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HYBRIS ENCORE / P2C2E2

P2C2E2 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 2)

 
N° 103 / HYBRIS ENCORE / P2C2E2

C’est l’histoire où.la flèche qui a tué Daouj révèle une marque étrange.

Mardi 3 mai
Depuis 20 heures (heure locale)
San Pablo (lien carte)…

 
A San Pablo, le corps de Daouj, raidi par le froid, est placé dans un sac de plastique noir. Arthur s’oppose à ce que l’on retire la flèche de la blessure : un médecin légiste se chargera de l’opération à Punta Arenas…

  
  En revanche, il montre la plume qu’il a ramassée à un groupe de chasseurs qui attendent le jour au bar voisin. Aucun d’entre eux ne connaît de grand oiseau blanc de ce genre, mais l’un d’entre eux lui fait remarquer que c’est certainement une plume de rapace nocturne, à cause de son aspect mousseux…

 
L’hélico, revenu, a été préparé, plein fait et vérifications opérées, pour un vol urgent. Il monte à bord, coiffe son casque et fait signe au pilote de décoller. Le corps de Daouj, dans son sac noir, a été attaché entre les patins de l’appareil.

  Une heure et demie de bruit plus tard, il se pose sur l’aérodrome de Punta Arenas où l’attendent un Cessna Caravan et une ambulance de campagne de l’armée chilienne. 
Arthur surveille le désarrimage du corps de son ami et l’accompagne en suivant la civière où il a été posé par deux soldats chiliens indifférents.


  Le légiste qui attend près de l’ambulance en soufflant sur ses doigts bougonne d’avoir dû se déplacer à onze heures du soir « sur réquisition ». Sans qu’il soit possible de discerner clairement si c’est l’heure ou la réquisition qui lui déplaisent le plus.

 
Petit bonhomme au poil gris et à la barbiche en pointe, il maugrée toujours, dans un espagnol postillonnant, lorsque le corps de Daouj, extrait de son sac, est hissé par  les deux soldats sur une autre civière que l’on a sortie du véhicule. Remise en place, elle servira de table d’examen.

  Arthur est monté dans l’ambulance dont la porte est refermée.
 
L’intérêt professionnel dépasse alors la mauvaise humeur du légiste, et des ses mains gantées de fin latex, il entreprend d’explorer la blessure.

La hampe empennée de la flèche ressort de la nuque raidie de Daouj.

  - Regardez : elle a traversé les os de la nuque, détruit le cervelet et est ressortie dans la bouche en traversant le palais. Ou bien elle a été tirée d’un point bas, ou bien la victime avait la tête levée… Mais dans tous les cas, la mort a été instantanée. Et la force de l’impact est surprenante puisque le projectile a traversé deux parois osseuses… (il passe le doigt sur la pointe métallique qui ressort entre les dents) D’autant plus que le choc semble avoir émoussé la pointe… Voyons… (il prend une compresse dans un paquet placé près de sa main et en frotte le triangle de métal) On dirait… Oui… Regardez… (Arthur s’est penché pour regarder de plus près dans la lumière vive d’un scialytique accroché à la paroi de l’ambulance) Vous voyez ? On dirait de l’argent… (il prend l’un des bistouris placés à portée de sa main et griffe la pointe triangulaire de sa lame affûtée) Regardez, le métal est nettement moins dur que l’acier. L’impact a dû être très violent… Vous avez vu l’arc ?
- Je l’ai distingué…
- Je ne suis pas expert, mais je crois savoir que certains arcs modernes sont équipés de systèmes de démultiplication qui permettent d’augmenter leur puissance par des jeux de poulies, et leur précision par des balanciers d’équilibrage…
- Je n’ai vu qu’un arc qui m’a paru simple, à peu près de la taille de l’archer… Attendez, non, pas de poulies, pas de balanciers, juste une corde… Je l’ai vu à cinquante mètres, je n’ai pas distingué de détails… Il m’a semblé luisant, comme un arc métallique, mais sous la lune…
- A cinquante mètres ! Fameux tireur !
- Je suis parvenu jusqu’à cinquante mètres du tireur, lorsque je me suis avancé vers lui, mais cette flèche a été tirée d’une centaine de mètres…
 
