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Pourticol Jean-Marc, planton.

POURTICOL JEAN-MARC



Planton du commissariat de Saint Tignous Sur Nivette.


« Pourticol Jean-Marc, né coiffé du képi bleu et langé pèlerine plombée, comme il aime à se décrire, fils et petit-fils d’agent de la circulation, d’un sergent de ville « henvélo », et de contractuelle aubergine »…
  Rencontré pour la première fois en P2C2E19, il est précisé en P2C2E21.
 
Gendarme refoulé, il est doté de cette rigueur militaire qui fait le charme de sa profession.

  Il remplira plus tard un rôle capital. C’est un être marqué par le destin…

9 août 2008 - Aucun commentaire
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LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

P3C1E2 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°147 / LE PASSÉ DE MADO (1) / P3C1E2

 
C’est l’histoire où le commissaire prend son petit déjeuner et où nous apprenons des choses sur le passé de Mado. 

  Mercredi 8 Juin
7 heures 30
Chez Mado

  Mado semble morose. Elle n’a pas digéré « de s’être fait enlever deux clients sous le nez ». Ça lui donne des aigreurs d’estomac. Elle déteste les aigreurs d’estomac.

- Vous n’avez rien à vous reprocher, Mado, la réconforte Ravot lorsqu’elle lui fait part de ses rancoeurs en lui apportant un petit café, le temps qu’elle prépare ses tartines (deux tartines saindoux gros sel et une tartine camembert coulant avec un bol de café au lait trois sucres quand il est seul et qu’il a le temps de déguster. C’est son petit déj’ d’avant l’effort. Sinon, deux croissants et expresso).
- Je sais bien commissaire, mais je peux pas empêcher. C’est la conscience professionnelle qui parle : le client qui est entré est un client sacré ! Surtout ces petits jeunes. Je les aimais bien. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu leur faire ces malfaisants de carnaval ?
- Je ne voudrais pas paraître pessimiste Mado, mais j’ai beaucoup de craintes. Beaucoup de craintes… Cela dit entre nous, bien sûr…
- Bien sûr. Mais si je les retrouve ces deux gangsters… Je ne parviens pas à me souvenir vraiment, mais il me semble que je les ai déjà vus quelque part…
- On pense qu’ils sont allés vers Bordeaux, mais… Tenez, je vais vous dire Mado, après tout, vous entendez parfois des choses et je vous fais une confiance absolue : on a retrouvé un camion de chez Lartigo brûlé sur l’aire de Cestas… Je crains qu’on ne les ait…
- Ces camions dont on a parlé aux infos régionales de ce matin ?
- Je ne sais pas, je ne les ai pas écoutées. Je le sais par la gendarmerie…
- C’est vrai que vous devez être informé… On disait qu’il y avait un camion d’essence et un camion frigorifique… Les chauffeurs n’auraient pas eu le temps de sortir parce qu’ils faisaient la sieste, et on les aurait retrouvés carbonisés…
- Et il y avait aussi un vieux J7 entre les deux… Mais… Je ne pense pas qu’il s’agisse des chauffeurs : le camion d’essence avait été volé et le camion frigo déclaré volé lui aussi, et ce matin, par l’usine de Bordeaux où Tapas’Embal’ transfère la ligne de fabrication qu’ils démontaient hier quand on a fait la perquisition : c’était la partie du stock de saucisses que je cherchais. Tout a brûlé, bien sûr…
- Mais alors… les chauffeurs…
- Eh oui, je vois que vous pensez comme moi… Mais je n’ai pas encore de preuve qu’il s’agit de nos amis…

Mado reste là à réfléchir, hoche la tête et se lance :
- Ecoutez, commissaire, je ne parle jamais de ce que je fais quand je ne travaille pas…
- Il est rare que vous ne travailliez pas, et cela ne regarde effectivement personne…
- C’est bien pour ça. Mais je pense que vous en savez peut-être quelque chose…
- J’en ai une vague idée, mais cela ne me regarde pas…

Mado a un petit sourire…
- J’évolue parfois dans un milieu assez… particulier de Bordeaux. Un milieu où l’on aime parfois se travestir…
- C’est ce que je pensais…
- Et j’y ai une certaine réputation…
- Une bonne réputation, Mado, une bonne réputation… Même Lepif ne vous a pas reconnue… Et pourtant, quand on était à Paris… On ne vous appelait pas Mado à l’époque…

Mado se met à rire :
- Et vous ne lui avez rien dit…
- Et je ne lui dirai rien !
- Merci commissaire, je sais que je peux compter sur vous, mais je ne crains rien de Lepif, c’est un brave type… Même si…
- Mais vous lui en avez fait voir !!!
- Rien de méchant, commissaire, des blagues de collégien…
- Il n’a quand même pas oublié le jour où vous l’avez déculotté en plein Bois de Boulogne pour lui passer la bite au cirage bleu parce qu’il vous avait confisqué votre perruque la veille !

Mado éclate de rire :
- On ne confisque pas sa perruque à une dame ! Le lendemain je partais au Brésil pour me faire opérer, en principe, je ne risquais pas de le revoir ! Ça m’a fait tout drôle de vous retrouver ici.
- Et je vous ai reconnue tout de suite, mais, chutt. Cela restera notre secret…
- N’empêche, commissaire, j’ai déjà rencontré les deux nuisibles qui ont fait ça. Ils m’ont donné l’impression d’être déguisés… Et les déguisés, ça me connaît. Surtout ceux de Bordeaux où j’ai quelques habitudes, si vous voyez ce que je veux dire…  Même si ce n’est pas à Bordeaux que je les ai vus… Alors, moi aussi, je vais faire quelques recherches, passer quelques coups de téléphone…
- Soyez prudente, Mado, ils sont très dangereux…
- Vous me prenez pour une Enfant de Marie ? Allez, je vous prépare vos tartines…

Mado en Enfant de Marie, c’est trop pour Ravot que s’étrangle de rire au moment où Lepif pousse la porte.
 
