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CRISE DE FOI / P3C2E18

P3C2E18 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 18)

 
N°207 / CRISE DE FOI / P3C2E18

 
C’est l’histoire où Frère Jean des Entonnoirs avoue son désarroi métaphysique à ses amis et où Jules Mouchoir suggère un traitement à l’Hépatoum.

 
Jeudi 16 juin
11 heures

La Lanterne du Fort


  - J’ai une crise de Foi…

  Frère Jean des Entonnoirs est assis devant Eusèbe et Jeanne dans la salle de direction-rédaction du journal. 

 
A ses côtés, la gentille hôtesse, Cloclo Chatapus, pimpante et fraîche, l’œil vif, le teint rose et le poil luisant, le couve d’un œil satisfait.

  - C’est peut-être le Chablis, risque Jeanne qui n’a pas prêté attention à l’orthographe…

- Faut prendre de l’Hépatoum…

Ça, c’est Mouchoir, qui fignole une mise en page sur un ordinateur, en tournant le dos au groupe.

 
Le moine grogne en se retournant et Cloclo rit et lui pose la main sur le bras pour l’apaiser, car Cloclo l’apaise et rit, tout comme elle rit quand on l’apaise. Cloclo sait se montrer symétrique dans ses réactions.

  Mouchoir, qui a entendu quelque chose d’inhabituel dans ce grondement animal, se retourne à son tour, et se trouve avec surprise en face d’un visage rouge et furieux sommé d’une tonsure éburnée et luisante, le tout monté sur une robe de bure de coupe (et de coule) très classique. Marron.
 
Il n’avait pas vu entrer le moine, s’étant contenté de saluer Eusèbe et Jeanne avant de replonger dans une nécrologie difficile à caler sur le carnet mondain. Et il s’étonnait de ne pas y voir l’avis annonçant les funérailles des édiles.

  - Je parle métaphysique, et on me répond cholagogue ! Qui c’est celui-là ?
- Pardonnez-moi, Monsieur le Moine, s’excuse Mouchoir qui, absorbé par sa tâche quotidienne, n’a pas suivi l’histoire et ne voit donc que le redoutable visage tourné vers lui sans comprendre ce qui peut motiver son ire. 

 
Il enchaîne :
- Je n’ai pas suivi l’histoire, absorbé comme je l’étais par ma tâche quotidienne, et ne vois donc que votre redoutable visage tourné vers moi sans comprendre ce qui peut motiver son ire…

  Et il ajoute, pour apaiser son vis-à-vis :
- Je suis un homme profondément pacifique, un peu perturbé certes par la découverte récente de l’attirance surprenante qu’une femme jusqu’ici inconnue et lointaine, quoique proche (soupir), exerce sur moi…    
 
Eusèbe et Jeanne rigolent :
- Excusez-moi, j’avais fait la même confusion, avoue Jeanne…

  Cloclo caresse doucement le bras de Frère Jean dont les muscles se sont noués, durs sous la bure.

 
Il se retourne et fait de nouveau face à ses hôtes :
- Je… Je suis désolé. Je suis… victime de manifestations incontrôlables de colère ou de… (il jette un coup d’œil à Cloclo, souriante)… Bref, il m’arrive de… sortir de mes… gonds sans véritables raisons (la main de Cloclo s’appesantit et elle fait la moue), enfin, le plus souvent sans raisons… Et je vous prie de m’en excuser (ceci à l’intention de Mouchoir vers lequel il se retourne, et qui est tout aussi surpris, par la colère qu’il a provoquée (et dont il n’a pas compris la cause puisqu’il n’accède pas à l’orthographe du dialogue), que par l’aveu qu’il vient de faire)…

  Il dit, Mouchoir :
- Je vous en prie, cela peut arriver : moi-même, quoique je me trouve surpris d’avoir provoqué cette colère dont je n’ai pas compris la cause (puisque je n’accède pas à l’orthographe du dialogue), je ne comprends pas pourquoi je viens de me livrer à cet aveu que je ne m’étais pas fait à moi-même… Il est vrai cependant que l’Hépatoum…
 

SALAUDS DE JEUNES / P3C2E28

P3C2E28 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 28)
 
N°217 / SALAUDS DE JEUNES / P3C2E28

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot désintoxique le procureur Kératine, qui évoque la petite Amélie..

 
Mercredi 15 juin
16 heures
Pau

 
- Mais qu’est-ce qui te prend ?

  Le procureur Kératine s’est levé d’un bond lorsque, juste après être entré et alors qu’il lui tendait la main par-dessus son bureau, Ravot lui a pschitté dans la figure un coup de la petite bombe aérosol qu’il dissimulait dans le creux de la sienne, de main.

