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DE LA SOUPE / P3C1E37

P3C1E37 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 37)

  N°182 / DE LA SOUPE / P3C1E37

  C’est l’histoire où il est traité de la soupe, des Martiens, des Brachiosaures, flatueux et flatulents,  et des interventions divines subséquentes. Et de l’effet de serre. Où cela se conclut en un concert d’optimisme persan. 

  Lundi 13 juin
12 heures 30
Bureau N°1

 
(Fait suite à P3C1E37)…

  - J’ai effectivement parlé d’odeur de chou, reprend Amaïa…
 
- Ce serait donc une molécule soufrée… C’est celle qui donne son odeur à la soupe au chou…

  - La soupe au chou, intervient Eusèbe, c’est fou ce qu’on a pu en manger après la guerre. Même que ça présentait quelques inconvénients…

- C’est bien vrai, appuie Jeanne. On s’est assez disputés à ce sujet, je te trouvais plutôt sans-gêne d’exprimer aussi vigoureusement tes flatulences… Un vrai Martien glougloutant, de funeste vile raie…

 
- Ça pète les Martiens ? demande Béa…

  - Hydrogène sulfuré et méthane, entre autres, conclut Amélie…
 

- N’empêche que c’est vrai que les choux ça fait péter, confirme Béa, moi par exemple…

  - … et donc, poursuit Amélie imperturbable, c’est le soufre que se substitue à l’azote et bloque la réaction…

 
- … mais pourquoi les Martiens ? continue Béa qui suit son idée. Et de toute façon, on peut quand même pas péter au nez de tous les toxicos, ajoute-t-elle à la réflexion…

- Ni les forcer à manger de la soupe au chou ou de la soupe aux algues, marmonne Rébéquée…

- Et puis s’il y a du méthane, c’est pas très bon pour l’effet de serre, poursuit Amélie, qui a eu des opinions vertes et vertueuses, c’est vingt trois virgule cinq fois plus actif que le céodeu.

- Maintenant, ça aiderait peut-être au réchauffement, on en aurait bien besoin pour lutter contre la glaciation, surtout qu’on circule moins en voiture, remarque Béa…

- Pas sûr, objecte Rébéquée…

- Il faut revoir tout ce côté du problème avec un météorologue, intervient Arthur qui semble plongé dans ses pensées… C’est vrai qu’il y a peut-être quelque chose à faire de ce côté-là… Je repense à ces documents qui ont été retrouvés à Guamblin, sur le creusement des galeries… Elasque-Jean Kronobian, l’ingénieur météo du Pic du Midi du Bigorre qui collabore au journal depuis l’affaire des Écolocroques… Faut lui demander… L’appeler pour ça, mais…

  - J’ai lu un truc là-dessus, continue Béatrace qui ne se laisse pas facilement écarter d’une ligne de pensée qui lui tient à cœur, surtout depuis qu’Arthur est revenu et qu’elle est remontée à grands ahans sur son nuage de bonheur, il paraît que les herbivores produisent des quantités énormes de méthane, c’est le gaz que tu dis, hein ? Et les végétariens aussi, bien sûr, en tout premier lieu. Même que c’était les premiers à protester contre les émissions de céodeu. Oui. Bon. C’est pas ça que je voulais dire : évidemment, c’était il y a encore plus longtemps que l’apparition des Goums, à l’ère secondaire si je me souviens bien, on y trouvait des machins, des vachosaures de dizaines de tonnes qui devaient te faire des pets de plusieurs mètres cubes ! Tu te rends compte de l’effet de serre que ça a pu donner ?
 
- Et Dieu dans tout ça ? demande Amélie, chez qui l’athéisme scientifique profond flotte encore sur un lointain fond chrétien hérité d’une lointaine école maternelle peuplée de cornettes et de bruissantes robes de bure qui psalmodiaient de chaudes et vertueuses patenôtres. 

  Alors, sa jeune âme vaillante, tel le frais papillon qui, déroulant sa trompe subtile, vient s’abreuver au nectar délicieux d’azuréens Gants de Notre-Dame, se nourrissait aux hymnes juteux des ronronnantes soeurs… 

 
Toute cette ambiance souterraine d’antiques madones aux yeux noirs, déesses oubliées, la pousse au mysticisme, et comme, étonnés, les autres la regardent sans rien dire, même Béa, elle poursuit dans la verte[1] veine cryptocathéchiste du céladon de son oeil droit, qui lui vaironne si joliment le regard :

  - … Dieu, chaudement perché sur son nuage rose (oh oui, gospélise Béa qui s’y connaît en nuages et apprécie la chromaticité complémentaire de l’oeil et de son objet, du regardant et du regardé, de la note et de son écho, ce qui lui met un cui-cui dans l’âme, oh oui) dans le soleil couchant, par la chaude soirée tropicale d’un Crétacé plein d’effet de serre, au milieu des anges, des séraphins, des trônes et des dominations, peinard, en train de concevoir les prémisses mammaliens de l’humanité, humant déjà d’une avide narine le parfum suave de l’holocauste des âmes des martyrs aztèques, chrétiens, juifs ou arabes sacrifiés en Ses Saints Noms, et qui se prend en pleine poire les vingt fois vingt mètres cubes (détendus à la pression atmosphérique à 3000 mètres d’altitude) des pets grondants d’un troupeau de vingt UGB[2] qui passe sous ses pieds en meuglant à la proche pleine lune ! Enfoncés les pets de soupe au choux et les fumées de l’embouteillage du périf ! De quoi vous bousculer l’Auréole, la Gloire et la Tonsure, non ? Pas étonnant qu’il leur ait balancé une météorite géante dans le golfe du Mexique pour sonner l’extinction des feux ! A la trappe les sauropodes ! Moi, à sa place, c’est la planète que j’aurais fumée ! pulvérisée ! flytoxée ! atomisée !! Et je serais allée jouer aux billes sur Mars !

  - Oui mais, Jeanne elle a dit que ça pète aussi, les Martiens, l’interrompt Béa…

  - C’est vrai. Alors, peut-être que c’est déjà à cause de ça qu’Il était venu sur Terre, admet, labile, l’alme Amélie. Il finira peut-être par aller sur Alpha du Centaure…

- … ou Bételgeuse, reprend Béa qui a des idées en astronomie. Ce serait bien : on ne serait plus emmerdés par les martyrs arabes qui trouvent amusant de se faire péter en public…

 
- Si le chanoine Biroton vous entendait, ironise Ravot…

  - Stop ! interrompt compendieusement Jeanne qui se lève, l’œil plus glacé que marron à Noël, tout en frappant la table de sa main sèche et dure (et ça fait « bing » à cause du large et lourd bracelet d’or martelé qu’Amaïa lui a offert un jour où elle lui montrait le trésor des Goums en lui expliquant qu’il devait provenir d’un Mède quelconque, sans doute percé par un Perse tout aussi quidam et non moins réduit en impalpable poudre par le temps qui sur toute ombre jette une ombre plus noire[3]).

