logo

HOMMES POLITIQUES / P2C2E10

P2C2E10 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 10)

 
N° 111 / HOMMES POLITIQUES / P2C2E10

 
C’est l’histoire où les édiles se concertent. 

  Mardi 3 mai
10 heures 30
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

  Dans le bureau du Maire, depuis le matin, c’est le grand bazar : un crime mystérieux dans la maison, c’est du sérieux. Au point qu’il a fait venir le Conseiller en matière d’économie électorale. Bien forcé, ce sont les seuls Hommes Politiques. Les seuls vrais, s’entend. Les pros. Ceux qui font carrière, quoi. Les autres restent des amateurs, avec des idéaux, des idées et tout ça. On les appelle des militants de base et ils sont parfois élus comme conseiller municipal ou quelque chose dans le genre. Ils soutiennent, appuient, manifestent, signent des pétitions, recrutent, discutent, écrivent des courriers dans les journaux du parti (de leur parti, peu importe lequel), achètent des produits dérivés (tee-shirts, banderoles, voyages de soutien, congrès, déjeuners républicains, et puis, réunions, réunions, réunions…) bref, ils constituent « l’ancrage ». Les pros, eux, font carrière. Surtout Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, en fait, puisque le Maire, lui, en reste à sa mairie. Il a compris, avec la sagesse des vieux rats, qu’il vaut mieux s’en tenir à un fromage acquis dans lequel on a su se creuser un trou confortable, que courir après une éventuelle fromagerie. Le Maire est un sage (puisqu’il le dit !) et il en a vu tellement trébucher sur des croûtes fleuries ou glisser dans des calendos coulants qui semblaient vous tendre les bras et qui en fait n’étaient que des amorces de pièges… Mais, bon, à chacun sa stratégie. Hilarion-Jovial vise la députation. Il y croit. Enfin, il croit en Lui… Le Maire garde sa Mairie. Surtout que, hein, maire de père en fils, c’est pas un Hilarion-Jovial qui viendra le dégommer ! Et puis c’est un casanier et tous ces déplacements… Surtout maintenant, avec les problèmes climatiques… Courir de réunion en assemblée… Sans parler des universités d’été ! Au moins, à la Mairie, ce sont les autres qui viennent le voir !

 Alors, un crime… Bien sûr, c’est au Matois, mais c’est quand même dans le bâtiment de

la Mairie… Et ce commissaire qui ne veut pas jouer le jeu. Il ne le « sent » pas ce commissaire.  Il a essayé de le tester, lui proposer un logement, des avantages, mais sans résultats. Parachuté par qui et pourquoi ? Il avait pourtant su négocier le virage après le départ des Écolocroques ! L’ont bien eu ceux-là… Heureusement tout est allé trop vite pour qu’il donne l’impression d’être vraiment mouillé. Comme dit sa femme, il a des plumes de canard… Ça glisse sans le mouiller… Tout est rentré tranquillement dans l’ordre, et les Malfort lui ont fichu la paix. Bon, il y a bien eu la fusion avec le Matois, mais c’est un moindre mal : « on » n’en a plus qu’un à surveiller, et c’est autant de subventions d’économisées qui peuvent servir pour des amis… 

  Les Malfort aussi après tout font de la politique, avec le fils qui court aux basques de l’ONU pour ramasser les miettes laissées par les Écolocroques… Bénévole ! Tu parles !!! C’est pas au Maire qu’il faut raconter ça. Et ces « Numéros » que personne n’avait vus et qui ont poussé comme ça, d’un seul coup… Bon. Passons. Faut pas ressasser. Comme dit sa femme : ça te fait du mal, mon biquet…
  En attendant, ils doivent se mettre d’accord sans avoir l’air d’être d’accord, et c’est de ça qu’ils parlent avec Hilarion-Jovial. Parce que c’est vrai que le petit journaleux qui s’est fait tuer (ils n’en savent pas plus, et ça le met en rage, le maire, fut un temps où il aurait été invité à l’enquête, à donner son avis, après tout, il est responsable de l’Ordre dans sa ville, quoi, merde !), c’est vrai qu’ils sont dans les derniers à l’avoir vu ! Avec tous les gens de Tapas’Embal’, et surtout cette salope de Finette qui est bien la seule à réussir à l’allumer. Avec sa femme, bien sûr, mais elle, c’est une laborieuse qui le travaille dans la racine de bruyère comme elle dit elle-même. Et qui veille à sa carrière : « Liés par

la Carrière plus que par le lien conjugal »… Marrant. Positivement marrant.