 
- Tu es fou ?

  Ce qui constitue une remarque dépourvue de toute originalité dans les circonstances, mais il est vrai que le Procureur Kératine n’a jamais fait preuve d’originalité. 

 
Ce qui est normal dans sa fonction. 

  N’empêche que ! Que Ravot, son ancien condisciple, sérieux, et efficace commissaire de police n’a pas à pschitter le procureur dont il dépend ! Et pschitter quoi ? A cause de quoi ? 

 
La tête lui tourne à Kératine. Et pas seulement à cause de l’incongruité de ce comportement qu’il s’apprêtait à qualifier d’inadmissible de la part d’un individu hiérarchiquement mal noté, comme on l’en a averti il y a peu de temps et que… Mais qu’est-ce qui m’arrive ?

  Ravot s’est assis, toujours sans un mot, en regardant la surprise, puis la colère, puis le désarroi se succéder sur le noble visage du magistrat.
 
- … mais… qu’est-ce ? Pourquoi tu me pschittes ? Tu me pschittes à cause[1] de quoi ?
- Excuse-moi, mon vieux, mais il était impératif que je vérifie quelque chose.

  Ravot désigne du doigt le paquet de biscuits de Petit Jésus dissimulé derrière une pile de dossiers sur le bureau du procureur :

- « C’est » ça. Tes biscuits sont drogués. Tu fais partie des personnalités, très, très nombreuses, hélas, qui ont été intoxiquées par ceux que je poursuis… Et qui ont déjà récupéré une partie de ton église à leur profit. Je te savais très attaché à ta religion de famille, je me doutais qu’ils t’auraient capturé par son biais. Les Juifs et les Musulmans aussi ont été touchés… Les plus nombreux, ceux qui ne pratiquent pas de religion particulière, l’ont été par les saucisses dont la publicité parle tant et qui sont diffusées par

la Nouvelle Réna dans les centres de troc

C’est tout naturel 
 
Le procureur semble complètement perdu. 

  Alors Ravot lui explique, détaille, argumente. 

 
Convainc :

  - C’est terrible ce que tu me racontes ! Le pschitt… C’est à cause (il se répète, forcément)… Mais alors…
- Mais alors, enchaîne Ravot, il faut réagir avant qu’ils ne donnent l’assaut à la société toute entière, et tout d’abord « libérer » ceux qui, comme toi, ont été capturés malgré eux par cette attaque sournoise. Et j’ai besoin de toi : je me charge du juge Foutral, mais il faut que de ton côté tu entreprennes de « nettoyer » la haute administration. Je sais que tu as des relations à la préfecture et ailleurs… Tâche quand même d’éviter l’évêché, ils n’y sont peut-être pas aussi innocents qu’il paraît… Je vais te donner le pulvérisateur que j’utilise. Il est camouflé en Ventoline, tu sais la petite bombe qu’utilisent les asthmatiques. Tu pourras dire que tu as une crise d’asthme. C’est ce que j’aurais fait avec toi si je ne t’avais pas suffisamment connu pour me montrer direct. En souvenir du temps où tu venais sauter ta petite amie dans ma chambre d’étudiant… Mais d’abord le juge…
- Je suis tout… bizarre…
- Imagine que tu viens de subir en quelques secondes une cure de désintoxication totale ! C’est compréhensible que tu te trouves bouleversé…
- Et tu dis que c’est la petite Amélie Fouad qui a trouvé ça (il montre le pulvérisateur) ?
- C’est la petite Amélie…
- Elle est crédible ?
- La preuve…
- Je n’aurais pas cru… Les promesses de la petite Amélie… Elle est remarquable cette fille… Et puis (gestes moulants des mains)…

 
Ravot rit :

- Ne vas pas te faire d’illusions, c’est Lepif qui s’occupe d’elle…
- Lepif… Ton jeune inspecteur ?
- Mon jeune inspecteur, oui…
- Salauds de jeunes…
- Salauds de jeunes (soupir)…
- Bon, conclut le procureur, on commence par Foutral. Je t’accompagne. Si. J’insiste.
 


[1] Je n’allais pas rater ça : je viens de relire Tintin au Congo… Il est vrai que le proc est un drôle d’oiseau.

AVANT L’ASSAUT / P3C2E30

P3C2E30 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 30)

  N°219 / AVANT L’ASSAUT / P3C2E30

 
C’est l’histoire où le juge Foutral harangue les membres de l’expédition qui, à Bordeaux, va s’attaquer aux Méchants.
 
