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RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

LUIS OTTOUADLA, JOURNALISTE STAGIAIRE ET AMBITIEUX / P2C1E4

P2C1E4 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 4)

  N°83 / Luis Ottouadla, journaliste stagiaire et ambitieux / P2C1E4

 
C’est l’histoire où nous faisons la connaissance de Luis Ottouadla, journaliste stagiaire ambitieux, qui se prépare pour l’inauguration du Tapas’Embal’. Au passage, nous regardons l’émission qui a mis fin à la carrière des Écolocroques.

  Lundi 2 mai
15 heures
Le Petit Matois Subreptice.

  Il taille ses crayons et les dispose sur son bureau. Bien alignés. Il ne supporte pas les crayons mal taillés, ni le désordre d’une manière générale. « Son » bureau, c’est celui qu’occupait Victor Bourriqué dans les locaux de ce qui était le Petit Matois Subreptice, dans l’ancien couvent des Marmoréens, et que la Mairie loue maintenant à la Lanterne du Fort. Le maire n’a rien à refuser à la Lanterne…
 
Né natif originaire de Saint Tignous sur Nivette, Luis a d’abord eu l’ambition d’en sortir. Il se trouve que la filière du journalisme lui a paru constituer le meilleur moyen de réaliser cette ambition initiale : à Saint Tignous sur Nivette, franchement, il se trouvait à l’étroit.

 
Son père, fils d’émigré espagnol, a épousé une rouquine d’origine anglaise rencontrée à la fac. Profs tous les deux, lui d’espagnol et elle d’anglais. Luis a donc toujours baigné dans un environnement trilingue qu’il a su exploiter avec habileté, au cours de ses études d’abord, et maintenant qu’il est presque journaliste, dans l’exercice de sa profession. Il a compris qu’en se faisant passer pour l’étranger qui fait l’effort de parler la langue du pays avec une maladresse calculée (Luis parle parfaitement ses trois « langues maternelles »), il s’ouvre une compassion très utile auprès de ceux qu’il interroge.

  Il devrait avoir tout lieu d’être satisfait : à vingt ans, se retrouver rédacteur stagiaire à la Lanterne, c’est plutôt pas mal. Juste à la sortie de l’école de journalisme, on a vu pire. Parce que

la Lanterne, depuis les « évènements » d’il y a deux ans, c’est devenu un sacré journal !

  Et le plus beau, c’est qu’à écouter à droite et à gauche, Luis pense avoir découvert un paquet de scoops faits de gros secrets bien juteux qu’il pourra communiquer à quelqu’un qui saura en faire quelque chose de bon pour sa carrière à lui. Parce que Luis a de l’ambition, beaucoup d’ambition.
C’est pourquoi il est insatisfait.

 

Il n’est pas seulement habile, il sait se montrer souple, et même soumis avec ses supérieurs, quitte à se rattraper lorsque l’occasion lui est donnée de prendre une quelconque autorité sur un vague subordonné. Et cela sans aucun scrupule, puisque c’est le moyen reconnu de se montrer professionnellement « motivé » : Luis a beaucoup appris de ses jobs d’étudiant en grande distribution.

  Il a su arguer de ses origines locales pour obtenir ce stage convoité et depuis un mois, il tourne entre les différents services du journal, de la compo à l’imprimerie. Il a fini par aboutir à la Rédaction, enfin, qui le laisse presque autonome dans ce qu’au journal on appelle l’annexe de la Mairie. Et cette fois, Monsieur Mouchoir, le secrétaire de rédaction, lui a confié un reportage. En ville. Important. Et les quelques recherches que Luis a pu effectuer aux archives lui ont permis de mettre le doigt sur QUELQUE CHOSE.

  Bon. Restons calme.

En deux mots, Luis va devoir assister à l’inauguration officielle du Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette. 

 
A première vue et à part les petits fours rebaptisé tapas, rien d’extraordinaire, ni même d’intéressant. Mais s’il sait y faire, il pourra interviewer le Maire, et surtout vérifier son hypothèse. Parce que dans les archives, où il a recherché tout ce qui concerne les « évènements », particulièrement importants à Saint Tignous sur Nivette, il a cru trouver des relations entre le Maire, justement, quelques uns des cinglés de la MJC, dont bien sûr les écolos, le Conseiller en matière d’économie électorale, et une fille qui a disparu aussi vite qu’elle était apparue, et qui représentait les Écolocroques, à l’époque. Et peut-être même le représentant, responsable, chef, directeur ou je ne sais quoi de Super Troc dans la région. Donc, tout ça relié à la bande des Malfort qu’il côtoie continuellement au journal (même si on les voit assez peu, à part Victor, le directeur, et Clémentine, sa secrétaire de direction qui est aussi sa femme ; mais les Malfort eux-mêmes ne sont jamais là), tout ça fait une histoire pas claire. 

  Mouchoir l’a regardé de travers quand il a – prudemment – abordé la question devant lui, et il n’a pas insisté.  Mais il a pu avoir un contact avec un certain Green Bill de Washington… S‘il a du concret, Bill sera preneur. Et cher. Luis se voit très bien en free-lance d’investigation et, niark niark, s’en frotte les mains d’avance : « Un jeune journaliste révèle le complot secret des Manipulateurs du Climat Mondial… », sur cinq colonnes à la Une de tous les journaux du monde, derrière le Washington Post… Un Pulitzer pour un journaliste stagiaire, ça ne s’est jamais vu… 

  Luis repasse sur l’écran de son ordi de bureau l’enregistrement de l’émission archi connue qui a mis fin aux activités des Écolocroques, il y a de cela deux ans :

  Il y avait eu d’abord ce bandeau :
 

EMISSION SPECIALE

BASE CENTRALE DE THULÉ

 

  Et puis dans le décor assez vague d’une salle qui avait tout l’air d’être une salle de conférences, Eusèbe Malfort, encadré de Victor et de Clémentine, tous les trois vêtus de combinaisons orange, du style de celles que portent les prisonniers américains, mais ornées sur la poitrine et dans le dos d’un grand KG, comme en portaient les « Kriegsgefangener », les prisonniers de guerre dans les camps allemands de la dernière guerre.

En quatre plans, on faisait le tour de la salle, pour voir qu’ils étaient assis au fond, du côté le plus étroit de la vaste table ovale bordée de sièges confortables qui l’occupait toute entière, face au panneau technique implanté sur le mur opposé formé d’un immense écran mural et d’une série de consoles devant l’une desquelles était penché un technicien que l’on voyait de dos.

En fait, on devinait assez facilement que la scène était filmée simultanément par quatre caméras de surveillance et que le technicien en gérait la régie, comme il l’avait vu faire au cours d’un stage à FR3 Lille.
 

« Concitoyens du Monde », avait commencé Eusèbe.