  Hilarion-Jovial, lui, il s’en fout de Finette. Trop occupé. Se purge à sec dans son tréteau, et l’affaire est dite, comme la femme du maire lui a expliqué un soir où ils parlaient de lui après une séance réussie de racine de bruyère :
- Faut pas croire, mon biquet (sa femme l’appelle souvent « mon biquet » dans l’intime), mais ce petit Hilarion-Jovial, entre sa mère, sa sœur (il a aussi une sœur du genre éminence grise à ce qu’il paraît : Ordegale-Junie, épouse Lebièvre ! Mais où vont-ils les chercher ?) (assez grise, en effet, il l’a vue une fois, dans l’ombre ; elle se veut « de bon conseil » !) et sa femme, il doit pas rigoler tous les jours. Et le père, il paraît que c’était un terrible ! Forcément, il doit toujours se montrer à la hauteur, c’est ça qui le fait courir ! C’est pas la course à l’échalote, c’est la poursuite de l’oignon ! Et tu sais, ces nanas, toutes maigres, ces manches de brouettes, c’est des obstinées. C’est pas comme moi, hein mon biquet, moi c’est dans le suave, le velouté, le…

Bon, là, il a arrêté d’écouter parce qu’il n’en pouvait plus de la racine de bruyère. 

  Bref, le Maire se dit qu’Hilarion-Jovial doit avoir des excuses dans sa course à la députation : les réunions, ça lui fait des vacances. D’autant plus qu’il adore magouiller et qu’il a du pain sur la planche, rien que pour jouer d’une tendance de son parti contre l’autre, pour évincer Pierre, Paul et Jacques a priori mieux placés que lui, d’après les statuts, l’expérience et tout ça, mais moins ficelles. Et puis, hein, avec le soutien d’une éminence grise… Ça le fait se marrer, le maire, l’idée de l’éminence grise, parce qu’il se souvient d’un sketch idiot entendu à la radio où on (mais qui ?) définissait l’Éminence grise comme un slip sale… C’est con, mais ça le fait se marrer. Du coup, il a perdu le fil de la conversation et il a cessé d’écouter Hilarion-Jovial. Pas très grave, neuf fois sur dix il parle pour ne rien dire : habillage rhétorique (babillage rhétorique, cafouillage théorique, bavotage diarrhéique, pense le maire) destiné à noyer l’interlocuteur pour « enfoncer le clou ». Même quand il n’y a pas de clou à enfoncer, juste l’habitude, pas perdre la main, toujours montrer que c’est lui qui sait.
 
En attendant, ils doivent trouver une stratégie commune face à ce qu’ils subodorent tous les deux comme présentant une menace : le crime. 

  (Et Hilarion-Jovial, en passant, se demande si le maire, comme ça, au passage, ne pourrait pas, pas hasard, se trouver vaguement, de loin, comme qui dirait mêlé à l’histoire ? Ou même simplement mêlable… Après tout, c’est dans sa mairie que c’est arrivé, et il a toutes les clés, et qui sait ce qu’il a pu faire quand il les a quittés hier soir en sortant de l’inauguration du Tapas’Embal’ ? Hein ? Ça libèrerait le terrain pour la mairie aux prochaines municipales, non ? Parce qu’en fait, Hilarion-Jovial a fait ses comptes, et bien sûr, la députation c’est bien pour le prestige, mais le but réel, c’est

la Mairie et une Communauté de Commune tout autour : si tu fais le compte, c’est nettement plus rentable. D’abord, l’indemnité peut aller jusqu’à 1,5 fois l’indemnité parlementaire d’un député de base. Sans les frais que celle-ci impose. En gros, ça peut aller jusqu’à 8 277 euros net par mois[1]. Et si ça peut aller jusqu’à, tu peux faire confiance à Hilarion-Jovial, ça ira jusqu’à. Sans compter les à-côtés en permis de construire (c’est la spécialité d’Hilarion-Jovial. Il est fasciné par le foncier et sa propriété privée, surtout quand le privé, c’est lui. En macroéconomie, il appelle ça la base structurante de la société…), attribution de marchés publics (il a déjà envisagé six ou sept ronds-points pour désengorger des champs de maïs aux accès saturés de corn-pickers au moment de la récolte), écoles et cantines scolaires, maisons de retraites (les vieux ont le legs facile quand tu leur amènes la doublure de leur chanteur préféré) et tutti quanti, t’as vite fait de tripler la mise. Mais ça, c’est du secret-secret… En résumé, mouiller le maire dans une histoire de meurtre pourrait faire gagner du temps et éviter des efforts électoraux et des fatigues inutiles). (Avant d’en revenir à députation qui fait quand même mieux comme prestige et utile comme pouvoir et comme influence : deux fers au feu, toujours !).