 
Les derniers locuteurs se taisent et le silence se fait.

  Jeanne poursuit alors, de sa voix de Dragon revenu :
 

- Le temps n’est pas aux digressions !

  Conscients de s’être laissés aller à des propos superficiels et déplacés en la circonstance, les derniers interlocuteurs et teuses se taisent donc et baissent un front confus :

 
- Pardon, Jeanne, tu as raison, bredouille Béa, mais…

  Jeanne lui coupe la parole, froide et tranchante, rejetant, en un geste gaullien, excuses et regrets :
 
- Ça ne va pas ! On est là à se défendre et à se lamenter, comme si ces Ostrogoths nous avaient déjà vaincus ! Mais nous avons des avantages !

Elle bombe le torse (Béa baisse le nez pour ne pas pouffer en se disant, mortifiée : et comment tu seras à son âge ?) et, telle Sraosha[4] dont elle porte le signe, lève un bras gainé d’or où chacun voit un foudre :

  - Alors, sus ! Attaquons ! Taïaut ! Montjoie Saint Denis ! Palsambleu ! Cocorico ! Pouèt-pouèt !

 
Et, avec un bing métallique et persan, elle repose la main à plat sur la table dans le silence surpris du public.

  On se regarde.
 

En chacun monte alors un appétit de gloire.

  Amaïa enchaîne, contralto vibrant :

 
- Elle a raison.

  Et les autres hochent approbativement la tête en grondant sourdement :
 
- Oui, oui, elle a raison…

  Eusèbe baryton reprend, un ton plus haut :

 
- Elle a raison !

  Le grondement s’accentue, avec de-ci de-là une voix qui perce dans l’aigu sur le bourdon de base :
 

- Oui, oui, elle a raison, elle a vachement raison…

  Rébéquée ne dit rien, mais semble soulevée, poussée en haut et en avant par une impatience qui la travaillerait, sournoise, au périnée…

 
Sur ce fond bouillonnant, on n’entend que Béa qui martèle le rythme tout en hochant la tête :

  - Ouais, ouais, ouais, ouais…
 
Ravot, tendu, observe.

  Lepif, tétanisé, serre la main d’Amélie qui, les lèvres mordues, halète inconsciemment…

 
Et Arthur, alors, se lève en étendant les bras, imposant le silence : 

 - Chuuttttt, souffle l’assistance…
 

- On a au moins un avantage : ils ignorent ma guérison…

  - Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…

 
Ravot enchaîne, mais sans se lever tant il se veut modeste en ces lieux et en cet instant qu’il sent chargés d’histoire :

  - Nous connaissons leur drogue…
 
- Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…

  Amaïa se lève à son tour :

 
- … et son antidote !

  - Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…
 
Arthur reprend :

  - Nous les avons vaincus… Nous les vaincrons encore.

 
Et ils se lèvent tous.

  Et ils Boivent La Soupe.
 


[1] Le vert sied aux rousses.

[2] Unité de Gros Brachiosaure (ou Brontosaure selon les cas) : entre vingt et cinquante tonnes pièce.

[3] Les Goums, qui vivent entre eux, n’ont rien à foutre des trésors d’or et de pierres précieuses, leur esthétique étant plus globale que personnelle. Mais ils ont repéré le goût que manifestent les Goumyôs pour ces colifichets et l’intérêt qu’ils pouvaient avoir à récupérer, au cours des siècles, tout ce que ceux-ci peuvent laisser traîner dans le genre, soit à l’occasion de naufrages maritimes (fréquents dans la région), ou terrestres, consécutifs à l’une ou l’autre bataille, bagarre (emprunté du provençal bagarro, adaptation du béarnais batsarre (ou bacharro) « rixe, vacarme », lui-même emprunté du basque batzarre, proprement « rassemblement », ce qui marque de manière intéressante le regard que les uns portent sur les mœurs des autres lorsque l’on se déplace de l’Ouest vers l’Est. Du Nord au Sud, on se contente de faire appel à un traducteur ou de tirer dans le tas.), ou discussion. C’est une éventuelle monnaie d’échange ou d’acquisition qu’ils ne montrent jamais, sinon aux leurs. Pour d’évidentes raisons : pensez à ce qu’auraient fait les élus locaux de Saint Tignous sur Nivette d’une telle révélation ! Ce cadeau constitue donc une marque d’adoption sans réserve qui a beaucoup flatté Jeanne. Qui le porte toujours lorsqu’elle se trouve « en bas », comme elle dit elle-même. En plus il lui va bien.

[4] Sraosha est le dieu justicier, chez lez Mèdes.

AMAÏA PRÉSENTE LES GOUMS À RAVOT / P2C1E15

P2C1E15 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 15)

 
N° 94 / AMAÏA PRÉSENTE LES GOUMS À RAVOT / P2C1E15


C’est l’histoire où l’on cherche à comprendre la disparition du sous-marin nucléaire, et où Amaïa présente les Goums au commissaire Ravot. 

  Mardi 3 mai
12 heures 30
Agotchilho

 
- Mais… Vladimir…
 
C’est Victor qui brise le premier le silence.
  Clèm est tombée assise sur un siège. Instinctivement, Vic se place derrière elle et lui entoure les épaules de ses bras. C’est eux qui ont le plus clairement conscience de ce qu’est vraiment le Hai II. Ils ont vécu dans le silence de ses entrailles de titane et d’acier, au milieu du souffle contenu de son équipage, sous la menace railleuse du Numéro Un.


Ils ont vu l’énormité de sa masse affleurant les vagues argentées qui glissent sur sa peau de caoutchouc noir, la nuit, sous la lune. Ils ont parcouru les immenses silos de missiles…
 
Non. Il a été désarmé. Toutes ses armes nucléaires ont été déchargées avant d’être acheminées vers la base américaine réoccupée de Thulé, l’autre Thulé… Et tous les missiles nucléaires de toutes les bases des Écolocroques ont de même été enlevés. Sans que personne soit autorisé à pénétrer dans ces bases.
  Seule a pu y entrer la « Commission de Désarmement » : Arthur et le secrétaire général de l’ONU, en tête, accompagnés de dix techniciens des grandes puissances qui ont été menacées. Les bases étaient vides de toute population. Ils n’ont pas vu les Goums. Juste quelques Itzals, vêtus pour la circonstance, et soigneusement sélectionnés pour leur aspect « ordinaire ». Après leur départ, « on » a sorti ce que la Commission a dit de sortir. Sur la banquise, pour Thulé. Aux « points convenus » pour les autres. Les bases sont propriété exclusive des Goums. Qui n’existent pas. Officiellement. Parce qu’ils ne veulent pas être connus. Voilà. C’est comme ça. L’extraterritorialité a donc été accordée à chacun de ces lieux, sous couvert d’une vague attribution à l’ONU. Qui la garantit.

