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LE DIT DU PUTOIS

TONTON RASPOUTINE PROPOSE

     1) UN NOUVEL ÉPISODE DE SON FEUILLETONTON :

N°258 / LE DIT DU PUTOIS / P3C2E69

 
C’est l’histoire où Arthur Malfort, « Le Putois » de la Nouvelle Réna, prend la parole pour donner des conseils aux émeutiers. On parle de la rafle.

C’est la suite de :

N°257 /  CONTRE-ATTAQUE / P3C2E68

 
C’est l’histoire où quelques boules même pas puantes viennent à bout de l’agitation émeutière.


qui est la suite de :

N°256 / ÇA VA PÉTER / P3C2E67

 
C’est l’histoire où les émeutiers de la Nouvelle Réna se préparent à faire sauter la porte du journal.

qui est la suite de :

N°255 / L’ASSAUT / P3C2E66

C’est l’histoire où Varochaix, Maire autoproclamé de Saint Tignous sur Nivette, fait donner l’assaut à La Lanterne du Fort, le journal des Malfort.

qui est la suite de :

N°254 / LES LOIS D’ÉQUILIBRE / P3C2E65

  C’est l’histoire où Edgar Maupuis est fâché de devoir soutenir l’assaut que Varochaix donne au journal.

  Humevesne et Suceprout sont présentés ici (lien)

Note consacrée à Frère Jean, en Pages, c’est ICI

Nous découvrons le portrait ému que Tonton Marcel a fait de Frère Jean des Entonnoirs :

clocloorson

 
Sur Jean Raine, c’est ICI qu’il faut regarder (lien)

Et tant qu’on est dans la peinture, Philippe Jonneskindt, vous connaissez ? (lien)

 

  Il est bon, par ailleurs, de toujours en revenir aux fondamentaux :

  Une méditation sur la pétologie comparée des sauropodes et des Martiens et leurs conséquences théologiques se trouve ici : 

 
DE LA SOUPE / P3C1E37. 

 
Un rappel de la biographie d’Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, de sa sœur Ordegale-Junie, de leur amie, Benoîte Franchon, de leur Méthode à 6000 et de leurs fins horribles, se trouve sur le présent lien.

 
On y trouve des liens de rappel pour ceux qui ont pris le train en marche. 

  2) LES DISTRAITS TROUVERONT ICI :

  LE RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

  Et ici

 
LE RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

  3) RECHERCHEZ ET RETROUVEZ LES AUTRES ÉPISODES PAR
 

LA TABLE DES MATIÈRES


  Si vous avez faim, la Gastronomie, c’est encore ICI :

 
PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

 
4) ON TROUVE EN « PAGES »

  Le résumé de ce que nous avons à ce jour découvert sur

  EDVIGE ET LE VIKING DE CHALOSSE,

LES HOMMES POLITIQUES,
(là, il y a du nouveau : on s’intéresse aux rapports entre Barbe et Politique !)

  LE PEUPLE GOUM.

  5) SANS OUBLIER
 

la PRÉSENTATION de TONTON RASPOUTINE

  et sa GÉNÉALOGIE

 
  Cliquer sur les liens pour les suivre
 

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

POIL AUX DENTS / P2C3E15

P2C3E15 (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 15)

 
N° 138 / POIL AUX DENTS / P2C3E15

 
C’est l’histoire où Varochaix, après avoir satisfait ses bas instincts sur sa maigre secrétaire découvre du poil dans ses saucisses et entreprend de faire chanter Daniel Forpris qui l’invite au Marengro. Premières considérations gastronomiques.

  Mardi 7 juin
11 heures
Garage Varochaix

 
- Tiens, j’vais m’faire un boudin, ça me changera des saucisses. Hémiiiii !!!!

  Varochaix repose la pyxide à saucisses sur son bureau (il en est à sa troisième et on n’est pas loin de midi, il se dit qu’il n’aura plus faim s’il se laisse aller. Faut équilibrer les bonnes choses) (et il y aura de l’omelette norvégienne, alors un peu d’exercice pour s’ouvrir l’appétit)…

 
La secrétaire appelée à son de trompe, l’œil charbonneux et le teint pâle, s’avance en trottinant. Varochaix a toujours eu l’impression que cette conne se shootait au jus de navet, tant elle est pâle et insipide…

- Allez, c’est à ton tour. Les autres ont dû te mettre au parfum ?
- Au parfum ? répète Emmy dont les grands yeux cernés de noir restent désespérément vides.
- Oui. Bon. Pose ton carnet et appuie-toi sur le bureau !

