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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

RETOURNEMENT DE VESTE

P3C1E5 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 5)

  N°150 / RETOURNEMENT DE VESTE / P3C1E5

 
C’est l’histoire où Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, conseiller en matière d’économie électorale, tente de se concilier les bonnes grâces d’Eusèbe Malfort.

  Mercredi 8 juin
13 heures

La Lanterne

  Le téléphone…

Victor décroche :
- Oui, Toto ? Qui ? Ah bon ! Manque pas d’air !!! D’accord je le préviens. Fais le patienter, je te rappelle… (il repose le combiné) Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse voudrait rencontrer Monsieur Malfort en tête à tête…

Eusèbe commence par hausser les épaules et puis :
- Dis à Toto de l’envoyer dans cinq minutes dans la salle de téléconférence, et toi, Mouchoir, tu enregistres ce qu’il aura à dire et tu le transmets ici sur l’écran…

  La salle de téléconférence a été aménagée dans le petit bureau où quelques lignes « discrètes » étaient reliées à Agotchilho et à divers points chauds, voici deux ans. L’évolution de la situation a renvoyé ces lignes dans le bureau directorial d’Arthur et de Victor, lui-même transformé en salle de conférence permanente. Trois caméras et trois écrans permettent maintenant à six interlocuteurs, trois ici et trois ailleurs, de discuter ensemble depuis tous les points du monde qui se trouvent couverts par un satellite de communication (et, ajoute Jeanne lorsqu’elle doit utiliser le système, lorsqu’il y a du courant et que les lignes locales ne sont pas coupées par le neige) (ce à quoi Eusèbe rétorque qu’elle fait preuve de mauvais esprit et de nostalgie déplacée pour son standard à fiches) (ça se termine le plus souvent en bataille (simulée) (doucement quand même, on n’a plus vingt ans (parce qu’à vingt ans c’était « à quatre pattes d’ici je te la ferai voir ! »), et en rires).

  - Ah ! Monsieur Malfort ! Quel bonheur de vous voir après tous ces évènements… contrariants. Mon dieu, comme j’étais inquiet, si vous saviez…
- Que voulez-vous ?
- Vous avez de beaux écrans… Une belle installation…
- Je vous ai demandé ce que vous vouliez.
- Je voulais … Comment dire… Vous assurer de tout mon soutien, si, si… Je sais que cette période est difficile pour vous, la disparition d’Arthur, cette campagne menée contre vous… Mais je vous assure qu’aussi bien ici que dans mes fonctions de Conseiller, j’ai toujours pris votre défense et souligné votre rôle exemplaire, votre grande probité intellectuelle, votre talent pour créer l’évènement…
- Bref ?
- Je… je m’étonnais de ne vous avoir jamais vu au restaurant du Marengro et je me proposais de vous y inviter, pour un repas en famille, avec mon épouse et mes enfants… qui vous admirent tant… avec ma sœur Ordegale-Junie, de si bon conseil… et même son mari, ce pauvre Lebièvre…Une légende, je leur dis toujours : Monsieur Malfort est une légende…
- Attendez, attendez… Je crois me souvenir de vous avoir rencontré… N’était-ce pas hier ? Ou bien avant-hier ? C’était avant-hier, lors de la première perquisition du commissaire Ravot chez Lartigo, Monsieur de Sainte Fouillouse, et il me semble qu’alors j’incarnais une presse qui ne correspondait pas à l’idée que vous vous en faisiez, le Maire et vous. Vous désiriez tirer au clair cette « vindicte » qui frappait une entreprise exemplaire exposée, voyons si je me souviens…
- Oh, Monsieur Malfort, c’est un malentendu !!!
- … exposée à la collusion d’un groupe de presse et d’intérêt pour le moins louche… Je pense avoir conservé un souvenir très précis de votre indignation d’alors, tout comme je me souviens de ce manche à balai entre vos mains, dont vous frappiez ou tentiez de frapper ces malheureux policiers venus défendre nos locaux…
- C’est un malentendu, je le répète et croyez-le bien, dans les deux cas, j’étais venu en défenseur du droit, m’interposer entre des manifestants inconscients ou manipulés par je ne sais qui, et vous, pour défendre la liberté absolue qui doit être laissée à la presse, dont vous êtes l’honneur même (à propos, avez-vous reçu la Légion d’Honneur ? Je peux…) dont vous êtes l’Honneur même, Monsieur Malfort, je le jure sur la tête de mes gosses et sur celle de ma sainte femme de mère, et sur celle de mon épouse respectée, et pourtant elle n’est pas toujours très rigolote, hein, et aussi de ma sœur, Ordegale-Junie, de si bon conseil, et même de ce pauvre Lebièvre, tenez, mais je n’avais pour objectif que de m’interposer, et chez Lartigo, de m’informer sur ce qui se passait au sein de cette entreprise, si cruellement frappée en ce jour de deuil qui d’ailleurs nous frappe tous, Monsieur Malfort, et cette pauvre Madame de

la Vorme Séchée, la pauvre femme, si bonne, si fraîche… frappée, elle aussi, injustement, oh combien ! Si morte maintenant, mon dieu, quelle horreur, ce que c’est que de nous, alors, demain soir au Marengro ? J’ai prévenu le chef et fait frapper le champagne.
- Dehors !
- Mais Monsieur Malfort !
- Dehors !
- Vous êtes très occupé, je le comprends fort bien, mais soyez assuré de ma haute considération et de mes sentiments respectueux pour la presse, que dis-je,

la Presse, dont, comme le dirait ma sœur, Ordegale-Junie, de si bon conseil,

la Presse dont, donc, tel l’ongle sur le doigt, vous incarnez la part tout à la fois la plus dure et la plus incorruptible, Eliot Ness et Citizen Kane réunis en un seul homme, un seul Homme, que dis-je, la part la plus sensible, la plus juste, la plus émouvante, la plus délicate ; et l’on m’arracherait le cœur plutôt que de me faire dire le contraire…

  Une main plaquée sur le cœur, depuis le moment crucial de son évocation tragique, et l’autre levée vers le ciel, en pleine déclamation, les yeux remplis de larmes, bouleversé par sa péroraison, Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, au comble de l’émotion, s’octroie un silence dramatique, puis tend les deux mains vers Eusèbe muet qui recule d’un pas, stupéfait…

  - Vous serez toujours le bienvenu à la maison, soyons amis, oublions ces malentendus (il traîne sur le « u », flûtant du museau, les paupières mi-closes)…

Mais il va me rouler un patin, ma parole, se dit Eusèbe qui fronce le sourcil en continuant de reculer, et ouvre la porte derrière lui :
- Toto ? 

