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Et la Belgique dans tout ça ?

ET

LA BELGIQUE DANS TOUT ÇA ?
 Hier, le 21 juillet, c’était leur fête nationale…


Bien sûr, vu d’ici, des Pyrénées, c’est les Esquimaux-maux depuis l’indépendance du Congo. 
 
Et pourtant… Depuis presque trente ans que je vis sur l’impalpable frontière entre Béarn et Euskadi, il m’arrive de trouver des similitudes lorsque je vois d’aucuns candidats à la députation souffler sur des braises séparatistes pour aller pêcher des voix ou se débarrasser de cantons hostiles et ainsi se donner des chances lors d’une élection… 

 
Et je ne parle pas d’un certain Prédlarép comme dirait Zazie… Ni d’une certaine réforme constitutionnelle (merci, Jack).

 
Alors je livre à vos réflexions une vidéo fabuleuse de l’humoriste wallon François Pirette alias élu-ministre Jean-Marie Pirette ! (pourquoi Jean-Marie ?) Suis pas sûr de parvenir à l’insérer, mais je livre le lien (Ctrl+clic) :

LA VIDEO est supprimée de U-Tube (pb de droits d’auteurs avec la RTB1). Dommage

  Le double langage par lequel on pleure sur les malheurs du « pays » avant de poser des bombes, vous connaissez ? Je parlais de la Corse, par exemple, comme ça…

Merci pour ces documents, Tonton Marcel…

 
TONTON RASPOUTINE

 
Et un entretien intéressant paru dans l’hebdomadaire  « France catholique » avec Luc Beyer de Ryke, auteur de “ La Belgique en sursis”, éd. François-Xavier de Guibert, 165 pp., 15e.

 
FAUT LIRE JUSQU’AU BOUT !

 
Le mal belge
 
lundi 28 janvier 2008

La Belgique pourra-t-elle se relever de la terrible crise politique qu’elle vit depuis de longs mois
?

Avis d’un célèbre journaliste flamand et francophone… 

  Votre histoire familiale est significative. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Je suis né à Gand. Cette ville a vu naître trois hommes célèbres: Charles Quint, Maeterlinck, écrivain francophone des Flandres qui reçut le Prix Nobel de littérature (il faut relire ”La maison dans la dune” -note de Tontonraspoutine-) et De Geyter qui a composé la musique de l’Internationale. Pour ma part, je suis Flamand de langue française. Je suis né dans une ville, où la « bonne société » était divisée en salons catholiques et salons libéraux ; ils se sont ensuite mélangés face à la montée du flamingantisme. J’appartiens par ma famille à la bourgeoisie libérale : mon grand-père et mon père étaient chirurgiens. Mon père est mort jeune et ma mère s’est remariée avec un avocat professeur à l’université de Bruxelles, assesseur au Conseil d’État et bâtonnier à Gand. Mon grand-père maternel était magistrat. Je suis le « mouton noir » de cette famille puisque je suis devenu journaliste !
 
Présentateur du journal télévisé de la RTBF pendant 18 ans, j’ai été au cours de cette même période conseiller provincial de Flandre orientale et pendant 14 ans conseiller municipal de Gand où la loi m’interdisait de prononcer un mot de français.
  Que sommes-nous aujourd’hui, nous francophones de Flandre ? Rien !

Vous avez fait vos études en quelle langue ?

  À l’exception d’un passage de deux années à l’Athénée, j’ai fait mes études en français uniquement. À Gand jusqu’à la fin du secondaire puis à Bruxelles dans l’enseignement supérieur. Dans ma ville natale, j’ai commencé avec les Dames de l’Instruction chrétienne, qui était encore une école francophone, puis je suis allé chez les Frères des Écoles chrétiennes où l’on étudiait également en français. Ensuite ce fut l’enseignement public, à l’école moyenne, puis je suis entré à l’Institut de Gand, qui était une école libre mais non catholique, où les cours de latin, de grec et de français étaient donnés par des professeurs français dépêchés et payés par le Quai d’Orsay. Aucun Belge ne pourrait faire aujour­d’hui le même parcours scolaire en Flandre. Autre impossibilité : au cours de ma vie politique, j’ai été élu dans toutes les régions du pays - à Gand puis à Uccle où je suis toujours conseiller municipal. J’ai été élu comme parlementaire européen dans une circonscription qui regroupait Bruxelles, la Wallonie et le petit territoire de langue allemande. Aucun Belge ne pourrait aujourd’hui être successivement élu par des citoyens appartenant aux trois groupes linguistiques du pays. Sauf, pour l’instant encore – mais pour combien de temps ? - dans le dernier arrondissement bilingue, celui de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

 
Comment expliquez-vous la crise politique qui a gravement affecté la Belgique dans les derniers mois de 2007

  Cette crise s’inscrit dans un long processus. Mon livre commence avec la fameuse émission de la RTBF annonçant l’indépendance de

la Flandre. En France, on a parlé de canular. Mais cette émission de fiction était plutôt un acte politique. Son animateur, Philippe Dutilleul, est connu en France grâce à l’émission «Strip-Tease»: il m’avait parlé de son projet et songeait à moi pour présenter l’émission spéciale. Il voulait faire prendre conscience de la situation critique dans laquelle

la Belgique se trouvait – et je ne pouvais lui donner tort. Mais j’étais circonspect, je craignais une «prédiction créatrice», l’annonce fictive de la séparation provoquant un choc conduisant à l’éclatement réel du pays. J’ai différé ma réponse, en pensant que cette émission ne serait pas avalisée par

la hiérarchie. Je me trompais: le présentateur en titre du journal télévisé a accepté de jouer son propre rôle dans la fiction et toute la hiérarchie a participé à l’émission. Sa diffusion a provoqué une onde de choc: 80 % des auditeurs francophones ont cru à la véracité de la nouvelle car le scénario était déjà dans toutes les têtes. Chacun savait que tous les dossiers communautaires seraient mis à plat après les élections et que, par conséquent, la formation d’un gouvernement serait ex­traordinairement difficile. L’émission n’a pas créé la crise mais elle a contribué à son emballement.