- Déjà en route, Lepif ?
- Oui commissaire. Je vois qu’il y a de l’ambiance ! Moi, cette histoire ne me plaît pas et…
- …et ? Allez, Lepif, dites ce que vous avez sur le cœur !
- Et je ne comprends pas pourquoi vous avez laissé comme ça la bride sur le cou de Pélot ! C’est lui qui nous a doublés chez Lartigo !
- Evidemment. Ou plutôt, qui est allé parler au maire qui a prévenu Daniel Forpris qui a prévenu la Vorme, qui a appelé le maire au secours. Et l’une des employées de la mairie a prévenu Hilarion-Jovial, ce qui fait qu’on a retrouvé tout le monde chez Lartigo avant-hier ! Je pense aussi que c’est lui qui a identifié Jo et Ted quand ils nous ont apporté les implants : il est arrivé alors qu’ils partaient… Et il s’est empressé de dire au maire que ces deux braves garçons devaient espionner pour nous. D’où leur disparition…
- Mais alors … ?
- Mais alors, il doit savoir qu’il est grillé, puisque vous l’avez coincé dans la cahute du gardien, et j’ai eu beau tenter de le rassurer, il va se montrer prudent. A moins qu’il ne continue à nous prendre pour des billes, ce qui serait parfait, mais invraisemblable… Il va donc dire au maire qu’il restera discret pendant quelque temps et le maire expliquera que son indicateur auprès de nos services, l’inspecteur Pélot, va se tenir à carreaux pendant quelque temps. Tout comme Madame de la Vorme Séchée, qui se trouve prise entre deux feux et aurait certainement préféré rester prisonnière entre nos mains plutôt que de nous avoir aidés, comme je me suis grossièrement efforcé de le laisser entendre.
- Et ça va donner ?
- Wait and see, Lepif, wait and see… J’ai donné un coup de pied dans la fourmilière… Mais en attendant, je voudrais vous charger d’un tout petit travail : vous vous souvenez de ce bateau qui a embarqué les voitures, au port de Bayonne le soir de la disparition de Luis…
- Un cargo à destination de

la Côte d’Afrique. Navire chilien sous pavillon de Malte, je m’en souviens. C’est la capitainerie du port qui me l’avait indiqué.
- Voyez avec eux si vous pouvez l’identifier et retrouver ses escales…
- OK boss…

Mado apporte à Ravot son plateau de petit déj’
- Et voilà pour le commissaire : deux tartines saindoux gros sel, une tartine camembert coulant, et un bol de café au lait trois sucres ! Un café inspecteur ?
- Oui, merci, Mado… Mais, commissaire, je ne comprendrai jamais comment vous pouvez avaler ça…
 

RETOURNEMENT DE VESTE

P3C1E5 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 5)

  N°150 / RETOURNEMENT DE VESTE / P3C1E5

 
C’est l’histoire où Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, conseiller en matière d’économie électorale, tente de se concilier les bonnes grâces d’Eusèbe Malfort.

  Mercredi 8 juin
13 heures

La Lanterne

  Le téléphone…

Victor décroche :
- Oui, Toto ? Qui ? Ah bon ! Manque pas d’air !!! D’accord je le préviens. Fais le patienter, je te rappelle… (il repose le combiné) Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse voudrait rencontrer Monsieur Malfort en tête à tête…

Eusèbe commence par hausser les épaules et puis :
- Dis à Toto de l’envoyer dans cinq minutes dans la salle de téléconférence, et toi, Mouchoir, tu enregistres ce qu’il aura à dire et tu le transmets ici sur l’écran…

  La salle de téléconférence a été aménagée dans le petit bureau où quelques lignes « discrètes » étaient reliées à Agotchilho et à divers points chauds, voici deux ans. L’évolution de la situation a renvoyé ces lignes dans le bureau directorial d’Arthur et de Victor, lui-même transformé en salle de conférence permanente. Trois caméras et trois écrans permettent maintenant à six interlocuteurs, trois ici et trois ailleurs, de discuter ensemble depuis tous les points du monde qui se trouvent couverts par un satellite de communication (et, ajoute Jeanne lorsqu’elle doit utiliser le système, lorsqu’il y a du courant et que les lignes locales ne sont pas coupées par le neige) (ce à quoi Eusèbe rétorque qu’elle fait preuve de mauvais esprit et de nostalgie déplacée pour son standard à fiches) (ça se termine le plus souvent en bataille (simulée) (doucement quand même, on n’a plus vingt ans (parce qu’à vingt ans c’était « à quatre pattes d’ici je te la ferai voir ! »), et en rires).