Le légiste siffle entre ses dents :
- Incroyable ! D’aussi loin avec autant de force et autant de précision !!! Bon, reprenons… La hampe de la flèche est en bois, je ne sais pas lequel, la pointe semble assez lourde… Nous ne faisons pas une véritable autopsie, ici c’est impossible…
- Non, je veux seulement votre avis. Et que vous extrayiez la flèche : je la ferai examiner ultérieurement par des spécialistes, maintenant je n’ai pas le temps, mon avion m’attend, et je dois emporter le corps…
- Emporter le corps, mais… C’est un meurtre, l’enquête de police…
- Cette personne travaillait pour l’ONU… Vous auriez dû en être averti… L’enquête est de mon ressort. Votre avis m’est précieux et c’est pourquoi je l’ai sollicité, mais il va falloir que je parte… Et je l’emmène. Il sera examiné plus tard. Si vous pouviez extraire la flèche…

  Le légiste semble perplexe :
- Je ne sais pas si je peux…
- Vous ne pouvez pas. Vous devez…
 
Arthur s’énerve : ce petit bonhomme commence à l’agacer avec ses scrupules administratifs… (Allons, Arthur, souris, un effort, ne le braque pas)…

  - Il a une drôle de tête, votre cadavre, vous ne trouvez pas ? Je n’ai jamais vu un crâne comme celui-là… (il entreprend de le palper) Jamais vu de tels bourrelets orbitaires…
- La flèche…
- Oui, bien sûr… Mais je devrai la couper pour ne pas risquer de déformer la blessure si vous voulez que l’autopsie ultérieure…
- Je préfèrerais récupérer la flèche entière…
- Soit, c’est comme vous voulez. Mais l’empennage sera souillé en traversant les matières cervicales…
- Attendez, vous avez raison… Coupez-la derrière la nuque, je conserverai les deux tronçons… Et faites attention aux empreintes sur l’empennage…

 
Un coup de pince coupante, un claquement… La partie arrière de la flèche est placée dans un sachet en plastique… 

  Une traction lente, tournante, avec une autre pince aux bouts arrondis, glissée entre les dents ouvertes de Daouj… L’autre moitié de la flèche ressort.
 
Le légiste pose la tige imprégnée de sang coagulé dans un haricot d’inox.

  Petit bruit net dans l’ambiance sourde de ce lieu étroit… 

 
Le vent, au dehors…

  Daouj, raidi, n’a pas bougé, ses mâchoires sont restées écartées, comme si la langue aiguë de la flèche les maintenait encore…
 
Arthur saisit la pince à son tour, pour regarder de plus près cette pointe qui a tué son ami…

  Elle est fixée à une virole métallique longue de quelques centimètres où la hampe est emboîtée à force.

 
Du sang a coulé en petite quantité de la blessure interne et s’est coagulé sur la virole en un filet épais, d’un rouge très foncé, presque noir, malgré l’éclairage violent, en une surépaisseur très localisée. Le même filet de sang a été écrasé par la pince sur le bois de la hampe, en formant un petit bourrelet au ras du métal.

  Arthur croit distinguer  des marques, sous la couche épaisse du sang.

 
Le légiste grommelle en fouillant dans un casier, en sort un paquet de compresses…

  Arthur en prend une, essuie délicatement le sang…

 
Quelques lettres apparaissent, en creux dans le métal :

  HYBRIS


 

AUTOPSIE / P2C2E15

P2C2E15 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 15)

 
N° 116 / AUTOPSIE / P2C2E15

C’est l’histoire où l’autopsie de Luis nous apprend bien des choses étranges. 

  Mercredi 4 mai
9 heures
Morgue de Saint Tignous sur Nivette

 
On ne peut vraiment pas dire que Ravot raffole de ces endroits où les experts font « parler les morts ».

 
Saint Tignous sur Nivette est une petite ville et sa morgue est assez sommaire : une petite salle carrelée de blanc dans un sous-sol de l’hôpital, équipée d’une dizaine de tiroirs frigorifiques encastrés dans le mur du fond.

