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Humevesne et Suceprout

Humevesne et Suceprout


  Comme il est dit dans les « Personnages, Lieux et Trucs », ce sont des tueurs.
 
Un ancêtre de Humevesne dut à l’intervention personnelle du sire Pantagruel l’heureux règlement d’un différent qui l’opposait au seigneur de Baisecul, ainsi que le rapporte Maître Alcofibras. 

  Il n’en est pas devenu plus sage pour autant, cet épisode glorieux de son roman familial ayant été effacé par une vie déréglée.
 

Toutefois, les familles Humevesne et Baisecul sont étrangement restées liées au travers des siècles, ainsi qu’il apparaîtra dans la quatrième partie.

  Humevesne est encore appelé Pic à Glace, ou Droit au Cœur.

  Son complice  Suceprout, c’est aussi la Bricole, ou Couverture.

  Ils font leur apparition dans ce Feuilletonton, d’abord de manière anonyme, en P2C3E14, lorsqu’ils enlèvent les malheureux Jo et Ted, qu’ils vont ensuite assassiner en P2C3E18.

  Mado les retrouve par l’intermédiaire de certaines de ses « relations », en P3C1E8, et ils se retrouvent au commissariat de Saint Tignous en P3C1E9, avant d’eux-mêmes reconnaître Mado en P3C1E11.
 
Libérés abusivement, ils reviennent pour se venger de Mado en P3C1E25, sont repris et de nouveau libérés dans des circonstances obscures.

  Ils réapparaissent à Bordeaux où ils sont signalés à Mado en P3C2E27.

  A suivre…

EDVIGE ET LE VIKING



Il est, quelque part au fond de la Chalosse (car
la Chalosse possède un fond, comme tout lieu qui se respecte) (c’est comme les pantalons) (c’est lui qui manque le moins), un survivant des âges lointains. 

  Debout sur sa colline (car ce fond-là est situé sur une colline), il guette, à l’horizon, le retour de ses origines. Le retour de bâton de ses origines…

  Avec angoisse.

  Ce qui implique de douloureuses contorsions. Ça se voit sur la photo.
  

 

Viking



C’est ainsi qu’il a pu discerner, voici peu, les premiers frissons de la Barbarie, dans l’annonce faite aux maris des Pénélopes du Mali, qui en furent, allez, bien marris, d’avoir à prendre cliques et claques pour rejoindre leurs dames en leur lointain foyer. Et de ceux du Bénin, de

la Côte d’Ivoire et autres lieux bronzés sous le soleil d’Afrique. Itou. Idem Mongols, Chinois et Turcs. Et jusqu’à d’égarés Bougres et Syldardures !


Les collines de Chalosse, de Champagne, de Bourgogne, ou de quelque lieu hexagonal que ce soit n’ont plus pour vocation d’accueillir, généreuses, tous les malheurs des ot’s.

 
S’en est-il réjoui, le survivant des âges lointains ? Lui qui guette le retour de ses origines en regardant au fond des oeils le fond des temps du fond de sa Chalosse ?

 
Que nenni, point de réjouissance, c’est bien sûr, pour le renvoi, penauds, des maris marris : lui-même, le lointain descendant des descendus de drakkars ne serait point, ce jour, planté sur sa colline, si, voici quelques siècles, et des gros, ses ancêtres s’étaient faits rejeter de la sorte à la mer d’où ils étaient venus ! Conscience il a d’une lointaine similitude, d’une solidarité atavique, viscérale, de transplanté venu chercher fortune ailleurs. Non mais !

 
Il est vrai que ses vieux à lui n’avaient pas demandé leur avis aux autochtones, mais que, bon gré, mal gré, ils s’étaient plutôt deux fois qu’une, mêlés et emmêlés à la population brune et agile du lieu, eux, les grands blonds aux chausses et hures noires. Noircies surtout après qu’ils eurent incendié moines et monastères (les moniales étaient brunes et ils ne brûlaient que ce qui était inutile).
 

Ce qui inquiète maintenant le survivant des âges lointains, c’est ce qu’en pensera Edvige.

  Il a eu beau lui dire, à Edvige, que son papa, à Edvige, avéré ou putatif, peu importe, lui, le décoloré, le pâlot, l’albinoïde, se trouve probablement être, lui aussi, si, lui, le descendant décoloré de grands blonds de drakkars, il ne s’en trouve pas rassuré pour autant ! 

 
Car, ADN aidant, seront traqués ses ancêtres à lui, le Chalossais, hétérogènes, disparates, hétéroclites, et peut-être même, bigarrés, ce qui serait impardonnable aux yeux de l’exigeant pâlot papa ci-devant évoqué de l’implacable Edvige.

  Car, lui, le Chalossais planté sur sa colline, il n’a pas bénéficié du bain lustral d’une pousse et d’un élevage neuilliso-bancaire ! Lui, il est resté sur le lieu des rapines de son ancêtre, et il n’est que le fruit lointain d’une troussée hâtive (et souvent répétée dans les siècles des siècles) sur le coin de l’autel d’un couvent de Chalosse, lui-même couvent, brûlé dans la foulée de l’enthousiasme, après qu’aient été mises de côté, casse-croûtes pour la route, les meilleures des moniales ainsi consommées ! In saecula saeculorum !

 
L’Hägar Dünor en question, celui qui a donné l’actuel Hägar Düsüd, charmé par les charmes charmants de la doulce et charmeuse moniale vigoureusement vaincue, et même con-vaincue, s’est installé, là-bas, tout bêtement, sur sa colline de Chalosse, d’où moult siècles siécleux et séculants plus tard, son descendant, inquiet, guette à l’horizon lointain la venue des sbires de l’autre Hägar, le Pälo, qui, fort de son Edvige, viendra le rejeter, avec mômes et œuvres, à l’eau d’où a surgi, dans les siècles passés, son ancêtre fécond ! Avec sa Walkyrie pour finir le potage et combler le quota.

