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RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

MADO RETROUVE LES TUEURS / P3C1E8

P3C1E8 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 8)

  N°153 / MADO RETROUVE LES TUEURS / P3C1E8

 
C’est l’histoire où Mado retrouve les tueurs de Jo et de Ted. 

 
Jeudi 9 juin
8 heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Ravot tourne en rond dans son bureau. On ne peut même pas dire qu’il est de mauvais poil, il est carrément porc-épic. Pélot n’a pas osé l’approcher et il reste enfermé dans le bureau des inspecteurs, Lepif s’est fait engueuler deux fois parce qu’il n’est parvenu à joindre ni Buchmol ni Amélie Fouad (et pourtant, il a essayé), et Martial n’est pas encore apparu…

 
Rien de neuf du côté des Malfort, sauf l’article qui relate, de manière très modérée d’ailleurs, la manifestation d’hier et sa conclusion tragique : « Le Commissaire Ravot enquête »…

 
Les accès routiers à Agotchilho sont bouclés par la gendarmerie, mais comme toutes les routes sont quadrillées par le plan Epervier, cela ne surprend personne, après tout, c’est une enclave extraterritoriale un peu sulfureuse…

 
Une impression d’attente lourde…

  A Bordeaux, les produits débarqués du Mélanippé, reparti la veille dans le courant de l’après-midi, ont été saisis « pour contrôle douanier », et dirigés vers le labo d’analyse. Dix palettes de gros bidons en plastique d’huile de sésame destinée à l’usine de saucisses Tapas’Embal’, celle-là même que dirigent Paul Dupont et Lemol, par ailleurs convoqués comme témoins dans le cadre du meurtre de Madame Edmonde de
la Vorme Séchée.

  Et Ravot tourne en rond parce que tout est en suspens et que rien ne se passe.

  C’est Mado qui « bouge » la première :
- Allo, Commissaire ?
- Oui, Mado ?
- Oh, là !! quelle rogne !!!
- Excusez-moi, c’est vrai que je suis assez furax ce matin : rien ne va, et je déteste ces attentes…
- J’ai une bonne nouvelle : vos tueurs déguisés…
- Oui !!! dites-moi !!!
 - Je les ai…
- Vous les « avez » ?
- Logés, capturés, emballés. « On » me les amène…
- Quoi ?
- « On » les a retrouvés facilement, dans une boîte un peu… spéciale… de Bordeaux, fin saouls et se ventant d’un méchoui… « On » les a un peu… chatouillés…
- Oh, Mado…
- Juste un peu, ils avaient l’air d’aimer l’électricité, non ? J’en sais quelque chose… Pas méchamment, bien sûr… Mais après tout, c’est un peu une spécialité de la boîte où ils se trouvaient, le sado-maso… Ils étaient venus pour le sado parce que ça fait moins mal. On leur a montré le maso, c’est vrai quoi… Faut tout essayer dans la vie, pas vrai commissaire ?
- Bref Mado, bref…
- Ben ils ont tout raconté sans faire d’histoires, comme une bonne blague… Je dois dire qu’ils sont assez gratinés, dans leur genre. Même les copines qui me les ramènent les ont trouvés aux petits pois. Mais comme je ne veux pas les voir dans mon établissement…
- Je reconnais bien là votre souci de respectabilité, Mado…
- … elles vont les ramener au Tapas’Embal’ de Saint Tignous où vous n’aurez plus qu’à les cueillir d’ici une heure. Ils se croient toujours « dans le jeu ». Ça leur fera une petite surprise en plus ! Les copines les lâcheront devant la porte. Ils ont changé de look : ce n’est plus « prohibition années trente » mais Drag Queens, blonde pour la première, et rose pour la deuxième… Bas résille et talons haut toutes les deux…
- ‘Tendez… Vous parlez de vos copines, ou…
- Non, vos tueurs… On les a laissés tels quels, bruts de déboîtage. Juste des menottes pour faire couleur locale et pas être emmerdés…
- Mado, vous m’impressionnez…
- C’est peu de choses, commissaire… Amenez-les-moi pour identification, mais lavez-les d’abord : je déteste les caricatures peinturlurées… Et mettez-moi les menottes de côté, que je les rende aux copines…

 
Et Mado raccroche sur le rire du commissaire, détendu, pour le coup…

  - Pélot !!!
- Co… commissaire ?
- Vous prenez quatre hommes et le fourgon : deux travelos vont venir faire du scandale à la porte du Tapas’Embal d’ici une heure. Il y a des chances pour qu’on leur refuse l’entrée. Vous les arrêtez et vous les ramenez ici ! Départ immédiat ! Rompez ! Ah, aussi, Lepif !
- Commissaire ?
- Trouvez-moi deux gabardines à

la Humphrey Bogart.
- Pardon ?
- Discutez pas scrogneugneu !!!

  Lepif a rarement entendu « scrogneugneu » dans la bouche du commissaire. 

