°83 / Luis Ottouadla, journaliste stagiaire et ambitieux / P2C1E4

 
C’est l’histoire où nous faisons la connaissance de Luis Ottouadla, journaliste stagiaire ambitieux, qui se prépare pour l’inauguration du Tapas’Embal’. Au passage, nous regardons l’émission qui a mis fin à la carrière des Écolocroques.

  Lundi 2 mai
15 heures
Le Petit Matois Subreptice.

  Il taille ses crayons et les dispose sur son bureau. Bien alignés. Il ne supporte pas les crayons mal taillés, ni le désordre d’une manière générale. « Son » bureau, c’est celui qu’occupait Victor Bourriqué dans les locaux de ce qui était le Petit Matois Subreptice, dans l’ancien couvent des Marmoréens, et que la Mairie loue maintenant à la Lanterne du Fort. Le maire n’a rien à refuser à la Lanterne…
 
Né natif originaire de Saint Tignous sur Nivette, Luis a d’abord eu l’ambition d’en sortir. Il se trouve que la filière du journalisme lui a paru constituer le meilleur moyen de réaliser cette ambition initiale : à Saint Tignous sur Nivette, franchement, il se trouvait à l’étroit.

 
Son père, fils d’émigré espagnol, a épousé une rouquine d’origine anglaise rencontrée à la fac. Profs tous les deux, lui d’espagnol et elle d’anglais. Luis a donc toujours baigné dans un environnement trilingue qu’il a su exploiter avec habileté, au cours de ses études d’abord, et maintenant qu’il est presque journaliste, dans l’exercice de sa profession. Il a compris qu’en se faisant passer pour l’étranger qui fait l’effort de parler la langue du pays avec une maladresse calculée (Luis parle parfaitement ses trois « langues maternelles »), il s’ouvre une compassion très utile auprès de ceux qu’il interroge.

  Il devrait avoir tout lieu d’être satisfait : à vingt ans, se retrouver rédacteur stagiaire à la Lanterne, c’est plutôt pas mal. Juste à la sortie de l’école de journalisme, on a vu pire. Parce que

la Lanterne, depuis les « évènements » d’il y a deux ans, c’est devenu un sacré journal !

  Et le plus beau, c’est qu’à écouter à droite et à gauche, Luis pense avoir découvert un paquet de scoops faits de gros secrets bien juteux qu’il pourra communiquer à quelqu’un qui saura en faire quelque chose de bon pour sa carrière à lui. Parce que Luis a de l’ambition, beaucoup d’ambition.
C’est pourquoi il est insatisfait.

 

Il n’est pas seulement habile, il sait se montrer souple, et même soumis avec ses supérieurs, quitte à se rattraper lorsque l’occasion lui est donnée de prendre une quelconque autorité sur un vague subordonné. Et cela sans aucun scrupule, puisque c’est le moyen reconnu de se montrer professionnellement « motivé » : Luis a beaucoup appris de ses jobs d’étudiant en grande distribution.

  Il a su arguer de ses origines locales pour obtenir ce stage convoité et depuis un mois, il tourne entre les différents services du journal, de la compo à l’imprimerie. Il a fini par aboutir à la Rédaction, enfin, qui le laisse presque autonome dans ce qu’au journal on appelle l’annexe de la Mairie. Et cette fois, Monsieur Mouchoir, le secrétaire de rédaction, lui a confié un reportage. En ville. Important. Et les quelques recherches que Luis a pu effectuer aux archives lui ont permis de mettre le doigt sur QUELQUE CHOSE.

  Bon. Restons calme.

En deux mots, Luis va devoir assister à l’inauguration officielle du Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette. 

 
A première vue et à part les petits fours rebaptisé tapas, rien d’extraordinaire, ni même d’intéressant. Mais s’il sait y faire, il pourra interviewer le Maire, et surtout vérifier son hypothèse. Parce que dans les archives, où il a recherché tout ce qui concerne les « évènements », particulièrement importants à Saint Tignous sur Nivette, il a cru trouver des relations entre le Maire, justement, quelques uns des cinglés de la MJC, dont bien sûr les écolos, le Conseiller en matière d’économie électorale, et une fille qui a disparu aussi vite qu’elle était apparue, et qui représentait les Écolocroques, à l’époque. Et peut-être même le représentant, responsable, chef, directeur ou je ne sais quoi de Super Troc dans la région. Donc, tout ça relié à la bande des Malfort qu’il côtoie continuellement au journal (même si on les voit assez peu, à part Victor, le directeur, et Clémentine, sa secrétaire de direction qui est aussi sa femme ; mais les Malfort eux-mêmes ne sont jamais là), tout ça fait une histoire pas claire. 

