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LES OURS BAISAIENT LES CRABES


TONTON RASPOUTINE PROPOSE

    1) UN NOUVEL ÉPISODE DE SON FEUILLETONTON :

N°224 / LES OURS BAISAIENT LES CRABES / P3C2E35
 

C’est l’histoire où, tandis que le foutage exalte les jeunes, la Vieille (qui connaît son Alcofibras) explique l’histoire du clan des Ours.

C’est la suite de :

N°223 / RETROUVAILLES / P3C2E34

 
C’est l’histoire où la fin de 40 000 ans de chasteté forcée se concrétise de manière forcenée.


Qui est la suite de :


N°222 / LA RENCONTRE / P3C2E33

 
C’est l’histoire où Frère Jean des Entonnoirs est conduit à Agotchilho et où il rencontre Amaïa, ce qui lui fait un drôle d’effet.

Humevesne et Suceprout sont présentés ici (lien)

Note consacrée à Frère Jean, en Pages, c’est ICI

Nous découvrons le portrait ému que Tonton Marcel a fait de Frère Jean des Entonnoirs :

clocloorson


Sur Jean Raine, c’est ICI qu’il faut regarder (lien)

Et tant qu’on est dans la peinture, Philippe Jonneskindt, vous connaissez ? (lien)

 
 
Il est bon, par ailleurs, de toujours en revenir aux fondamentaux :


  Une méditation sur la pétologie comparée des sauropodes et des Martiens et leurs conséquences théologiques se trouve ici : 

 
DE LA SOUPE / P3C1E37. 

  Et un rappel de la biographie d’Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, de sa sœur Ordegale-Junie et de leur Méthode à 6000 se trouve sur le
présent lien.

 
On y trouve des liens de rappel pour ceux qui ont pris le train en marche. 

  2) LES DISTRAITS TROUVERONT ICI :

 
LE RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

  Et ici

 
LE RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

  3) RECHERCHEZ ET RETROUVEZ LES AUTRES ÉPISODES PAR
 

LA TABLE DES MATIÈRES

  Si vous avez faim, la Gastronomie, c’est encore ICI :

 
PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

  4) ON TROUVE EN « PAGES »

  Le résumé de ce que nous avons à ce jour découvert sur

 
EDVIGE ET LE VIKING DE CHALOSSE,

LES HOMMES POLITIQUES, (là, il y a du nouveau : on s’intéresse aux rapports entre Barbe et Politique !)

 
LE PEUPLE GOUM.

  5) SANS OUBLIER
 

la PRÉSENTATION
de TONTON RASPOUTINE

  et sa GÉNÉALOGIE

 

  Cliquer sur les liens pour les suivre

LES POLITIQUES

Les Politiques

  Je vais parler des Politiques, c’est-à-dire de ceux qui font profession politique. On dit aussi carrière. Ou qui tentent de le faire. Car tous ne parviennent pas à leurs fins : la route est encombrée, la concurrence sévère. Comme le disait feu ma belle-mère, qui était une dame de grand bon sens, la place doit être bonne pour être autant disputée… Ce qui pose une grande question : qu’est-ce qui est aussi appétissant dans « la place » ?

 
Il ne s’agit nullement de faire le procès de ces Politiques (on est prié de me croire), mais de faire le portrait de certains d’entre eux (parce qu’au fond leurs obstinations sont assez comiques), et peut-être de comprendre d’où vient cet appétit.

  Comme tout un chacun j’ai été amené à en rencontrer, et à en observer, de tout poil (du poil de carotte au poil à gratter) et de toute brosse (de l
a Brosse à Reluire à la Brosse à Cabinet), depuis les maires que chacun croise partout, surtout aux périodes électorales, jusqu’aux autres, que l’on rencontre quotidiennement par écrans de télévision interposés.

  J’en ai donc vu de toutes sortes, des meilleurs aux pires, les meilleurs étant le plus souvent situés dans les petites mairies des plus petits villages où ils se défoncent pour d’ingrats administrés.

Mais pas toujours.

Les pires sont les plus drôles (quand on ne se trouve pas dans le champ de tir des catastrophes qu’ils génèrent).

  Et je me suis donc souvent demandé pourquoi ils se trouvaient là. Et ce qu’ils y cherchaient.