  Car il fut imprudent, ce descendant lointain ! Loin de se contenter comme tous ses ancêtres, de labourer profond en son champ familial, les hectares arides de sa terre sableuse pour en sortir, calleux des mains et tordu de l’échine, les maigrichons subsides de sa pauvre famille, et quelques agités moutards, il gueula ! Il protesta ! Il dit, en publiques enceintes, que les maris marris de maliennes épouses étaient de bons voisins qui savaient labourer les friches délaissées et que l’on ferait mieux d’appeler leurs épouses à leur tenir le manche plutôt que les contraindre à quitter le pays pour en appeler d’autres un peu moins colorés quand on aura besoin de nettoyer les ronces. Il dit que le Pälo papa de sa vilaine Edvige avait dû oublier que, sur la terre d’ici, il n’était que bâtards, et même de Hongrie où sévit Attila, ou que dégénérés confits en nationalitude, et qu’il fallait, Mordious ! que vivent les bâtards ! Et même de Hongrie où sévit Attila !

 
Et, suprême imprudence, il se mit à PENSER qu’on pourrait faire mieux ! Et même, l’insolent, il VOTA !

Et même, il VOTA CONTRE !

  Mais est venue Edvige…

  Et, pâli, le survivant viking de ces âges lointains regarde l’horizon…

Aidez-le : http://nonaedvige.ras.eu.org/


16 août 2008 - Aucun commentaire
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Pourticol Jean-Marc, planton.

POURTICOL JEAN-MARC



Planton du commissariat de Saint Tignous Sur Nivette.


« Pourticol Jean-Marc, né coiffé du képi bleu et langé pèlerine plombée, comme il aime à se décrire, fils et petit-fils d’agent de la circulation, d’un sergent de ville « henvélo », et de contractuelle aubergine »…
  Rencontré pour la première fois en P2C2E19, il est précisé en P2C2E21.
 
Gendarme refoulé, il est doté de cette rigueur militaire qui fait le charme de sa profession.

  Il remplira plus tard un rôle capital. C’est un être marqué par le destin…

9 août 2008 - Aucun commentaire
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Et la Belgique dans tout ça ?

ET

LA BELGIQUE DANS TOUT ÇA ?
 Hier, le 21 juillet, c’était leur fête nationale…


Bien sûr, vu d’ici, des Pyrénées, c’est les Esquimaux-maux depuis l’indépendance du Congo. 
 
Et pourtant… Depuis presque trente ans que je vis sur l’impalpable frontière entre Béarn et Euskadi, il m’arrive de trouver des similitudes lorsque je vois d’aucuns candidats à la députation souffler sur des braises séparatistes pour aller pêcher des voix ou se débarrasser de cantons hostiles et ainsi se donner des chances lors d’une élection… 

 
Et je ne parle pas d’un certain Prédlarép comme dirait Zazie… Ni d’une certaine réforme constitutionnelle (merci, Jack).

 
Alors je livre à vos réflexions une vidéo fabuleuse de l’humoriste wallon François Pirette alias élu-ministre Jean-Marie Pirette ! (pourquoi Jean-Marie ?) Suis pas sûr de parvenir à l’insérer, mais je livre le lien (Ctrl+clic) :

LA VIDEO est supprimée de U-Tube (pb de droits d’auteurs avec la RTB1). Dommage

  Le double langage par lequel on pleure sur les malheurs du « pays » avant de poser des bombes, vous connaissez ? Je parlais de la Corse, par exemple, comme ça…

Merci pour ces documents, Tonton Marcel…

 
TONTON RASPOUTINE

 
Et un entretien intéressant paru dans l’hebdomadaire  « France catholique » avec Luc Beyer de Ryke, auteur de “ La Belgique en sursis”, éd. François-Xavier de Guibert, 165 pp., 15e.

 
FAUT LIRE JUSQU’AU BOUT !

 
Le mal belge
 
lundi 28 janvier 2008

La Belgique pourra-t-elle se relever de la terrible crise politique qu’elle vit depuis de longs mois
?

Avis d’un célèbre journaliste flamand et francophone… 

  Votre histoire familiale est significative. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Je suis né à Gand. Cette ville a vu naître trois hommes célèbres: Charles Quint, Maeterlinck, écrivain francophone des Flandres qui reçut le Prix Nobel de littérature (il faut relire ”La maison dans la dune” -note de Tontonraspoutine-) et De Geyter qui a composé la musique de l’Internationale. Pour ma part, je suis Flamand de langue française. Je suis né dans une ville, où la « bonne société » était divisée en salons catholiques et salons libéraux ; ils se sont ensuite mélangés face à la montée du flamingantisme. J’appartiens par ma famille à la bourgeoisie libérale : mon grand-père et mon père étaient chirurgiens. Mon père est mort jeune et ma mère s’est remariée avec un avocat professeur à l’université de Bruxelles, assesseur au Conseil d’État et bâtonnier à Gand. Mon grand-père maternel était magistrat. Je suis le « mouton noir » de cette famille puisque je suis devenu journaliste !
 
Présentateur du journal télévisé de la RTBF pendant 18 ans, j’ai été au cours de cette même période conseiller provincial de Flandre orientale et pendant 14 ans conseiller municipal de Gand où la loi m’interdisait de prononcer un mot de français.
  Que sommes-nous aujourd’hui, nous francophones de Flandre ? Rien !

Vous avez fait vos études en quelle langue ?

  À l’exception d’un passage de deux années à l’Athénée, j’ai fait mes études en français uniquement. À Gand jusqu’à la fin du secondaire puis à Bruxelles dans l’enseignement supérieur. Dans ma ville natale, j’ai commencé avec les Dames de l’Instruction chrétienne, qui était encore une école francophone, puis je suis allé chez les Frères des Écoles chrétiennes où l’on étudiait également en français. Ensuite ce fut l’enseignement public, à l’école moyenne, puis je suis entré à l’Institut de Gand, qui était une école libre mais non catholique, où les cours de latin, de grec et de français étaient donnés par des professeurs français dépêchés et payés par le Quai d’Orsay. Aucun Belge ne pourrait faire aujour­d’hui le même parcours scolaire en Flandre. Autre impossibilité : au cours de ma vie politique, j’ai été élu dans toutes les régions du pays - à Gand puis à Uccle où je suis toujours conseiller municipal. J’ai été élu comme parlementaire européen dans une circonscription qui regroupait Bruxelles, la Wallonie et le petit territoire de langue allemande. Aucun Belge ne pourrait aujourd’hui être successivement élu par des citoyens appartenant aux trois groupes linguistiques du pays. Sauf, pour l’instant encore – mais pour combien de temps ? - dans le dernier arrondissement bilingue, celui de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

 
Comment expliquez-vous la crise politique qui a gravement affecté la Belgique dans les derniers mois de 2007

