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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

DE LA SOUPE / P3C1E37

P3C1E37 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 37)

  N°182 / DE LA SOUPE / P3C1E37

  C’est l’histoire où il est traité de la soupe, des Martiens, des Brachiosaures, flatueux et flatulents,  et des interventions divines subséquentes. Et de l’effet de serre. Où cela se conclut en un concert d’optimisme persan. 

  Lundi 13 juin
12 heures 30
Bureau N°1

 
(Fait suite à P3C1E37)…

  - J’ai effectivement parlé d’odeur de chou, reprend Amaïa…
 
- Ce serait donc une molécule soufrée… C’est celle qui donne son odeur à la soupe au chou…

  - La soupe au chou, intervient Eusèbe, c’est fou ce qu’on a pu en manger après la guerre. Même que ça présentait quelques inconvénients…

- C’est bien vrai, appuie Jeanne. On s’est assez disputés à ce sujet, je te trouvais plutôt sans-gêne d’exprimer aussi vigoureusement tes flatulences… Un vrai Martien glougloutant, de funeste vile raie…

 
- Ça pète les Martiens ? demande Béa…

  - Hydrogène sulfuré et méthane, entre autres, conclut Amélie…
 

- N’empêche que c’est vrai que les choux ça fait péter, confirme Béa, moi par exemple…

  - … et donc, poursuit Amélie imperturbable, c’est le soufre que se substitue à l’azote et bloque la réaction…

 
- … mais pourquoi les Martiens ? continue Béa qui suit son idée. Et de toute façon, on peut quand même pas péter au nez de tous les toxicos, ajoute-t-elle à la réflexion…

- Ni les forcer à manger de la soupe au chou ou de la soupe aux algues, marmonne Rébéquée…

- Et puis s’il y a du méthane, c’est pas très bon pour l’effet de serre, poursuit Amélie, qui a eu des opinions vertes et vertueuses, c’est vingt trois virgule cinq fois plus actif que le céodeu.

- Maintenant, ça aiderait peut-être au réchauffement, on en aurait bien besoin pour lutter contre la glaciation, surtout qu’on circule moins en voiture, remarque Béa…

- Pas sûr, objecte Rébéquée…

- Il faut revoir tout ce côté du problème avec un météorologue, intervient Arthur qui semble plongé dans ses pensées… C’est vrai qu’il y a peut-être quelque chose à faire de ce côté-là… Je repense à ces documents qui ont été retrouvés à Guamblin, sur le creusement des galeries… Elasque-Jean Kronobian, l’ingénieur météo du Pic du Midi du Bigorre qui collabore au journal depuis l’affaire des Écolocroques… Faut lui demander… L’appeler pour ça, mais…

  - J’ai lu un truc là-dessus, continue Béatrace qui ne se laisse pas facilement écarter d’une ligne de pensée qui lui tient à cœur, surtout depuis qu’Arthur est revenu et qu’elle est remontée à grands ahans sur son nuage de bonheur, il paraît que les herbivores produisent des quantités énormes de méthane, c’est le gaz que tu dis, hein ? Et les végétariens aussi, bien sûr, en tout premier lieu. Même que c’était les premiers à protester contre les émissions de céodeu. Oui. Bon. C’est pas ça que je voulais dire : évidemment, c’était il y a encore plus longtemps que l’apparition des Goums, à l’ère secondaire si je me souviens bien, on y trouvait des machins, des vachosaures de dizaines de tonnes qui devaient te faire des pets de plusieurs mètres cubes ! Tu te rends compte de l’effet de serre que ça a pu donner ?
 
- Et Dieu dans tout ça ? demande Amélie, chez qui l’athéisme scientifique profond flotte encore sur un lointain fond chrétien hérité d’une lointaine école maternelle peuplée de cornettes et de bruissantes robes de bure qui psalmodiaient de chaudes et vertueuses patenôtres. 