  Aïe…

 

- Tout de suite, tout de suite… Et je rappelle Amélie !
- C’est ça. Et ne vous contentez pas de promesses…
- De promesses ?
- Oui, on sait ce que valent les promesses de la petite Amélie !!!
- … bien commissaire… (il fatigue, se dit Lepif).

  A Agotchilho, le tambour a résonné toute la nuit : Amaïa a « convoqué » Ôoumloc, mais seule, enfin, en petit comité. Les Goums sont restés à leurs occupations habituelles, et les Malfort n’ont pas été invités : « Je ne veux pas vous faire prendre de risques », leur a dit

la Mère. Elle n’est pas encore revenue au bureau N°1.

  Rébéquée a fait accoster le Mélanippé et elle est restée sur place. Le chargement va commencer.
Une surveillance discrète est exercée, mais à part le pilote, personne n’est monté à bord et personne n’est descendu. Les communications se sont faites par radio entre la capitainerie du port (en fait, Rébéquée), et la passerelle.

  - Commissaire Ravot ? Adjudant Buchmol…
- Ah !!! Buchmol ! Alors ?
- Alors, on a retrouvé la camionnette de Daniel Forpris. Tenez-vous bien… On l’a retrouvée à Saint Tignous même, derrière l’église.
- Mais alors…
- Alors, on est roulés, mon pauvre : ils l’ont utilisée comme vestiaire et puis ils sont partis dans un autre véhicule et comme la fille s’est changée entre temps, ils ont passé tous les barrages qu’ils ont rencontrés. Quelques faux papiers, éventuellement, une perruque élémentaire, et la messe est dite. On a retrouvé un petit 4×4 abandonné sur la plage de Biscarosse juste avant qu’il ne soit emporté par la marée montante. Ça a paru bizarre aux collègues. J’avais fait faire des relevés d’empreintes dans la voiture de Daniel Forpris. On les a retrouvées dans le fourgon. Et je les avais diffusées en urgence, priorité haute, à l’intention de toutes les brigades qui participaient au plan Epervier. Le collègue qui a trouvé le 4×4 a fait le rapprochement. Dans le mille ! Mais qu’est-ce qu’il faisait là ce tout-terrain ?
- … Le cargo…
- Le cargo ?
- Le… comment déjà ? J’ai une idée formidable, Buchmol… Si c’est ça, on les tient !!! Je vous expliquerai… Excusez-moi, ça urge…
 
Il raccroche, appelle Victor au journal ; Mouchoir lui passe de suite…

  - Victor ? Peux-tu me dire où est le cargo ? le… le Mélanippé, voilà, ça me revient…
- Il est au port, sous contrôle de Rébéquée…
- Personne n’est monté ni descendu ?
- Pas à ma connaissance, mais il faudrait appeler… Je peux m’informer…
- Oui… Et dis-lui de me rappeler au commissariat, tout de suite…
  Cinq minutes plus tard, Pourticol lui passe la ligne :
- Commissaire,
la Marée au Grand Port pour vous…
- Rébéquée ?
- Jules ? Le Mélanippé est amarré devant moi…
- Surtout, qu’il ne parte pas. Daniel Forpris et l’Amazone doivent être à bord. Je pense qu’ils ont été embarqués par un zodiac depuis la plage de Biscarosse, où on a retrouvé leurs empreintes dans un 4×4 abandonné…
- Oui, mais si on investit le cargo…
- Non, surtout pas, on attend… Quand doit-il repartir ?
- Demain ou après-demain…
- Tu peux le retenir un peu ?
- Je peux arranger ça, mais il faudra que je voie ce que fait Amaïa, les tambours ont battu toute la nuit…
- Le Crabe ? s’effare Ravot à mi-voix…
- Oui, mais elle n’a pas voulu de nous. Je ne sais pas ce qu’elle prépare… Elle avait l’air très fâchée d’être prise pour cible, elle et son peuple comme l’Amazone capturée l’a répété hier soir à Hélène. Ils auraient prévu un plan d’anéantissement des Goums en représailles de leur collaboration avec nous…
- Tiens-moi au courant, Mado pense avoir retrouvé les tueurs de Jo et de Ted, ça peut se précipiter…
- Je peux les retenir un jour de plus avec une panne de grue…

LA MORT DU MAIRE / P3C1E21

P3C1E21 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 21)

  N°166 / LA MORT DE FÉLICIEN BELCOUCOU / P3C1E21

 
C’est l’histoire où le Conseiller tue le Maire au cours d’une cérémonie torride de la Nouvelle Réna. On propose une Épitaphe.

  Vendredi 10 juin
17 heures
C’est tout naturel

  Ils n’étaient que trois ce soir-là dans le narthex, et tous les trois Initiés. Varochaix était de la fête. Entre notables, sinon entre amis. 

 
On leur a offert le cocktail de bienvenue (réservé aux Initiés !), délicieuse boisson légèrement alcoolisée, mais pas plus que ça, juste de quoi leur permettre de s’habiller sans gène dans le narthex des hommes (il y a un narthex des femmes, c’est une innovation qui a été rendue nécessaire par le développement du nombre des adhérents), et d’enfiler leur tunique blanche à lyre noire.