 Deux hommes en longues blouses vertes, gantés de latex, tournent le dos à la table de dissection sur laquelle gît le cadavre tragique de Luis. Un troisième s’affaire à recoudre les ouvertures immenses qui y ont été pratiquées pour l’autopsie.

 
Les deux hommes, le docteur Milou Panosier professeur de médecine légale, et le docteur Marnier (un mètre soixante cinq, on l’appelle le petit Marnier quand on est sûr qu’il ne peut pas entendre), légiste occasionnel de Saint Tignous sur Nivette et chirurgien de l’hôpital, échangent leurs conclusions tandis que l’interne de service tente de rendre figure humaine (selon l’expression du professeur Panosier) aux restes torturés. L’interne en question, qui a connu Luis au lycée de Saint Tignous, éprouve quelque difficulté à « piquer droit » comme dirait sa mère, couturière en ville. Le tremblement de ses mains et les nausées récurrentes qui le secouent rendent ses gestes imprécis. Quant aux larmes qu’il ravale de plus en plus difficilement, elles noient la salle toute entière dans un brouillard horrible où le rouge du sang se mêle au vert des blouses et au blanc brillant des carreaux dans une sarabande abominable.
 
C’est cependant lui qui a insisté pour assister les légistes : un hommage à son ancien camarade… Ce qu’ont admis et approuvé les légistes. Mais c’est dur. Et maintenant il doit aller jusqu’au bout…

 
Ravot les rejoint avec Catachrèse, jette un coup d’œil aux restes du journaliste, hoche la tête :
- Vous ne pensez pas qu’il serait possible d’en discuter un peu plus loin ?
Panosier approuve d’un hochement de tête :
- Nous vous laissons terminer, cher collègue (il sait que cette valorisation peut donner à l’interne la force de finir : un petit coup de pouce. Mais il a sincèrement apprécié son courage). C’est presque terminé… Rejoignez-nous ensuite en salle de réunion, voulez-vous ?
- Oui Monsieur… bredouille l’interne soulagé de se retrouver seul. Au moins, il pourra pleurer librement…
 
Le café du distributeur passe mal, mais il réchauffe…

  - Nous nous trouvons en présence d’un « travail » très particulier, qui n’a pu être réalisé que par des criminels extrêmement pervers disposant de très gros moyens, commence Panosier…
 