Jeudi 16 juin
6 heures
Bordeaux
 
Le juge Foutral ne décolère pas. 

  Ce qui l’a enragé c’est d’apprendre par le commissaire principal de Bordeaux, l’inénarrable Basile Croitou-Espérandieu, le plus pistonné des lèche-culs ministériels de la République, que lui, Foutral, honorablement connu en ville depuis l’Ecole de la Magistrature d’où il est sorti major, s’il vous plaît, d’apprendre donc de la bouche de ce crétin en uniforme chamarré, plus cul-bénit que son nom même ne le laisse à penser (Foutral est franc-maçon), qu’il était, lui, Foutral, persona non grata à Bordeaux, qu’il allait incessamment se trouver dessaisi de toutes les affaires dont il est en charge et que son « petit copain » (sic) Ravot faisait l’objet d’une procédure de l’Inspection des Services qui le relèguerait au fond de la cocotte des bœufs-carottes, sous trois tonnes d’emmerdements et autant de procédures, c’est une question de jours, sinon d’heures. 

  Et dégagez le parquet, a conclu Basile Croitou-Espérandieu !

  Alors, furax il est Foutral. 

 
- Ça confirme ce que je craignais, dit Ravot pour tenter de le calmer…
- Inadmissible ! Mais qui a nommé ce triple crétin à ce poste ?
- Vous le demandez, Monsieur le Juge ? demande ironiquement le procureur…
- Le ministre, bien sûr. C’est un copain du maire de la ville… Il veut des gens sûrs. Mais de là à protéger des criminels…

  Car le juge Foutral croit en sa Mission. 

 
Il y croit même dur comme le fer dont étaient forgés ces vieux protestants du Désert dont il est issu. 

  Le Crime est une hydre dont il faut trancher les têtes au fur et à mesure de leur réémergence. 

 
Et cela, c’est Sérieux, nom d’un petit bonhomme ! 

  Alors, si le Crime prend le dessus, il faut agir. 

  Ce n’est pas la Loi qui est en cause mais ses représentants actuels.


- Mes amis ! (le juge Foutral n’est pas familier, il faut qu’il soit bouleversé pour s’adresser ainsi à ses collaborateurs) Mes amis, nous devons poursuivre. C’est un fait de Résistance. Notre honneur, celui de

la Magistrature (il enveloppe le procureur Kératine d’un chaud regard), et celui de

la Police et de l’Ordre (il adresse à Ravot et à ses deux inspecteurs, Lepif et Martial, un regard de tribun haranguant le SPQR[1] tout entier) (il aimerait pouvoir rejeter d’un geste noble le pan de sa toge sur son bras), notre Honneur à tous est en jeu, cicérone-t-il. Sus ! Sus au crime ! 


 
Il reste ainsi un temps, le menton levé par-dessus son épaule droite et le regard perdu vers le soleil levant à qui, d’une main vibrante, il fait l’offrande de sa Foi.
 
Puis il poursuit:
- Commissaire Ravot, je vous propose d’aller traquer le Mal en son antre. Ils n’oseront pas s’en prendre à Nous, qui représentons la Loi ! Pour ma part, j’ai été ceinture noire de judo dans ma jeunesse point encore si lointaine. Et je sais me servir d’une arme, ayant achevé mon service militaire avec le grade de lieutenant dans le Train.

  - Vous avez des armes dans le fourgon, Lepif ?
- Oui commissaire. Vous voyez qu’on a bien fait de l’emmener, ce fourgon. Je n’avais aucune confiance dans les collègues de Bordeaux : je me souviens de leur inefficacité… On a pris trois pistolets mitrailleurs et deux flingues d’avance avec des munitions…
- Je ne suis pas très guerrier, pour ma part, avoue le procureur. Ce n’est pas dans mes attributions… Mais s’il faut aider…
- Très bien mon cher, le conforte le juge. Vous prendrez une arme de poing, et vous pourrez toujours menacer si le besoin s’en fait sentir… Tenir en respect ! Le Respect ! Y’a que ça !

  - Ne jouons pas les cow-boys, messieurs, le tempère Ravot. Si nous avons affaire aux seuls Humevesne et Suceprout, ce sera facile, mais si ce sont les clients à qui je pense, nous risquons de nous heurter à des individus sans scrupules… Le Brunières en question a participé au meurtre de Luis Ottouadla… Cela vous donne une petite idée du personnage…


[1] Senatus populusque romanus, comme on disait dans l’ancien temps.