  Mouchoir l’a regardé de travers quand il a – prudemment – abordé la question devant lui, et il n’a pas insisté.  Mais il a pu avoir un contact avec un certain Green Bill de Washington… S‘il a du concret, Bill sera preneur. Et cher. Luis se voit très bien en free-lance d’investigation et, niark niark, s’en frotte les mains d’avance : « Un jeune journaliste révèle le complot secret des Manipulateurs du Climat Mondial… », sur cinq colonnes à la Une de tous les journaux du monde, derrière le Washington Post… Un Pulitzer pour un journaliste stagiaire, ça ne s’est jamais vu… 

  Luis repasse sur l’écran de son ordi de bureau l’enregistrement de l’émission archi connue qui a mis fin aux activités des Écolocroques, il y a de cela deux ans :

  Il y avait eu d’abord ce bandeau :
 

EMISSION SPECIALE

BASE CENTRALE DE THULÉ

 

  Et puis dans le décor assez vague d’une salle qui avait tout l’air d’être une salle de conférences, Eusèbe Malfort, encadré de Victor et de Clémentine, tous les trois vêtus de combinaisons orange, du style de celles que portent les prisonniers américains, mais ornées sur la poitrine et dans le dos d’un grand KG, comme en portaient les « Kriegsgefangener », les prisonniers de guerre dans les camps allemands de la dernière guerre.

En quatre plans, on faisait le tour de la salle, pour voir qu’ils étaient assis au fond, du côté le plus étroit de la vaste table ovale bordée de sièges confortables qui l’occupait toute entière, face au panneau technique implanté sur le mur opposé formé d’un immense écran mural et d’une série de consoles devant l’une desquelles était penché un technicien que l’on voyait de dos.

En fait, on devinait assez facilement que la scène était filmée simultanément par quatre caméras de surveillance et que le technicien en gérait la régie, comme il l’avait vu faire au cours d’un stage à FR3 Lille.
 

« Concitoyens du Monde », avait commencé Eusèbe.

  « Depuis le début, cette crise mondiale que nous venons de traverser et qui s’est achevée par la tragédie que vous connaissez, a été provoquée, organisée, programmée, manipulée, par un groupuscule fascisant que nous avons réussi à identifier et à détruire. »

 
Eusèbe avait alors observé un silence, puis il s’était levé pour arpenter l’espace, derrière Victor et Clémentine, pâles, les traits fatigués, soulagés mais marqués par l’épreuve qu’ils venaient de vivre.

Tous les trois étaient bien loin de l’image que les précédentes émissions des Écolocroques avaient donnée d’eux. Ils étaient cette fois présentés « au naturel » si l’on peut dire.

  Eusèbe était revenu au centre du groupe, avait écarté sa chaise et s’était appuyé des deux mains à la table :
 
« Si je résume la situation en quelques mots, car notre tâche n’est pas achevée et je ne peux intervenir que brièvement, cette organisation fonctionnait selon deux niveaux.

« Le niveau « de surface », constitué autour de boutiques et de proclamations tonitruantes, donnait une image de groupement bio-intégriste. Le personnel en était le plus souvent sincère quant à ses convictions, même si celles-ci se trouvaient évidemment outrées et manipulées.

« Le niveau souterrain, totalement secret, ultra centralisé sur une famille où chacun se désignait par un Numéro, de Un à Cinq, ce dernier restant périphérique. C’était le niveau souterrain, détenteur du pouvoir militaire et des structures de décision qui tirait toutes les ficelles, à partir de cinq bases armées de missiles nucléaires et de deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engin d’une puissance terrifiante.

Ils disposaient également dans leurs bases de plusieurs sous-marins U-boote datant de la dernière guerre mais en parfait état de marche. 

  « Deux questions se posent immédiatement : d’où venait cette puissance, et que voulaient-ils en faire ?

 
« D’où venait cette puissance ? 

  « En 1942, l’Oberst Kuhhirt, officier sous-marinier dans la Kriegsmarine allemande est d’une part, chargé de construire une série de bases secrètes, dont celle d’Agotchilho, et d’autre part, en 1945, de placer en lieu sûr le trésor de guerre nazi, hors de portée des Alliés.

  « Il venait de mener à bonne fin cette deuxième mission lorsque, avec mon groupe de Résistants, je capturai la garnison allemande de Saint Tignous sur Nivette où il aurait dû se trouver après avoir dirigé la fuite de l’or nazi vers des bases secrètes via l’Espagne. Il nous a alors échappé de très peu, et s’est réfugié dans la base toute proche d’Agotchilho, dont, bien sûr, nous ignorions l’existence. 