  Alors, sa jeune âme vaillante, tel le frais papillon qui, déroulant sa trompe subtile, vient s’abreuver au nectar délicieux d’azuréens Gants de Notre-Dame, se nourrissait aux hymnes juteux des ronronnantes soeurs… 

 
Toute cette ambiance souterraine d’antiques madones aux yeux noirs, déesses oubliées, la pousse au mysticisme, et comme, étonnés, les autres la regardent sans rien dire, même Béa, elle poursuit dans la verte[1] veine cryptocathéchiste du céladon de son oeil droit, qui lui vaironne si joliment le regard :

  - … Dieu, chaudement perché sur son nuage rose (oh oui, gospélise Béa qui s’y connaît en nuages et apprécie la chromaticité complémentaire de l’oeil et de son objet, du regardant et du regardé, de la note et de son écho, ce qui lui met un cui-cui dans l’âme, oh oui) dans le soleil couchant, par la chaude soirée tropicale d’un Crétacé plein d’effet de serre, au milieu des anges, des séraphins, des trônes et des dominations, peinard, en train de concevoir les prémisses mammaliens de l’humanité, humant déjà d’une avide narine le parfum suave de l’holocauste des âmes des martyrs aztèques, chrétiens, juifs ou arabes sacrifiés en Ses Saints Noms, et qui se prend en pleine poire les vingt fois vingt mètres cubes (détendus à la pression atmosphérique à 3000 mètres d’altitude) des pets grondants d’un troupeau de vingt UGB[2] qui passe sous ses pieds en meuglant à la proche pleine lune ! Enfoncés les pets de soupe au choux et les fumées de l’embouteillage du périf ! De quoi vous bousculer l’Auréole, la Gloire et la Tonsure, non ? Pas étonnant qu’il leur ait balancé une météorite géante dans le golfe du Mexique pour sonner l’extinction des feux ! A la trappe les sauropodes ! Moi, à sa place, c’est la planète que j’aurais fumée ! pulvérisée ! flytoxée ! atomisée !! Et je serais allée jouer aux billes sur Mars !

  - Oui mais, Jeanne elle a dit que ça pète aussi, les Martiens, l’interrompt Béa…

  - C’est vrai. Alors, peut-être que c’est déjà à cause de ça qu’Il était venu sur Terre, admet, labile, l’alme Amélie. Il finira peut-être par aller sur Alpha du Centaure…

- … ou Bételgeuse, reprend Béa qui a des idées en astronomie. Ce serait bien : on ne serait plus emmerdés par les martyrs arabes qui trouvent amusant de se faire péter en public…

 
- Si le chanoine Biroton vous entendait, ironise Ravot…

  - Stop ! interrompt compendieusement Jeanne qui se lève, l’œil plus glacé que marron à Noël, tout en frappant la table de sa main sèche et dure (et ça fait « bing » à cause du large et lourd bracelet d’or martelé qu’Amaïa lui a offert un jour où elle lui montrait le trésor des Goums en lui expliquant qu’il devait provenir d’un Mède quelconque, sans doute percé par un Perse tout aussi quidam et non moins réduit en impalpable poudre par le temps qui sur toute ombre jette une ombre plus noire[3]).

 
Les derniers locuteurs se taisent et le silence se fait.

  Jeanne poursuit alors, de sa voix de Dragon revenu :
 

- Le temps n’est pas aux digressions !

  Conscients de s’être laissés aller à des propos superficiels et déplacés en la circonstance, les derniers interlocuteurs et teuses se taisent donc et baissent un front confus :

 
- Pardon, Jeanne, tu as raison, bredouille Béa, mais…

  Jeanne lui coupe la parole, froide et tranchante, rejetant, en un geste gaullien, excuses et regrets :
 
- Ça ne va pas ! On est là à se défendre et à se lamenter, comme si ces Ostrogoths nous avaient déjà vaincus ! Mais nous avons des avantages !

Elle bombe le torse (Béa baisse le nez pour ne pas pouffer en se disant, mortifiée : et comment tu seras à son âge ?) et, telle Sraosha[4] dont elle porte le signe, lève un bras gainé d’or où chacun voit un foudre :

  - Alors, sus ! Attaquons ! Taïaut ! Montjoie Saint Denis ! Palsambleu ! Cocorico ! Pouèt-pouèt !

 
Et, avec un bing métallique et persan, elle repose la main à plat sur la table dans le silence surpris du public.

  On se regarde.
 

En chacun monte alors un appétit de gloire.

  Amaïa enchaîne, contralto vibrant :

 
- Elle a raison.

  Et les autres hochent approbativement la tête en grondant sourdement :
 
- Oui, oui, elle a raison…

  Eusèbe baryton reprend, un ton plus haut :

 
- Elle a raison !

  Le grondement s’accentue, avec de-ci de-là une voix qui perce dans l’aigu sur le bourdon de base :
 

- Oui, oui, elle a raison, elle a vachement raison…

  Rébéquée ne dit rien, mais semble soulevée, poussée en haut et en avant par une impatience qui la travaillerait, sournoise, au périnée…

 
Sur ce fond bouillonnant, on n’entend que Béa qui martèle le rythme tout en hochant la tête :

  - Ouais, ouais, ouais, ouais…
 
Ravot, tendu, observe.