 
Toto, qui était resté dans le secteur, s’approche :
- Oui Patron ?
- Raccompagne Monsieur. 

  Lorsqu’Eusèbe rejoint le bureau directorial, il est salué par un vaste éclat de rire. Lui-même doit reprendre son souffle :
- Le guignol cherche à bouffer à tous les râteliers, et il doit commencer à voir que celui des saucisses est un peu faisandé… 

  Ravot cependant semble moins réjoui :
- Tout prudent et ficelle qu’il peut vouloir se montrer, il n’en a pas moins cogné du bâton sur des policiers en service, ce qui constitue un délit sérieux, et il le sait… Il y a là quelque chose qui m’échappe. On en revient toujours à cette idée : ils étaient en manque et ils ont agi poussés par le manque ! C’est ce que me disait « cette pauvre Madame de

la Vorme Séchée » avant de succomber.

  Téléphone.

Mouchoir décroche :
- On demande le commissaire, de la part de Martial…
- Oui, Martial ?
- Commissaire, Daniel Forpris n’est nulle part. J’ai fait lancer un avis de recherche. Sa voiture est garée à deux rues d’ici mais il n’est pas rentré à C’est tout naturel. Mieux, il y est remplacé depuis ce matin par un certain  Edgar Maupuis, qui était paraît-il son second depuis un mois, lorsqu’il a lui-même remplacé Arnaud Boufigue.
- Lance un mandat Interpol… Deux directeurs du même magasin en un mois, ça commence à faire beaucoup… Et vois si quelqu’un a remarqué quelque chose à l’endroit où la voiture…
- C’est fait, patron, enquête de voisinage : une mémé qui regardait par la fenêtre l’a vu se garer. Mais ce qui l’a surtout frappée, c’est la fille qui est sortie de l’arrière de la voiture, en petite tunique à jupette avec des espadrilles et un gros tube en bandoulière… Ils se sont précipités tous les deux, la fille et le conducteur, dans une camionnette garée tout près, et ils ont démarré tout de suite… La fille est montée à l’arrière…
- Sans doute pour se changer, observe Ravot…
- C’est ça qui l’a fait remarquer par la mémé : une tenue pour la plage ou le tennis, qu’elle a dit. Mais elle a pu décrire une fille blonde et jolie, bien foutue, grande, l’air sportif…
- Plan Epervier ! Une camionnette avec Forpris et une blonde. Préviens les gendarmes, tiens, appelle directement Buchmol, à Marinoval, de ma part, qu’il lance le bazar de son côté, procure-toi un portrait de Forpris et relève les empreintes de la fille dans la voiture, s’il y en a, parce qu’elle a tiré avec des gants. Au boulot, moi je suis occupé ici…
- Patron, intervient Lepif, j’ai une idée, pour la drogue…
- Oui ? Confisquer toutes celles qui sont en circulation chez les gusses qu’on a identifiés dans la manif, Varochaix et les autres, et demander à Amélie de rechercher s’il y a des différences avec ce qu’elle a déjà analysé. Ils les ont peut-être trafiquées différemment pour les rendre enragés !
- OK. Tu t’en occupes. 

  Rébéquée tapote l’épaule d’Hélène :
- Et si on retournait voir notre amie Birke ? (P2C3E12)
 

MADO RETROUVE LES TUEURS / P3C1E8

P3C1E8 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 8)

  N°153 / MADO RETROUVE LES TUEURS / P3C1E8

 
C’est l’histoire où Mado retrouve les tueurs de Jo et de Ted. 

 
Jeudi 9 juin
8 heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Ravot tourne en rond dans son bureau. On ne peut même pas dire qu’il est de mauvais poil, il est carrément porc-épic. Pélot n’a pas osé l’approcher et il reste enfermé dans le bureau des inspecteurs, Lepif s’est fait engueuler deux fois parce qu’il n’est parvenu à joindre ni Buchmol ni Amélie Fouad (et pourtant, il a essayé), et Martial n’est pas encore apparu…

 
Rien de neuf du côté des Malfort, sauf l’article qui relate, de manière très modérée d’ailleurs, la manifestation d’hier et sa conclusion tragique : « Le Commissaire Ravot enquête »…

 
Les accès routiers à Agotchilho sont bouclés par la gendarmerie, mais comme toutes les routes sont quadrillées par le plan Epervier, cela ne surprend personne, après tout, c’est une enclave extraterritoriale un peu sulfureuse…

 
Une impression d’attente lourde…

  A Bordeaux, les produits débarqués du Mélanippé, reparti la veille dans le courant de l’après-midi, ont été saisis « pour contrôle douanier », et dirigés vers le labo d’analyse. Dix palettes de gros bidons en plastique d’huile de sésame destinée à l’usine de saucisses Tapas’Embal’, celle-là même que dirigent Paul Dupont et Lemol, par ailleurs convoqués comme témoins dans le cadre du meurtre de Madame Edmonde de
la Vorme Séchée.

  Et Ravot tourne en rond parce que tout est en suspens et que rien ne se passe.