  Si vous leur posez la question, ils vous répondront invariablement que c’est par souci de « servir », par dévouement au « bien public », parce qu’ils « savent des choses et qu’ils veulent en faire profiter leurs concitoyens », parce qu’ils croient « détenir des solutions », etc… Bref, parce qu’ils « savent » et qu’ils veulent « servir », comme je l’ai déjà dit. Mais s’ils se répètent lorsqu’ils utilisent ce verbe, aucun ne le pronominalise. Comme s’ils ne pouvaient « réfléchir » ce pauvre et digne vocable. 

Cependant, eux, ils « réfléchissent » beaucoup. Ils analysent. Ils déduisent. Ils débattent. Ils concluent. 
D’ailleurs, ils ont Raison.
Puisqu’ils Savent.
Et s’ils Demandent, nous « demandent », Interrogent, nous « interrogent », c’est bien pour obtenir, contorsions et astuces rhétoriques aidant, la confirmation de ce qu’ils savaient déjà.
 
Même s’ils appliquent la grande Règle selon laquelle « la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui et encore moins celle de demain », comme je l’ai entendu dire dans le cadre de transactions commerciales (où l’on est souvent plus rigoureux) (Parole, parole, parole… chantait l’une) (Words, words, words ! avait dit l’autre).

Aucun ne parle de POUVOIR…

  On trouve en P2C2E10 (lien) une représentation de deux d’entre eux.

Les mêmes en P2C2E14, dans une autre situation.

 
S’agissant d’une satire, le trait est, bien sûr, forcé. 
 
Bien sûr. 

 
Forcé.

Poil au nez.

 
A propos de poil.

  Chacun a pu remarquer que l’homme politique est glabre.

 
Ainsi, affichant une vie simple, sinon saine, ne se trouve-t-il jamais confronté au terrible dilemme haddockien du dessus-dessous, angoissante question qui taraude l’hirsute, ni à l’imprécision et au flou du profil, ni aux coulures opiniâtres de la sauce tomate, ni aux miettes du quatre heures qui restent prises dans le poil jusqu’à l’apéro.

  Lui, il proclame la netteté du Savoir et son profil de médaille, la cravate en bavoir d’Hercule Poirot ou la franchise insolente du jaune d’œuf sur la chemise blanche. Mais l’attaché(e) parlementaire a des changes d’avance.

  Bref, il sait, et en tant que sachant, il échappe à tout ce flou mal maîtrisé qui caractérise la Barbe.

  Non, Mesdames et Messieurs, le Politique ne sera jamais un Barbu, un vrai, un sale ! 

  Ou bien il sera rejeté par la communauté internationale de ses semblables, et même, ô misère, par les peuples réunis, conditionnés depuis Jules César au Rasoir du Responsable.
 
Ainsi à jamais les Poilus resteront-ils dans l’ombre des tranchées, hachis à mitraille, sacs à poux, troubacs sans destin, tandis que les Chefs garderont leur œil limpide fixé sur la ligne bleue des Vosges qu’ils savent vibrer, là, du côté des verduns !

  Eux, tendent le menton, fiers, héroïques, rasés de près. Et chauves si possible, ainsi que l’était Jules.
 
En effet, comment tondre les peuples lorsque l’on est poilu ?

  L’Homme Politique est glabre en soi. Ou bien il se déguise. Il joue au Père Noël jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il ressemble à Landru et qu’il revienne alors au standard de sa caste.
 
Lisse comme un blindage, le visage de l’H.P. n’offre aucune prise. Non, il ne jouera pas à « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette » : L’H.P.[1] est un sérieux, ou bien un transgressif lorsqu’il croit tenir la situation bien en mains et qu’il se laisse aller à livrer sa nature profonde de maquereau du peuple. Et ce n’est qu’un instant. 

  Un maquereau porte des rayures bleues sur le dos. Pas de barbe !
 
Alors il faut choisir : la barbe ou la politique.

  On m’a objecté certains cas célèbres de barbus publics, relevés ici et là dans le monde, depuis les mollahs iraniens ou quelques sikhs indous, jusqu’aux barbudos castristes. Ceux-là relèvent d’un complexe du Prophète plus que de la politique telle que nous l’entendons et arborent ainsi un accessoire identitaire auquel se rallient leurs sectateurs.

