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MODE D’EMPLOI

MODE D’EMPLOI

 
Des liens sont créés, en principe en bleu souligné, mais il arrive que la couleur change mystérieusement selon d’obscurs caprices informatiques.
Pour naviguer facilement. Il suffit de cliquer.
 

La liste des PERSONNAGES, LIEUX et TRUCS, se trouve en « PAGES », dans la colonne de droite.
On y trouve aussi le portrait et la biographie de PERSONNAGES particuliers, et quelques développements ou précisions concernant des lieux, des évènements ou des machins. Avec des liens ad hoc.

 

Un Résumé (en principe à jour) se trouve à droite, dans la colonne des « Pages », comme il a été dit.

 

Les épisodes se suivent dans l’ordre de lecture et sont donc publiés (grâce à une petite bidouille de l’horodatage) dans un ordre inverse de celui qui est habituel en ces lieux, qui, lui, est plutôt évangélique, puisque les derniers parus sont les premiers lus.

La deuxième partie commence juste après le SUPER CONCOURS.

 
Arrivé en bas de page, il faut cliquer sur « Article précédent » pour voir la suite, ce qui est paradoxal, mais évangéliquement logique.

 
(Ça fait rire Tijules que pour arriver au suivant il soit nécessaire de demander le précédent.
C’est que, même s’il est précoce, il n’a jamais entendu parler de l’Administration. !
Et puis, vous ne connaissez pas encore Tijules…)
 
Des Tables des Matières présentent chaque épisode.
L’article suivant les énumère (liens)


LE SUPER CONCOURS

LE SUPER CONCOURS


 
Certains Mystères restent à éclaircir.
J’avoue n’avoir pas tout compris.
Je ne suis jamais qu’un chroniqueur limité.
Les évènements dépassent parfois les médiocres capacités de mon modeste cerveau fatigué.

 

J’offre un Carambar (minimum) (peut-être deux, soyons fous),

au

lecteur qui fournira une solution plausible à un
 
Mystère, dans un

« COMMENTAIRE » au présent article.


Il est évident que les Mystères apparaîtront au fur et à mesure du développement de l’Aventure.

 
Le premier se trouve dans PERSONNAGES, LIEUX et TRUCS, en « Pages ».

On le retrouve en P2C2E8

  Un autre : Pourquoi un hareng saur dans l’en-tête du feuilleton ?

Qui saura, pour le sauret ?

 
Merci pour votre précieuse collaboration.

  Tonton Raspoutine.


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CONFIDENCES / P3C1E42

P3C1E42 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 42)

 
N°187 / CONFIDENCES / P3C1E42

 
C’est l’histoire où, déprimé, le commissaire Ravot confie à Mado les raisons de ses inquiétudes.

  Lundi 13 juin
19 heures
Chez Mado
 
- Contrarié, commissaire ?

  Ravot répond par un bougonnement à l’interpellation amicale de Mado et va directement s’asseoir dans sa « niche », à sa table, au fond…

 
C’est vrai que les choses se passent mal. 

  Oh, bien sûr, il y a le retour à la conscience d’Arthur, dont il ne peut faire état en dehors du petit cercle des « initiés », et l’enthousiasme guerrier de Jeanne, les brillants résultats d’Amélie et tous ces éclaircissements péniblement, douloureusement, comme disent les curés en inclinant la tête sur l’épaule, obtenus du bec et des ongles, tant par les Malfort que par lui-même, par Lepif et la bande des experts (faut faire boire de la soupe à toute leur équipe), mais Ravot ne constate pas moins que la « gangrène » gagne le corps social tout entier !
 
Qu’en est-il des petites villes dans lesquelles aucun contre-pouvoir ne se manifeste ? Livrées sans résistances au tout puissant centre de troc, que peuvent-elles faire sinon subir l’emprise de cette drogue sournoise qui leur est peu à peu imposée ?

  Ravot n’a vraiment pas le moral. 

  Alors, il regagne son petit cirque personnel où Madame Loyal, la Mado, lui concocte des boustifailles mijotées et où tournent les acteurs de sa vie : ils s’agitent, ils s’échauffent, et déjà on ne les entend plus…

  - Apporte-moi ton plat du jour s’il te plaît, Mado…
- Vous ne préférez pas un bol de soupe ?

Ravot ne répond pas à l’ironie, et puis, à la réflexion :
- Je vais te dire la vérité, Mado, ou du moins, ce que je peux te dire de ce que nous avons découvert…

 
Du coup, Mado s’essuie les mains sur son grand tablier bleu et rejoint la table du commissaire devant lequel, tout de go, elle s’assied, délaissant les deux pochetrons qui, au comptoir, ont entamé un concours de mominettes.

- Voilà… Et c’est le prolongement de ce qui s’est passé il y a deux ans : la population risque d’être prise en main par une drogue sournoisement diffusée. Nous avons la certitude qu’actuellement deux vecteurs sont utilisés : une certaine fumée, utilisée « rituellement » dans les centres de la Nouvelle Réna, chez C’est tout naturel, et les saucisses que tu vois manger à tout moment par des tas de gens…
- C’est ça, les saucisses qui sont tellement à la mode ? Mais où veulent-ils en venir ?

  - Eh, Mado !

- J’arrive !!! Excusez-moi une seconde…

Elle se lève pour répondre aux interpellations assoiffées des deux concurrents, qui abordent manifestement leur dernière ligne droite.

Et elle revient.

  - … c’est ça les saucisses, enchaîne Ravot qui comprend les nécessités du commerce. Et il se trouve que cette soupe très particulière constitue pour l’instant le seul antidote à cette drogue. Tu as déjà fait l’objet d’agressions et même d’une tentative d’enlèvement. C’est pour te protéger que je t’en ai fait boire. Cela dit, je serais incapable de te dire où ils veulent en venir…

 
Mado sourit :
- Merci, commissaire, je fais chauffer le mironton… 

  - Eh, Mado !

- Voilà ! J’arrive…
Et elle retourne à ses pochards qui sortent maintenant de la ligne droite pour s’enfoncer dans les méandres confus des lacets ultimes de leur parcours… 

  Ravot retourne à ses pensées moroses…

FINETTE DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E3

P2C1E3 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 3)

  N°82 / FINETTE DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E3

 
C’est l’histoire où l’on retrouve Finette de Sainte Fouillouse, et où l’on fait la connaissance de sa maman, Flora. On rencontre aussi deux notaires parisiens et quelques personnages inquiétants, tout en parlant d’escargots, de Super Troc et d’héritage.

 
Lundi 2 mai
14 heures trente
Pau

  Contente d’elle, Finette. Contente. Il faut dire qu’elle en jette dans son ensemble anthracite, avec le gros chignon massif de ses blonds cheveux. Ajoutez à cela un regard pervenche d’un bleu profond, un gros rubis en coeur au creux du décolleté et un autre au doigt, et des talons de plein de centimètres sous des jambes de reine et vous aurez une idée de la Bêêête.