Il regarde Marnier qui approuve de la tête et lui fait signe de continuer.
- Il ne semble pas que la victime se soit défendue, ni qu’il y ait eu de lutte. A cet égard, il sera très important de connaître les conclusions des analyses toxicologiques qui seront pratiquées sur les prélèvements que nous avons effectués, aussi bien à partir du contenu de l’estomac qu’à partir du foie ou de divers autres organes, sans oublier, bien sûr, les analyses de sang ou de lymphe.
- Il est à peu près certain qu’il a été drogué, appuie Marnier…
- Amélie a commencé à étudier les prélèvements sanguins, confirme Catachrèse, qui précise à l’intention de Marnier qu’Amélie Fouad est leur toxicologiste. Mais son matériel portatif ne lui a pas permis de poser de conclusions pour l’instant : les drogues employées ne sont pas standard. Elle aurait pu identifier de la cocaïne, de la strychnine, du curare, de la morphine, ou n’importe laquelle des drogues courantes employées en anesthésie, par exemple. Mais là… Elle a envoyé des échantillons au labo de Bordeaux. La seule conclusion à laquelle elle a pu aboutir concerne l’attentat du journal : la bombe renfermait bien du sang de Luis auquel on avait ajouté un anticoagulant…
- L’attentat du journal ? demande Marnier
- Une petite bombe-surprise. Dégueulasse, mais pas dangereuse… Je vous demanderai, comme pour tout le reste, un silence complet. Black-out… répond Ravot, qui enchaîne :
- Donc il a été drogué, mais on ne sait ni comment ni par quoi ni bien sûr par qui et encore moins pourquoi…
- La nature de la drogue nous aidera peut-être à savoir par qui, observe Catachrèse.
- Pour le reste, reprend Panosier, nous avons eu la confirmation que l’opérateur, si je peux employer ce mot, possède de solides connaissances en matière de chirurgie : la manière dont ont été pratiquées les incisions est assez éloquente à ce sujet. En outre, nous avons fait une découverte surprenante : Luis a dû se trouver connecté à un système de circulation extracorporelle probablement même cryogénique…
- Qu’est-ce que c’est que ça ? demande Ravot stupéfait.
- C’est un système qui permet de refroidir le sang, et donc d’abaisser la température du corps, tout en maintenant une circulation forcée en cas d’arrêt du cœur, précise Marnier…
- Un matériel de pointe réservé à certains hôpitaux essentiellement spécialisés en cardiologie, enchaîne Panosier. Cela permet de survivre à un arrêt cardiaque et dans certains cas de provoquer cet arrêt, pour intervenir sur le cœur, par exemple, en maintenant le corps en vie. Mais, en l’occurrence en imaginant que Luis soit resté plus ou moins conscient, cela a dû permettre de prolonger la torture… Et de le vider partiellement de son sang pour limiter les hémorragies.
- Mais il faut une salle d’opération ? s’étonne Ravot.
- Il suffit de planter deux trocarts, l’un dans une grosse veine, l’autre dans une grosse artère, pour dériver une partie de la circulation sanguine dans une machine cryogénique, et d’établir une circulation forcée au moyen d’une pompe capable de suppléer à l’inévitable défaillance cardiaque consécutive au choc. C’est ainsi que l’on a pu prolonger la vie de la victime, tout en réduisant les hémorragies, et qu’ensuite, le sang a été vidangé du corps lorsqu’on a décidé de l’achever, confirme Marnier. L’hôpital où nous nous trouvons et où j’exerce ne dispose pas de ce matériel, réservé, comme vous l’avez dit, à certaines unités spécialisées en cardiologie, mais les progrès récents le rendent assez compact pour être aisément transportable. Il n’en est pas moins très onéreux et très délicat à utiliser…
- Nous avons retrouvé les traces d’implantation de cathéters dans l’artère fémorale et dans la veine fémorale. Ce sont des vaisseaux profonds et seul un chirurgien expérimenté a pu les repérer sans erreur dans la position où était placé le corps, reprend Panosier. Ce n’est vraiment pas un travail d’amateur. Par ailleurs, et c’est tout aussi inexplicable, il semblerait que Luis ait éjaculé peu de temps avant de mourir : nous avons retrouvé des traces de sperme dans l’urètre…
 
