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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26). 

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

IMPATIENCE / P3C2E22

P3C2E22 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 22)
 
N°211 / IMPATIENCE / P3C2E22

 
C’est l’histoire où Amaïa attend le moine avec impatience tandis que l’on se met en défense.

  C’est la suite de P3C2E21(lien)
 
Jeudi 16 juin
16 heures
Bureau N°1
 
Un voyant clignote :
 
-Arthur, un appel de Puerto Cisnès…
- Mets le haut-parleur… Oui ?
- Arthur ?

  Arthur reconnaît la voix grasseyante de Mnouay, la Mère de Guamblin…

  - Oui, Mnouay. Nouye me dit que tu es à Puerto Cisnès. Alors, c’est fait ?
- C’est fait. L’explosion a eu lieu il y a trois heures. Mais d’ici on n’en a rien vu. En revanche, nous venons de ressentir un tremblement de terre. C’est peut-être la réussite…
- Bravo, Mnouay… Où se trouve le commandant de la base ?
- Il est ici, je te le passe…
- Commandant ? Arthur Malfort…
- Monsieur Malfort… Heureux de vous savoir remis de votre enlèvement, j’ai appris…
- Merci commandant. Pardonnez-moi, mais le temps presse. Il faut envoyer un hélico d’observation au-dessus de Guamblin…
- Je le fais décoller immédiatement de la base. Il passera ici pour nous prendre. Je vous rappellerai pour faire mon rapport à notre retour…
- Merci commandant. Mnouay, écoute ? Oui, je voudrais lui parler… C’est très important, Mnouay : Amaïa va te donner des instructions pour la composition d’une poudre de désintoxication qu’il faudra faire boire à tous les Goumyôs de la base. Nous sommes en présence d’une tentative d’intoxication générale…

  Amaïa approuve de la tête et enchaîne en donnant les indications nécessaires à Mnouay, qui lui répond :

- C’est bon, nous avons ce qu’il faut pour la préparer. Nous avons prévu de la nourriture pour une semaine… Oui, de la soupe et de quoi en fabriquer et en refabriquer… Il y a des cuisines ici, m’a dit le commandant…
 
Arthur reprend :

- Je pense que demain les gaz seront dissipés et que vous pourrez regagner ce qui reste de la base de Guamblin. Il y aura du travail pour tout remettre en état !!! Fais préparer cette soupe ou cette poudre tout de suite. Vous, les Goums, vous vivez à l’écart, mais certains Goumyôs peuvent entrer et sortir et ils constituent des cibles privilégiées pour ceux qui tentent de les intoxiquer… Nous savons qu’il y aura une offensive lundi prochain…
- Si la nôtre d’offensive a réussi, dit Mnouay, Omphalie ne pourra plus faire grand-chose ! Ah, j’entends l’hélico. Je te rappelle au retour.

  Et elle raccroche.

 
- Il serait bon que nos adversaires ignorent notre action, qu’ils prennent cela pour un accident… 

  Arthur réfléchit à haute voix :

- Les tremblements de terre sont nombreux dans la région, et il est normal que nous en soyons informés…
- Un article… suggère Eusèbe. Sortons un article :
 

La base extraterritoriale de l’ONU au Chili ravagée par un séisme.

  Saint Tignous sur Nivette, 16 heures (11 heures, heure du Chili).
 
Nous venons d’apprendre, par nos correspondants de la région de Puerto Cisnes, qu’un violent tremblement de terre suivi d’un tsunami de grande ampleur venait de frapper la base de l’ONU située au large de Puerto Cisnes (Chili). L’épicentre de ce séisme, d’une force de 7,5 sur l’échelle de Richter, a été localisé à cinquante kilomètres au Sud de la base. Il aurait tout particulièrement ravagé l’usine de fabrication de soupes de survie destinées aux peuples frappés par la crise liée au brusque changement climatique consécutif aux évènements d’il y a deux ans. 

 
Cette usine utilisait les ressources récupérées dans les entrepôts secrets des Écolocroques, à l’image de l’usine extraterritoriale de la Marée aux Ports voisine de chez nous. Nous ignorons encore si le séisme a fait des victimes. Un bulletin d’alerte a été diffusé dans tout le Pacifique Sud où il est recommandé aux navires de faire face aux vagues, qui se déplacent à 700 km heures vers l’Ouest dans la zone, et qui pourraient atteindre l’île de Pâques vers 21 heures (heure de Saint Tignous sur Nivette). Nous tiendrons nos lecteurs au courant de la suite des évènements. Les autorités de

La Marée aux Ports nous ont fait savoir que cette catastrophe « les préoccupait parce qu’ils étaient sans nouvelles de leurs amis et connaissances, mais aussi parce qu’elle mettait en danger de famine les populations qui auraient dû être ravitaillés par l’usine du Pérou ».

  Nous rappelons que c’est dans cette zone que notre directeur, Arthur Malfort, alors détaché auprès de l’ONU dans le cadre du Plan Nutrition du Monde, avait été enlevé il y a un mois. Nous communiquerons toutes les informations dont nous disposerons heure par heure à nos lecteurs Internet.
 
- Un appel de l’hélico, signale Mnouay. Ils ont trouvé le corps d’une Amazone dans le cratère de l’explosion… Mais il sort encore du gaz et ils ne peuvent pas se poser. Ils l’ont seulement vue à la jumelle…
- Qu’est-ce qu’elle fait là ? demande Jeanne…
 
Arthur se frotte les mains :

- Ils ont eu de la chance à Guamblin : elles devaient être en train de donner l’assaut à la base lorsque tout a pété…
- N’oubliez pas le moine, insiste Amaïa, qui pour une fois semble impatiente…
- Allons-y, Jeanne, approuve Eusèbe, il faut l’attendre au journal…
 

LE TAPAS’EMBAL’ / P2C1E1

P2C1E1 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 1)

  N°80 / LE TAPAS’EMBAL’ / P2C1E1

C’est l’histoire où Begoña-Conception et sa soeur, Gerañum-Assomption recherchent des saucisses. On découvre le système Super-Troc.



Deux ans ont passé..
.




Lundi 2 mai
Saint Tignous sur Nivette 
Le Tapas’Embal’

- Je ne sais pas si on aura assez de saucisses.


Begoña-Conception s’inquiète toujours pour son approvisionnement.

Au début, c’était facile : sa sœur jumelle
et elle-même avaient repris l’établissement ouvert en franchise depuis quelques années dans l’ancien presbytère, face à l’abbatiale. Leur prédécesseur avait dû quitter Saint Tignous sur Nivette à la suite de sombres histoires avec la Mairie, ou avec le bar de Mado, ou avec les deux.