C’est un autre type de Pouvoir qui est recherché.
 
Mais bien sûr, il s’agit toujours de Pouvoir, sinon de véritables hommes politiques tels que ceux auxquels nous sommes quotidiennement confrontés.

  Pour mémoire, je rappellerai que les femmes politiques sont des Hommes Politiques comme les autres.
Plus récemment venues sur la scène du Pouvoir, elles y présentent le zèle des novices qui tend à accentuer les stéréotypes que véhiculent leurs modèles, sinon leurs mentors.
Elles sont donc au moins aussi glabres que les hommes.
Avec un certain aspect hargneux qui transparaît très vite dans le ton et le regard sous le sourire de convention.

On trouve encore moins de femmes à barbe en politique que d’hommes. C’est dire.



[1] J’ai tenté d’appeler l’Homme Politique « H.P. » pour économiser des caractères. C’était une erreur et j’en reviendrai à l’expression littérale : outre le fait que ce n’est pas, en l’occurrence, une économie souhaitable (ce que je ne développerai pas, pour, au moins, économiser les incidentes), je crains une confusion avec l’angliciste abréviation du cheval vapeur. Car si l’Homme Politique peut se nimber de vapeurs dilatoires pour éviter certaines réponses à certaines questions, il n’est en aucun cas comparable au cheval, qui, lui, est un noble animal.

L’INVITATION FAITE À LA MAIRIE / P3C1E20

P3C1E20 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 20)

  N°165 / L’INVITATION FAITE À LA MAIRIE / P3C1E20

  C’est l’histoire où le maire de Saint Tignous sur Nivette est invité à une chaude soirée et évoque ses projets d’avenir. 

  Vendredi 10 juin
10 heures
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 
- Edgar Maupuis ? Voyons… Ah, oui, celui qui remplace Daniel Forpris, qui a disparu, celui qui dirigeait C’est tout naturel, celui qui a remplacé Arnaud Boufigue, qui a disparu… Oui, passez-le moi Grobiane…

  Le maire est très content de son conseiller en communication, qui constitue un filtre parfait contre les emmerdeurs. 

 
Mais là, il pense qu’il vaudrait mieux garder ses distances pendant quelque temps… Boufigue, et maintenant, Forpris ont en effet disparu juste après une mort suspecte (c’est le terme qu’a employé Hilarion-Jovial) à laquelle ils ont bien failli se trouver mêlés. C’est vrai, c’est vrai, ils auraient dû faire preuve d’un peu plus de prudence et de retenue avant de se lancer dans ces manifestations, mais, ça, c’est ce qu’on dit après ! Sur le coup, ils se sont trouvés entraînés… Une sorte de tourbillon… Comme un aveuglement… (une ptite saucisse ?)

  - Allo ? Il est parti, Daniel Forpris ? Une urgence ? Je comprends… Et vous fêtez votre promotion ce soir à 17 heures ? Réservé aux Initiés de marque, bien sûr… Une nouvelle ? Ah ! Merry ? C’est amusant. Arrivée hier ? Non ? Jolie ? Mieux ! Vous m’en direz tant… Grande blonde aux yeux bleus. C’est rare dans la région. C’est vrai, ici, on fait plutôt dans la petite brune aux yeux noirs. Alors, la Merry c’est pour le maire, non ? (rire) Bien sûr ! Avec plaisir. Vous avez invité Hilarion-Jovial ? Rien n’est jamais parfait en ce bas monde, comme disait le Père… Non, pas lui. Je parlais du Père Dupanloup. Vous ne le connaissez pas ? Eh bien cela ne fait que confirmer ma remarque précédente, mon cher… Mais non, je plaisante. TOUT est parfait. Ah, cet accident ? Vous la connaissiez, la Vorme ? Pas très marrante. Presque aussi sèche que la femme d’Hilarion-Jovial. Oui, je comprends qu’il vienne à vos petites sauteries. Mais il m’inquiète. Vous saviez qu’il était allé jouer les bons amis chez Malfort ? Non ? Si. Je l’ai su par l’inspecteur Pélot, un ami fort utile au commissariat : il y est allé juste après la manif. Pas encore refroidie la Vorme, il invitait Malfort à un repas de famille dans son restau. Non, il s’est fait envoyer sur les roses. Mais il y reviendra, s’il pense y trouver un picotin. Oh, il craint un peu : deux morts, deux de vos prédécesseurs « disparus » et recherchés… Notez qu’on peut se poser des questions… A votre place, je serais inquiet… Serein ? Bien sûr, bien sûr, des coïncidences, des… Attendez… Je prends une ptite saucisse. J’ai appelé le Préfet pour qu’il remonte un peu les bretelles à Ravot, oui, le commissaire. Il a osé nous convoquer une fois de plus c’t’enfoiré. Le Préfet m’a dit que le Ministre avait donné des instructions, mais que le Procureur soutenait Ravot. Et comme