  « Depuis le début, cette crise mondiale que nous venons de traverser et qui s’est achevée par la tragédie que vous connaissez, a été provoquée, organisée, programmée, manipulée, par un groupuscule fascisant que nous avons réussi à identifier et à détruire. »

 
Eusèbe avait alors observé un silence, puis il s’était levé pour arpenter l’espace, derrière Victor et Clémentine, pâles, les traits fatigués, soulagés mais marqués par l’épreuve qu’ils venaient de vivre.

Tous les trois étaient bien loin de l’image que les précédentes émissions des Écolocroques avaient donnée d’eux. Ils étaient cette fois présentés « au naturel » si l’on peut dire.

  Eusèbe était revenu au centre du groupe, avait écarté sa chaise et s’était appuyé des deux mains à la table :
 
« Si je résume la situation en quelques mots, car notre tâche n’est pas achevée et je ne peux intervenir que brièvement, cette organisation fonctionnait selon deux niveaux.

« Le niveau « de surface », constitué autour de boutiques et de proclamations tonitruantes, donnait une image de groupement bio-intégriste. Le personnel en était le plus souvent sincère quant à ses convictions, même si celles-ci se trouvaient évidemment outrées et manipulées.

« Le niveau souterrain, totalement secret, ultra centralisé sur une famille où chacun se désignait par un Numéro, de Un à Cinq, ce dernier restant périphérique. C’était le niveau souterrain, détenteur du pouvoir militaire et des structures de décision qui tirait toutes les ficelles, à partir de cinq bases armées de missiles nucléaires et de deux sous-marins nucléaires lanceurs d’engin d’une puissance terrifiante.

Ils disposaient également dans leurs bases de plusieurs sous-marins U-boote datant de la dernière guerre mais en parfait état de marche. 

  « Deux questions se posent immédiatement : d’où venait cette puissance, et que voulaient-ils en faire ?

 
« D’où venait cette puissance ? 

  « En 1942, l’Oberst Kuhhirt, officier sous-marinier dans la Kriegsmarine allemande est d’une part, chargé de construire une série de bases secrètes, dont celle d’Agotchilho, et d’autre part, en 1945, de placer en lieu sûr le trésor de guerre nazi, hors de portée des Alliés.

  « Il venait de mener à bonne fin cette deuxième mission lorsque, avec mon groupe de Résistants, je capturai la garnison allemande de Saint Tignous sur Nivette où il aurait dû se trouver après avoir dirigé la fuite de l’or nazi vers des bases secrètes via l’Espagne. Il nous a alors échappé de très peu, et s’est réfugié dans la base toute proche d’Agotchilho, dont, bien sûr, nous ignorions l’existence. 

  Après la guerre, son groupe s’est d’abord consacré à assister la fuite d’anciens nazis recherchés en direction de l’Amérique du Sud, en utilisant ce réseau des bases secrètes et des sous-marins qu’elles abritaient. Puis ils se sont livrés, par le même moyen, au transport de drogues diverses en direction du monde entier, sans jamais apparaître autrement que comme transporteurs, ce qui leur évitait les risques liés au trafic lui-même. Mais c’est cela qui leur a permis d’en prendre le contrôle. Cela augmentait encore leurs ressources financières, déjà énormes.
 
« A la chute de l’Empire soviétique, il leur a été très facile de récupérer, moyennant finances, une grande quantité d’un armement moderne très lourd et très efficace,  nucléaire pour l’essentiel, dont les deux sous-marins « Typhoons » sur lesquels ils ont basé leur force de chantage.

  « D’autant qu’ils disposaient des compétences nécessaires à sa mise en œuvre, puisque bon nombre de techniciens et de scientifiques nazis étaient restés dans leurs rangs après la guerre, et qu’ils en avaient recruté d’autres par le biais d’organismes d’extrême droite divers.
 
« Enfin, bon nombre de militaires ex-soviétiques passionnés par leur métier avaient préféré suivre leurs équipements lorsque ceux-ci avaient été « cédés ». C’est par exemple ce qui s’est passé avec les équipages des Typhoons.

  « Le niveau souterrain des Numéros disposait donc de cette puissance. La question est maintenant de savoir ce qu’ils voulaient en faire.
 
« Grâce au technicien que nous avons « retourné » à notre profit dans des conditions que nous vous exposerons plus tard, et que vous voyez à la console de régie (plan rapide montrant le technicien, toujours de dos), nous avons retrouvé l’enregistrement de la dernière rencontre que nous avons eue avec ces Numéros, alors convaincus de leur victoire.

  « Voici cet enregistrement. 

 
L’écran mural s’est éclairé et montre l’image de la même salle de conférence, mais où Eusèbe, Victor et Clémentine sont placés différemment, assis de côté par rapport à l’écran mural qu’ils regardent en tournant la tête, et qui montre l’explosion de Gibraltar, la fin de l’émission où Eusèbe, secoué par le vent nucléaire, expose l’avenir selon les Écolocroques, et se trouve remplacé par les images de Victor et de Clémentine sur le Hai II, lors de leur arrivée à Thulé. 

  Ces images ont bouleversé le monde avant que les conséquences des explosions ne le transforment.
 

Face à eux, quatre hommes et une femme, vêtus de combinaisons bleues à parements dorés, regardent avec une satisfaction visible ce qui se passe sur l’écran.

  Il s’agit manifestement d’un montage simple d’images enregistrées simultanément par les quatre caméras qui couvrent la salle et qui sont traitées par les consoles devant lesquelles s’affairent cette fois quatre techniciens.
 
Gros plan sur les cinq personnages. Arrêt sur image. Eusèbe commente :

  « Vous voyez ici, au centre, le Numéro Un, qui dirige seul les destinées des Écolocroques ; à sa droite le Numéro Deux, son père, l’Oberst Kuhhirt, fondateur du système et créateur, puis responsable des bases secrètes sous-marines ; à sa gauche, le Numéro Trois, fils du Numéro Un, responsable des expéditions sous-marines et chargé de concevoir son propre successeur qui ne peut être, d’après ce que nous en avons compris, que mâle et du « sang aryen » issu de la communauté nazie expatriée après la guerre. La femme assise à la gauche de ce Numéro Trois est sa sœur, qui porte le Numéro Quatre. Elle est chargée de la communication et donc du « réseau de surface ». A ce titre, elle dirige les écoles des cadres, dont celle de Finlande, et impulse le développement du réseau commercial des boutiques « bio » transformées en centres de recrutement. Mais elle ne pourra en principe jouer aucun rôle dynastique. A l’autre extrémité, le Docteur Pouacre, scientifique de valeur, responsable de la conception du Plan final dont il sera bientôt question. Le Docteur Pouacre est aussi le mari du Numéro Quatre, et c’est à ce titre qu’il porte le Numéro Cinq.
 