  Begoña-Conception n’a pas tout compris, mais il devait s’agir de pots de vin qui auraient été versés à contretemps pour évincer Mado, qui n’aurait pas apprécié la méthode, l’aurait fait savoir haut et fort, et… bref, le Maire aurait suggéré discrètement au prédécesseur en question d’aller planter ses vignes ailleurs pour ne pas être éclaboussé. Parce que le Maire n’aime pas les éclaboussures.

  Et la franchise s’est trouvée libre. Les sœurs, déjà insérées dans le circuit Tapas’Embal’, y ont été envoyées par le PDG lui-même, en mission de redressement, en quelque sorte. Elles ont fait amie-amie avec Mado (il y a de la place pour tout le monde, on serait plutôt complémentaires, on n’est pas sur le même créneau, on ne se fait pas concurrence, etc…) et se sont montrées à la fois plus discrètes et plus généreuses avec le Maire, ce qui leur a valu l’estime de tous.
 
Mais maintenant, avec tout ce mauvais temps et toutes ces tensions politiques, on ne sait plus très bien à quoi se raccrocher.
 
Et on manque de saucisses. 
 
Il faut dire que jusqu’aux « évènements », qui ont conduit à la disparition du Gulf Stream et de Tanger, la marchandise leur était fournie quotidiennement depuis l’Espagne. C’était le règne heureux du « flux tendu » où la commande du lendemain partait le soir et où l’essentiel des tapas vendus étaient froids et « à emporter », en préemballé.
 
Le PDG avait conçu son marketing à la façon des distributeurs de pizzas ou de produits asiatiques, avec une salle de restaurant du genre « restauration rapide » et un comptoir de vente. Bien sûr, le cadre était très différent et se trouvait agrémenté d’un coin toros et castagnettes.

Les serveuses (on les appelait comme ça), déclarées et payées au minimum, remboursaient leur salaire officiel sur leurs gains occultes la balayette[1] et se trouvaient ainsi autofinancées. Largement décolletées, elles balançaient d’amples jupes entre les petites tables et se devaient d’être gitanes et complaisantes. Elles versaient à l’établissement qui les recevait un large pourcentage sur ces gains occultes la balayette. Les serveurs, tous à petit cul[2] moulé dans un pantalon noir et en chaussures à talons hauts et larges, devaient savoir danser le flamenco en fin de soirée-guitare-ay-ay-ay-ma-mère-qué-y’ai-mal-à-mon’-corazon’. Le tout noyé de jerez ou de vino tinto selon les moyens du client.
 
Mais maintenant tout est plus compliqué. Les camions d’approvisionnement qui faisaient la tournée des boutiques depuis les entrepôts-relais ou même directement depuis l’usine ne passent plus la barrière enneigée des Pyrénées, les caboteurs qui les ont relayés restent lents et soumis aux intempéries. Certains petits ports ont dû être abandonnés : le niveau de l’Atlantique a baissé de près de trois mètres en deux ans à cause de la glaciation et de tout ça…
 
Alors, il faut se débrouiller avec les moyens du bord. 
 
Et en plus, le PDG a disparu, atomisé avec son yacht en plein détroit de Gibraltar.
 
Begoña-Conception s’est retrouvée à la tête d’une entreprise en perdition. Qu’elle a brillamment sauvée puis développée. Sa solution : fabriquer les tapas, que jusque-là elle se contentait de déballer et de mettre à température. Simple mais fallait y penser. Et oser. Mado l’a aidée. Et bien sûr Gerañum-Assomption, sa sœur jumelle puînée et de ce fait naturellement subordonnée. Là où Begoña-Conception gère, prévoit, conçoit, commande, Gerañum-Assomption exécute avec la grâce le charme et l’enthousiasme de sa tendre jeunesse (elle est née vingt minutes après sa sœur et dès le départ, sa mère l’a trouvée plus facile à vivre). Il a bien sûr fallu embaucher, mais dans le contexte de débandade générale consécutif aux « évènements », ce n’est pas d’une grande difficulté.
 
Dans l’immédiat, le problème est celui de la saucisse. D’autant qu’elles attendent des visiteurs de marque : le Maire a annoncé qu’il « passerait grignoter quelques bricoles » sur les quatre heures, avec la nouvelle pédégette du groupe, qui, en plus, vient de racheter la conserverie Lartigo. Conserverie de saucisses installée depuis deux générations à Saint Tignous sur Nivette et à l’arrêt depuis deux mois pour défaut d’approvisionnement en matière première. D’où le problème.
 
Et Begoña-Conception tient à prouver qu’elle est capable de toujours trouver une solution. Bien sûr, personne, et surtout pas la nouvelle pédégette, ne pourrait lui reprocher de manquer de saucisses pour ses tapas, mais c’est un point d’honneur. Na.
 
Déjà l’appro en canapés est assuré, via la Boulangerie Verte de

la Marée au Grand Port qui dessert toute la région, et pas seulement en pain d’algues, mais aussi en pain ordinaire et en conserves de crabes. Depuis peu, on trouve aussi dans leur gamme des soupes de la mer de toutes sortes fabriquées avec des produits bizarres, mais c’est plutôt bon, et Begoña-Conception les a ajoutées au gaspacho qu’elle proposait déjà sur sa carte. 

Mais ils n’ont pas de saucisses. 
 
Alors elle se décide à décrocher son téléphone. Qui fonctionne, pour une fois.
 
- Allo, Super Troc ? (les enseignes de grande distribution, hier ennemies entre elles, ont eu vite fait de se regrouper dans l’adversité en un seul Super Troc) Oui, bonjour, je suis une cliente-recycleuse fidèle et privilégiée (bien obligée, tout le monde l’est). J’aurais besoin de deux kilos de saucisses du genre chipolatas pour dans une heure. Est-ce que vous avez ça dans vos fichiers ?
 
Ça l’agace Begoña-Conception de devoir recourir au « système » de récup’échange généralisé qui fait la fortune de Super Troc et occupe de manière quasiment forcée les loisirs et l’espace de vie de la majorité des citoyens du monde développé. Surtout les chômeurs, parce que les indemnités suivent une tendance inverse de celle de la météo : elles fondent quand la neige s’installe. Elle, elle serait plutôt restée du genre consommatrice dans l’âme : tu vas au magasin, t’achètes, et basta. 
 
L’idée de devoir stocker tout ce qui lui tombe sous la main d’utile et d’accessoire pour engraisser une centrale de troc qui n’aura rien d’autre à faire que de mettre en relation un fichier d’offre à un fichier de demande lui colle des boutons. Le Tapas’Embal’ dispose bien sûr d’une pièce de réserve (surtout riche en savon d’ailleurs, dont elle a trouvé un lot important dans un entrepôt de la chaîne lorsqu’elles se sont installées. Il était destiné à des « établissements spéciaux » de Tanger, mais après les « évènements », Tanger…), mais elle a autre chose à faire qu’à passer son temps à racler les clapiers de campagne ou les serres de balcon pour chasser le lapin d’élevage à la maison ou le poireau d’occasion. 
 