Il se lève avec effort, contourne son vaste burlingue en balançant de la brioche.

  Docile, la fille reste appuyée au lourd plateau de bois blond, plie les bras quand il lui pousse la nuque en avant et se laisse trousser sans réticence. 

 
Bon. 

  Un peu osseuse, se dit Varochaix, mais, bah… Du coup, ça le dope des talons aux reins en passant derrière les genoux et il extrait son « outillage d’urgence », comme il dit lorsqu’il explique l’affaire à ses amis au cours des soirées qui viennent en prolongation des réunions du Nari. 

  Une vraie fusée que ça lui donne ! Pour un peu, il la verrait comme dans Tintin, à carreaux rouges et blancs !!! Yaouhhhh !!! Et il la besogne avec la satisfaction de l’aisance : comme elle est creuse, le passage est facile.

Cynique, inique, il nique.

La fille se laisse passivement fourrager observant seulement :
- Faites attention, Monsieur Varochaix, il ne faut pas froisser ma jupe, c’est pour le défilé de ce soir à
la MJC…
-Rhumph ! rétorque Varochaix, concentré, tel bœuf en labour sur son labeur laborieux (il n’a plus vingt ans, quoi, c’est vrai), jusqu’à ce que, rhââââ lovely, soulagé et détendu, il la libère d’une claque sur les os iliaques :
- C’est bon, ma fille, c’est bon, mais faudra me rembourrer tout ça : t’as vraiment que la peau sur les os.
- Oui, M’sieur Varochaix. Bien, M’sieur Varochaix…

  Et elle retourne à son régime en se demandant si ce qu’elle a pris « par là » doit être décompté des 500 calories quelle s’octroie par jour.

  Satisfait de ce bref intermède, Varochaix revient s’asseoir dans son fauteuil heureusement plus rembourré que la fille (je m’y fêlerais le coccyx !) et s’octroie une saucisse, allez, faut ce qu’il faut.

  Tsss… Qu’est-ce que c’est que ça ?

 
Il se cure les dents, désagréablement surpris d’y trouver du poil. Du poil dans les saucisses ? Au prix où ils les vendent ! 

 
Varochaix crachote et étale sur son buvard les quelques poils qu’il a réussi à récupérer. Et, curieux, il ouvre l’enveloppe du morceau de saucisse restant. Là aussi, quelques poils…

  Le poil est rude, court, pointu…

  Ça lui rappelle quelque chose, à Varochaix. Ou plutôt quelqu’un. Des poils à la Filochard…

 Ça lui rappelle Gertrude. La première fois, au Putier, quand il lui a mis la main au cul. Et l’admiration qu’il a éprouvée lorsque Daniel Forpris s’est risqué dans ce champ de barbelés… 

 
Non, quand même…

  Du coup, ça l’amuse. Il doit manger avec lui au Marengro ce midi. Il emballe les restes de la saucisse et les poils qu’il a recrachés dans une petite boîte à boulons vide et nickelée qu’un représentant lui a laissée en échantillon, et puis il sort, tout joyeux de la plaisanterie qu’il prépare.

 
- Si vous voulez passer à table ? Monsieur est servi…

  Impassible, Bob, le Maître d’hôtel, vient signifier, avec rouflaquettes, accent anglais et paupières lourdes, que leur table est prête dans la petite salle VIP du restaurant du Marengro.

 

Bob a été recruté par Ordegale-Junie, la sœur du propriétaire des lieux, Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse. A la fois éminence grise politique et conseillère en communication dudit, elle a jugé que l’ensemble rouflaquettes, accent anglais, paupières lourdes, serait « conceptuellement le plus apte à catégoriser leur établissement auprès d’une cible clientélistiquement raffinée », car il faut se montrer raffiné pour se démarquer de la médiocrité ambiante.