Ravot hoche la tête :
- Tout cela paraît totalement invraisemblable ! Qui donc pourrait dépenser une telle somme de perversion sadique…
Catachrèse reprend :
- De notre côté, nous avons découvert des éléments intéressants dont certains concordent avec ce que vous venez de dire. En particulier, nous avons aussi trouvé des traces de sperme par terre, devant la victime, sous la flaque de sang. Il aurait donc éjaculé avant d’être écorché, ce qui, à la limite, pourrait indiquer des pratiques sado-masochistes…
- Avec un tel luxe de matériel ? J’en ai connus des sados-masos lorsque j’étais en fonction à Paris, intervient Ravot, mais vous savez bien qu’ils sont plutôt du genre (il chante) « Fais-moi-mal, Johnny, Johnny, Johnny »[1], ou bien bricolos du zizi, cuir-latex-corde-à-noeuds et pipi-caca-père-fouettard, que chirurgie de pointe !
- C’est certain, confirme Catachrèse. Mais nous avons trouvé d’autres indices intéressants, en particulier, dans la même flaque de sang, un long cheveu, féminin et blond, qui pourrait bien appartenir à votre amie Finette. Bien sûr, nous ne disposons d’aucune preuve scientifique… Il faudrait retrouver sa famille. Mon cher Ravot, c’est un travail pour vous… Mais je dois dire que comme le cheveu en question baignait dans le sang de Luis, il sera difficile d’en caractériser l’ADN qui a dû être contaminé par celui du sang. Ce qui est certain c’est qu’il se trouvait à la surface de la flaque et qu’il n’est donc pas antérieur au supplice du pauvre garçon…
- Pas d’empreintes digitales ? demande Ravot.
- Des tas !!! Bien sûr, celles de Luis, mais aussi, et cela, c’est intéressant, des empreintes que nous avons retrouvées sur les verres utilisés à la table des notables du Tapas’Embal’. Avec une ébauche d’identification. En particulier, nous avons retrouvé les empreintes d’Arnaud Boufigue, présentes dans notre fichier national depuis les « évènements »…
- Mais vous n’avez pas celles de Finette, déplore Ravot…
- Hélas, non… Toutefois, les empreintes de Boufigue figurent très clairement sur le projecteur, sur la porte de communication que l’on disait condamnée, avec l’escalier qui conduit au studio de la mairie, et à divers autres endroits… Pour ce qui le concerne, vous pouvez d’ores et déjà prévoir un mandat d’amener…
- Dès que le procureur sera arrivé : il n’a pas pu venir hier à cause du temps… Je le connais, Il a été nommé en même temps que moi et nous travaillons en confiance, mais j’ai déjà donné des instructions à mes hommes… Arnaud Boufigue n’est pas réapparu depuis la soirée. En fait, Gertrude Pilon a déclaré à l’agent que j’ai envoyé pour le convoquer, lui, ce matin à huit heures avec les « notables », et la convoquer, elle, cet après-midi, que Boufigue était rentré « vers minuit », c’est-à-dire à peu de chose près à l’heure de sa sortie du Tapas’Embal’, et qu’il avait passé la nuit avec elle avant de repartir hier matin tôt, en tout cas avant le passage de l’agent, pour « participer à une réunion » dont elle a été incapable de préciser le lieu, le moment et l’objet. Elle ne l’a pas revu depuis, mais il paraît qu’il est fréquent qu’il s’absente ainsi pour plusieurs jours sans la prévenir.
Je vais aussi lancer des recherches pour retrouver la famille de Finette, qui sait…
Quant aux autres, la seule chose que j’aie pu établir hier, c’est qu’il n’existe pas de notaires du nom de Gaston Brunières ou Marc Tombou. Ni à Paris, ni ailleurs…

  - Il y a encore quelque chose, intervient Catachrèse : la petite flûte suspendue au cou de Luis…
- Le pipeau ? demande Ravot…
- Oui, le pipeau de bois. En fait, il semblerait qu’il s’agisse d’un objet très ancien, très primitif, mais très ancien. Je compte le faire dater par Bordeaux, mais…
- Attendez, l’interrompt Ravot, attendez… Pouvez-vous me le confier jusqu’à demain ? Je pense que vous avez relevé toutes les traces qu’il pouvait porter ?
- Oui, nous n’y avons pas trouvé d’empreintes…
- Il est possible que j’en connaisse l’origine. Je ne peux rien en dire pour l’instant, et il faudra que je contrôle… Confiez-moi l’objet jusqu’à demain, et je vous dirai…
- Je vous l’aurais volontiers apporté, mais je crains qu’Amélie ne l’ait déjà expédié à Bordeaux….
Grimace d’exaspération de Ravot…
- Elle en a pris des photos…
- Ce sera parfait, approuve Ravot soulagé.
- Vous les aurez cet après-midi… Pour l’instant, je vous propose d’aller casser la croûte, qu’en dites-vous ?
- Je vous invite chez Mado, propose Ravot, et faites venir votre interne, mon cher Marnier, il a besoin de reprendre des forces ! 
 


[1] Saint Boris, sois béni.

VICTOR EST HEUREUX / P2C2E18

P2C2E18 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 18)

  N° 119 / VICTOR EST HEUREUX / P2C2E18
 

C’est l’histoire où Victor est heureux et où le commissaire Ravot prend en charge l’affaire du menuisier assassiné.


Mercredi 4 mai
11 heures
Métro.
 

Victor est heureux.
 
  A coup sûr et définitivement.

Il regarde Clémentine, elle le regarde et lui sourit.

Il lisse ses moustaches soigneusement cirées et teintes et sourit à son tour. 