  (Et le Maire se dit que si Hilarion-Jovial connaît les parents de Luis, c’est peut-être qu’il en sait plus qu’il ne veut bien le dire, et que donc, il cache quelque chose de dangereux pour lui, le maire, qui sait qu’il (Hilarion-Jovial) vise son écharpe à lui (maire), mais quelque chose qui pourrait peut-être se retourner contre lui (Hilarion-Jovial), si le commissaire Ravot l’apprenait, et l’apprenait de lui (maire), vu que c’est toujours bon d’avoir le commissaire dans ses petits papiers et réciproquement, alors, s’il trouve… Les pauvres parents de ce pauvre Luis, frappés par ce deuil terrible et tellement injuste, apprécieront certainement le réconfort officiel que lui (maire) pourra leur apporter et donc lui (maire) confier ce que leur fils a trouvé chez les Malfort, qui sait, sur lui (Hilarion-Jovial), ou sur lui (maire), et selon le cas, étouffer ou monter en épingle…)

  Bon. Déjà, une chose est sûre, c’est qu’ils sont partis avant les autres et avant le jeune Luis. On le connaît, ce jeune. Et tout particulièrement Hilarion-Jovial le connaît, puisqu’il est seulement de quelques générations d’élèves plus vieux. Il connaît ses parents, qui sont favorables à son parti, même s’ils ne sont pas militants et s’ils n’en voient que la jolie façade idéologique sans descendre jusqu’au « pragmatisme opératoire » dans lequel nage délicieusement Hilarion-Jovial. Et dans quelques jours, le temps que le gamin soit enterré et qu’ils aient « fait leur deuil » (enfin le plus gros), comme on dit (c’est marrant, ça rappelle à Hilarion-Jovial ce qu’il a dit à son prédécesseur député : j’ai mis les instances du parti dans ma poche, tu peux « faire ton deuil » de ton investiture !), et il pourra récupérer toutes les informations qu’il voudra auprès d’eux. Il est certain qu’il y a des choses à glaner, après tout, il travaillait à la Lanterne et il n’avait pas les yeux dans sa poche…

  Mais d’ici là, on ne sait rien, on n’a rien vu de spécial, on ne connaissait pas les autres participants de la soirée, juste Finette, s’ils insistent, et encore, elle a tellement changé… OK, on est d’accord, on n’en sortira plus, promis juré, parole de scout. Et les deux Hommes Politiques se serrent des mains professionnelles dans une poignée de main professionnelle qui dure juste ce qu’il faut pour en faire profiter toutes les caméras et tous les appareils photos à qui elle est destinée. L’habitude, même s’il n’y a pas de photographes. Mais on ne sait jamais… 

  - Monsieur le Maire…
La secrétaire vient de frapper et de passer la tête par la porte :
- Oui, qu’est-ce que vous voulez ? J’avais dit que je ne voulais pas être dérangé…
- Vous aviez rendez-vous avec Gertrude Pilon…
- Gertrude Pilon ??? Ah oui…
Un regard à Hilarion-Jovial qui hausse les épaules :
- Faites-la entrer si vous voulez, à moins que vous ne préfériez que je parte… Je crois bien qu’on a fait le tour de la question…
- Non restez, si je me souviens bien, c’est une allumée de la MJC et elle loue un appartement à Arnaud Boufigue…
- Oui, je vois qui c’est, oh, ça nous changera les idées…

  Et c’est comme cela que Gertrude a pu inviter simultanément, et « sans faute », les deux édiles à participer à cette réunion secrète réservée aux VIP « à 19 heures à Super Troc »…
 


[1] Chiffres de fin janvier 2007, qui devront être actualisés pour le début du mois de mai 20xx)

LE PETIT MATOIS SUBREPTICE / P1C1E1

P1C1E1 (Partie 1/Chapitre 1/ Épisode 1)
 

C’est vous la chanteuse, Madame ?
Enchanté !

Dupont,
Les Bijoux de la Castafiore
Hergé


C’est l’histoire où Victor cherche vainement ses petites affaires.

  Mardi 12 avril
8 heures
Le Petit Matois Subreptice
 


- On a piqué mes Écolocroques ! le Boulet

Enervé, Victor Bourriqué bouscule tout ce matin-là dans la salle de rédaction du Petit Matois Subreptice, le journal régional d’inspiration « Verte » de Saint Tignous sur Nivette, dont il est rédac-chef. Petit journal, bon, c’est pas Le Monde, mais comme dit Jules, Jules Tefigue, rédacteur au même, qui aime bien citer son ancêtre ou approprié tel, vaut mieux être le premier du village que le second à Rome !

  Petit et vif, Victor, que ses collègues appellent entre eux Vic, ou le Boulet, parce qu’il est toujours pressé, qu’il a une tête ronde de vieux Gaulois et qu’il est facilement en pétard, a fait la découverte du siècle, comme il le dit lui-même, lorsqu’il a mis au jour le mouvement clandestin des Écolocroques. Il prépare d’ailleurs à ce sujet une série d’articles retentissants qu’il se propose de sortir sous la forme d’un quasi feuilleton au début de la saison touristique, lorsque le tirage remontera du fait de la fréquentation accrue de l’Office de Tourisme. Parce que l’OT promeut activement le Petit Matois Subreptice (le Matois tout court pour les initiés).
 

Et voilà qu’il a perdu les informations soigneusement collectées depuis un mois et qu’il classait, il en est sûr, enfin, quoi, dans le tiroir du haut de son bureau !