  Lepif, tétanisé, serre la main d’Amélie qui, les lèvres mordues, halète inconsciemment…

 
Et Arthur, alors, se lève en étendant les bras, imposant le silence : 

 - Chuuttttt, souffle l’assistance…
 

- On a au moins un avantage : ils ignorent ma guérison…

  - Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…

 
Ravot enchaîne, mais sans se lever tant il se veut modeste en ces lieux et en cet instant qu’il sent chargés d’histoire :

  - Nous connaissons leur drogue…
 
- Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…

  Amaïa se lève à son tour :

 
- … et son antidote !

  - Ouais, c’est vrai ça, c’est vrai, approuve l’assistance…
 
Arthur reprend :

  - Nous les avons vaincus… Nous les vaincrons encore.

 
Et ils se lèvent tous.

  Et ils Boivent La Soupe.
 


[1] Le vert sied aux rousses.

[2] Unité de Gros Brachiosaure (ou Brontosaure selon les cas) : entre vingt et cinquante tonnes pièce.

[3] Les Goums, qui vivent entre eux, n’ont rien à foutre des trésors d’or et de pierres précieuses, leur esthétique étant plus globale que personnelle. Mais ils ont repéré le goût que manifestent les Goumyôs pour ces colifichets et l’intérêt qu’ils pouvaient avoir à récupérer, au cours des siècles, tout ce que ceux-ci peuvent laisser traîner dans le genre, soit à l’occasion de naufrages maritimes (fréquents dans la région), ou terrestres, consécutifs à l’une ou l’autre bataille, bagarre (emprunté du provençal bagarro, adaptation du béarnais batsarre (ou bacharro) « rixe, vacarme », lui-même emprunté du basque batzarre, proprement « rassemblement », ce qui marque de manière intéressante le regard que les uns portent sur les mœurs des autres lorsque l’on se déplace de l’Ouest vers l’Est. Du Nord au Sud, on se contente de faire appel à un traducteur ou de tirer dans le tas.), ou discussion. C’est une éventuelle monnaie d’échange ou d’acquisition qu’ils ne montrent jamais, sinon aux leurs. Pour d’évidentes raisons : pensez à ce qu’auraient fait les élus locaux de Saint Tignous sur Nivette d’une telle révélation ! Ce cadeau constitue donc une marque d’adoption sans réserve qui a beaucoup flatté Jeanne. Qui le porte toujours lorsqu’elle se trouve « en bas », comme elle dit elle-même. En plus il lui va bien.

[4] Sraosha est le dieu justicier, chez lez Mèdes.

DEUXIÈME PARTIE

P2C1E0 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 0)

 

N°79 / C’EST LE TITRE / P2C1E0


C’est l’histoire où commence la Deuxième Partie.
 

DEUXIÈME PARTIE
 

HYBRIS


Hybris
 


LE TAPAS’EMBAL’ / P2C1E1

P2C1E1 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 1)

  N°80 / LE TAPAS’EMBAL’ / P2C1E1

C’est l’histoire où Begoña-Conception et sa soeur, Gerañum-Assomption recherchent des saucisses. On découvre le système Super-Troc.



Deux ans ont passé..
.




Lundi 2 mai
Saint Tignous sur Nivette 
Le Tapas’Embal’

- Je ne sais pas si on aura assez de saucisses.


Begoña-Conception s’inquiète toujours pour son approvisionnement.

Au début, c’était facile : sa sœur jumelle
et elle-même avaient repris l’établissement ouvert en franchise depuis quelques années dans l’ancien presbytère, face à l’abbatiale. Leur prédécesseur avait dû quitter Saint Tignous sur Nivette à la suite de sombres histoires avec la Mairie, ou avec le bar de Mado, ou avec les deux.

  Begoña-Conception n’a pas tout compris, mais il devait s’agir de pots de vin qui auraient été versés à contretemps pour évincer Mado, qui n’aurait pas apprécié la méthode, l’aurait fait savoir haut et fort, et… bref, le Maire aurait suggéré discrètement au prédécesseur en question d’aller planter ses vignes ailleurs pour ne pas être éclaboussé. Parce que le Maire n’aime pas les éclaboussures.