Le défilement des images reprend et montre maintenant les trois uniformes orange des prisonniers. Victor redresse la tête :

  -         Mais vous n’avez pas…

 
Le Numéro Un, ironique, lui répond :

  - Mais si, nous avons ! Ces images sont authentiques… Bien sûr, mon cher Malfort, vous savez bien que c’est votre marionnette informatique qui commente, puisque vous étiez ici en notre pouvoir et non pas en promenade en Espagne, mais personne ne peut le deviner, notre morphing est parfait et adapte vos mimiques aux mots que nous plaçons dans votre bouche. Cela, c’est un ajout. Mais les explosions sont bien réelles et vont entraîner les conséquences que nous avons prévues, n’est-ce pas Numéro Cinq ?

  - Mais certainement. Notre objectif est d’abaisser la température de la Terre de six ou sept degrés en coupant le Gulf Stream et en créant un voile atmosphérique par des injections stratosphériques de nanopoudre d’aluminium. Tout cela, dès cette année, provoquera une accumulation de neige à des latitudes inhabituelles et donc, en augmentant l’albédo de la Terre, son pouvoir réfléchissant si vous préférez, enclenchera l’amorce d’une glaciation…

  - Qui ne gênera en rien notre flotte sous-marine, puisque nous avons prévu que même avec la baisse inéluctable du niveau des océans qui s’en suivra, les accès à nos bases resteront ouverts, enchaîne le Numéro Trois…

  - Stratégiquement, c’est la phase politico-militaire de notre action de conquête, reprend le Numéro Un. La phase idéologique est achevée, tout le monde est convaincu que nous avons raison de vouloir sauver la planète. Et qui n’en serait convaincu ? (rire satisfait) Votre marionnette nous a ouvert la phase politique, relayée par les bureaux-boutiques que nous avons ouverts, et la force mise en œuvre, eh bien, c’est celle qui va contraindre le monde à nous céder définitivement, celle qui va interrompre les communications de l’adversaire, désorganiser sa production et son ravitaillement, ruiner sa crédibilité. Mais ne croyez pas que notre armement nucléaire constitue seul notre force d’action militaire. Notre but n’est pas de détruire la planète mais de la conquérir.

Non, notre arme, c’est le froid. Oui, mes chers amis, le froid planétaire est l’Arme que nous utilisons. Ce que vous voyez
(il désigne l’écran), ce n’est que l’interrupteur que nous basculons pour geler les couilles du monde ! Et comme ces braves gens d’en face n’oseront pas nous détruire en sachant que nous aurons toujours de quoi riposter à leurs armes, par nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ils se laisseront geler sur place. Et quand ils s’en apercevront, il sera trop tard : nous serons les Maîtres.

 
- Le réseau de nos bureaux-boutiques est activé depuis ce midi. Il recrute à tour de bras. Bientôt, c’est nous qui constituerons le pouvoir légitime, enchaîne le Numéro Quatre de sa voix glacée. Nous disposons de vos trois marionnettes informatiques et nous pourrions donc nous passer de vous, mais il serait bon que Victor et Clémentine collaborent et incarnent ce changement…

  - C’est une offre sérieuse, appuie le Numéro Un : vous en tirerez des avantages infinis, vous dirigerez toute notre communication média…

 
Contre-champ, gros plan sur les trois journalistes. Clémentine prend la parole, la voix faible, fatiguée :

  - Ce que je ne comprends pas bien… (elle hésite) c’est ce que vous cherchez vraiment…
 
Le Numéro Un est cadré en gros plan, hilare :

  - Être les Maîtres ! C’est une ambition en soi. Imposer notre vision des choses et du monde. Décider. Exercer le Pouvoir. Le Pouvoir Absolu. Je vous assure, ma chère, que c’est là l’ambition la plus élevée et le plaisir suprême auxquels un homme puisse accéder. Ne croyez pas aux Convictions : ce sont les emballages des Ambitions. Et des Ambitions de Pouvoir ! Pourquoi le roi veut-il être roi ? C’est cela qui motive l’humanité depuis ses débuts, ce qui constitue le plus universel de ses buts. Du maire de village à Gengis Khan, du boutiquier qui harcèle son pauvre employé à Rockefeller, de votre « Président » à l’adjudant de service, tous veulent jouir du Pouvoir. Tous jouissent de leur peu de pouvoir. Bien sûr, ils s’aperçoivent assez vite que le pouvoir acquis est frustrant parce qu’il n’est jamais absolu. Ce qui les pousse à de nouvelles conquêtes. Ils pressentent qu’il existe un vrai pouvoir, certains même l’expérimentent. Les tueurs, les grands requins de la politique, des affaires ou de la finance. Ceux-là savent que  le vrai pouvoir se lit dans le regard agonisant de celui  qu’ils ont vaincu. Et ils aimeraient bien pouvoir tuer à discrétion, ouvertement, mais ils n’osent pas, coincés par les règles qu’ils ont imposées aux autres pour s’en défendre ! Alors, ils  poursuivent  leur quête du pouvoir. De plus de pouvoir… En espérant qu’ils pourront tuer un peu plus au cran supérieur de la hiérarchie. Symboliquement, ou même physiquement si possible… Mais ils resteront frustrés, déçus par ces limites auxquelles ils se heurtent tôt ou tard…

 
Nous, nous tuons. Qui nous voulons, quand nous voulons. Comme nous voulons. C’est cela notre Pouvoir et nous le savons et le revendiquons. C’est nous, le Pouvoir. Et nous le garderons. Parce que nous sommes une Famille, ce que vous appelleriez une Dynastie, une famille organisée et secrète, inaccessible parce qu’ignorée. Nous échappons donc à cette limitation des règles que d’autres pourraient nous imposer. Nous sommes nos propres règles. 

  Notre secret assure l’absolu de notre pouvoir. Les dynasties du passé, qui ont tenté avec leurs faibles moyens de s’approprier le Pouvoir ont toutes échoué par la faute de leur ostentation qui les a réduites à ces clinquantes marionnettes de carnaval que vous voyez autour de vous. 

  Nous, nous échappons à cette ostentation par le Secret. Et nous conquerrons le Pouvoir. Nous pourrons ainsi remodeler le monde comme nous le voulons (il éclate de rire) ! Nous resterons

la Tête secrète qui dirige et qui tue ce qui lui déplait. Ce qui dépasse. Et bien sûr, en surface, nous laissons à nos Initiés, nos Cadres, l’expression publique de ce Pouvoir : les honneurs, la richesse, l’apparence de

la Décision…

  C’est d’eux que viendra le Progrès Social, c’est eux qui fonderont le Nouvel Ordre, et que l’on aimera ou que l’on haïra, peu importe, puisqu’ils pourront « disposer » de leurs adversaires, tout cela selon nos indications, bien sûr. C’est eux qui remodèleront la planète et les peuples… Grâce à eux, la Terre possèdera un air sain, il n’y aura plus de pollution, la Nature sera respectée et chérie en tout et partout. Et par tous. Sous peine de mort. Il y aura plein de petits oiseaux. Les dauphins, les phoques et les otaries s’ébattront au bord de plages où l’on pourra se baigner sans marcher dans le fioul. 