Alors, elle a créé son réseau de fournisseurs, artisans pour la plupart, et tant pis pour la Grande Redistribution. Bon. La cote des saucisses est au plus haut et la cote du savon au plus bas. Bien sûr. Et Super Troc devient propriétaire de cinquante kilos de son savon contre deux kilos de saucisses qui lui seront livrées dans l’heure. Et le livreur apposera les scellés sur le savon en apportant les saucisses. D’ailleurs, il a un passe pour la réserve. Parce que, bien sûr, Super Troc ne stocke rien. Coût de la transaction et de la livraison : cinq euros… Il viendra chercher le savon sans avoir rien à demander lorsqu’un autre client-recycleur en fera la demande. Begoña-Conception est persuadée qu’à ce moment-là, la cote du savon aura grimpé, et que s’il propose des saucisses, celles-ci seront au plus bas. Comme ça, au hasard. Bon. L’essentiel, c’est qu’elle aura ses chipolatas.

En cuisine, on s’active et les plateaux sont prêts dès trois heures. Pas de coupure d’électricité pour l’instant. Croise les doigts, Begoña-Conception, croise les doigts…
 


[1] Car la balayette est toujours occulte, et réciproquement.

[2] Parce que ce sont des Espagnols. L’ethnologue Pierre Desproges a démontré qu’il s’agit là d’une spécificité ethnique.

LES NOTABLES AU COMMISSARIAT / P2C2E14

P2C2E14 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 14)

 
N° 115 / LES NOTABLES AU COMMISSARIAT / P2C2E14

C’est l’histoire où le Chanoine Onésiphore Biroton, le Maire, Félicien Belcoucou, et le Conseiller en matière d’économie électorale Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, se retrouvent au Commissariat de Saint Tignous sur Nivette pour y être interrogés par le Commissaire Ravot.

  Mercredi 4 mai.
Huit heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette.

 
Le commissaire Ravot occupe le vieux bureau du premier étage, avec son mobilier années 50 (plancher de sapin usé qui grince, bureau en bois avec taches d’encre et ronds de chopes de bière, piles de papiers, dossiers sur la tablette de la cheminée murée, classeurs à rideaux brunis sous les mains grasses de saucisson-beurre, chaises en hêtre verni, à fond de contre-plaqué, peinture brun vert d’époque sur les murs, lampe de bureau surpuissante du style « Tu vas parler, dis, tu vas parler ? », radiateur en fonte avec tuyaux où accrocher les menottes des suspects)… Sur le côté du bureau principal, un autre, plus petit, années soixante, en tôle laquée grise où trône un ordinateur à la queue de souris aussi annelée que celle d’un raton laveur tellement il est déplacé en ces lieux voués à la muséologie policière (la vieille Remington à touches rondes « tic, tic, tic, tic, drinnn, chtac, tic, tic, tic, tic… », qui ne fonctionnait qu’avec deux doigts fonctionnaires, un original et trois pelures : « tu relis et tu signes ! », a été logée sur une étagère derrière Ravot, à côté d’un encrier Waterman et d’un porte-plume sergent-major, collection de tampons  : ne manquent que la vitrine et l’étiquette). Le petit bureau avec l’ordinateur à écran plat, c’est celui de Lepif qui tient lieu de greffier dans les grandes occasions.
 
On a logé trois chaises à la place du tabouret à suspect ordinaire pour loger les culs des notables qui ont été « invités » fermement à venir témoigner : le Maire, le Conseiller en matière d’économie électorale et le Curé.

 
Un peu pâles, les notables : après quelques protestations indignées restées sans réponses, (vous n’imaginez quand même pas que nous n’avons que cela à faire ?) ils se sont assis en bougonnant sur les sièges que leur a désignés un Ravot toujours imperturbablement silencieux, derrière son bureau.
 
Et c’est Lepif qui s’est levé de derrière la lueur de son écran pour leur tendre une série de photos 21 x 27 en couleur sur papier glacé : Luis tel qu’il a été trouvé…

 
- Qu’est-ce que c’est que cette horreur ? a demandé le chanoine Onésiphore Biroton en serrant entre les doigts de sa main gauche sa belle croix pectorale en argent, comme l’alpiniste qui dévisse se raccroche à la corde de rappel, tandis que sa main droite semble repousser vers l’impossible le cliché qu’elle tient et qui semble animé d’un tremblement autonome…
- Mais c’est Luis ! a reconnu Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse dont l’estomac s’est soudainement noué sur une envie de saucisses spéciales Réna.
- C’est ce jeune journaliste de

la Lanterne… a confirmé le maire qui ne voulait surtout pas l’avoir reconnu le premier (et qui se serait bien fait une petite saucisse spéciale, lui aussi).
  - En effet, Messieurs, c’est, ou plutôt, c’était Luis. Et vous comprenez que nous traitions cette affaire avec autant de vigueur que de discrétion…
 
Les trois notables, qui n’ont retenu que le mot de « discrétion », hochent la tête avec un air d’approbation convaincue…
 
- Mais qui a bien pu… commence le curé…
- Et pourquoi… poursuit le Conseiller en matière d’économie électorale.
- Qu’avons-nous à voir… conclut le Maire…
  - Eh bien Messieurs, il semblerait que vous ayez été parmi les dernières personnes à voir le jeune Luis Ottouadla vivant, n’est-ce pas…
 