  C’est Mado qui « bouge » la première :
- Allo, Commissaire ?
- Oui, Mado ?
- Oh, là !! quelle rogne !!!
- Excusez-moi, c’est vrai que je suis assez furax ce matin : rien ne va, et je déteste ces attentes…
- J’ai une bonne nouvelle : vos tueurs déguisés…
- Oui !!! dites-moi !!!
 - Je les ai…
- Vous les « avez » ?
- Logés, capturés, emballés. « On » me les amène…
- Quoi ?
- « On » les a retrouvés facilement, dans une boîte un peu… spéciale… de Bordeaux, fin saouls et se ventant d’un méchoui… « On » les a un peu… chatouillés…
- Oh, Mado…
- Juste un peu, ils avaient l’air d’aimer l’électricité, non ? J’en sais quelque chose… Pas méchamment, bien sûr… Mais après tout, c’est un peu une spécialité de la boîte où ils se trouvaient, le sado-maso… Ils étaient venus pour le sado parce que ça fait moins mal. On leur a montré le maso, c’est vrai quoi… Faut tout essayer dans la vie, pas vrai commissaire ?
- Bref Mado, bref…
- Ben ils ont tout raconté sans faire d’histoires, comme une bonne blague… Je dois dire qu’ils sont assez gratinés, dans leur genre. Même les copines qui me les ramènent les ont trouvés aux petits pois. Mais comme je ne veux pas les voir dans mon établissement…
- Je reconnais bien là votre souci de respectabilité, Mado…
- … elles vont les ramener au Tapas’Embal’ de Saint Tignous où vous n’aurez plus qu’à les cueillir d’ici une heure. Ils se croient toujours « dans le jeu ». Ça leur fera une petite surprise en plus ! Les copines les lâcheront devant la porte. Ils ont changé de look : ce n’est plus « prohibition années trente » mais Drag Queens, blonde pour la première, et rose pour la deuxième… Bas résille et talons haut toutes les deux…
- ‘Tendez… Vous parlez de vos copines, ou…
- Non, vos tueurs… On les a laissés tels quels, bruts de déboîtage. Juste des menottes pour faire couleur locale et pas être emmerdés…
- Mado, vous m’impressionnez…
- C’est peu de choses, commissaire… Amenez-les-moi pour identification, mais lavez-les d’abord : je déteste les caricatures peinturlurées… Et mettez-moi les menottes de côté, que je les rende aux copines…

 
Et Mado raccroche sur le rire du commissaire, détendu, pour le coup…

  - Pélot !!!
- Co… commissaire ?
- Vous prenez quatre hommes et le fourgon : deux travelos vont venir faire du scandale à la porte du Tapas’Embal d’ici une heure. Il y a des chances pour qu’on leur refuse l’entrée. Vous les arrêtez et vous les ramenez ici ! Départ immédiat ! Rompez ! Ah, aussi, Lepif !
- Commissaire ?
- Trouvez-moi deux gabardines à

la Humphrey Bogart.
- Pardon ?
- Discutez pas scrogneugneu !!!

  Lepif a rarement entendu « scrogneugneu » dans la bouche du commissaire. 

  Aïe…

 

- Tout de suite, tout de suite… Et je rappelle Amélie !
- C’est ça. Et ne vous contentez pas de promesses…
- De promesses ?
- Oui, on sait ce que valent les promesses de la petite Amélie !!!
- … bien commissaire… (il fatigue, se dit Lepif).

  A Agotchilho, le tambour a résonné toute la nuit : Amaïa a « convoqué » Ôoumloc, mais seule, enfin, en petit comité. Les Goums sont restés à leurs occupations habituelles, et les Malfort n’ont pas été invités : « Je ne veux pas vous faire prendre de risques », leur a dit

la Mère. Elle n’est pas encore revenue au bureau N°1.

  Rébéquée a fait accoster le Mélanippé et elle est restée sur place. Le chargement va commencer.
Une surveillance discrète est exercée, mais à part le pilote, personne n’est monté à bord et personne n’est descendu. Les communications se sont faites par radio entre la capitainerie du port (en fait, Rébéquée), et la passerelle.

  - Commissaire Ravot ? Adjudant Buchmol…
- Ah !!! Buchmol ! Alors ?
- Alors, on a retrouvé la camionnette de Daniel Forpris. Tenez-vous bien… On l’a retrouvée à Saint Tignous même, derrière l’église.
- Mais alors…
- Alors, on est roulés, mon pauvre : ils l’ont utilisée comme vestiaire et puis ils sont partis dans un autre véhicule et comme la fille s’est changée entre temps, ils ont passé tous les barrages qu’ils ont rencontrés. Quelques faux papiers, éventuellement, une perruque élémentaire, et la messe est dite. On a retrouvé un petit 4×4 abandonné sur la plage de Biscarosse juste avant qu’il ne soit emporté par la marée montante. Ça a paru bizarre aux collègues. J’avais fait faire des relevés d’empreintes dans la voiture de Daniel Forpris. On les a retrouvées dans le fourgon. Et je les avais diffusées en urgence, priorité haute, à l’intention de toutes les brigades qui participaient au plan Epervier. Le collègue qui a trouvé le 4×4 a fait le rapprochement. Dans le mille ! Mais qu’est-ce qu’il faisait là ce tout-terrain ?
- … Le cargo…
- Le cargo ?
- Le… comment déjà ? J’ai une idée formidable, Buchmol… Si c’est ça, on les tient !!! Je vous expliquerai… Excusez-moi, ça urge…
 
Il raccroche, appelle Victor au journal ; Mouchoir lui passe de suite…

  - Victor ? Peux-tu me dire où est le cargo ? le… le Mélanippé, voilà, ça me revient…
- Il est au port, sous contrôle de Rébéquée…
- Personne n’est monté ni descendu ?
- Pas à ma connaissance, mais il faudrait appeler… Je peux m’informer…
- Oui… Et dis-lui de me rappeler au commissariat, tout de suite…
  Cinq minutes plus tard, Pourticol lui passe la ligne :
- Commissaire,
la Marée au Grand Port pour vous…
- Rébéquée ?
- Jules ? Le Mélanippé est amarré devant moi…
- Surtout, qu’il ne parte pas. Daniel Forpris et l’Amazone doivent être à bord. Je pense qu’ils ont été embarqués par un zodiac depuis la plage de Biscarosse, où on a retrouvé leurs empreintes dans un 4×4 abandonné…
- Oui, mais si on investit le cargo…
- Non, surtout pas, on attend… Quand doit-il repartir ?
- Demain ou après-demain…
- Tu peux le retenir un peu ?
- Je peux arranger ça, mais il faudra que je voie ce que fait Amaïa, les tambours ont battu toute la nuit…
- Le Crabe ? s’effare Ravot à mi-voix…
- Oui, mais elle n’a pas voulu de nous. Je ne sais pas ce qu’elle prépare… Elle avait l’air très fâchée d’être prise pour cible, elle et son peuple comme l’Amazone capturée l’a répété hier soir à Hélène. Ils auraient prévu un plan d’anéantissement des Goums en représailles de leur collaboration avec nous…
- Tiens-moi au courant, Mado pense avoir retrouvé les tueurs de Jo et de Ted, ça peut se précipiter…
- Je peux les retenir un jour de plus avec une panne de grue…

SAUCISSES INDUSTRIELLES / P3C1E15

P3C1E15 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 15)

N°160 / SAUCISSES INDUSTRIELLES / P3C1E15


 
C’est l’histoire où nous apprenons que les cadavres de l’autoroute sont bien ceux de Ted et de Jo. Amélie explique comment sont fabriquées les saucisses de

la Nouvelle Réna. Elle a découvert « l’améline ». Et l’Amour.