  Première règle : on ne porte que la tunique pour entrer dans la Grande Salle du Putier. Exclusivement. C’est d’ailleurs bien pratique. 

  Et lorsque tous les vêtements sont enfermés dans leurs casiers étanches, commence la Fumigation purificatoire, qui vous envoie au Ciel. 

  C’est à ce moment là qu’on signe la feuille de présence du Protocole des Sages du Fion, avec de l’encre sympathique, faite (on leur a expliqué) avec de l’Esprit de Sel Attique. Ça ne laisse pas de traces et les blagues sous lesquelles on vous demande de signer sont toujours du meilleur goût. C’est réservé aux Initiés, comme les blagues des émissions politiques à la télé.
 
Après seulement, s’ouvrent en grand les portes de la Grande Salle du Putier, et on entre :

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,   

  Et les filles, qui sont entrées de leur côté, répondent : 

 
C’est-tout na-tu-rel…

  Le tout sous la direction bienveillante du Maître de Cérémonie (à la Lyre rouge), qui, lui, n’a pas du tout l’air vague et ravi des Initiés.

  Logiquement, tout cela dure un petit moment et se termine par des exercices au sol où se mêlent les unes et les autres, à leur satisfaction mutuelle. 

  Tout au moins dans ce groupe des notables, les autres se contentant de Baisers de Paix plus ou moins appuyés selon la tronche des partenaires, et uniquement après le rituel d’exécration du Grand Putois !
 

Mais les Initiés notables bénéficient du privilège de disposer (sans jamais se demander pourquoi ni comment, puisqu’ils s’empressent d’oublier les détails) de partenaires aussi agréables que compétentes périodiquement renouvelées, avec lesquelles ils conversent rarement plus de cinq minutes au cours de la collation de saucisses qui précède le retour au vestiaire. 

  D’ailleurs, hein, elles ont joué leur rôle, non ?

 
Alors, pourquoi cette grande blonde ((magnifique ! se dit le maire), (somptueuse ! se dit Hilarion-Jovial), (canon ! se dit Varochaix)) se dresse-t-elle devant le Putier, juste au moment où les tuniques de ces messieurs se mettent à prendre des airs de tente de bédouin ? 

  Et pourquoi lève-t-elle ainsi les bras, alors que cesse la musique ?

  - Ce soir, amis fidèles, amis consacrés et bénis des Élus, Initiés au Grand Œuvre qui se poursuit ici, Notre Amie Merry, envoyée de l’Élue, nous a rejoints pour enrichir notre Rite de sa Science Sacrée. Révélation majeure, qui fera de vous tous de Profonds Initiés du Second Grade, et à la Lyre Rouge…

  Ayant dit, il se retire dans l’ombre.

  Merry lève les bras (tiens, elle porte une lyre rouge, remarque Hilarion-Jovial) sa tunique remonte sur ses cuisses dorées par la lumière et ses cheveux coulent, or brun épais, dans son dos, dénoués. Puis, elle baisse les bras, détache sa ceinture argentée et la tunique glisse, lente, de ses épaules, jusqu’à la découvrir, nue, superbe, souriante et les yeux éclatants d’un regard dévorant qu’elle promène un temps bref sur ses trois vis-à-vis.
 
En retrait derrière elle, ses compagnes sont nues, ayant elles aussi laissé glisser leur voile, mais la splendeur de Merry les éclipse entièrement.

  La musique a repris, gracile, acide, agaçante ritournelle tissée d’ornements excessifs, de trilles dans l’aigre, guitares et violons, avec des grinceries… Une bouffée légère de fumée aussi douce que celle du narthex se glisse au ras du sol moelleux, remonte presque aux genoux et reste là, comme un nuage épais et lourd qui couvre une vallée un matin de septembre…

 
S’y détache la voix de la fille qui danse, lente, lascive, agaçante, elle aussi, le geste provocant, offerte et refusée, distante et puis livrée, garce et puis fiancée, qui danse et  puis qui chante, susurre, fluette, dure, chaude, balancée dans le nuage qui court au ras du sol et que ses mains recueillent, comme des paquets de mousse dont elle se caresse, les yeux clos et la langue pointée, avec des bruits de gorge, des roulements de hanches, des tremblements des seins qu’elle presse au passage :

  On nourrira le Ventre à partir des deux Voies 
Celle des Vaches froides, montera vers le ciel et puis redescendra pour bientôt disparaître,
Celle des Inférieurs viendra de l’horizon et bientôt sera seule…
 

Le chant s’est précisé et la fille s’approche maintenant de Varochaix, en transes, qui doit cambrer les reins pour supporter sa queue sur le point d’éclater sous sa panse. Et Merry le caresse, de loin, sans le toucher, lui frotte le visage, de loin, sans le toucher, avec ces gros paquets cotonneux qu’elle prend au nuage, lui dénoue la ceinture, fait glisser sa tunique…

  Les carcasses gelées, vidées de leurs viscères, monteront vers le ciel, sous son ample Putier, et s’y réchaufferont, pénétrées par les ondes qui mollissent les chairs pétrifiées par le gel 
Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs 
Elles seront réduites en dés d’os et de chair
Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau
Le reste sera pulpe, bouillie rouge et très froide

 
C’est la Voie d’aujourd’hui.