- C’est impossible… commence le curé…
- Comment cela ? poursuit le Conseiller en matière d’économie électorale…
- Cette soirée, sans doute… conclut le Maire.
  - Très justement au cours de cette soirée d’inauguration du Tapas’Embal’… Vous y étiez bien, Monsieur le Curé ?
- Chanoine, Monsieur le Commissaire. Chanoine…
- Pardon, Monsieur le Chanoine, je ne connais pas bien la subtilité des grades ecclésiastiques…
- Il n’y a pas de mal mon fils (geste bénisseur), de la part d’un laïc présent depuis peu dans notre communauté, c’est encore admissible…
- Bref, vous y étiez, ou vous n’y étiez pas ?
- Je… Monseigneur Zeeman, qui gère notre patrimoine, m’avait chargé de le représenter, n’est-ce pas, et j’ai dû y faire une apparition rapide… Le bâtiment, voyez-vous, nous appartient, ou plus exactement appartient à
la Congrégation dont Monseigneur Zeeman est l’un des responsables…
- Et vous êtes venu participer à l’inauguration, tout naturellement…
- A la demande de…
- Monseigneur Zeeman, j’ai bien compris… Lepif, vous me convoquerez Monseigneur Zeeman… Est-ce à dire que vous n’auriez pas assisté à cette inauguration de votre propre chef, Monsieur le Chanoine, que vous auriez pu la désapprouver ?
- Oh, non, Monsieur le Commissaire, Begoña-Conception et Gerañum-Assomption, les deux patronnes du lieu sont de mes ouailles et elles participent… matériellement… à la vie de notre communauté religieuse, ainsi que beaucoup des membres de leur personnel d’ailleurs, mais enfin, un lieu de plaisir n’est pas forcément des plus indiqués pour un homme d’Eglise, et… 
- Participent matériellement… Cela signifie ?
- Qu’elles assistent régulièrement aux offices et qu’elles versent leur obole au Denier du Culte. Mais je n’étais pas là pour bénir les lieux. Seulement pour y représenter Monseigneur Zeeman que d’autres obligations retenaient en Espagne. Je vous l’ai dit : je n’étais que le représentant du propriétaire. Je pense d’ailleurs avoir été le premier à quitter la soirée…
- Vous dites que Monseigneur Zeeman était retenu en Espagne ? Mais par quelles obligations ? demande Lepif qui jusque là s’est contenté de taper sur son clavier sans faire de commentaires, tandis que les deux autres convoqués suivent attentivement l’échange entre le Chanoine et le Commissaire, essayant de deviner en quoi consistera leur propre interrogatoire.
- Je crois qu’il participait à un Congrès de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, mais je n’ai aucune certitude à ce sujet…
- Voyons, Monsieur le Chanoine, reprend Ravot, pouvez-vous nous dire si vous avez rencontré des personnes que vous connaissiez déjà parmi les notables présents à cette soirée ?
- Mon Dieu, à part les deux patronnes du lieu, j’y ai croisé plusieurs de mes ouailles, ainsi que je vous l’ai dit, mais pour le reste, je n’ai reconnu que le patron du magasin Super Troc, que j’ai eu l’occasion de rencontrer, sans plus, et je dois avouer que tous les autres m’étaient inconnus, aussi bien cette jeune dame fort élégante, que les trois autres Messieurs qui l’accompagnaient et dont je crains d’avoir oublié les noms… Monsieur le Maire semblait la connaître et l’apprécier, mais il est vrai qu’elle est charmante… Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale devrait pouvoir vous éclairer sur cette dame qui, je m’en souviens maintenant, s’est prévalue d’une certaine parenté avec sa famille…
- Elle serait une vague cousine, intervient Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse…
- Nous verrons cela plus tard, interrompt Ravot. Pour ce qui vous concerne, donc, Monsieur le Chanoine, il n’y a rien d’autre qui vous ait frappé ?
- Non (une hésitation)… Je me souviens de l’empressement juvénile du jeune Luis auprès de cette dame, mais il prenait son métier à cœur et interviewait tout le monde… Moi-même…
- Vous-même… ?
- Moi-même, il m’a questionné… Oh, en gros, il m’a demandé pourquoi j’étais là, et je lui ai dit la même chose qu’à vous. Il semblait content de vivre, comme si cette soirée constituait… comment dire… un évènement qui lui aurait été personnellement favorable, une sorte de… d’aboutissement heureux… Mon Dieu, quelle tragédie… Mais quels monstres ont pu commettre une telle horreur…Je…
- Et vous êtes rentré directement chez vous ? le coupe Ravot impassible.
- Oui, j’ai rejoint la cure et notre petite communauté : nous vivons depuis peu à trois prêtres dans une maison qui nous a été léguée par une sainte femme décédée sans descendance. Je suis responsable de la ville, et mes commensaux sont deux jeunes prêtres chargés, l’un, des paroisses de l’Ouest, et l’autre, des paroisses de l’Est. Nos ministères sont lourds et de nous retrouver à trois nous facilite la vie et limite nos frais. Une dame d’œuvres s’occupe bénévolement de notre ménage dans la journée…
- Et vos confrères pourraient bien sûr témoigner de l’heure de votre retour… Vous n’avez pas fait de détour ?
- Oh non, j’ai quitté la soirée vers vingt heures et je suis rentré directement pour préparer mon homélie du dimanche… Mais je pense que les évènements vont m’amener à en changer le thème…
- Attention, Monsieur le Chanoine, tout ceci est confidentiel : personne ne doit savoir comment est mort Luis ! (le commissaire a lourdement appuyé sur le « comment », en le faisant suivre d’un silence menaçant) Je vous prierai donc de ne pas en parler. Tant que nos investigations ne sont pas achevées, vous devrez respecter le secret le plus absolu. Et vous serez tous trois solidaires, en l’occurrence, et tenus pour responsables des fuites dans la presse… ou des rumeurs qui pourraient circuler dans l’opinion…
- J’espère que ce ne sont pas des menaces ? s’insurge Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse.
- Je ne vous ai pas encore interrogé, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale… sourit Ravot qui semble se pourlécher les babines à cette perspective… Pour ce qui vous concerne, Monsieur le Chanoine, je n’ai plus de questions à vous poser dans l’immédiat. Je vous demanderai seulement de rester à notre disposition s’il s’avérait que nous ayons besoin d’autres informations qui pourraient se trouver en votre possession, et de nous contacter si vous vous souveniez de quelque évènement, aussi minime soit-il, dont vous penseriez qu’il pourrait nous aider à découvrir les auteurs de cette monstruosité…
- Croyez bien que je n’y manquerai pas et que je soutiendrai vos recherches de mes plus ferventes prières…
- Je vous en remercie, Monsieur le Chanoine. Toutes les aides sont les bienvenues… Pouvez-vous signer votre déposition ? Voilà… Merci, Monsieur le Chanoine, au revoir Monsieur le Chanoine… Lepif, pouvez-vous reconduire Monsieur le Chanoine, je vous prie ?

  Et au retour de Lepif :
- N’oubliez pas de convoquer Monseigneur Zeeman… Ah, voyons, maintenant, Monsieur de Sainte Fouillouse… Ainsi vous seriez apparenté à cette… (il consulte une fiche) Finette ?
- Il paraît. Mais j’avoue ne l’avoir jamais rencontrée avant hier soir. Charmante d’ailleurs, beaucoup de classe, beaucoup de charme…
- Et des antécédents, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale, des antécédents dont nous parlera tout à l’heure Monsieur le Maire…
- Je… commence le maire
- Tout à l’heure, cher Monsieur, tout à l’heure… Pour l’instant, je m’adresse à Monsieur de Sainte Fouillouse. En fait, je voulais vous poser les mêmes questions que j’ai posées au chanoine, puisque chanoine il y a, et si possible, obtenir des réponses un peu plus complètes…
- Je crains de vous décevoir…

Ravot le regarde de nouveau avec ce sourire de gros chat qui l’avait fait surnommer Chestershire (« Ô, Chester, je vous vois venir »…) par sa défunte épouse Alice (qu’il appelait « Ma Merveille »), et que Lepif adore pour ce qu’il annonce de férocité sournoise (il annonçait tout autre chose pour Alice)…