  - Ah ! Monsieur Malfort ! Quel bonheur de vous voir après tous ces évènements… contrariants. Mon dieu, comme j’étais inquiet, si vous saviez…
- Que voulez-vous ?
- Vous avez de beaux écrans… Une belle installation…
- Je vous ai demandé ce que vous vouliez.
- Je voulais … Comment dire… Vous assurer de tout mon soutien, si, si… Je sais que cette période est difficile pour vous, la disparition d’Arthur, cette campagne menée contre vous… Mais je vous assure qu’aussi bien ici que dans mes fonctions de Conseiller, j’ai toujours pris votre défense et souligné votre rôle exemplaire, votre grande probité intellectuelle, votre talent pour créer l’évènement…
- Bref ?
- Je… je m’étonnais de ne vous avoir jamais vu au restaurant du Marengro et je me proposais de vous y inviter, pour un repas en famille, avec mon épouse et mes enfants… qui vous admirent tant… avec ma sœur Ordegale-Junie, de si bon conseil… et même son mari, ce pauvre Lebièvre…Une légende, je leur dis toujours : Monsieur Malfort est une légende…
- Attendez, attendez… Je crois me souvenir de vous avoir rencontré… N’était-ce pas hier ? Ou bien avant-hier ? C’était avant-hier, lors de la première perquisition du commissaire Ravot chez Lartigo, Monsieur de Sainte Fouillouse, et il me semble qu’alors j’incarnais une presse qui ne correspondait pas à l’idée que vous vous en faisiez, le Maire et vous. Vous désiriez tirer au clair cette « vindicte » qui frappait une entreprise exemplaire exposée, voyons si je me souviens…
- Oh, Monsieur Malfort, c’est un malentendu !!!
- … exposée à la collusion d’un groupe de presse et d’intérêt pour le moins louche… Je pense avoir conservé un souvenir très précis de votre indignation d’alors, tout comme je me souviens de ce manche à balai entre vos mains, dont vous frappiez ou tentiez de frapper ces malheureux policiers venus défendre nos locaux…
- C’est un malentendu, je le répète et croyez-le bien, dans les deux cas, j’étais venu en défenseur du droit, m’interposer entre des manifestants inconscients ou manipulés par je ne sais qui, et vous, pour défendre la liberté absolue qui doit être laissée à la presse, dont vous êtes l’honneur même (à propos, avez-vous reçu la Légion d’Honneur ? Je peux…) dont vous êtes l’Honneur même, Monsieur Malfort, je le jure sur la tête de mes gosses et sur celle de ma sainte femme de mère, et sur celle de mon épouse respectée, et pourtant elle n’est pas toujours très rigolote, hein, et aussi de ma sœur, Ordegale-Junie, de si bon conseil, et même de ce pauvre Lebièvre, tenez, mais je n’avais pour objectif que de m’interposer, et chez Lartigo, de m’informer sur ce qui se passait au sein de cette entreprise, si cruellement frappée en ce jour de deuil qui d’ailleurs nous frappe tous, Monsieur Malfort, et cette pauvre Madame de

la Vorme Séchée, la pauvre femme, si bonne, si fraîche… frappée, elle aussi, injustement, oh combien ! Si morte maintenant, mon dieu, quelle horreur, ce que c’est que de nous, alors, demain soir au Marengro ? J’ai prévenu le chef et fait frapper le champagne.
- Dehors !
- Mais Monsieur Malfort !
- Dehors !
- Vous êtes très occupé, je le comprends fort bien, mais soyez assuré de ma haute considération et de mes sentiments respectueux pour la presse, que dis-je,

la Presse, dont, comme le dirait ma sœur, Ordegale-Junie, de si bon conseil,

la Presse dont, donc, tel l’ongle sur le doigt, vous incarnez la part tout à la fois la plus dure et la plus incorruptible, Eliot Ness et Citizen Kane réunis en un seul homme, un seul Homme, que dis-je, la part la plus sensible, la plus juste, la plus émouvante, la plus délicate ; et l’on m’arracherait le cœur plutôt que de me faire dire le contraire…

  Une main plaquée sur le cœur, depuis le moment crucial de son évocation tragique, et l’autre levée vers le ciel, en pleine déclamation, les yeux remplis de larmes, bouleversé par sa péroraison, Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, au comble de l’émotion, s’octroie un silence dramatique, puis tend les deux mains vers Eusèbe muet qui recule d’un pas, stupéfait…

  - Vous serez toujours le bienvenu à la maison, soyons amis, oublions ces malentendus (il traîne sur le « u », flûtant du museau, les paupières mi-closes)…

Mais il va me rouler un patin, ma parole, se dit Eusèbe qui fronce le sourcil en continuant de reculer, et ouvre la porte derrière lui :
- Toto ? 

 
Toto, qui était resté dans le secteur, s’approche :
- Oui Patron ?
- Raccompagne Monsieur. 

  Lorsqu’Eusèbe rejoint le bureau directorial, il est salué par un vaste éclat de rire. Lui-même doit reprendre son souffle :
- Le guignol cherche à bouffer à tous les râteliers, et il doit commencer à voir que celui des saucisses est un peu faisandé… 

  Ravot cependant semble moins réjoui :
- Tout prudent et ficelle qu’il peut vouloir se montrer, il n’en a pas moins cogné du bâton sur des policiers en service, ce qui constitue un délit sérieux, et il le sait… Il y a là quelque chose qui m’échappe. On en revient toujours à cette idée : ils étaient en manque et ils ont agi poussés par le manque ! C’est ce que me disait « cette pauvre Madame de

la Vorme Séchée » avant de succomber.

  Téléphone.

Mouchoir décroche :
- On demande le commissaire, de la part de Martial…
- Oui, Martial ?
- Commissaire, Daniel Forpris n’est nulle part. J’ai fait lancer un avis de recherche. Sa voiture est garée à deux rues d’ici mais il n’est pas rentré à C’est tout naturel. Mieux, il y est remplacé depuis ce matin par un certain  Edgar Maupuis, qui était paraît-il son second depuis un mois, lorsqu’il a lui-même remplacé Arnaud Boufigue.
- Lance un mandat Interpol… Deux directeurs du même magasin en un mois, ça commence à faire beaucoup… Et vois si quelqu’un a remarqué quelque chose à l’endroit où la voiture…
- C’est fait, patron, enquête de voisinage : une mémé qui regardait par la fenêtre l’a vu se garer. Mais ce qui l’a surtout frappée, c’est la fille qui est sortie de l’arrière de la voiture, en petite tunique à jupette avec des espadrilles et un gros tube en bandoulière… Ils se sont précipités tous les deux, la fille et le conducteur, dans une camionnette garée tout près, et ils ont démarré tout de suite… La fille est montée à l’arrière…
- Sans doute pour se changer, observe Ravot…
- C’est ça qui l’a fait remarquer par la mémé : une tenue pour la plage ou le tennis, qu’elle a dit. Mais elle a pu décrire une fille blonde et jolie, bien foutue, grande, l’air sportif…
- Plan Epervier ! Une camionnette avec Forpris et une blonde. Préviens les gendarmes, tiens, appelle directement Buchmol, à Marinoval, de ma part, qu’il lance le bazar de son côté, procure-toi un portrait de Forpris et relève les empreintes de la fille dans la voiture, s’il y en a, parce qu’elle a tiré avec des gants. Au boulot, moi je suis occupé ici…
- Patron, intervient Lepif, j’ai une idée, pour la drogue…
- Oui ? Confisquer toutes celles qui sont en circulation chez les gusses qu’on a identifiés dans la manif, Varochaix et les autres, et demander à Amélie de rechercher s’il y a des différences avec ce qu’elle a déjà analysé. Ils les ont peut-être trafiquées différemment pour les rendre enragés !
- OK. Tu t’en occupes. 