  Fière d’elle. Se plaît bien en se regardant dans la glace de sa chambre de l’Hôtel Central à Pau. Elle aime tout particulièrement ces rubis somptueux qu’Aloïs Guétotrou-Kifumsec (qu’elle continue d’appeler « Monsieur ») lui a fait parvenir « pour la féliciter de cette brillante promotion », en ajoutant, de manière quelque peu sibylline qu’ils seraient « le cœur de sa fonction publique ». Il y a de bons côtés dans la réussite, se dit Finette. Ah oui, les lunettes noires pour éviter de se commettre aux yeux du commun. S’abstraire. Ne croise pas mes regards qui veut. Non mais.

  Surtout que ce n’était pas évident de retrouver une « position », après le désastre.

  Finette de Sainte Fouillouse. Représentante et Fondée de Pouvoir des Écolocroques en leur première Boutique-Ambassade de Saint Tignous sur Nivette ! Et cela juste au moment où on leur casse la baraque. Destin tragique. Mais pas folle, dès qu’elle a entendu l’émission télévisée qui devait marquer de manière évidente la fin des haricots pour l’organisation, elle est remontée dans sa fourgonnette blanche et adieu Berthe, elle a très finement filé Finette.

A tort, peut-être : les gens étaient tellement abasourdis qu’ils ont à peine réagi, et en tout cas, pas violemment.

La preuve : Arnaud Boufigue s’est recasé sur place sans la moindre anicroche. Ils sont restés en relation, à distance comme tous les Anciens de l’Ecole, et elle a pu suivre sa carrière, depuis le coup de pied au cul d’Arthur Malfort qui l’a éjecté de son journal sans autre forme de procès, jusqu’à son embauche quasi immédiate par Intermarché, Leclerc et la FCD regroupés pour l’occasion[1], jusqu’à aboutir à la création de Super Troc dont il dirige maintenant la principale unité expérimentale. A Saint Tignous sur Nivette, bien sûr. Grâce à l’appui du Maire, Félicien Belcoucou, qui a pris une couleur « écolo » dans l’affaire, acquise au contact, tant de Gertrude[2], du Mouvement (écologiste) du 18 août (pourquoi le 18 août ? Voir le Super Concours…), que de Finette, et parce qu’il a réussi à « éclaircir » le « mystère du radon du Monument aux Morts », ainsi qu’il l’a lui-même déclaré dans un article largement diffusé auprès de la presse régionale. Et que personne n’a contredit… « On » avait autre chose à faire ! Et le Maire n’était-il pas, comme beaucoup, victime de sa bonne foi généreuse ?

  Bref, tout est pour le mieux pour Arnaud Boufigue. Y compris le logement.

  Finette, elle, a filé chez maman, à Pétoly, dans un petit village des Ardennes belges cerné par une forêt très noire. Le village s’est trouvé rapidement englouti sous la neige dès que le temps a viré vilain. Elle a donc pu y rester quelques mois bien tranquille, avec seulement par-ci, par-là un petit coup de fil de Boufigue qui lui a proposé de participer à son aventure commerciale.

 
Mais Finette n’est pas vraiment une commerciale : elle y croyait aux Écolocroques. Bon, elle se doutait bien que ce n’était pas une annexe du Pensionnat des Oiseaux, mais elle avait été choquée en assistant à l’émission finale. Pas celle des explosions, avec Malfort en vedette, non, l’autre, celle du lendemain, celle qui avait réglé leur compte aux Numéros dont elle révélait l’existence, avec Malfort, Victor et Clémentine en vedette. Parce que bien sûr, comme tous les agents de surface, Finette ignorait l’existence des Numéros.

  Finette s’est trouvée très heureuse d’être ainsi bloquée par la neige jusqu’à la fin juillet dans sa retraite des Ardennes, avec Flora, sa vieille maman qui y tient auberge (deux chambres au papier à fleurs), table d’hôtes (huit couverts, douze en saison, en comptant la table de la cuisine), pour les touristes d’été (l’hiver il n’y a que des gens d’ici, d’ailleurs les routes sont difficilement praticables et même les Américains sont passés à côté en allant à Bastogne avec leurs tanks pendant la dernière guerre). Elle fait aussi bistro sur cette fameuse table de la cuisine, pour les autochtones, les vieux. 

 
C’est reposant pour Finette, après ces dures années de formation, le lourd travail de création des boutiques bios qu’elle a supervisées un peu partout dans le monde, et le démarrage avorté de l’aventure qui aurait dû la propulser au premier plan. Mais, bon…

  Finette aiderait bien Flora, mais pour servir les deux canons de rouge de la journée en répétant les histoires du village (où l’on ignore tout de sa « situation », ici elle est « la fille de Flora qui fait, ou a fait, des études »), et en commentant les infos de la veille (que Finette suit attentivement à la télé comme tout le monde), sa présence n’est pas vitale pour le fonctionnement du commerce.

 
Alors Finette s’occupe comme elle l’a toujours fait lorsqu’elle se trouve ici : elle court les bois. Elle aime beaucoup les odeurs des sapins et leurs sous-bois tellement obscurs que rien n’y pousse, à part quelques champignons et quelques plantes étranges dépourvues de chlorophylle. Elle en a même su le nom. Faudrait qu’elle retrouve la flore que son père lui avait offerte avant de fiche le camp avec une touriste américaine. Ou qu’elle demande à sa mère. Monotrope sucepin… Ça lui revient…

Et elle pense… Réfléchit en marchant, en recherchant dans les futaies plus dégagées les bois que les cerfs abandonnent à la mue, normalement en mai, mais avec ce temps… 

  En fait, elle est surtout surprise par sa propre réaction : elle y a cru.

Bon. C’est cela qui la surprend…

 
Elle y a cru parce qu’elle croyait qu’il est bon de croire. Mais cessant d’y croire, elle a cessé de croire que croire est bon. Et donc, elle a tout simplement cessé de croire. Et du coup, elle s’est mise à croire que ne pas croire est bien préférable à croire. 

  Un progrès en somme. 

 
Parce qu’elle croit à son progrès à elle. En perdant une croyance, elle croit donc avoir progressé. Et puisque ne pas croire est bon, croit-elle, mais en étant certaine de le savoir, ce qui lui évite d’avoir à remettre cette certitude sur le métier, elle a tiré un trait sur tout ce à quoi elle pensait croire ou avoir cru. Après inventaire. 

  Et elle s’est au bout du compte trouvée confrontée au vaste problème de savoir si elle sait ou si elle croit, ou si elle sait ce qu’elle croit ou si elle croit seulement savoir.

Alors qu’avant, elle savait croire, ou du moins qu’elle l’avait pensé, puisqu’elle ne veut plus croire. Et puis croire que l’on ne croit plus, c’est toujours croire. Tout comme croire que l’on sait. Elle manque de références qui auraient établi ce qu’elle sait, ce qu’elle sait savoir, et non plus ce qu’elle croit savoir, de manière indiscutable et définitive.
 
Elle se trouve dans l’incapacité de déterminer si ce qu’elle sait est cru ou su. Croire, savoir… Et donc, elle patauge dans une forêt de points d’interrogation philosophico-métaphysiques qui la plongent dans une sorte d’angoisse cireuse pas désagréable au fond, lorsqu’elle se promène dans la neige profonde des chemins ou lorsqu’elle s’enfonce dans les bois obscurs. 