- Allons, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale, ne vous sous-estimez pas… Qui connaissiez-vous lors de cette soirée ? A part Monsieur le Maire ici présent et le chanoine, bien sûr…
- Comme je n’étais jamais allé dans cet endroit, en fait, je n’y connaissais personne, à part peut-être Arnaud Boufigue, avec qui j’avais dû traiter quelques affaires lors de la transformation des supermarchés de la ville en Super Troc. Mais il s’agissait de demandes de subventions liées à des mouvements de personnel, de cession de terrains divers dans le lotissement des Six Mille…
- Dont vous êtes le promoteur…
- A titre privé, seulement à titre privé, et c’est pour l’essentiel mon homme d’affaires, Monsieur Le Vacher, qui se charge de ces transactions…
- Sauf lorsqu’il s’agit de reclassifier certaines zones d’urbanisme…
- C’est du ressort de la Mairie…
- Pas seulement… Mais ce n’est pas notre affaire, revenons à cette soirée je vous prie, et à ses participants : cette Finette, donc, vous ne l’aviez jamais rencontrée auparavant ? Même pas lors de la cession des actifs de l’usine Lartigo ?
- Je n’ai pas eu à intervenir sur ce dossier qui a été traité par une autre commission, mais j’ai cru comprendre que l’affaire avait été reprise l’an dernier par une entreprise basée en Espagne et pilotée, cela m’avait frappé à l’époque, par un autre membre lointain de ma famille, mort depuis, un certain Déodat de Sainte Fouillouse. Je me souviens que ma sœur, Ordegale-Junie, avait voulu le rencontrer en Espagne, par curiosité, mais qu’elle avait été assez mal reçue, j’ignore pourquoi. Nous n’avons d’ailleurs plus eu de contacts depuis lors. Et comme j’avais bien d’autres préoccupations à l’époque, avec les problèmes liés à l’implantation de la pisciculture de Marinoval où je tentais de lever l’opposition, économiquement absurde, de la Mairie du lieu, je n’ai pas cherché plus avant…
- Donc vous ne connaissiez strictement personne. Mais Luis…
- Je connaissais Luis, bien sûr. Il amorçait une carrière prometteuse et effectuait un stage très intéressant à

la Lanterne. Ce que disait le chanoine est assez juste : il avait l’air d’être « sur un coup », et c’est auprès de Finette qu’il paraissait rechercher des informations… Mais je suis parti très tôt, moi aussi, en fait, juste après le chanoine…
- Saviez-vous que Finette et Arnaud Boufigue avaient été les délégués des Écolocroques à Saint Tignous sur Nivette ? intervient Lepif…
- Ah… non (hésitation) pas aussi clairement que vous le dites… Je savais qu’Arnaud Boufigue était arrivé à cette époque et qu’il avait eu une activité douteuse, mais…
- Monsieur Le Vacher est bien votre homme d’affaires ? reprend Ravot…
- Oui, pourquoi cela ?
- Vous n’ignorez pas qu’il était en possession du passeport Écolocroque international numéro quatre délivré à Saint Tignous sur Nivette par Finette de Sainte Fouillouse… par l’entremise de Gertrude Pilon que vous devez aussi connaître, et qui héberge toujours Arnaud Boufigue dont elle est également la maîtresse…
- Gertrude est connue pour être la maîtresse de tout le monde, monsieur le Commissaire. Et pour être « connue » de tout le monde, et pas seulement des hommes. Gertrude est largement et généreusement éclectique… (souvenir confus d’hier soir, dans lequel il voit Gertrude danser, nue, et se faire sauter par Daniel Forpris, devant lui, présent mais détaché, lointain, comme dédoublé, dans une sorte de brouillard… Souvenir inquiétant d’un mauvais rêve récurrent…)

  Silence…

  - Vous ignoriez que votre homme d’affaires… enchaîne Ravot
- Je ne connais pas vraiment ce Monsieur Le Vacher, vous savez, sorti des affaires…
- Enfin, Monsieur de Sainte Fouillouse, vous n’allez pas me dire que vous traitez des affaires, que vous accordez votre confiance, que vous déléguez votre signature (et réciproquement qu’il vous donne pouvoir sur certaines opérations, nous le savons), et qu’il vous est inconnu…
- Cela reste très marginal…
- Mais c’est bien ce Monsieur Le Vacher – Lepif, notez de le convoquer dès que possible je vous prie - ce Monsieur Le Vacher, donc, qui est venu me proposer un logement « très avantageux »…
- J’ignorais ce détail…
- Il est vrai que c’était de la part de Monsieur le Maire, mais dans votre lotissement, et certainement avec votre accord…
- Mais… interrompt le Maire
- Plus tard, Monsieur le Maire, plus tard… Monsieur de Sainte Fouillouse, je ne mène pas une enquête financière ni une enquête sur les dérives des adhérents plus ou moins repentis aux thèses des Écolocroques qui ont bénéficié de la mansuétude d’une amnistie tacite, ou d’une amnésie avouée, j’enquête sur un meurtre barbare. Je peux vous promettre que rien de ce qui sera dit ici et qui me permettra de progresser dans l’élucidation de ce meurtre ne sera utilisé contre vous, à moins qu’il ne s’avère que vous n’y soyez directement impliqué (mouvement de protestation indignée d’Hilarion-Jovial, geste d’apaisement de Ravot), ce que pour l’heure je ne crois pas. Je répète donc ma question : saviez-vous qu’il existait un lien entre Arnaud Boufigue et Finette de Sainte Fouillouse, et que ce lien s’appelait les Écolocroques ?
- Eh bien… dans la mesure où je ne connaissais pas Finette de Sainte Fouillouse, je peux vous confirmer que j’ignorais ce lien. Mais, bien sûr, je me doutais qu’Arnaud Boufigue… Toutefois, il me semble que son action économique s’est depuis montrée plutôt favorable au développement de l’économie et de l’emploi dans la circonscription et que…
- Bref. Aviez-vous connaissance de ce sur quoi enquêtait Luis Ottouadla ?
- Non, absolument pas. Il travaillait pour les Malfort avec qui j’ai peu de contacts…
- Et vous êtes donc rentré directement chez vous ?
- Directement. Ma famille peut en témoigner, j’ai travaillé à préparer une intervention pour une réunion de parti…
- Eh bien ce sera tout pour l’instant, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale, je vous remercie pour cette collaboration et vous prie de nous pardonner d’avoir ainsi disposé de votre temps précieux… Vous devrez comprendre l’importance du secret que nous vous demandons… En homme d’affaires avisé et prudent, vous y êtes habitué… Je ne peux que répéter ce que j’ai dit au chanoine : si un souvenir vous revenait à l’esprit…
- Je vous en ferai part au plus tôt, croyez-le bien, Monsieur le Commissaire, ce meurtre abominable devra être puni comme il le mérite…
- Et il le sera, soyez-en sûr, Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale, il le sera… Lepif, reconduisez Monsieur le Conseiller en matière d’économie électorale…

 
Le sourire de Ravot flotte dans le silence comme un œil graisseux sur le bouillon dans lequel marine le maire…

  - Monsieur le Maire, je vais vous faire une révélation…
 
Le bouillon s’épaissit et le maire s’y enfonce…
  Le retour de Lepif semble apporter une bouffée d’air mais :
- Laissez-nous seuls, Lepif, Monsieur le Maire préfère l’intimité…
 
Lepif s’efface avec un léger sourire.