 
Cela, c’est la vie dans laquelle ils ont basculé depuis leur retour : un face à face intégral, absolu, fusionnel ; un silence profond, harmonieux, unique ; une marée sans cesse montante du souffle et des doigts…

  Victor est heureux. 

 
Quoi qu’il arrive. Son bonheur s’arrondit autour de lui comme le ventre de sa Clèm, sans qu’il ait à y penser ou à le vouloir.
C’est ainsi.

  Victor est heureux.

 
Il y a eu ces épuisants enfermements, comme un interminable récitatif monocorde haleté en fausset à l’oreille d’un condamné qui sait que le couperet tombera avec la fin de la psalmodie…

  Il y a eu cet effroyable moment à l’approche d’un déchirement qu’il a cru inévitable, qu’il savait inexpiable, qu’il sentait déjà se tordre dans son esprit avec des bruits grinçants de pince glissant sur la tôle qu’elle mord avant de l’arracher…
 
Il y a eu ce blanc subit de la libération, avec les brûlures terribles de l’air qui revient en sifflant dans les poumons du noyé que l’on sauve alors qu’il se savait mort…

  Et puis cette période d’action soutenue au bord des limbes d’un retour hésitant où leurs regards se frôlaient timidement, quand il a bien fallu revivre et aider Mouye à contrôler les choses.

 
Enfin, la parousie tremblante de la paix, et le sourire de Clèm, infiniment présente…

  C’est pour tout cela que Victor est heureux. Que Victor reste heureux et qu’il sait qu’il le restera. Quoi qu’il arrive. 

 
Qu’il l’est resté devant le corps torturé de Luis, qu’il l’est resté devant le regard pétrifié d’angoisse du menuisier, qu’il le reste dans ce moment d’attente oppressée, auprès du corps allongé sur le quai.

  La main de Clèm vient se loger dans la sienne :
- Tu rêves, mon Boulet ?
- Je rêvais de toi, mon Canon… Viens, on va chercher Ravot.

 
Ils montent dans le métro dont Rébéquée leur a expliqué le maniement, tellement simple, tu affiches la destination, la vitesse choisie, urgente, normale, lente, tu appuies sur le bouton « départ », et quand tu ouvres les yeux, tu es arrivé.

  Vaut mieux t’asseoir si tu veux aller vite : ça secoue !
 
Ça secoue, mais on s’en fiche : on est ensemble, on se caresse les doigts, on se dit rien. Ce qu’on est bien ensemble…

  Ce qui fait qu’ils arrivent sans même s’en rendre compte directement au pied de l’ascenseur de Saint Tignous et que la voix SNCF qu’Arthur a fait installer par jeu (« Saint Tignous sur Nivette, les passagers pour Maison-Malfort sont priés d’appeler la correspondance de l’ascenseur ») les tire d’une conversation passionnée sur le prénom à donner à leur progéniture, dont ils ont refusé de connaître le sexe par avance.

 
Il n’y a personne sur le quai.

  Ils descendent du métro et montent chez Béatrace, justement en train d’accueillir Ravot :
- Entrez, commissaire, je crois qu’on vient vous chercher…

- Mais que se passe-t-il ? J’étais avec mes collègues enquêteurs à l’hôpital, et je n’ai été averti de votre appel que lorsque je suis arrivé avec eux chez Mado, où Lepif m’attendait avec votre message. Nous devions déjeuner, et…
Vic et Clèm les rejoignent dans l’entrée de la petite maison :
- Je crains qu’il ne faille remettre votre repas, l’interrompt Victor. Un Goum a été tué d’une flèche, à Marinoval, comme Mouye l’a été en Norvège, et votre avis nous semble indispensable, même si, pour des raisons évidentes, nous ne pouvons déclarer le meurtre…
 
Béatrace et Clèm échangent quelques mots, Clèm tente de rassurer Béatrace, très inquiète, mais qui se contient pour ne pas affoler Tijules…
- Je vais téléphoner chez Mado pour dire qu’ils ne vous attendent pas, parvient à dire Béatrace en les poussant vers l’ascenseur…