  Faut dire que rien ne va ce jour-là. Un vrai jour OGM[1]. A éradiquer avant la naissance ou à noyer dès que.

Ça a commencé par une panne de café qui l’a contraint à faire une halte au bistrot chez Mado. Mal réveillé et avec les bavardages des pas encore couchés de la veille qui lui ont collé la migraine.
  De ces jours dont raffole par esprit de contradiction Clémentine (Clémentine-Esméraldine Kaligourian), Clèm, sa compagne attitrée, qui ne boit que du thé et que même qu’elle commence à se demander ce qu’elle fait avec ce Boulet qui devient pesant alors qu’elle, courriériste au quotidien à fort tirage régional « La Lanterne du Fort », 100 000 exemplaires quotidiens, éprouve un attrait de plus en plus sensible pour les OGM[2] qu’elle côtoie quotidiennement à La Lanterne. Pour dire si le tirage de

La Lanterne déborde dans le ménage ! C’est vrai qu’au début, il y a… pffff … sais plus… elle avait craqué pour les crocs de la moustache cirée et le têtu poilu du petit bonhomme marrant et vif, actif, volontaire, « sans concessions » (enfin…).
L’usure de la réalité quotidienne…

 Victor a tout retourné sur et dans son bureau, installé dans le coin le plus reculé de l’ancien réfectoire du couvent des Marmoréens, qui est devenu

la Mairie, où

la Municipalité héberge la rédaction du Matois.

Coincé juste devant le débouché de l’escalier condamné par une lourde porte cloutée qui mène à l’étage et qui jadis reliait le réfectoire à la bibliothèque du couvent. Ce qui l’hiver ne manque pas d’ajouter l’inconfort de vents coulis à l’inconfort du lieu, mais, comme dit le Maire, Félicien Belcoucou, à local prêté, on ne regarde pas les joints !
  Six piliers massifs en soutiennent les voûtes séculaires. Couverts d’affiches et de notes, post-it et autres signes et signaux destinés à servir de pense-bête, de pense droit et de pense fort aux usagers du lieu, ils ponctuent cet espace laborieux et bruyant où les quatre rédacteurs du Matois s’activent à longueur de jour, de semaine et même parfois de nuit. 

  Les deux autres notables spécimens de cette rédaction, Jules Tefigue, originaire du Sud (le Sud, c’est le Sud-Est, quand on est dans le Sud-Ouest), et Rébéquée Taritournelle, originaire du Québec, courent présentement les commerces de proximité du centre-ville pour enquêter sur l’opportunité de l’implantation d’une Grande Surface supplémentaire dans l’immédiate périphérie urbaine. Comme dit le Maire, c’est pas parce qu’on sait ce qu’ils pensent qu’il ne faut pas leur demander leur avis. De toute façon ça ne change rien, mais ils ont l’impression qu’on s’intéresse à eux et donc qu’on les soutient. C’est la foi qui sauve. Après on a les mains libres. Et c’est bon pour les Elections. Ça c’est le quotidien de Rébéquée et de Jules. Le « local ».

 
Restent donc au Matois Victor et Béatrace, lui, chef pensant, chargé de l’Investigation, elle plutôt spécialisée dans les labeurs d’impression, voire dans l’impression de labeur, parce qu’elle a toujours l’impression que c’est elle qui fait tout ici. Elle ne déteste rien tant que de devoir s’occuper des « bilboquets » qu’on lui refile régulièrement sous la forme de petites annonces ou de tracts à intercaler dans son planning. Ça la met grognon.
Elle est souvent grognon.

  Les quatre téléphones sonnent en même temps sans que personne y réponde (on prendra les messages plus tard) et l’imprimante gros calibre ronronne dans son coin en attendant que Béatrace, sa conductrice attitrée en ait fini avec son troisième petit café matinal. Du Nes, imbuvable pour Victor. L’édition sort vers dix-huit heures et il faut pour ça « boucler » à midi pour « virer » les fichiers vers l’imprimerie qui édite la nuit

La Lanterne du Fort, et en complément sort leur édition[3]  le soir. C’est toujours la bourre. Pour aujourd’hui, c’est bon, et l’équipe prépare demain. Mais ce sera chaud.

  Entre papiers, stylos, écran, clavier, tasses vides, trieurs, dossiers, classeurs et tasses pleines mais oubliées, refroidies et abandonnées avant d’être transformées en tasses vides via la cuvette des chiottes, Victor rame à grands gestes en farfouillant dans tout ça comme un hamster dans sa cage. Les mâchoires (qu’il a fortes) serrées, les lunettes glissées au bout du nez (des demi-lunes, il n’a jamais supporté autre chose, a essayé le pince-nez mais ça fait vraiment snob et même con a dit Clémentine) (avec raison), les sourcils méphistophéliques (noirs de jais, Clémentine lui teint. C’est un secret conjugal, parmi d’autres que vous n’avez pas besoin de connaître) froncés et en bataille, il grommelle dans sa moustache (noircie itou) aux pointes relevées en crocs. Cirées. Une coquetterie. Il cherche. Cherche ce fichu papier où il a noté, clac en passant, le téléphone de son indic sur ce coup-là, LE coup qui doit faire le scoop de sa carrière et le promouvoir au rang de phare de la presse différente (on ne dit plus alternative) et faire du Matois un Grand Quotidien d’Opinion d’Audience Nationale (Clèm dit un Grand QO(A)N, et prononce bien sûr Grand Con, ce qui met Victor dans des rages noires lorsqu’elle ose la plaisanterie). 