L’ÉVEIL DE L’AMAZONE / P3C2E54

P3C2E54 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 54)

 
N°243 / L’ÉVEIL DE L’AMAZONE / P3C2E54

 
C’est l’histoire où Esche, l’Amazone du moine, manifeste une certaine surprise de se retrouver là où elle se trouve.
 

C’est la suite de P3C2E53.

  Jeudi 16 juin
23 heures
Bureau N°1
 
Arthur, Eusèbe et Nouye sont très occupés devant la console de transmissions et restent à l’écart, mais l’Amazone reconnaît quand même la silhouette d’Arthur[1].
 
Du coup, elle se lève pour le regarder de plus près :
- Il devait… Je devais… Mais c’est impossible, insiste-t-elle en s’approchant d’Arthur… Vous ne pouvez pas… pas vous souvenir, vous avez été conditionné par le Mentor, et…

  Arthur, qui était resté penché sur l’épaule de Nouye, se redresse et la regarde :
- Bravo Amélie, ta potion magique a réussi. Il semble que notre tueuse soit sortie de son conditionnement ! Ça fait drôle, hein ? Mais ta libération aura été plus douce que la mienne… Remercie notre bon moine ! Ôoumloc a été moins clément avec ta complice Birke, celle qui avait tué ta collègue Tomie (P3C1E19)…

 
L’Amazone semble de plus en plus égarée. « L’effet moine » se dissipe maintenant et la fascination qu’il exerçait sur elle diminue. 

  Elle comprend à quel point elle est perdue, isolée au milieu de ses « ennemis ». De ces « ennemis » qu’elle était venue pour achever, elle s’en souvient ! Et qui ne semblent pas s’en émouvoir outre mesure !
 
- Mais c’est impossible ! répète-t-elle…
- T’es montée en boucle ? lui demande Béa.

  Totalement incrédule, la fille martèle du doigt la poitrine d’Arthur impassible :
 
- On ne peut pas mentir au Mentor ! Le Mentor a toujours raison ! On oublie ce qu’il veut que l’on oublie ! On fait ce qu’il exige que l’on fasse ! Et vous étiez son Envoyé, son Tueur !  

  Béa s’interpose.
 
Elle est plus petite que cette grande blonde dérisoirement drapée dans sa serviette de toilette, et elle lève son petit nez pointu pour la regarder bien en face :
- Eh bien, tu vois, ton Mentor l’a dans le baba. Et toi-même, tu regrettes qu’Arthur n’ait pas fait le sale boulot pour lequel on l’avait programmé ? Tu as envie de nous bousiller tous ? 

  L’Amazone recule devant le doigt accusateur de Béa :
- Tu crois toujours en son infaillibilité ? En sa victoire inéluctable ? Qui vous fera quoi ? Qui fera quoi de vous ? Qui fera quoi des gens ? De ton moine et de nous, de ces gens là (elle montre la salle), de leurs enfants, de leurs amis, et de tous les autres (elle s’échauffe, Béa, flamboie de l’œil et frémit de la moustache) ? Ton Mentor qui a fait que ta copine Birke a tué ta copine Tomie, et qui t’aurait ordonné de tuer n’importe qui sans hésiter avant de te faire tuer, toi ! A cause de qui tu as certainement tué je ne sais qui sans hésiter !

 
Esche recule devant la véhémence de Béatrace qui, tout en la repoussant, s’accroche au poignet d’Arthur pour l’entraîner derrière elle :
  - Tiens, je parie que tu l’aurais tué, lui aussi, mon amour à moi, lui, Arthur Malfort, celui qui a déjà permis au monde d’échapper à la catastrophe que nous préparaient les salopards d’il y a deux ans, qui étaient les mêmes que ton Mentor, sa « famille » ! Lui, le papa de mon Tijules, tu l’aurais tué, hein ? Mais dis-le ! Et mon Tijules aussi, pour faire bonne mesure, sans doute ! Allez, dis-le ! Dis-le !
 
Esche, muette, recule encore et tombe assise sur les genoux du moine, comme attirée par le seul espace de protection qu’elle devine devant la colère croissante qui hérisse la moustache de Béatrace…

  La petite Cloclo pose la main sur l’épaule de Béa, lui sourit :
- C’est fini, tu sais, elle ne veut plus faire de mal, je ne crois pas…

 
Le moine semble émerger de sa torpeur :
- Je ne le crois pas non plus. Elle ne peut plus tuer maintenant…

  L’Amazone se relève, hagarde :
- Je… je vous demande pardon… Je… je ne savais pas. Je ne savais pas…

- Et qu’est-ce que tu ne savais pas, hein ? Qu’est-ce que tu ne savais pas ?
 