  Venons-en à ces dossiers communautaires. En France, on ne se rend pas compte de ce que peut signifier leur remise à plat.

Je commencerai par la fin. Du côté francophone, l’écrasante majorité des citoyens ne veut pas la division du pays. Les francophones, bruxellois ou wallons, veulent le statu quo et beaucoup ont la nostalgie de

la Belgique d’autrefois. Les Flamands veulent une profonde réforme de l’État. Mais la majorité des néerlandophones n’est pas séparatiste: seule une minorité -il est vrai importante- milite en ce sens. Mais l’écrasante majorité souhaite un approfondissement du confédéralisme. Or ce confédéralisme est de plus en plus un séparatisme de facto. Nombre de Flamands veulent que

la Sécurité sociale soit coupée en deux, que l’organisation judiciaire soit elle aussi scindée, certains voudraient des plaques d’immatriculation différentes pour les automobiles: la volonté de vivre séparément sous un label commun est flagrante. J’ai souvent en­tendu dire dans des milieux flamands qui ne sont pas nécessairement extrémistes: Avec

la Belgique si l’on peut, sans

la Belgique s’il le faut. Démocrate-chrétien, Premier mi­nistre pendant douze ans, père du fédéralisme, Wilfried Martens croyait que le fédéralisme était un processus qui trouverait un jour son achèvement. Il se trompait: le processus ne peut être arrêté.

  La Belgique a maintenant un gouvernement…

Guy Verhofstadt a réussi un tour de force en mettant sur pied un gouvernement transitoire: il durera jusqu’au 23 mars, date à laquelle Yves Leterme devrait lui succéder. Ce dernier, entouré d’un groupe de personnalités politiques qualifiées de « sages », est en train de préparer des réformes institutionnelles. Nul ne sait ce qui se passera lorsqu’il sera en mesure de les présenter.

  Dans l’histoire de la Belgique, quels sont les facteurs qui expliquent ce processus?

Le premier, c’est bien évidemment la révolution de 1830 et la constitution de l’État belge. À ce propos je précise que la fête nationale belge ne célèbre pas la révolution du 21 juillet 1830 mais le 21 juillet 1831, date de la prestation de serment du premier roi des Belges, Léopold Ier, marié à Louise-Marie, fille de votre roi Louis-Philippe. Il est important de souligner que cet État est né d’une révolution bourgeoise et qu’il va être gouverné en français du nord au sud: toute la classe intellectuelle, les médecins, les magistrats… sont francophones. Il n’y a pas alors une langue flamande unifiée mais des patois qui balkanisent cette partie de la Belgique. Le deuxième fait important, c’est la guerre de 1914-1918.
Avant d’écrire mon livre, j’ai rencontré des personnalités de toutes les obédiences et de toutes les communautés. Quand je parlais à des Flamands, y compris à de jeunes Flamands, tous évoquaient

la Grande Guerre. Pour résumer en une phrase sans doute excessive mais qui est pour les Flamands d’une criante vérité: sur le front, on commandait en français et on mourait en flamand. C’est pendant la première guerre mondiale qu’un petit cercle d’intellectuels flamands se lie à l’Allemagne wilhelminienne. Celle-ci pratique

la Flamen­politik: le gouverneur allemand Von Bissing crée la première université flamande à Gand: on y parle flamand mais on y pense en allemand. Cette université disparaîtra en 1918 mais dans l’entre-deux-guerres on assiste à une montée impressionnante du mouvement flamand. Certains de ceux qui avaient collaboré avec les Allemands pendant la guerre de 1914-1918 reprendront la politique de collaboration pendant la seconde guerre mondiale – par exemple Auguste Borms, fusillé en 1946. Après

la Libération, la répression sera dure et les blessures resteront profondes dans le mouvement flamand.

  Il y eut des collaborateurs, non des moindres, chez les francophones !

Léon Degrelle fut le chef de la division SS-Wallonie. Mais que reste-t-il du rexisme aujourd’hui? Rien.

La Collaboration flamande, quant à elle, n’était pas liée à un homme mais elle est beaucoup plus profonde et étendue que

la Collaboration francophone.

  Vous accordez une grande importance à l’éclatement de l’Université de Louvain…

Que l’on soit catholique ou non, le traumatisme créé par la division entre l’Université de Louvain-la-Neuve et l’Université de Leuven reste profond. Louvain était une des plus prestigieuses universités catholiques du monde! Souve­nons-nous du slogan de l’époque qui est aujourd’hui repris: Franse ratten rol uw matten (rats français roulez vos tapis!) On a divisé la bibliothèque en numéros pairs et impairs - les uns allant aux francophones, les autres aux néerlandophones. Péché contre l’esprit!

  La monarchie maintient malgré tout l’unité?