  Cette crise s’inscrit dans un long processus. Mon livre commence avec la fameuse émission de la RTBF annonçant l’indépendance de

la Flandre. En France, on a parlé de canular. Mais cette émission de fiction était plutôt un acte politique. Son animateur, Philippe Dutilleul, est connu en France grâce à l’émission «Strip-Tease»: il m’avait parlé de son projet et songeait à moi pour présenter l’émission spéciale. Il voulait faire prendre conscience de la situation critique dans laquelle

la Belgique se trouvait – et je ne pouvais lui donner tort. Mais j’étais circonspect, je craignais une «prédiction créatrice», l’annonce fictive de la séparation provoquant un choc conduisant à l’éclatement réel du pays. J’ai différé ma réponse, en pensant que cette émission ne serait pas avalisée par

la hiérarchie. Je me trompais: le présentateur en titre du journal télévisé a accepté de jouer son propre rôle dans la fiction et toute la hiérarchie a participé à l’émission. Sa diffusion a provoqué une onde de choc: 80 % des auditeurs francophones ont cru à la véracité de la nouvelle car le scénario était déjà dans toutes les têtes. Chacun savait que tous les dossiers communautaires seraient mis à plat après les élections et que, par conséquent, la formation d’un gouvernement serait ex­traordinairement difficile. L’émission n’a pas créé la crise mais elle a contribué à son emballement.

  Venons-en à ces dossiers communautaires. En France, on ne se rend pas compte de ce que peut signifier leur remise à plat.

Je commencerai par la fin. Du côté francophone, l’écrasante majorité des citoyens ne veut pas la division du pays. Les francophones, bruxellois ou wallons, veulent le statu quo et beaucoup ont la nostalgie de

la Belgique d’autrefois. Les Flamands veulent une profonde réforme de l’État. Mais la majorité des néerlandophones n’est pas séparatiste: seule une minorité -il est vrai importante- milite en ce sens. Mais l’écrasante majorité souhaite un approfondissement du confédéralisme. Or ce confédéralisme est de plus en plus un séparatisme de facto. Nombre de Flamands veulent que

la Sécurité sociale soit coupée en deux, que l’organisation judiciaire soit elle aussi scindée, certains voudraient des plaques d’immatriculation différentes pour les automobiles: la volonté de vivre séparément sous un label commun est flagrante. J’ai souvent en­tendu dire dans des milieux flamands qui ne sont pas nécessairement extrémistes: Avec

la Belgique si l’on peut, sans

la Belgique s’il le faut. Démocrate-chrétien, Premier mi­nistre pendant douze ans, père du fédéralisme, Wilfried Martens croyait que le fédéralisme était un processus qui trouverait un jour son achèvement. Il se trompait: le processus ne peut être arrêté.

  La Belgique a maintenant un gouvernement…

Guy Verhofstadt a réussi un tour de force en mettant sur pied un gouvernement transitoire: il durera jusqu’au 23 mars, date à laquelle Yves Leterme devrait lui succéder. Ce dernier, entouré d’un groupe de personnalités politiques qualifiées de « sages », est en train de préparer des réformes institutionnelles. Nul ne sait ce qui se passera lorsqu’il sera en mesure de les présenter.

  Dans l’histoire de la Belgique, quels sont les facteurs qui expliquent ce processus?

Le premier, c’est bien évidemment la révolution de 1830 et la constitution de l’État belge. À ce propos je précise que la fête nationale belge ne célèbre pas la révolution du 21 juillet 1830 mais le 21 juillet 1831, date de la prestation de serment du premier roi des Belges, Léopold Ier, marié à Louise-Marie, fille de votre roi Louis-Philippe. Il est important de souligner que cet État est né d’une révolution bourgeoise et qu’il va être gouverné en français du nord au sud: toute la classe intellectuelle, les médecins, les magistrats… sont francophones. Il n’y a pas alors une langue flamande unifiée mais des patois qui balkanisent cette partie de la Belgique. Le deuxième fait important, c’est la guerre de 1914-1918.
Avant d’écrire mon livre, j’ai rencontré des personnalités de toutes les obédiences et de toutes les communautés. Quand je parlais à des Flamands, y compris à de jeunes Flamands, tous évoquaient

la Grande Guerre. Pour résumer en une phrase sans doute excessive mais qui est pour les Flamands d’une criante vérité: sur le front, on commandait en français et on mourait en flamand. C’est pendant la première guerre mondiale qu’un petit cercle d’intellectuels flamands se lie à l’Allemagne wilhelminienne. Celle-ci pratique

la Flamen­politik: le gouverneur allemand Von Bissing crée la première université flamande à Gand: on y parle flamand mais on y pense en allemand. Cette université disparaîtra en 1918 mais dans l’entre-deux-guerres on assiste à une montée impressionnante du mouvement flamand. Certains de ceux qui avaient collaboré avec les Allemands pendant la guerre de 1914-1918 reprendront la politique de collaboration pendant la seconde guerre mondiale – par exemple Auguste Borms, fusillé en 1946. Après

la Libération, la répression sera dure et les blessures resteront profondes dans le mouvement flamand.

  Il y eut des collaborateurs, non des moindres, chez les francophones !

Léon Degrelle fut le chef de la division SS-Wallonie. Mais que reste-t-il du rexisme aujourd’hui? Rien.

La Collaboration flamande, quant à elle, n’était pas liée à un homme mais elle est beaucoup plus profonde et étendue que

la Collaboration francophone.

  Vous accordez une grande importance à l’éclatement de l’Université de Louvain…

Que l’on soit catholique ou non, le traumatisme créé par la division entre l’Université de Louvain-la-Neuve et l’Université de Leuven reste profond. Louvain était une des plus prestigieuses universités catholiques du monde! Souve­nons-nous du slogan de l’époque qui est aujourd’hui repris: Franse ratten rol uw matten (rats français roulez vos tapis!) On a divisé la bibliothèque en numéros pairs et impairs - les uns allant aux francophones, les autres aux néerlandophones. Péché contre l’esprit!

  La monarchie maintient malgré tout l’unité?