Béa repousse la main apaisante de Cloclo (t’imagines quand même pas que tu vas t’en tirer aussi facilement ! Quand Béa se fâche, Béa est fâchée !) :
- Alors ! Qu’est-ce que tu ne savais pas ?

  - Je ne savais pas… qu’on pouvait aimer quelqu’un…

 
Et elle parle. 

  Elle raconte ce qu’elle sait, sa formation, les études, de langue pour l’essentiel, et de « savoir-vivre », destinées à se fondre dans la société, la harpe, ou la guitare, dont chacune doit savoir jouer pour chanter la gloire des Élus, la culture physique, le tir à l’arc, la compétition, le pouvoir des plus fortes sur les autres, « les autres » : ceux et celles que l’on utilise, le conditionnement, les distractions, les hommes capturés et eux aussi, « utilisés », le « service particulier » de l’Élu, qu’il faut être capable de « satisfaire », la garde, la troupe de chasse de l’Élue, les expéditions aventureuses…

  Elle parle des missions de développement et de surveillance de la Nouvelle Réna. De son rôle auprès de Daniel Forpris puis d’Edgar Maupuis. 

  Elle parle du meurtre des élus locaux par Merry et elle-même, sur l’ordre de Maupuis, parce qu’ils devenaient encombrants. 

  Oui. C’est Merry, l’autre Amazone, celle qui ne s’est pas réveillée lorsque le moine est venu, sans doute parce qu’il ne l’a pas attirée sexuellement ? Ce n’était pas sa période ? Elle ne sait pas vraiment pourquoi… Mais celle qui est restée dans sa cellule…

 
Et elle parle de la venue du Mentor, demain, à Bordeaux…

  Et là, elle intéresse vraiment tout le monde. 
 


[1] Je rappelle qu’Arthur avait été « conditionné » pour massacrer ses amis d’Agotchilho et qu’elle devait le tuer à son tour (P3C2E24)

FREAKCOLAA NAARCOFIIE : LE DISCOURS / P3C2E59

P3C2E59 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 59)

 
N°248/ Freakcolaa Naarcofiie : LE DISCOURS / P3C2E59

 
C’est l’histoire où Freakcolaa Naarcofiie, dit « Zwarte Freak », dit « Narco », enflamme les foules télévisuelles pour devenir le Guide Naturel de l’Opération Pureté.


 
C’est la suite de P3C2E58.
 

Vendredi 17 juin
9 heures 30
Bureau N°1


 
Il est donc salué par une ovation franche de tous ces partisans que l’on a réunis, au moment où, dans un clignotement, s’allume la devise de sa famille, disposée sous la lyre que l’on a installée derrière son pupitre et qu’il a détournée (avec son accord souriant) de l’un de ses copains, PDG d’un grand groupe industriel cosméticien : « Parce que je le veux bien », au-dessus de son blason « au léopard de gueules, passant sur fond d’argent ».
 
Blazer, pantalon blanc, baskets, sourire pro, fulgurant, aussi vite apparu que disparu, qui témoigne d’un entraînement de fond des zygomatiques mais n’altère jamais la froideur du regard, l’orateur lève les bras, en V de la victoire. 

    Les clameurs se déchaînent.
 
Il repose les mains sur son pupitre, lève les petits doigts et fronce les sourcils teints qui lui barrent le front.
 

Le silence retombe sur la salle domptée.
  - Mais pourquoi avoir interrompu tous les programmes pour cet individu ? demande Arthur, qui vient d’arriver et baille lamentablement, les yeux bouffis de sommeil.
 