  Outre les Goums, sont restés la plupart des techniciens qui travaillaient pour les Numéros, comme les marins russes mercenaires qui composaient l’équipage du Hai II, par exemple. Qui ont juré le silence et accepté, moyennant amnistie, pardon, amnésie, et un confortable pécule, de ne sortir qu’à certaines conditions. Et pas avant cinq ans au moins. Les autres, criminels avérés, ont été laissés « à la discrétion des Goums »…
  Mais le Hai II a disparu.
 

Somptueusement nue, Nouye les regarde, debout près du bureau de l’ex Numéro 1 :
- Thulé a appelé par le satellite de liaison directe. Ils confirment : cette nuit, l’équipage était à bord. Et le commandant Vladimir était à son poste. Il semblerait que l’un des trois techniciens des transmissions, un certain Joseph Larigot, ait disparu, lui aussi. Vers minuit, le sous-marin a plongé sans un bruit et a pris le large. Les témoins ont pensé à un exercice programmé, comme il s’en fait périodiquement pour entretenir le matériel et l’équipage, mais ce matin, le Hai II n’était pas de retour et il ne répond pas aux appels radios. Il est en plongée, et le système de détection télémagnétomètrique de la base a été saboté de manière irréversible. Il n’est donc pas localisable.
  Ravot ne sait plus très bien où il en est. Personne ne s’étonne de la nudité de Nouye, alors, il fait comme si, mais quand même. Et cette histoire de sous-marin nucléaire qui joue les filles de l’air racontée par une belle grande fille debout, impassible, le nichon arrogant et les fesses à l’air… Bon. Ça le déstabilise quand même, Ravot… C’est un homme pondéré Ravot. Père de famille, veuf, grand-père et tout ça. Décoré. Décoré, si.
 
Surtout lorsque Amaïa entre à son tour, tout aussi nue que Nouye, mais avec sa stature de déesse antique, son regard minéral et sa suite de deux gardiennes courtes sur pattes et le front bas, mais tout également à poil et de deux hommes énormes grands, gros et gras, couverts de tuniques grossières en forme de ponchos liées à la taille par une corde, et qui ne cachent rien de leurs très menus avantages. Ce qui porte la population du bureau à onze personnes dont quatre nanas à poil !
  Ravot est déstabilisé.
 
Déstabilisé.
C’est le mot qu’il se répète in petto lorsqu’il tente de définir ses impressions pour les éclaircir, leur échapper, et donc, revenir à l’essentiel des problèmes.
  Déstabilisé.
 
Et, manifestement, tout le monde s’en fout.
  - Amaïa, intervient Rébéquée, le sous-marin de Thulé a disparu. Nouye vient de nous l’apprendre.
 

Un silence.
  Réponse lente d’Amaïa, de sa voix de contralto :
- Je l’ignorais. Cela ne peut être le fait des Numéros. A moins que…
Elle semble réfléchir, hoche la tête, poursuit brusquement :
- Suivez-moi…
Elle traverse le bureau pour sortir par l’autre porte, celle qui rejoint les galeries intérieures. Tout le monde la suit, sauf Nouye qui fait signe qu’elle reste de garde près des téléphones et des écrans… Elle a acquis une vraie compétence en la matière et préfère désormais les modes de transmission modernes à leurs moyens de communication traditionnels via leur réseau de correspondants et les Ôoumlocs.
 
C’est ainsi qu’ils arrivent au « temple » où ont lieu les grandes réunions des Goums.
  Bien sûr, Ravot est préoccupé. Déstabilisé. Bien sûr, la situation est sérieuse. Grave. Très grave. Plus grave que ce que chacun imaginait au départ du journal alors qu’il ne s’agissait « que » d’un meurtre. Même s’il s’agissait d’un meurtre étrange et horrible. Mais quand même, de là à admettre ce qu’il voit, ce lieu incroyable, cette caverne éclairée de deux hautes flammes qui lèchent une résille de pierre éclatante de lumière, derrière trois trônes de pierre, cette vaste salle souterraine dont les limites sont floues, dans la pénombre, dont la voûte elle-même reste indistincte, cette mare d’eau noire et profonde placée entre les trônes et la banquette de pierre semi-circulaire où « tout le monde », enfin, ceux qui l’ont entraîné dans cette histoire, tout le monde trouve naturel de prendre place, comme on pourrait s’asseoir sur le jubé surbaissé d’une église…

  Sur le trône central s’est assise Amaïa, celle qu’ils ont aussi appelée la Mère, et qui semble (mais il n’en jurerait pas) montrer un début de grossesse, Amaïa, si naturellement assise, cuisses écartées devant lui, devant eux, dans une impudeur si absolue qu’elle en devient parfaitement chaste, Amaïa, encadrée de deux femmes aussi nues qu’elle, tandis que les deux hommes en ponchos ont pris une pose figée debout derrière les trônes et devant les flambeaux du gaz qui ronfle en sortant du sol, appuyés sur deux énormes bâtons qui se trouvaient là, derrière les sièges de pierre…

  Parce que c’est cela qu’il voit, Ravot. Et qu’il est trop surpris, incrédule même, pour tout ensemble croire et contester, parce qu’après tout, il le voit, et que ce n’est pas une scène tirée d’un film de Cecil B. de Mil ou de Spielberg, ou d’une BD de Tardi…

  Et pourtant il en a vu des choses au cours de sa carrière, Ravot. Compris, estimé… Et ça lui fait remonter une bulle de Paul Fort qu’il murmure pour lui-même de toute son incrédulité : « J’en ai pourtant compris, estimé, vu des choses, hommes-loups, femmes-chiens, et la neige, et les roses »… Parce qu’il est un peu comme Jules, l’autre, le copain de Rébéquée, celui qu’on appelait whisky-soda, Ravot, il a comme ça des remontées de poésie dans les moments où il se trouve… déstabilisé.
(Et curieusement, Amaïa, qui le regardait à cet instant, se tourne vers Rébéquée, en étrange connivence, avant de ramener son regard vers lui. Rébéquée à son tour le regarde et sourit tristement à Amaïa en baissant la tête devant cette ombre qui est passée).
 
