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Frère Jean des Entonnoirs

Frère Jean des Entonnoirs

  Ce moine franciscain est rencontré par le plus grand des hasards et par Jeanne et Eusèbe Malfort dans l’avion Pau-Paris en P3C2E2 (lien).
 
Il se montre fort en gueule et grand amateur de Chablis, qu’il délaissera plus tard au profit du Jurançon. Mais c’est une autre histoire.

  Retour de Paris, ils retrouvent Frère Jean et l’aimable hôtesse Cloclo Chatapus avec qui ils voyagent de nouveau. Un vol assez mouvementé d’ailleurs P3C2E6 (lien). Au cours de ces rencontres, Jeanne expérimente sur l’homme de robe les effets de l’annihiline d’Amélie.
 
Ce qui entraîne quelque désarroi métaphysique chez le saint homme, qui vient s’en étonner, sinon s’en plaindre à Saint Tignous sur Nivette, en compagnie de sa tendre Cloclo Chatapus : P3C2E18, P3C2E19, P3C2E20 (liens).
 

Présenté à Amaïa, mère des Goums, il révèle sa vraie nature : le peuple dont il est issu n’est autre que l’ancien clan goum des Ours !

Les retrouvailles sont chaudes : P3C2E34, (lien).
 Et en P3C2E35
, alors !
  Et c’est pas fini…
 
 

17 novembre 2008 - Aucun commentaire
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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

VLADIMIR

VLADIMIR

  Désigné par le Numéro 1 comme « Ordonnance » de Clèm et Victor, prisonniers à bord du Hai II. Il se présente comme un « ami » clandestin (P1C1E17), et prononce le Serment des Moustaches.
 
Il intervient dans l’écriture des proclamations (P1C2E13).


Après la déroute des Numéros, il reçoit le commandement du Hai II et disparaît mystérieusement avec celui-ci en (P2C1E15).
 

CARTE DE LA BASE DE GUAMBLIN

Ces  cartes faciliteront la compréhension du deuxième chapitre de la deuxième partie (et des suivants).

 
J’espère parvenir à les lier aux épisodes directement concernés.

  La troisième détaille le chemin qui relie la base de l’ONU et celle des Goums, dans l’île de Guamblin


Par commodité : un petit truc que je reprends à DEB (avec gratitude) :


Pour agrandir la carte et en rendre les détails lisibles, Ctrl et la molette de la souris.

base des Chonos

14 juillet 2008 - Aucun commentaire
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RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.
 
Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.
 
Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

  Il y avait donc deux canards dans le coin.
  Serait-ce un coin-coin ?
 

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors que, circonstance aggravante, elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.
  Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous.
 
Si.

Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 

L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal.

Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
  Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.
 

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
  Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
 

  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement.

Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.
  Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis…
 

Mais Rébéquée lui règle son compte.
  Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.
 

Là se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère.
  Dans quel obscur dessein ?
 

Que vient faire le FROID dont il parle ?
  Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !
 

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.
  Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?
 

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques !
  Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir

la GLACIATION ! 

  Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.
  Ça y est, ils vont y passer !
 

Le viol est imminent !
  C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants.
 

Fichus les Écolocroques.
  Tout au moins les Numéros.
  Mais… Mais la suite, c’est dans la DEUXIÈME PARTIE
 Ça commence deux ans plus tard…

ON LES TIENT / P3C1E4

P3C1E4 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 4)

  N°149 / ON LES TIENT / P3C1E4

  C’est l’histoire où l’analyse de l’enregistrement du meurtre d’Edmonde de l
a Vorme Séchée révèle qui sont les coupables.

 
Mercredi 8 juin
12 heure 30

La Lanterne

  La fouille du bâtiment qui fait face au journal et d’où la flèche est partie n’a rien donné.

  Alors, « on » s’est retrouvés, face au grand écran que Victor a fait installer dans le bureau directorial pour regarder le film : Ravot, bien sûr, mais aussi Lepif (j’ai confiance en son œil, a dit son chef pour obtenir qu’il soit là), Mouchoir, en grand technicien, est mis « aux manettes », et tous les Malfort, « y compris les dames » qui sont remontées d’Agotchilho avec Rébéquée. 