  Cela dit, Bob est né natif de Melun et a « fait » l’école hôtelière de Talence, près de Bordeaux, qu’il a quittée quand il a découvert le concept rouflaquettes, accent anglais, paupières lourdes, à vingt cinq ans, juste avant de passer son BEP.

  Ce qui ne cesse de surprendre Varochaix, ce n’est pas Bob, qu’il ignore intégralement comme tous les porte-plateaux de la terre. Non. Ce qui le surprend, c’est l’imagination extraordinaire du chef du Marengro quand on ne lui impose pas le menu régional : il vous sort une carte de deux pages, avec cinquante plats différents constitués de matières invraisemblables, conjuguées à l’infini et ornées de qualificatifs délirants, le tout se résumant à quelques particules de ceci-cela égarées dans une assiette immense, composée avec une recherche fabuleuse (et en effet, il faut les chercher pour les trouver) destinées à cette grande et simple chose qui est de satisfaire l’appétit d’un individu normal. Pourquoi tant de si peu ? Question posée audit chef et repoussée avec un mépris absolu pour le béotien grossier incapable de distinguer la bouffe prolétaire de l’Art Gastronomique, qui traite désormais, comme chacun devrait le savoir « De la Noblesse du Parcimonieux ». Comme, de plus, ce qui est rare est cher, la rareté (quantitative[1]) des produits consommés est compensée par la richesse de l’addition[2].

Ce dont se moque éperdument Varochaix : c’est Daniel Forpris qui paie. Et d’une.

Son exigence d’une omelette norvégienne pour deux personnes est, elle, copieusement admise de longue date.Et de deux.


Daniel Forpris, se montrant gastronome éclairé [3] lui laisse toujours les trois quarts de cette omelette norvégienne. Et de trois.


C’est donc l’estomac heureux et la panse aussi satisfaite d’être remplie que les couilles d’être vidées que Varochaix se détend, le repas terminé, dans l’acmé de cet instant d’équilibre parfait.

  On y a vaguement parlé des résultats brillants de la Nouvelle Réna, qui vient de recruter son trois millième cinq centième Initié à Saint Tignous sur Nivette et son neuf millionième en France, des difficultés qu’il y aurait à faire passer l’automobile dans le circuit troquiste, des difficultés plus sérieuses que la météo fait naître dans les voies de communication, ce qui perturbe le marché véhiculaire, et Daniel a commencé à parler à Varochaix des difficultés qu’il y aurait à lui verser l’intégralité de la prime qu’il lui a promise pour le recrutement des Naris dans la Réna, lorsque celui-ci sort sa petite boîte, amusé, presque mutin. 

  C’est vrai qu’il est resté joyeux, malgré tous ces petits « soucis » dont Daniel l’entretient. Mais c’est peut-être parce qu’il a goûté, au bar, avant l’apéritif, aux quelques petites saucisses « spéciales », que lui a offertes Daniel. Pas mal du tout. Elles ont même réussi à lui faire oublier l’irritation qui naît toujours en lui lorsqu’il aborde l’air empressé des serveurs compassés du Marengro qui, tout en affectant la politesse condescendante des initiés à l’Art, suintent obséquieusement le mépris que leur inspire ces ploucs mal dégrossis qui s’approchent de la Table et du Vin sans slurper de la narine, claper de la langue ou chuinter des labiales.
 
Non, Varochaix est heureux, et ces détails ne l’atteignent pas. Il oublie donc les « soucis », les retards de paiement possibles évoqués… D’ailleurs, quel paiement ? 