C’est vrai et c’est faux. Je reprends la formule célèbre d’un ancien Premier ministre socialiste, Achille Van Acker, qui était très hostile au roi Léopold pendant la Question royale: « La Belgique a besoin de monarchie comme de pain». Sans monarchie,

la Belgique cesserait d’exister dans les huit jours. En République, se poserait immédiatement la question du chef de l’État: un président wallon, flamand, bruxellois? Cela dit, la monarchie ne suffit plus à préserver l’intégrité de

la Belgique. Nous sommes dans un régime de particratie absolue. Le roi ne nommera jamais un ministre qui n’aurait pas l’aval des partis. Le roi Albert n’a pas l’influence qu’avait le roi Baudouin grâce à l’expérience qu’il avait acquise au cours de son long règne. Le roi des Belges est en mauvaise santé et sa succession n’est pas assurée car le prince Philippe a débordé de son rôle, par exemple en critiquant le Vlaams Belang, en signant un document patronal ou en prenant publiquement à partie des journalistes flamands. Pendant

la Question royale, 70 % des Flamands étaient favorables à la monarchie, alors que maintenant une importante minorité souhaite une République flamande.
Bruxellois et Wallons ne s’aiment pas beaucoup. Les Flamands considèrent que Bruxelles est la capitale de

la Flandre et ils voudraient partir en annexant la ville et en accordant des facilités aux francophones bruxellois. Le morceau est sans doute trop gros, mais l’intention est clairement exprimée. Les francophones constituent entre 85 et 90% de la population –dont 44% sont d’origine belge. La proportion des immigrés, dont beaucoup sont citoyens belges, est donc importante. Cela permet aux Flamands d’affirmer que Bruxelles est une ville multilingue dans laquelle on compte 10% de néerlandophones mais aussi des anglophones, des arabophones, etc. Pour eux, c’est une grande ville internationale en territoire flamand. Tout cela est exagéré mais il est vrai que Bruxelles est sur la ligne de front. Nous avons autour de Bruxelles les communes «à facilités». Bruxelles est totalement encerclée par des territoires flamands et les communes «à facilités» sont composées d’une très forte majorité de francophones (entre 70 et 80%). Jusqu’ici ils disposaient de «facilités linguistiques» en matière administrative, juridique et politique (voter par exemple pour des candidats francophones). Mais les Flamands les remettent en question et de toute manière exigent que les délibérations municipales soient prises en langue flamande: s’il y a un mot de français, les décisions sont annulées par

la tutelle. Frank Vandenbroucke, le ministre flamand de l’éducation, qui est socialiste, écrit que la loi ne lui permet pas encore de régir l’usage de la langue dans le domaine privé. Je connais des communes où les commerçants ne peuvent pas présenter leurs produits en français et où il est interdit de vendre un terrain à une personne ne connaissant pas le flamand. À Fouron, il a été décrété que l’usage du français constituait un «trouble à l’ordre public». Voilà où nous en sommes. Pour en revenir à Bruxelles, je remarque que la capitale est prise dans le mouvement général de communautarisation: les Bruxellois se sentent avant tout bruxellois, plus que belges. Certains d’entre eux souhaitent que leur ville devienne un district européen.

La Wallonie n’est pas aussi unie qu’on le croit. Si

la Flandre fait sécession, il y aura une République flamande et non une unification avec

la Hollande. La province wallonne du Luxembourg est attirée par le Grand Duché alors que les Liégeois sont francolâtres.

  Comment voit-on cette crise dans les institutions de l’Union européenne?

Avant d’écrire mon livre, je suis allé au Comité des régions où l’on m’a tenu des propos officiels qui ne me renseignent pas vraiment sur la politique européenne: «On encourage les régions mais dans le cadre des États» m’a-t-on dit. Mais si j’en juge d’après un entretien avec Hubert Védrine, la Commission, en encourageant financièrement les régions, a «joué avec le feu». Aujourd’hui, devant ce qui se passe en Belgique, elle est inquiète. Elle se souvient que son siège se trouve à Bruxelles. On la sent prise entre son désir de régionalisme et la crainte de voir des mouvements nationalitaires tels les Catalans et les Basques durcir leurs revendications. «L’Europe aux cent drapeaux» voulue par l’indépendantiste breton Yann Fouéré est une image poétique, mais aussi l’incertitude attachée au morcellement et à l’éclatement des Nations qui transformerait l’Europe en habit d’Arlequin.

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

LE TRIOMPHE D’AMÉLIE (1) / P3C1E32

P3C1E32 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 32)


Amélie



 
N°177 / LE TRIOMPHE D’AMÉLIE (1) / P3C1E32

 
C’est l’histoire du triomphe d’Amélie qui va annoncer le résultat de ses investigations au commissaire Ravot, en présence de Lepif.
Avec un portrait de la belle. En couleurs. Par Tonton Marcel.
 
Lundi 13 juin
11 heures 30
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Elle est triomphante, Amélie. 
 
Positivement triomphante. 

 
Elle serre la main de Ravot (tiens, j’ai cru que dans son élan elle allait me faire la bise, se dit-il un peu déçu), et fait la bise à Lepif (pas déçu, lui) qui lui tapote la croupe avec l’air ravi qu’arbore Christophe Colomb chaque fois qu’il découvre l’Amérique (phase gazeuse, ironise Ravot pour lui-même, en observant le manège possesseur de la sénestre lepifienne, chromatographie digitale, oui, et je te dis pas la colonne !).

  - J’ai du nouveau commissaire, j’ai du nouveau !!!

 
Elle ôte d’un geste large l’ample et chaude cape de lainage écologiquement brut, à peine dessuintée, qui la couvre des épaules aux chevilles, et l’accroche au perroquet verni (fabrication Baumann) où Ravot et Lepif ont déjà suspendu leurs professionnelles gabardines et duffle-coats.