  Une demi-heure plus tard, Ravot est agenouillé sur le quai, près du corps du menuisier :
- Il faudrait extraire la flèche, puisque de toutes manières il sera impossible de pratiquer une autopsie. Mais à première vue, elle semble avoir été tirée avec beaucoup de force et de précision.
- Les Goums recherchent des traces du meurtrier dans les bois autour de la maison, précise Amaïa, que Ravot ne s’est toujours pas habitué à regarder en face, tant sa nudité l’impressionne.
- Je doute qu’ils trouvent quelque chose, mais c’est une bonne idée.
- Et comment l’extraire cette flèche ? demande Rébéquée.
- Vous avez une pince coupante ? Il faudrait la couper au ras du cou du côté de l’empennage, et tirer sur la tige derrière la pointe… Je la ferai analyser par les experts du labo de police scientifique qui sont à Saint Tignous… Evitez de toucher à l’empennage, c’est là que l’archer l’a serrée entre ses doigts avant de la décocher… Quant à la pointe, elle semble bien être en argent, et il se peut que sa virole porte l’inscription qu’Arthur Malfort aurait trouvée sur les flèches de… D’où m’avez-vous dit ?
- Des Chonos, de Patagonie, répond Rébéquée avant d’aller chercher l’outil demandé.
- Il en revient. Il doit se trouver dans l’avion qui le conduit à Santiago du Chili d’où il part en principe à midi heure locale, c’est-à-dire pour nous à dix huit heures, sur un vol international pour Londres. Il devrait être de retour chez nous vingt quatre, au pire quarante huit heures après son départ, selon la météo, reprend Clèm qui a participé à la mise sur pied du voyage.

 
Cinq minutes plus tard, les deux morceaux de la flèche sont emballés dans un sachet en plastique :
- Je vais donner cela à l’équipe de Catachrèse. Il sera discret si je lui demande : nos mésaventures l’intriguent, mais c’est un homme de valeur. Et puis je vais aller rendre visite au maire de Marinoval pour lui dire que des rôdeurs ont été vus dans la région et qu’ils sont peut-être en rapport avec le meurtre de Luis.  Cela me donnera une excuse pour mobiliser la brigade de gendarmerie locale. Il sera utile que vous rappeliez vos amis, Amaïa : il ne faudrait pas que les hommes que je vais envoyer dans le secteur les rencontrent… Je vous tiendrai au courant par Béatrace, puisqu’elle constitue votre point de liaison obligé…

- Le journal aussi peut communiquer avec le bureau N°1, précise Victor. Mais voyez plutôt Béatrace…
  - Ce n’est pas tout… enchaîne Rébéquée, qui poursuit à l’intention de Vic et Clèm, entre votre départ et votre retour, nous avons reçu des informations des Chonos. Venez dans le bureau.
 
C’est le groupe tout entier qui s’installe autour de la console où sont centralisés les moyens de communication, devant laquelle est assise Nouye, toujours nue, elle aussi.

- Comme Vic et Clèm ont dû vous le dire, commissaire…
- Jules…
- … Jules (la voix de Rébéquée a marqué un léger tremblement avant de se raffermir)… Jules, oui (elle le regarde en face et lui sourit). Comme ils ont dû vous le dire, il y a eu six autres flèches tirées sur l’île Guamblin. Et une septième en Patagonie. Et pour faire bonne mesure, un employé de la base qui s’y trouve et qui correspond un peu à celle dans laquelle nous nous trouvons, a été écorché, comme Luis. Arthur nous a fait parvenir les photos qu’il en a faites. 

  Les photos défilent sur l’écran, jusqu’à l’ultime, qui affiche clairement « Hybris » sur le front de Yann Marbeuf. Tout le monde sauf Vic, Clèm et Ravot les a regardées et leur horreur n’attire pas de réactions. Seulement une sorte de raidissement…

- C’est très différent, remarque froidement Ravot dont le regard s’est durci. Très différent dans l’exécution. Plus… brutal, plus… sanglant… plus… frustre, si j’ose l’expression. L’intention est peut-être la même, mais c’est une autre main. Et sans doute un autre contexte. Et je ne parle pas seulement du cadre. Pouvez-vous me confier une copie de ces clichés, j’aimerais les montrer à Panosier, le légiste ?
- Nouye a préparé un CD à votre intention, répond Rébéquée. Faites en bon usage. Nous comptons toujours sur votre discrétion…