  En fait, il pense à la blague qu’il a préparée :
- Au fait, Daniel, on n’a pas vu Gertrude de toute la semaine dernière…
- Gertrude ? Pourquoi Gertrude ? Elle te manque ?
- Non, oh non !!! Tu sais bien combien je t’ai admiré pour…
- Oui, tu me l’as dit (curieusement tendu, le Daniel), tu me l’as dit. A la réflexion c’est vrai qu’on ne l’a pas revue. Mais c’est plutôt mieux, les réunions de Réna ont évolué…
- Bien sûr, on ne peut pas partouser à chaque fois, c’est devenu une opération de masse…
- Quatre séances par jour et sur rendez-vous avec badge et code-barres à l’entrée !!!
- Mais les assistants continuent d’être payés…
- Oh, beaucoup moins, je le sais, puisque tu as voulu que je reste rémunéré, mon cher Daniel, alors que je t’avais proposé…
- Il n’y a pas de raison : tu paies tes saucisses…
- Z’ont beaucoup augmenté, d’ailleurs…
- Je te ferai réserver quelques boîtes d’échantillons pour te faire plaisir (Daniel connaît bien le côté pingre de Varochaix, toujours prêt à grignoter un sou, pour le seul plaisir du grignotage)…
- C’est gentil, mais j’espère que… Tiens, tu sais pourquoi je pensais à Gertrude ?
- Euh… Non, pourquoi pensais-tu à Gertrude ?
 

Varochaix sort sa petite boîte à boulons :
- Voilà ce que j’ai trouvé dans la dernière saucisse que j’ai mangée. Et tu sais à qui ça m’a fait penser ? 

  Il extrait entre deux doigts la petite touffe de poils qui s’était coincée entre ses dents et qu’il a posée sur leur morceau de saucisse, raides comme des poils de brosse, légèrement marqués d’un pli en leur milieu, comme les petits paquets de fibres végétales mal cuites qu’il trouvait sur le couteau rotatif du mixer que sa sainte femme de mère utilisait pour passer la soupe quand il était petit… 

 
Daniel reste figé, les yeux rivés à la touffette brune, approche la tête pour voir de plus près la saucisse éventrée qui recèle d’autres poils encore mêlés à la chair finement broyée. Il relève des yeux incrédules :
- Mais, c’est dégueulasse… Je vais me plaindre au fournisseur, au fabricant, c’est… Ce sont des… des poils de… de vache…
- De vache ? Non, je ne crois pas. J’ai visité l’usine avec toi, et ils reçoivent la viande congelée écorchée. Ni vache, ni mouton, ni porc. Des poils de quoi, je l’ignore. Mais, bon, c’est moi qui les ai trouvés, c’est moitié mal… Si ça avait été un initié grincheux, cela aurait pu être plus gênant… Ils devraient faire attention, à la fabrication… Et Gertrude…
- Je crois que Gertrude a rejoint Arnaud Boufigue…
  Varochaix conserve son sourire repus, vague, et sceptique :
- Oui, bien sûr, bien sûr… Et… Il est où, Arnaud ?
- Oh, il est parti lancer une chaîne de magasins, si j’ai bien compris. Aux Indes ou au Brésil…
- Au Brésil…
- Je vais prendre ceci pour interroger le fournisseur. Je te tiendrai au courant…
- Oui, bien sûr, bien sûr, j’aimerais savoir… Par curiosité… Pense à ce que tu m’avais promis comme… prime…
 
Le sourire s’est fait plus appuyé…

- Tu l’auras demain… Je m’échappe : le boulot…
- Bien sûr, bien sûr… Moi aussi. Je me sens un peu fatigué, un peu lourd… L’omelette norvégienne sans doute…
- Tu devrais faire attention avec ces plats étrangers !!!

  Avant de s’endormir dans son grand fauteuil de bureau, Varochaix se demande pourquoi sa plaisanterie est tombée à plat, pourquoi il a eu l’impression que Daniel riait jaune, pourquoi il a cédé si facilement sur la prime…

 
Simultanément, Daniel Forpris, de retour à son bureau, décrochait son téléphone…
 


[1] Le choix reste ouvert entre rareté quantitative et rareté qualitative. L’expérience montre que la rareté quantitative peut valoriser à très bon compte une certaine banalité : une demi-patate équivaut, pour le coup d’œil de l’esthète et pourvu qu’elle soit identifiée (rate du Touquet de chez Van de Meele Brook, fournisseur exclusif par exemple) et préparée « avec raffinement » (ce qui lui confèrera sans aucun doute un incontournable goût de noisette, comme au beurre et aux huîtres, voire à l’huile d’olive), dilatée à l’azote liquide et colorée à l’encre de calamar et au jus de betterave, dite « Rate Stendhal », équivaut donc à une demi-truffe qui « ferait riche » et signerait une certaine affectation proche du mauvais goût bling-bling. Et cela à très bon compte pour le Chef, le tarif restant le même, pour le client-gastronome, bien évidemment.