la Justice et l’Intérieur se tirent dans les pattes avec les élections… Non, pas grave… Le Président de

la République ne bouge pas : nous commençons à représenter une force, cher ami ! Nous, c’est

la Nouvelle Réna, bien sûr… Circulez, y’a rien à voir, c’est tout ce qu’on va leur servir, comme d’habitude. Au fait, vos devriez penser à ce petit intéressement dont j’étais en train de discuter avec Daniel. Oui, c’est cela même. Non. Pas moins de dix, restez crédible, mon cher… Par mois… Et saucisses gratuites…  Parce qu’à force de les augmenter, ça commence à compter dans le budget des petits ménages… Voilàààààà… Pââârfait… En espèces, et avant… Alors à ce soir, cher ami…

  Le maire adore ces petites séances privées que Daniel Forpris avait instaurées. C’est vrai qu’il n’était pas question de se mélanger aux réunions populaires de la Nouvelle Réna. D’abord parce que, hein, on est mieux entre soi, non ? Les Initiés sont plus Initiés s’ils peuvent parler entre eux des mêmes choses. Allez discuter du coût du rond-point de la laverie Proutonet’ devant Tartempion qui va aussi bien se révéler être un employé de la maison ? Est-ce que ça le regarde ce que lui verse le gérant ?

  Et puis les séances sont moins marrantes quand on n’a que la crémière ou la femme du facteur comme Initiées autour du Putier, c’est vrai, hein ? D’abord, on fait plus court, ensuite, l’ambiance y est moins chaude, faut bien reconnaître. Il y est allé une fois pour se montrer aux administrés, mais c’est un peu comme à la messe : tu ne vas pas mettre la main au cul de la chaisière ! Alors on chante et on danse, youkaïdi, youkaïda, OK, très patronage, mais pas très bandant, on dirait que la fumée d’encens n’est pas aussi bonne au départ. Bien sûr, t’es content de la renifler, et ça te met en forme, mais c’est pas le goumi express géant garanti des séances de notables. Et je ne parle pas des Initiées Spéciales… 

 
Le maire, bien sûr, ne garde pas plus que les autres de souvenir précis de ce qui peut bien se passer (une ptite saucisse ?), mais il le sent bien : c’est de l’incomparable vidage de couilles ! La classe ! Souvenirs de béatitudes qui lui chatouillent les roubignoles avec des guili guilis juteux… 

  Alors, il a beau se dire que ce n’est pas toujours prudent et que certains administrés trouvent bizarre cet engouement de la population et de ses édiles pour la Nouvelle Réna, C’est Tout Naturel et tout le toutim, eh bien, il y retourne, le maire. Sinon, ça lui manque, faut l’avouer, le reconnaître, si, si, le reconnaître. Y’a comme… une accoutumance, entre la fumigation « qui te désinfecte de tes mauvaises pensées en t’élevant l’âme » et la saucisse « qui te réjouit le foie et te donne foi en

la Foi », et des fois, on se dit que si on ne se connaissait pas, on pourrait douter de l’innocuité de la chose, comme dit sa femme, qui trouve que sa queue a pris un goût de saucisse depuis qu’il va à ces réunions. Pas mauvais, d’ailleurs. Dit-elle…

  Bon, enfin, il en parlera à Hilarion-Jovial ce soir, en sortant, parce que avant, hein, il sera nerveux. Il a remarqué que la perspective de la fumigation le rend nerveux. On en parlera après… Et de cette histoire de Malfort. Qu’il les laisse à l’écart ceux-là. Ils ont déjà failli le coincer une fois, faudrait pas qu’ils se mêlent trop de ses affaires… On ne sait pas ce qu’ils tripotent. Tant qu’ils s’occupent de la disparition du fils (bon débarras) ils lui fichent la paix… Inutile d’aller les tirer par la barbe. Oui. Faut absolument mettre en garde cet imbécile d’Hilarion-Jovial. Et qu’il ne cherche pas à lui piquer la Merry ! Ni la mairie ! 