Déstabilisé.
  Et là, il voit… Alors, il admet, il accepte, il écoute, il enregistre, il note dans sa tête de flic habitué à noter : les personnages, leurs attitudes, leurs gestes, leurs paroles, les repères qu’il peut prendre, pour pouvoir reconstituer, retrouver le détail révélateur, pouvoir dessiner « sa » synthèse…
 
Il voudrait questionner, demander, savoir, comprendre… Comprendre…
  D’autant plus qu’il se sent lié par cette promesse qu’il a dû se résoudre à faire et dont maintenant seulement il évalue l’enjeu : c’est tout cela qui devra rester secret ! Tout cet invraisemblable… machin… Il se sent bluffé, comme dirait Lepif. Dépassé par les évènements. Et ce doit être la première fois que ça lui arrive. Ou presque. Ça lui rappelle un peu quand il a vu sa défunte épouse pour la première fois. Ou pour la dernière fois, il ne sait pas trop, mais c’est de cet ordre : une découverte absolue ; une perte absolue… Découverte d’un monde et perte de celui qu’il croyait être définitivement le sien. Avec des hommes et des femmes blancs, noirs rouges ou jaunes, mais semblables… Ces « gens », ces femmes et les quelques hommes qu’il a vus, étranges, déguisés de blanc dans l’usine, depuis la galerie lorsqu’ils se rendaient au bureau, ces gens ne sont pas vraiment comme lui, comme nous, pense-t-il. Et cependant… Quelle confusion dans son esprit…
 
- Je n’oublie rien…
Amaïa, assise sur son trône de pierre, a pris la parole. Sa voix grave résonne sous la voûte élevée de la vaste salle. En personnage habitué à la parole et au lieu, elle joue de ses résonances comme le ferait un organiste qui place ses notes en fonction de la réverbération de la voûte. Sa tessiture large et riche, se déploie avec un naturel absolu et un immense, étrange « charme », qui fascine Ravot. Tiens, il pense aux Kindertotenlieder et à Kathleen Ferrier : une douleur absolue, antique, et calme. Un chagrin sourd…
  - Je n’oublie rien. Ni ma sœur Rébéquée, ni mes amis. Tous mes amis. Tous mes amis (elle fixe Rébéquée) (Rébéquée redresse la tête… le fantôme est toujours là : « Me voici devant tous un homme plein de sens… »)… Ni les menaces qui apparaissent et auxquelles nous devrons faire face (chacun sait bien que ce « nous » dépasse leur petite assemblée). Mais j’ai promis à mes amis d’expliquer qui sont les Goums à ceux qu’ils ont jugés dignes de nous connaître, en dérogation de nos accords de secret.
 
 Elle fixe Ravot de ses immenses yeux fixes. Et Ravot hoche la tête en répondant d’une voix un peu rauque :
- J’ai juré le secret…
  - Je suis heureuse de vous l’entendre confirmer, Monsieur Ravot.
Notre espèce, celle des Goums, est très ancienne. Très, très ancienne. Bien plus ancienne que la vôtre dont elle diffère, Monsieur Ravot, puisque notre mémoire remonte à près de deux cent mille ans. Et partout, vous nous avez supplantés. Nous sommes peut-être, comme me l’a dit un jour Rébéquée, des fossiles vivants. Mais nous sommes bien vivants. 

 Lorsque votre peuple, celui des Goumyôs[1], est apparu, venant du Sud et de l’Est, nous formions quatre grandes tribus et nous occupions toute l’Europe. Il y avait nous, le peuple d’Ôoumloc, la tribu du Crabe, et puis la tribu de l’Oiseau, la tribu du Bélier, et la tribu de l’Ours.
C’était il y a quatre cents siècles. Nous, le peuple Goum d’Ôoumloc, nous vivions ici, mais d’autres clans de notre tribu vivaient ailleurs, sur les côtes du Portugal, de l’Espagne, de la Finlande, et selon les temps, c’était le même clan qui se déplaçait d’un lieu à l’autre, ou bien qui essaimait, pourriez-vous dire. Cela, c’était pendant les périodes d’abondance, lorsque le climat le permettait. Nous vivions de chasses terrestres, et même marines, et nos embarcations de bois et de peau nous permettaient de capturer des dauphins et même parfois des baleines. Bien sûr, nous péchions aussi, mais surtout des crabes, ces crabes noirs que nous recherchons toujours. Et notre pacte avec Ôoumloc était déjà ancien. Nous avions appris à creuser la falaise et nous fournissions des pierres à tailler aux autres tribus qui, en échange, nous apportaient d’autres richesses : de l’ivoire de mammouth, des peaux…

  Nous échangions aussi avec les Goumyôs que nous côtoyions. Mais nos relations avec eux restaient plus distantes : leur comportement devenait facilement celui de prédateurs lorsqu’ils se sentaient en force. Et nous n’aimons pas devoir combattre. Nous sommes des pêcheurs, des chasseurs et des cueilleurs, pas des guerriers. Nous ne nous sommes jamais combattus entre nous : comme nous n’avons jamais cultivé la terre, nous n’avons pas l’instinct de posséder. Ni, donc, celui de voler.
  Tous les clans, lorsqu’ils le pouvaient, nous apportaient les restes de leurs morts. Et ils nous racontaient ce qu’ils avaient vécu, leurs Souvenirs, afin que nous en fassions de la Mémoire. Tous les clans voulaient qu’après leur mort, les leurs retournent à la Mer, à Ôoumloc : tous les animaux sont issus de la mer et des rochers, et Ôoumloc  constitue la synthèse de la mer et des rochers. C’est un Rocher qui vit dans

la Mer, et c’est ainsi qu’est apparue la vie. Ramener les morts à Ôoumloc, c’est les ramener aux sources de la vie… 

  Les plus lointains des Goums, ceux du clan de l’Ours, qui, pour les plus proches d’entre eux, vivaient dans ce que vous appelez maintenant l’Ariège, mais qui étaient allés jusqu’en Russie, et qui chassaient parfois les mammouths, enterraient leurs morts au fond des cavernes, sous la garde de l’Ours, et les déterraient lorsque le printemps leur permettait d’accéder de nouveau aux ossements. Ils nous les amenaient alors en cérémonie et se joignaient à nous pour les offrir aux Grands Crabes lorsque ceux-ci venaient dans cette falaise, en ce lieu même, pour célébrer leurs amours. Ils rentraient ensuite dans leur campement pour se féconder entre eux. Très souvent, nous échangions femmes et hommes d’un clan à l’autre, pour renforcer notre vigueur. Lorsque leur peuple s’est affaibli, lorsque les mammouths ont disparu, leurs survivants se sont joints à notre tribu.

  Ceux de l’Oiseau exposaient les corps au sommet de collines sacrées où les rapaces venaient les nettoyer de la chair de leurs souffrances et de leurs plaisirs. Puis, eux aussi, en rassemblaient les ossements et nous les apportaient. Et eux aussi se sont joints à nous lorsque les Goumyôs les ont repoussés dans des vallées stériles.