  Apparaît alors vêtue d’un gros pull à col roulé tout vert et d’une jupe toute rouge (en laine itou), tenue par une grosse ceinture de cuir toute marron, qui la couvre jusqu’aux chevilles, parce qu’il ne fait pas chaud, et qui laisse entrevoir des gros bas tricotés à la Bécassine, en anneaux superposés vert et rouge, intercalés d’un peu de blanc pour ne point faire trop dessous-basquine. Du coup, ça fait plutôt bolduc de pizzeria. Et des grosses godasses. Marron. Comme la ceinture. En cuir. Itou.

  Reprend le vaste sac fourre-tout banane tricoté à l’unisson desdits bas où elle pêche un dossier logé dans une couverture cartonnée rouge, fermée d’élastiques verts.

Elle s’assied alors, vive et fraîche autant que rousse, sur le bord de la chaise d’ordinaire réservée aux témoins et prévenus, entre Ravot, de face, et Lepif, de côté, vers qui elle tourne un sourire radieux : le temps n’est plus, certes, où, jeune étudiante, elle se laissait impressionner par la taille du pisse-t-il d’un pète-ale entrevu dans un coin ivre du bar de l’U1[1], kronenbourgeois flatulescent et boutonneux qui, la fixant d’un air trouble, déclarait, lyrique, que les pines orneraient suavement la rose de son teint, qui s’empourprait alors pour la plus grande joie du paltoquet ; ce temps n’est plus (hélas ?), cependant, satisfaite par deux jours d’analyses croisées entrecoupées de synthèses lepifiennes, éprouve-t-elle encore ce pincement reconnaissant, au cœur, à l’endroit de qui put, sinon la surprendre, du moins l’étonner par sa vigueur renouvelée et tendre, tout juste intercalée entre deux chromatos (et même pendant, le monstre). Aussi lui sourit-elle, du fond de son petit cœur qui bat très fort sous son gros pull, ce qui la fait joliment rougir et ressortir l’adorable semis de ses taches de rousseur. Avec un gros soupir, qui bombe adorablement le gros pull dont la grosse laine irrite deux adorables bourgeons déjà bien irrités qui en seraient presque indécents si justement le gros pull n’était pas assez gros pour les perdre dans ses mailles irritantes. D’où frisson. D’irritation. D’irritations.
 

Et tout cela, très vite, tant l’esprit est rapide au sein (vaillamment rebondi et tétonnemment dardé) des filles de France, gentes et amoureuses, et cependant appliquées à leur tâche et tétonnemment tendues, la butte vers leur but.
 

Si bien que Ravot, laissé hors du propos et des regards brûlants échangés devant lui, n’a presque pas le temps de s’en impatienter.
 

N’empêche qu’il lui demande, comme ça, pour faire avancer le shmilblik :
- Eh bien, Amélie, qu’est-ce, mais qu’est-ce donc que vous avez trouvé ?
 

Flop, elle redescend sur terre dans une explosion de bulles roses.
 

- Plein de choses commissaire, plein de choses…
 

Elle est si mignonne que Ravot se retient de lui dire : appelle-moi Jules, mon enfant… Mais il se reprend…
 

Salaud de Lepif…
 

Salauds de jeunes…


[1] Je vous parle d’un temps que les lillois de moins de cent ans ne peuvent pas connaître… et pardon pour l’anachronisme : ce lieu n’est plus, hélas, il reviendra peut-être ? En attendant, les gars, pissons par la fenêtre…



  





DE LA SOUPE / P3C1E37

P3C1E37 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 37)

  N°182 / DE LA SOUPE / P3C1E37

  C’est l’histoire où il est traité de la soupe, des Martiens, des Brachiosaures, flatueux et flatulents,  et des interventions divines subséquentes. Et de l’effet de serre. Où cela se conclut en un concert d’optimisme persan. 

  Lundi 13 juin
12 heures 30
Bureau N°1

 
(Fait suite à P3C1E37)…

  - J’ai effectivement parlé d’odeur de chou, reprend Amaïa…
 
- Ce serait donc une molécule soufrée… C’est celle qui donne son odeur à la soupe au chou…

  - La soupe au chou, intervient Eusèbe, c’est fou ce qu’on a pu en manger après la guerre. Même que ça présentait quelques inconvénients…

- C’est bien vrai, appuie Jeanne. On s’est assez disputés à ce sujet, je te trouvais plutôt sans-gêne d’exprimer aussi vigoureusement tes flatulences… Un vrai Martien glougloutant, de funeste vile raie…

 
- Ça pète les Martiens ? demande Béa…

  - Hydrogène sulfuré et méthane, entre autres, conclut Amélie…
 

- N’empêche que c’est vrai que les choux ça fait péter, confirme Béa, moi par exemple…

  - … et donc, poursuit Amélie imperturbable, c’est le soufre que se substitue à l’azote et bloque la réaction…

 
- … mais pourquoi les Martiens ? continue Béa qui suit son idée. Et de toute façon, on peut quand même pas péter au nez de tous les toxicos, ajoute-t-elle à la réflexion…

- Ni les forcer à manger de la soupe au chou ou de la soupe aux algues, marmonne Rébéquée…

- Et puis s’il y a du méthane, c’est pas très bon pour l’effet de serre, poursuit Amélie, qui a eu des opinions vertes et vertueuses, c’est vingt trois virgule cinq fois plus actif que le céodeu.