 
La voix s’est faite rauque lorsqu’elle se tourne vers Hilarion-Jovial, délaissant Varochaix qu’elle laisse aussi dur et dressé qu’obélisque en Egypte :

  
 Les âmes inférieures, alors, seront bien nettoyées, lavées par le dehors et purgées du dedans de toutes leurs souillures et de toute amertume. Le temps d’une journée, comme sacs qu’on retourne, sans angoisse ni peur
Puis elles dormiront
Une vapeur très chaude arrachera leur poil, source d’impureté, Grand Putois Putassier, Purulent, Pellagreux
Et tomberont alors sous les lames rapides qui éclatent les os et qui tranchent les chairs
Elles seront réduites en dés d’os et de chair
Un regard sans paupières rejettera les os, les plus gros, les plus durs qui seront digérés dans un ventre d’acide et transformés en peau
Le reste sera pulpe, bouillie rouge encore chaude

 
C’est la Voie de demain.


Hilarion-Jovial, tout nu, bandé comme un ressort, tire une langue baveuse et esquisse le geste de la saisir aux hanches… Elle est déjà partie, s’est tournée vers le maire :

  Le boyau dans lequel ont fusionné leurs os sera leur Peau Sacrée
Et c’est là le Mystère
Il est oint du dedans d’Huile Sainte et Secrète
Elles s’y mouleront avant d’être rangées dans

la Sainte Pyxide, survie de l’Initié, qui connaîtra alors le Bonheur de l’Élu…

  La musique est si forte, rythmée de halètements sourds, que les dernières paroles en sont indiscernables, et le maire empoigne Merry lorsqu’elle se colle à lui, la bouscule, la renverse, disparaît avec elle dans le nuage bas qui recouvre le sol, tandis que se rapprochent les deux autres témoins, frustrés, tremblants des mains, et hochant de la queue comme bergeronnettes affairées sur un tapis de mouches, et que sortent les deux autres filles. 

  Un vent léger dégage les traces opaques du nuage, découvrant le corps renversé de Merry, écartelée, couverte par le maire qui besogne ardemment avec des soupirs rauques, et dont le cul, aux poils noirs et touffus, tressaute vivement au rythme de ses coups.

 
Edgar Maupuis recule alors, comme effrayé, prenant Hilarion-Jovial à témoin :
- Le Grand Putois !!! C’est le Grand Putois Putassier !!!
  Le Conseiller en matière d’économie électorale, pris d’une rage sauvage se saisit en aveugle de la batte de base-ball que lui tend Edgar Maupuis, la lève en écumant et fauche d’un seul coup avec un cri furieux la nuque redressée du maire, au bord de l’explosion. C’est son crâne qui explose, projetant devant lui un mélange confus d’os, de cervelle et de sang.
Et l’édile s’effondre, foudroyé sur le coup.
 

Ainsi mourut
Félicien Belcoucou,
  qui fut Maire
et sombra corps et reins dans

la Merry vorace.

  R.I.P.

  Passant, aies pour lui un regard attendri :
il ne fut que désir d’être un homme établi.

 
Lui qui naquit tout nu,
de sa mère engendré par un coup de passage,
eut soin de sa grandeur plutôt que d’être sage
mais sut être cocu sans en faire un fromage.

 
Il  mourut, nu encore,
au bord de l’épectase,
en ayant tout raté de ce dernier exploit.

 

Et son âme ambiguë a glissé aux Enfers, dans ce cercle curieux où s’entassent pêle-mêle les plus vaillants champions de la pensée bifide, les jésuites en civil, blancs hier, noirs demain, commerciaux avisés, politiques habiles, philosophes versatiles. Et des diables sceptiques leur brûlent le pied droit, et glacent leur pied gauche, générant de la sorte un fort couple électrique qui les secoue de spasmes que l’on prend pour des rires. Et dans la nuit du Styx, leur nez rouge clignote, appel de leur détresse, phare désespéré…
 
Amen.

(Epitaphe improbable pour un élu défunt)


 

C’EST GRAVE / P3C1E36

P3C1E36 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 36)

N°181 / C’EST GRAVE / P3C1E36

C’est l’histoire où chacun prend conscience de la gravité de la situation et où Amélie s’étonne des rapports entre drogue et soupe.

Tijules compare les nichons des dames.

Lundi 13 juin

12 heures 30

Bureau N°1

- C’est grave, dit Arthur.

- C’est grave, dit Eusèbe.

- C’est grave, dit Béa.

- C’est grave, dit Ravot.

- C’est grave, dit Jeanne.