 
Lepif est le seul à ne pas être initié au secret des Goums. « On fera attention », a dit Béatrace. « Je te surveillerai, bavarde », lui a glissé Clèm à l’oreille, en se casant dans un fauteuil auprès d’elle, alors que Rébéquée s’assied près d’Hélène.

  Ce que le commissaire ignore, c’est qu’une ligne directe transmet les images au bureau N°1 et que Nouye et Amaïa regardent en même temps qu’eux et entendent ce qu’ils disent. Elles peuvent même intervenir sur le défilement des images et répondre directement en se mêlant à la discussion. Par souci de discrétion, on a remplacé l’interphone direct par un retour téléphonique discret. Non pas qu’on le cache à Ravot, mais allez lui expliquer cela devant Lepif !

 
Ce que lui, Lepif, ne comprend pas, c’est pourquoi toutes ces nanas sont là ! Est-ce qu’il emmène sa femme au bureau, lui ? C’est vrai qu’il n’a jamais eu le temps d’en avoir une très longtemps.

  - Le son ne sera pas très bon, précise Mouchoir avant de démarrer. J’ai filmé depuis cette fenêtre (il la montre) que Monsieur Malfort avait entrebâillée, mais si l’image doit être de bonne qualité, le micro ne pourra donner que des bruits d’ensemble…

Et il allume le grand écran plasma récemment installé dans le bureau. Il l’a raccordé au disque dur de la caméra électronique, par l’intermédiaire de l’ordinateur qui lui sert lorsqu’il veut réaliser un montage.

 
A ce moment, un appel de Nouye, pris par Victor, informe que le Mélanippé est annoncé pour demain matin… 

  La petite caméra est branchée. 

 
Images agitées : Mouchoir n’est pas encore calé.

On entend Victor hors champ :
 « - Cadre large… »
Zoom arrière qui découvre toute la place, puis le champ se resserre autour des seuls manifestants, et s’élargit de nouveau pour suivre à distance Daniel Forpris qui s’éloigne et remonte en voiture. La voiture démarre et tourne dans une petite rue, à l’angle du bâtiment d’en face qui reste visible dans le champ stabilisé, tout comme les petites rues qui l’encadrent et par où arrivent de petits groupes de manifestants.

  - Stop, demande Lepif en tendant le bras vers un point de l’écran…
- Oui, Lepif ? demande Ravot, alors que Mouchoir provoque l’arrêt sur image.
- Un peu en arrière… Non, trop… Image par image s’il vous plaît… Voilà…
- Et que voyez-vous inspecteur ? demande Eusèbe…
Lepif a toujours le bras tendu :
- Oui, stop ! Regardez, là, à l’angle de la rue…

En effet, à l’endroit précis où la voiture de Daniel Forpris a tourné apparaît maintenant l’arrière d’un véhicule, un coffre, et même une plaque… 

 
La façade du journal est exposée plein Sud, et bien que la luminosité soit médiocre, par ce temps couvert, la façade d’en face se trouve à contre-jour et il faut l’œil exercé du limier pour remarquer le léger mouvement dans l’ombre de la petite rue encaissée entre deux immeubles.

- Pouvez-vous zoomer sur le détail ? demande Lepif à Mouchoir
- Bien sûr…
L’arrière de la voiture se précise, reste net malgré le grossissement. À peine un léger flou. Mais la plaque est lisible :
- C’est la voiture de Forpris. Ce sera facile à prouver avec l’immatriculation.
- Mais il était parti !
- Pas bien loin ! Et il est revenu en marche arrière… Je serai curieux de voir ce qu’il attend… Reprenez, voulez-vous ?
- Vous voulez imprimer l’image ? demande Mouchoir…
- Et comment ! s’enthousiasme Ravot…

L’imprimante ronronne… La plaque est très lisible sur l’épreuve imprimée… Ravot branche la petite radio qui bourdonne discrètement dans sa poche et la porte à ses lèvres :
- Martial, identifiez ce numéro d’immatriculation, de suite, toutes affaires cessantes…
Il lui dicte ce qu’il lit sur son document.
- Je peux continuer ? demande Mouchoir en revenant au plan général initial.
- Allez-y, confirme Ravot.
  - Attendez, remarque à son tour Rébéquée, pouvez-vous revenir au début et recadrer le dialogue entre Forpris et la Vorme ?
- Voilà… répond Mouchoir ravi.