  Rébéquée tapote l’épaule d’Hélène :
- Et si on retournait voir notre amie Birke ? (P2C3E12)
 

MADO RETROUVE LES TUEURS / P3C1E8

P3C1E8 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 8)

  N°153 / MADO RETROUVE LES TUEURS / P3C1E8

 
C’est l’histoire où Mado retrouve les tueurs de Jo et de Ted. 

 
Jeudi 9 juin
8 heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Ravot tourne en rond dans son bureau. On ne peut même pas dire qu’il est de mauvais poil, il est carrément porc-épic. Pélot n’a pas osé l’approcher et il reste enfermé dans le bureau des inspecteurs, Lepif s’est fait engueuler deux fois parce qu’il n’est parvenu à joindre ni Buchmol ni Amélie Fouad (et pourtant, il a essayé), et Martial n’est pas encore apparu…

 
Rien de neuf du côté des Malfort, sauf l’article qui relate, de manière très modérée d’ailleurs, la manifestation d’hier et sa conclusion tragique : « Le Commissaire Ravot enquête »…

 
Les accès routiers à Agotchilho sont bouclés par la gendarmerie, mais comme toutes les routes sont quadrillées par le plan Epervier, cela ne surprend personne, après tout, c’est une enclave extraterritoriale un peu sulfureuse…

 
Une impression d’attente lourde…

  A Bordeaux, les produits débarqués du Mélanippé, reparti la veille dans le courant de l’après-midi, ont été saisis « pour contrôle douanier », et dirigés vers le labo d’analyse. Dix palettes de gros bidons en plastique d’huile de sésame destinée à l’usine de saucisses Tapas’Embal’, celle-là même que dirigent Paul Dupont et Lemol, par ailleurs convoqués comme témoins dans le cadre du meurtre de Madame Edmonde de
la Vorme Séchée.

  Et Ravot tourne en rond parce que tout est en suspens et que rien ne se passe.

  C’est Mado qui « bouge » la première :
- Allo, Commissaire ?
- Oui, Mado ?
- Oh, là !! quelle rogne !!!
- Excusez-moi, c’est vrai que je suis assez furax ce matin : rien ne va, et je déteste ces attentes…
- J’ai une bonne nouvelle : vos tueurs déguisés…
- Oui !!! dites-moi !!!
 - Je les ai…
- Vous les « avez » ?
- Logés, capturés, emballés. « On » me les amène…
- Quoi ?
- « On » les a retrouvés facilement, dans une boîte un peu… spéciale… de Bordeaux, fin saouls et se ventant d’un méchoui… « On » les a un peu… chatouillés…
- Oh, Mado…
- Juste un peu, ils avaient l’air d’aimer l’électricité, non ? J’en sais quelque chose… Pas méchamment, bien sûr… Mais après tout, c’est un peu une spécialité de la boîte où ils se trouvaient, le sado-maso… Ils étaient venus pour le sado parce que ça fait moins mal. On leur a montré le maso, c’est vrai quoi… Faut tout essayer dans la vie, pas vrai commissaire ?
- Bref Mado, bref…
- Ben ils ont tout raconté sans faire d’histoires, comme une bonne blague… Je dois dire qu’ils sont assez gratinés, dans leur genre. Même les copines qui me les ramènent les ont trouvés aux petits pois. Mais comme je ne veux pas les voir dans mon établissement…
- Je reconnais bien là votre souci de respectabilité, Mado…
- … elles vont les ramener au Tapas’Embal’ de Saint Tignous où vous n’aurez plus qu’à les cueillir d’ici une heure. Ils se croient toujours « dans le jeu ». Ça leur fera une petite surprise en plus ! Les copines les lâcheront devant la porte. Ils ont changé de look : ce n’est plus « prohibition années trente » mais Drag Queens, blonde pour la première, et rose pour la deuxième… Bas résille et talons haut toutes les deux…
- ‘Tendez… Vous parlez de vos copines, ou…
- Non, vos tueurs… On les a laissés tels quels, bruts de déboîtage. Juste des menottes pour faire couleur locale et pas être emmerdés…
- Mado, vous m’impressionnez…
- C’est peu de choses, commissaire… Amenez-les-moi pour identification, mais lavez-les d’abord : je déteste les caricatures peinturlurées… Et mettez-moi les menottes de côté, que je les rende aux copines…

 
Et Mado raccroche sur le rire du commissaire, détendu, pour le coup…

  - Pélot !!!
- Co… commissaire ?
- Vous prenez quatre hommes et le fourgon : deux travelos vont venir faire du scandale à la porte du Tapas’Embal d’ici une heure. Il y a des chances pour qu’on leur refuse l’entrée. Vous les arrêtez et vous les ramenez ici ! Départ immédiat ! Rompez ! Ah, aussi, Lepif !
- Commissaire ?
- Trouvez-moi deux gabardines à

la Humphrey Bogart.
- Pardon ?
- Discutez pas scrogneugneu !!!

  Lepif a rarement entendu « scrogneugneu » dans la bouche du commissaire. 

  Aïe…

 

- Tout de suite, tout de suite… Et je rappelle Amélie !
- C’est ça. Et ne vous contentez pas de promesses…
- De promesses ?
- Oui, on sait ce que valent les promesses de la petite Amélie !!!
- … bien commissaire… (il fatigue, se dit Lepif).