  Le maire s’enfonce un peu plus. Ce n’est plus un bouillon, ce sont des sables mouvants…

 
Ravot reprend :
- Je préférais faire en votre présence le point des connaissances que les autres notables présents à cette soirée ont pu avoir de ce que faute d’autre terme j’appellerai les « dessous » de l’histoire. Il paraît évident qu’ils n’en savent pas grand-chose (silence, sourire).
Je suis en revanche persuadé que vous, Monsieur le Maire, connaissez bien mieux le… dossier (silence, sourire… le Maire s’agite légèrement sur sa chaise, mais en affectant un air aussi lointain et indifférent que possible).
Et cela pour une bonne raison : vous êtes bien, je ne vous l’apprends pas mais je vous le confirme, le fils biologique de l’Oberst Kuhhirt, qui a fondé les Écolocroques et qui se trouvait être l’amant de votre mère, avec la complaisance de votre… père légitime dirons-nous (geste de protestation indignée du maire qui se soulève de son siège)… Non, ne protestez pas. C’est l’Oberst Kuhhirt lui-même qui l’a déclaré devant témoins avant de mourir. En outre, des prélèvements d’ADN ont été effectués sur votre demi-frère, le Numéro Un des Écolocroques, sur sa fille, votre nièce, donc, et sur vous-même, à votre insu bien sûr, au moment de la… liquidation de cette affaire. Comme vous le savez, et comme je l’ai déjà évoqué devant vous, la brièveté de la crise a permis une amnésie tacite. Il a été estimé à l’époque qu’il serait plus nuisible qu’autre chose de se lancer dans une stérile chasse aux sorcières. L’opinion mondiale était suffisamment informée du caractère nuisible de l’engeance représentée par ceux que l’on a appelés les Numéros pour que leurs émules n’aient qu’une envie, celle de se fondre aussi discrètement que possible dans la masse… 

  Le maire reste figé sur sa chaise, un peu pâle, mais pas très inquiet au fond : cela, il le savait déjà, et il se doutait que Ravot tenait ses informations de Malfort. Lui-même avait appris par Boufigue ses liens de sang avec Kuhhirt et n’y attachait aucune importance :
- En admettant la vérité de ces… allégations, je ne vois pas en quoi je pourrais être tenu pour responsable d’un écart de conduite de ma mère, d’une part, ni d’autre part en quoi cette prétendue relation biologique me rendrait coupable de quoi que ce soit…
Ravot accentue son sourire :
- Sans doute, Monsieur le Maire, sans doute, si nous jugeons des choses selon nos critères. Mais je vais vous communiquer une autre information que vous ignorez très certainement. Moi-même, je n’en ai eu connaissance que très récemment. J’ai d’ailleurs promis de garder le silence, et je ne lèverai qu’un tout petit coin du voile, disons… par sympathie… pour vous…
 
(« Ô, Chester, je vous vois venir »…)

  Silence… Le maire, semble s’incruster dans le dossier de sa chaise…

  - Ce que vous ignorez, Monsieur le Maire, c’est que vos… parents, si vous me pardonnez ce qualificatif, et j’insiste sur le fait que votre parenté biologique est avérée, vos parents donc, ne se sont pas suicidés, contrairement à ce qui a été dit. Vous êtes bien placé pour savoir que des images peuvent être trafiquées, puisque vous avez participé à la manipulation de celles d’Eusèbe Malfort dans votre studio de télévision de la Mairie (mouvement de protestation du maire, Ravot hausse la voix), alors que vous collaboriez avec un certain Arnaud Boufigue ! Ne protestez pas, nous détenons les enregistrements originaux et chacun a pu voir comment ils ont été transformés !
- Mais je ne suis pour rien dans l’usage qui a pu être fait du studio…
- … que les Écolocroques vous ont fourni, nous en possédons la preuve, et où nous savons également que vous avez assisté à ces enregistrements… Ce n’est pas la question.

  Le maire, qui s’était soulevé une fois de plus de son siège, porté par une indignation parfaitement feinte (quarante ans d’entraînement et de stratégie politique), se rassied.

- Les autres membres de votre « famille naturelle », Monsieur le Maire, et eux-mêmes, auraient dit de votre « race », ou de votre « lignée », croyez bien que je déplore cette conception d’un héritage biologique qui tenait tellement à cœur à ces « bons aryens », ces autres membres donc ne se sont pas suicidés, comme on l’a proclamé officiellement. Ils ont été exterminés (il détache les syllabes pour répéter : ex-ter-mi-nés !). Et puisque ceux qui les ont ainsi ex-ter-mi-nés ont retourné contre eux leur concept de responsabilité « biologique », vous vous trouvez potentiellement sur leur liste…
- Les Malfort ! grince le maire en se dressant d’un bond.
- Asseyez-vous, Monsieur le Maire, et tenez-vous tranquille. Ces chaises sont anciennes et avec votre gymnastique, votre âge et votre poids, vous risquez de vous retrouver par terre, ce qui manquerait de dignité ! Non, les Malfort ne sont pour rien dans l’exécution de vos parents. Ils n’ont fait que les abandonner à leurs alliés, selon la promesse qu’ils leur avaient faite pour obtenir leur assistance. Des alliés que vous ne connaissez pas et que je vous souhaite de ne jamais connaître…
- Des Juifs ! Ce sont des Juifs !!!
- Ne soyez pas grotesque. Laissez votre racisme primaire au placard, voulez-vous ? Ce ne sont pas des Juifs, ni des Arabes, ni des Nègres. Tout ce que je peux vous dire, c’est que ces membres de votre famille ont certainement été bouffés par des crabes. Et peut-être même ont-ils été bouffés vivants…
- Mais… je ne comprends pas (tout pâle)… Et votre insistance à parler de ma « famille » à propos de gens que je ne connaissais pas…
- Eh bien, si vous ne comprenez pas, je vais vous expliquer pourquoi je vous en parle : nous avons de bonnes raisons de penser que ce joli « travail » (il désigne les clichés sanglants de Luis) et quelques autres meurtres du même ordre qui se sont récemment produits dans le monde, se trouvent liés à l’activité de vos anciennes relations, si vous préférez ce terme, de vos anciens amis…
- Ce ne sont pas mes amis !
- Allons donc, Monsieur le Maire, ne me dites pas que vous ne connaissez plus Arnaud Boufigue et ne tentez pas de me faire croire que vous avez oublié Finette de Sainte Fouillouse : vous lui aviez prêté un local municipal pour ouvrir le bureau de recrutement des Écolocroques à Saint Tignous sur Nivette et vous l’avez vue à la soirée d’inauguration du Tapas’Embal’, comme l’a remarqué le chanoine ! Jolie fille, n’est-ce pas ? Il paraît, d’après ce que nous ont dit d’autres personnes présentes à cette soirée, qu’elle vous y a explicitement reconnu, elle aussi, et même, que vous vous êtes montré empressé auprès d’elle…
- Mais que reprochez-vous à ces gens ? Ils peuvent avoir commis des erreurs et avoir changé : Arnaud Boufigue s’est brillamment inséré dans la région, et Finette de Sainte Fouillouse semble devenue une femme d’affaires importante…
Ravot élude d’un geste de la main :
- Et vous êtes rentré directement chez vous après l’inauguration du Tapas’Embal’ tandis que ce pauvre Luis se faisait écorcher vif, bien sûr…
- Evidemment, vous n’allez tout de même pas imaginer que…
- Ecoutez, Monsieur le Maire, je ne vais pas jouer au plus fin avec vous mais vous mettre un marché en mains : ou bien vous nous dites tout ce que vous savez sur ce que trament Boufigue, Finette et cette Gertrude qui apparaît ici et là et dont on m’a dit qu’elle est trop cinglée pour constituer un témoin crédible, même si je l’ai convoquée pour tout à l’heure, ou bien je communique vos coordonnées aux alliés des Malfort dont je vous ai parlé et qui ont donné votre papa aux crabes… Lepif !!!