  Et la franchise s’est trouvée libre. Les sœurs, déjà insérées dans le circuit Tapas’Embal’, y ont été envoyées par le PDG lui-même, en mission de redressement, en quelque sorte. Elles ont fait amie-amie avec Mado (il y a de la place pour tout le monde, on serait plutôt complémentaires, on n’est pas sur le même créneau, on ne se fait pas concurrence, etc…) et se sont montrées à la fois plus discrètes et plus généreuses avec le Maire, ce qui leur a valu l’estime de tous.
 
Mais maintenant, avec tout ce mauvais temps et toutes ces tensions politiques, on ne sait plus très bien à quoi se raccrocher.
 
Et on manque de saucisses. 
 
Il faut dire que jusqu’aux « évènements », qui ont conduit à la disparition du Gulf Stream et de Tanger, la marchandise leur était fournie quotidiennement depuis l’Espagne. C’était le règne heureux du « flux tendu » où la commande du lendemain partait le soir et où l’essentiel des tapas vendus étaient froids et « à emporter », en préemballé.
 
Le PDG avait conçu son marketing à la façon des distributeurs de pizzas ou de produits asiatiques, avec une salle de restaurant du genre « restauration rapide » et un comptoir de vente. Bien sûr, le cadre était très différent et se trouvait agrémenté d’un coin toros et castagnettes.

Les serveuses (on les appelait comme ça), déclarées et payées au minimum, remboursaient leur salaire officiel sur leurs gains occultes la balayette[1] et se trouvaient ainsi autofinancées. Largement décolletées, elles balançaient d’amples jupes entre les petites tables et se devaient d’être gitanes et complaisantes. Elles versaient à l’établissement qui les recevait un large pourcentage sur ces gains occultes la balayette. Les serveurs, tous à petit cul[2] moulé dans un pantalon noir et en chaussures à talons hauts et larges, devaient savoir danser le flamenco en fin de soirée-guitare-ay-ay-ay-ma-mère-qué-y’ai-mal-à-mon’-corazon’. Le tout noyé de jerez ou de vino tinto selon les moyens du client.
 
Mais maintenant tout est plus compliqué. Les camions d’approvisionnement qui faisaient la tournée des boutiques depuis les entrepôts-relais ou même directement depuis l’usine ne passent plus la barrière enneigée des Pyrénées, les caboteurs qui les ont relayés restent lents et soumis aux intempéries. Certains petits ports ont dû être abandonnés : le niveau de l’Atlantique a baissé de près de trois mètres en deux ans à cause de la glaciation et de tout ça…
 
Alors, il faut se débrouiller avec les moyens du bord. 
 
Et en plus, le PDG a disparu, atomisé avec son yacht en plein détroit de Gibraltar.
 
Begoña-Conception s’est retrouvée à la tête d’une entreprise en perdition. Qu’elle a brillamment sauvée puis développée. Sa solution : fabriquer les tapas, que jusque-là elle se contentait de déballer et de mettre à température. Simple mais fallait y penser. Et oser. Mado l’a aidée. Et bien sûr Gerañum-Assomption, sa sœur jumelle puînée et de ce fait naturellement subordonnée. Là où Begoña-Conception gère, prévoit, conçoit, commande, Gerañum-Assomption exécute avec la grâce le charme et l’enthousiasme de sa tendre jeunesse (elle est née vingt minutes après sa sœur et dès le départ, sa mère l’a trouvée plus facile à vivre). Il a bien sûr fallu embaucher, mais dans le contexte de débandade générale consécutif aux « évènements », ce n’est pas d’une grande difficulté.
 
Dans l’immédiat, le problème est celui de la saucisse. D’autant qu’elles attendent des visiteurs de marque : le Maire a annoncé qu’il « passerait grignoter quelques bricoles » sur les quatre heures, avec la nouvelle pédégette du groupe, qui, en plus, vient de racheter la conserverie Lartigo. Conserverie de saucisses installée depuis deux générations à Saint Tignous sur Nivette et à l’arrêt depuis deux mois pour défaut d’approvisionnement en matière première. D’où le problème.
 
Et Begoña-Conception tient à prouver qu’elle est capable de toujours trouver une solution. Bien sûr, personne, et surtout pas la nouvelle pédégette, ne pourrait lui reprocher de manquer de saucisses pour ses tapas, mais c’est un point d’honneur. Na.
 