  Enfin, l’élite le pourra. Les peuples protégés de l’oisiveté néfaste où les a plongés la démagogie « congés payés », seront remis au travail. Il suffira de les convaincre qu’en « travaillant plus, il gagneront plus »… 

  L’élite pour guider, eux pour servir. La grandeur des Seigneurs sera reconnue et louée par tous et partout. 

 
Vous pourrez en être, de ces élites. Après tout, la conscience vertueuse que nous avons d’un monde propre mérite bien qu’on lui donne les moyens de s’imposer, à coups de mégatonnes au besoin, ou alors ce n’est plus une juste conscience de la réalité des choses mais une opinion banale, relative, révisable, fluctuante, et pourquoi pas, démocratiquement soumise à l’approbation des foules… 

  Mais assez de… philosophie, que diable, le monde nous appartient, soyons joyeux ! Soyez des nôtres ! Vous serez la courroie de transmission, comme on disait jadis à la CGT, entre notre Force Souterraine et son Expression Publique. 

  Expression ! J’aime le mot. Nous allons « exprimer » le monde et en recueillir le jus. Un jus propre, sain. Pour notre usage.

  Le champ s’élargit :

 
- Et moi, grince le Numéro Deux, je pourrai enfin me venger de Malfort ! J’ai déjà capturé son journal, son œuvre, j’utilise son image. Et maintenant je vais avoir sa peau…
  - Un peu de patience, mon cher père, je vous ai promis que vous pourriez le faire bouffer par vos crabes préférés, mais il faudra attendre un peu…
 
- Bien sûr, le fils d’abord, le père ensuite ! Ach ! Dès que nous tiendrons le fils ! Ce sera une grande fête !!!

  Contre-champ et gros plan sur le visage livide d’Eusèbe qui reste muet, le regard droit :

 
- Vous ne l’aurez jamais. C’est lui qui vous aura !

  Explosion de rire des cinq Numéros.
 

- Eh bien, mon cher Victor ? insiste le Numéro Un…

  La caméra cadre les trois prisonniers. Victor, livide, a tourné la tête vers Clèm qui le regarde intensément dans les yeux. C’est elle qui répond :

 
- Il ne saurait être question que nous acceptions…

  Le Numéro Un émet un rire grinçant :
 
- Vous pouvez refuser, ma chère. Vous savez ce qu’il vous en coûtera : nous nous paierons de votre refus sur votre jolie bête…

  - Attendez… le coupe Victor.

 
- C’est votre dernière chance… reprend le Numéro Un.

  - Non, Vic, finissons-en.
 
Les yeux embués de larmes, ils se regardent en silence. Tout est dit…

  - Eh bien voilà qui va réjouir nos équipages, ma chère. Mais d’abord, qui va Me réjouir !! Gardes !

 
Une porte à double battant s’ouvre près des consoles où les techniciens, hilares, se sont retournés, et quatre monuments de muscles entrent dans la salle.

  Les Numéros se lèvent, ravis de la situation, comme de joyeux lurons qui se rendent à une fête de village.
 
- Emmenez-les tous à notre appartement du bordel, nous avons un gibier de choix.

  Les gardes encadrent les prisonniers qui sont contraints de se lever.
Impassibles, Victor et Clèm ne se quittent pas des yeux. Eusèbe, tête basse, les suit, silencieux.
 
Le Numéro Un s’approche de Clèm :

  - Je suis certain que vous nous dédommagerez largement…
 

Il tend la main et lui caresse la joue…
Elle le gifle avant qu’un garde ne lui tire les bras dans le dos pour l’immobiliser.
  Le numéro Un a éclaté de rire.

 
- Très largement. Et votre ami pourra le constater de visu. Qui sait, peut-être sera-t-il du goût de certains de nos matelots ?

  La porte à double battant s’ouvre sans que ni les gardes ni les Numéros y prêtent attention. Quatre filles armées (et vêtues) se glissent dans la salle et imposent le silence aux techniciens derrière lesquels l’une d’elle se poste, menaçante.
 
C’est le bruit d’une culasse de mitraillette que l’on arme qui leur fait tourner la tête. Et l’un des gardes, qui portait la main au pistolet suspendu à sa ceinture s’effondre sous une courte rafale.

  L’une des filles, sans un mot, fait signe aux prisonniers de s’écarter…
 
L’écran mural s’éteint, mais l’émission continue.

  On en revient à l’intervention d’Eusèbe :
 
« Cela, c’était hier soir.

  « Pour fêter leur victoire programmée, les Écolocroques avaient prévu d’offrir à leurs troupes cantonnées à Thulé une grande fête pour laquelle ils avaient enlevé un bon nombre de filles un peu partout dans le monde.

 
« Ils avaient aussi décidé de « recycler » certains éléments de leur personnel féminin, des infirmières pour l’essentiel, et pour beaucoup impliquées dans leurs structures externes, en les mettant « à l’ouvrage » dans leur bordel. Dans leur jargon, il s’agissait de « renouveler le cheptel », une opération de routine.

  « Mais certaines infirmières avaient été prévenues par un membre de l’équipage du Hai II qui avait déjà contacté Vic et Clèm. Il cherchait à s’échapper. À « en sortir ». Et la révolte avait éclaté, astucieuse et silencieuse, reprenant en quelque sorte la technique que j’avais initiée en 1945 à Saint Tignous sur Nivette : les conjurées ont fait passer à quelques serveuses et cuisinières elles aussi concernées, la drogue incapacitante nécessaire à la neutralisation des hommes de la base.
 
« La drogue présentait un effet retard calculé pour que ses manifestations soient simultanées, deux heures après la début de la première administration. Les repas étaient distribués en quatre services espacés d’une demi-heure en des points différents de la base. En deux heures, tous les hommes, sauf ceux du « château » où vivaient les cadres supérieur et les Numéros, ainsi que quelques membres de la garde rapprochée, se sont trouvés neutralisés par l’effet d’un purgatif violent mêlé à l’huile de friture et de salade. La base s’est très vite transformée en cloaque dans lequel des marins ou des gardes se tordaient en se tenant les tripes. Et quelques filles armées ont pu venir à bout de la poignée pour une fois réunie des « Numéros ».