« Mes amis (Applaudissements) (La voix est grave, sombre, mélodieuse, travaillée dans les basses, lente, mesurée, comme violoncelle sur fond de velours noir)
« Mes chers amis (Inflexion sur le « chers »… Bravos ! Applaudissements)…
«  Mes très chers amis (Acclamations, hourras ! On tape des pieds ! L’ovation se prolonge un temps, il lève les petits doigts et fronce les sourcils. Silence)…
« En ce jour naît un nouvel espoir (Frémissements de la salle contenus du bout des petits doigts)…
« Les pouvoirs du passé sont partis (les zygomatiques soudain crispés découvrent les dents en un sourire de sanglantes gencives, peut-être ironique, à moins qu’il ne soit que carnassier)… (un temps, pour accentuer l’ironie, la souligner de silence, avant d’enchaîner) en vacances !
La salle explose et trépigne tout en huant cet irresponsable pouvoir du passé. L’orateur laisse monter les huées qu’il accompagne de hochements de tête accablés, sourire, cette fois pincé de lèvres serrées…Et puis il lève les petits doigts, on se tait, il enchaîne :
« Il est parti (geste vague de la main gauche) vers l’Est, me dit-on…
Il maintient le silence du bout des doigts et poursuit, hochant la tête :
« Alors là, je m’interroge (on se regarde et, de fait, on s’interroge)… Je m’interroge (le ton « se fait plus abrupt, dans la salle, ça grogne) ! Je m’interroge vraiment (on s’interroge « vraiment, en hochant la tête)…
« Et je réponds (aahhhhh, quel soulagement…), je réponds qu’un pouvoir qui (hésitation, une main à demi-levée, les yeux au plafond pour y trouver le mot juste)… qui déserte, disons le mot, mes chers amis, qui déserte (houle d’applaudissements) ! Qui déserte (bravos pour le diagnostic, huées pour le déserteur) !
« Qu’un pouvoir qui déserte est un pouvoir mort ! Est un pouvoir vacant et qui laisse orphelin le peuple abandonné !
  La salle trépigne et hue. Sans se donner la peine de la faire taire (le régisseur a simplement augmenté la puissance de la sono), il poursuit, hachant son discours de reprises haletantes :
« Alors, moi je vous dis, ici (cris)… Alors, ici (hurlements)… Ici (Ouaiiiis !!!) Ici, mes amis (on hurle, la sono monte d’un cran)… Ici, mes chers amis (délire) (il lève peu à peu les bras, poings fermés)… Moi je vous dis qu’ici, maintenant, là, qu’ici, naît, devant vous (Ouaiiiis !!!) et pour vous (on se monte sur les épaules)… un espoir (Ouaiiiis !!!) « NOUVEAU (ça pleure un peu partout) !!!
 

Il laisse la salle délirer quelques instants avant de lever les petits doigts et de froncer les sourcils. Silence haletant.
  « Nous avons tous souffert. Vous avez souffert (hochements de tête, entre accablement et compassion).
« J’ai souffert (tête basse, l’accablement est surmonté lorsque les yeux se relèvent, mais ils restent noyés de tristesse) (geste des deux bras qui englobent la salle dans la même souffrance courageusement assumée)…
« Nous avons souffert (conclusion logique qui se résume en un sourire un peu forcé qui dit la volonté de dépasser toutes ces petites misères)… «  Le froid, né des errances du pouvoir du passé (Houu ! petits doigts. Chuuuuttt !), le froid nous a frappés, sanctionnant bien des fautes, mes chers amis. Je vous le dis solennellement : bien des fautes !
 
La salle gronde sourdement tandis que l’orateur hoche la tête en appuyant un regard entendu d’un sourire de connivence. On discute un peu, ici et là, commentant ces fautes, les relevant, tu te souviens de… et de… Petits doigts…
« Le froid nous a frappés, et, qui dans notre chair, qui dans notre travail, il nous a limités, enfermés, étourdis de l’angoisse des lendemains de doute nés des cieux assombris…
« Nous avons tous souffert… (silence appuyé) J’ai souffert… Comme vous…
  Silence, on rentre en soi pour examiner sa propre souffrance, remâcher ses petites amertumes et les fondre dans celles de l’Orateur. L’Orateur, qui, les mains sur le pupitre, tête basse, médite semble-t-il à l’unisson de la salle. Après un temps, il redresse la tête, le regard lointain, comme dans une vision :
« Aujourd’hui, au printemps, se lève un autre espoir (on redresse la tête) (silence d’attente collective).
« J’attendais, comme vous tous, que nous guide celui que les institutions nous avaient désigné comme guide naturel !
« J’attendais, comme nous tous, que notre Président (sourd « grondement), que notre Président à tous (sourd grondement), que notre Président nous parle sans détours, relève le flambeau que vous aviez placé, mes amis, mes très chers amis (grondement) entre ses mains ins-ti-tu-tion-nelles (en détachant bien les syllabes) !
 