- Excusez-moi un instant, dit Rébéquée en se rendant à la voisine salle de bren parce qu’elle a envie de faire pipi.

On l’attend.

- C’est grave, dit Rébéquée, de retour.

- C’est grave, dit Lepif.

- C’est grave, dit Amélie, qui s’enhardit.

Amaïa ne dit rien.

Nouye non plus.

Victor et Hélène sont restés dans la salle de baignades où ils s’affairent à réconforter Clèm qui récupère de son accouchement en barbotant dans l’eau tiède et bénéfique, tout en faisant gouzigouzi à son bébé téteur tout neuf, avec Tijules qui goûte le téton libre pour faire des comparaisons.

Il trouve Tima très marrante avec ses petits pieds qui battent dans l’eau. Tima. C’est comme ça qu’il a tout de suite appelé la petite Amaïa. Et ça devait lui rester. Mais pour l’heure, il pense surtout à faire des comparaisons nichonneuses. Déjà. Mais pour l’instant, il s’intéresse moins à l’aspect et à la texture qu’au goût du contenu.

On n’a pas encore cru bon de mettre les adultes présents en ce lieu au courant de la situation et ils se contentent de béer devant l’attendrissant tableau.

Pour les autres, informés réciproquement des détails du délire présidentiel et des activités sournoises de la Nouvelle Réna telles que les a éclaircies Amélie, ils en sont parvenus à cette conclusion unanime : c’est grave.

Arthur, retapé, résume :

De un, toute la hiérarchie sociale est intoxiquée, droguée à la saucisse, accro et dépendante.

De deux, non seulement on se retrouve isolés, mais on risque même d’être saisis dans l’engrenage sournois de la dite intoxication. Car aujourd’hui la saucisse, mais demain le pâté, le pain de campagne ou le bonbon à la menthe, voire la glace au chocolat ou le lapin chasseur des champs[1]. Et pour la fumée, un échappement baladeur en ville ou un fumigène de stade…

- … ou une cassolette d’encens dans l’église du village, ajoute Rébéquée du fond de son anticléricalisme primaire…

- …ou un filtre de cigarette correctement traité, achève Amélie qui a travaillé une partie de sa thèse de doctorat, justement sur l’aromaticité des alcaloïdes à la Société d’Exploitation Industrielle des Tabacs et Allumettes et qui sait ce que filtre veut gauloisement dire…

- C’est grave, conclut Arthur.

On pense.

- Il faut manger de la soupe, dit Amaïa qui jusqu’ici n’a pas fait de commentaires.

- C’est vrai que j’ai faim, confirme Arthur.

- C’est vrai qu’elle est bonne, opine Amélie (ce qui fait rougir Lepif va savoir pourquoi) qui se souvient d’en avoir mangé un bol juste avant de monter sur le bateau dans lequel ils ont repêché Arthur.

- Mais pas seulement, poursuit Amaïa mystérieuse autant que laconique.

- Pas seulement ? s’enquiert Eusèbe.

- Pas seulement, confirme Nouye qui semble bien être au jus de la chose.

- Explique, demande Arthur qui pressent le plus sous le moins.

- Eh bien voilà…

Mais Nouye a déjà fait signe à un garde goum resté à la porte, qui a relayé son appel, et deux Boules de service apportent la grosse marmite fumante qui semble circuler en permanence dans les couloirs d’Agotchilho, suivie de deux porteur et porteuse de bols, en cortège, et on se tape avec des soupirs de satisfaction une petite soupe bien chaude mais pas trop, pas brûlante surtout, ni tiédasse, parfaite, odorante et fumante, rabibochante et roborative en diable, de celles qui vous descendent en velours jusqu’au fond de la gueule pour se tendrement tartiner puis lover au creux tout chaud d’un estomac réjoui.

- Eh bien voilà, reprend Amaïa. Vous savez que notre peuple utilise les poudres et drogues depuis des dizaines de millénaires. Je me propose d’ailleurs de faire prendre à Arthur reconstitué une poudre de mémoire qui devrait l’aider à se souvenir de la totalité de ce qu’il a vécu. Mais vous devez deviner que de telles manipulations ne sont pas sans danger. Et ce danger, nous l’avons découvert voici bien longtemps. Et combattu. Et vaincu. Chacune et chacun de nous a plus d’une fois été exposé aux effets de la poudre d’amour, ou de la poudre de pouvoir, ou de la poudre de mémoire, ou d’autres encore, comme la poudre de repos. Vous n’avez pas vu de drogués chez nous, ni d’accrocs à quelque drogue que ce soit…

- Sauf le concierge, rappelle Rébéquée qui entend encore craquer le cou du répugnant personnage entre ses cuisses musclées.

- C’est exact, reprend Amaïa, et je t’expliquerai pourquoi. Mais vous-mêmes, après avoir subi les effets bénéfiques souhaités de ces poudres, n’avez pas souffert de séquelles ni de manifestation d’accoutumance. C’est que nous avons appris, non seulement à induire les effets que nous désirions produire et recevoir, mais aussi à en effacer les conséquences secondaires. Dont, et surtout, évidemment, bien sûr, l’accoutumance.