  À y bien regarder, ces pâles pensées, toutes inclinées du même côté, qui poussent, parcimonieuses, sur l’humus ombreux de son esprit tourmenté, lui rappellent les tiges fragiles et inclinées des monotropes…

Le sol des sapinières, protégé par les frondaisons épaisses des arbres, n’est couvert que des aiguilles brunies dont le tapis épais étouffe les pas, comme une torpeur de l’esprit. La neige, prise aux branches, ne descend pas jusqu’à terre, suspendue au silence. Mais elle accentue l’enfermement du sous-bois qui forme ainsi un no man’s land où la rêverie peut tourner en boucle. Et bien souvent Finette reste longtemps assise, adossée à un tronc écailleux, ses grands yeux pervenche grand ouverts, dans le silence, la pénombre et l’odeur de résine froide. 

 
Et puis elle reprend sa promenade et elle rentre chez elle, détendue, reposée…

  La neige a fini par fondre et Flora s’est remise aux escargots. C’est sa spécialité, les escargots. Certains touristes viennent de très loin pour manger les escargots de Flora, à l’ombre du grand tilleul devant l’auberge. 

 
Ah ! Les escargots de Flora !

  S’ils sont vraiment inimitables, c’est pour des tas de raisons.

D’abord, Flora les ramasse elle-même dans « ses coins », bien cachés au fond des bois. Elle adore cette chasse où elle part à l’aube, armée d’un bâton et d’une grande besace. Et puis elle les fait dégorger « à la planche », et c’est son deuxième secret : une épaisse planche de sapin conservée l’hiver au fond du ruisseau voisin, séchée au printemps, où le grand-père de Finette a gravé au couteau deux traits séparés d’un mètre. Cette planche garde une odeur particulière de résine et d’eau fraîche qu’elle communique aux escargots comme un assaisonnement subtil. L’astuce consiste, après qu’ils aient passé quelques heures dans une infusion refroidie d’herbes mystérieuses où ils se « nettoient le boyau », à les faire « courir » sur la planche de sapin, d’un trait à l’autre, pour, dès que leur tête dépasse le second trait, les décapiter d’un coup de couteau vif et précis, juste derrière les cornes. Les escargots agonisants sont ensuite jetés dans une poêle où grésille un beurre baratté dans la ferme voisine, aromatisé d’ail, de champignons séchés et d’herbes secrètes que Flora conserve jalousement dans des bocaux fermés. On la dit un peu sorcière, bien sûr. C’est sans doute pour ça que son mari et son Américaine ont fini au fond d’un ravin, cramés dans
la Packard jaune de sa rivale. Bref. Pour en finir avec les escargots, ils sont servis dans le beurre où ils ont cuit, avec des épines d’acacia pour les extraire de leur coquille, et accompagnés de tranches du pain-gâteau que Flora cuit dans son four, spécialement à cette intention. Elle vous verse avec ça de grandes chopes d’une bière trappiste douce-amère, épaisse comme un potage, très fumée et à la mousse compacte. 

  Sorcière… Flora tient ça de famille et personne au village n’oserait rappeler les lointaines histoires dans lesquelles telle ou telle de ses aïeules se sont distinguées. Surtout pas les vieilles. Elle a transmis quelques recettes à sa fille, lorsqu’elle est partie étudier : « Prends garde à toi, ma belle, et ne perds jamais la conscience de tes actes, ne laisse personne te les faire oublier ! ». Patronne de bistrot, elle en a vu, des dindes ivrognées par des matous, troussées à la va-vite et oubliées dans un coin avec leur courte honte. Quand ce n’était pas avec un polichinelle dans le tiroir… Et ce n’était qu’avec de l’alcool ! Elle a donc préparé une grande quantité de ce qu’elle appelait du « Pain de Couleuvre », en fait, de petites dragées qu’elle fabrique à partir d’hellébore noir, et qui vous mettent à l’abri de toute inconscience. Et elle a bien clairement expliqué à Finette qu’une pastille vaut pour la semaine, et qu’elle aurait intérêt à en garder toujours par devers elle… Ensuite, elle fera ce qu’elle voudra, mais au moins, elle n’oubliera rien, et libre à elle de céder aux tentations en pleine connaissance de cause…

  Ce jour-là, Finette est partie chasser l’escargot à la place de sa mère. Elle aime ça aussi, Finette. La chasse et la cuisine. Elle a même conçu une variante « Finette » des escargots « Flora » : les escargots, sortis de leur coquille après la cuisson, sont enroulés dans un morceau d’une très, très fine tranche de jambon fumé du pays et replacés dans la coquille. C’est génial pour le goût et catastrophique en terme de main d’œuvre. Les escargots « Finette » ne sont donc préparés que par Finette elle-même quand elle est là, c’est-à-dire presque jamais, parce que sa mère n’a pas la patience. 

 
Et ce jour-là, Finette voulait préparer sa recette.
- C’est comme tu veux, a dit Flora, y’a pas de clients, on les mangera nous-mêmes. Et le reste on le mettra en conserve.

  Mais à son retour, à dix heures, la besace lourde de coquilles baveuses pesant sur son épaule, « y’avait des clients ».

 
Grosse voiture noire immatriculée à Paris, et deux hommes en costume cravate, visages graves, assis sous le tilleul devant une tasse de café.

  Qui se lèvent à son approche. 

  - Maître Gaston Brunières, notaire à Paris, et mon associé et ami, Marc Tombou. Vous êtes bien Madame Finette de Sainte Fouillouse ?

Flora ressort de sa cuisine…

Finette dépose délicatement son sac à ses pieds et sa mère s’en empare :
- Laisse, je m’en occupe… Si ces Messieurs veulent dîner ici ce midi, je les préparerai… à ma manière…
Et elle emporte le sac vers ses fourneaux.

- Oui, je suis Finette de Sainte Fouillouse, mais…
- Pardonnez-moi d’insister, mais, pourriez-vous me montrer une pièce d’identité ?
- Ecoutez cher Monsieur, vous êtes bien gentil, mais je suis ici chez moi, je ne vous connais pas et c’est vous qui me demandez mes papiers…
- En effet, pardonnez-moi, c’est tellement important…
Le notaire sort son propre passeport et le tend à Finette pour confirmer son identité. Elle y jette un coup d’œil, hausse les épaules et rentre brièvement dans la salle de séjour-cuisine-salle de restaurant prendre ses papiers dans son sac qu’elle a laissé sur une étagère.
- Voilà, Monsieur l’important notaire parisien…
Elle lui tend le document en lui rendant le sien, le tout avec le sourire ravageur qu’elle est capable d’exhiber au quart de tour. C’est vrai que depuis qu’elle est ici, au régime jeans, doudoune et bottes fourrées, elle a un peu délaissé ses allures de professionnelle de la séduction,