La salle est agitée de courants divers, le chaudron va bouillir…
« J’attendais !!!
Des bulles commencent à crever sous forme de huées, de vagues noms d’oiseau, mais confus, indistincts…
« Et puis ce matin, j’ai appris qu’il s’était « absenté » (Houuuuu !!!!), qu’il était en « vacances » (Hooouuuuuu !!!!), qu’il avait… déserté (le chaudron déborde, on lève le « poing, les invectives giclent en hurlements rageurs) !!! DÉSERTÉ (c’est frénétique) ! J’ai bien dit : DÉ-SER-TÉ (il lève les petits doigts et attend le silence) !!!
« Plus personne dans la maison ! En emportant les clés ! Et pourquoi pas la caisse, qui sait ? Mais oui, il est parti ! « PARTI !!!!
  Dans la salle, on tourne en rond, se distinguent de vagues courants qui oscillent de la tribune vers les portes, houle confuse où le désespoir se mêle à l’angoisse pour se résoudre en colère. On discute tout en invectivant, on crie, on hurle même. Des femmes pleurent, décoiffées… Il lève les petits doigts et doit même décoller les mains du pupitre pour obtenir un semblant de calme au sein de cette foule qui se découvre ainsi, soudain, orpheline…
 
« Alors, mes chers amis (le régisseur a forcé les basses, la voix résonne au plexus de chacun), en ce jour de printemps, devant cet abandon, en ce jour du printemps de notre désespoir, en ce sombre printemps…
  Les silences ménagés entre les périodes sont à couper au couteau
 

Un silence plus long…
  Et puis, dans ce silence épais, il lève les bras et renverse la tête, comme s’il s’adressait au plafond :
 
« Je suis venu !
  La salle explose, dans le soulagement soudain, on pleure, on rit, on danse, on trépigne… Il doit lever les deux mains pour obtenir de nouveau le silence, et puis il enchaîne :
 

« Je suis venu ! Je suis venu parce que j’ai fait un rêve ! Un rêve !!
  Le silence se fait attentif, curieux :
 
« Et vous me connaissez : j’ai fait un rêve, mais je ne suis pas pour autant un rêveur, un songe creux, un « poète » vaseux qui s’endort aux étoiles !
« J’ai fait un Rêve !!
On applaudit…
« Et ce rêve c’était d’un grand peuple apaisé (on applaudit) (les caméras pêchent dans la foule des visages de vieillards et d’enfants en larmes) (la sono couvre les réactions de la foule), d’un peuple unifié (on applaudit), d’un peuple unanime, qui prendrait à pleins bras son destin (il écarte les siens en un geste lui aussi unanime), sa vie (applaudissements), son avenir (on applaudit maintenant de manière continue et le régisseur doit pousser ses manettes), d’un grand peuple unanime qui prendrait à pleins bras toute sa destinée, rejetant le passé, le froid, la faim, la peur, rejetant dans le gouffre d’un oubli insondable les angoisses terribles de devoir s’en tenir (il martèle) aux ordres d’un absent (il pointe de vagues coulisses du doigt gauche), parti vers l’Est ! Aux ordres d’un vaincu ! (Houuuu !) Aux ordres d’un perdant !!!
  La salle explose de nouveau, dans un mélange brutal d’exécration et de mépris… Il lève les mains jusqu’au silence…
 

« J’ai rêvé d’un grand peuple debout, comme vous l’êtes, là, aujourd’hui, devant moi, avec moi, sans attendre, sans gémir ; d’un grand peuple pugnace (il isole le mot, fermant les poings levés devant lui) et que rien ne distrait de sa ligne bien droite, de sa ligne de vie qui vise l’avenir dans cette Voie Nouvelle qui s’ouvre devant nous !
  On acclame, on adhère, on approuve, on dit oui !!!
 
« Oui, mes amis, oui, je veux (silence dans le silence, hochements de tête qui imposent le mot à la foule et doigts pointés vers elle en gestes répétés)… Je veux, je veux que nous suivions cette Voie grande ouverte qui se découvre à nous !
  Applaudissements prolongés, graves…
 

« Si certains sont partis (Houuu !! Il impose le silence d’une main et d’une moue méprisantes), si certains ont quitté leur poste, si certains abandonnent leur peuple pour des « vacances », ou pour des combines (Hooouuuu !!!! Il laisse la salle transpirer sa haine avant d’imposer de nouveau le silence), des « combinaziones » (grognements de mépris), en vérité, je vous le dis, moi, moi ! Moi ! Je serai toujours là (les applaudissements montent), avec Vous, devant Vous (applaudissements), et pour Vous (geste d’offrande des deux mains, délire de joie de la salle) !!
« Et Je Vous le promets, mes bien chers amis, Je Vous le promets (balancement des mains prêtes à dispenser la manne), je ne vous décevrai pas (Bravo) ! Je m’engage ! (mêmes gestes appuyés) Je m’engage, devant vous, avec vous et pour vous dans cette Voie Nouvelle, dans cette Réalité Nouvelle, où nous chanterons demain !
  La salle applaudit et les larmes cette fois semblent bien être de bonheur, de joie, d’espoir…
 