Elle se tourne face à Rébéquée qui se trouve à sa gauche :

- Le concierge s’était tellement inféodé aux Numéros qu’il ne mangeait plus que des kartofeulnes ount’ zauzizes. Plus de soupe…

- … et cet élément qui neutralise les effets indésirables de vos drogues se trouverait dans votre soupe ? demande Amélie, une lueur d’espoir dans la malachite de son œil gauche.

- Très justement. Nous y mettons une algue particulière qui…

- … attendez, dites-moi si je me trompe : vos « poudres », vos drogues, dirai-je agissent sur une base d’améline, un alcaloïde qui renferme des structures aromatiques dissociables et/ou associables (P3C1E32, P3C1E33, P3C1E34)). La synthèse efficace des alcaloïdes actifs est obtenue par greffage d’une molécule azotée du type amine…

- … le garum, approuve Rébéquée qui sait ce qu’à minette veut dire et qui connaît les recettes de fabrication de la soupe, une sauce dégueulasse quand on la goûte seule, obtenue par la fermentation de la chair de têtes de poisson ou de carapaces de crabes, comme le nuoc-mâm vietnamien…

- … les Romains l’utilisaient déjà, ajoute Jeanne, rêveuse…

- … et le contrepoison substitue une molécule quelconque à l’azote de l’amine, en rompant la liaison et donc en supprimant tout effet toxicologique… poursuit Amélie, excitée comme un pou rouge.

- Je ne connais pas bien votre chimie, reprend Amaïa, et c’est pour cela que j’ai demandé à Jules d’inviter quelqu’un qui soit capable de traduire nos connaissances anciennes avec la force d’analyse et de synthèse de votre science. Je disais que notre soupe contient une algue à laquelle vous attribuez un goût de chou, qui supprime bien l’effet de manque et même, selon son dosage, tout effet à la poudre. Vous avez compris comment fonctionnent les drogues qu’ils ont tirées des poudres que nous préparons, nous, pour qu’elles soient utilisées en une seule prise. Eux les ont dissociées en une base et un révélateur, si je puis dire.

- … comme une colle époxy, intervient Lepif, bricoleur à l’occasion…

Amaïa poursuit :

- Ils dédoublent ainsi les effets de manque et s’ils ne prennent pas de notre soupe, ce qui est bien sûr le cas, ils éprouvent un manque à court terme, qui vise à rajouter du révélateur…

- … les saucisses, opine Ravot…

- … et un manque à moyen terme, plus violent, qui vise à renouveler la base même de la drogue…

- … la fumée que j’ai retrouvée dans les poumons du maire… Elle est sans aucun doute diffusée au cours des séances de la nouvelle Réna, triomphe Amélie…

- On sait comment les coincer, reprend Lepif, flic jusqu’au bout des dents, suffit de perquisitionner au Super Troc, et on trouvera certainement des systèmes fumigènes…

- … et on aura bien du mal à prouver qu’il s’agit de drogues, poursuit Ravot sceptique. Légalement, elles ne sont pas répertoriées en tant que telles. Et n’oublie pas que notre hiérarchie est contaminée. Qui sait où en est le juge ?

- Vous avez parlé d’une algue à l’odeur de chou ? demande Amélie à Amaïa …

- Ici tout le monde se tutoie, lui répond la Mère…

- C’est que vous m’impressionnez (à poil, comme ça)…

- Mais non, mais non (et puis t’as qu’à t’y mettre)…

- Mais si, mais si (j’oserais jamais) (ohhhhh !!!)…

- Bon, tu fais comme tu veux, il n’y a pas d’obligation. J’apprécie et j’admire beaucoup ton travail. Dois-je aussi en être impressionnée ? Vous autres Goumyôs compliquez beaucoup de choses avec votre individualisme hypertrophié qui vous rend aussi timides qu’agressivement pudibonds…

Amélie a bien l’impression que la mère des Goums se moque d’elle, mais n’en est pas assez certaine pour réagir.

Et puis, c’est vrai que cette immense femme à poil l’intimide, avec son regard insondable.

La suite, c’est ici : P3C1E37



[1] Qu’il mâcha, maqué et ef… fervescent…

LE TROCAGE DE BENOÎTE (1) / P3C1E38

P3C1E38 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 38)

 
N°183 / LE TROCAGE DE BENOÎTE (1) / P3C1E38

 
C’est l’histoire où Benoîte Franchon fait les courses pour son amie Ordegale-Junie de Sainte-Fouillouse et se répète, en hommage, quelques analyses économiques de feu Hilarion-Jovial.

  Lundi 13 juin
12 heures
C’est tout naturel
 
Benoîte Franchon vient faire ses trocs, comme on dit. 