  A Agotchilho, le tambour a résonné toute la nuit : Amaïa a « convoqué » Ôoumloc, mais seule, enfin, en petit comité. Les Goums sont restés à leurs occupations habituelles, et les Malfort n’ont pas été invités : « Je ne veux pas vous faire prendre de risques », leur a dit

la Mère. Elle n’est pas encore revenue au bureau N°1.

  Rébéquée a fait accoster le Mélanippé et elle est restée sur place. Le chargement va commencer.
Une surveillance discrète est exercée, mais à part le pilote, personne n’est monté à bord et personne n’est descendu. Les communications se sont faites par radio entre la capitainerie du port (en fait, Rébéquée), et la passerelle.

  - Commissaire Ravot ? Adjudant Buchmol…
- Ah !!! Buchmol ! Alors ?
- Alors, on a retrouvé la camionnette de Daniel Forpris. Tenez-vous bien… On l’a retrouvée à Saint Tignous même, derrière l’église.
- Mais alors…
- Alors, on est roulés, mon pauvre : ils l’ont utilisée comme vestiaire et puis ils sont partis dans un autre véhicule et comme la fille s’est changée entre temps, ils ont passé tous les barrages qu’ils ont rencontrés. Quelques faux papiers, éventuellement, une perruque élémentaire, et la messe est dite. On a retrouvé un petit 4×4 abandonné sur la plage de Biscarosse juste avant qu’il ne soit emporté par la marée montante. Ça a paru bizarre aux collègues. J’avais fait faire des relevés d’empreintes dans la voiture de Daniel Forpris. On les a retrouvées dans le fourgon. Et je les avais diffusées en urgence, priorité haute, à l’intention de toutes les brigades qui participaient au plan Epervier. Le collègue qui a trouvé le 4×4 a fait le rapprochement. Dans le mille ! Mais qu’est-ce qu’il faisait là ce tout-terrain ?
- … Le cargo…
- Le cargo ?
- Le… comment déjà ? J’ai une idée formidable, Buchmol… Si c’est ça, on les tient !!! Je vous expliquerai… Excusez-moi, ça urge…
 
Il raccroche, appelle Victor au journal ; Mouchoir lui passe de suite…

  - Victor ? Peux-tu me dire où est le cargo ? le… le Mélanippé, voilà, ça me revient…
- Il est au port, sous contrôle de Rébéquée…
- Personne n’est monté ni descendu ?
- Pas à ma connaissance, mais il faudrait appeler… Je peux m’informer…
- Oui… Et dis-lui de me rappeler au commissariat, tout de suite…
  Cinq minutes plus tard, Pourticol lui passe la ligne :
- Commissaire,
la Marée au Grand Port pour vous…
- Rébéquée ?
- Jules ? Le Mélanippé est amarré devant moi…
- Surtout, qu’il ne parte pas. Daniel Forpris et l’Amazone doivent être à bord. Je pense qu’ils ont été embarqués par un zodiac depuis la plage de Biscarosse, où on a retrouvé leurs empreintes dans un 4×4 abandonné…
- Oui, mais si on investit le cargo…
- Non, surtout pas, on attend… Quand doit-il repartir ?
- Demain ou après-demain…
- Tu peux le retenir un peu ?
- Je peux arranger ça, mais il faudra que je voie ce que fait Amaïa, les tambours ont battu toute la nuit…
- Le Crabe ? s’effare Ravot à mi-voix…
- Oui, mais elle n’a pas voulu de nous. Je ne sais pas ce qu’elle prépare… Elle avait l’air très fâchée d’être prise pour cible, elle et son peuple comme l’Amazone capturée l’a répété hier soir à Hélène. Ils auraient prévu un plan d’anéantissement des Goums en représailles de leur collaboration avec nous…
- Tiens-moi au courant, Mado pense avoir retrouvé les tueurs de Jo et de Ted, ça peut se précipiter…
- Je peux les retenir un jour de plus avec une panne de grue…

VERS L’ÉLYSÉE / P3C2E3

P3C2E3 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 3)

 
N°192 / VERS L’ÉLYSÉE / P3C2E3

 
C’est l’histoire où Eusèbe et Jeanne quittent l’aéroport et traversent Paris où il se passe de drôles de choses au sein des Enfants de Dieu. Ils arrivent à l’Élysée.

  Mercredi 15 juin
11 heures
Paris

 
Ni Eusèbe ni Jeanne ne sont passés par l’aérogare. 

  Une voiture noire aux vitres fumées est venue les accueillir au pied de la passerelle et le commandant de bord en personne, à leur descente, leur a signifié, non sans une certaine curiosité, qu’une voiture de la Présidence les attendait sur la piste.

  Le moine a encore remercié Jeanne pour son intervention, remarquant au passage qu’il éprouvait une curieuse sensation « de lucidité ». 

  Et puis il s’est éloigné, guidé par la petite hôtesse, l’air rêveur.
 
Le chauffeur de la grosse voiture noire s’est incliné en leur ouvrant la portière, et ils sont partis en direction de l’Elysée.

  A la sortie de l’aéroport, devant la grille qui ferme cet accès discret réservé aux Officiels, gardé par des gendarmes lourdement armés jusques aux dents d’engins offensifs et de dispositifs défensifs, deux jeunes filles chaudement vêtues d’épaisses doudounes matelassées et souriantes jusques aux dents elles aussi, distribuent des tracts aux passants en dansant devant eux, manifestant ainsi une euphorie plus grande que nature en ce lieu écarté et livré à la méfiance policière où ne passent que des Importants discrets.
 