 
Le maire rit…

  Ptite saucisse ?… Allez, encore une… Tu vas voir qu’en inquiétant… comment il s’appelle déjà ? Edgar Maupuis, c’est ça, qu’il a connu second zélé de Daniel Forpris, lequel s’était révélé second zélé d’Arnaud Boufigue, il va faire monter les enchères… Bien sûr, Hilarion-Jovial fait dans l’immobilier et la restauration, mais lui, le maire, c’est son bas de laine qu’il chatouille, qu’il gonflouille, qu’il planquouille dans un petit coin discret des Bahamas ! Encore quelques années, et il pourra se tirer sur son île avec ses cocotiers, avec ses vahinés… Et sa femme bien sûr… 
Pour ses copains.

MÉTÉO / P3C1E44

P3C1E44 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 44)

  N°189 / MÉTÉO / P3C1E44
 

C’est l’histoire où l’on fait appel à Elasque-Jean Kronobian, météorologue.


Mardi 14 juin
8 heures
Bureau N°1

 
Elasque-Jean Kronobian dodeline du chef sous le casque orange qui protège ses pauvres oreilles du bruit infernal de l’hélico.

  Il y a deux ans, Arthur Malfort l’avait appelé en lui demandant de se tenir prêt à une « entrée en résistance clandestine » (P1C3E19). 

  Et puis il y avait eu les « évènements », et, bien qu’il ait continué à collaborer à la rubrique météo de la Lanterne du Fort, il n’avait plus été question de clandestinité, puisque le problème semblait  avoir été résolu par la chute des Numéros, même si la catastrophe écologique due au refroidissement terrestre continuait de sévir.

  Et voilà que le même Arthur Malfort le rappelait, pratiquement dans les mêmes termes, lui enjoignant la même discrétion, mais cette fois-ci dans une urgence telle qu’il envoyait un hélico à sa recherche !

  A Saint Tignous sur Nivette, l’hélico « ONU » se pose sur le toit du journal et Arthur Malfort, accompagné d’une jeune femme à l’air dynamique lui tend la main :
- Je vous présente Rébéquée Taritournelle. Ici, nous travaillons tous dans le même but et sans hiérarchie particulière. Je sais pouvoir compter sur votre discrétion, quoi qu’il arrive, mais je vous demande cependant, solennellement, le secret le plus absolu sur tout ce que vous verrez, entendrez ou apprendrez, aussi étrange, invraisemblable ou anormal que cela puisse vous paraître.
 
Elasque-Jean Kronobian, encore abruti par une heure d’hélico qui lui laisse l’impression d’être passé dans un moulin à café, confirme sa confiance, sa discrétion et sa disponibilité pour toute action nécessaire. Encore faudra-t-il lui expliquer ce que l’on attend de lui et pourquoi : sa barbe de prophète grisonnant ne s’engage pas dans des machins douteux.

  Il avait bien compris ce qui s’était produit lorsque les Numéros avaient tenté de conquérir la Terre, comment ils s’y étaient pris, et ce qu’ils avaient vraiment recherché : issu d’une famille arménienne qui avait fui le génocide turc de 1915, il connaissait le poids de l’histoire et savait par expérience vers où allaient ceux qui tentaient de la confisquer à leur profit. 

  Le météorologue était déjà venu au journal, mais sa surprise est sans bornes lorsqu’il est conduit dans le « métro » et qu’ils arrivent ainsi à Agotchilho, dont Arthur et Rébéquée lui montrent les activités.

  Il découvre avec effarement le peuple secret des Goums et lorsqu’il est placé en face d’Amaïa, il a le sentiment que « la boucle de son destin s’est refermée ».