« Ecoutez-moi, mes amis, mes chers amis (gestes d’apaisement qui contiennent toute velléité de réaction de la foule. Le registre a changé, le débit, plus rapide, moins lyrique, se fait technique : il explique, il expose, il donne des Instructions et on l’écoute attentivement. Certains se préparent à prendre des notes)…
« Mes chers amis, partout, dans nos campagnes, dans nos villes, dans nos cité, des femmes, des hommes, de bonne foi, de Bonne Foi (on sent toujours les majuscules dans l’intimité du discours), des femmes et des hommes, aujourd’hui ou demain, vont frapper à vos portes. Faites-leur bon accueil, comme à de vrais amis que nous sommes, écoutez-les, suivez-les, aidez-les (le discours s’emballe brièvement) Tous ensemble, Tous ensemble (il martèle ses mots et la foule répond : Ouais ! Ouais !) ! Tous ensemble, mes chers amis (Ouais ! Ouais !) ! (le ton s’apaise, sous l’influence des mains émues qu’il tend vers la foule) Oh, mes amis ! Tous ensemble nous la construirons, cette Nouvelle Réalité, (applaudissements, petits doigts), parce que Vous le valez bien (applaudissements, petits doigts), nous la construirons, cette Nouvelle Réalité Naturelle parce qu’elle vous va bien (applaudissements, petits doigts), nous l’appelons tous, de tous nos vœux parce qu’elle est Demain (applaudissements frénétiques, petits doigts) !!! Demain (silence grave), demain il vous sera demandé de collaborer à cette mise en œuvre de notre Idéal !
 
  Il lève les bras dans un geste d’oraison unanime et la salle explose, saute sur place :
  « On va gagner ! On va gagner ! On va gagner !!!
  Il étend les mains pour apaiser la tempête, et, solennel, dans le silence revenu :
« Mais Aujourd’hui, « Parce que je le veux bien » (il détache sa devise), parce que Vous le voulez bien, parce que Nous le voulons bien, et devant la désaffection, la désertion, des autorités institutionnelles, pour répondre à vos besoins et pour répondre à votre demande (applaudissements) unanime (applaudissements), je m’instaure (applaudissements) (geste  en direction de la foule), vous m’instaurez (acclamations), votre Guide Naturel dans cette voie (acclamations), cette Voie que nous ouvre la Nouvelle Réalité Naturelle (explosion d’enthousiasme) ! Et, en tant que Guide Naturel, et en cette qualité, J’ORDONNE que partout (doigt pointé), partout où nous sommes forts, partout où nous avons pu (poing levé), malgré l’adversité latente et les désertions des soi-disant responsables (Hooouuuuu), partout où les meilleurs d’entre nous ont pu s’y préparer (doigt pointé sur la foule) (acclamations), j’ordonne que partout commence (pause dramatique) l’Opération Pureté !!!
  Acclamations, gestes des bras qui ramènent le silence :
  « N’oubliez jamais que : Grâce à vous, c’est du Propre !
 
Il reprend, tendant le doigt vers la foule qui l’acclame :
  « Grâce à vous
 
Et la foule répond, d’une seule voix :
  « C’est du propre ! »
 
Il martèle :
« Grâce à vous…
On répond :
« C’est du propre ! »
Il reprend :
« Grâce à vous…
On répond :
« C’est du propre ! »
  Il reste les deux bras levés, tandis que les guitares, qui ont soutenu, porté, crescendo la péroraison du discours jusqu’à l’extrême saturation de la sono, en noyant l’explosion d’enthousiasme de l’assistance, préludent à l’hymne que reprend la foule :
 
Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,
  C’est-tout na-tu-rel…
  Les caméras multiplient les plans des visages extasiés des participants, tout en suivant la sortie triomphale du Ministre du Confort, Freakcolaa « Zwarte Freak », « Narco », Naarcofiie. La voix émue du commentateur se superpose aux images et au fracas triomphant des guitares. Il se demande s’il faut continuer à l’appeler Ministre du Confort ou si l’on doit dores et déjà lui attribuer le titre de Guide Naturel ? Et puis il annonce la visite exceptionnelle, à Paris, des Élus, qui viendront « adouber officiellement leur représentant ». La cérémonie sera retransmise demain à dix heures depuis le Palais de l’Elysée.

Sur un dernier arpège tonitruant, tous les écrans s’éteignent puis se rallument progressivement dans l’enchaînement de leur habituelle ineptie, comme si, pour eux, rien ne s’était passé.