C’est vrai et c’est faux. Je reprends la formule célèbre d’un ancien Premier ministre socialiste, Achille Van Acker, qui était très hostile au roi Léopold pendant la Question royale: « La Belgique a besoin de monarchie comme de pain». Sans monarchie,

la Belgique cesserait d’exister dans les huit jours. En République, se poserait immédiatement la question du chef de l’État: un président wallon, flamand, bruxellois? Cela dit, la monarchie ne suffit plus à préserver l’intégrité de

la Belgique. Nous sommes dans un régime de particratie absolue. Le roi ne nommera jamais un ministre qui n’aurait pas l’aval des partis. Le roi Albert n’a pas l’influence qu’avait le roi Baudouin grâce à l’expérience qu’il avait acquise au cours de son long règne. Le roi des Belges est en mauvaise santé et sa succession n’est pas assurée car le prince Philippe a débordé de son rôle, par exemple en critiquant le Vlaams Belang, en signant un document patronal ou en prenant publiquement à partie des journalistes flamands. Pendant

la Question royale, 70 % des Flamands étaient favorables à la monarchie, alors que maintenant une importante minorité souhaite une République flamande.
Bruxellois et Wallons ne s’aiment pas beaucoup. Les Flamands considèrent que Bruxelles est la capitale de

la Flandre et ils voudraient partir en annexant la ville et en accordant des facilités aux francophones bruxellois. Le morceau est sans doute trop gros, mais l’intention est clairement exprimée. Les francophones constituent entre 85 et 90% de la population –dont 44% sont d’origine belge. La proportion des immigrés, dont beaucoup sont citoyens belges, est donc importante. Cela permet aux Flamands d’affirmer que Bruxelles est une ville multilingue dans laquelle on compte 10% de néerlandophones mais aussi des anglophones, des arabophones, etc. Pour eux, c’est une grande ville internationale en territoire flamand. Tout cela est exagéré mais il est vrai que Bruxelles est sur la ligne de front. Nous avons autour de Bruxelles les communes «à facilités». Bruxelles est totalement encerclée par des territoires flamands et les communes «à facilités» sont composées d’une très forte majorité de francophones (entre 70 et 80%). Jusqu’ici ils disposaient de «facilités linguistiques» en matière administrative, juridique et politique (voter par exemple pour des candidats francophones). Mais les Flamands les remettent en question et de toute manière exigent que les délibérations municipales soient prises en langue flamande: s’il y a un mot de français, les décisions sont annulées par

la tutelle. Frank Vandenbroucke, le ministre flamand de l’éducation, qui est socialiste, écrit que la loi ne lui permet pas encore de régir l’usage de la langue dans le domaine privé. Je connais des communes où les commerçants ne peuvent pas présenter leurs produits en français et où il est interdit de vendre un terrain à une personne ne connaissant pas le flamand. À Fouron, il a été décrété que l’usage du français constituait un «trouble à l’ordre public». Voilà où nous en sommes. Pour en revenir à Bruxelles, je remarque que la capitale est prise dans le mouvement général de communautarisation: les Bruxellois se sentent avant tout bruxellois, plus que belges. Certains d’entre eux souhaitent que leur ville devienne un district européen.

La Wallonie n’est pas aussi unie qu’on le croit. Si

la Flandre fait sécession, il y aura une République flamande et non une unification avec

la Hollande. La province wallonne du Luxembourg est attirée par le Grand Duché alors que les Liégeois sont francolâtres.

  Comment voit-on cette crise dans les institutions de l’Union européenne?

Avant d’écrire mon livre, je suis allé au Comité des régions où l’on m’a tenu des propos officiels qui ne me renseignent pas vraiment sur la politique européenne: «On encourage les régions mais dans le cadre des États» m’a-t-on dit. Mais si j’en juge d’après un entretien avec Hubert Védrine, la Commission, en encourageant financièrement les régions, a «joué avec le feu». Aujourd’hui, devant ce qui se passe en Belgique, elle est inquiète. Elle se souvient que son siège se trouve à Bruxelles. On la sent prise entre son désir de régionalisme et la crainte de voir des mouvements nationalitaires tels les Catalans et les Basques durcir leurs revendications. «L’Europe aux cent drapeaux» voulue par l’indépendantiste breton Yann Fouéré est une image poétique, mais aussi l’incertitude attachée au morcellement et à l’éclatement des Nations qui transformerait l’Europe en habit d’Arlequin.

LES POLITIQUES

Les Politiques

  Je vais parler des Politiques, c’est-à-dire de ceux qui font profession politique. On dit aussi carrière. Ou qui tentent de le faire. Car tous ne parviennent pas à leurs fins : la route est encombrée, la concurrence sévère. Comme le disait feu ma belle-mère, qui était une dame de grand bon sens, la place doit être bonne pour être autant disputée… Ce qui pose une grande question : qu’est-ce qui est aussi appétissant dans « la place » ?

 
Il ne s’agit nullement de faire le procès de ces Politiques (on est prié de me croire), mais de faire le portrait de certains d’entre eux (parce qu’au fond leurs obstinations sont assez comiques), et peut-être de comprendre d’où vient cet appétit.

  Comme tout un chacun j’ai été amené à en rencontrer, et à en observer, de tout poil (du poil de carotte au poil à gratter) et de toute brosse (de l
a Brosse à Reluire à la Brosse à Cabinet), depuis les maires que chacun croise partout, surtout aux périodes électorales, jusqu’aux autres, que l’on rencontre quotidiennement par écrans de télévision interposés.

  J’en ai donc vu de toutes sortes, des meilleurs aux pires, les meilleurs étant le plus souvent situés dans les petites mairies des plus petits villages où ils se défoncent pour d’ingrats administrés.

Mais pas toujours.

Les pires sont les plus drôles (quand on ne se trouve pas dans le champ de tir des catastrophes qu’ils génèrent).

  Et je me suis donc souvent demandé pourquoi ils se trouvaient là. Et ce qu’ils y cherchaient.

  Si vous leur posez la question, ils vous répondront invariablement que c’est par souci de « servir », par dévouement au « bien public », parce qu’ils « savent des choses et qu’ils veulent en faire profiter leurs concitoyens », parce qu’ils croient « détenir des solutions », etc… Bref, parce qu’ils « savent » et qu’ils veulent « servir », comme je l’ai déjà dit. Mais s’ils se répètent lorsqu’ils utilisent ce verbe, aucun ne le pronominalise. Comme s’ils ne pouvaient « réfléchir » ce pauvre et digne vocable. 

Cependant, eux, ils « réfléchissent » beaucoup. Ils analysent. Ils déduisent. Ils débattent. Ils concluent. 
D’ailleurs, ils ont Raison.
Puisqu’ils Savent.
Et s’ils Demandent, nous « demandent », Interrogent, nous « interrogent », c’est bien pour obtenir, contorsions et astuces rhétoriques aidant, la confirmation de ce qu’ils savaient déjà.
 