  Lepif devait attendre cet appel dans le bureau voisin, parce qu’il entre immédiatement :
- Voilà, voilà, Monsieur le Commissaire…
- Lepif, vous allez noter la déposition spontanée de Monsieur le Maire. Je vous laisse, j’ai rendez-vous avec Catachrèse…
 
Et le maire se trouve tout aussi perdu par la sortie de Ravot que par ses exigences :
- Mais, que voulez-vous savoir ?

  Lepif lui aussi, trouve que le patron est un peu gonflé de lui refiler le gros bébé sans instructions plus précises. Il fait confiance à son intuition, d’accord, mais là…
 
- Bon. Reprenons : cette fameuse soirée du Tapas’Embal’… Qui vous y a invité ?

  Le maire s’est tourné face au bureau de Lepif pour lui répondre, un peu égaré par toute cette histoire, disons le mot : déstabilisé. Menacé, même de manière lointaine et indirecte, d’être jeté tout vivant aux crabes par de mystérieux alliés des Malfort, dénoncé comme fils bâtard d’un officier nazi (ce qui lui est bien égal, mais pourrait se révéler électoralement négatif), sommé de dénoncer un « complot » meurtrier dont il n’a pas la moindre idée, assimilé à des « amis » qu’il ne connaît pas plus que ça… Mais qu’est-ce qu’il a à faire de tout ça ?

- Qui m’a invité ? Je ne sais pas, sans doute les patronnes du Tapas’Embal’, oui, ce doit être elles, vous savez, je participe à toutes les inaugurations de la ville. Comme Hilarion-Jovial d’ailleurs, qui me colle aux basques à chaque fois pour essayer de piquer ma place, c’est bien connu. Et puis le service « communication » de la mairie organise mon agenda et m’informe de ce qui se passe et prépare même mes allocutions… Vous comprenez que je ne suis pas au fait de tous ces petits évènements, de qui les organise, de ce que font tous ces gens que je suis censé connaître et féliciter pour leurs brillantes initiatives, qu’ils soient cafetiers, libraires ou joueurs de pétanque… Contactez Grobiane, à la mairie, c’est lui qui s’en charge. Il vous le dira exactement.

 
Imperturbable, Lepif tape sur son clavier ce qu’il retient de la réponse du maire.

  - Nous convoquerons Grobiane… Qui avez-vous rencontré à cette soirée, mis à part ceux dont il a déjà été question ou qui se trouvaient tout à l’heure dans ce bureau en votre compagnie ?
- Eh bien, outre Arnaud Boufigue, Finette de Sainte Fouillouse et les patronnes de l’endroit, plus le personnel, naturellement, il y avait trois autres messieurs que je ne connaissais pas, deux notaires parisiens, si je me souviens bien, et un certain Aloïs Guétotrou-Kifumsec. J’ai retenu son nom, que j’ai trouvé pittoresque, mais je répète que je ne le connaissais pas. J’ai surtout retenu l’espèce de… déférence que semblaient lui manifester Finette et Arnaud. Mais je ne le connais pas (il martèle les syllabes), je n’avais jamais entendu parler de lui.
 
Intéressant, se dit Lepif. Un « supérieur » de Boufigue et de Finette ?

  Il enchaîne :
- Vous lui avez parlé ?
- Non, et il n’a pas non plus pris la parole. Je ne connais pas le son de sa voix. Pas plus que de celle des notaires.
  - Quand avez-vous connu Arnaud Boufigue ?
Le maire se souvient de cette première visite de Boufigue, où il lui a annoncé sa parenté avec le Numéro Un, et où il lui a expliqué le rôle que devait remplir le studio de télévision…
- La première fois que je l’ai rencontré, il s’est présenté comme un technicien de télévision spécialiste du type de matériel que nous venions d’installer…
- Grâce aux Écolocroques…
- A ce moment, on ne parlait pas d’Écolocroques. L’Opération Écolocroques a débuté, je m’en souviens, le 15 avril, il y a deux ans, avec la publication d’une édition spéciale de