[2] Le chapitre suivant, apposé à celui-ci, va reprendre, en « exemplum » à partir du menu authentique du repas évoqué, cet aspect étonnant de la Grande Cuisine.
(3) Tous les commerciaux se doivent de l’être (et les cadres bancaires se doivent de jouer au golf), surtout en GMS où il arrive que l’on soit invité par quelque flagornerie de fournisseur, lui-même commercial,qui savent que le rapport qualité-prix est inversé lorsque l’on aborde le Luxe, témoin nécessaire de la Réussite, élément essentiel de marketingpersonnel et professionnel, incontournable et implicite dans le milieu : cela s’appelle le Raffinementet se traduit par l’appréciation générique selon laquelle, d’après la crémière-chef ainsi traitée par son fromager, “C’est très fin”.

PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

P2C3E15b (Partie 2 / Chapitre 3 / Episode 15 bis)

  N° 139 / PETIT GOÛT DE NOISETTE (1) / P2C3E15b

  C’est l’histoire où nous observons avec curiosité

la Gastronomie en ses pratiques, et où nous retrouvons Hémi, la secrétaire de Varochaix. Avec des photos des plats.
 

Du festin qui fut offert,
en l’Hôtel Marengro de Saint Tignous sur Nivette,
par Monsieur Daniel Forpris, de C’est tout naturel,
à Monsieur Varochaix, des Naris,
ce mardi douzième du mois d’avril
en l’an deux mille et des brouettes,
 vers les midi.


 



Ch’uis Bob, ch’uis Bob
Ch’uis Mait’ d’Hôtel, mais on dit Bob…
Ça demande des mois d’turbin
C’est une vie de galérien
Mais quand j’sors la cart’ du menu
Les bouseux n’en peuv’ plus ![1]

 

chantonne en soi-même Bob, le Maître d’Hôtel, tout en tendant, impassible, les deux pages reliées de cuir fauve aux convives, malgré eux (pense-t-il, croit-il, sait-il) intimidés…

  Furent servis, selon les sept mouvements de la Suite à

la Française du Grand Ordre de Table, et successivement, en Apéritif, Ouverture, Entrée, Plat de Poisson, Plat de Viande, Fromage et Dessert :


  Un apéritif de vin de Jurançon servi en flûte à Champagne (une demi-flûte) (picolo), accompagné d’amuse-dent (dont une cassolinette de potage de potimarron (trois centimètres cube) (et quelques autres brimborions indiscernables) pour amuser une seule dent).
  En amuse-bouche : Une coquille Saint-Jacques au (petit-petit tout petit) Boudin noir, servie avec une crème de cerfeuil tubéreux (Chaerophyllum bulbosum).

  Le Foie frais de Canard grillé au feu de bois et servi frais (tranche épaisse et large d’un auriculaire, débitée dans le travers, cendrée de hêtre dessus-dessous), avec sa préparation simple de châtaignes (une cuiller à dessert de purée), noix fraîches (un demi cerneau épluché proprement) et raisins (trois grains épépinés). A part : sucette d’endive de pays (une feuille, contenant sa vinaigrette en son creux) et tuile de pain de campagne (une tranche arachnéenne légèrement grillée).
 

La Daurade Royale (une Daurade pour la salle) (25 personnes) en écaille de Lomo Iberico (l’écaille grillée de lomo (lamelle transverse de longe de porc, macérée à l’espagnole avant que d’être grillée) contenant la daurade), avec un fond d’hélianthis (une sorte de topinambour, mais c’est encore plus rare, forcément) (l’Occupation est passée) et champignons de cueillette (une girolle, une trompette de la mort, une morille, cueillis par le Chef à la rosée du Rungis local) au cerfeuil, émulsion de tête grillée au feu de bois (s’entend : la tête de la daurade) (faut pas perdre).