Déjà l’appro en canapés est assuré, via la Boulangerie Verte de

la Marée au Grand Port qui dessert toute la région, et pas seulement en pain d’algues, mais aussi en pain ordinaire et en conserves de crabes. Depuis peu, on trouve aussi dans leur gamme des soupes de la mer de toutes sortes fabriquées avec des produits bizarres, mais c’est plutôt bon, et Begoña-Conception les a ajoutées au gaspacho qu’elle proposait déjà sur sa carte. 

Mais ils n’ont pas de saucisses. 
 
Alors elle se décide à décrocher son téléphone. Qui fonctionne, pour une fois.
 
- Allo, Super Troc ? (les enseignes de grande distribution, hier ennemies entre elles, ont eu vite fait de se regrouper dans l’adversité en un seul Super Troc) Oui, bonjour, je suis une cliente-recycleuse fidèle et privilégiée (bien obligée, tout le monde l’est). J’aurais besoin de deux kilos de saucisses du genre chipolatas pour dans une heure. Est-ce que vous avez ça dans vos fichiers ?
 
Ça l’agace Begoña-Conception de devoir recourir au « système » de récup’échange généralisé qui fait la fortune de Super Troc et occupe de manière quasiment forcée les loisirs et l’espace de vie de la majorité des citoyens du monde développé. Surtout les chômeurs, parce que les indemnités suivent une tendance inverse de celle de la météo : elles fondent quand la neige s’installe. Elle, elle serait plutôt restée du genre consommatrice dans l’âme : tu vas au magasin, t’achètes, et basta. 
 
L’idée de devoir stocker tout ce qui lui tombe sous la main d’utile et d’accessoire pour engraisser une centrale de troc qui n’aura rien d’autre à faire que de mettre en relation un fichier d’offre à un fichier de demande lui colle des boutons. Le Tapas’Embal’ dispose bien sûr d’une pièce de réserve (surtout riche en savon d’ailleurs, dont elle a trouvé un lot important dans un entrepôt de la chaîne lorsqu’elles se sont installées. Il était destiné à des « établissements spéciaux » de Tanger, mais après les « évènements », Tanger…), mais elle a autre chose à faire qu’à passer son temps à racler les clapiers de campagne ou les serres de balcon pour chasser le lapin d’élevage à la maison ou le poireau d’occasion. 
 
Alors, elle a créé son réseau de fournisseurs, artisans pour la plupart, et tant pis pour la Grande Redistribution. Bon. La cote des saucisses est au plus haut et la cote du savon au plus bas. Bien sûr. Et Super Troc devient propriétaire de cinquante kilos de son savon contre deux kilos de saucisses qui lui seront livrées dans l’heure. Et le livreur apposera les scellés sur le savon en apportant les saucisses. D’ailleurs, il a un passe pour la réserve. Parce que, bien sûr, Super Troc ne stocke rien. Coût de la transaction et de la livraison : cinq euros… Il viendra chercher le savon sans avoir rien à demander lorsqu’un autre client-recycleur en fera la demande. Begoña-Conception est persuadée qu’à ce moment-là, la cote du savon aura grimpé, et que s’il propose des saucisses, celles-ci seront au plus bas. Comme ça, au hasard. Bon. L’essentiel, c’est qu’elle aura ses chipolatas.

En cuisine, on s’active et les plateaux sont prêts dès trois heures. Pas de coupure d’électricité pour l’instant. Croise les doigts, Begoña-Conception, croise les doigts…
 


[1] Car la balayette est toujours occulte, et réciproquement.

[2] Parce que ce sont des Espagnols. L’ethnologue Pierre Desproges a démontré qu’il s’agit là d’une spécificité ethnique.

LES DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E2

P2C1E2 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°81 / LES DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E2

 
C’est l’histoire où l’on revient sur feu Déodat de Sainte Fouilleuse et son cousin Hilarion-Jovial et où il est question de Super-Troc et de Grande Distribution. On parle aussi un peu de Finette.


 
Histoire(s) de Famille(s)

  Les de Sainte Fouillouse forment une vaste famille d’origine lointaine dont les ramifications aussi multiples qu’obscures témoignent d’un tempérament prolifique autant que vagabond. 

 
La branche espagnole, incarnée en la personne de Déodat, était la plus brillante et semblait avoir cristallisé toutes les vertus. Déodat s’était constitué un véritable empire en s’appuyant sur les besoins fondamentaux de ses contemporains et sur les passions qui naissent de ces besoins. Il avait repris les éléments que son père avait commencés à développer à partir des idées de son grand-père, qui lui-même s’était contenté de dépenser une fortune mystérieusement acquise  du côté de Panama et d’observer que ses contemporains aimaient manger et faire la fête.