  Après la guerre, son groupe s’est d’abord consacré à assister la fuite d’anciens nazis recherchés en direction de l’Amérique du Sud, en utilisant ce réseau des bases secrètes et des sous-marins qu’elles abritaient. Puis ils se sont livrés, par le même moyen, au transport de drogues diverses en direction du monde entier, sans jamais apparaître autrement que comme transporteurs, ce qui leur évitait les risques liés au trafic lui-même. Mais c’est cela qui leur a permis d’en prendre le contrôle. Cela augmentait encore leurs ressources financières, déjà énormes.
 
« A la chute de l’Empire soviétique, il leur a été très facile de récupérer, moyennant finances, une grande quantité d’un armement moderne très lourd et très efficace,  nucléaire pour l’essentiel, dont les deux sous-marins « Typhoons » sur lesquels ils ont basé leur force de chantage.

  « D’autant qu’ils disposaient des compétences nécessaires à sa mise en œuvre, puisque bon nombre de techniciens et de scientifiques nazis étaient restés dans leurs rangs après la guerre, et qu’ils en avaient recruté d’autres par le biais d’organismes d’extrême droite divers.
 
« Enfin, bon nombre de militaires ex-soviétiques passionnés par leur métier avaient préféré suivre leurs équipements lorsque ceux-ci avaient été « cédés ». C’est par exemple ce qui s’est passé avec les équipages des Typhoons.

  « Le niveau souterrain des Numéros disposait donc de cette puissance. La question est maintenant de savoir ce qu’ils voulaient en faire.
 
« Grâce au technicien que nous avons « retourné » à notre profit dans des conditions que nous vous exposerons plus tard, et que vous voyez à la console de régie (plan rapide montrant le technicien, toujours de dos), nous avons retrouvé l’enregistrement de la dernière rencontre que nous avons eue avec ces Numéros, alors convaincus de leur victoire.

  « Voici cet enregistrement. 

 
L’écran mural s’est éclairé et montre l’image de la même salle de conférence, mais où Eusèbe, Victor et Clémentine sont placés différemment, assis de côté par rapport à l’écran mural qu’ils regardent en tournant la tête, et qui montre l’explosion de Gibraltar, la fin de l’émission où Eusèbe, secoué par le vent nucléaire, expose l’avenir selon les Écolocroques, et se trouve remplacé par les images de Victor et de Clémentine sur le Hai II, lors de leur arrivée à Thulé. 

  Ces images ont bouleversé le monde avant que les conséquences des explosions ne le transforment.
 

Face à eux, quatre hommes et une femme, vêtus de combinaisons bleues à parements dorés, regardent avec une satisfaction visible ce qui se passe sur l’écran.

  Il s’agit manifestement d’un montage simple d’images enregistrées simultanément par les quatre caméras qui couvrent la salle et qui sont traitées par les consoles devant lesquelles s’affairent cette fois quatre techniciens.
 
Gros plan sur les cinq personnages. Arrêt sur image. Eusèbe commente :

  « Vous voyez ici, au centre, le Numéro Un, qui dirige seul les destinées des Écolocroques ; à sa droite le Numéro Deux, son père, l’Oberst Kuhhirt, fondateur du système et créateur, puis responsable des bases secrètes sous-marines ; à sa gauche, le Numéro Trois, fils du Numéro Un, responsable des expéditions sous-marines et chargé de concevoir son propre successeur qui ne peut être, d’après ce que nous en avons compris, que mâle et du « sang aryen » issu de la communauté nazie expatriée après la guerre. La femme assise à la gauche de ce Numéro Trois est sa sœur, qui porte le Numéro Quatre. Elle est chargée de la communication et donc du « réseau de surface ». A ce titre, elle dirige les écoles des cadres, dont celle de Finlande, et impulse le développement du réseau commercial des boutiques « bio » transformées en centres de recrutement. Mais elle ne pourra en principe jouer aucun rôle dynastique. A l’autre extrémité, le Docteur Pouacre, scientifique de valeur, responsable de la conception du Plan final dont il sera bientôt question. Le Docteur Pouacre est aussi le mari du Numéro Quatre, et c’est à ce titre qu’il porte le Numéro Cinq.
 