  « A partir de là, les choses sont allées très vite : l’un des techniciens présents dans la salle de conférence s’est mis à notre service, ce qui nous a permis de localiser et de détruire le sous-marin qui se trouvait dans l’océan Pacifique, près de la base des îles Chonos, puis de montrer que les Numéros, bien connus des autres bases secrètes, étaient vaincus et en notre pouvoir, et ainsi, de convaincre les garnisons, très limitées, de ces bases de se rendre ou de fuir avant destruction. Le deuxième sous-marin a été repris en mains par celui des membres de son équipage qui s’était manifesté pendant la détention à son bord de Clémentine et de Victor.

 
« Et lorsqu’ils ont compris leur défaite, les cinq Numéros se sont suicidés en croquant une ampoule de cyanure. Les voici. 

  L’écran montre les cinq cadavres alignés sur le sol de béton d’une salle voûtée, et s’approche de chacun des visages bleuis et convulsés en un lent panoramique.
 
« Aujourd’hui, nous pouvons assurer au Monde entier que la puissance militaire des Écolocroques est anéantie.

  « Aujourd’hui, de nouveau, le Monde est libre !!!! »

 
Et l’écran s’est éteint.

  C’était le samedi 23 avril…
 
C’était il y a un tout petit peu plus de deux ans.

  Et Luis se demande ce qui « cloche » dans tout cela. Bien sûr, on a déjà tout dit, tout commenté, tout analysé depuis. Tout expliqué et tout justifié…

  Mais quand même, ces nanas qui arrivent au bon moment, ces Numéros, si mal défendus, qui se suicident (et dont les corps ont disparu), ces bases où personne n’a pu entrer par la suite (Secret Défense, installations remises à l’ONU), les usines d’alimentation d’Agotchilho qui continuent de fonctionner avec une population bizarre (Luis y est allé pour voir ; il n’a pas pu approcher, mais la population de la Marée au Petit Port a vraiment une drôle de tête), les anciens de l’équipe Malfort « recyclés » étrangement, depuis Arthur Malfort qui dirige le programme d’alimentation d’urgence des Nations Unies en plus de son travail de direction officielle du journal (en pratique, c’est Victor Bourriqué le directeur), jusqu’à cette Rébéquée Taritournelle qui s’occupe maintenant des usines souterraines de

La Marée aux Ports…

Et

la Mairie qui se montre hyper discrète sur tout ça et qui semble filer doux devant les Malfort, jusqu’à leur accorder un bail de location symbolique pour les locaux où il travaille maintenant, lui, Luis. 

  Il y a aussi des personnages qui apparaissent, venus on ne sait trop d’où, comme le directeur de Super Troc qui aurait « dirigé » le journal pendant deux jours au moment où… Luis en a trouvé trace aux archives. Et cette Finette de Sainte Fouillouse qui aurait créé un bureau des Écolocroques, ici, au moment où Saint Tignous sur Nivette se trouvait dans l’œil du cyclone…

  Et Luis qui se demande, qui demande, qui voudrait demander… 

 
Tiens il se souvient très bien de Gertrude, qu’il a sautée comme presque tous les jeunes de la ville, quand il était en terminale au lycée. Suffisait de lui parler « bio » et de lui offrir un pétard pour qu’elle écarte les cuisses. Disparue. Comme ça, du jour au lendemain. Et personne n’a su lui expliquer où ni pourquoi. La grande baraque dont elle a hérité de ses parents et qui la faisait vivre (elle y louait trois appartements), continue d’être habitée par les locataires qui paient leur loyer à l’agence qui verse l’argent sur le compte de Gertrude. Depuis deux ans. Mais Gertrude ne sort plus de chez elle et n’est pas visible. A moins qu’elle n’ait disparu…

  Alors Luis, quoique insatisfait, est ravi de bientôt rencontrer Finette. Il va enfin poser des questions à quelqu’un à qui il peut en poser.

Et qui devrait pouvoir répondre.
 

LES MALFORT

Les Malfort

  Dans un premier temps, nous désignerons sous ce nom les seuls membres de la famille Malfort officiellement répertoriés par l’État-civil, à savoir, le père et le fils. Ultérieurement, cette famille s’élargira. J’en parlerai le moment venu pour ne pas déflorer les arcanes de l’intrigue.

 
Le père : Eusèbe Malfort, couramment appelé L’Eusèbe Malfort. Pour d’évidentes raisons contrepétistes. Ou contrepétatoires. Ou contrepétales, c’est comme vous voulez. C’est au choix.

  Fondateur de La Lanterne du Fort, journal crée clandestinement pendant la guerre 39-45 où il fut un grand Résistant pour le plaisir d’emmerder les Allemands. Très jeune  à l’époque (il n’avait pas vingt ans en 1945), il est très vieux maintenant. Forcément.

Tout cela expliqué en P1C2E7 (lien), avec des particularités immobilières importantes.


Il est censé avoir pris sa retraite.

Ce qui ne l’empêche pas d’en avoir une sacrée, de pêche.

Ennemi juré des Kuhhirt, les Numéros pour des raisons de rancune tenace liée à la capture spectaculaire de la garnison du Fort de Saint Tignous.

Il écrit ses Mémoires lorsque les Evènements le rappellent à la direction du journal où il retrouve sa secrétaire, Jeanne, dite M’me Marty, dite le Dragon. Qui fut plus que sa secrétaire après la mort de son épouse, tuée dans des circonstances tragiques. Croit-il par accident. Mais Arthur apprend ceci de la bouche du Numéro Deux :

« Ach. Malfort !! J’ai essayé de me venger. Il a échappé ce cochon ! Echappé. C’est sa femme qui était dans la voiture que j’ai fait saboter ! Cochon de Malfort ! Il a échappé ! Ach ! » (P1C3E1).


Il sera nommé au poste d’interlocuteur plénipotentiaire avec les Écolocroques par l’ONU, à l’initiative du Président de la République.
Et ça lui vaudra un enlèvement sournois.

  Le fils : Arthur Malfort, directeur de la Lanterne du Fort.

  Appelé OGM (Organisme à Gros Module) par ses employés et connaissances. Célibataire au début.

  « C’est lui, Arthur Malfort qu’on appelle OGM, Organisme Gros Module. Parce qu’à part le boulot, et le boulot c’est boulot d’abord, avec son mètre quatre vingt quinze et ses cent vingt kilos, il ne passe pas inaperçu ! Et sa réputation de vorace boulimique. Dans tous les domaines… A table comme… Enfin, il paraît. Jamais de harcèlement bien sûr. Mais jamais de refus ! » (P1C1E2)

Il deviendra le Jules de Béatrace après qu’elle lui ait fait le coup de la poule sur un mur (P1C2E9) et qu’ils aient ensemble coulé un sous-marin (P1C2E12, faut pas rater ça).