 

Ce sont ceux du Bélier qui ont survécu le plus longtemps. Ils vivaient dans cette région, et les Goumyôs les appelaient Cagots, Agotak, Gahetz, ou d’autres noms méprisants. Ils leurs réservaient des taches particulières, exclusivement manuelles, de menuiserie ou de maçonnerie le plus souvent. Ils sont restés auprès des Goumyôs jusqu’à ce qu’un certain Pierre de Lancre[2] réduise en cendres tous ceux d’entre eux qu’il pouvait capturer. Il est vrai qu’au début du dix-deptième de vos siècles, il était mal vu de se retrouver nus dans des grottes et que le Bélier que fêtaient les Goums en le chevauchant était mal interprété… Mais avant de devoir se joindre à notre clandestinité, ils enterraient eux aussi leurs morts, et eux aussi nous en apportaient les ossements pour que nous les offrions à Ôoumloc en les joignant à ceux des nôtres.

C’est donc au sein de notre ultime tribu que s’est rassemblé notre peuple.

  Et notre Mémoire, comme je vous l’ai dit.
 
Monsieur Ravot, si nous exigeons le secret sur notre existence, c’est pour nous préserver doublement, et cela, tous nos amis ici présents l’ont compris : nous sommes peu nombreux, quelques milliers dans le monde, et nous sommes désarmés face à vous. Chacune des confrontations, mais aussi, plus simplement, chacun des contacts qui se sont établis entre nos deux peuples nous a fait régresser. C’est un fait. Notre espèce est physiquement moins adaptable que la vôtre. Les « Boules » que vous voyez derrière moi sont le fruit d’une hybridation qui restera sans suite : ils sont stupides et quoique très forts, ils sont stériles. Il en a toujours été ainsi, et cependant, en quarante mille ans, croyez-moi, les tentatives ont été nombreuses. Nous ne sommes fécondables qu’en deux occasions dans l’année, selon notre cycle physiologique, et donc, nous sommes moins prolifiques encore que vous ne pouvez l’être. Et puis surtout, nous ne possédons pas cet esprit de compétition qui vous amène à vous surpasser dans une lutte incessante pour la vie ou pour le pouvoir. Nous ne connaissons pas ce que vous appelez le sentiment de valeur hiérarchique. C’est pourquoi bien sûr nous ignorions la guerre, jusqu’à ce que vous nous contraigniez à la pratiquer pour nous défendre, mais toujours plus maladroitement que vous. Et les dernières fois où nous avons été mêlés à des conflits, ces conflits vous concernaient d’abord. Nous n’étions qu’alliés de l’une, puis de l’autre des parties. Même si nous savons maintenant à quel point ces conflits nous concernent également. 

  Nous devons donc d’abord préserver notre existence face à vous. Mais aussi, nous voulons préserver notre Mémoire : c’est notre Mémoire qui fonde notre existence. Plus tard, je vous la montrerai cette Mémoire et je vous expliquerai son fonctionnement. Mais il faut que vous le sachiez dès maintenant : si nous ne disposons pas de vos capacités de reproduction, en revanche, nous nous souvenons. Nous avons cultivé une mémoire orale collective telle qu’il nous est possible, sans erreur, de retrouver des faits vieux de plus de cent cinquante mille ans. Nous détenons la Mémoire de l’Espèce, Monsieur Ravot. Nous sommes les archivistes de l’Humanité, de la vôtre autant que de la nôtre. Quelques uns, très rares, parmi vos historiens et préhistoriens ont été admis à visiter cette Mémoire. Je ne pense pas qu’ils l’oublieront jamais, même s’ils ont promis, eux aussi, le silence quant à leurs sources…

Notre survie, et celle de notre Mémoire, voilà les deux raisons qui m’amènent à vous demander de renouveler solennellement votre serment de silence, Monsieur Ravot.

  Amaïa s’est tue. Aucun des assistants, même Rébéquée, n’avait le souvenir d’un discours aussi long de sa part. Jusque là, elle s’en était remise à ses amis pour sermonner les rares candidats visiteurs. D’autant plus rares que, personne ne connaissant leur existence, personne ne demandait à visiter les Goums. 

  Rébéquée avait fait venir deux médecins spécialistes de physiologie de la reproduction qui avaient étudié le fonctionnement génital des Goums pour finir par conclure que l’on avait vraiment affaire à « autre chose », de l’ADN à la pointe des cheveux, et qu’il serait vain de tenter de modifier quoi que ce soit, se bornant à de (judicieux) conseils quant aux rythmes des relations sexuelles et à la préconisation d’aphrodisiaques adaptés. Le secrétaire général de l’ONU avait pour sa part envoyé (et accompagné) un historien et un préhistorien, qui avaient à leur tour demandé à ce que deux de leurs confrères et un paléoanthropologue soient admis.
 
Et c’est tout.

  En fait, c’est la première fois que les amis du groupe initial qui avait découvert les Goums via les Numéros amenaient quelqu’un d’extérieur pour autre chose qu’une aide essentielle à apporter, soit aux Goums, soit aux Goumyôs. Un policier de surcroît.
 
Et Ravot a dû comprendre à quel point cette situation était extraordinaire puisqu’il s’est levé, lui qui d’ordinaire fuit le solennel et la pompe :
- Je n’imaginais pas qu’il pût exister un peuple tel que le vôtre, ni qu’il ait pu jouer un tel rôle. Je conçois encore mal ce que vous me dites de votre Mémoire, même si l’ampleur de ce que je découvre me stupéfie. Je comprends et partage vos craintes. J’espère être capable de me montrer digne de la confiance que vous tous m’avez témoignée en me faisant pénétrer en cet endroit pour rencontrer des gens aussi fabuleusement extraordinaires que vous, Madame… Aussi fabuleusement extraordinaires… Je l’espère. Mais je suis certain de ne jamais révéler quoi que ce soit à qui que ce soit pour quelque raison que ce soit. Je souhaite pouvoir comprendre qui vous êtes et ce que vous représentez. Et à cette fin, je ferai de mon mieux pour tenter de résoudre les énigmes que nous posent les deux drames auxquels nous nous trouvons confrontés : le meurtre de Saint Tignous sur Nivette, qui semble tellement lié à ce qui s’est produit voici deux ans, d’une part, et la fuite, que je comprends encore plus mal, de ce sous-marin. Mais je m’engage surtout à tenter d’éclaircir le crime de Saint Tignous pour lequel je suis ici : l’autre évènement, même s’il est peut-être plus lourd de conséquences, risque de dépasser mes compétences… Vous avez ma parole, Madame. Je la répète et la confirme ici publiquement devant l’ensemble de vos amis que je me sentirais honoré de pouvoir appeler les miens.
  Ravot se rassied dans le silence.
 
Eusèbe se lève et lui tend la main :
- Appelez-moi Eusèbe. Je suis le plus vieux ici, et il paraît que cela compte, même si ça ne me fait pas forcément plaisir.
- Je suis Victor, mais on m’appelle Vic, et même le Boulet…
- Moi, c’est Clèm, dit Clèm en l’embrassant sur les deux joues…
- Et vous ? demande Rébéquée en lui posant la main sur l’épaule (elle est aussi grande que lui).
- Moi, c’est Jules, comme Maigret, lui répond Ravot plus ému qu’il ne le voudrait.
Rébéquée marque un léger recul :
- C’est curieux, mais… ça vous va bien. Et elle l’embrasse à son tour avant de regarder Amaïa, les larmes aux yeux.