Même s’ils appliquent la grande Règle selon laquelle « la vérité d’hier n’est pas celle d’aujourd’hui et encore moins celle de demain », comme je l’ai entendu dire dans le cadre de transactions commerciales (où l’on est souvent plus rigoureux) (Parole, parole, parole… chantait l’une) (Words, words, words ! avait dit l’autre).

Aucun ne parle de POUVOIR…

  On trouve en P2C2E10 (lien) une représentation de deux d’entre eux.

Les mêmes en P2C2E14, dans une autre situation.

 
S’agissant d’une satire, le trait est, bien sûr, forcé. 
 
Bien sûr. 

 
Forcé.

Poil au nez.

 
A propos de poil.

  Chacun a pu remarquer que l’homme politique est glabre.

 
Ainsi, affichant une vie simple, sinon saine, ne se trouve-t-il jamais confronté au terrible dilemme haddockien du dessus-dessous, angoissante question qui taraude l’hirsute, ni à l’imprécision et au flou du profil, ni aux coulures opiniâtres de la sauce tomate, ni aux miettes du quatre heures qui restent prises dans le poil jusqu’à l’apéro.

  Lui, il proclame la netteté du Savoir et son profil de médaille, la cravate en bavoir d’Hercule Poirot ou la franchise insolente du jaune d’œuf sur la chemise blanche. Mais l’attaché(e) parlementaire a des changes d’avance.

  Bref, il sait, et en tant que sachant, il échappe à tout ce flou mal maîtrisé qui caractérise la Barbe.

  Non, Mesdames et Messieurs, le Politique ne sera jamais un Barbu, un vrai, un sale ! 

  Ou bien il sera rejeté par la communauté internationale de ses semblables, et même, ô misère, par les peuples réunis, conditionnés depuis Jules César au Rasoir du Responsable.
 
Ainsi à jamais les Poilus resteront-ils dans l’ombre des tranchées, hachis à mitraille, sacs à poux, troubacs sans destin, tandis que les Chefs garderont leur œil limpide fixé sur la ligne bleue des Vosges qu’ils savent vibrer, là, du côté des verduns !

  Eux, tendent le menton, fiers, héroïques, rasés de près. Et chauves si possible, ainsi que l’était Jules.
 
En effet, comment tondre les peuples lorsque l’on est poilu ?

  L’Homme Politique est glabre en soi. Ou bien il se déguise. Il joue au Père Noël jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il ressemble à Landru et qu’il revienne alors au standard de sa caste.
 
Lisse comme un blindage, le visage de l’H.P. n’offre aucune prise. Non, il ne jouera pas à « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette » : L’H.P.[1] est un sérieux, ou bien un transgressif lorsqu’il croit tenir la situation bien en mains et qu’il se laisse aller à livrer sa nature profonde de maquereau du peuple. Et ce n’est qu’un instant. 

  Un maquereau porte des rayures bleues sur le dos. Pas de barbe !
 
Alors il faut choisir : la barbe ou la politique.

  On m’a objecté certains cas célèbres de barbus publics, relevés ici et là dans le monde, depuis les mollahs iraniens ou quelques sikhs indous, jusqu’aux barbudos castristes. Ceux-là relèvent d’un complexe du Prophète plus que de la politique telle que nous l’entendons et arborent ainsi un accessoire identitaire auquel se rallient leurs sectateurs.

C’est un autre type de Pouvoir qui est recherché.
 
Mais bien sûr, il s’agit toujours de Pouvoir, sinon de véritables hommes politiques tels que ceux auxquels nous sommes quotidiennement confrontés.

  Pour mémoire, je rappellerai que les femmes politiques sont des Hommes Politiques comme les autres.
Plus récemment venues sur la scène du Pouvoir, elles y présentent le zèle des novices qui tend à accentuer les stéréotypes que véhiculent leurs modèles, sinon leurs mentors.
Elles sont donc au moins aussi glabres que les hommes.
Avec un certain aspect hargneux qui transparaît très vite dans le ton et le regard sous le sourire de convention.

On trouve encore moins de femmes à barbe en politique que d’hommes. C’est dire.



[1] J’ai tenté d’appeler l’Homme Politique « H.P. » pour économiser des caractères. C’était une erreur et j’en reviendrai à l’expression littérale : outre le fait que ce n’est pas, en l’occurrence, une économie souhaitable (ce que je ne développerai pas, pour, au moins, économiser les incidentes), je crains une confusion avec l’angliciste abréviation du cheval vapeur. Car si l’Homme Politique peut se nimber de vapeurs dilatoires pour éviter certaines réponses à certaines questions, il n’est en aucun cas comparable au cheval, qui, lui, est un noble animal.

MODE D’EMPLOI

MODE D’EMPLOI

 
Des liens sont créés, en principe en bleu souligné, mais il arrive que la couleur change mystérieusement selon d’obscurs caprices informatiques.
Pour naviguer facilement. Il suffit de cliquer.
 

La liste des PERSONNAGES, LIEUX et TRUCS, se trouve en « PAGES », dans la colonne de droite.
On y trouve aussi le portrait et la biographie de PERSONNAGES particuliers, et quelques développements ou précisions concernant des lieux, des évènements ou des machins. Avec des liens ad hoc.

 

Un Résumé (en principe à jour) se trouve à droite, dans la colonne des « Pages », comme il a été dit.

 

Les épisodes se suivent dans l’ordre de lecture et sont donc publiés (grâce à une petite bidouille de l’horodatage) dans un ordre inverse de celui qui est habituel en ces lieux, qui, lui, est plutôt évangélique, puisque les derniers parus sont les premiers lus.

La deuxième partie commence juste après le SUPER CONCOURS.

 
Arrivé en bas de page, il faut cliquer sur « Article précédent » pour voir la suite, ce qui est paradoxal, mais évangéliquement logique.

 
(Ça fait rire Tijules que pour arriver au suivant il soit nécessaire de demander le précédent.
C’est que, même s’il est précoce, il n’a jamais entendu parler de l’Administration. !
Et puis, vous ne connaissez pas encore Tijules…)
 
Des Tables des Matières présentent chaque épisode.
L’article suivant les énumère (liens)


LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

CHAPITRE 1


  P3C1E1 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 1)

 
N°146 / LE COMMISSAIRE À SA TOILETTE / P3C1E1

 
C’est l’histoire où le commissaire Ravot, à sa toilette, écoute, aux infos du matin, une interviouve de Bricolat Mulot. On commence à parler d’élections.