la Finette…

  - Chère Madame, permettez-moi de vous présenter nos condoléances…
- Vos condoléances ?
Flora a seulement pris le temps de plonger la récolte de sa fille dans la marmite d’infusion qu’elle a préparée hier pour qu’elle ait le temps de refroidir, et elle est ressortie sur le pas de sa porte en se frottant les mains sur son tablier bleu.
- Nos condoléances pour la mort de votre cousin, Déodat de Sainte Fouillouse…
- Qui ça ? demande Flora qui n’en a jamais entendu parler puisque son mari est mort sans lui en avoir rien dit. Il faut avouer qu’il ne s’était jamais beaucoup intéressé au roman familial. Bien trop occupé à courir la gueuse touristique, le salopard.
- Déodat de Sainte Fouillouse, reprend le notaire à l’intention de Finette. (Son long profil jaunâtre dont il équilibre le nez en fer de hache par un renversement marqué de la nuque, ignore délibérément Flora : il n’a pas affaire à elle) (S’il baisse un peu la tête, il tombe en avant, se dit Flora) (S’il tombe en avant sur ma table il me la fend en deux, poursuit-elle in petto) (Elle en rit toute seule, ce qui achève de la discréditer dans l’esprit très formaliste de Maître Gaston Brunières, qui déteste les escargots). A défaut d’héritiers directs, il vous a désignée comme étant sa légataire universelle.
- Parce qu’il me connaissait ?
- Sans aucun doute, puisqu’il a enregistré son testament officiel en mon étude peu de temps avant sa mort. Monsieur Aloïs Guétotrou-Kifumsec, qui m’a dit vous connaître, en a été témoin, avec Maître Tombou, mon associé.

Maître  Tombou, aussi grand que maigre, visage émacié et regard d’aigle derrière un pif impressionnant, mais, plutôt nasique, ou tubercule, disons patatoïde, salue à son tour. 

  Finette se souvient en effet d’un certain Aloïs Guétotrou-Kifumsec, qu’elle a rencontré à Andøya, pendant ses études. Quinquagénaire très digne, aux tempes argentées et rosette à la boutonnière, il se parfumait discrètement à la lavande avec une pointe de patchouli, dans un style très 1925. C’était un important délégué de l’Imporium. Elle s’en souvenait comme d’un « client » difficile, lors des quelques redoutables exercices de « communication corporelle » qu’il lui avait fait subir.

 
- Monsieur de Sainte Fouillouse m’a confié peu avant sa tragique disparition qu’il pensait que vous, sa cousine, seriez sans aucun doute capable de reprendre l’ensemble de ses affaires et de prolonger ses actions dans tous les domaines. Y compris dans les plus… confidentiels… Vous avez bénéficié à Andøya d’une excellente formation générale, commerciale et même… spéciale, vous avez fait vos preuves, et si des circonstances… imprévues et imprévisibles n’avaient pas ainsi brisé le développement de l’entreprise de votre employeur, que nous connaissions bien, vous auriez sans aucun doute été appelée à jouer un grand rôle au sein de son organisation et nous aurions certainement été amenés à collaborer…

  - Attendez, reprend Finette qui décidément n’y comprend rien. Qui était ce Monsieur et de quelles « affaires » me parlez-vous ?

- Monsieur de Sainte Fouillouse a créé la chaîne internationale des boutiques Tapas’Embal’. Il remplissait aussi d’autres fonctions au sein d’organismes internationaux, que nous représentons également, et dont nous vous parlerons ultérieurement. Mais vous devez savoir que cette succession restera sans frais et ne pourra comporter pour vous que des avantages puisque ses revenus seront infinis et que vous ne serez soumise à aucune obligation autre que de réussir… Ce dont Monsieur de Sainte Fouillouse était persuadé… En fait, et outre une confortable fortune, très sagement et très largement défiscalisée, il vous laisse surtout sa succession à la tête de ses affaires.

- Et de quoi est-il mort ce cousin généreux et inconnu ? demande Flora méfiante.
- Il n’a pas eu de chance, il quittait Tanger sur son yacht quand La Bombe de Gibraltar a explosé. C’était lui qui se trouvait là et que vous avez dû voir, comme le monde entier, sur la vidéo de l’explosion.
- Effectivement, ce n’est pas de chance…
- Heureusement que ses dispositions étaient prises, la dispersion de telles affaires est toujours catastrophique. C’est vous dire à quel point vous êtes attendue… Monsieur de Sainte Fouillouse nous a confié le soin de vous en informer dans le détail et d’organiser sa succession. Nous vous proposons donc de nous accompagner, d’abord à Paris, puis à Madrid et partout où sont situées ses usines, ses boutiques et toutes leurs ramifications… Et bien sûr de prendre contact avec ses relations d’affaire, dont Monsieur Aloïs Guétotrou-Kifumsec est le représentant direct, mais qui, vous le comprendrez pour y être quelque peu initiée, ne veulent pas apparaître…

  Le lendemain, Finette quittait les Ardennes. 

  Malgré les mises en garde de Flora :
- Attention, ma fille, on ne réussit pas en faisant le malheur des autres et ces oiseaux-là ne m’inspirent pas confiance… N’oublie jamais ton Pain de Couleuvre…
- Pour savoir comment on réussit, maman, il faut au moins essayer !
- C’est ce que pensait ton père et tu lui ressembles beaucoup par moments. Mais n’oublie pas ce que disait Philippe Auguste : « Il n’y aura jamais de construction noble si l’architecte est ignoble »…

Elle est comme ça Flora, inquiète pour sa fille et férue de citations originales et vertueuses qu’elle découvre au hasard de lectures disparates à fleur de magasines. 

 
Et Finette, attendrie, lui a fait une bise sur le front, entre ses boucles grises.

  L’année suivante, elle avait repris en main toute l’organisation des boutiques, s’inspirant de l’initiative expérimentale de Begoña-Conception et de Gerañum-Assomption à Saint Tignous sur Nivette, qui est très vite apparue comme la plus efficace dans cette période difficile. Elle a reçu l’appui d’Arnaud Boufigue qui lui-même était en pleine création et développement du concept des Super Trocs.
 
Elle avait aussi découvert la fonction que Tapas’Embal’ remplissait auprès de l’Imporium d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec. Du moins, ce qu’ « on » lui en avait montré. Et ce qu’elle en avait deviné.
Elle avait également fait la connaissance de Monseigneur Gerhardt Zeeman, « contact » ecclésiastique de feu Déodat, qu’elle regrettait décidément de ne pas avoir connu de son vivant…

  Et aujourd’hui, Finette va prendre officiellement ses fonctions au sein de Tapas’Embal’, en inaugurant l’établissement de Saint Tignous sur Nivette, et cela en présence du Maire, du Conseiller en matière d’économie électorale, dont elle a découvert qu’il est aussi un lointain cousin, et du chanoine Onésiphore Biroton, curé de Saint Tignous sur Nivette, puisque Tapas’Embal’ occupe l’ancien presbytère, et entretient des relations privilégiées avec les instances religieuses.

 
Aloïs Guétotrou-Kifumsec, de l’Imporium, lui a annoncé qu’il viendra lui aussi avec Gaston Brunières et Marc Tombou, les notaires parisiens, et une « personnalité » qu’elle ne connaît pas encore.
  Après l’inauguration, ils partiront tous ensemble pour un lieu qu’il n’a pas précisé, « où elle aura connaissance de l’ensemble de leur projet de développement »…

Elle connaîtra mieux l’Imporium (dont, au fond, elle ne sait pas grand-chose) et elle saura enfin quels sont les objectifs qu’il poursuit.

On lui enverra une voiture…
 
Finette en est toute excitée.

 
Mais en attendant, il y a l’inauguration. 