  Vendredi 10 juin
9 heures
Chez Mado

La clochette de la porte marque l’entrée de ceux qui étaient attendus avec tellement d’impatience :
- Ah, vous voilà !
- Pardon, commissaire, c’est de ma faute, s’excuse Amélie avec un sourire à faire fondre la banquise… J’ai été retenue sur la route. Lepif m’a appelée à 6 heures chez moi lorsqu’on lui a communiqué votre demande, et…
- Bon, ça va, ça va… Une demi-heure de retard… Et on est pressés. Il a eu raison de se faire excuser par vous, mais il aurait pu venir sans vous attendre…

 
Lepif garde le nez baissé dans son col, comme un gamin pris en faute, et le regard en-dessous qu’il lance à Amélie fait rire Mado :
- Voyez pas qu’il est amoureux, commissaire ?

  Lepif se redresse, l’air furieux, rouge comme un coq :
- Ah, toi ! Zézette !!!
- Mado, Lepif, Mado, le reprend Ravot qui du coup éclate de rire, et remercie-la, elle t’évite l’engueulade…
 
Amélie, surprise, a ouvert de grands yeux avant de rougir à son tour. Et une rouquine qui rougit, c’est l’incendie… Et puis elle est prise par la contagion du rire et elle demande à Lepif :
- Mais… ?

  Lepif a repiqué du nez dans son col et tortille un bouton de sa veste entre ses doigts…

 
Alors Amélie tend le cou et dépose un petit baiser sur sa joue…

  - Bon, c’est fini Marivaux ? On a du boulot !
- Pardon commissaire, je…
- Vous, Lepif, vous aurez tout le temps de vous expliquer plus tard…
- Et quand vous aurez trouvé le temps, j’offrirai le champagne ! enchaîne Mado qui apporte deux cafés de plus pour les nouveaux arrivés avant de se retirer discrètement derrière son comptoir.
 
- D’abord, faites-moi le point sur ce que vous avez de neuf, reprend Ravot qui a retrouvé tout son sérieux et feint d’ignorer les petits coups d’œil (totalement extra professionnels) qu’échangent ses collègues.
- J’ai obtenu les résultats de l’autopsie : il s’agit bien de Jo et de Ted. Formule dentaire, ADN, etc, tout concorde. Mais les corps étaient très abîmés, comme vous le pensez bien : il y avait 30 000 litres d’essence dans la citerne qui a brûlé… Heureusement que les gros extincteurs de la station-service ont pu sauver une partie des cabines des camions, sinon on n’aurait rien retrouvé d’eux.
- J’ai pu prélever des traces d’ADN dans la pulpe des dents qui n’ont pas éclaté dans l’incendie, précise Amélie (et du coup Ravot la regarde d’un œil moins romantique, même si Lepif réagit à cette déclaration comme à la voix des anges),  mais les viscères étaient carbonisés.
- Tous ? demande Lepif…
- Tous, répond Amélie, au bord de l’extase…

  Lepif soupire et précise, la voix défaillante :
- Panosier, le légiste, a quand même établi que le cœur de Ted avait été transpercé par une pointe, une sorte de pic à glace.
- Ils ont sans aucun doute été assassinés, susurre Amélie, qui le couve du regard ébloui de Bernadette devant la grotte.
- En plein cœur, bafouille-t-il…
- En plein cœur, souffle-t-elle avec la foi de l’aveu…
- C’est merveilleux, enchaîne-t-il en lui prenant la main.
- Oh, oui, approuve-t-elle en lui cédant avec l’abandon farouche d’une jeune vierge le soir de ses noces…

 
Paf !!! Ravot tape du poing sur la table.

  - Si on m’avait dit un jour que je serais emmerdé par les roucoulements des perdreaux sous mes ordres ! C’est fini, oui ? 

 
Les deux perdreaux visés atterrissent, s’ébrouent, l’air coupable, et se reprennent, confus et gênés, sous les rires (mal) contenus de Mado qui pouffe derrière son comptoir :
- Faut pas les engueuler, commissaire, c’est la surprise du coup de foudre…
- Bon, on reprend : donc, les deux corps ont été identifiés et le crime est établi. Quoi de neuf du côté des coupables ? 

  Lepif s’arrache douloureusement au vert et lumineux regard d’Amélie et redescend sur terre :
- Humevesne et Suceprout ? Ils sont très certainement coupables, mais ils ont un alibi pour mardi, jour de l’enlèvement de Jo et de Ted. Du matin jusqu’au soir, ils se trouvaient au Nègre Blanc, une « maison » accueillante de Bordeaux où ils dépensaient un gros gain ramassé aux courses la veille. Ils sont passés directement de l’hippodrome au bordel et n’en sont ressortis que le soir pour aller faire la java à l’extérieur. C’est au cours de cette java que les « amis » de Mado les ont repérés. A moins d’une connivence de tout le bordel… En principe, on devrait les relâcher…
- Pas question, je les enchriste pour scandale sur la voie publique… Avec la plainte des patronnes du Tapas’Embal’ et celle de Mado…
- Elles ont retiré leur plainte…
- Quoi ?
- Oui, elles sont repassées hier soir au commissariat en disant qu’elles avaient réfléchi, que ce n’était pas grave au point de faire des histoires…
- Je ne connais pas toute l’affaire, intervient Amélie Fouad, mais il me semble que cela sent la grosse arnaque, non ?
- C’est une grosse arnaque, intervient Mado à son tour, à la surprise du commissaire, qui décidément ne s’y retrouve plus, entre Lepif tourtereau et sa logeuse qui se mêle de l’enquête.  Bon, je vous aide, mais vous comprendrez que je ne porte pas plainte : ma « situation » est délicate (Ravot et Lepif approuvent de la tête sans qu’Amélie comprenne cette connivence)… Mais je connais le Nègre Blanc. C’est un clandé pratiquement officiel où viennent les grosses légumes, et spécialement ces Messieurs de la Ville. Intouchable. N’essayez pas, commissaire… Mais surtout, il appartient à l’Imporium. Comme le champ de courses…
- L’Imporium qui se trouve aussi financièrement lié au groupe Tapas’Embal, et soutient très indirectement Super Troc, c’est-à-dire C’est tout Naturel et la Nouvelle Réna… Leur représentant officiel, un certain Aloïs Guétotrou-Kifumsec se trouvait au Tapas’Embal’ le soir de l’inauguration et du meurtre de Luis… Dubrieux de la Brigade Financière de Paris,  m’a confirmé leurs liens, ajoute Lepif, tout fier d’apporter sa contribution et de montrer que fleurette du matin n’exclut pas l’enquêteur du terrain.
- L’Imporium, hein… On avait déjà connu ça à Paris, Lepif…
- Oui, on en parlait comme d’une sorte de Super-Mafia légendaire…
Mado ricane :
- Ils n’ont rien de légendaire, mais vous ne pourrez pas les coincer : ils sont trop discrets, trop riches, et trop malins…
- On se trouve devant le problème que Dubrieux caractérise toujours de la même manière : on devine, on suppose et même, on sait, mais on ne prouve rien, ajoute Lepif.
- En somme on n’est pas plus avancés, sauf, comme vous dites, à prouver, en l’occurrence que tout le Nègre Blanc ment, et que les gens de Tapas’Embal’, boutiques et usines, sont manipulés… Ce serait peut-être possible si je disposais de dix enquêteurs à Bordeaux, et de l’appui de la hiérarchie, râle Ravot…