 
Mercredi 8 Juin
7 heures
Chez Mado

S’il est un moment de la journée que Ravot déteste voir perturber, c’est celui où il achève de faire sa toilette en écoutant les infos à la radio. Pas toujours drôles, les infos en question, mais il a vraiment l’impression de « reprendre le collier » en douceur, de se « remettre sur les rails ». Un peu avant sept heures, en général, sauf lorsqu’une opération urgente exige une présence encore plus matinale.

  « Chers Auditeurs, j’ai ce matin le plaisir de recevoir notre ami Bricolat Mulot, bien connu pour ses expéditions lointaines et les somptueuses images qu’il en rapporte pour notre plaisir à tous.
Mon cher Bricolat Mulot, vous venez de publier « Au fond des Yeux,
la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé qui va sortir en librairie dès demain matin, et qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de l’hiver dernier dans l’émission que vous présentez, avec le soutien de notre partenaire Distribeau, sur une chaîne amie. Pensez-vous qu’une telle publication puisse servir la cause de ceux qui défendent

la Nature, ceux-là mêmes que vous souhaitez représenter en vous portant candidat aux prochaines élections ?

- Mon cher Maurice, permettez-moi cette familiarité, nous nous connaissons depuis si longtemps, mon cher Maurice donc, je vous remercie tout d’abord de m’avoir invité et de me donner l’occasion de dire publiquement l’inquiétude profonde que j’ai voulue exprimer au travers de ce petit ouvrage que vous avez la gentillesse d’évoquer, publié aux éditions Plein Air Pur, imprimé sur un papier pur chiffon de Calcutta recyclé, je ne le répèterai plus, c’est un moyen de soutenir l’action de Sœur Emmanuelle, et dont la sortie en librairie est prévue pour demain matin.
Je n’ai fait qu’y traduire un constat d’évidence : la Terre a atteint un point de vulnérabilité sans précédent, et comme le phénomène de dégradation empire sans cesse, les dégâts sont désormais visibles à l’œil nu. La vérité est terrible : désolidarisés de

la Nature, nous refusons d’admettre que seuls, nous ne pouvons tirer notre épingle du jeu, et que nous courons droit à un abîme sans fond que nous avons nous-mêmes creusé des pieds et des mains !

- Et cependant, il semble que vous distinguiez dans cette perspective tragique, des lignes d’espoir, des potentiels de ressources…

- Il y a deux ans, nous avons vécu un drame, lorsqu’une terrible erreur a fait basculer notre monde dans un refroidissement catastrophique, alors que tout prouvait qu’il se dirigeait, à l’inverse, vers un réchauffement mortel causé par l’imprudence irresponsable de nos comportements. Cela doit nous rendre prudents. Et modestes. Ce sont les solidarités qui nous sauveront, les solidarités proches, voisines, terre à terre, comme celles des chiffonniers de Calcutta, qui sauvent de vieux chiffons pour en faire du papier recyclé, celui-là même que j’ai utilisé symboliquement pour y faire imprimer mon ouvrage « Au fond des Yeux, la Nature », aux éditions Plein Air Pur. Abattus par

la Mondialisation de

la Catastrophe, nous vivrons par

la Proximité et par

la Fusion. Regardez sur cette photo prise du ciel, que vous trouvez à la page 107 de mon ouvrage « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, regardez la mosaïque, le damier, qu’est devenu notre pays, ses routes bloquées, ses canaux gelés, ses lignes électriques tombées à terre… Pensez-vous que l’espoir pourra venir d’en-haut, d’un état providence amoindri, impuissant, frappé de stupeur, privé de ses organes de communication ?

- Et cependant, mon cher Bricolat, malgré toutes ces difficultés, vous vous portez candidat…

- Mais bien sûr, voyons, il n’est pas possible de laisser se poursuivre le cirque habituel des candidatures où Pierre reprend le pouvoir à Paul qui lui avait ravi aux élections précédentes ! Le monde, c’est cette fois flagrant, a changé. Il faut une Rupture. J’incarne cette Rupture !

- Mais quelle Rupture ?

- Une Rupture dans

la Conscience que l’on peut avoir de notre Environnement. D’abord. L’Etat est moribond, c’est un fait. Notre Conscience se doit d’y suppléer.

- Pourquoi ?

- Parce que je le dis ! Ça se voit, non ? C’est un fait d’évidence manifeste ! Il faut en revenir à une Conscience de Proximité, comme je l’ai dit, comme je l’écris dans « Au Fond des Yeux,

la Nature », qui sort demain matin en librairie, aux éditions Plein Air Pur, sur pur chiffon de Calcutta, sauver Ses Meubles, nettoyer Sa Poubelle en toute conscience, la trier jusque dans le détail, et correctement, le jaune avec le jaune, le verre avec le verre, développer son Environnement immédiat, en sachant bien que chaque goutte d’eau épargnée par chacun représentera un Océan pour

la Nature, que chaque Kilowatt économisé par chacun représentera une somme d’énergie considérable au bout du compte, et qu’il ne faut plus compter sur une Centrale qui continuera de délivrer l’énergie pour tous. Nous sommes reclus dans la cellule de notre Environnement proche : il nous faut le gérer. Au plus près. Le froid contracte ! Contractons-nous. Mais contractons-nous en Harmonie. Mon Travail, si je suis élu, consistera à donner à chacun la claire Conscience de ses limites et à l’aider à s’y épanouir, tel le poussin qui peu à peu remplit son œuf de manière à laisser au monde la possibilité d’accueillir son éclosion ultérieure. Plus tard.

Nous Savons, de Marseille à Dunkerque et de Strasbourg à Brest, de Bordeaux à Lyon, de Sedan à Hendaye, nous savons, peu importe comment, peu importe pourquoi, nous savons que Nous avons raison et que Nous sauverons le monde… »


Ravot range sa brosse à dents, crache dans le lavabo et se rince la bouche.