Surpris par cette émotion soudaine, Ravot la regarde à son tour alors qu’elle se lève de son siège de pierre :
- Je m’appelle Amaïa. Et vous êtes un homme plein de sens…
 


[1] Les Goumyôs, les « autres hommes », homo sapiens, ne sont arrivés en Europe qu’il y a 40 000 ans. Si ma mémoire est bonne.

[2] Pierre de Lancre : né à Bordeaux en 1553. En 1609 le conseiller au Parlement de Bordeaux de Lancre intervient au Pays basque, à la tête de la commission d’enquête demandée par Henri IV, qui devait “purger le pays de tous les sorciers et sorcières sous l’emprise des démons”. Le conseiller de Lancre instruit les procès en sorcellerie du Labourd et fait “arder et brancher” près de six cents prétendus sorciers. De Lancre envoie au bûcher, après les avoir torturés, des femmes, des enfants, mais aussi des prêtres. Craignant une émeute, le Parlement rappelle de Lancre. Il meurt en 1631.

PERSONNAGES, LIEUX et TRUCS


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Les Héros
les Méchants
les Autres (plus ou moins Bons, plus ou moins Méchants)
les “Autres”,
les Potions, les Drogues et tout ça
les Bleds
 les Institutions, les Choses, les Machins

Les Héros

  ü      Amaïa, fille de Clèm et de Victor, Tima en Tijules

ü      Amélie Fouad (chimiste, toxicologiste), œil droit céladon (mystique, tendre), œil gauche malachite (scientifique, dur) appelée Amélie-Qui-A-Des-Yeux-Comme-Les-Vagues-L’Hiver par les Goums de l’usine. Tata Lie en tijules. Ses promesses tiennent la route, contrairement à ce que l’on pourrait croire.

ü      Béatrace, dite Moustache : rédactrice au Matois. Mère de Tijules. Mama Béa, en tijules.

ü      Bichy : C’est le nom qu’Hélène donnera à son fils.

ü      Bichy : surnom d’Hector Picoriau. Voir à ce nom.

ü      Bramecourt Joël (Lieutenant): adjoint du commandant du Bouton.

ü      Buchmol : adjudant de gendarmerie Marinoval.

ü      Catachrèse (Lucien) : Commissaire de la police scientifique (physicien), stature d’ours, visage ingrat dissimulé sous une barbe irrégulière, petites lunettes à monture d’acier qui couvrent un regard flou et cheveux aussi rares que gris.

ü      Clémentine-Esméraldine Kaligourian, dite le Canon du Boulet ou Clèm : Courriériste aux Cœurs Fondus à
la Lanterne du Fort, journal Régional. C’est la femme de Victor Bourriqué, dit le Boulet. Tata Clèm en tijules.

ü        Cloclo Chatapus : hôtesse de l’air. Très gentille.

ü      du Bouton (Patrick) : commandant de la garde Républicaine. Ermantrude Filosselle du Bouton, née de Torte, est son épouse.

ü      Dubrieux : Flic. Brigade Financière Paris.

ü      Elasque-Jean Kronobian : ingénieur météo du Pic du Midi ; barbe de prophète grisonnant.

ü      Esche (Frêne) : Voir les « Méchants ». Très bien recyclée dans les Bons.

ü      Flora de Sainte Fouillouse née Leberne : mère de Finette. Sorcière. Apporte le « Pain de Couleuvre », qui protège la mémoire. À base d’hellébore noir. Le Pain de Couleuvre, bien sûr.

ü      Foutral : juge d’instruction.

ü      Hector Picoriau : affréteur à la Marée au Petit Port (dit Bichy (basque) = débrouillard) petit ami d’Hélène. Martyr du crabe.

ü      Hélène Miravarre : (son pseudonyme est Edgar, au début), à l’origine, vend du Pain d’Algues. Fille de Marie Miravarre.

ü      Frère Jean des Entonnoirs (de l’Ordre des Frères Mineurs, OFM), de son vrai nom Orson Berserkir öd Bärne (voir à ce nom).

ü      Jeanne, ou M’me Marty ou le Dragon (au début) : secrétaire de Timoléon Malfort qu’elle appelle Zèbe. Tatane, en tijules.

ü      Jules Tefigue, dit Whisky-soda : rédacteur au Matois. Martyr du crabe.

ü      Kératine : Procureur de la République. A fait ses études de droit avec Ravot.

ü      Le Dentec : gendarme.

ü      Lepif (Inspecteur) : OP, lieutenant de Ravot. Grand, costaud, rapide et plutôt rugueux.

ü      Luis Ottouadla : Journaliste stagiaire à La Lanterne. Martyr des Élus.

ü      Mado : patronne du bar de Saint Tignous sur Nivette. Madeleine Picaillon, ex Madelin Picaillon. 40 ans, 1,85 m, 95 kg. Verrue à poils au-dessus de la lèvre supérieure, à gauche. Grosse poitrine. Respectable. Fut Zézette pour les intimes du Bois.

ü      Malfort Arthur (dit OGM : Organisme gros Module) : directeur rédac-chef de la Lanterne. Papatur (Papa Arthur) en tijules.

ü      Malfort Eusèbe (L’) : père du précédent, fondateur de la Lanterne. Héros de la Résistance et du fort de Saint Tignous sur Nivette. L’Eusèbe Malfort : se contrepète en « …. ». C’est un secret…  Pépé Zèbe en tijules.

ü      Marcel : fils d’un ancien ami d’Eusèbe Malfort. Belge. Historiographe de la fin de l’histoire. Dessinateur.

ü      Marie Miravarre, dite la Bonne Marie, ou Marie Bon Pain, qui tient la boulangerie écologique de la mer, à La Marée au Grand Port. Tata Lène en tijules.

ü      Marnier (Docteur) : légiste de St Tignous.

ü      Martial : OPA. Un homme jeune en imperméable mastic et grosse écharpe tricotée de laine bleu marine qui lui monte sous le nez.

ü      Milou Panosier : police scientifique (biologiste et légiste). Spécialiste polyvalent de tout.

ü      Mouchoir (Jules), secrétaire de rédaction de la Lanterne.

ü      Orson Berserkir öd Bärne, dit Akslaq, pour l’état civil, fils de Bero Akslaarjuk (Petit ours noir ) et de Artio Arnainnuk (Gentille femme). Du peuple des Ardhsz. Ou des Ours.

ü      Pourticol Jean-Marc : planton du commissariat de Saint Tignous sur Nivette.

ü      Ravot (Jules) : Commissaire de police de Saint Tignous sur Nivette. Pas très grand ni trop petit, pas trop gros mais bien dodu, plutôt rond. Se révèlera poilu.