  Mais que, bon dieu de bordel de merde, où que j’ai pu foutre ce papier à la con.
 
Ah. Voilà ! Il l’a retrouvé : s’était camouflé sous les épreuves de la veille à éditer aujourd’hui que Béatrace cherche de son côté avec des gestes spasmodiques rendus encore plus gaffeux par l’abus de caféine, pour caler sa mise en page. 

  C’est très énervé, tout ça.

 
Béa, c’est gentiment que ses collègues (qui l’adorent) l’appellent entre eux Moustache, même si c’est pas de sa faute si à 32 balais et des poussières ses hormones et sa lointaine ascendance lusitanienne lui jouent des tours ! Par ailleurs, elle est plutôt gironde, mais ses convictions écologistes lui interdisent toute forme de dépilatoire assimilé à un désherbant chimique, donc honni beurk. Des expériences malheureuses lui ont fait renoncer au rasoir qui a pour conséquence un renforcement quasiment érectile de broussailles abrasives. Son amant secret, s’il a la peau fragile, ce qui exclut le rasoir, adore positivement les douze poils qui poussent autour de ses aréoles, comme des petits tire-bouchons. Mais ça bien sûr, c’est top secret. 

  Elle a déjà renversé trois bouteilles de Coca (de Rébéquée), la bouteille de whisky que Jules planque sous son bureau, la boîte de trombones qu’elle utilise pour ses exercices de sculpture administrative et une pile hectométrique de dossiers marqués « divers-urgents » sur le coin de son propre bureau. Que ça l’énerve pis que la caféine, Béatrace :
- On va encore être à la bourre, me manque encore le compte-rendu du Maire sur le Conseil Municipal… Pfff… Ça fait encore ses trois pages facile comme d’hab ! Personne ne le lit, Je vais y faire des coupures !
- Déconne pas, répond Victor sans même relever la tête. Il tend les cinq feuillets noircis des épreuves qu’il vient de retrouver par hasard et que Béatrace rafle au passage d’un geste grognon.
Il poursuit, toujours sans relever la tête :
- Il a dit que les coupures dans notre budget seraient proportionnelles aux coupures dans ses discours. Et laisse-moi travailler, tu veux, moi c’est du sérieux.
- Ben lui il trouve que le dégazage du monument aux Morts c’est aussi du sérieux ! Et l’enquête sur la grande surface aussi. Et qu’ils feraient bien de se magner parce que ça, je dois le boucler pour demain !
Victor hausse les épaules.

  C’est la grande discussion habituelle entre les nouvelles locales (qui irriguent le journal de fortes subventions municipales, même si on ne dit jamais que c’est un bulletin municipal par dignité éditoriale, le bulletin municipal, ça fait plouc), et les articles de fond, où Victor se défonce allègrement, même s’il doit parfois mettre une sourdine à ses opinions. Les dépêches d’agences, on les récupère via

la Lanterne. Y’a des accords comme ça, qui facilitent la vie, même si on conserve une saine émulation concurrentielle et que c’est chacun chez soi.
- C’est vrai quoi, poursuit Béatrace quelle idée aussi d’avoir recherché du radon sous le monument aux morts !

  En fait, le Maire, Félicien Belcoucou, élu sur une liste d’opinion personnelle, n’a pas d’opinions partisanes et estime devoir satisfaire les opinions diverses de ses administrés tels qu’ils sont représentés dans son Conseil Municipal. On l’a surnommé « Opinion sur rue ». Son élection a été le fruit d’un compromis balancé entre les sensibilités fluctuantes d’une majorité variable, liée au caractère naturellement hésitant qui prévaut dans la circonscription. Les extrémistes régionalistes « Nari » (présents au Conseil Municipal) tentent de valoriser cet aspect du comportement local comme constituant l’un des caractères culturels fondamentaux du Pays[4].

Monsieur le Maire bien sûr pratique le genre, mais comme Monsieur Jourdain la prose, sans en théoriser la quintessence ni en revendiquer une AOC (ce qui au fond, est plus proche de l’esprit de la chose, qui s’accommode mal d’une fixation normative : ici plus qu’ailleurs un référentiel régionaliste serait difficile à établir). 