- Maintenant, ça aiderait peut-être au réchauffement, on en aurait bien besoin pour lutter contre la glaciation, surtout qu’on circule moins en voiture, remarque Béa…

- Pas sûr, objecte Rébéquée…

- Il faut revoir tout ce côté du problème avec un météorologue, intervient Arthur qui semble plongé dans ses pensées… C’est vrai qu’il y a peut-être quelque chose à faire de ce côté-là… Je repense à ces documents qui ont été retrouvés à Guamblin, sur le creusement des galeries… Elasque-Jean Kronobian, l’ingénieur météo du Pic du Midi du Bigorre qui collabore au journal depuis l’affaire des Écolocroques… Faut lui demander… L’appeler pour ça, mais…

  - J’ai lu un truc là-dessus, continue Béatrace qui ne se laisse pas facilement écarter d’une ligne de pensée qui lui tient à cœur, surtout depuis qu’Arthur est revenu et qu’elle est remontée à grands ahans sur son nuage de bonheur, il paraît que les herbivores produisent des quantités énormes de méthane, c’est le gaz que tu dis, hein ? Et les végétariens aussi, bien sûr, en tout premier lieu. Même que c’était les premiers à protester contre les émissions de céodeu. Oui. Bon. C’est pas ça que je voulais dire : évidemment, c’était il y a encore plus longtemps que l’apparition des Goums, à l’ère secondaire si je me souviens bien, on y trouvait des machins, des vachosaures de dizaines de tonnes qui devaient te faire des pets de plusieurs mètres cubes ! Tu te rends compte de l’effet de serre que ça a pu donner ?
 
- Et Dieu dans tout ça ? demande Amélie, chez qui l’athéisme scientifique profond flotte encore sur un lointain fond chrétien hérité d’une lointaine école maternelle peuplée de cornettes et de bruissantes robes de bure qui psalmodiaient de chaudes et vertueuses patenôtres. 

  Alors, sa jeune âme vaillante, tel le frais papillon qui, déroulant sa trompe subtile, vient s’abreuver au nectar délicieux d’azuréens Gants de Notre-Dame, se nourrissait aux hymnes juteux des ronronnantes soeurs… 

 
Toute cette ambiance souterraine d’antiques madones aux yeux noirs, déesses oubliées, la pousse au mysticisme, et comme, étonnés, les autres la regardent sans rien dire, même Béa, elle poursuit dans la verte[1] veine cryptocathéchiste du céladon de son oeil droit, qui lui vaironne si joliment le regard :

  - … Dieu, chaudement perché sur son nuage rose (oh oui, gospélise Béa qui s’y connaît en nuages et apprécie la chromaticité complémentaire de l’oeil et de son objet, du regardant et du regardé, de la note et de son écho, ce qui lui met un cui-cui dans l’âme, oh oui) dans le soleil couchant, par la chaude soirée tropicale d’un Crétacé plein d’effet de serre, au milieu des anges, des séraphins, des trônes et des dominations, peinard, en train de concevoir les prémisses mammaliens de l’humanité, humant déjà d’une avide narine le parfum suave de l’holocauste des âmes des martyrs aztèques, chrétiens, juifs ou arabes sacrifiés en Ses Saints Noms, et qui se prend en pleine poire les vingt fois vingt mètres cubes (détendus à la pression atmosphérique à 3000 mètres d’altitude) des pets grondants d’un troupeau de vingt UGB[2] qui passe sous ses pieds en meuglant à la proche pleine lune ! Enfoncés les pets de soupe au choux et les fumées de l’embouteillage du périf ! De quoi vous bousculer l’Auréole, la Gloire et la Tonsure, non ? Pas étonnant qu’il leur ait balancé une météorite géante dans le golfe du Mexique pour sonner l’extinction des feux ! A la trappe les sauropodes ! Moi, à sa place, c’est la planète que j’aurais fumée ! pulvérisée ! flytoxée ! atomisée !! Et je serais allée jouer aux billes sur Mars !

  - Oui mais, Jeanne elle a dit que ça pète aussi, les Martiens, l’interrompt Béa…

  - C’est vrai. Alors, peut-être que c’est déjà à cause de ça qu’Il était venu sur Terre, admet, labile, l’alme Amélie. Il finira peut-être par aller sur Alpha du Centaure…

- … ou Bételgeuse, reprend Béa qui a des idées en astronomie. Ce serait bien : on ne serait plus emmerdés par les martyrs arabes qui trouvent amusant de se faire péter en public…

 
- Si le chanoine Biroton vous entendait, ironise Ravot…

  - Stop ! interrompt compendieusement Jeanne qui se lève, l’œil plus glacé que marron à Noël, tout en frappant la table de sa main sèche et dure (et ça fait « bing » à cause du large et lourd bracelet d’or martelé qu’Amaïa lui a offert un jour où elle lui montrait le trésor des Goums en lui expliquant qu’il devait provenir d’un Mède quelconque, sans doute percé par un Perse tout aussi quidam et non moins réduit en impalpable poudre par le temps qui sur toute ombre jette une ombre plus noire[3]).

 
Les derniers locuteurs se taisent et le silence se fait.

  Jeanne poursuit alors, de sa voix de Dragon revenu :
 

- Le temps n’est pas aux digressions !

  Conscients de s’être laissés aller à des propos superficiels et déplacés en la circonstance, les derniers interlocuteurs et teuses se taisent donc et baissent un front confus :

 
- Pardon, Jeanne, tu as raison, bredouille Béa, mais…

  Jeanne lui coupe la parole, froide et tranchante, rejetant, en un geste gaullien, excuses et regrets :
 
- Ça ne va pas ! On est là à se défendre et à se lamenter, comme si ces Ostrogoths nous avaient déjà vaincus ! Mais nous avons des avantages !