Le défilement des images reprend et montre maintenant les trois uniformes orange des prisonniers. Victor redresse la tête :

  -         Mais vous n’avez pas…

 
Le Numéro Un, ironique, lui répond :

  - Mais si, nous avons ! Ces images sont authentiques… Bien sûr, mon cher Malfort, vous savez bien que c’est votre marionnette informatique qui commente, puisque vous étiez ici en notre pouvoir et non pas en promenade en Espagne, mais personne ne peut le deviner, notre morphing est parfait et adapte vos mimiques aux mots que nous plaçons dans votre bouche. Cela, c’est un ajout. Mais les explosions sont bien réelles et vont entraîner les conséquences que nous avons prévues, n’est-ce pas Numéro Cinq ?

  - Mais certainement. Notre objectif est d’abaisser la température de la Terre de six ou sept degrés en coupant le Gulf Stream et en créant un voile atmosphérique par des injections stratosphériques de nanopoudre d’aluminium. Tout cela, dès cette année, provoquera une accumulation de neige à des latitudes inhabituelles et donc, en augmentant l’albédo de la Terre, son pouvoir réfléchissant si vous préférez, enclenchera l’amorce d’une glaciation…

  - Qui ne gênera en rien notre flotte sous-marine, puisque nous avons prévu que même avec la baisse inéluctable du niveau des océans qui s’en suivra, les accès à nos bases resteront ouverts, enchaîne le Numéro Trois…

  - Stratégiquement, c’est la phase politico-militaire de notre action de conquête, reprend le Numéro Un. La phase idéologique est achevée, tout le monde est convaincu que nous avons raison de vouloir sauver la planète. Et qui n’en serait convaincu ? (rire satisfait) Votre marionnette nous a ouvert la phase politique, relayée par les bureaux-boutiques que nous avons ouverts, et la force mise en œuvre, eh bien, c’est celle qui va contraindre le monde à nous céder définitivement, celle qui va interrompre les communications de l’adversaire, désorganiser sa production et son ravitaillement, ruiner sa crédibilité. Mais ne croyez pas que notre armement nucléaire constitue seul notre force d’action militaire. Notre but n’est pas de détruire la planète mais de la conquérir.

Non, notre arme, c’est le froid. Oui, mes chers amis, le froid planétaire est l’Arme que nous utilisons. Ce que vous voyez
(il désigne l’écran), ce n’est que l’interrupteur que nous basculons pour geler les couilles du monde ! Et comme ces braves gens d’en face n’oseront pas nous détruire en sachant que nous aurons toujours de quoi riposter à leurs armes, par nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ils se laisseront geler sur place. Et quand ils s’en apercevront, il sera trop tard : nous serons les Maîtres.

 
- Le réseau de nos bureaux-boutiques est activé depuis ce midi. Il recrute à tour de bras. Bientôt, c’est nous qui constituerons le pouvoir légitime, enchaîne le Numéro Quatre de sa voix glacée. Nous disposons de vos trois marionnettes informatiques et nous pourrions donc nous passer de vous, mais il serait bon que Victor et Clémentine collaborent et incarnent ce changement…

  - C’est une offre sérieuse, appuie le Numéro Un : vous en tirerez des avantages infinis, vous dirigerez toute notre communication média…

 
Contre-champ, gros plan sur les trois journalistes. Clémentine prend la parole, la voix faible, fatiguée :

  - Ce que je ne comprends pas bien… (elle hésite) c’est ce que vous cherchez vraiment…
 
Le Numéro Un est cadré en gros plan, hilare :

  - Être les Maîtres ! C’est une ambition en soi. Imposer notre vision des choses et du monde. Décider. Exercer le Pouvoir. Le Pouvoir Absolu. Je vous assure, ma chère, que c’est là l’ambition la plus élevée et le plaisir suprême auxquels un homme puisse accéder. Ne croyez pas aux Convictions : ce sont les emballages des Ambitions. Et des Ambitions de Pouvoir ! Pourquoi le roi veut-il être roi ? C’est cela qui motive l’humanité depuis ses débuts, ce qui constitue le plus universel de ses buts. Du maire de village à Gengis Khan, du boutiquier qui harcèle son pauvre employé à Rockefeller, de votre « Président » à l’adjudant de service, tous veulent jouir du Pouvoir. Tous jouissent de leur peu de pouvoir. Bien sûr, ils s’aperçoivent assez vite que le pouvoir acquis est frustrant parce qu’il n’est jamais absolu. Ce qui les pousse à de nouvelles conquêtes. Ils pressentent qu’il existe un vrai pouvoir, certains même l’expérimentent. Les tueurs, les grands requins de la politique, des affaires ou de la finance. Ceux-là savent que  le vrai pouvoir se lit dans le regard agonisant de celui  qu’ils ont vaincu. Et ils aimeraient bien pouvoir tuer à discrétion, ouvertement, mais ils n’osent pas, coincés par les règles qu’ils ont imposées aux autres pour s’en défendre ! Alors, ils  poursuivent  leur quête du pouvoir. De plus de pouvoir… En espérant qu’ils pourront tuer un peu plus au cran supérieur de la hiérarchie. Symboliquement, ou même physiquement si possible… Mais ils resteront frustrés, déçus par ces limites auxquelles ils se heurtent tôt ou tard…