  Atmosphère morose…

  - J’ai autre chose, ajoute Amélie. A propos des saucisses que vous m’avez fait analyser. 
 
Pause dramatique… Elle enchaîne :
- J’ai d’abord pu retrouver leur mode de fabrication en interrogeant les responsables de Bordeaux par téléphone. Ils se sont montrés très coopératifs, comme s’ils étaient fiers de leurs procédés. Il y a là des choses surprenantes. J’ai appelé les services vétérinaires, et pour eux, tout est légal, mais on n’est jamais allé aussi loin dans la technologie industrielle de la viande : ils mélangent des viandes surgelées et des viandes fraîches, du bœuf d’Argentine et du porc de batterie sur pied qu’ils prévoient d’élever à côté de l’usine de transformation, ou même du mouton, dans des proportions variables. Le tout est « désossé » mécaniquement d’une manière révolutionnaire. Bref. Je détaille tout cela dans le rapport…
J’ai également comparé les deux types de saucisses que vous m’avez fournies, d’une part celles qui sont réservées aux « initiés » de

la Nouvelle Réna, et d’autre part, celles qui sont vendues aux clients « ordinaires », mais qui ont aussi été fabriquées par l’usine de Saint Tignous, qui a servi de « pilote », et qui proviendront maintenant de Bordeaux.

D’une manière générale, les saucisses sont embossées dans des boyaux artificiels produits à partir d’un liquide qui coagule à la chaleur. On appelle cela du « boyau collagène », du nom de la matière employée, d’origine biologique, proche de la gélatine. Ce boyau est façonné au fur et à mesure de la fabrication et glisse sur le cône de remplissage de l’embosseuse (c’est la machine à remplir les boyaux). Je l’explique dans mon rapport.
Mais c’est là que cela devient intéressant : dans ce boyau, j’ai trouvé une molécule bizarre. Elle semble inoffensive, mais elle est vraiment bizarre. J’ai pu déterminer qu’elle provient du lubrifiant utilisé pour leur mise en œuvre : pour faciliter le glissement du boyau sur la machine, on doit graisser très légèrement le cône de remplissage. Ils emploient de l’huile de sésame. 
- C’est pour l’ouvrir plus facilement sans doute, intervient Lepif, sérieux comme un notaire perdu dans la fumée de son cigare…
- L’ouvrir ? s’enquiert Ravot qui ne voit pas bien quel rapport il peut y avoir entre un lubrifiant et une ouverture non définie…
- Ouvrir le boyau, précise Lepif…
- Je ne vois pas quel rapport il peut y avoir entre un lubrifiant et l’ouverture d’un boyau, reprend Ravot toujours perplexe…
- C’est le sésame du boyau, insiste Lepif…
- ??? interroge silencieusement Ravot qui avance le menton, la bouche entr’ouverte, tout en fronçant désespérément les sourcils…
- Le « Sésame ouvre-toi » du boyau collagène, précise Lepif patient, souriant, pédagogique…

  Ravot passe ses deux mains crispées sur son visage atterré, et regarde Mado avec l’œil effondré d’un cocker abandonné sur une aire d’autoroute :
- C’est l’amour qui fait ça ?

  Mado hoche la tête pour confirmer ses craintes, et se retient de rire pour éviter une explosion qu’elle sent latente. Mais elle ne peut s’empêcher d’ajouter que pour son compte, elle préfère la vaseline…

 
D’une main lasse, le commissaire fait signe à Amélie :
- Poursuivez, mon enfant poursuivez, soupire-t-il enfin avec accablement…

  Il y a un temps. 

 
Amélie, qui souriait au nez de l’ange qui passe, reprend :
- Je parlais de l’huile de sésame… J’ai remarqué autre chose : les saucisses réservées aux « initiés » présentent une toute petite particularité. Cette huile, dont on ne retrouve que des traces très faibles dans le produit fini, semble contenir elle-même des traces d’un alcaloïde que je n’ai pas encore réussi à identifier, ou plutôt, des « morceaux » chimiques, de molécules  potentiellement constitutives d’alcaloïde. Des traces dans les traces : on travaille sur des nanogrammes, des milliardièmes de gramme. J’ai appelé cette molécule de « l’améline » en attendant d’en trouver le vrai nom, s’il existe déjà dans la nomenclature.
- De l’ « améline », soupire Lepif…
- … (sourire) c’est doublement curieux, d’abord parce qu’il n’y a en général pas d’alcaloïdes naturels dans les plantes qui produisent de l’huile, et ensuite, parce qu’on n’en trouve que dans les saucisses pour « initiés », et pas dans les autres saucisses fabriquées par Tapas’Embal’ sous d’autres marques. C’est comme s’ils utilisaient une huile de lubrification différente selon les produits, ou plutôt, comme s’ils ajoutaient de l’améline uniquement dans les produits destinés aux « initiés ». S’il s’agit bien d’un élément ajouté et pas d’une impureté accidentelle. Il faudra vérifier sur plusieurs lots, mais je n’en ai pas encore eu le temps.
Je n’ai pas non plus interrogé les fabricants à ce sujet. Ils ont déclaré à Lepif qu’ils produisaient les deux types de saucisses sur la même chaîne, en changeant simplement la proportion des viandes. J’irai volontiers rendre une petite visite à leur usine pour voir de plus près ce système de lubrification… Ah, oui… Aussi : les saucisses servies aux excités qui ont mis le siège devant le journal contenaient deux fois plus d’améline que celles qui sont fournies habituellement aux mêmes « initiés », qui se contentent alors de manifester une sorte d’état de manque lorsqu’ils en sont privés…
- Et ce sont ces bidons de « lubrifiant » que le Mélanippé a déchargés à Bordeaux, ajoute Lepif.
- Ces bidons contiennent effectivement de l’huile de sésame, mais pas du tout d’améline, j’ai vérifié, conclut Amélie avec un soupir.