  Et donc, la minorité écologiste agissante de ce Conseil Municipal composé en majorité de minorités, alertée par la présence d’un gaz sournois, délétère et radioactif, qui a de surcroît pu induire (peut-être) des pathologies lourdes sous forme de « longues maladies » dans un autre massif montagneux, à mille kilomètres de là, massif lui aussi fortement régionalisant, ce qui crée des liens[5], la minorité écologiste, donc, a insisté pour qu’une recherche de radon soit effectuée sur le territoire de la commune.
Personne n’y croyant, tout le monde a approuvé, pour pouvoir envoyer promener d’autres revendications éventuelles, qui pourraient se révéler plus gênantes.

Manque de bol, on a trouvé un poil plus de radon qu’il n’est autorisé dans la norme européenne revue par les organismes indépendants reconnus par la tendance écologiste radicale représentée au Conseil Municipal.

 
Sous le Monument aux Morts.

Du radon.

Sous le Monument aux Morts.

  Il a donc fallu pousser les recherches (financées par la Communauté Européenne) de manière à ce que les enfants des écoles censés assister aux manifestations commémoratives du 11 novembre, du 8 mai et du 14 juillet ne risquent pas à cette occasion de se trouver exposés à des émanations délétères qui pourraient être rapprochées de l’action sournoise de quelque gaz de combat resté caché là, va savoir pourquoi et comment, dans ce lieu sacré où justement sont gravés les noms des victimes de gaz délétères, même si ce ne sont pas les mêmes gaz et même si ça fait presque un siècle de ça, victimes depuis longtemps oubliées, sauf ici où c’est écrit.

  Il est impératif que sa monumentale innocuité reste certaine pour ne pas ajouter des douleurs contemporaines aux douleurs historiques.

  Les experts dépêchés de Bruxelles par

la Préfecture, à la demande expresse du Maire, ont trouvé sous le socle de granit creux, en place depuis 1920, le débouché d’une faille profonde d’où suintent les molécules incriminées, et qu’il faudrait bien colmater si l’on voulait aboutir à un résultat sanitaire incontestable et garanti dans le cadre des procédures HACCP[6] généralisées vers lesquelles tendent les concepts presque unanimement admis de principe de précaution et de précautions de principe.
 Presque unanimement. D’où le débat au sein du Conseil Municipal dont les représentants ne sont pas tous convaincus, vu le coût exorbitant des travaux (qui ne seront pas entièrement pris en charge par

la CE), de l’intérêt majeur, en cette occurrence, d’une application stricte dudit principe de précaution : OK en ce qui concerne la cantine municipale, mais pas forcément pour ce qui est du monument aux morts.
 De débats, en discussions, en protestations, d’effets de manches en mains sur le cœur, on en est venu à un compromis provisoire en attendant : on va approfondir les recherches (de toutes façons payées par

la CE) et remettre à la prochaine réunion la prise d’une décision sur la suite à donner. Moyennant quoi les Conseillers écologistes, soutenus par les Naris[7], ont accepté de surseoir à leur manifestation de masse avec convocation de FR3, où ils prévoyaient de s’enchaîner aux obus de bronze verdis disposés aux quatre coins cardinaux du monument. Parce que ça tombe bien, ils sont quatre. Quatre élus.

  Trois pages. Et des problèmes éditoriaux dont la seule évocation envisagée fait frémir Béatrace : tribune libre incontournable, le Matois sera assailli de demandes partisanes contradictoires qui le placeront au cœur d’une tourmente municipale dont elle sent poindre les prémices avec une angoisse qui lui donne des sueurs froides qui la font frissonner jusqu’au creux des reins, qu’elle a joliment cambrés avec juste une petite ligne sombre de convergence pileuse dans le creux de la colonne vertébrale. Brrrr……..
  Alors quand Le Boulet vient les lui briser menu menu pour son scoop du siècle, ça lui donne envie de hurler, non, mais c’est vrai quoi ! 

 
Bon. Ce numéro de téléphone. C’est sur la côte.

  Béatrace édite les clichés et les découpe en grommelant pour visualiser sa maquette avant de l’assembler sur l’écran. Elle aime bien ça, ça lui rappelle le temps de l’offset, quand elle a commencé, il y a dix ans ou peut-être un peu plus. Et pendant ce temps-là, elle fiche la paix à Victor qui décroche son téléphone. Le vert. Il en a deux sur son bureau. L’un, relié à

la Mairie (il est mauve, et raccordé au central de

la Mairie, puisque

la Mairie se trouve dans le même bâtiment, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il y ait allégeance, attention, mais c’est

la Mairie qui paie les factures), l’autre (le vert, donc) indépendant du central, qu’il utilise lorsqu’une certaine confidentialité est requise. D’ailleurs il est sur liste rouge.
Un numéro sur la côte. C’est bizarre ça.