Elle bombe le torse (Béa baisse le nez pour ne pas pouffer en se disant, mortifiée : et comment tu seras à son âge ?) et, telle Sraosha[4] dont elle porte le signe, lève un bras gainé d’or où chacun voit un foudre :

  - Alors, sus ! Attaquons ! Taïaut ! Montjoie Saint Denis ! Palsambleu ! Cocorico ! Pouèt-pouèt !

 
Et, avec un bing métallique et persan, elle repose la main à plat sur la table dans le silence surpris du public.

  On se regarde.
 

En chacun monte alors un appétit de gloire.

  Amaïa enchaîne, contralto vibrant :

 
- Elle a raison.

  Et les autres hochent approbativement la tête en grondant sourdement :
 
- Oui, oui, elle a raison…

  Eusèbe baryton reprend, un ton plus haut :

 
- Elle a raison !

  Le grondement s’accentue, avec de-ci de-là une voix qui perce dans l’aigu sur le bourdon de base :
 

- Oui, oui, elle a raison, elle a vachement raison…

  Rébéquée ne dit rien, mais semble soulevée, poussée en haut et en avant par une impatience qui la travaillerait, sournoise, au périnée…

 
Sur ce fond bouillonnant, on n’entend que Béa qui martèle le rythme tout en hochant la tête :

  - Ouais, ouais, ouais, ouais…
 
Ravot, tendu, observe.

  Lepif, tétanisé, serre la main d’Amélie qui, les lèvres mordues, halète inconsciemment…

 
Et Arthur, alors, se lève en étendant les bras, imposant le silence : 

 - Chuuttttt, souffle l’assistance…
 

- On a au moins un avantage : ils ignorent ma guérison…

  - Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…

 
Ravot enchaîne, mais sans se lever tant il se veut modeste en ces lieux et en cet instant qu’il sent chargés d’histoire :

  - Nous connaissons leur drogue…
 
- Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…

  Amaïa se lève à son tour :

 
- … et son antidote !

  - Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…
 
Arthur reprend :

  - Nous les avons vaincus… Nous les vaincrons encore.

 
Et ils se lèvent tous.

  Et ils Boivent La Soupe.
 


[1] Le vert sied aux rousses.

[2] Unité de Gros Brachiosaure (ou Brontosaure selon les cas) : entre vingt et cinquante tonnes pièce.

[3] Les Goums, qui vivent entre eux, n’ont rien à foutre des trésors d’or et de pierres précieuses, leur esthétique étant plus globale que personnelle. Mais ils ont repéré le goût que manifestent les Goumyôs pour ces colifichets et l’intérêt qu’ils pouvaient avoir à récupérer, au cours des siècles, tout ce que ceux-ci peuvent laisser traîner dans le genre, soit à l’occasion de naufrages maritimes (fréquents dans la région), ou terrestres, consécutifs à l’une ou l’autre bataille, bagarre (emprunté du provençal bagarro, adaptation du béarnais batsarre (ou bacharro) « rixe, vacarme », lui-même emprunté du basque batzarre, proprement « rassemblement », ce qui marque de manière intéressante le regard que les uns portent sur les mœurs des autres lorsque l’on se déplace de l’Ouest vers l’Est. Du Nord au Sud, on se contente de faire appel à un traducteur ou de tirer dans le tas.), ou discussion. C’est une éventuelle monnaie d’échange ou d’acquisition qu’ils ne montrent jamais, sinon aux leurs. Pour d’évidentes raisons : pensez à ce qu’auraient fait les élus locaux de Saint Tignous sur Nivette d’une telle révélation ! Ce cadeau constitue donc une marque d’adoption sans réserve qui a beaucoup flatté Jeanne. Qui le porte toujours lorsqu’elle se trouve « en bas », comme elle dit elle-même. En plus il lui va bien.

[4] Sraosha est le dieu justicier, chez lez Mèdes.

FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

P3C1E46 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 2)

 
N°191 / FRÈRE JEAN DES ENTONNOIRS / P3C2E2

 
C’est l’histoire où Eusèbe et Jeanne, se rendant à l’Élysée, font la connaisssance de Frère Jean des Entonnoirs et de Cloclo Chatapus, gentille hôtesse.

clocloorson



Mercredi 15 juin
Départ pour Paris

  Les places ont été retenues par l’Elysée. 

  Il y a queue à l’enregistrement.
 
Un moine, devant eux.

Un gros.

Un peu agité peut-être. 

  On discute, et on les traite avec les égards polis que l’on doit aux gens du troisième âge et demi dont les places sont payées par l’Elysée.

 
Le moine, grand gaillard barbu à l’épaisse toison brune sommée d’une large tonsure éburnée[1] entretenue au Miror, porte un grand bâton et refuse de s’en séparer : c’est son bâton pastoral. Sa houlette. Et un moine ne se sépare pas plus de sa houlette qu’une charmante hôtesse de ses houppettes[2] habituelles. 

  Jeanne pense que c’est un franciscain, Eusèbe, que c’est un dominicain. Ils lui demandent. C’est Jeanne qui a gagné : les dominicains sont en noir et blanc, les franciscains en sépia. Il appartient à l’Ordre des Frères Mineurs, vit dans une petite communauté établie dans la montagne, au-dessus de Marinoval, il s’appelle Frère Jean des Entonnoirs de son nom d’Eglise, et il défendra jusqu’au bout son bâton, qu’une douce hôtesse tente de lui enlever avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Au deuxième sourire, il cède avec un gros soupir, et le bâton rejoint dans la soute les houppettes de l’hôtesse. 