Le chauffeur s’étant arrêté pour montrer quelque prestigieux laissez-passer au pandore de service, lourdement armé jusques aux dents d’engins offensifs et de dispositifs défensifs, ainsi que je l’ai indiqué, Eusèbe fait descendre sa glace en pressant le bouton ad hoc qu’il a repéré sur l’accoudoir rembourré de cuir fauve de la portière, et hèle discrètement la fille qui chante en s’approchant :

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,
 
C’est-tout na-tu-rel…

  La force de son chant
La tension de son arc
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Sans s’arrêter de chanter et tout en tapant du pied pour bien marteler le rituel « C’est tout na-tu-rel», elle tend une brochure publicitaire à la main qui émerge de cette grosse voiture noire dont la vitre reste ouverte tandis qu’elle poursuit sa chanson :
 
Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue

  C’est-tout na-tu-rel…
 

Elle s’éloigne de quelques pas, pour prendre du champ, et revient en ondulant de la croupe et entrouvrant sa doudoune sur un tee shirt transparent où tressautent deux petits seins tendrement dodus et sombrement fleuris, tandis que sa compagne lui enlace la taille avec un sourire éclatant destiné aux inconnus de la grosse voiture officielle, sans cesser de chanter :

  La vigueur de son bras
Et son œil infaillible
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Là, elles continuent peut-être, mais la voiture démarre et Eusèbe referme sa glace parce qu’il ne fait point chaud.

  Jeanne hoche la tête avec commisération :
- Pauvres filles… Elles me rappellent ces gamines qui « militaient » pour les Enfants de Dieu, tu te souviens de cette secte ? Tu avais fait une série d’articles là-dessus…
- Ils appelaient ça le Flirty Fishing, à la fin des années 70. Une sorte de prostitution « sacrée » qui rapportait de l’argent et des protections à la secte. Qui a été dissoute, mais s’est bien sûr reconstituée sous un autre nom… Attends, oui, ça me revient : on les appelle maintenant
la Famille, mais il y a quelque temps, c’étaient les « Singing Arrows », les Flèches Chantantes…
- Les Flèches chantantes… Elles semblent avoir été récupérées par les Flèches d’argent, non ?

  Autoroute, circulation fluide… 

  Jeanne et Eusèbe lisent le prospectus :


C’est tout naturel
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Périph…

 
Jeanne tend le prospectus à Eusèbe, sans un mot.
 
Porte de Saint Ouen… On arrive sur les Boulevards…
 
Arrêts aux feux. 
 
Rue d’Amsterdam. Une supérette à l’enseigne de la lyre. La queue devant la porte… Un peu plus loin, autre magasin à la lyre, autre queue. Il semble à Eusèbe, qui en fait la remarque, que cette queue soit « encadrée » de vigiles…
 
Très peu de circulation, peu d’animation. Des magasins fermés.
  - On est mercredi, remarque Jeanne, tout cela me semble bien calme. Il est près de midi, non ?
 
On entre dans la cour de l’Elysée à l’instant où les ministres descendent le grand perron, suivis du Président qui les salue l’un après l’autre. 
 
Huissiers, gardes républicains au garde-à-vous… Journalistes qui se pressent, caméras…
 
Les voitures officielles se succèdent emportant le ministre de ceci cela…
 
Le chauffeur conseille à Eusèbe et à Jeanne d’attendre que le cirque soit terminé et que les journalistes soient partis…
 
Eusèbe, qui a « couvert » pour son journal de nombreuses périodes de crise politique, connaît bien les lieux et la musique qui règle ce genre de ballet, et tout le monde attend patiemment…

L’AVERTISSEMENT / P3C2E8

P3C2E8 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 8)

 
N°197 / L’AVERTISSEMENT / P3C2E8

 
C’est l’histoire où l’on retrouve la trace du Mélanippé, du côté de Dakhla, sur la Côte d’Afrique, et où Arthur est mystérieusement prévenu d’une attaque de la base des Chonos. Par l’Épouse ? Par Finette ? Au passage, Rébéquée toilette le météorologue.

 
Mercredi 15 juin
9 heures
Bureau N°1

  A neuf heures, Rébéquée revient de Pau, où elle a conduit Eusèbe et Jeanne, et elle trouve un peu fort qu’il y en a des qui dorment en volupté pendant que d’autres travaillent. 

  Bien sûr, cela ne s’adresse pas à Nouye, qui, elle, veille, et lui montre sur l’écran que le Mélanippé est reparti en direction de Nouakchott.
 
Il a laissé une centaine de palettes à Dakhla, certainement sur le quai ou dans un hangar. 

  Mais dix palettes ont été embarquées sur un navire inconnu qui fait route Nord-Nord-Ouest, peut-être vers New York ?

 
Elasque-Jean Kronobian râle d’avoir été réveillé aussi brutalement et tire sur sa barbe pour manifester un réveil grognon. S’en détachent quelques poils gris et frisottés comme poils de cul qu’il disperse à tout va en gestes mécontents. 

  Il a l’œil bouffi et l’haleine chargée.

 
Nouye, qui compatit à son humeur maussade pour en connaître les raisons, les expose à Rébéquée qui s’excuse platement et le guide d’une main ferme vers la salle de bains la plus proche. 

  Il est vrai que l’érémitisme professionnel auquel sont livrés les guetteurs de ciel peut favoriser un certain relâchement dans l’hygiène personnelle.

  
 Elle lui explique le maniement de la douche et de la brosse à dents, lui montre un sèche-cheveux, qui peut faire office de sèche-barbe, et un plein placard de vêtements divers (de ceux que les Numéros ont accumulés dans ce qui fut leur antre) et elle le laisse se démerder. 

  Puis elle revient au problème antérieur qu’elle continue d’explorer avec Nouye :
- Le connaissement ne parlait pas de réexpédition vers l’Amérique. Mais il est vrai que j’ai eu beaucoup de difficultés à entrer en relation avec les autorités portuaires de Dakhla. A croire qu’elles sont complètement intoxiquées, elles aussi… Les palettes de soupe concentrée qu’on leur a livrées sont destinées au Maroc dans le cadre de l’Aide Internationale à l’Afrique. Elles ne devraient pas en sortir…
- Un trafic ? propose Nouye…
- Un trafic de soupe concentrée vers les Etats-Unis ? Pour dix palettes ? Non, il faut suivre attentivement ce bateau inconnu. Il est possible qu’il nous conduise en Harpie… Amaïa pourrait peut-être lui envoyer quelques crabes espions ?