Ravot soutient son regard et prend le CD qu’elle lui tend.
- Ne le montrez pas à Béatrace. Elle a suffisamment d’objets d’inquiétude sans y ajouter d’images d’horreur. Tant qu’Arthur n’est pas revenu…
- C’est évident. Personne ne les verra, que les experts. Soyez sans craintes…

 
- Attendez un instant, l’interrompt Amaïa au moment où il remonte dans le métro.
  Une équipe de filles goums arrive, portant une marmite fumante :
- Il faut manger, Jules. Il faut manger (elle s’adresse à tous). Asseyons-nous ensemble (les filles distribuent des bols à la ronde). Ainsi, nous serons plus forts dans notre lutte (elle les entraîne un peu à l’écart du corps du menuisier recouvert de sa couverture). Asseyons-nous (elle s’assied en tailleur, le bol entre les mains et une fille y verse une louche de soupe épaisse) : comme le dit notre vieil adage, «Les morts aiment la soupe et la faim des vivants ».
 

TABLE DES MATIÈRES / DEUXIEME PARTIE / CHAPITRE 2

TABLE DES MATIÈRES / DEUXIEME PARTIE / CHAPITRE 2




CHAPITRE 2


Avec des cartes de géographie.


 


  N° 102 / LA MORT DE DAOUJ / P2C2E1
C’est l’histoire où Arthur et Daouj sont interrompus dans leur travail de recherche, en Terre de Feu, et où Daouj est tué d’une flèche.

N° 103 / HYBRIS ENCORE / P2C2E2

C’est l’histoire où la flèche qui a tué Daouj révèle une marque étrange.

N° 104 / L’ARCHIPEL DES CHONOS / P2C2E3

C’est l’histoire où Arthur ramène la dépouille de Daouj à Guamblin, assiste à ses obsèques, et découvre le cadavre écorchéde celui qu’il venait interroger.

N° 105 / LA FLÈCHE D’ARGENT/ P2C2E4

C’est l’histoire où Arthur part pour l’Europe et se retrouve à bord de

la Flèche d’Argent en compagnie de la Patronne.

N° 106 / L’ARRIVÉE EN OMPHALIE / P2C2E5

C’est l’histoire où Arthur Malfort et la « Patronne », qui l’a enlevé, atterrissent en Omphalie, en plein océan Pacifique.

N° 107 / L’OMPHALIE / P2C2E6

C’est l’histoire où la « Patronne » présente l’Omphalie à Arthur Malfort.

N° 108 / SUPER TROC ET LES ÉLUS / P2C2E7

C’est l’histoire où Arnaud Boufigue lance Super Troc et prépare la venue des Élus en instruisant Gertrude de

la Nouvelle Réalité Naturelle.


N° 109 / LA BARBE DE FILOCHARD / P2C2E8
C’est l’histoire où nous suivons le parcours militant de Gertrude, et où nous apprenons de subtiles informations au sujet du fonctionnement de SUPER TROC, des rites de

la NOUVELLE RÉNA,  et sur la barbe de Filochard.

N° 110 / LE PARTI NATIONAL RÉGIONALISTE / P2C2E9

C’est l’histoire où nous apprenons à mieux connaître Varochaix, chef du Parti National Régionaliste (Parti NARI) de Saint Tignous sur Nivette, que Gertrude invite à

la Nouvelle Réna.  


N° 111 / HOMMES POLITIQUES / P2C2E10
C’est l’histoire où les édiles se concertent.

N° 112 / L’INITIATION DES POLITIQUES / P2C2E11

C’est l’histoire où Daniel Forpris initie Gertrude Pilon, le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale à la Nouvelle Réna. Dont nous découvrons le Rituel d’Intronisation par la même occasion.


REMARQUE : On peut intervertir les n° 113 et 114 (erreur de publication). Mais l’ordre utilisé reste très admissible.

N° 113 / LE BAIN DE TIJULES / P2C2E12

C’est l’histoire où Tijules raconte un triste bain.