 Filet d’Agneau rôti au thym citron, persil racine (érigé au fond de l’assiette sur la photo) (racine de persil) au jus de curcuma frais (non, ce n’est pas la spécialité du Marengro[2], malgré son air d’obélisque miniature), pois chiche  (trente quatre) au piment d’Espelette et coriandre. Est ajouté un demi-rognon d’agneau (au centre) qui n’est pas signalé au menu. C’est en prime.
La photo ci-dessous reprend ce dernier plat :


 

assiette


Pur brebis
(tranché translucide) servi avec sucrine (laitue) (demi feuille près du cœur) et confiture de cerise (une nano cuiller de sucré brouet noir). 

  Faux Mars glacé au Nutella, biscuit succès et fine feuille de chocolat croquante, (hommage bobosiaque, caramel, coquin, ironique et bourratif au « vulgaire ») (on en a plein l’assiette et les dents creuses).
 
Copieuse Omelette norvégienne, spécialement ajoutée au menu, à la demande de Monsieur Daniel Forpris, de C’est Tout Naturel, à l’intention spécifique de Monsieur Varochaix, des Naris, son hôte, et préparée personnellement par le Chef à l’intention spécifique desdits, avec ses compliments.

  Café, chocolat, mignardises…

  PS : Nous venons d’apprendre (Saint Tignous sur Nivette est une petite ville où tout se sait), que le Chef de l’Hôtel Marengro se trouve être le cousin d’Hémi, la secrétaire  de Varochaix (oui, celle qu’il vient de sauter), elle-même adepte du mouvement Proana[3]. Son objectif étant, comme nous l’avons observé, d’être mannequin, et donc de diffuser son image, elle nous a volontiers confié cette photo, en nous priant de l’excuser de n’en avoir pas de plus récente : à l’époque (l’an dernier), elle abordait tout juste son régime 500 calories. Elle projette un 250, qui devrait lui permettre de quitter cette besogne subalterne de secrétaire où elle se sent végéter pour accéder enfin au top, comme lui a dit son amie Martine Petitpied qui a défilé une fois avec elle à la MJC pour la collection de Patty, une créatrice locale.
 

Hémi



Hémi, en tenue de soirée. (Extrait de son Press-book).



Nous rappellerons que ce mouvement Proana (pro-anorexique) s’est développé au début du siècle dans les milieux de la mode, où il est de bon ton que les top-modèles, après s’être distinguées par le vide du regard, se montrent creuses de la carcasse (ce qu’a pu apprécier Varochaix, parfois paresseux de la queue) (qu’il a menue) (il dit : « proportionnée », parce qu’il n’est pas très grand : un mètre cinquante trois et demi).

Il s’est ensuite répandu chez les adolescentes branchées (surtout branchées sur Internet d’ailleurs) où il a fait quelques morts : c’est un mouvement très sélectif.

  Toujours à l’affût de l’avant-garde artistique, les milieux de la mode s’étaient sans doute historiquement inspirés de la ligne claire, épurée, initiée par Hergé avant la guerre 40, pour prôner la Ligne Haricot Vert dans les années 1950. 

  Ce qui a commencé à titiller les Toques les plus avant-gardistes qui se sont dit qu’après s’être serré la ceinture pendant la guerre, où elle s’était nourrie de topinambours de base, la population risquait d’abuser des bonnes choses, par effet de compensation, et qu’il serait bon d’affirmer leur existence en prenant le contre-pied de cette tendance naturelle, l’Art devant contraindre la Nature et non l’imiter.
 
Le mouvement était lancé, et à la Ligne Haricot Vert succède l’actuelle Ligne Creuse (encore appelée Ligne Auschwitz). Avec un retour au topinambour (l’héliantis, comme un clin d’œil à l’Histoire).
 
Quelques maîtres de la Mode envisagent pour les dix ans à venir

la Ligne Trous (ou Ligne Tchernobyl, ou ligne Grande Vacance).