 
Arthur, que ce remue-ménage a éveillé, revient, à peine vêtu d’un ample peignoir bleu à fleurs et de paupières tombantes :
- Il faudrait aussi prévenir l’ONU, après tout, c’est une cargaison d’aide humanitaire… Donc gratuite, d’où la possibilité de trafic… Mais certainement pas vers les Etats-Unis qui ne manquent pas d’approvisionnements à ce point…
- Et tu es sûr que l’ONU n’est pas… intoxiquée, elle aussi ? demande Rébéquée…
- Tu as raison. On ne peut plus se fier à personne. Il faut attendre le retour d’Eusèbe et de Jeanne. Et Ravot ? Il a du nouveau ?
- Je ne sais pas, mais son espace de liberté va aussi en se rétrécissant : de plus en plus de cadres et d’exécutants sont contaminés, aussi bien dans la police que dans le secteur judiciaire. Sans parler des administrations. On n’a pu donner de la soupe qu’à la gendarmerie de Marinoval et aux collègues d’Amélie, à la brigade de police scientifique. Tant qu’on n’aura pas de poudre d’annihiline[1] en quantité… Et une stratégie d’administration claire et efficace…
- Il faut attendre le retour d’Eusèbe et de Jeanne, confirme Arthur. S’ils parviennent à récupérer le Président…

  C’est là qu’est arrivé ce curieux appel non localisé. Non localisé, confirme Nouye qui pourtant vous situerait à un mètre près un coup de fil lancé en Alaska par un ours blanc égaré dans le blizzard. Et qu’elle a enregistré.

Une voix féminine, brouillée, lointaine, prévient Arthur Malfort qu’elle dit avoir déjà rencontré, que la base du Haï I, dans les Chonos, serait peut-être bientôt attaquée…

Et puis on a coupé très vite…

 
- C’est celle qui m’a déjà sauvé, remarque Arthur pensif… Il n’y a que quelqu’un de chez eux qui peut savoir quelle était cette base du Hai I. C’est bien elle… Je me demande… La vision est floue, je me trouvais dans un triste état et elle se dissimulait…

  Il fait un gros effort de mémoire… 

  - Elle m’a parlé de… Pain de Couleuvre… L’Épouse… Finette de Sainte Fouillouse ! C’est elle ! Nouye, appelle Mnouay aux Chonos et dis-lui de déclencher l’opération prévue par le Plan. Tout de suite ! J’appelle l’ONU à Puerto Cisnès… Et il sera intéressant de retrouver sa sorcière de mère. Elle a peut-être des choses à nous apprendre…


[1]L’annihiline détruit les effets des poudres de la Nouvelle Réna, qui intoxiquent et contaminent tout le pauv’monde.

LA MISSION DE L’INSPECTEUR LEPIF / P2C1E10

P2C1E10 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 10)

  N°89 / LA MISSION DE L’INSPECTEUR LEPIF / P2C1E10

  C’est l’histoire où, après avoir fait la connaissance de l’inspecteur Lepif, nous apprenons quelle a été sa mission première et quelle sera la deuxième.

  Mardi 3 mai
11 heures trente
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

  Ça a commencé à la maternelle et surtout à l’école primaire. Les gamins l’appelaient alors « le chien » ou « gadget » et l’accueillaient en aboyant. Bon. Ça s’était réglé à la récré lorsqu’il avait été capable de régler les choses à la récré. C’est-à-dire très vite.

 
Au collège, sa réputation avait suivi, mais en quatrième, catastrophe, voilà-t-il pas que la prof de français, Madame Chuvmol, avait voulu leur faire étudier Cyrano. Du coup, il était devenu Cyrano et dans les couloirs, on n’entendait plus que la tirade du nez. Ah, elle était contente, Madame Chuvmol, c’était un triomphe pédagogique ! A chaque détour d’étage on entendait « C’est un roc, c’est un pic, c’est un cap, que dis-je, c’est un cap, c’est une péninsule ! », braillé par une douzaine de gamins en culotte courte et en délire qui répondaient « on révise » quand le pion les engueulait parce qu’ils fichaient la panique. Et, raccourci narquois, il était devenu « Péninsule ». Il avait encore fallu qu’il remette les péninsules à l’heure. A la récré.

  Au lycée, sa réputation l’avait précédé, et avait conforté la thèse de celui qui dans la classe avait pris l’option latin-grec, thèse selon laquelle « virga cognoscitur naso[1] ». Comme c’était le caillou de la classe, on l’avait cru sur parole.  Bon. La récré avait  encore une fois remis les pendules à l’heure, et implicitement confirmé qu’il en avait.

 
Parce que ce qui était certain, c’est « qu’il en avait », Lepif, et ses copines étudiantes, qui connaissaient aussi l’expression proverbiale latine ou pour le moins en avaient entendu parler, avaient pu en vérifier le bien-fondé. De visu, de tactu, et même, comme l’une d’entre elles avait ajouté d’enthousiasme, « de mon cul ».

  Certes son anatomie était des plus normales et ne montrait pas les protubérances ridicules qu’observateurs objectifs et lucides, nous avons relevées chez certains notaires parisiens évoqués précédemment. Néanmoins, si nous osons avancer le mot, nous devrons observer que ce long combat contre une persécution moqueuse uniquement liée à un patronyme dont il n’était en rien responsable, avait forgé en Lepif une âme d’airain.

  D’aucuns psy-trucs y verront l’origine d’une vocation policière qui, le plaçant en accord avec lui-même, lui apporte enfin la sérénité ; ou la marque d’un Destin inéluctable qui, le poussant vers la Justice comme l’Épée pousse le Coupable au creux des reins, brouille les pistes de la Décision et transforme

la Liberté en une blague tragique ; ou une manière de sortir de la cour de récré… 

  Pour Lepif, c’était simplement un métier qui lui plaisait, parce qu’il aimait les énigmes, que la confrontation ne lui faisait pas peur, qu’il était curieux, et qu’il en avait, du pif. Et le commissaire Ravier l’avait bien compris puisque, dès que l’inspecteur Lepif s’était pointé au commissariat parisien qu’il dirigeait avant Saint Tignous sur Nivette, il l’avait pris pour adjoint.