Capturé par l’Élue, il est livré aux appétits de ses Amazones :

« Vous vous êtes fait sauter par les cent vingt amazones d’Omphalie pendant quatre cent quatre-vingts heures sans débander ! Chapeau ! Je sais qu’elles vous ont conféré le titre unique de « Bitenor » dans le secret de leur casernement ». (P2C3E2)

LA BASE SECRETE D’AGOTCHILHO / P1C1E8

P1C1E8 (Partie 1 / Chapitre 1 / Episode 8)
 
LA BASE
SECRÈTE D’AGOTCHILHO / P1C1E8

  C’est l’histoire dans laquelle nos Héros, fuyant leur hôte inquiétant, découvrent une base sous-marine secrète avant d’être capturés.

  Mardi 12 avril
17 heures
Agotchilho

 
Hier.

Joyeux de l’aventure, lui, ravi de progresser dans son enquête, elle en outre, ravie d’être sortie des Cœurs Fondus, ils avaient été surpris lorsque la porte noire s’était ouverte sur un souffle de cave Concierge, embrumé d’algues et de marée. Etait apparu un nabot assez déplaisant, très cascarot, comme avait dit Victor, avec ce front bas aux arcades sourcilières saillantes, cette bouche batracienne et ces yeux glauques surmontés de bourrelets, cette peau mousseuse et verruqueuse, pas nette, ce poil maigre et gras qui rappelait les sculptures du portail étrange, les visages de la bistrotière et de la femme furtive de la rue. Et vêtu comme ces marins croisés sur le port ou ce vieillard du bistrot avec la même casquette effondrée. Après tout, c’était peut-être le même…
Ils avaient été étonnés tout au plus.

  - On nous a dit qu’Hector Picoriau habitait ici, mais ce doit être une erreur…
L’homme avait ri silencieusement en exhibant une rangée de chicots malsains et rares, avait hoché la tête… Si, si, c’est ici Bichy, si, si… comme s’il se réjouissait des assonances ophidiennes de sa réponse. Son rire se développait en une sorte de gloussement de gorge noyée, tandis qu’il les regardait par-dessous, comme un garnement sournois qui prépare un mauvais coup.
- Entrez, vous allez le voir, Hector Picoriau, Bichy comme on l’appelle ici, ça veut dire « le malin », Bichy !!!
 
Ils avaient tout d’abord suivi une galerie taillée dans l’ardoise, éclairée à intervalles par de malingres loupiotes fixées au plafond sous des hublots grillagés, et escaladé un escalier de béton brut, pour ensuite emprunter un long couloir, de béton brut, lui aussi. Le côté droit de ce couloir était percé d’une série de grands vitrages par lesquels entrait la lumière de néons froids qui surplombaient des halls, que l’on voyait en regardant en contrebas, manifestement destinée à la réception et au traitement des produits du port. Ils y avaient découvert des files de chariots chargés de paniers grouillants de gros crabes noirs semblables à ceux que Clémentine avait vu décharger dans le port, et d’autres, emplis d’algues semblait-il. S’y activait toute une population d’ouvriers d’un aspect proche de celui de leur guide, qui leur montrait complaisamment, avec des glouglous dans la voix, que les pêcheurs apportaient ici des crabes, qui étaient mis en viviers, et des algues, placées dans de grands bassins de décantation, avant de passer en conserverie pour les premiers et d’être séchées pour les secondes.
  Clémentine restait en retrait pour éviter le contact du bonhomme, qui la regardait en biais. Des succions gourmandes aspiraient entre ses chicots la bave qui sourdait à ses commissures…
 
Victor, fidèle à son personnage de curieux appliqué, questionnait, admirait, souriait…
  Et, racontait le guide improvisé, les conserves étaient expédiées en containers, directement depuis le Grand Port, loin, mais il ne savait pas où parce que lui, c’était que le concierge et que lui il ne savait pas tout, forcément, slurp… Alors que la poudre d’algues était mélangée à de la farine et mise en sacs avant de partir à la boulangerie de Grand Port pour le Pain d’Algues. Mais on vendait aussi la farine ainsi préparée par bateaux, en vrac, et Hector, oui, Hector, on l’appelait Bichy ici, ça veut dire « le malin » en basque ! (rire gloussant) lui, il travaillait à la Boulangerie et il avait un bureau ici. Affrètement… On arrivait au bureau où il les conduisait, et là, on leur expliquerait…

  Ils avaient dû parcourir au moins deux cents mètres, en passant devant quatre ou cinq portes disposées sur la gauche du couloir Ils avaient longé trois ou quatre halls successifs. Et ils se disaient qu’il s’enfonçait bien profond dans la falaise, ce couloir, lorsqu’une porte métallique leur avait barré le passage.
  Cette porte. Le gnome avait cogné du doigt avant de l’ouvrir et de se glisser à l’intérieur en leur faisant signe d’attendre, d’un geste impérieux.
Ils s’étaient regardés, sans trop savoir, avec juste un doute dans le regard. Un haussement d’épaules de Victor, l’air de dire « que veux-tu qu’il nous arrive ? », avait dissipé cette inquiétude née de l’aspect malsain du concierge, et de la touffeur épaisse de l’air maintenant oppressant, saturé d’humidité et de l’odeur de la marée, chaud d’une chaleur de mine profonde. Inquiétude…
 
Et puis le concierge, puisque c’est ainsi qu’il s’était lui-même désigné, était revenu, leur avait fait signe d’entrer et il était ressorti en les laissant là et en refermant la porte derrière lui.

  Ce même bureau où ils reviennent maintenant, glacés d’une horreur qui ne les quittera plus de toute leur vie, ils y étaient entrés le sourire aux lèvres…
 
Là, il faisait frais et sec. On revenait dans un espace civilisé, confortable, voire cossu.
Tapis, tableaux aux murs tendus d’un tissu soyeux d’un vert profond, mobilier Empire aux bronzes dorés doucement luisants, lumière tendrement adoucie d’une lampe de bureau tamisée de parchemin armorié. Bibliothèque garnie de riches reliures patinées par le temps et par la caresse de mains attentives… Tapis d’Orient chaudement superposés jusqu’à couvrir toute la pièce… Cela sentait le cuir, la laine tiède, les tissus propres. Un luxe certain …

  Personne.
 
Le Boulet avait regardé de plus près certains des tableaux, hésitant à s’asseoir d’autorité, et Clémentine avait posé la main sur son épaule. Ils s’étaient souri devant un paysage d’Egypte qu’ils hésitaient à attribuer à Delacroix. Le tableau était petit, mais quand même… Et cette sanguine rehaussée de craie ?
- Watteau… avait prononcé derrière eux une voix rauque et froide. Il est aussi authentique que le Delacroix.
L’homme était grand, maigre, et frôlait une cinquantaine noueuse. Cheveux gris, il était confortablement vêtu d’un gros pull à col roulé et d’un pantalon du même bleu marine qui semblait être de rigueur ici. Son visage en lame de couteau restait figé et son regard noir et profond demeurait indéchiffrable. Debout au cœur de la falaise, il en avait le caractère impassible et impavide.