  « - Mon cher Bricolat, je pense que nos auditeurs auront compris avec quelle passion vous avez entrepris cette véritable croisade dans laquelle vous vous engagez. Et la passion, y’a qu’ça d’bon ! Par ailleurs, à votre arrivée dans notre studio, vous m’avez fait part de votre indignation concernant un fait divers dont vous avez eu connaissance…

- Oui, et je vous remercie de me donner l’occasion de l’évoquer : votre confrère «

La Lanterne du Fort », qui s’est particulièrement distingué voici deux ans lors de cette obscure histoire des Écolocroques, fait état d’étranges disparitions qu’il semble implicitement imputer à

la Nouvelle Réna, ce mouvement de convivialité proche, né au sein du système d’échanges Super Troc, devenu « 
C’est tout naturel
 », qui a si heureusement su pallier aux défaillances d’une Grande Distribution centralisée, et de ce fait, paralysée par un peu de neige.
Autant j’ai pu estimer l’action de votre confrère lors de ces évènements, qui n’ont toutefois pas encore été totalement élucidés (ce que je m’engage à faire si j’ai l’honneur d’être élu, et quoi qu’il en coûte à qui il en coûtera, et ce sera cher), autant je réprouve les méthodes d’amalgame dont Eusèbe Malfort a fait preuve dans cet article où il établit des rapprochements entre une louable convivialité de proximité et les Numéros des Écolocroques qu’il a contraints, peut-être un peu hâtivement, au suicide.

- En deux mots, et pour nos auditeurs qui n’auraient pas lu la presse de ce matin, pardonnez-moi de vous interrompre, Bricolat…

- Je vous en prie mon cher Maurice…

- Eusèbe Malfort insinue que certaines saucisses distribuées par cet organisme pourraient contenir de la chair humaine et il intitule son article « les Élus cannibales »…

- Voilà. Ce qui m’indigne dans cet article, c’est le fait qu’il tend à jeter l’opprobre sur un mouvement, encore une fois, destiné à rapprocher les gens, dans cet esprit de solidarité qu’a fait naître l’entreprise Super Troc, au travers de symboles simples, comme celui des Élus, symboles gentiment ritualisés au cours de réunions amicales et conviviales, d’ailleurs rémunérées, si mes informations sont justes et qui donc procèderaient de l’une de ces Solidarité de Proximité que je souhaite solidairement encourager de façon solidaire.
Tous ensemble.
J’y vois une tentative de blocage d’un mouvement qui leur échappe, de la part des relais occultes d’un Etat incapable de gérer les vrais problèmes de la vie quotidienne ! Il est plus facile de mettre à l’index un fabricant de saucisses que de rétablir l’électricité sur l’Hexagone ! C’est pour moi tout simplement honteux. Cela revient à bafouer tous ces braves gens, de plus en plus nombreux, qui se trouvent ainsi, sans vouloir faire de mauvaise plaisanterie, mais avec le sourire d’autodérision modeste qu’ils y mettent si bien eux-mêmes, liés par la saucisse, plus que par le lien conjugal. Ne se définissent-ils pas eux-mêmes, avec ce même humour modeste, délicat et juvénile qui les caractérise, commecomme « les Cénobites[1] Tranquilles, paisiblement plantés dans les faits, s’épanouissant, riant du gras confit, l’emplissant de leurs saucisses moelleuses [2] » ? Et cette persécution se manifeste au travers de ce que l’Etat peut faire de pire : l’acharnement policier. D’ailleurs, il semble que les élus locaux en ont pris conscience et se sont insurgés contre le procédé…

- Et bien mon cher Bricolat Mulot, je vous remercie pour votre visite matinale à notre antenne, et je rappelle à nos auditeurs que vous venez de publier « Au fond des Yeux,

la Nature », aux éditions Plein Air Pur, un ouvrage qui reprend certaines des images les plus extraordinaires que vos téléspectateurs ont pu découvrir au cours de vos émissions de l’hiver dernier. Encore merci.

- Merci de m’avoir invité, je rappelle que le livre sort demain en librairie, encore merci mon cher Maurice… »

 Jingle de l’émission, et tout au fond, un micro ayant été mal coupé, on entend : « Une ptite saucisse, Maurice ? », avant le « cloc » du contact que l’on coupe d’urgence.

 
Ravot soupire, hausse les épaules et descend prendre son petit déjeuner.
 

[1] Religieux qui vivent en communauté. Des moine, quoi…

[2] On retrouve ici l’ambivalence de propos caractéristique de la Nouvelle Réna : cette invocation, proclamée par le Maître de Cérémonie à la fin de la circumambulation axée sur le Putier, et noyée des fumigations rituelles, se traduit de manière subliminale pour les Initiés du second grade par : « Laissez nos bites tranquilles, paisiblement plantées dans les fesses épanouies, en riant du gros con filant,plissant de leurs saucisses moelleuses ». Où fesses et cons sont ceux des Initié(e)s du premier grade…Ce qui nous permet de deviner que Bricolat Mulot est pour le moins un Initié du Second Grade…

LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

P3C1E2 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°147 / LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

 
C’est l’histoire où le commissaire prend son petit déjeuner et où nous apprenons des choses sur le passé de Mado. 

  Mercredi 8 Juin
7 heures 30
Chez Mado

  Mado semble morose. Elle n’a pas digéré « de s’être fait enlever deux clients sous le nez ». Ça lui donne des aigreurs d’estomac. Elle déteste les aigreurs d’estomac.

- Vous n’avez rien à vous reprocher, Mado, la réconforte Ravot lorsqu’elle lui fait part de ses rancoeurs en lui apportant un petit café, le temps qu’elle prépare ses tartines (deux tartines saindoux gros sel et une tartine camembert coulant avec un bol de café au lait trois sucres quand il est seul et qu’il a le temps de déguster. C’est son petit déj’ d’avant l’effort. Sinon, deux croissants et expresso).
- Je sais bien commissaire, mais je peux pas empêcher. C’est la conscience professionnelle qui parle : le client qui est entré est un client sacré ! Surtout ces petits jeunes. Je les aimais bien. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu leur faire ces malfaisants de carnaval ?
- Je ne voudrais pas paraître pessimiste Mado, mais j’ai beaucoup de craintes. Beaucoup de craintes… Cela dit entre nous, bien sûr…
- Bien sûr. Mais si je les retrouve ces deux gangsters… Je ne parviens pas à me souvenir vraiment, mais il me semble que je les ai déjà vus quelque part…
- On pense qu’ils sont allés vers Bordeaux, mais… Tenez, je vais vous dire Mado, après tout, vous entendez parfois des choses et je vous fais une confiance absolue : on a retrouvé un camion de chez Lartigo brûlé sur l’aire de Cestas… Je crains qu’on ne les ait…
- Ces camions dont on a parlé aux infos régionales de ce matin ?
- Je ne sais pas, je ne les ai pas écoutées. Je le sais par la gendarmerie…
- C’est vrai que vous devez être informé… On disait qu’il y avait un camion d’essence et un camion frigorifique… Les chauffeurs n’auraient pas eu le temps de sortir parce qu’ils faisaient la sieste, et on les aurait retrouvés carbonisés…
- Et il y avait aussi un vieux J7 entre les deux… Mais… Je ne pense pas qu’il s’agisse des chauffeurs : le camion d’essence avait été volé et le camion frigo déclaré volé lui aussi, et ce matin, par l’usine de Bordeaux où Tapas’Embal’ transfère la ligne de fabrication qu’ils démontaient hier quand on a fait la perquisition : c’était la partie du stock de saucisses que je cherchais. Tout a brûlé, bien sûr…
- Mais alors… les chauffeurs…
- Eh oui, je vois que vous pensez comme moi… Mais je n’ai pas encore de preuve qu’il s’agit de nos amis…