Son père avait mis en pratique ces observations et utilisé les bons réseaux au bon moment pour très concrètement fournir toute sa région en tapas, en boissons et en filles. Et il avait reconstitué la fortune dilapidée.

Déodat, lui, avait modernisé les concepts de base pour inonder le pays de ses produits en créant la chaîne franchisée Tapas’Embal’. Et il s’apprêtait à en déborder largement.

  Suivant l’exemple de ses ancêtres, il s’appuyait sur deux bases très solides cimentées par un manque absolu de scrupules. 

  La première de ces bases émanait des réseaux, honorables et sacrés que tissait la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine.  Réseaux officiels constitués d’organisations caritatives et missionnaires, mais aussi réseaux plus discrets, liés à un activisme silencieux « Ad Majorem Dei Gloriam », plus politiques, et largement soutenus par certains milieux financiers qui ne manquaient jamais à l’appel lorsque le besoin s’en faisait sentir. Il s’agissait d’éviter « l’affaiblissement du sentiment religieux dans les masses[1]». Tout cela lui avait permis de reprendre à son compte (et à bon compte) les éléments du patrimoine immobilier religieux disponibles dans le secteur où il souhaitait implanter ses établissements. Il avait fait sienne la devise de ses amis et l’appliquait dans le domaine de ses affaires : « Il faut se battre avec le poing. Dans un duel, on ne compte ni ne mesure les coups… On ne fait pas la guerre avec la charité.[2]» Et peu importe donc ce qu’il y faisait. Si l’un de ces « soutiens » se montrait surpris par les décolletés provocants des serveuses installées dans tel ou tel ci-devant presbytère ou couvent de nonnes devenu lieu de restauration et de distraction, il répliquait que cela lui permettait de soutenir l’Eglise dans ce qu’elle avait de fondamental, et de séduire les ennemis de Dieu qu’il valait mieux voir dans un bordel catholique qu’à la Loge ou dans une Cellule du Parti. Et que toutes les filles (et tous les garçons) étaient baptisées et faisaient leurs Pâques avec beaucoup de dévotion. (Sous peine de licenciement via Tanger, voire plus loin). Par ailleurs, beaucoup de ses tapas étaient confectionnés dans des couvents qu’ils faisaient vivre, en ces temps où l’Etat mécréant serrait les cordons de la bourse. Œil pour œil, bourses pour bourse…

 L’autre base, s’appuyait sur les réseaux discrets, efficaces et puissants qui affleuraient (rarement) sous le nom d’Imporium. Ces réseaux, sans qu’il ait à fournir d’efforts et sans qu’il se compromette, l’approvisionnaient en personnel essentiellement féminin, totalement discipliné, dont les prestations très rentables étaient garanties par une sélection drastique, une formation rigoureuse effectuée en amont et de sombres perspectives en aval en cas d’errements.

Ce personnel, très rentable donc, n’était que sous traité (en autonomie financière pour ce qui était de ses activités occultes la balayette, il était pour le reste officiellement embauché pour ses prestations en salle et remboursait – largement – son salaire avec ce qu’il reversait (50 %) de ses gains occultes la balayette[3]) ce qui laissait aux entreprises de Déodat une façade impeccable, par ailleurs fort utile aux prestataires de service de l’Imporium qui y recyclaient des fonds d’origine imprécise, voire indicible. Placé à la charnière du monde du Vice et du monde de

la Vertu, Déodat assurait le passage harmonieux de l’un à l’autre et permettait aux transactions les plus délicates de s’accomplir dans le velouté suave d’une fumigation d’encens totalement discrète. Pour le plus grand profit de chacun, bien sûr. Et, comme il a été dit, « Ad Majorem Dei Gloriam ».

Amen.

  C’est donc au titre d’invité-partenaire que Déodat avait assisté au Fessetival de Tanger, au retour duquel il avait tragiquement disparu avec son yacht et la passagère de choix qu’il convoyait. Plongeant la profession dans l’angoisse et la désolation.

  Dieu soit loué, pour les deux partenaires de Déodat, le dénouement de ce qui fut plus tard appelé la « Crise des Écolocroques », ou les « évènements », a remis en piste un certain nombre de personnages fort intéressants. Quoique totalement imprévus.