 
En principe, elle devrait être au travail, mais avec ce drame épouvantable qui a frappé la famille de son amie, Ordegale-Junie, la sœur (de si bon conseil) d’Hilarion-Jovial, fauché à l’aube de sa jeune carrière par la flèche meurtrière d’ignobles assassins, elle se doit de donner un coup de main.

  Et c’est comme ça depuis l’école maternelle, où elle s’est trouvée voisine de table d’Ordegale-Junie ! Qui a eu besoin d’elle pour porter son sac du quatre heures. 

 
Benoîte est bonne et fidèle. 

  Et puis, hein, elle, elle n’avait pas de sac de quatre heures. 

  Alors, tandis que son amie règle les problèmes si difficiles de la succession de son frère (c’est compliqué, avec toutes ses affaires, les passées et les en cours, les réussies et les autres, les commencées et les pas finies, depuis les pâtés dont les Espagnols n’ont pas voulu, jusqu’au lait dont ils n’ont pas voulu non plus, en passant par l’huile d’olive de Tunisie qui ne lui aurait pas rapporté assez, ce qui rendait les efforts de collaboration humanitaire beaucoup moins intéressants, et puis les pâtés à l’huile d’olive qui tentaient une synthèse imbouffable refusée par Canigou (au fond il n’y a que le lotissement des Six Mille et l’hôtel Marengro qui fonctionnent depuis qu’il a réussi à éliminer le sale copain qui lui a fait les plans, et la Politique, évidemment, mais ça, ce n’est jamais définitif), et bien sûr, ils avaient réglé les arrangements de famille, mais quand même, il faut s’y retrouver, et comme l’épouse d’Hilarion-Jovial craque un peu parce qu’elle a du mal à s’y retrouver, justement, elle, et avec ce que lui a dit l’inspecteur Pélot quand il est passé hier soir pour leur annoncer le drame au nom du commissaire, juste avant que le juge ne vienne pour l’annonce officielle, très discrète et mesurée, mais Pélot, lui, avait été beaucoup plus bavard, sur les circonstances, la garçonnière, le maire tout nu et tout ça (tout ça pour des sous-entendus), sous une peau de cadavre, pas la sienne, c’est choquant, même que ça pouvait dissimuler (Pélot a dit occulter, et puis il a rougi, à cause du maire qui justement se serait fait occulter avant d’être assassiné sauvagement…) (ou pendant, s’est demandé Pélot non sans une certaine lueur dans le regard, faudra attendre les résultats de l’autopsie…) (là il était presque sorti du sous-entendu) des revenus occultes la balayette qu’elle ne connaît pas et qu’Hilarion-Jovial lui aurait cachés, et ça l’a bouleversée, faut la comprendre, alors, c’est la sœur, sa copine, de si bon conseil, par prudence, qui s’occupe de tout.

  Alors, Benoîte fait les trocs. 

  Elle est de si bon conseil, son amie Ordegale-Junie. 

 
Elle se fait un peu aider par Le Vacher, mais discrètement, parce qu’il ne faut pas qu’il apparaisse auprès des instances du PPN (le Parti de Promotion Notabliaire, qu’elle a choisi pour et avec son Frère, parce que c’est lui qui offre le plus d’opportunités de carrière) qui n’est pas censé apprécier ce genre de collaboration extra partisane, et surtout auprès des électeurs, depuis que Le Vacher a pris des décisions et des arbitrages financiers, comme il dit, qui pourraient se révéler stratégiquement compromettants pour des emplois du coin, ce qui est électoralement gênant, comme lui a expliqué un jour son amie Ordegale-Junie, de si bon conseil. 

  Elle s’en fout, Benoîte, de toutes ces affaires et de Le Vacher, mais elle dit comme Hilarion-Jovial et Ordegale-Junie. 

 
D’ailleurs, c’est le jour où elles discutaient avec ce Le Vacher, qu’elle, Benoîte, a compris qu’elle serait bien inspirée de faire un testament pour joindre son patrimoine (elle a hérité d’une petite maison) à celui d’Hilarion-Jovial et de sa sœur, pour, à terme, payer moins d’impôts. 

  Mais elle, Benoîte, elle s’en fiche : elle est célibataire, vieille fille, quoi, et bien sûr, elle n’a pas attrapé d’enfant, c’est normal. 

 
Alors elle a signé où on lui a expliqué, et voilà.

  Bref, Benoîte fait les courses pour la famille de son amie. 

 
Fait les trocs. 

  Le ravitaillement. 

 
Et elle aime bien ce système intelligent, comme disait Hilarion-Jovial, où on échange des concepts de marchandises plus que la matérialité desdites, qui se transmet directement depuis le producteur, ce qui délivre l’intermédiaire de toutes les charges annexes pour ne lui laisser que la rente de la transaction. 

  La rente de la production restant au producteur, ce qui est normal. 

 
Charge à lui de faire ce qu’il faut pour être sélectionné par le troqueur s’il veut avoir une chance de trouver troqueur à son pied, en rognant sur sa rente de producteur, bien sûr (ce jour-là, on parlait de chaussures, elle s’en souvient très bien). 