Mado reste là à réfléchir, hoche la tête et se lance :
- Ecoutez, commissaire, je ne parle jamais de ce que je fais quand je ne travaille pas…
- Il est rare que vous ne travailliez pas, et cela ne regarde effectivement personne…
- C’est bien pour ça. Mais je pense que vous en savez peut-être quelque chose…
- J’en ai une vague idée, mais cela ne me regarde pas…

Mado a un petit sourire…
- J’évolue parfois dans un milieu assez… particulier de Bordeaux. Un milieu où l’on aime parfois se travestir…
- C’est ce que je pensais…
- Et j’y ai une certaine réputation…
- Une bonne réputation, Mado, une bonne réputation… Même Lepif ne vous a pas reconnue… Et pourtant, quand on était à Paris… On ne vous appelait pas Mado à l’époque…

Mado se met à rire :
- Et vous ne lui avez rien dit…
- Et je ne lui dirai rien !
- Merci commissaire, je sais que je peux compter sur vous, mais je ne crains rien de Lepif, c’est un brave type… Même si…
- Mais vous lui en avez fait voir !!!
- Rien de méchant, commissaire, des blagues de collégien…
- Il n’a quand même pas oublié le jour où vous l’avez déculotté en plein Bois de Boulogne pour lui passer la bite au cirage bleu parce qu’il vous avait confisqué votre perruque la veille !

Mado éclate de rire :
- On ne confisque pas sa perruque à une dame ! Le lendemain je partais au Brésil pour me faire opérer, en principe, je ne risquais pas de le revoir ! Ça m’a fait tout drôle de vous retrouver ici.
- Et je vous ai reconnue tout de suite, mais, chutt. Cela restera notre secret…
- N’empêche, commissaire, j’ai déjà rencontré les deux nuisibles qui ont fait ça. Ils m’ont donné l’impression d’être déguisés… Et les déguisés, ça me connaît. Surtout ceux de Bordeaux où j’ai quelques habitudes, si vous voyez ce que je veux dire…  Même si ce n’est pas à Bordeaux que je les ai vus… Alors, moi aussi, je vais faire quelques recherches, passer quelques coups de téléphone…
- Soyez prudente, Mado, ils sont très dangereux…
- Vous me prenez pour une Enfant de Marie ? Allez, je vous prépare vos tartines…

Mado en Enfant de Marie, c’est trop pour Ravot que s’étrangle de rire au moment où Lepif pousse la porte.
 
- Déjà en route, Lepif ?
- Oui commissaire. Je vois qu’il y a de l’ambiance ! Moi, cette histoire ne me plaît pas et…
- …et ? Allez, Lepif, dites ce que vous avez sur le cœur !
- Et je ne comprends pas pourquoi vous avez laissé comme ça la bride sur le cou de Pélot ! C’est lui qui nous a doublés chez Lartigo !
- Evidemment. Ou plutôt, qui est allé parler au maire qui a prévenu Daniel Forpris qui a prévenu la Vorme, qui a appelé le maire au secours. Et l’une des employées de la mairie a prévenu Hilarion-Jovial, ce qui fait qu’on a retrouvé tout le monde chez Lartigo avant-hier ! Je pense aussi que c’est lui qui a identifié Jo et Ted quand ils nous ont apporté les implants : il est arrivé alors qu’ils partaient… Et il s’est empressé de dire au maire que ces deux braves garçons devaient espionner pour nous. D’où leur disparition…
- Mais alors … ?
- Mais alors, il doit savoir qu’il est grillé, puisque vous l’avez coincé dans la cahute du gardien, et j’ai eu beau tenter de le rassurer, il va se montrer prudent. A moins qu’il ne continue à nous prendre pour des billes, ce qui serait parfait, mais invraisemblable… Il va donc dire au maire qu’il restera discret pendant quelque temps et le maire expliquera que son indicateur auprès de nos services, l’inspecteur Pélot, va se tenir à carreaux pendant quelque temps. Tout comme Madame de la Vorme Séchée, qui se trouve prise entre deux feux et aurait certainement préféré rester prisonnière entre nos mains plutôt que de nous avoir aidés, comme je me suis grossièrement efforcé de le laisser entendre.
- Et ça va donner ?
- Wait and see, Lepif, wait and see… J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière… Mais en attendant, je voudrais vous charger d’un tout petit travail : vous vous souvenez de ce bateau qui a embarqué les voitures, au port de Bayonne le soir de la disparition de Luis…
- Un cargo à destination de

la Côte d’Afrique. Navire chilien sous pavillon de Malte, je m’en souviens. C’est la capitainerie du port qui me l’avait indiqué.
- Voyez avec eux si vous pouvez l’identifier et retrouver ses escales…
- OK boss…

Mado apporte à Ravot son plateau de petit déj’
- Et voilà pour le commissaire : deux tartines saindoux gros sel, une tartine camembert coulant, et un bol de café au lait trois sucres ! Un café inspecteur ?
- Oui, merci, Mado… Mais, commissaire, je ne comprendrai jamais comment vous pouvez avaler ça…
 

L’ÉMEUTE / P3C1E3

P3C1E3 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 3)

 
N°148 / L’ÉMEUTE / P3C1E3

 
C’est l’histoire où, après l’article dans lequel Eusèbe dénonce la présence de chair humaine dans les saucisses de « C’est tout Naturel  »,