ü      Rébéquée Taritournelle : rédactrice au Matois. Dite Ouôtâne (la Guerrière) par les Goums. Tata Béquée en tijules.

ü      Tijules : fils de Béatrace et de Arthur. Ne vient pas tout de suite. Faudra attendre la deuxième partie. Parle tijules, une langue qui lui est propre et que comprennent quelques Grands privilégiés. Dont les Goums.

ü      Victor Bourriqué dit le Boulet ou Vic : Rédacteur en chef du Petit Matois Subreptice, journal local. Tonton Vic, en tijules.

ü      Vixente Arxanotirigorrybordeberry : maire de Marinoval.

ü      Vladimir : « ordonnance » de Vic et Clèm sur le Hai II.

  Les Méchants

  ü      Aloïs Guétotrou-Kifumsec : délégué de l’Imporium. Membre de « l’équipe des Investisseurs ».

ü      Begoña-Conception et Gerañum-Assomption : sœurs jumelles tenancières du Tapas’Embal’.

ü      Birke (Bouleau) : Amazone venue sur le Patriarche avec Esche et capturée. Parle à Hélène qui s’est déguisée en Patronne. Tuée par Öoumloc.

ü      Boufigue (Arnaud) : alias Sri Mardouk Shankara, agent de surface des Écolocroques, chargé de mission à Saint Tignous sur Nivette. Yeux clairs, cheveux noirs.

ü      Brunières Gaston : « notaire » parisien. Assistant ingénieur du Mentor.

ü      Daniel Forpris : Executive Director de Super Troc, adjoint de Boufigue.

ü      Déodat de Sainte Fouillouse : cousin de Finette, armateur producteur de cinéma.

ü      Edgar Maupuis : remplaçant de Daniel Forpris.

ü      Edmonde de la Vorme Séchée : directrice de Lartigo, la conserverie de saucisses de Saint Tignous sur Nivette, pour le compte de la Nouvelle Réna.

ü      Esche (Frêne) : Amazone venue sur le Patriarche désintoxiquée par le moine. Appelée Miséricorde par les autres Amazones. Elle a rejoint les « Bons » après avoir été définitivement convertie par Frère Jean.

ü      Finette de Sainte Fouillouse : chargée du bureau de recrutement de Saint Tignous sur Nivette. Cousine ignorée d’Hilarion-Jovial. Devient l’Épouse. Sa mère lui prépare du « Pain de Couleuvre ».

ü      Freakcolaa « Zwarte Freak » Naarcofiie, dit Narco : Ministre du Confort. « Guide Naturel » de la Nouvelle Réna.

ü      Humevesne et Suceprout : tueurs de Ted et Jo. Humevesne, tueur, dit Pic à Glace, dit Droit au Cœur,  Suceprout, dit

la Bricole, dit Couverture.

ü      Igor Mélangeovitch Partousian : commandant du Hai I.

ü      Igor : serveur sur le Haï II.

ü      Joseph Larigot : technicien informatique à Thulé.

ü      Karl : homme de main.

ü      Léon Bournemol : assistant technique de Maupuis.

ü      Les Élus : incarnent la NRA. Leur age : 19 ans. Fils et fille jumeaux du N°1.

ü      Markus : autre homme de main.

ü      Merry : Amazone. Tue Hilarion-Jovial.

ü      Monseigneur Gerhardt Zeeman : « contact » ecclésiastique des Écolocroques.

ü      Oberst Kuhhirt : Numéro Deux, père du Numéro Un, fondateur des Écolocroques.

ü      Paul Dupond : Responsable de l’Usine de saucisses de Bordeaux.

ü      Piotr : ordonnance du N° 1.

ü      Pouacre (Adolf) : Numéro Cinq, époux du Numéro Quatre, elle-même fille du Numéro Un. Petit et noir de poil, un long cou de vautour à la pomme d’Adam saillante, coiffé au bol largement au-dessus des oreilles, tout de noir vêtu, petit bonhomme sec et nerveux qui s’avance en tordant le cou.

ü      René Lemol : adjoint de Paul Dupond. 

ü      Tombou Marc : « notaire » parisien. Ingénieur, plutôt mécanicien, lié à l’Imporium.

ü      Tomie la Louve : Amazone (Lobo Tomie) Tuée par Birke.

ü      Vladimir : « ordonnance » de Vic et Clèm sur le Hai II.

ü      Weide (Saule) : Amazone venue sur le Patriarche avec Esche. Devient secrétaire du Prédlarép.

ü      Zdoum : Pour les membres de la NRA (Nouvelle Réna), c’est un profane, non initié.

  Les Autres, plus ou moins Bons, plus ou moins Méchants

  ü      Anton : peintre hollandais qui peint la Place Rouge à Moscou.

ü      Badisoche et Taisu (Tésuganovitch) : A l’origine, initiés de « combat » ; anciens légionnaires.

ü      Basile Croitou-Espérandieu : Commissaire Principal Bordeaux.

ü      Belcoucou Félicien : maire de Saint Tignous sur Nivette. Bajoues.

ü      Benoîte Franchon : amie de la sœur d’Hilarion-Jovial. Ménagère.

ü      Bricolat Mulot : écolo-candidat.

ü      Eléonore Fentasou : PPP (péripatéticienne professionnelle patentée) de compétition. Meurt.

ü      Gertrude Pilon : écologiste, secrétaire du Mouvement du 18 août. A cette heure, personne n’ayant pu expliquer d’où vient ce Mouvement du 18 août, et surtout, pourquoi le 18 août, j’en suis réduit à offrir un Carambar à tout lecteur qui se montrera capable d’éclaircir ce mystère. Les saucisses « Gertrude » portent le N° de lot 16598a-38. 

ü      Grobiane : responsable de communication de la mairie de Saint Tignous.

ü      Hémi : secrétaire de Varochaix. Adepte Proana.

ü      Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse : Conseiller en matière d’économie électorale. Candidat à tout ce qui rapporte (des sous, de la gloire, du pouvoir). Promoteur et propriétaire du lotissement des 6000 et de l’hôtel Marengro.

ü      Jo, Ted (devrait épouser Nicole) et Momo : jeunes de St Tignous. Clients chez Mado. Travaillent chez Lartigo.

ü      Joseph Fabisch : sculpteur, coupable de la Vierge de Lourdes (comme ça, en passant).

ü      Le Vacher Arsène : Conseiller financier d’Hilarion-Jovial. Susceptible.

ü      Lebièvre : mari d’Ordegale-Junie de Sainte Fouillouse.
 
ü      Marsyas : satyre phrygien écorché vif par Apollon pour l’avoir défié (et donc coupable d’hybris).

ü      Michoska : secrétaire de l’Ambassade de France à Moscou.

ü      Onésiphore Biroton : Chanoine, curé de Saint Tignous sur Nivette. Très Fleur bleue. 