Ravot hoche la tête :
- Tout cela est très intéressant. Vous avez pu retracer l’origine des matières premières ? demande-t-il à Lepif…
- La viande vient par bateaux frigorifiques depuis l’Argentine, ou d’élevages de la région pour les porcs vivants, jusqu’à ce que la porcherie intégrée soit opérationnelle. Il faudra vérifier tout cela, en particulier la nature des aliments que les animaux consommeront, mais leur diversité semble exclure tout trafic de ce côté-là.
- Je suis certaine que l’améline provient du lubrifiant, insiste Amélie…
- L’huile de sésame du Mélanippé a été chargée à Dakhla et a été produite au Maroc, en Mauritanie, au Sénégal et au Burkina, reprend Lepif, la matière première du boyau vient de Hambourg en wagons-citernes, et reste stockée dans de cuves en inox sur le site de Bordeaux. Elle est complétée par la transformation sur place des morceaux d’os récupérés sur les carcasses utilisées pour fabriquer la chair à saucisse. Ils pensent parvenir à une autosuffisance complète lorsque la porcherie fonctionnera.
- Pas d’améline là-dedans, observe Ravot songeur… Vous êtes bien sûre de vous ?
- A 99% commissaire. Mais dès que je disposerai d’un peu de temps, je ferai effectuer des analyses de vérification par d’autres labos. Il reste des additifs divers, classiques pour ce genre de produits, comme l’amidon utilisé comme coagulant, ou des sucres, des épices, des antioxydants, des stabilisants, des arômes divers, mais ils proviennent de fournisseurs spécialisés et les services vétérinaires ont constaté l’intégrité et l’authenticité des emballages. Tout est correct de ce côté-là. Le foisonnement est obtenu par de l’azote…
- Le foisonnement ? demande Ravot…
- Oui, explique Amélie, le dernier hachage est effectué sous vide pour éliminer l’oxygène et améliorer le rendement du cutter, mais ensuite, pour augmenter le volume final et alléger la masse, on injecte du gaz pour faire mousser la purée de viande préparée avant la cuisson et l’embossage.  Et la cuisson s’effectue dans la ligne d’embossage elle-même par chauffage ohmique… Mais c’est plus détaillé dans mon rapport…
- Bon appétit, grince Ravot.
- Rien que de très ordinaire en charcuterie industrielle, commissaire… Mais nulle part je n’ai remarqué quoi que ce soit qui ressemble à de l’améline, ni de près ni de loin.
  - Il faudra étudier tout cela de plus près, conclut Ravot. Vous avez bien travaillé. Mais maintenant, vous allez venir avec moi, j’ai quelque chose à vous montrer…
- Mais commissaire, on n’a pas fini d’éclaircir… s’offusque Ravot.
- Mais commissaire, mes analyses de contrôle… s’inquiète Amélie.
- Vos analyses attendront. Et vous, Lepif, appelez Martial pour qu’il prenne le relais des enquêtes. Il faudra également qu’il retrouve les traces d’un certain Falcon 7X qui, d’après Pélot, aurait fait naufrage dans le Pacifique au large du Chili, mais dont je pense qu’il est passé par Biarritz la nuit dernière.
- Un Falcon 7X ?
- L’avion d’affaires qui a emmené Boufigue et ses amis il y a un mois, après qu’ils se soient amusés avec Luis. Vous y êtes ? C’est cet avion-là, ou son frère jumeau, qui aurait embarqué Arthur Malfort lorsqu’il a disparu…
- Mais, patron…
- Venez, on en reparlera en voiture : j’ai beaucoup de choses à vous apprendre et à vous montrer, moi aussi…
- A bientôt, sourit Mado au passage, n’oubliez pas le champagne…
 

LA FABRICATION DES SAUCISSES / P3C1E16

P3C1E16 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 16)

  N°161 / LA FABRICATION DES SAUCISSES / P3C1E16

 
C’est l’histoire où nous prenons connaissance du rapport d’expertise qu’Amélie a rédigé à propos de la fabrication des saucisses destinées à la Nouvelle Réna.
 

POLICE NATIONALE

  Rapport d’enquête initial
06 juin 20XX
Amélie Fouad, OP
Laboratoire d’expertise


 

Fabrication industrielle des saucisses dites « de pyxide »


  Le présent document a été établi d’après les déclarations de Messieurs Paul Dupond et René Lemol, responsables de l’unité de fabrication de Bordeaux des Ets Tapas’Embal’ (Production), auditionnés à Saint Tignous sur Nivette par l’OP Lepif, sur réquisition de Monsieur le Procureur de la République de Pau, en qualité de témoins dans l’affaire de l’assassinat de Madame Edmonde de

la Vorme Séchée.

  Ce document sera complété par une visite à caractère de perquisition qui devra être effectuée dès que possible sur les lieux.

  « Les témoins nous ont déclaré :

« L’usine de fabrication de saucisses dites « de pyxide » destinées à l’Association « la Nouvelle Réna » et à d’autres marchés est la plus moderne existant actuellement dans le monde. Son rendement n’a pas encore pu être évalué en fonctionnement.

  « Elle utilise en parallèle deux ressources d’approvisionnement : des carcasses de bovins surgelées en provenance d’Amérique du Sud (Argentine pour l’essentiel), et des porcs de batterie, issus d’un élevage industriel annexé à l’usine (en cours de développement : sont seuls construits les parcs de contention terminaux, utilisés pour un approvisionnement exogène).