  Privé de son bâton et pour ne point se laisser abattre, le moine offre aux témoins compatissants une gorgée du Chablis qu’il serre précieusement en un jéroboam ventru qu’il vient de déboucher pour en vérifier la qualité sacerdotale, après l’avoir extrait du creux profond de la vache informe qu’il porte à bout de bras. 

 
Ils disent non merci, pour n’avoir point à lever la bombonne quadruple qui doit peser le poids d’un moine mort[3]

  Le moine vif adresse un regard de compassion très chrétien à leurs pauvres bras affaiblis par l’âge et cherche des yeux dans l’environnement désespérément sec et platement utilitaire du hall inoxydable, un gobelet salvateur qui leur permette de partager chrétiennement, comme il sied, ses libations.
 

Mais il n’a pas le temps d’aller au bout de ses investigations. 

  Les passagers sont appelés pour l’embarquement et il leur est demandé de souscrire de bonne grâce à la fouille de leurs bagages à main, chaussures, et tout ça, avec portiques et machines qui regardent dedans sans les ouvrir.

 
Les passagers qui se trouvent devant Eusèbe et Jeanne ne font rien sonner d’alarmant, juste un bandage herniaire renforcé et une armature blindée de soutien-gorge rural, mais révèlent dans les sacs rayonzixés de nombreuses boîtes de saucisses de pyxide, ce qui ne gêne en rien leur passage mais trahit l’importance de la pénétration de l’intoxication chez les aviomobilistes.

  Le moine ne transporte qu’un bréviaire peu usagé, trois paires de chaussettes de laine bleu marine (tricotées par des sœur clarisses), deux slips à poche « Petit Bateau » assortis (mais non point tricotés, c’est la couleur qui est assortie), une boîte d’hosties petit modèle (Ø 28), non consacrées, deux paquets de Biscuits Petit Jésus, et son jéroboam de Chablis de messe. 

 
Sommé d’avoir à s’en débarrasser par le contrôleur qui procède à la fouille de sécurité avant l’embarquement, et qui lui explique que les liquides sont proscrits en cabine, Frère Jean des Entonnoirs refuse fermement de se séparer de son outil de travail et déclare préférer le consommer illico presto, en un sain sacrifice, plutôt que d’admettre un éloignement injuste, profanateur et quelque part (il a dit quelque part mais n’a pas précisé où) arbitraire, des saintes espèces. 

  Et donc, traire pour traire, il se descend le flacon derrière le scapulaire d’un seul trait puissant et sans respirer, rote un peu en disant amen, et fait observer au vétilleux contrôleur que là où il se trouve maintenant, le saint liquide pourra voyager en toute sécurité, nonobstant un éventuel renard de trou d’air dont la compagnie serait alors responsable. 

 
Dont acte.

  On lui explique les sachets de secours, il montre la bombonne, et il devient évident que le secours est tout juste prévu pour une secrétaire anorexique ou un cadre supérieur bien élevé qui soigne sa ligne et son cholestérol.
 
Ou un Anglais.

  On frémit, mais on assume, et le moine est autorisé à embarquer.

 
Embarquement interrompu par la sourde protestation d’une dame valétudinaire et dotée de longues dents jaunes et de longs gants gris, membre d’une association qui a pour raison de vivre la lutte contre les discriminations diverses opérées à l’encontre des minorités forcément malheureuses et opprimées, et qui a relevé un trait aussi raciste qu’homophobe dans la manière que le moine a eue de parler d’arbitraire, puis de traire, ce qui crée une double équivoque en introduisant une césure perfide au sein d’un mot qui n’en demandait pas tant. 

  Les passagers la huent un peu pour presser un mouvement qui tend à s’éterniser à propos de broutilles, peccadilles, vétilles et autres brimborions d’autant plus secondaires que personne ne se sent concerné par la minorité évoquée par la dame, la troupe passagère ne comprenant que cinq Mélano-africains, trois Mélano-mélanésiens, deux Ictéro-chinois et quatre Ictéro-japonais dont un seul comprend notre idiome. 

 
Et un Anglais. 

  Roux. 

 
Outre les caucasiens rosissants ordinairement majoritaires. 

  Mais pas d’arbitres, qui eussent pu se sentir visés.
 

C’est donc sur un flop idéologique que la vertu de la dame se replie sur soi avec d’obscurs grognements de frustration scandalisée, que le moine apaise par l’offrande rédemptrice d’un biscuit de Petit Jésus. 

  La dame  l’accepte malgré tout, par grandeur d’âme, et elle se conforte en outre d’une saucissette discrètement et égoïstement absorbée lorsque le moine lui a tourné le dos.  

 
On monte dans l’avion. 

  C’est un petit, mais il est bien plein. 

 
Il faut dire que la fréquence des vols a diminué depuis que le mauvais temps a imposé des détournements, des ajournements, des retards tels que plus une seule ligne aérienne ne peut se targuer d’être « régulière », surtout l’hiver. 

  Aujourd’hui, ça va, on décolle à l’heure, et l’hôtesse pousse son petit chariot de boissons et de grignoteries entre les rangées de passagers.

Le hasard a placé le moine sur le siège unique situé de l’autre côté de l’allée par rapport à Eusèbe et Jeanne. 

 
Jeanne prend un café et une saucissette, en croisant les doigts pour que la « poudre de protection » qu’Amélie a bricolée avec Amaïa et qu’elle leur a administrée avant le départ se révèle efficace. Eusèbe aussi. En plus, ils se sont gavés de soupe.