  - J’aime ce qui est beau, avait-il poursuivi en s’asseyant derrière un large bureau couvert de cuir vert tout en leur faisant signe de prendre place devant lui. Mais, trêve de mondanités, vous êtes des gens pressés et sérieux et… moi aussi. Ainsi, vous êtes à la recherche d’Hector Picoriau… (ils avaient hoché la tête de concert en bredouillant de vagues approbations) Vous le rencontrerez… Monsieur Victor Bourriqué et Mademoiselle Clémentine-Esméraldine Kaligourian… (il avait eu un fin sourire des lèvres, juste des lèvres, devant leur surprise d’être si bien connus). Je me suis renseigné, voyez-vous, lorsque j’ai appris l’intérêt que vous nous portiez… Vous rencontrerez Hector Picoriau. Et ensuite, je vous ferai une… offre. Nous dirons pour l’heure, une offre. Je crains toutefois que vous ne deviez attendre quelque temps avant cette rencontre qui ne pourra pas avoir lieu avant demain matin, pour une bête question de marée… D’ici là, vous serez mes hôtes. Le concierge, que vous avez pu rencontrer, vous conduira à votre appartement. Je…
- Pardonnez moi de vous interrompre aussi abruptement… (le Boulet prenait le mors aux dents, il n’allait pas se laisser mener par le bout du nez par un inconnu, aussi autoritaire fût-il), mais nous préférerions dans ce cas revenir plus tard et…
- Je crains que…
- A moins qu’Hélène Miravarre (Le Boulet avait haussé le ton en frémissant des moustaches)…
- Hélène est au Grand Port jusqu’à demain et…
- Nous reviendrons donc… (Le Boulet s’était levé, imité aussitôt par Clémentine)
- Monsieur Bourriqué, (le ton était devenu tranchant et sans réplique) je ne doute pas de l’importance de vos impératifs professionnels de journaliste, mais ici, c’est moi qui décide. Et je tiens absolument à ce que vous rencontriez Hector Picoriau (ils restaient debout). Et comme je vous l’ai dit, il ne sera visible que demain matin. Ensuite, vous verrez Hélène, et nous discuterons alors de ce qui vous préoccupe (il avait eu un léger sourire, flottant, d’ironie), y compris des Écolocroques (le mot, détaché, semblait surnager du discours comme une bulle, et dériver, sans réalité, à la surface des choses), des Écolocroques qui vous préoccupent tant !
- Viens Clémentine, nous partons.
L’homme avait gardé son sourire ironique et les avait laissés se diriger vers la porte, sortir, claquer cette porte derrière eux, non sans insolence, ainsi que l’avait pensé Victor par devers lui…
- Non mais tu te rends compte ! Pour un peu il nous aurait donné des ordres ce dictateur à la petite semaine !
 
Ils couraient presque dans le couloir-coursive, vers la sortie…
Le long couloir-coursive.
Ils avaient ainsi couru un moment, jusqu’à ce qu’ils distinguent devant eux, en haut de l’escalier qui marquait sa fin, deux hommes qui leur barraient la route, chacun armé d’un fusil d’assaut braqué négligemment dans leur direction.

  Clémentine avait poussé un cri et Victor avait ouvert la première porte qu’ils avaient rencontrée sur leur droite. Un couloir sombre s’enfonçait tout droit selon une pente assez forte… Ils s’étaient précipités. Il y avait juste une lueur au fond…
 
La pénombre les avait forcés à réduire la vitesse de leur course. Ils ne semblaient d’ailleurs pas être poursuivis. Et ils s’étaient résignés à marcher lorsque Clémentine s’était tordu la cheville sur une bosse du sol raboteux d’ardoise brute.
« On » semblait les laisser libres de leurs mouvements. Clémentine avait remarqué dans un souffle que c’est certainement parce qu’ « on » n’était pas assez nombreux pour les poursuivre. Et Victor avait douché son enthousiasme en observant qu’ « on » devait savoir que le lieu était sans issue.
- Le portable ! s’était écriée Clémentine et aussitôt dit aussitôt fait. Aussitôt déçus. Pas de réseau. L’épaisseur de la falaise au-dessus d’eux devait bloquer les communications…
  La galerie semblait interminable mais elle courait maintenant à l’horizontale. Bruit de leurs pas, de leur souffle… Lueurs rares de loupiotes grillagées au plafond. Toujours cette omniprésente odeur de marée. Et au bout, une porte étanche en acier. Lourde, mais pas verrouillée.
Et ça avait été leur première surprise.
 
Une grande lumière les avait éblouis au sortir de la lueur de cave dans laquelle ils progressaient depuis un bon moment. Une grande lumière qui les avait fait reculer. Et puis regarder…

  Un quai. Un quai ? Non, ils n’étaient pas sortis. Oui, c’était bien une caverne dans laquelle ils se trouvaient. Et les rochers bruts qui en constituaient les parois et la voûte montraient bien qu’elle avait été creusée de main d’homme. Mais ce qu’elle était vaste ! Le lieu semblait désert et ils avaient fini par sortir de l’ombre de leur couloir pour s’avancer prudemment, en rasant les parois d’ardoise noire…
Un quai. Devant eux. Très long, invraisemblable. Cent cinquante, deux cents mètres peut-être, large d’au moins vingt mètres et parcouru de rails en saillie sur le béton. Bordant un bassin d’eau noire encore plus large. Lumière violente de lampes puissantes suspendues à la voûte.

Et là, amarrée aux bittes en fonte du quai, une longue coque noire, arrondie, fuselée, close. Longue et dangereuse coque, armée d’un canon planté devant le kiosque caractéristique d’un sous-marin, silencieux dans l’eau de son bassin, si calme et si noire qu’elle en semblait prendre le luisant d’une huile épaisse sous les reflets mordorés des lampes et les éclats de mica qui brillaient ici et là entre les feuillets des parois et des voûtes d’ardoise humide de condensation.
 