  « La ligne de production est alimentée simultanément par les deux types de viandes, et c’est leur proportion qui détermine la qualité recherchée, selon les cahiers des charges établis en collaboration avec les clients, qui déterminent la qualité protéique souhaitée et le taux de matière grasse final.

« Elle fonctionne en continu selon un cycle qui peut durer plusieurs jours sans interruption. Tous les nettoyages se font par des procédures dites de NEP (Nettoyage En Place) qui peuvent être extrêmement rapides si aucune intervention de maintenance n’est nécessaire.
 
« Les carcasses surgelées sont prises dans les chambres froides par des portiques à pinces. Ces portiques sont convoyés jusqu’à une colonne de décongélation à micro-ondes dans lesquels ils montent deux par deux, en parallèle. Parvenues au sommet de la colonne de décongélation (hauteur 20 mètres), les carcasses sont redescendues dans le hachoir primaire où deux très fortes lames coaxiales et contrarotatives les débitent en morceaux, en « tranches » d’environ 5 centimètres d’épaisseur, qui vont tomber dans la vis sans fin d’un hachoir secondaire. Cette vis, tranchante, les pousse sur une lame de débitage qui va réduire les morceaux (os et viande) en dés d’environ deux centimètres.

« Le produit obtenu est ensuite poussé dans un tube de tri où les morceaux renferment plus de 50% d’os sont détectés (cellules de détection à résonance magnétique nucléaire) et « aiguillés » vers un troisième hachoir qui réduit les morceaux de moitié avant un nouveau tri. Ce système automatique réduit de 50% la perte de carcasse, et supprime un poste de travail onéreux et dangereux : le désossage.

  « Les porcs vivants sont introduits dans une chaîne d’abattage parallèle. Ils y sont pris en charge par un premier convoyeur en caillebotis. Ils sont d’abord placés en état de catatonie totale par une injection spécifique (tous les produits utilisés sont détruits lors de la cuisson et ne laissent aucune trace ni résidu : ce sont des auxiliaires technologiques). Ils sont alors soulevés par les pattes avant au moyen de pinces similaires à celles de saisie des carcasses bovines, et un tube de gavage leur est placé dans la gorge. Le convoyeur les entraîne petit à petit vers une première opération qui va prendre entre une et deux heures selon la demande de la production. Ils reçoivent par la sonde de gavage une quantité d’eau importante, chargée de différentes substances qui, à très petites doses se montreront successivement capables, d’abord, d’interrompre leurs sécrétions internes, surtout digestives, puis de les purger drastiquement de tout contenu, y compris biliaire, sous abondant rinçage aqueux. Le lisier obtenu est recueilli dans un fermenteur, où il rejoint celui de l’élevage et se trouve transformé en énergie. Les résidus de fermentation sont séchés dans des tours d’atomisation et vendus comme engrais. Rien n’est perdu.

 
« Une fois « nettoyés » intérieurement, les porcs n’ont plus besoin d’être éviscérés, leurs tripes se révélant (contrôle en a été fait maintes fois sur la ligne pilote de Saint Tignous) de qualité charcutière. Ils sont alors sacrifiés par électrocution, puis lavés à l’eau bouillante sodée, brossés, et donc intégralement épilés.

« Ils rejoignent alors une chaîne de débitage similaire à celle des carcasses surgelées et se retrouvent, après élimination des parties osseuses les plus importantes, dans une trémie de dosage.

« Les parties osseuses ainsi éliminées sont traitées à part et, après dissolution acide neutralisée, transformées en collagène qui sera utilisé pour la fabrication des boyaux.

« Il semble que l’on trie également les matières grasses, qui sont même extraites de la moelle des os, et qu’elles soient dérivées vers un autre circuit de traitement qui n’a pas été clairement défini. Cela expliquerait la faible teneur finale en matières grasses de ces saucisses.  

  « Les viandes, après mélange et malaxage sont réduites en purée fine dans un très gros cutter (sous vide pour éviter l’oxydation et le moussage). Le cutter est rempli et vidé en continu via des vis d’Archimède spéciales qui assurent l’étanchéité du système. La finesse obtenue est suffisante pour rendre totalement imperceptibles les résidus d’os minimes qui pourraient subsister, et qui seront par ailleurs éliminés par une grille de sortie raclée au travers de laquelle la chair se trouve extraite en continu, comme il a été dit.

« C’est également dans le cutter que sont ajoutés les additifs utiles, épices, arômes, agents de texture, colorants et conservateurs divers, tous autorisés comme il se doit, et qui varient selon les fabrications.

« En sortie de cutter est injectée une proportion très définie d’azote, qui, par foisonnement, donnera une consistance plus mousseuse à la chair et en améliorera la perception en bouche.
 
« Puis, le boudin formé passera dans un tube de téflon où il sera cuit par chauffage ohmique, c’est-à-dire qu’il sera traversé par un courant électrique qui dégagera en son sein une chaleur précisément dosée pour en obtenir la cuisson en continu.

« Il aboutira alors aux cônes d’embossage, disposés en parallèle, sur lesquels se forme le boyau d’enrobage, par cuisson du liquide collagène qui entoure les cônes d’extrusion et les manchonne.

« Les saucisses enrobées sont moulées dans des formes disposées en creux sur des roues doubles en téflon, qui en déterminent la longueur, et elles tombent dans les boîtes d’emballage, refermées et suremballées automatiquement.

  « Voilà comment, d’une carcasse de vache mêlée à un porc entier, on obtient des saucisses.
 
Consultés, les contrôles vétérinaires et services de répression des fraudes n’ont rien relevé d’incohérent ou d’irrégulier dans ces procédures. Les installations ont reçu un numéro d’agrément sanitaire européen.

  Les dépositions spécifiques à partir desquelles ce rapport de synthèse a été rédigé ont été relues aux témoins qui les ont confirmées et qui les ont signées.

 
Pour mémoire avant perquisition.

  Amélie Fouad
 

L’AGRESSION FAITE À MADO / P3C1E25

P3C1E25 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 25)

  N°170 / L’AGRESSION FAITE À MADO / P3C1E25

 
C’est l’histoire où, de retour chez Mado où il tient ses quartiers, le commissaire Ravot assiste à l’agression dont elle fait l’objet de la part de Humevesne et de Suceprout qui tombent sur un os. Où l’on évoque la « méthode Ravot ».