  Ce sera sa première manifestation officielle dans sa nouvelle fonction, ce qui ne l’angoisse pas outre mesure, mais lui apparaît surtout comme une sorte de revanche après son départ prudemment précipité d’il y a deux ans.

 
A trois heures, on lui annoncera que son chauffeur est arrivé.

  A quatre heures, elle entrera à Tapas’Embal’…
 


[1] FCD, Fédération des entreprises du Commerce et de la Distribution, regroupe les entreprises du commerce de gros et de détail, avec une activité spécialisée alimentaire ou non-alimentaire.

Les enseignes adhérentes à la FCD sont : 8 A HUIT ; 1000 FRAIS ; ALDIMARCHE ; ATAC ; AUCHAN ; BOULANGER ; CARREFOUR ; CASINO ; CASITALIA ; C’ASIA ; CHAMPION ; COCCIMARKET ; COCCINELLE ; COMOD ; COOP ; CONFORAMA ; CORA ; CORSAIRE ; DARTY ; DECATHLON ; DIAGONAL ; ECO SERVICE ; ECOFRAIS ; ECOMAX ; ED ; FRANPRIX ; G20 ; GEANT ; GO SPORT ; INNO ;

LA VIE CLAIRE ; LE MUTANT ; LEADER PRICE ; LEROY MERLIN ; LIDL ; MARCHE PLUS ; MAXICOOP ; MAXIMARCHE ; MAXIMO ; METRO ; MIGROS ; MONOPRIX ; NICOLAS ; NORMA ; PC CITY ; PENNY ; PETIT CASINO ; PETIT CASINO 24 ; PICARD ; POINT COOP ; PROMOCASH ; PROVENCIA ; PROXI ; PROXI SERVICE ; PROXIMARCHE ; RECORD ; ROND POINT ; SCORE ; SHERPA ; SHOPI ; SITIS ; SPAR ; SUPERMARCHES MATCH ; TOY’R’ US ; VIVAL ; VOTRE MARCHE.

Pour un volume d’affaires de 162,6 milliards d’€.
Source : FCD, mars 2006

[2] Gertrude continue de louer à Arnaud un immense appartement dans sa grande maison proche de la MJC. Arnaud qu’in petto elle continue d’appeler Sri Mardouk Shankara depuis qu’il l’a convertie à la sainteté des thèses développées par les Écolocroques.

FINETTE AU TAPAS’EMBAL’ / P2C1E12

P2C1E12 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 12)



  N°91 / FINETTE AU TAPAS’EMBAL’ / P2C1E12

 
C’est l’histoire où nous retrouvons Finette de Sainte Fouillouse à la soirée du Tapas’Embal’, et où elle emballe Luis.

 
Lundi 2 mai
24 heures
Saint Tignous sur Nivette

 
Finette connaît le fonctionnement de l’Imporium mais pas au point de pouvoir le décrire dans le détail, ni bien sûr, de le manipuler, et elle a bien compris que Tapas’Embal’ n’est jamais qu’une lessiveuse à finances parmi d’autres et un moyen de redistribuer des fonds d’origine inavouable vers des organismes vertueux. Et réciproquement, bien sûr. Mais comme ce sont les mêmes qui agissent…

 
Et ainsi au cours de la fête, pendant que les ludions qui animent la soirée s’agitent dans les flonflons, Finette observe… sourit… répond… s’extasie sur la qualité des musiques, des danses, des tapas, du vin, répand grâces et compliments… Etrangère à la comédie. Pas là pour s’amuser, même si les propos sérieux semblent bannis…
 
Elle observe…

 
Aloïs Guétotrou-Kifumsec (« Monsieur » Guétotrou-Kifumsec) la regarde en coin. Bon. Compris. Il lui fournira des informations qui lui manquent pour mieux cerner sa fonction, mais elle se devra d’être « bien élevée » à son égard. Du moins le pense-t-elle.

 
Les notaires ne sont pas là non plus pour s’amuser. Sauf si Monsieur Guétotrou-Kifumsec en décide. Et comme ce ne sera certainement pas à Saint Tignous qu’ils s’amuseront… On devra changer d’endroit à un certain moment.

 
Arnaud ne semble avoir été invité que par courtoisie, mais elle a remarqué un long a parte lorsqu’il a versé du vin dans le verre d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec. Après quoi il s’est installé près de lui pour continuer à discuter. Ces deux-là sont plus proches qu’il n’y paraît, ce qui la surprend un peu, mais à la réflexion, elle se dit qu’ils ont dû collaborer à la mise au point de Super Troc, et que donc… 

 
Ils organisent quelque chose. Qui la concerne, à en juger par les coups d’oeil qu’ils lancent dans sa direction. Bien sûr, à l’école, ils se sont déjà servi mutuellement de sparing partners dans des exercices « spéciaux », mais elle ne pense pas que les préoccupations du moment soient vraiment de cet ordre. Non. Il y a autre chose.

  Et cet « autre chose » doit résider dans la Rolls silencieuse qui suivait

la Mercedes d’où sont sortis Guétotrou-Kifumsec et les notaires. Et dont les vitres fumées sont restées impénétrables à tous les regards. Même aux siens. Personne n’en est descendu, elle s’est simplement garée derrière

la Mercedes, elle-même rangée derrière le 4×4 qui est venu la chercher à son hôtel.

  Elle entend, d’une oreille distraite, le Maire lui raconter sa vie depuis deux ans, lui demander où elle est partie si vite, en le laissant sans nouvelles, alors qu’il a recyclé « sa » boutique en annexe de l’office de tourisme (où elle avait sa place), lui affirmant qu’elle aurait pu rester, sous sa protection, et ce avec un sourire gluant de sous-entendus, tandis que le Conseiller en matière d’économie électorale lui parle de ses projets de soutien aux entreprises en développement « que l’on devrait aider dans leurs phases critiques, et pas seulement à leurs débuts », et cela avec des regards candides d’enfant de chœur devant le Saint-Sacrement qui sont bien les seuls à parvenir à l’amuser vraiment, au point de lui faire bomber le buste (qui n’en a vraiment pas besoin) pour faire bailler sous ses yeux (qui se détournent instantanément) le décolleté cependant discret de son tailleur.

 
Et puis il y a ce petit journaliste stagiaire inattendu, issu tout droit de la Maison Malfort et qui mène une bourdonnante interrogation de tout sur tout, posant naïvement d’incroyables questions, sur des évènements qu’ici tout le monde semble avoir officiellement oubliés, ou ignorer totalement.

 
Il s’est imposé à leur table, où un battement de cils d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec l’a curieusement accepté, et s’est, au gré des nombreux services, instauré serveur privé de tous, se déplaçant de l’un à l’autre selon que l’on apporte du vin, du champagne, ou des tapas d’un nouveau genre. Comme ces canapés au fromage que l’on doit sortir de leur emballage, dans lequel est inscrite une maxime ou une histoire censée être drôle, à la mode des petits gâteaux chinois. 