  Le moine s’endort et ronfle, nimbé d’une gloire acidulée d’effluves de Chablis. Il déborde un peu de son siège. Surtout sa cuisse droite.

  Eusèbe regarde par le hublot défiler les blanches hauteurs du centre de

la France encore enneigées, sillonnées en fins traits noirs de quelques cours d’eau et de quelques grands axes routiers. 

  Sans rien dire, Jeanne vérifie le « petit matériel » qu’elle a rangé dans le sac qu’elle a ressorti du coffre à bagages placé au-dessus de son siège, « pour prendre un mouchoir ». 

  Apparemment, la poudre d’Amélie est efficace, puisqu’elle ne ressent aucun des effets particuliers qui lui ont été décrits en cas d’intoxication.

Son euphorie présente est juste liée au plaisir du voyage aérien en compagnie d’Eusèbe.

 
Le moine s’éveille, ouvre des yeux globuleux, rote, et se lève d’un coup en se cognant au coffre à bagages. Il retombe, sonné, avec un grognement rageur et un fracas de siège torturé.
 
On le regarde.

  Une hôtesse se précipite : c’est celle qui a réussi à lui prendre son bâton avec un sourire tendre et d’une main câline. 

 
Mais cette fois, le bonhomme semble plus nerveux. 

  Or, malgré les entraves que lui impose son habit flottant, ça n’en est pas moins un sacré morceau de moine, et la mignonne employée de transport aérien se retrouve, sans malice, les quatre fers en l’air au milieu de l’allée, dévoilant la charmante petite culotte blanche brodée de petits coeurs roses que dissimulait sa stricte jupette d’uniforme gris.

Ça crie un peu, et le moine se lève, mu par d’indistinctes intentions.

 
La seconde hôtesse se précipite alors au secours de sa consoeur qui se redresse vite, tant pour reprendre une position plus digne que pour se défendre de ce qu’elle perçoit comme une agression possible encore que surprenante du fait d’un saint homme. 

  La seconde hôtesse brandit un paquet de saucissettes dites de secours : son dernier stage « sécurité » lui a appris qu’elles sont susceptibles de guérir de manière quasi instantanée l’agitation imprévue parfois constatée chez certains passagers qui en sont gros consommateurs.
 
Mais elle s’empêtre dans les quilles encore quelque peu éparses de sa collègue qu’elle renvoie au tapis, pour la plus grande satisfaction d’un passager voisin qui découvre pour la seconde fois les petits coeurs roses brodés sur la petite culotte blanche. 

  Et même un petit frison qui dépasse. Yeah !

 
- Ouille, dit la petite mignonne hôtesse troussée derechef en s’effondrant sur la fesse droite.
- Merde, dit la seconde hôtesse, en lâchant les saucissettes qui se perdent sous les sièges.
- Grrrrr !!! grogne l’ursidé monastique, maintenant debout dans l’allée en fixant d’un œil vorace les  fuseaux soyeux des mignonnes cuissettes que découvre la petite jupe relevée jusqu’aux petits coeurs roses.
- Pschiitt, fait la petite bombe pharmaceutique que Jeanne presse sous les naseaux dilatés de Brun en rut, dont l’habit s’est soudain orné, sous la cordelière nouée, de rien moins qu’une proue de drakkar.
- Flop, fait ladite proue de drakkar en sombrant mollement parmi les plis de la bure, tel, englouti, le vaisseau viking heurtant dans le brouillard un iceberg imprévu au fin fond froid d’un fjord.
- Ouf, fait la seconde hôtesse, comme un vrai diplomate en période de détente.
- Ouf, fait la petite hôtesse en se redressant et en rajustant son pimpant uniforme sur les  fuseaux soyeux de ses mignonnes cuissettes. Mais avec un léger retard et un petit éclat dans l’œil gauche.

Et elle se frotte la fesse droite.

  - Qu’est-ce qui m’arrive ? demande le moine ahuri par cette succession d’évènements.
- Rien du tout, lui explique Jeanne en rangeant sa petite bombe au fond de son sac. Vous avez fait une crise d’asthme, sans aucun doute. J’avais ma Ventoline à la main, je vous en ai envoyé une petite dose…
- Mais je ne suis pas asthmatique, se défend le moine, confus de se trouver ainsi au centre d’un incident.
- Oh, on n’en est pas toujours conscient, vous savez…

 
La petite hôtesse se rapproche, semble-t-il partagée entre la crainte et la petite lueur qui danse toujours dans son œil gauche. 

  Elle pose tendrement une main câline sur le gros bras musculeux du moine confus :
- Vous devriez vous asseoir, Monsieur le Moine, s’il y avait un trou d’air…
- Un trou d’air (il rougit)… Bien sûr… Je… Je suis désolé, Mademoiselle, je ne sais pas ce que j’ai bien pu faire… Je m’étais endormi, et…
- Ce n’est rien, appuie la seconde hôtesse qui s’est rapprochée. Un trou de mémoire consécutif à un trou d’air sans doute. Cette contagion des trous est fréquente dans les transports aériens. D’ordinaire une saucissette en vient à bout. Mais ma maladresse…
- Je suis tellement confus…

 
La mignonne petite hôtesse pose tendrement sa main câline sur l’épaule musclée du moine, qui frémit sous l’âpre bure : 
- Voulez-vous que je vous apporte à boire, Monsieur le Moine ?
- Frère Jean. Appelez-moi Frère Jean… Frère Jean des Entonnoirs, pour vous servir…
- Moi, c’est Cloclo… Cloclo Chatapus…

Elle a un sourire.