ü      Onoruame : dieu créateur chez lesTaharumaras.
 
ü      Ordegale-Junie de Sainte Fouillouse : sœur d’Hilarion-Jovial. Invente la Méthode à Six Mille.

ü      Pélot : OPA quinquagénaire ventripotent et essoufflé affublé d’une cravate jaune canari.

ü      Rauni : Femme du dieu finnois de l’orage Ukko.

ü      Scope Isidore (Père I. Scope) : Père Blanc. Découvre la bombe de Lourdes.

ü      Sraosha : dieu justicier chez les Mèdes.

ü      Tiburce Véhicule-Petit : directeur MJC de Saint Tignous sur Nivette.

ü      Varochaix : Nari-chef du Conseil Municipal de Saint Tignous sur Nivette. Garagiste. Un mètre cinquante trois et demi. Chausse du 36.

ü      William B. Mac Faithfull : Green Bill, journaliste au Washington Post.

ü      Yann Marbeuf : « écorché » des Chonos, électricien.

  Les « Autres », encore appelés les Goums

  ü      Amaïa : (déesse mère basque). La Nouvelle Mère, qui succèdera à Ônyà. Tata Maïa, en tijules.

ü      Ardhsz : Clan des Ours, dans les Zmyhlpathes de Syldardurie. Frère Jean en est originaire.

ü      Chochos ou Cascarots : eux-mêmes se désignent sous le nom de Goums, les Humains. Habitants étranges de

la Marée au Petit Port. De chochoa (basque) = le merle, l’imbécile, le sot. C’est le nom que leur donnaient les habitants de l’extérieur, et que leur donnent les Méchants.

ü      Daouj : compagnon d’Arthur Malfort en Patagonie, assassiné par l’Élue.

ü      Gaouâ : conductrice de locotracteur.

ü      Gardes d’Agotchilho : vêtus d’un uniforme paramilitaire bleu hirondelle couvert d’une ample cape plombée et armés d’un bâton blanc perfectionné, copié du makila basque.

ü      Goums : les « Humains ». Habitants de la Marée au Petit Port. C’est le nom qu’ils se donnent. Voir Chochos. Parlent le goum.

ü      Goumyôs : Goumyôs les « Humains d’à côté ». Les Autres, les Homo sapiens, vus des Goums.

ü      Isœu: diminutif en tijules de Ptite-Sœur, en fait, c’est Rébéquée, fille d’Amaïa. 1 an plus âgée que Tijules.

ü      Itzal : « ombre » (basque) Ceux des Chochos qui ont étudié chez les Goumyôs.

ü      Mnouay : « Mère » des Chonos.

ü      Mouye : Gardienne qui va se rendre à Thulé. Itzal, alias Bertille de la Roche Affairée.

ü      Noumâou : vieille Goum de Mémoire. Assiste à l’enlèvement d’Arthur par le Crabe.

ü      Namayou : Gardienne goum.

ü      Nouye : sœur de Mouye. Reste à Agotchilho.

ü      Ônyà : la Vieille (

la Mère).

ü      Ôoumloc : Le Crabe Ôoumloc. Terrible.

ü      Ouaniahou : gardienne tuée par Tomie la Louve.

ü      Ouâniahoua : autre gardienne, qui capture Tomie la Louve.

ü      Pouyagoumyôs : Ceux qui sont derrière la porte de fer, en goum. Les Nazis.

  Les Potions, les Drogues et tout ça

  ü      Améline : alcaloïde de la peau de saucisse. Découvert par Amélie Fouad.

ü      Annihiline : poudre mise au point par Amélie qui annihile les effets des drogues Réna.

ü      Catatonine : drogue qui provoque la catatonie. A base de tétrodotoxine.

ü      Criticine : Annihiline améliorée.

ü      Décontaminant Total : ultime désintoxiquant mis au point par Amélie, Flora et Amaïa.

ü      Détoxicant : supprime les intoxications de conditionnement ; utilisé par la Nouvelle Réna.

ü      Hypnofascination : méthode de conditionnement psychologique du docteur Pouacre. Utilise un disque hypnotique lumineux. S’est inspiré de Septimus.

ü      Pain de Couleuvre : contrepoison de Flora, à base d’hellébore.

ü      Percutacrime : poison violent des Amazones.

ü      Potions goum de paix, de mémoire, d’amour, de pouvoir.

ü      Stimuline : drogue équivalente à l’annihiline, utilisée parla Nouvelle Réna pour rendre conscience à ses victimes.

Les Bleds

  ü      Agotchilho : ancien nom de la Marée au Petit Port (et de tout ce qu’il y a derrière). Le Trou des Cagots en basque. Désigne la ville secrète des Goums.

ü      Andøya : base des Écolocroques de Norvège. Près de Bodø (39000 habitants, aéroport). Avion  taxi jusqu’à Haugnes (240 km)  ville la  plus proche (1000 ha) puis entrée secrète de la base à 10 km.

ü      Archipel des Chonos : base des Écolocroques au large du Chili, 45° lat. Sud, île Guamblin.

ü      Bournefol : à côté de Marinoval.

ü      Dakhla : aéroport « Villa Cisneros », sur la
Côte d’Afrique.

ü      Harpie : base secrète des Élus : 30°N, 28°15’O, au large de Dakhla.

ü      Haystack : base centrale des Écolocroques, leur « nouvelle Thulé ».

ü      Hôtel Marengro : bâti par Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse près du lotissement des Six Mille.

ü     

La Marée aux Ports : Marée au Grand Port et Marée au Petit Port.

ü      Luola : « 

La Grotte ». Ecole spéciale des surnuméraires du clan des Ours des Zmyhlpathes, à Klown.

ü      Maison Chrestia : entrée d’Agotchilho par Marinoval.

ü      Marinoval : un bled au pied des Pyrénées. Entrée de secours au réseau Chocho, à la maison Chrestia.

ü      Omphalie : base secrète des Élus au large du Chili.

ü      Pétoly : village natal de Finette.

ü      Punta Camarinal : base des Écolocroques près de Gibraltar.

ü      Rybachiy : usine secrète russe de construction navale « récupérée » par Pouacre. Dite « base Septentrion ». Désertée après les « évènements ».

ü      Saint Tignous sur Nivette : le bled où ça se passe au départ. Surmonté d’un fort en ruine. Rue principale : la rue du Fort. Habitants : les Tignousais.

ü      Syldardurie, capitale Klown. Pays d’origine de Frère Jean.

ü      Zmyhlpathes (Massif des) : lieu de naissance du moine, en Syldardurie.

Les Institutions, les Choses, les Machins


  ü      C’est tout naturel  : chaîne de  troc, issue de Super Troc. C’est aussi le slogan de la Nouvelle Réna.

ü      Distribeau : groupe de distribution des Eaux aux mains de la Nouvelle Réna.

ü        Flèche d’Argent : Стрелка