C’est le vert qu’il décroche, bien sûr. Sonnerie longue et attente longue… Pas de réponse… Il est sur le point de raccrocher lorsque la communication est prise. Voix d’homme un peu rauque, ou chargée, bizarre, glaireuse, voilà, glaireuse. Il s’attendait à une voix de femme… Victor a une hésitation :
- Je peux parler à Edgar ?
Un silence…
- Edgar ? Il est sorti… Qui le demande ?
Bizarre. Edgar c’est le nom de code de son interlocutrice, qu’il n’a rencontrée qu’une fois et qui lui avait dit de ne l’appeler qu’en cas d’extrême urgence. Mais là, dossier disparu et pas de nouvelles, il estime que ça mérite bien son appel, alors…
- Allo ? Vous avez demandé Edgar ? Qui le demande ?

Victor raccroche, songeur. Qu’est-ce qui se passe ?
Ce matin, pas de nouvelles contrairement à ce qu’il attendait, et maintenant, ce téléphone pas net… Alors ce n’est pas qu’on a piqué ses Écolocroques, comme il le pensait, un peu à la légère…

L’enveloppe du jour, celle qui, presque tous les matins, se trouve dans la boîte aux lettres du Matois, remplie d’informations précises sur les activités secrètes du groupe, n’a pas disparu : elle n’est pas arrivée. Le dossier, lui, celui qui était dans le tiroir de son bureau, en revanche, a disparu. Faudra demander à Jules et à Rébéquée. Mais ça m’étonnerait qu’ils y aient touché, ils savent que c’est la chasse gardée du Boulet et puis ils ont autre chose à faire. Heureusement, il en a conservé un double à la maison : il l’a enregistré sur son ordinateur portable. Et justement, ce matin, il ne l’a pas pris.
N’empêche… Inquiétant. Inquiétant…

Journée de merde en perspective.

 Songeur, Victor enfile son loden et sort. Un saut chez lui pour reprendre le portable.

Fait frisquet pour un matin d’avril.


[1] Organismes Génétiquement Modifiés, représentatifs de l’essence de l’exécration.

[2] Organismes à Gros Module.

[3] 5 000 exemplaires, diffusion gratuite à Saint Tignous sur Nivette et payante dans les kiosques des villes autour. Pour avis.

[4] Définition :
On entend par Pays le coin où tout le monde devrait parler la même langue régionale que parlent les régionalistes, enfin tous ceux qui constituent la Nation (d’où le nom de leur parti « Nari » pour National-Régionaliste), sinon c’est des traîtres ou des imbéciles ou de pauvres gens ravagés par des siècles de consanguinité. Les autres sont de méprisables colonisateurs, suppôts de l’Etat français (les Naris en sont restés à

la France de Pétain). Mais comme on n’est pas vraiment violents, ou qu’on se sent trop minoritaires, et que le fond de la tradition locale trop souriante et trop ambivalente ne permet pas l’expression du radicalisme absolu qu’on voudrait bien mais qui aliènerait une population dans son ensemble indifférente à ces arguties parce qu’elle n’en a rien à foutre, on se dispense de les faire péter au C4. Pour ce qui est des touristes, ça va bien tant qu’ils admirent le joli clocher, élément culturel de

la Nation, et qu’ils paient. Ce n’est pas le p’tet ben qu’oui, p’tet ben qu’non connu par ailleurs, c’est plus subtil, du genre « la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui et encore moins celle de demain », directement hérité des Bons Pères très influents dans la région, ce qui permet d’allègres mouvements de veste, toujours avec un grand sourire, en fonction des besoins ou des intérêts du moment. Cela fonde, au moins chez les élites, une mentalité éminemment politique. Chez les élites, parce que les autres, hein, les autres, des paysans pour le plus grand nombre (au dire des élites), c’est comme partout, là où la pente moyenne des exploitations est comprise entre dix et trente pour cent, ça trime autant que ça peut, ça vote où on lui dit de faire, et ça paie.

[5] L’écologie par définition globale et donc mondialiste (mais alter) rejette la mondialisation (qui n’est pas alter) mais prône les expressions régionales comme base d’un mondialisme universel de type mille-pattes forcément équitable puisque différent. Et réciproquement.

[6]  Démarche dite H.A.C.C.P. (hazard analysis and control of critical points) : plan d’assurance qualité utilisé dans les industries agroalimentaires, qui implique des autocontrôles fondés sur la recherche des points critiques de contamination dans les procédés de fabrication.

[7] Qui contestent par principe la participation des morts du Pays aux guerres monumentalisées parce que ce n’était pas « leur » guerre (leur dernier combat à eux s’est (provisoirement, parce que, hein…) achevé à Muret sous les coups de Simon de Montfort en 1213) et que donc c’est en fait un monument aux victimes de l’Etat français.

DEPART POUR L’AVENTURE / P1C1E3

P1/C1/E3 (Partie 1/Chapitre 1/ Épisode 3)

 
La liste des personnages se trouve en « PAGES » elle aussi, dans la rubrique PERSONNAGES, LIEUX et TRUCS.