 
En effet, et à l’encontre des préconisations familiales, Déodat n’avait pas assuré sa succession. A trente cinq ans, il s’estimait trop jeune et trop occupé pour convoler et s’assurer une descendance légitime, ainsi que l’avaient fait avant lui ses ascendants directs. Et il n’était pas question, dans le désordre généralisé qui avait suivi l’effondrement de la tentative des Écolocroques, de laisser s’exprimer des prétentions bâtardes : le monde des Affaires n’est pas une Principauté méditerranéenne.

  Les partenaires de feu Déodat aimaient les choses claires et détestaient les chicanes. D’ailleurs les quelques filles qui eurent l’imprudence de se prétendre suitées de marmots biologiquement issus de ses œuvres en firent la dure expérience, coulées avec leurs lardons et leurs avocats, qui, dans le béton d’une digue de protection d’urgence du nouveau port de Tanger, qui, dans les fondations d’un monument expiatoire dédié à Saint Pie X, protecteur des Défenseurs de l’Ordre, qui fut érigé sur la pointe de Tarifa. La digue et le monument avaient été dûment bénis, cela va sans dire. On peut donc parler de Sépulture Chrétienne.

 
Il avait donc fallu se tourner dans une autre direction, mais que l’on voulait légitime. Et l’on avait repris l’inventaire des ressources de la famille de Sainte Fouillouse.

  Bien sûr, on y avait trouvé la branche « Hilarion-Jovial », le Conseiller en matière d’économie électorale que nous avons déjà croisé, mais les ambitions personnelles du personnage et ses certitudes quant à l’exclusive validité des « solutions » qu’il voudrait proposer pour tout les avaient fait bien rire, d’abord, et le rejeter ensuite : il aurait été capable de couler Tapas’Embal’, grâce à des tentatives de manipulation machiavéliques aussi subtiles que des câbles d’amarrage, sous prétexte d’en tirer « 6000 en plus », selon les principes de sa « Méthode à 6000 », qu’il avait développée en collaboration avec sa sœur, Ordegale-Junie, épouse Lebièvre, elle-même de si bon conseil. Et ce au seul et exclusif profit de son plan de carrière. Hilarion-Jovial vous accueillait toujours à bras ouverts lorsqu’il espérait pouvoir les refermer sur quelque chose de rentable à plus ou moins long terme. Le fait était suffisamment connu pour que désormais on considère avec une méfiance absolue ses amabilités occasionnelles et ses serments d’allégeance ou de soutien, une main sur le cœur et l’autre sur la tête de ses gosses (nés coiffés de casques de chantier). Il n’était plus qu’un parti politique[4] foisonnant de tendances contradictoires pour feindre de croire en la sincérité du bonhomme : Untel voyait en Hilarion-Jovial un soutien de la tendance Untel et Deuxtel voyait en Hilarion-Jovial un soutien de la tendance Deuxtel, et donc, chacun voyant en Hilarion-Jovial un soutien de sa tendance contre la tendance adverse, Hilarion-Jovial se trouvait d’autant plus investi de confiance que la tendance Untel détestait la tendance Deuxtel au point de l’accabler de ce mépris silencieux qui conforte les grandes certitudes. Et réciproquement, bien sûr.

 
Mais cela ne pouvait convenir à des gens sérieux.

  Non, il leur fallait quelqu’un de cohérent et de compétent, de docile et d’imaginatif. De charmeur aussi, pour être capable de convaincre sans efforts au besoin… Et doté de suffisamment de modestie pour admettre son rôle de marionnette dorée. Parce que la place serait bien payée. Enviable. Enviée. Il faudrait donc être capable de se défendre…

 
Alors ils avaient trouvé la trace d’une certaine Finette.

  Oh, il s’agissait d’une branche lointaine des de Sainte Fouillouse, un peu oubliée dans les dédales d’exils multiples autant que confus. Mais c’était bien une cousine du précédent, et donc de Déodat, même s’il l’avait évidemment ignorée. Et qui s’était de nouveau perdue dans la nature au moment de l’effondrement des Écolocroques qu’elle avait brièvement représentés à Saint Tignous sur Nivette. Et les Écolocroques étaient bien connus de l’Imporium. Très bien connus. Depuis le temps qu’ils transportaient certaines marchandises délicates à forte valeur ajoutée…

 
En fin de compte, on l’avait retrouvée par l’intermédiaire de l’autre « écolocroquiste » de Saint Tignous sur Nivette, Arnaud Boufigue, recyclé lui chez Super Troc, qu’en génie du commerce il avait quelque peu initié, et qui restait en relation avec tout le réseau résiduel de l’organisation  « de surface » des Écolocroques, retournée à sa fonction purement mercantile d’origine. 