 
Il a ainsi interrogé le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale, en premier, puis Arnaud, avant de s’asseoir près d’elle avec un sourire de gamin excité très amusant :
- Oh, Madame, je suis en admiration…
- En admiration ?
- Oui, en admiration devant ce que vous avez réalisé : cet endroit, la quantité d’autres établissements que vous dirigez, l’empire que cela représente… Quand je pense que vous êtes si jeune, si belle…
Rire de Finette :
- Allons Monsieur, pas de flatterie… Au fait… Vous êtes journaliste…
- Stagiaire…
- Stagiaire… à la Lanterne du Fort, qui ne semble pas nous aimer beaucoup, ni Monsieur Boufigue, ni moi ni les élus ici présents…
- Eh bien en effet, je dois vous dire que je ne comprends pas bien cette animosité. Je sais, ou je crois savoir, que vous êtes venue à Saint Tignous il y a deux ans, au moment des évènements, de l’histoire des Écolocroques (Finette hoche la tête sans cesser de sourire), et que vous avez même ouvert une boutique pour leur compte…
- Eh oui, c’était certainement une erreur d’orientation de ma part. Que voulez-vous, comme beaucoup j’ai été abusée par leurs discours apparemment généreux…
- C’est très compréhensible. Je me souviens que mes parents eux-mêmes…
- Vos parents sont de Saint Tignous sur Nivette ?
- Oui, ils enseignent au lycée…
- Il est vrai que beaucoup d’enseignants se réclament d’un militantisme écologique… Générosité professionnelle très respectable… Et vous-même ?
- A l’époque, j’étais à Lille, en école de journalisme… J’avoue que nous étions très partagés, mais que nous avons suivi les évènements avec passion. Jusqu’à ces explosions qui nous ont révoltés, et aux aveux des coupables… Mais pour ce qui me concerne… (hésitation, il se rapproche, narines légèrement frémissantes : le charme de Finette opère vigoureusement sur ce jeune homme plein de sève) pour ce qui me concerne, je trouve le comportement des Malfort assez curieux. Beaucoup de choses sont étranges, les explications ne me satisfont pas… Les archives du journal restent fermées ou muettes sur certains points… Qu’en pensez-vous, vous qui avez vécu tout cela sous un autre angle, devrais-je dire… Si j’osais, je vous demanderais un rendez-vous, pour en parler plus longuement…

  Aloïs Guétotrou-Kifumsec est en train de téléphoner sur son portable, et puis il discute brièvement avec Maître Brunières qui hoche la tête (exercice rendu dangereux par l’ampleur de son appendice nasal), se lève et se dirige vers Finette :
- Pardonnez-moi d’interrompre votre conversation, chère amie, mais Aloïs et moi souhaiterions vous parler quelques instants…
Un sourire d’excuse pour Luis, et elle glisse de sa chaise avec un déhanchement ravageur qui l’amène à le frôler :
- Attendez-moi, je reviens…

  Le trio des notaires et d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec est assis de l’autre côté de la table ronde et elle sait qu’en se penchant, elle creusera son décolleté en face du pauvre garçon qui la suit des yeux. Qui la dévore des yeux. Elle est comme ça Finette, peut pas s’empêcher de séduire quand elle a commencé, et là, elle pressent qu’il y a matière à apprendre.

- Ma chère, ce jeune homme se montre très curieux. Il est objectivement allié à nos adversaires, quoiqu’il en laisse entendre, du moins si ce que le Maire m’a rapporté est juste…
- Il me l’a aussi laissé supposer…
- Bien. Nous pensons qu’il peut nous être utile. Vous allez donc l’inciter à vous montrer les locaux du journal auxquels il a accès. Nous savons par Arnaud qu’il utilise les anciens bureaux du Petit Matois Subreptice, dans le bâtiment de la Mairie, et qu’il en possède la clé. Débrouillez-vous. Arnaud vous accompagnera dans votre voiture et nous vous suivrons lorsque vous serez entrés. Allez. Ah… (il lui tend une assiette de tapas emballés) Arrangez-vous pour lui faire manger l’un de ces petits gâteaux… Ils sont excellents et vous pourrez en consommer vous-même sans crainte.

  Finette connaît ce ton sans réplique et sait qu’il est préférable d’obtempérer. Et inutile de questionner. Elle obtiendra en temps voulu les réponses que l’on voudra bien lui donner. Le nombre et la qualité des réponses fournies sera directement proportionnel à sa position hiérarchique au sein de l’Organisation et constituera l’indicateur le plus sûr de cette position. C’est un test significatif. Très excitant. Dangereux, bien sûr… A tout hasard, il faut reprendre une pastille de « Pain de Couleuvre » à la première occasion… Elle en a toujours sur elle…

  Finette se redresse, les yeux brillants et le sourire aux lèvres. Un sourire irrésistible. Qu’elle réfrène : n’en fais pas trop ma fille, on n’écrase pas un moucheron avec un bazooka…

 
Elle se rassied près de Luis d’une souple ondulation des hanches et pose l’assiette devant eux en ouvrant l’un des emballages avant de croquer le petit gâteau moelleux du bout des dents :
- Excellents ces nouveaux tapas, servez-vous…
Elle jette le papier de l’emballage sur la table.
Luis le regarde, observe qu’une phrase y est écrite, lit :
- « Vitae necisque potestas [1]»… Et en latin s’il vous plaît ! Vous le comprenez ?
Finette fait non de la tête : elle a étudié l’économie, pas le latin ! 

  Luis aussi a mangé un tapas. Il lit la devise qu’il recèle :
 « Mysterium tremendum, fascinans, augustum… [2]» Décidément, nous en sommes réduits aux conjectures… Faudra que j’aille demander à un collègue de mon père, qui est prof de latin… A part Mysterium qui doit vouloir dire Mystère !
 
Par jeu, il en ouvre un troisième :
- « Enthousiasme » ! Exactement ce que j’éprouve !!! Et directement en français ! J’ai eu peur qu’ils se mettent au grec !!!

Il rit, décidément ravi, heureux de cette plénitude qui l’envahit. Quelle belle vie, quel beau métier, quelle belle femme… 

  Finette reprend :
- Excusez-moi, mon cher Luis… C’est bien Luis, n’est-ce pas ? J’ai dû aller régler une question technique… L’usine de San Sebastian qui fabrique ces nouveaux tapas doit démarrer demain et mon collègue me rappelle de ne pas prolonger trop longtemps notre participation à la fête… (regards navrés de Luis, très chien battu) Toutefois, (elle s’est un peu rapprochée et il a l’impression que son teint est légèrement plus coloré) ce que vous dites m’intéresse beaucoup et j’aurais aimé prolonger cette discussion dans un lieu plus… adapté. Ici, avec cette musique, ce bruit… Votre bureau devrait être accessible ? Mon ami Arnaud Boufigue, que vous connaissez, bien sûr, m’a dit que vous occupiez des locaux dans la mairie où lui-même a travaillé quelque temps, et il aimerait nous y accompagner… Si vous pensez que c’est possible…
- C’est une excellente idée, (il se lance…) pour commencer…
- Pour commencer, comme vous dites… vous êtes charmant… Mais il est près de minuit et nous devons songer à y aller… Je vais m’excuser auprès de nos hôtesses, si vous le permettez… Pendant ce temps… faites-moi plaisir… si vous le voulez, naturellement… un caprice… j’aime voir la manière dont marchent mes amis… Accepteriez-vous de faire trois fois en marchant le tour de notre table ?
Elle se demandait comment placer cette demande saugrenue d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec qui lui a dit qu’il voulait « vérifier quelque chose » sans préciser quoi…

 
Luis est resté sans voix. Il ne s’attendait pas à cela, pensait en arrivant regrouper quelques indices, prendre quelques contacts, vérifier quelques hypothèses… Et voilà que… si cet Arnaud n’était pas invité aussi, il pourrait même imaginer… Non, t’emballe pas, bonhomme… Il la regarde… Quel cul, quelles hanches, quelle femme décidément… Au fait, pourquoi trois fois le tour de la table ? Cherche pas à comprendre. Si ça peut lui faire plaisir… D’ailleurs, si elle l’avait demandé, il aurait aussi bien fait le tour de la salle à cloche-pied ou sur les mains sans discuter.