Le défilement s’inverse, silencieux, jusqu’au moment où Daniel Forpris, tout au début, entre dans le champ dont le cadre, encore changeant, mal défini par Mouchoir, reste limité aux manifestants, s’élargit, revient. On distingue nettement le directeur du C’est tout naturel, souriant face à la caméra, qui serre la main d’Edmonde de la Vorme Séchée, que l’on voit de dos, en lui disant quelques mots. Elle semble protester, tandis que Forpris accentue son sourire, retient manifestement sa main, et articule lentement un mot qui affole totalement son interlocutrice, soudain véhémente…
-  Serrez sur Forpris ! demande Ravot, je pense que nos spécialistes pourront lire ce qu’il dit sur ses lèvres… Revenez…

  Le téléphone spécial sonne. C’est Nouye :
- Victor ? Je crois comprendre ce qu’il dit. Le dernier mot, c’est Hybris… 

  Et elle raccroche, toujours aussi laconique…

 
Vic en reste comme les deux ronds de carotte déjà évoqués, et puis il répète tout haut :
- Hybris… « Elle » m’a dit qu’il a dit « Hybris » !!!
- Repasse encore ! ordonne Eusèbe…
- C’est bien ça, confirme Eusèbe, n’en dites rien à vos experts, laissez-les chercher. Les nôtres, qui suivent « en ligne » (précise-t-il en guise de vague explication devant le regard ahuri de Lepif), annoncent Hybris. Nous verrons s’ils confirment…

Ravot approuve du chef. Il a compris qui sont les « experts » en question et l’idée de la tête que ferait son inspecteur s’il voyait Nouye assise, à poil (elle l’est sans aucun doute) (elle l’est, bien sûr, et Amaïa est debout derrière elle, Tijules couché sur ses seins) devant l’écran du bureau N°1, le fait sourire…

  - Regardez la femme, observe Béatrace à son tour…

L’image se déplace jusqu’à cadrer la directrice de Lartigo qui, vue de trois quarts dos, semble s’être figée, totalement affolée…

- Forpris lui a donné la sentence… constate Clèm en croisant les mains sur son ventre… Mon dieu…
- Elle sait ce qui l’attend ! remarque Béa…
- C’est ce qu’elle craignait lorsque je l’ai libérée… souffle Ravot… Je l’ai tuée… Je ne pensais pas « qu’ils » iraient jusque là.
- Vous saviez ? demande Lepif les yeux ronds…
- Je savais que ses patrons n’accepteraient pas qu’elle soit mise en cause et qu’elle risque de parler… Poursuivez, ajoute-t-il à l’intention de Mouchoir.

 
L’enregistrement repart. 

  On observe l’arrivée de Varochaix et de ses Naris.

Leur groupe est armé des pancartes qu’ils sortent d’une camionnette qui s’est arrêtée au coin le plus éloigné de la place. Ils amorcent un mouvement giratoire autour des policiers en braillant les premiers slogans…

- Ils sont fous ces Naris, remarque Clèm. Varochaix s’est converti, lui aussi ? Avec troupes et bagages apparemment ! Décidément, « ils » ramassent tout ce qui traîne, ces nuisibles !

  Les mouvements se précipitent, les gestes se font plus brusques, agressifs, violents…

- Regardez la Vorme, souligne Jeanne, elle essaie de les calmer, c’est comme si elle prenait conscience du pétrin où elle est enfermée, elle…
- Elle me dit d’essayer de les calmer, enchaîne Ravot. Elle m’a dit textuellement, je m’en souviens très bien : « Faites quelque chose, commissaire, ils sont privés de saucisses depuis deux jours, ils peuvent devenir dangereux »… Comme si le fait d’être privés de saucisses signifiait quelque chose. Elle en parlait et les regardait comme des drogués en manque et capables de tout ! Elle était complètement affolée !
- Regardez le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale, ajoute Victor, ils ne sont pas nets d’habitude, mais là ! On dirait qu’ils se déchaînent ! Le Maire…
- … me file des coups, précise Lepif. J’ai failli lui en coller une, mais il a vite arrêté son cinéma : quand il s’approchait de moi, il prenait les coups de bâton que les autres me destinaient, et il est fragile, le minet !
- Ça s’organise, remarque Rébéquée, ils ont l’air de répéter une danse en chantant les exploits d’un certain Putois… Le son est mauvais, mais on comprend…

  En effet, au milieu des cris, le « Grand Putois putassier » est maintenant scandé par la foule et rythme les coups de bâton qu’elle distribue, creusant l’écart entre le centre défensif constitué des cinq policiers et le cercle tournoyant des agresseurs.
 