Victor, au-delà de ses craintes, bouillonnait d’une curiosité enthousiaste :
- Tu te rends compte !! Non mais tu te rends compte !!! ne cessait-il de répéter à Clémentine qui en tremblait d’excitation.
- On tient le plus gros scoop du siècle ! On tient le plus gros scoop du siècle ! On tient le plus gros scoop du siècle ! lui avait-elle répondu, en boucle, fascinée au point de quitter l’ombre très relative de la paroi contre laquelle ils progressaient prudemment pour s’approcher de la passerelle du sous-marin et de lire sur la coque : U118.
- U118 avait-elle répété à Victor !!! C’est impossible ! C’est un U-Boote ! Un sous-marin allemand de la guerre ! On est dans une base secrète allemande !
- Mais si, c’est tout à fait possible !
Ils avaient sursauté au son de cette voix moqueuse.
- Douteriez-vous de vos sens ???
La porte par laquelle ils étaient arrivés s’était ouverte silencieusement derrière eux, et l’homme qui les avait reçus dans son bureau, tout à l’heure, était là, encadré des deux gardes armés qui leur avaient barré le passage.

  Un temps suffoqué, Victor s’était repris en saisissant le bras de Clémentine pour la tirer en arrière dans un réflexe de protection.
- Mais qu’est-ce qui se passe ici ? avait-il agressivement demandé.
Un rictus figé sur ses lèvres minces, son interlocuteur s’était immobilisé à deux pas devant lui tandis que les canons des fusils se redressaient légèrement :
- Demain, mon cher, demain ! Vous saurez tout ce que vous voulez savoir lorsque vous aurez rencontré « notre » ami Hector Picoriau. En attendant, mes… collaborateurs (il désignait les deux gardes armés avec son petit sourire froid) vont vous conduire à vos appartements. Vous me pardonnerez, mais j’ai quelques détails à régler avec le commandant de ce vaisseau.
- Mais vous n’avez pas le droit ! s’était insurgée Clémentine que Victor retenait, la sachant parfaitement capable de braver les armes braquées. Et il ne doutait pas une seconde de la détermination de ceux qui les tenaient.
- Allons ma chère, restons sérieux. Vous croyez-vous en position de refuser mon invitation ?
 
Sur cette menace, appuyée d’un léger mouvement du canon des fusils des gardes, il les avait salués d’une inclinaison de tête et s’était engagé sur la passerelle d’accès au sous-marin. Les deux hommes armés les avaient encadrés, l’un devant, l’autre derrière, pour les guider vers l’extrémité opposée du bassin, bordé d’un côté par le quai,  et fermé par les rochers plongeant verticalement de la voûte des trois autres, à ce qu’on pouvait deviner de l’espace sombre qui formait le fond de la caverne. Le sous-marin accédait manifestement aux lieux par en dessous, avait pensé Victor qui sentait le bras de Clémentine trembler de colère et de peur dans sa main tandis que le canon du fusil s’enfonçait dans son dos pour l’inciter à marcher droit. 

  Leurs pas restaient silencieux, chuintement des semelles de leurs mocassins et des bottes des gardes sur le béton humide. Oppression de la tiédeur humide du lieu, malgré son volume. Oppression de la menace lourde omniprésente. Va falloir sortir d’ici…
Et ça, c’était moins évident.
 
A l’extrémité du bassin, dans ce fond obscur qu’ils distinguaient mal depuis l’entrée, la voûte de la caverne s’abaissait et les parois se rapprochaient en un tunnel plus étroit, quoique de dimensions encore respectables, où couraient des rails qui rendaient la marche difficile.
Ils avaient obliqué, à l’injonction silencieuse de leurs gardes, dans un couloir plus réduit encore qui s’était achevé pour eux devant une série de portes métalliques qui figuraient assez bien des portes de prison.
Qui étaient des portes de prison.
Et on les avait séparés.
Chacun dans sa cellule, même pas mitoyennes. 

  Les pièces minuscules étaient silencieuses, étouffées. Leurs portes étaient pleines et capitonnées de l’intérieur, les murs de béton étaient blanchis à la chaux. Dans chacune, on avait placé une couverture pliée et un oreiller style SNCF sur l’étroite couchette. Coin toilette, coin douche, table et siège scellés au sol. Rien de mobile ni de libre qui puisse leur permettre de seulement envisager quelque tentative que ce soit. Malgré leur rage mêlée de stupéfaction.
 
Comme tous les prisonniers du monde sans doute, ils avaient tempêté en vain, essayé d’ouvrir, d’appeler… Et puis, chacun de leur côté, ils avaient réfléchi, accablés, entre colère et frustration, assis sur le bord de la couchette dure. La porte s’était ouverte après un long moment et les mêmes gardes muets qui les avaient amenés là leur avaient apporté à chacun un plateau repas doté d’une cuiller en plastique, mais sans couteau ni fourchette, et ils avaient mangé sans appétit ce plat de crabe accompagné de pommes de terre et de ce qu’ils avaient estimé être du pain d’algues, verdâtre, au goût un peu iodé, avec la même réflexion chacun de leur côté, qu’il valait sans doute mieux prendre des forces. 

  La lampe du plafond, cachée derrière son treillis métallique avait baissé d’intensité sans s’éteindre. Et chacun de leur côté, moroses, traversés de réflexions décousues, rageuses et sinistres, ils avaient tant bien que mal tenté de dormir…
 
L’eau noire, épaisse, huileuse…
Le ménisque qui se forme au contact de la ligne dure et fuselée de la coque se creuse lorsqu’elle s’enfonce et se brise par à-coups avant de se reformer un peu plus haut contre l’acier noirci.
Qui s’enfonce…
S’engloutit dans l’eau noire sans que les reflets blancs des lampes de la voûte se brisent sous le moindre clapot aussi menu soit-il. S’engloutit lentement en tirant sur les aussières restées fixées aux lourdes bittes de fonte du quai.
S’engloutit…
L’eau noire avance sur le pont et le couvre petit à petit comme un voile lisse et luisant. Silencieux.
S’engloutit…
Les quatre aussières tirent sur les bittes de fonte qui s’inclinent, attirant le quai.
Le quai fléchit sous les pieds de Clémentine, que Victor, debout et impuissant, regarde glisser peu à peu sur le béton, qui cède maintenant comme un bloc de caoutchouc, de plus en plus incliné vers l’eau épaisse, sourde, comme une peau luisante et opaque, qu’il voit glisser sans qu’elle puisse se retenir, sans qu’il puisse atteindre de ses doigts tendus les doigts qu’elle lui tend, tout près, mais hors de toute portée, à cause de cette paralysie qui le fige là, debout, à contempler le lent affaissement qui entraîne Clémentine en arrière…
L’eau qui monte à ses chevilles, l’eau qui monte à sa taille, l’eau qui monte à sa bouche ouverte sur un cri silencieux, l’eau qui monte…
Qui couvre presque le kiosque d’acier noir de l’U118…
Clémentine qui glisse, la main tendue vers lui, de l’eau jusqu’à la taille, l’eau qui emplit sa bouche silencieuse, qui noie ses yeux fous, l’eau sur laquelle flottent ses cheveux roux, ses merve