la Lanterne, qui diffusait un communiqué rédigé à bord du sous-marin Hai II par Victor Bourriqué et sa collègue, Clémentine je ne sais plus quoi… Ils avaient l’air de bien s’entendre avec les Écolocroques, à l’époque, non ? Bref. En tout cas, si les conditions qui nous ont été faites pour l’installation du studio étaient, c’est vrai extrêmement favorables, je défie quiconque d’y voir une collusion avec ceux qui se sont par la suite révélés pour ce qu’ils étaient, c’est-à-dire des criminels…
- Votre mémoire est remarquable, Monsieur le Maire, mais revenons à Boufigue…
- Boufigue… Oui… 
- C’est bien lui qui, ce jour-là vous a présenté les avantages qu’il pourrait y avoir à vous mettre au service des Écolocroques…
- Je proteste ! Tout ce qu’il m’a dit c’est qu’il serait bon que nous apparaissions comme le point de rencontre avec ceux qui, à l’époque, semblaient défendre un idéal écologique…
- De manière quelque peu radicale, Monsieur le Maire, vous ne croyez pas ? Ils menaçaient de raser la planète…
- Sans doute, sans doute, mais cela pouvait n’être qu’une dérive idéologique momentanée, amendable, voire un « argument stratégique de campagne »… Je disais donc que nous pourrions apparaître comme le lieu de convergence… diplomatique et médiatique, entre ces gens et les autres, représentés par Eusèbe Malfort et son équipe, dont je vous rappelle qu’à l’époque il ne remplissait aucune fonction officielle et se trouvait en quelque sorte autoproclamé et pourvu d’une seule légitimité médiatique !!!
- Et que vous avez contribué à faire enlever…
- Il a été pris de malaise, au cours de l’enregistrement et Boufigue l’a fait soigner, j’ignore comment… Mais c’est un passé révolu…
- Sans doute, et ce n’est pas là-dessus que je vous interroge, c’est simplement sur vos rapports avec ce Boufigue…
- Boufigue, oui… Eh bien Boufigue a disparu après les « évènements » qui ont marqué la disparition des Écolocroques. En fait, il s’est réfugié chez Gertrude Pilon, si mes informations sont exactes, après avoir collaboré quelque temps à la Lanterne du Fort d’où il s’est trouvé brutalement évincé, j’ignore dans quelles circonstances…
  Lepif se permet un léger ricanement :
- … chez Gertrude Pilon, répète-t-il en finissant de taper sa phrase.
Le maire feint de ne pas avoir remarqué l’ironie :
- Et puis il a développé le principe du Super Troc lorsque le changement climatique a commencé à poser des problèmes de transport à la grande distribution…
- Il a dû disposer d’appuis pour cela. J’imagine que n’importe quel Tartempion, aussi doué soit-il, ne parviendrait pas à convaincre des enseignes d’importance mondiale à fusionner sans disposer d’arguments… financièrement solides !
- Je l’ignore… Demandez à Hilarion-Jovial, il dit connaître l’économie, moi, je me contente de gérer ma petite ville (le faux-cul, pense Lepif)…
- Et Finette ?
- Une jeune femme charmante, dotée de beaucoup de talent. Recommandée par Arnaud Boufigue dans un premier temps, mais qui a disparu très vite. Je n’avais pas eu de ses nouvelles avant cette inauguration. J’ai d’ailleurs été surpris de la voir sur ces affiches…
- Ces affiches ? (Lepif est arrivé très tôt au commissariat et il n’est pas encore sorti. Il n’a donc pas vu les affiches de la campagne « C’est tout naturel »).
- Oui, les affiches de la campagne publicitaire de Super Troc… Vous n’avez pas vu ?
- Non, mais je pense que cela m’intéressera beaucoup… Voilà, relisez votre déposition, signez-la et je vous remercierai pour votre collaboration. Mais restez en ville, nous risquons d’avoir très, très bientôt besoin de vous…
 

LE MÉTRO / P2C2E16

P2C2E16 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 16)

 
N° 117 / LE MÉTRO / P2C2E16

 
C’est l’histoire où Clèm, Béatrace et Rébéquée se font des confidences. On y parle aussi du métro. Et une flèche fait une nouvelle victime.

 
Mercredi 4 mai
9 heures
Le métro.

  Au retour de Thulé, Clèm autant que Victor avaient souffert de claustrophobie. Les efforts patients de leurs amis, le travail intensif nécessité par la fusion entre

La Lanterne du Fort et le Petit Matois Subreptice, la nouvelle organisation de leur vie, avaient eu raison de la panique irraisonnée qui saisissait Clèm lorsqu’elle entrait dans une pièce obscure et la faisait alors reculer en hurlant, ainsi que des sueurs froides qui inondaient soudain Victor lorsqu’il abordait un sous-sol. La nuit, ils dormaient toutes lumières allumées, serrés l’un contre l’autre et s’épuisaient l’un dans l’autre en étreintes désespérées… Le jour, ils étaient incapables de rester enfermés et de se séparer plus de cinq minutes.

  C’est la nécessité de remplacer Arthur qui les avait fait revenir au travail. 

  Ils savaient quelle urgence représentait son engagement auprès de l’ONU : un mois après leur retour, dès la fin juin, ils avaient pu observer les effets induits par l’arrêt de la circulation du Gulf Stream, entre tempêtes, inondations, et tornades de neige, et puis les premières récoltes gâchées, les communications coupées, les pannes d’électricité à répétition, et les risques de famine qui s’en suivaient.

 
Eusèbe et Arthur leur avaient confié la conduite du journal, leur faisant confiance malgré leur état.

  Et puis il y avait eu Béatrace, qui s’était très vite trouvée enceinte (voilà ce que c’est d’abuser des OGM, lui disait Clèm dans ses moments de forme, et avec une pointe de jalousie rétrospective qui se terminait en fous rires de gamines complices), et qui, souvent seule, avait demandé à sa copine[1] (autres fous rires) de l’aider à décorer la petite maison où Arthur et elle avaient aménagé, et où, le soir, ils se retrouvaient souvent avec Rébéquée et Hélène dont Clèm et Vic avaient fait la connaissance.

 
Et là, ils parlaient longuement des nouvelles du monde torturé par la météo bouleversée. 

  Ils parlaient du journal, qui rencontrait les difficultés de toute la presse écrite confrontée aux problèmes logistiques posés par ce foutu temps et qui, peu à peu, se convertissait aux nécessités d’une « mise en ligne » radicale et exclusive, via un Internet envahissant.

  Ils échafaudaient avec Rébéquée les plans du « nouvel » Agotchilho, entre l’agrandissement de la conserverie des Goums, et ceux du port de la Marée au Grand Port où devraient arriver les bateaux qu’Arthur allait très bientôt faire venir des  réserves retrouvées des Écolocroques, ou de l’usine des Chonos, et qu’il s’agirait de stocker, et transformer, et de redistribuer sur d’autres bateaux à destination des pays en détresse, après que les unités de transformation à concevoir et installer les auraient mise en état d’être consommées agréablement par leurs destinataires.

  Tout cela, vite et bien, hors des pressions sournoises que commençaient à exercer toutes sortes de lobbies et de groupements.

  Un jour, Rébéquée et Clèm étaient seules à

la Marée au Grand Port : Béatrace et Hélène étaient « descendues » à Agotchilho pour voir Amaïa et les Goums avec le petit groupe de biologistes et de gynécologues effarés qui étudiaient la physiologie incroyable de ces fossiles vivants en vue de résoudre les difficultés qu’ils rencontraient à se reproduire.

  Et qui étudiaient aussi les produits qu’ils utilisaient pour lutter contre cette inappétence et leurs autres « poudres de sommeil et de bien-être », qui s’avéraient être aussi efficaces pour les homo sapiens ! Une pharmacopÃ