Ils s’entendaient bien, Lepif, grand, costaud, rapide et plutôt rugueux, et Ravot, rond et semblait-il, patelin et avenant. Cela durait depuis plus de quinze ans et ils se complétaient si bien que Lepif avait préféré suivre son « Patron » plutôt que de présenter le concours de commissaire. Malgré les conseils de Ravot. Qui l’avait engueulé. Qui en avait cependant été secrètement ravi. Et flatté. Et touché.

  Retrouver trois véhicules de luxe, dont une Rolls, ne devait pas poser de problème, et c’est avec confiance que Lepif s’est mis en chasse : d’abord, il a téléphoné aux hôtels de standing, de Pau à Biarritz.

Pas d’arrivée ou de départ de Rolls hier soir. Une Rolls au Régina et une autre à l’Hôtel du Palais de Biarritz, mais elles sont restées au garage toute la soirée et toute la nuit.

Plus de chance avec la gendarmerie : vers quatre heures du matin deux motards en patrouille ont suivi jusqu’à l’entrée de Bayonne un convoi de trois voitures, qui correspondaient à la description que Jo en avait donnée.

A Bayonne, les trois voitures ont été remarquées à l’entrée du port, et la capitainerie lui a appris qu’elles avaient été embarquées sur un cargo à destination de la Côte d’Afrique. Navire chilien sous pavillon de Malte.

Mais pas trace de passagers.

Leurs occupants semblent s’être volatilisés.

L’aéroport de Biarritz a enregistré trois départs de vols privés, dont un jet d’affaires, un Falcon, à destination de Madrid. Sans autres précisions.

Les sœurs qui dirigent le Tapas’Embal et possèdent une brillante mémoire des noms, ont donné au téléphone les noms de deux notaires parisiens, d’un certain Aloïs Guétotrou-Kifumsec, homme d’affaires dont elles ignorent tout, et de Finette de Sainte Fouillouse, comme étant partis ensemble vers minuit, en compagnie de Luis. Elles ignorent qui est monté avec qui et dans quel véhicule. Et elles se souviennent d’Arnaud Boufigue, le directeur du Super Troc, ça leur revient maintenant.

  C’est ça que Lepif a annoncé à Ravot quand il l’a rappelé au journal.

  Ravot lui a demandé d’enquêter sur cet Aloïs Guétotrou-Kifumsec, pour commencer, et de convoquer tous ceux qu’il pourrait trouver.

 
OK Boss.
 


[1] « On connaît la verge par le nez » vieux proverbe latin. Les Latins étaient les Chinois de l’Antiquité, pour ce qui est des proverbes, mais il n’existe pas de pages roses en chinois.

VICTOR EST HEUREUX / P2C2E18

P2C2E18 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 18)

  N° 119 / VICTOR EST HEUREUX / P2C2E18
 

C’est l’histoire où Victor est heureux et où le commissaire Ravot prend en charge l’affaire du menuisier assassiné.


Mercredi 4 mai
11 heures
Métro.
 

Victor est heureux.
 
  A coup sûr et définitivement.

Il regarde Clémentine, elle le regarde et lui sourit.

Il lisse ses moustaches soigneusement cirées et teintes et sourit à son tour. 

 
Cela, c’est la vie dans laquelle ils ont basculé depuis leur retour : un face à face intégral, absolu, fusionnel ; un silence profond, harmonieux, unique ; une marée sans cesse montante du souffle et des doigts…

  Victor est heureux. 

 
Quoi qu’il arrive. Son bonheur s’arrondit autour de lui comme le ventre de sa Clèm, sans qu’il ait à y penser ou à le vouloir.
C’est ainsi.

  Victor est heureux.

 
Il y a eu ces épuisants enfermements, comme un interminable récitatif monocorde haleté en fausset à l’oreille d’un condamné qui sait que le couperet tombera avec la fin de la psalmodie…

  Il y a eu cet effroyable moment à l’approche d’un déchirement qu’il a cru inévitable, qu’il savait inexpiable, qu’il sentait déjà se tordre dans son esprit avec des bruits grinçants de pince glissant sur la tôle qu’elle mord avant de l’arracher…
 
Il y a eu ce blanc subit de la libération, avec les brûlures terribles de l’air qui revient en sifflant dans les poumons du noyé que l’on sauve alors qu’il se savait mort…

  Et puis cette période d’action soutenue au bord des limbes d’un retour hésitant où leurs regards se frôlaient timidement, quand il a bien fallu revivre et aider Mouye à contrôler les choses.

 
Enfin, la parousie tremblante de la paix, et le sourire de Clèm, infiniment présente…

  C’est pour tout cela que Victor est heureux. Que Victor reste heureux et qu’il sait qu’il le restera. Quoi qu’il arrive. 

 
Qu’il l’est resté devant le corps torturé de Luis, qu’il l’est resté devant le regard pétrifié d’angoisse du menuisier, qu’il le reste dans ce moment d’attente oppressée, auprès du corps allongé sur le quai.

  La main de Clèm vient se loger dans la sienne :
- Tu rêves, mon Boulet ?
- Je rêvais de toi, mon Canon… Viens, on va chercher Ravot.

 
Ils montent dans le métro dont Rébéquée leur a expliqué le maniement, tellement simple, tu affiches la destination, la vitesse choisie, urgente, normale, lente, tu appuies sur le bouton « départ », et quand tu ouvres les yeux, tu es arrivé.

  Vaut mieux t’asseoir si tu veux aller vite : ça secoue !
 
Ça secoue, mais on s’en fiche : on est ensemble, on se caresse les doigts, on se dit rien. Ce qu’on est bien ensemble…