  Ça épure le système. 

  Benoîte aime bien ce que dit Hilarion-Jovial, même si elle ne comprend pas tout, mais, au fond, elle s’en fiche, pourvu que son amie soit contente.

La suite c’est au P3C1E39.

CONFIDENCES / P3C1E42

P3C1E42 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 42)

 
N°187 / CONFIDENCES / P3C1E42

 
C’est l’histoire où, déprimé, le commissaire Ravot confie à Mado les raisons de ses inquiétudes.

  Lundi 13 juin
19 heures
Chez Mado
 
- Contrarié, commissaire ?

  Ravot répond par un bougonnement à l’interpellation amicale de Mado et va directement s’asseoir dans sa « niche », à sa table, au fond…

 
C’est vrai que les choses se passent mal. 

  Oh, bien sûr, il y a le retour à la conscience d’Arthur, dont il ne peut faire état en dehors du petit cercle des « initiés », et l’enthousiasme guerrier de Jeanne, les brillants résultats d’Amélie et tous ces éclaircissements péniblement, douloureusement, comme disent les curés en inclinant la tête sur l’épaule, obtenus du bec et des ongles, tant par les Malfort que par lui-même, par Lepif et la bande des experts (faut faire boire de la soupe à toute leur équipe), mais Ravot ne constate pas moins que la « gangrène » gagne le corps social tout entier !
 
Qu’en est-il des petites villes dans lesquelles aucun contre-pouvoir ne se manifeste ? Livrées sans résistances au tout puissant centre de troc, que peuvent-elles faire sinon subir l’emprise de cette drogue sournoise qui leur est peu à peu imposée ?

  Ravot n’a vraiment pas le moral. 

  Alors, il regagne son petit cirque personnel où Madame Loyal, la Mado, lui concocte des boustifailles mijotées et où tournent les acteurs de sa vie : ils s’agitent, ils s’échauffent, et déjà on ne les entend plus…

  - Apporte-moi ton plat du jour s’il te plaît, Mado…
- Vous ne préférez pas un bol de soupe ?

Ravot ne répond pas à l’ironie, et puis, à la réflexion :
- Je vais te dire la vérité, Mado, ou du moins, ce que je peux te dire de ce que nous avons découvert…

 
Du coup, Mado s’essuie les mains sur son grand tablier bleu et rejoint la table du commissaire devant lequel, tout de go, elle s’assied, délaissant les deux pochetrons qui, au comptoir, ont entamé un concours de mominettes.

- Voilà… Et c’est le prolongement de ce qui s’est passé il y a deux ans : la population risque d’être prise en main par une drogue sournoisement diffusée. Nous avons la certitude qu’actuellement deux vecteurs sont utilisés : une certaine fumée, utilisée « rituellement » dans les centres de la Nouvelle Réna, chez C’est tout naturel, et les saucisses que tu vois manger à tout moment par des tas de gens…
- C’est ça, les saucisses qui sont tellement à la mode ? Mais où veulent-ils en venir ?

  - Eh, Mado !

- J’arrive !!! Excusez-moi une seconde…

Elle se lève pour répondre aux interpellations assoiffées des deux concurrents, qui abordent manifestement leur dernière ligne droite.

Et elle revient.

  - … c’est ça les saucisses, enchaîne Ravot qui comprend les nécessités du commerce. Et il se trouve que cette soupe très particulière constitue pour l’instant le seul antidote à cette drogue. Tu as déjà fait l’objet d’agressions et même d’une tentative d’enlèvement. C’est pour te protéger que je t’en ai fait boire. Cela dit, je serais incapable de te dire où ils veulent en venir…

 
Mado sourit :
- Merci, commissaire, je fais chauffer le mironton… 

  - Eh, Mado !

- Voilà ! J’arrive…
Et elle retourne à ses pochards qui sortent maintenant de la ligne droite pour s’enfoncer dans les méandres confus des lacets ultimes de leur parcours… 

  Ravot retourne à ses pensées moroses…

ALORS, ON PRIE / P3C2E16

P3C2E16 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 16)

 
N°205 / ALORS, ON PRIE / P3C2E16

 
C’est l’histoire où tout va mal. Surtout dans la presse. 

 
Jeudi 16 juin
9 heures
Agotchilho

 
- Notre situation est difficile, reconnaît Eusèbe. Nous ignorons ce qui se passe à l’Elysée, j’attends des nouvelles, mais le Président doit rester prudent, il est cerné de toutes parts et le Ministre du Confort lui jette des regards de vautour, appuyé sur des Amazones qui surveillent les choses de près… J’attends son appel…

  Arthur a récupéré, et il porte un regard aussi clair que possible sur l’état dans lequel ils se trouvent : ils ont dû déclencher la destruction d’Omphalie plus tôt qu’il ne l’aurait voulu. Et les résultats, à cette heure, lui sont inconnus… (il n’a pas lu, lui, P3C2E11, P3C2E12, P3C2E13,