 
Nous, nous tuons. Qui nous voulons, quand nous voulons. Comme nous voulons. C’est cela notre Pouvoir et nous le savons et le revendiquons. C’est nous, le Pouvoir. Et nous le garderons. Parce que nous sommes une Famille, ce que vous appelleriez une Dynastie, une famille organisée et secrète, inaccessible parce qu’ignorée. Nous échappons donc à cette limitation des règles que d’autres pourraient nous imposer. Nous sommes nos propres règles. 

  Notre secret assure l’absolu de notre pouvoir. Les dynasties du passé, qui ont tenté avec leurs faibles moyens de s’approprier le Pouvoir ont toutes échoué par la faute de leur ostentation qui les a réduites à ces clinquantes marionnettes de carnaval que vous voyez autour de vous. 

  Nous, nous échappons à cette ostentation par le Secret. Et nous conquerrons le Pouvoir. Nous pourrons ainsi remodeler le monde comme nous le voulons (il éclate de rire) ! Nous resterons

la Tête secrète qui dirige et qui tue ce qui lui déplait. Ce qui dépasse. Et bien sûr, en surface, nous laissons à nos Initiés, nos Cadres, l’expression publique de ce Pouvoir : les honneurs, la richesse, l’apparence de

la Décision…

  C’est d’eux que viendra le Progrès Social, c’est eux qui fonderont le Nouvel Ordre, et que l’on aimera ou que l’on haïra, peu importe, puisqu’ils pourront « disposer » de leurs adversaires, tout cela selon nos indications, bien sûr. C’est eux qui remodèleront la planète et les peuples… Grâce à eux, la Terre possèdera un air sain, il n’y aura plus de pollution, la Nature sera respectée et chérie en tout et partout. Et par tous. Sous peine de mort. Il y aura plein de petits oiseaux. Les dauphins, les phoques et les otaries s’ébattront au bord de plages où l’on pourra se baigner sans marcher dans le fioul. 

  Enfin, l’élite le pourra. Les peuples protégés de l’oisiveté néfaste où les a plongés la démagogie « congés payés », seront remis au travail. Il suffira de les convaincre qu’en « travaillant plus, il gagneront plus »… 

  L’élite pour guider, eux pour servir. La grandeur des Seigneurs sera reconnue et louée par tous et partout. 

 
Vous pourrez en être, de ces élites. Après tout, la conscience vertueuse que nous avons d’un monde propre mérite bien qu’on lui donne les moyens de s’imposer, à coups de mégatonnes au besoin, ou alors ce n’est plus une juste conscience de la réalité des choses mais une opinion banale, relative, révisable, fluctuante, et pourquoi pas, démocratiquement soumise à l’approbation des foules… 

  Mais assez de… philosophie, que diable, le monde nous appartient, soyons joyeux ! Soyez des nôtres ! Vous serez la courroie de transmission, comme on disait jadis à la CGT, entre notre Force Souterraine et son Expression Publique. 

  Expression ! J’aime le mot. Nous allons « exprimer » le monde et en recueillir le jus. Un jus propre, sain. Pour notre usage.

  Le champ s’élargit :

 
- Et moi, grince le Numéro Deux, je pourrai enfin me venger de Malfort ! J’ai déjà capturé son journal, son œuvre, j’utilise son image. Et maintenant je vais avoir sa peau…
  - Un peu de patience, mon cher père, je vous ai promis que vous pourriez le faire bouffer par vos crabes préférés, mais il faudra attendre un peu…
 
- Bien sûr, le fils d’abord, le père ensuite ! Ach ! Dès que nous tiendrons le fils ! Ce sera une grande fête !!!

  Contre-champ et gros plan sur le visage livide d’Eusèbe qui reste muet, le regard droit :

 
- Vous ne l’aurez jamais. C’est lui qui vous aura !

  Explosion de rire des cinq Numéros.
 

- Eh bien, mon cher Victor ? insiste le Numéro Un…