  Vendredi 10 juin
Le soir
Saint Tignous sur Nivette

 
Amaïa leur a dit d’attendre demain pour poser des questions et tenter de comprendre. 

  Ils sont donc repartis, accompagnés par Victor jusqu’au journal. 

 
Et puis ils ont longuement parlé, à trois, tenté de se faire une idée cohérente de ce qu’ils ont vu.

  Lepif et Amélie essaient vainement de hiérarchiser ce qu’ils ont vu de plus invraisemblable. Amélie a « du travail pour au moins un an », avec les prélèvements qu’elle s’est empressée de mettre au frais dans le frigo du commissariat. Ce mucus, en particulier, l’intrigue : si elle a bien compris, il aurait servi de réserve d’oxygène à Arthur pendant près d’une heure d’immersion, selon les dires du commissaire.
 
Et puis ils sont arrivés au commissariat, et là, Ravot a découvert qu’il devait répondre à quelques interpellations de sa hiérarchie, qui lui reproche son zèle excessif à persécuter des notables du lieu, « zèle qui semble s’être terminé par la mort de l’honorable directrice d’une usine de la région »… 

  Les cons, s’est-il contenté de grommeler en expédiant une copie de la mise en demeure, par fax, au Procureur.

 
- Les enfants, je crois que ce soir il serait profitable à tout le monde de faire relâche, finit-il par dire à Lepif et à Amélie. Vous avez besoin que l’on vous fiche la paix pour quelques heures. Et moi aussi, je l’avoue. Tout ça, c’est beaucoup. Martial va prendre la permanence. Je rentre chez moi, vous savez où me trouver. Sauf urgence, on se rejoint ici demain matin à huit heures. Et à neuf heures, nous redescendrons faire le point avec les Malfort, si Arthur a récupéré un peu…

   Et à peine rentré :
- Ah, Mado, vous n’imaginez pas ce qui peut se passer sous les évidences… Donnez-moi un chocolat chaud, j’ai froid…

 
Il n’y a personne à cette heure-ci et la fatigue ouvre la voie aux confidences. Mado vient s’asseoir à la table de Ravot et dépose deux tasses fumantes, une pour lui, une pour elle…

  - Mais, commissaire, j’ai moi aussi quelques idées souterraines…
- C’est vrai, sourit Ravot. Madelin Picaillon, docteur en droit et avocat stagiaire, Zézette pour les intimes du Bois… Mado depuis son arrivée à Saint Tignous sur Nivette, retour du Brésil où elle est devenue Madame Madeleine Picaillon. Mais dites-moi, sans vouloir être indiscret, qu’est-ce qui vous a fait atterrir ici ?
- Je vois que vous êtes encore mieux informé que je ne le pensais, commissaire, je pourrais dire que j’y suis venue parce que vous y étiez et que je connaissais votre… largeur d’esprit, mais non, j’ignorais, et vous aussi, que vous seriez nommé ici il y a cinq ans lorsque je me suis installée…

 
La porte s’ouvre à la volée. Mado se lève, se retourne et se retrouve face au taser que Humevesne lui brandit sous le nez. Suceprout suit, en retrait, un méchant vilain colt pointé droit sur Ravot :
- Bouge pas, fais pas le con ou j’te fume, connard…
  Ravot dans la pénombre se dit qu’avec de la chance ces idiots ne l’ont pas reconnu. Ils portent de beaux costumes tout neufs, mais comment sont-ils dehors ? Il les avait laissés en garde-à-vue au commissariat ce matin… Alibi…Mais il n’a pas dit de les relâcher… Si c’est encore un coup de Pélot, ça va fumer…
 

En attendant, il se tasse dans son coin…

  - Alors ma grosse, la Zézette à son papa Lepif a mouchardé les potes ? J’aimerais bien te les couper…
- Mais c’est déjà fait, enchaîne Mado qui n’a pas l’air aussi inquiète qu’elle le devrait…
 - Tu sais que t’es vraiment une marrante toi, la bite de Lepif au cirage. On en a parlé dans le temps, c’était la légende chez les Hommes. J’imaginais pas que c’était vrai, continue Humevesne en grinçant presque des dents. En attendant, j’ai bien envie de te peler les nichons. Un p’tit coup de ça (il agite son taser sous le nez de Mado) et on sera peinards pour finir tes opérations, non ? Qu’est-ce que t’en penses, morue ?
- Et Monsieur qui se planque là au fond nous refilera son larfeuille à dollars et même le code de sa carte de crédit si on lui demande gentiment, poursuit Suceprout en redressant le museau noir de son pistolet…
- T’as fermé la boutique ? demande Humevesne par-dessus son épaule…
- Natürlich, comme on dit à Pékin… Alors, ton portefeuille, bourgeois…

  Ravot se réjouit, pour une fois, de s’être encombré de son arme de service. En fait, comme il déteste ce poids mort, il se contente, d’un petit pistolet, léger et très plat, pas très puissant, mais qui peut faire très mal dans une bagarre de rue quand il est bien manié.

  Il bredouille des mots sur un ton de fausset, et sort son portefeuille dans lequel, en fouillant dans sa poche, il a glissé son arme. L’autre lui tend la main, et le coup de feu claque. Suceprout surpris par une balle dans l’épaule, sent retomber son bras, inerte. Ravot, sans hésiter, tire sur l’autre rufian qu’il atteint au poignet au moment où lui-même le braquait avec son taser. Humevesne, sous la douleur et l’impact de la balle, lâche son arme, maintenue par le pontet, pivote autour de son index, et la décharge part en l’atteignant au pied. Humevesne se tétanise et tombe d’une masse.

 
- Bande de cons, conclut Ravot, tandis que Mado achève de désarmer Suceprout et va rouvrir sa porte.
- Va appeler Martial qu’il enchriste ces deux balaises… Au fait, connard, c’est Pélot qui vous a relâchés ?
- Vous… Oh merde, on est maudits ! C’est pas humain un tel manque de bol…
- Ce coup-ci vous êtes bons. Tentative de meurtre avec sévices et actes de barbarie, et menace de mort sur un officier de police dans l’exercice de ses fonctions… A moins…
- A moins ?
- Va te faire soigner, on verra ça demain… Ce soir, j’en ai ma claque.
  Le pimpon de la sirène…