  On se lève, on se félicite, on se congratule… Si Ted et Jo le voyaient… Mais ils sont déjà partis au bras de leurs boudins respectifs qu’ils doivent tirer dans le baisodrome à roulettes de Ted… Luis se rengorge en raccompagnant la patronne, la Patronne, la crête haute, coq en rut qui s’apprêterait à couvrir la glousse la plus prestigieuse de la basse-cour. Au moins un Premier Prix au Concours Général du Salon de l’Agriculture !!!

  C’est dans le même état d’esprit qu’il monte dans le somptueux véhicule noir et chromes, à l’habitacle rallongé, au volant duquel un chauffeur attend, impassible. L’arrière comporte deux banquettes en face à face, isolées de la cabine par une vitre fumée et fermée. Arnaud Boufigue, au sourire amical, s’assied dos à la route. Finette lui fait signe de s’asseoir auprès d’elle, dans le sens de la marche. Luis sent la chaleur de sa cuisse contre la sienne…

  Le 4×4 démarre avec un ronflement sourd, suivi de la Mercedes où ont pris place Aloïs Guétotrou-Kifumsec et les notaires (qui ont ramassé soigneusement les tapas restant dans l’assiette)…

  Finette ouvre un petit bar d’où elle extrait trois verres de cristal dans lesquels elle verse de minuscules rasades d’un alcool ambré :
- A l’avenir du journalisme, mon cher Luis….
Son sourire est ravageur, son regard flamboie…

 
Derrière eux, la Rolls démarre souplement, sans un bruit…

  Luis, perdu dans les yeux pervenche de Finette, trempe les lèvres dans son verre. 

  Des yeux sans fond…
 


[1] « Pouvoir de vie et de mort… »
[2] « Terreur sacrée, béatitude, reconnaissance de l’Autorité absolue …» (Rudolf Otto)

 

LA BARBE DE FILOCHARD / P2C2E8

P2C2E8 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 8)

  N° 109 / LA BARBE DE FILOCHARD / P2C2E8

 C’est l’histoire où nous suivons le parcours militant de Gertrude, et où nous apprenons de subtiles informations au sujet du fonctionnement de SUPER TROC, des rites de

la NOUVELLE RÉNA,  et sur la barbe de Filochard.


( J’ai rencontré quelques difficultés à classer dans l’ordre les notes de bas de pages. Toutes mes excuses)

Mardi 3 mai
9 heures
Saint Tignous sur Nivette

  Alors, Gertrude, après quelques larmes versées d’amour et de regrets pour l’Homme ainsi en allé, tel le marin dans l’aube froide, affronter les tempêtes du siècle ingrat, Gertrude, alors, s’est mise au travail, remontée comme la pendule de salon de feu sa tante Henriette, la pendule en biscuit (un Saxe, disait la tante, un vrai Saxe) qui représentait un berger au teint de roses penché sur une « accorte bergère » décolletée jusqu’au ras d’un mutin téton du même rose que les joues roses du berger, celles-ci sans doute empourprées par l’émoi de découvrir celui-là. Et que Gertrude remontait (la pendule, pas le téton, vu qu’à son âge d’alors, de téton elle n’avait point encore) avec  le feu aux joues (les siennes) parce que c’était interdit par la tante qui se réservait l’exclusivité de l’opération sous prétexte que la clé était trop grosse pour le petit ressort. Ce que l’innocente Gertrude en cette prime époque de sa vie n’interprétait pas (pas encore) avec le mauvais esprit métaphorisant de certains lecteurs de ma connaissance. 

 
D’ailleurs, pourquoi pense-t-elle à la pendule de la tante Henriette en remontant la rue du Fort vers le faubourg voisin du quartier des Six Mille ? Ça n’a strictement aucun rapport. Mais Gertrude cultive farouchement ce « don de sans rapports » parce qu’elle sait qu’il lui est naturel, consubstantiel, et qu’il traduit sa relation directe aux zastres zet zaux choses. Elle appelle ce don son « inspiration cosmique ». Et c’est ce qui la rend supérieure à tous les René et Eulalie de tous les Mouvements du 18 août du monde. Même que Sri Mardouk Shankara lui a dit qu’elle a raison de ne pas se laisser faire et de continuer à penser que les revitalisants biotoniques doivent être dynamisés en lune rousse… Alors, hein…

  Elle s’est mise en tenue de ménagère-qui-va-faire-ses-trocs en fin d’hiver : bottes fourrées, jeans, gros pull et parka ; grand panier et bons d’échange visés par le contrôleur du magasin pour ce qui est des machins dont elle cherche à se débarrasser et qu’elle ne peut pas emmener (comme les dix tomes du Larousse universel édition 1960 qui encombrent sa bibliothèque, ou le chauffe-mains électrique pour les pieds qu’elle a hérité de sa maman), des sous pour ce qu’elle achètera à des troqueurs maraîchers ou fabricants de nouilles ou de jambon, réduits à troquer contre de l’argent, les pauvres ; sa carte et son carnet de troc pour valider ses acquisitions et enregistrer les adresses de livraison des fournisseurs et les éventuelles adresses où livrer ses dicos (mais elle a aussi un stock de moufles tricotées de sa main en laine brute bio « naturellement » hypoallergénique (c’est parce qu’elle a la peau fragile qu’elles lui donnent des plaques rouges, comme elle l’a expliqué aux autres membres de l’atelier tricot de
la MJC), douze sculptures en terre cuite (au feu de bois) qu’elle a réalisées à

la MJC l’an dernier avant que le feu de bois ne se communique à l’atelier, et vingt numéros du Burlatrri, le journal des Naris de Varochaix, qu’elle n’a jamais lus (état neuf) puisqu’elle ne parle pas béarnais), et tout ça en fonction du temps qui, ma bonne dame, n’est pas bien terrible allez, on parle encore d’une tempête de neige pour la semaine prochaine…

 Et surtout le carnet de bons de ristourne de 20 % destinés à l’aider à convertir un maximum de troqueurs anonymes au credo de

la Nouvelle Réalité Naturelle.

 Argument majeur que lui a fourni en avant-première Sri Mardouk Shankara en partant : tous ceux qui auront rempli la souche correspondant à ces bons et l’auront remise dans l’urne disposée à cette fin dans

la Salle de Troc recevront « une formation personnalisée » qui leur permettra « en 3 jours et sans effort, de progresser dans le Bien Naturel Universel » et de « transcender les difficultés liées aux malheurs climatiques que l’obstination sournoise de quelques uns ont attirés sur le monde ». Formation rémunérée… Comme les premières réunions qui y sont liées… Parce que, pour cette première fois, ils recevront le bon avant d’aller à la réunion.