Edmonde de la Vorme Séchée, entre les deux, tente manifestement de les séparer, de faire quelque chose, comme elle le dit à Ravot, dérisoirement évitée par les uns et par les autres…

  On entend la voix d’Eusèbe, hors champ :
« - Ils vont se faire écharper !
- Il faut faire quelque chose ! répond Mouchoir…
- J’y vais, crie Victor, appelez Rébéquée et continuez de filmer ! »
  - Stop, arrière ! interrompt de nouveau Lepif…

Mouchoir arrête, revient en arrière lentement…
- Là, indique Lepif, regardez Pélot !
- Il perd la boule, confirme Ravot : il va sortir son arme… Continuez, Mouchoir, lentement… Je l’ai recadré.
On voit la baffe magistrale qui calme le gros inspecteur. A partir de cet instant, il va s’efforcer de se placer au centre des quatre autres policiers, pour échapper aux coups.
- C’est là que je vous ai dit qu’on aurait besoin de renforts, confirme Lepif, qui reconnaît ses propres mouvements à l’écran.
 
Et puis le silence : on devine que Victor, suivi de Toto, vient d’apparaître sur le perron du journal.
- Essayez d’avancer image par image, demande Ravot…

  La foule cesse son mouvement tourbillonnant, et se tourne vers le journal, comme un seul homme.
 

Le poids du silence semble peser sur les épaules des manifestants qui fléchissent les genoux dans un geste d’élan grondant, laissant les policiers les dominer de leur stature. Mais ils les ignorent maintenant, ils vont les contourner, cela se sent dans leurs regards concentrés sur la façade du journal, sur Victor et Toto, invisibles à l’image, puisque le perron est juste sous la fenêtre de l’étage d’où la scène est filmée.

Le geste d’élan est évident, manifeste, palpable…

  Tous, même les policiers, se sont tournés vers les nouveaux arrivants…

  Tous, sauf Edmonde de la Vorme Séchée, dont le bras se tend dans un geste ralenti, vers la façade opposée, sans que l’on puisse voir son visage,

la Vorme, comme on l’appelle, grande femme sèche, dressée entre les policiers debout et la foule aux genoux fléchis, détachée, visible, cible parfaite, dont le cri aigu, à l’analyse des sons maintenant coupés par le ralenti des images, sera nettement audible sur le fond sourd du grognement de gorge des assaillants…

  Edmonde de la Vorme Séchée sur qui Mouchoir zoome de sa propre initiative…

  Edmonde de la Vorme Séchée… 

  Une longue pointe rougie lui perce le cou, sous le chignon, là où l’image précédente ne montrait que quelques cheveux grisonnants…
 
Edmonde de la Vorme Séchée qui tourbillonne, bras levés, en montrant son regard horrifié, encore luisant d’une ombre de vie, tandis que de sa bouche grande ouverte émerge la hampe emplumée de noir de la flèche qui lui a cassé les dents avant de lui transpercer la gorge.  

  Edmonde de la Vorme Séchée, la bouche pleine de sang…

  Et qui tombe.

  Mouchoir arrête l’image sur le petit tas gris que forme le cadavre sur les pavés de la place. 

 
Un silence épais s’est installé dans la pièce…

  Hélène pleure, le visage caché sur l’épaule de Rébéquée. On l’entend lui demander :
- Tu crois qu’on pourra les arrêter ?
- J’en suis sûre, ma chérie, grâce à toi…

Lepif lève le nez sans oser rien dire…
 

- Revenez quelques images en arrière et élargissez le champ au maximum, demande Ravot qui est le premier à reprendre vraiment ses esprits.