  Arnaud Boufigue était un excellent commercial, c’est-à-dire que son centre d’intérêt exclusif résidait dans les poches de ses contemporains. Petites ou grandes, il trouvait toujours aussi amusant de les vider dans les siennes, se fondant sur l’idée que les petites poches font les grandes besaces. Et s’il restait des contemporains équipés de poches, il subsistait aussi la structure de transfert qui avait prouvé son efficacité quant à la manière d’en récupérer le contenu : la grande distribution. Il s’était donc tout naturellement rapproché de cette structure dont les dirigeants parlaient le même langage que lui.

Et, bien sûr, ils s’étaient compris. Il connaissait bien le réseau parallèle des boutiques et des officines « écolocroquistes » qu’il avait contribué à établir et dont l’infrastructure restait en place, tandis que le réseau officiel de la grande distribution était mis à mal par les problèmes logistiques générés par les prémisses de la glaciation. 

  On avait donc conclu « un bon accord[5] ». Et, après de multiples et discrètes manœuvres financières, on avait fondé le système Super Troc, qui poussait à l’extrême les principes de base qui avaient déjà si bien réussi à la GMS : des lieux de « culte », sortes de bourses populaires où se réunissent les Consommateurs, rebaptisés Troquistes, où l’on s’identifie par des cartes, des grades, des médailles toutes plus valorisantes, spécifiques et gratifiantes les unes que les autres, et où les Troquistes apportent leurs Ressources (patates, électroménager, épices, chaussettes tricotées maison ou échangées chez tel ou tel voisin tricoteur, ou récupérées à l’occasion d’un contact ou d’un déplacement auprès d’un fabricant qui veut s’en débarrasser, etc…) chacun devenant à la fois fournisseur, distributeur, stockeur, recéleur, voleur, emprunteur, banquier, fouineur, chineur ou artisan.
 Les industriels eux-mêmes, ceux qui avaient survécu à la GPT (Grande Panne des Transports), devaient se débrouiller pour se bricoler un réseau de « correspondants-troqueurs » qui assuraient la diffusion de leurs produits. On aboutissait ainsi à un système de redistribution de proximité, de Troqueur à Troqueur, par triporteurs ou fourgonnettes, mais surtout, pour Super Troc, on évitait les stocks, les magasins, les fournisseurs, les clients. Il restait des points d’échange. Commissionnés bien sûr. Et cela dans une Bourse générale et permanente de tout pour tous concrétisée par des Centres de Troc où l’on échangeait beaucoup, avec bla-blas, cris et passions. Mais pour Super Troc, pas d’achat, pas de vente, pas de logistique, pas de flux, pas de responsabilité, plus de principe de précaution. Ne restait que l’Essence du Commerce : de la communication en quantité, et au bout, par ici la bonne soupe, des commissions, des Phynances. Et

la Vertu en prime puisqu’on était plus écologique que l’écologie et que chaque Troqueur devenait un Acteur économique Responsable de son Circuit Court.

   Et donc, Arnaud Boufigue leur avait communiqué les coordonnées de Finette.
 


[1] Le rapporteur Delpit de la commission d’enquête parlementaire qui suivra la répression de la Commune de Paris en 1871 expliquera en partie l’insurrection par cette cause profonde (l’Histoire, n°311, p 48). Cette démarche a été largement reprise par tous les activistes religieux, enfin, par tous ceux qui en ont les moyens, enfin, par tous ceux qui se sont donné les moyens d’en avoir les moyens (Evangélistes, Islamistes, Sionistes, etc…), et récemment par un certain président (sans majuscule) de la République.

[2] Pie X

[3] Comme il a déjà été dit.

[4] Le PPN : Parti de Promotion Notabliaire.

[5] Expression consacrée qui clôt tout entretien commercial et qui constate qu’en attendant mieux, celui qui conclut a bien pelé l’autre qui ne s’en est pas encore aperçu, ou qui a exactement la même et symétrique impression

LUIS OTTOUADLA, JOURNALISTE STAGIAIRE ET AMBITIEUX / P2C1E4

P2C1E4 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 4)

  N°83 / Luis Ottouadla, journaliste stagiaire et ambitieux / P2C1E4

 
C’est l’histoire où nous faisons la connaissance de Luis Ottouadla, journaliste stagiaire ambitieux, qui se prépare pour l’inauguration du Tapas’Embal’. Au passage, nous regardons l’émission qui a mis fin à la carrière des Écolocroques.

  Lundi 2 mai
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