  
C’est l’histoire où nos Héros partent à l’Aventure

  Mardi 12 avril
Midi 30
Cantine de
la Mairie

  - Mais qu’est-ce vous foutez ? On vous a cherchés toute la matinée !!!

Jules et Rébéquée les attendaient à la cantoche de la Mairie où ils prennent souvent leurs repas. Rébéquée a quand même un petit sourire en voyant les yeux brillants quoique cernés de Clémentine et la moustache en désordre de Victor. Elle s’en pourlèche même ses gourmandes babines de brune charnue et sensuelle. Rébéquée est amoureuse avouée de Clémentine, qui prend ses déclarations à la rigolade pour la tenir à distance : elle connaît très exactement les goûts déclarés de sa copine.

Rébéquée est arrivée l’an dernier de Québec qu’elle a fui à la suite d’un chagrin d’amour, comme elle l’a raconté à Clèm un soir de cafard noyé de vin de prunes (sa spécialité). Elle avait été plaquée par sa « fiancée » d’alors, une certaine Michelle, qui était partie avec un matelot australien (pleins de poils partout, une vraie horreur, elle dont la peau était si délicate…) en lui laissant les dettes de leur petit ménage douillet.

Elle est prête à excuser tous les débordements de « sa plus belle copine d’ici », qui a compris qu’elle a compris et lui a rendu son clin d’œil dans le dos de Victor et de Jules.


Celui-ci, rendu encore plus hargneux par son troisième whisky a déjà attaqué le céleri rémoulade et postillonne en regardant de ses yeux globuleux et rougis le visage indifférent de Victor :
- Tu te rends compte ! On a dû se taper toute la rue du Fort (c’est la rue principale, longue et pâle, bordée de caisses en béton fleuries de pétunias pour faire semi piétonne) et interroger tous les boutiquiers ! Et se faire engueuler à chaque fois, comme si on y était pour quelque chose dans cette histoire ! Expliquer que le Maire veut leur avis, que rien n’est fait, que le débat est ouvert, qu’on est un forum… Savent même pas ce que c’est qu’un forum ! Même que la poissonnière m’a dit que c’est ça qui nous manque, un forum !
- Elle voulait dire un fort homme ! Un homme fort !!! s’esclaffe Rébéquée.

Du coup la colère de Jules retombe.
- Et qu’est-ce que j’aurais pu faire ? lui demande Victor ?
- Ben à trois on aurait eu plus vite fini, tiens !
- Et mon enquête alors ?
Rébéquée pouffe en regardant Clémentine.
- Qu’est-ce qui te fait rire ? demande Jules qui a un retour de mauvaise humeur.
- Rien, une histoire de femmes, tu peux pas comprendre, répond-elle avec l’accent québécois rondouillard qu’elle reprend quand elle s’amuse.
Jules hausse ses épaules en bouteille de Perrier (Clémentine l’a baptisé Whisky-Soda) et agite sa grosse tête ronde de poivrot rougeaud que la quarantaine avancée commence à marquer profond.
- Ouais, tes Écolotrucs… J’y crois pas. Ça fait un mois que tu fais des mystères et on n’a rien vu encore…
- Secret maison. A propos, je vais sur la côte cet après-midi. Enquête.
- C’est toi le chef, mais nous laisse pas tout le boulot pour partir en vacances…
- T’inquiète, c’est du sérieux. D’ailleurs, si on n’est pas rentrés demain midi, tu prends le dossier dans mon bureau et tu préviens les flics…
- Les flics ? Tu te prends pas un peu la tête, et… Eh, t’as dit « on », tu pars avec…
- Avec Clèm…
Les autres les regardent avec des yeux ronds.
- T’emmènes la concurrence ? (Ce qui fait rire la concurrence en question)…
- Non M’sieur, n’oublie pas qu’on coopère !


Là-dessus, ils finissent leur lapin chasseur, trop sec comme d’habitude, mais faut bien soutenir les petits élevages locaux, avalent le yaourt plâtreux, descendent le café lavasse et se lèvent.
Tapes sur l’épaule de ceux qui restent, pt’ites bises des dames.
Dramatique, Victor déclame avec un salut romain :
- Ave Iulius, morituri te salutant !
Puis il chope Clémentine par une aile et l’entraîne en riant vers sa vieille BM.
Mais elle résiste :
- Faut que je prévienne, faut que je prévienne Arthur…
- Arthur ? il relève avec un sourire narquois qui la fait rougir.
- Euh, oui, je t’ai dit…
Il la pousse d’une tape sur les fesses :
- Va ma cocotte, va faire ton devoir !

  Elle sort son téléphone de son sac et compose le numéro de

la Lanterne, demande le Dragon, euh, M’âme Marty, lui laisse un message pour Monsieur Malfort, elle part enquêter sur la côte avec qui il sait, qu’ils seront rentrés au plus tard demain à midi, qu’elle rappellera…

Victor la regarde en coin, goguenard, mais sans faire de réflexions.

- Et en voiture !