  La main tendue de la Vorme désigne la façade d’en face. Une fenêtre ouverte. Mais le léger contre-jour, en effaçant les reflets des vitres, ne permet pas de la distinguer facilement des fenêtres voisines, aussi sombres qu’elle, sauf par l’absence du montant central du châssis, lorsque l’on y prête une attention soutenue…  

  - Vous avez vu la fenêtre ?
- Oui, ça y est… Je zoome…

  La fenêtre qui s’approche… Mouchoir tripote ses réglages : luminosité, contraste… Une silhouette fantomatique là-dedans… Contraste, luminosité, définition… On est en HD, je devrais l’avoir mieux que ça, grommelle Mouchoir en pianotant sur son clavier…

 
La fenêtre est assez haute et étroite. La silhouette se précise…

  - C’est une femme ! s’écrie Lepif…
- Une amazone, confirme Jeanne…
 
Le léger flou du grossissement poussé au maximum laisse deviner dans la pénombre du contre-jour, derrière la ligne courbe d’un arc tendu, un visage sensuel dont les lèvres frôlent la corde tirée par deux doigts couverts d’un gant et qui encadrent le talon d’une flèche encochée, le regard clair d’un œil figé sur sa cible, une épaisse chevelure blonde relevée en chignon… Le retrait de l’épaule, le profil de la position, le bras nu qui tend l’arc, le crispin plus sombre du gant qui protège la main gauche et l’avant-bras du claquement de la corde, la tunique serrée à la taille…

  L’imprimante ronronne…

 
Image suivante : la corde relâchée, l’arc écarté par le geste, qui découvre le visage , souriant, sûr de son fait…

  L’imprimante ronronne…
 

Image suivante : la fille s’avance un peu, dans l’élan de sa satisfaction, livre une silhouette un peu plus claire…

  L’imprimante ronronne…

 
Image suivante : la fenêtre refermée…

  - Elargissez au maximum et laissez filer, demande Ravot…
 
En bas, c’est le désordre, les manifestants s’échappent en courant, comme poursuivis par des diables…

- « Cadre large, filme ! » entend-on dire par Eusèbe…

  On voit aussi Ravot crier des ordres en montrant l’immeuble d’en face, la fenêtre refermée… Lepif courir vers sa voiture, les agents se précipiter vers la porte de l’immeuble… Les pimpons, l’arrivée des renforts, Pélot réconfortant le Maire… Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, ahuri, qui s’éloigne en hochant la tête, comme s’il se demandait ce qu’il peut bien faire là… Ravot qui fait signe à Victor de s’en aller…

 
- Reviens en arrière, reviens !!! crie Béatrace debout, je l’ai vue ! Je l’ai vue !!! Je jure que je l’ai vue !!! Ouais !!! On les tient ! On les tient !!

  L’œil flamboyant, elle court jusqu’à l’écran en faisant des grands signes « en arrière » à Mouchoir qui remonte lentement le temps en tapotant son clavier :
- Stop ! Regardez !
 
Triomphante, elle pose le doigt sur un point de l’écran que Mouchoir agrandit aussitôt.

  - Bravo Béatrace ! Bravo ! s’écrie Ravot enthousiasmé qui se lève et vient lui coller deux gros bécots sur les bouts des moustaches ! Tu as raison : on les tient !

 
Le coin de l’immeuble, la rue où est toujours garée la voiture de Daniel Forpris, que l’on voit mieux que tout à l’heure, dans la lumière qui maintenant se glisse entre les immeubles… 

  Une silhouette blanche en courte tunique, cuisses à demi-nues et espadrilles lacées sur les mollets, l’arc à la main, apparaît furtivement, ouvre la portière arrière et monte dans la grosse berline qui démarre aussitôt…

MADO RETROUVE LES TUEURS / P3C1E8

P3C1E8 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 8)

  N°153 / MADO RETROUVE LES TUEURS / P3C1E8

 
C’est l’histoire où Mado retrouve les tueurs de Jo et de Ted. 