  C’est compliqué (a remarqué Gertrude).

  Mais non (a rétorqué Sri Mardouk Shankara).
 

La MJC étant fermée le mardi matin, Gertrude s’est décidée à commencer sa journée par le Super Troc. Bien sûr, « avant », elle n’allait jamais à l’exécrable hypermarché Auclerc (ou Lechan, elle ne sait plus) qui avait précédé sa fondation, mais elle avait apprécié ce concept de relation d’échanges directs entre producteurs et consommateurs qui rejoignait les principes de base de

la Coopérative Bio à laquelle elle avait participé jadis, alors qu’elle était secrétaire du
Mouvement du 18 août. D’autant plus que ce concept était l’œuvre de Sri Mardouk Shankara…

La retraite qu’elle s’était imposée il y a deux ans de cela, après ce qu’elle appelait le « coup d’état des Malfort » qui avait amené la disparition des Écolocroques si évidemment calomniés par une presse « aux ordres » l’avait empêchée de s’y rendre de manière assidue, mais les quelques rares visites qu’elle y avait faites et l’atmosphère de ferveur troquiste qu’elle y avait trouvée l’avaient convaincues de la justesse et de la générosité de l’idée. 

  Elle se souvenait, avec une émotion toute particulière, des larmes de joie de cette pauvre femme, réduite au chômage par la rigueur du climat et l’inadéquation de son emploi (elle travaillait dans une fabrique de maillots de bains qui n’avait pas su se reconvertir au rafraîchissement climatique), et réduite au veuvage par la mort de son mari, gelé avec beaucoup d’autres sur l’autoroute après les premières tempêtes de neige qui avaient suivi les « évènements ». Après tant de souffrances, elle était enfin parvenue, pour chauffer ses cinq enfants, à troquer le joli diamant de sa bague de fiançailles contre un stère de bois. Larmes de joie citoyenne devant le triomphe du chauffage écologique sur la futilité.

 
Mais sa Mission et le départ de Sri Mardouk Shankara la libéraient de sa retraite et la relançaient sur

la Voie Militante qui constituait sa vraie vocation.

Cette Voie s’ouvre sur le parking, à cette heure désert, de Super Troc.
  Ne s’y trouvent que les quelques véhicules des employés chargés d’effacer les tableaux d’offres de la veille et de cirer les sols ou de nettoyer les vitres. Il est impératif que les marbres des halls d’entrée soient impeccables, que les barres de cuivre et de laiton des portes coupe-feu et des passerelles soient rutilantes, que les lustres et les lampes des consoles de transactions soient éclatants, que les pupitres soient comme neufs, que les lustres scintillent…

  Quelques voitures également, celles des cadres et des infographistes qui, cette nuit, ont mis en œuvre la campagne qui s’affiche maintenant en ville (la camionnette des afficheurs chargés de décorer la ville vient de rentrer et celles destinées aux villes voisines sont presque toutes parties).
La grosse Audi de Daniel Forpris bénéficiant du privilège des cadres sup est sagement rentrée à l’abri du hangar des réserves numéro un rendu disponible par le principe du troc. 

 
Le hangar numéro deux a été consacré aux installations d’impression rapide qui permettent de répondre instantanément aux exigences marketing. Les chariots élévateurs y promènent les rouleaux de papier destinés à l’alimentation des tables traçantes et des plieuses immenses qui préparent les affiches.

  L’enseigne géante Super Troc vient d’être descendue des deux structures métalliques qui la supportaient au-dessus de l’entrée principale, et Gertrude doit attendre quelque temps qu’une grue imposante ait mis en place la gigantesque lyre en tôle peinte d’un noir de velours où de multiples lampes à éclat viendront jeter leurs feux dès ce soir : d’abord une séquence d’allumage aléatoire qui la fera scintiller dans la nuit, puis trois allumages simultanés successifs, trois appels comminatoires irrésistibles qui alterneront avec le clignotement ininterrompu de l’enseigne sous-jacente qui affirme, en lettres de néon blanc, que C’est tout naturel .

 

Lorsqu’elle peut enfin entrer, Gertrude doit montrer patte blanche pour être admise dans le saint des saints de la vaste Salle de Troc où se presseront tantôt les troqueurs : le badge que lui a donné Sri Mardouk Shankara (mais ici, elle dit Arnaud Boufigue, bien sûr) fait merveille et elle suit « l’agent » qui la conduit jusqu’au bureau où elle pourra faire la connaissance de Daniel Forpris qu’elle n’a pas encore eu l’occasion de rencontrer, même si Sri Mardouk Shankara lui a à maintes reprises parlé de son adjoint.

  Elle traverse donc cette salle qu’elle connaît pour l’avoir quelque peu pratiquée, avec sa « Corbeille » où s’effectuent les trocs locaux amiables (botte de radis contre moufles tricotées), dans le joyeux brouhaha des courtiers qui gueulent les offres aux afficheurs perchés sur la passerelle métallique où s’affairent deux agents d’enregistrement qui les inscrivent (à la craie, s’il vous plaît !) sur le vaste tableau vert ligné de blanc qu’ils parcourent perchés sur des escabeaux montés sur roulettes ! L’ambiance de Wall Street à Saint Tignous sur Nivette ! Les émotions de Rockefeller offertes aux chomedus de partout moyennant 10% des évaluations. Le Luxe. La Merveille.

  Et puis, bien sûr, les deux cent cinquante consoles de transaction informatique réparties dans la salle pour les courses habituelles, directement reliées aux terminaux des lieux de stockage des fournisseurs sélectionnés, commandes validées par carte de crédit « maison » pour livraison à domicile ou via un stock de proximité où elles seront centralisées et assemblées. Si le temps le permet. Mais ça, sauf mauvaise foi absolue, personne ne pourra le reprocher à Super Troc… L’essentiel est que chaque console se trouve discrètement éclairée par sa lampe de bronze « copie de l’authentique modèle des banquiers américains d’avant 1929 ».

  Gertrude suit son guide dans l’escalier aux rampes de laiton poli qui conduit à la passerelle du tableau d’enregistrement (émotion secrète du profane qui aborde un lieu sacré)…

 
Et elle découvre que, tout au bout de la passerelle, et donc au-dessus des lustres à pendeloques de cristal qui donnent presque à la salle une allure Grand Siècle, l’escalier se poursuit jusqu’à un étage que l’on distingue à peine depuis la salle, tant sa couleur et celle de ses vitres sont choisies pour rester aussi neutres et impersonnelles que possible. 

  La rampe de l’escalier est d’ailleurs en tube d’acier noir très ordinaire : plus de décor,  on entre dans l’Efficience… 

 
Un couloir s’ouvre devant elle. 

  Gertrude se retourne, pour jouir du coup d’œil d’ensemble qu’elle a sur

la Salle de Troc depuis cet observatoire privilégié : les affiches publicitaires des fournisseurs ont été enlevées et on est en train de les remplacer par les trois sur quatre

C’est tout naturel

  Mais ici, une grande place est laissée à cette affiche où… Mais oui, ce visage… C’es