  En matière de Gastronomie, on envisage une Émulsion Généralisée en Dégustation Aromatique (Sniff Line) : enfin, l’on mangera son rôt à la fumée, assis béatement devant une Assiette de Senteurs où Fleuristes et Parfumeurs seront associés aux Grands Toqués en une Théorie Unitaire de la Gastronomie Conceptuelle délivrée de toute contingence de vaisselle mais riche d’un potentiel ouvert sur des digressions et des arguties sans fin, où les Écoles pourront s’opposer en une infinie logomachie prometteuse d’une quantité de plateaux télé contradictoires. Le Sexe des Anges redécouvert. Un rêve d’esthètes (au petit goût de noisettes) …

 L’alimentaire, de son côté, ce besoin animal grossier[4], gargantuesque pourvoyeur de notre fondemental alambic à merdre, sera renvoyé à une forme de parapharmacie généralisée où triompheront des médicaliments (ou alicaments) parfaitement et diététiquement équilibrés, d’une innocuité sanitaire absolue, puisque totalement aseptiques. Peut-être même remboursés par une Sécu Universelle.
 


[1] Sur l’air de Ch’suis snob, de Boris Vian, bien sûr.

[2] Spécialité de la maison : la langue de rossignol farcie de trompe d’éléphant, dite langue Fabulus.

[3] Ipso facto exclue de la Nouvelle Réna : l’idée même d’une saucisse lui provoque des nausées.

[4] Au point de n’être plus exprimé que bien rarement, et par de vagues nègres comme Chester Himes qui, avec une obscénité pratiquement pornographique, raconte : « Le menu exigeait toute leur attention. Ils mastiquèrent la chair succulente arrosée de sauce chaude, et rongèrent les os durs, avec une délectation quelque peu bruyante. Le chef, en les regardant manger, se sentit ému et fier » (Retour en Afrique). Ce qui montre bien qu’il n’a rien compris aux buts de la Cuisine, qui sont de mettre en valeur les qualités exceptionnelles de créativité et de conceptualisation du Chef, et non de flatter les appétits de béotiens.

Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, Conseiller en matière d’économie électorale.

Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, Conseiller en matière d’économie électorale.

  Montre une grande avidité élective, si l’on peut dire dans la mesure où il se trouve très attiré par l’élection. Il serait peut-être plus juste de parler d’ambition électorale dévorante, liée sans doute au besoin de représenter quelque chose. Mais foin de psychologie de bazar, revenons aux textes qui se trouvent (liens) en : P2C1E2.
 

Autre particularité intéressante (c’est le cas de le dire) du personnage : il est le promoteur (c’est le cas de le dire) de la Méthode à Six Mille :


Consiste essentiellement à demander systématiquement « Six Mille en Plus ».

Base de l’action politico-économique et fondement des principes du Conseiller en matière d’économie électorale, ce système est évoqué de manière plus ou moins allusive à de multiples occasions, par exemple en P2C1E6 (lotissement des 6000), et pour l’hôtel Marengro dont il sera question plus tard.

Créée en collaboration avec sa sœur Ordegale Junie (qui en serait l’initiatrice), restée « de Sainte Fouillouse » même après avoir épousé Lebièvre (souvent appelé, avec un sourire, « ce pauvre Lebièvre », mais on ne sait pas pourquoi), et réputée être « de si bon conseil ». Il en sera question dans la troisième partie, mais elle apparaît indirectement par ses choix dès P2C3E15.

Développée avec la collaboration d’un certain Le Vacher, qui se dit Conseiller en matière de finance.

C’est un milieu où l’on conseille d’autant plus que ce ne sont jamais les Conseillers qui paient. Comme il est bien connu.

Il se montre disposé à tous les retournements de veste : c’est “stratégique”… P3C1E5

Il meurt tragiquement, après avoir assassiné son rival politique, et persuadé d’être un grand séducteur (P3C1E21) et (P3C1E22).

Mais c’est pas tout…


Après son décès, sa soeur, Ordegale-Junie et son amie dévouée, Benoîte Franchon, évoqueront sa Carrière et ses Idées, pour cette dernière, en P3C1E38, et l’on en reparlera en P3C2E9.

Les deux pauvres femmes seront à leur tour victimes d’un cruel ensaucissage (ou d’une cruelle ensaucissation) :
  D’abord Benoîte : P3C1E39, P3C1E40
  Puis Ordegale : P3C2E36, P3C2E37, P3C2E38, P3C2E39, P3C2E40, P3C2E41.

TABLE DES MATIÈRES / DEUXIEME PARTIE / CHAPITRE 3