 
Même si l’expression (c’est celle qui lui vient à l’esprit) est à la fois pompeuse et stéréotypée, c’est elle qui s’impose à lui : sa famille avait fui vers l’Ouest, clandestinement, dans l’Europe en Guerre, traversant à grands risques la Turquie pour rejoindre la Grèce, l’Italie, toujours vers l’Ouest, poursuivant le soleil et les étoiles dans leur course, plus loin, plus outre. 

  Il était bien fatal que lui, Elasque-Jean, après deux générations, arrive à la station météo du Pic du Midi, au cœur d’un champ d’étoiles, par-delà les nuages… 

  Il concevait cela comme un aboutissement logique. 

 
Mais depuis que ceux qu’il appelait les Voraces avaient tenté de mettre la main sur le Monde, ses hauteurs s’étaient glacées. Et les mêmes Voraces, lui explique Arthur Malfort, renouvellent leur tentative… 

  En lui faisant quitter son île stellaire pour descendre sous la terre, Arthur Malfort referme la boucle de son destin. 

 
On lui avait dit un jour que « les peuples qui n’ont pas d’histoire sont condamnés à périr de froid ». 

  Et maintenant, on lui demande comment réchauffer la planète…
 
A l’évidence, il faut rendre du sens à l’histoire. 

  Il faut raviver sa Mémoire… 

  Or, « les Goums vivent sous la terre, a dit Amaïa en lui présentant son peuple, et ils y cultivent la Mémoire »…

  Il est donc arrivé à destination.

  Ils se sont assis, tous les quatre autour de la grande table du Bureau N°1.
 
 
Il a suffi de deux heures pour exposer la situation et montrer un peu les lieux au météorologue : l’usine de production de soupe, le métro, la ville souterraine, et tous les lieux alimentés en énergie, la centrale électrique, et les cuisines aux feux éternels. 

  Mais, pour faire vite, ils ne l’ont pas conduit au « temple » et à ses grandes torchères…
 
Amaïa reprend :
- Jadis, la libération accidentelle d’une grande quantité du gaz sous-marin que nous employons, comme tu l’as vu, a accéléré, sinon provoqué, un réchauffement. Ce gaz est présent sur beaucoup de régions littorales. Il peut générer, nous a-t-on dit, un effet de serre important. Nous sommes en mesure de provoquer de nouveau cette libération rapide en certains lieux… Nous voudrions savoir quelles conséquences cela pourrait entraîner…

  Le météorologue hésite devant cette femme aussi impressionnante par sa stature que par sa nudité :
- Vous êtes certaine de ce que vous avancez ? Il s’agit de clathrates ?
- Il s’agit de clathrates. Il y a… environ huit mille ans, mais je pourrais le dater à dix ans près si vous le voulez, il faudra seulement que j’interroge celle qui se souvient plus précisément de ce chapitre de notre Mémoire, certaines de nos dernières tribus, déjà clandestines, ont voulu mettre en exploitation un tel gisement, sur la côte de Norvège. Ils  n’étaient pas assez nombreux pour maîtriser un tel chantier. Ils ont fait preuve d’imprudence et ont provoqué la brusque libération de tout le gisement, et un gigantesque glissement de terrain sous-marin s’en est suivi, qui a ravagé toutes les côtes occidentales de l’Europe, l’Islande et le Groenland, et qui les a détruits, eux, avec beaucoup d’autres hommes…
- Le glissement de terrain de Storegga… murmure Kronobian incrédule.
- C’est cela.

 
Le météorologue réfléchit un moment, en hochant la tête…
  - Et vous pourriez renouveler cet… exploit ?
- Nous le pouvons, d’une manière plus ou moins régulée…
- Il est toujours dangereux de tenter de manipuler l’atmosphère… Vous proposez rien moins que déclencher ce que l’un de mes correspondants, James P. Kennett, de l’Université de Santa-Barbara, en Californie, a appelé « l’hydrate gun », capable selon lui et en substance, de flinguer l’atmosphère… Il faudrait que je puisse calculer… Mais je n’ai pas mes ordinateurs…
- Nous pouvons nous y connecter à distance, intervient Arthur.
- Vous pouvez…
- Mais oui, soit d’ici, soit du journal. Vos stations doivent être interconnectées, il suffira de pénétrer votre réseau, vous devez en connaître les codes d’accès…

 
Kronobian hoche la tête :
  - C’est faisable…
  - Alors, au boulot !