 
Jeudi 9 juin
8 heures
Commissariat de Saint Tignous sur Nivette

 
Ravot tourne en rond dans son bureau. On ne peut même pas dire qu’il est de mauvais poil, il est carrément porc-épic. Pélot n’a pas osé l’approcher et il reste enfermé dans le bureau des inspecteurs, Lepif s’est fait engueuler deux fois parce qu’il n’est parvenu à joindre ni Buchmol ni Amélie Fouad (et pourtant, il a essayé), et Martial n’est pas encore apparu…

 
Rien de neuf du côté des Malfort, sauf l’article qui relate, de manière très modérée d’ailleurs, la manifestation d’hier et sa conclusion tragique : « Le Commissaire Ravot enquête »…

 
Les accès routiers à Agotchilho sont bouclés par la gendarmerie, mais comme toutes les routes sont quadrillées par le plan Epervier, cela ne surprend personne, après tout, c’est une enclave extraterritoriale un peu sulfureuse…

 
Une impression d’attente lourde…

  A Bordeaux, les produits débarqués du Mélanippé, reparti la veille dans le courant de l’après-midi, ont été saisis « pour contrôle douanier », et dirigés vers le labo d’analyse. Dix palettes de gros bidons en plastique d’huile de sésame destinée à l’usine de saucisses Tapas’Embal’, celle-là même que dirigent Paul Dupont et Lemol, par ailleurs convoqués comme témoins dans le cadre du meurtre de Madame Edmonde de
la Vorme Séchée.

  Et Ravot tourne en rond parce que tout est en suspens et que rien ne se passe.

  C’est Mado qui « bouge » la première :
- Allo, Commissaire ?
- Oui, Mado ?
- Oh, là !! quelle rogne !!!
- Excusez-moi, c’est vrai que je suis assez furax ce matin : rien ne va, et je déteste ces attentes…
- J’ai une bonne nouvelle : vos tueurs déguisés…
- Oui !!! dites-moi !!!
 - Je les ai…
- Vous les « avez » ?
- Logés, capturés, emballés. « On » me les amène…
- Quoi ?
- « On » les a retrouvés facilement, dans une boîte un peu… spéciale… de Bordeaux, fin saouls et se ventant d’un méchoui… « On » les a un peu… chatouillés…
- Oh, Mado…
- Juste un peu, ils avaient l’air d’aimer l’électricité, non ? J’en sais quelque chose… Pas méchamment, bien sûr… Mais après tout, c’est un peu une spécialité de la boîte où ils se trouvaient, le sado-maso… Ils étaient venus pour le sado parce que ça fait moins mal. On leur a montré le maso, c’est vrai quoi… Faut tout essayer dans la vie, pas vrai commissaire ?
- Bref Mado, bref…
- Ben ils ont tout raconté sans faire d’histoires, comme une bonne blague… Je dois dire qu’ils sont assez gratinés, dans leur genre. Même les copines qui me les ramènent les ont trouvés aux petits pois. Mais comme je ne veux pas les voir dans mon établissement…
- Je reconnais bien là votre souci de respectabilité, Mado…
- … elles vont les ramener au Tapas’Embal’ de Saint Tignous où vous n’aurez plus qu’à les cueillir d’ici une heure. Ils se croient toujours « dans le jeu ». Ça leur fera une petite surprise en plus ! Les copines les lâcheront devant la porte. Ils ont changé de look : ce n’est plus « prohibition années trente » mais Drag Queens, blonde pour la première, et rose pour la deuxième… Bas résille et talons haut toutes les deux…
- ‘Tendez… Vous parlez de vos copines, ou…
- Non, vos tueurs… On les a laissés tels quels, bruts de déboîtage. Juste des menottes pour faire couleur locale et pas être emmerdés…
- Mado, vous m’impressionnez…
- C’est peu de choses, commissaire… Amenez-les-moi pour identification, mais lavez-les d’abord : je déteste les caricatures peinturlurées… Et mettez-moi les menottes de côté, que je les rende aux copines…

 
Et Mado raccroche sur le rire du commissaire, détendu, pour le coup…

  - Pélot !!!
- Co… commissaire ?
- Vous prenez quatre hommes et le fourgon : deux travelos vont venir faire du scandale à la porte du Tapas’Embal d’ici une heure. Il y a des chances pour qu’on leur refuse l’entrée. Vous les arrêtez et vous les ramenez ici ! Départ immédiat ! Rompez ! Ah, aussi, Lepif !
- Commissaire ?
- Trouvez-moi deux gabardines à

la Humphrey Bogart.
- Pardon ?
- Discutez pas scrogneugneu !!!

  Lepif a rarement entendu « scrogneugneu » dans la bouche du commissaire. 

  Aïe…

 

- Tout de suite, tout de suite… Et je rappelle Amélie !
- C’est ça. Et ne vous contentez pas de promesses…
- De promesses ?
- Oui, on sait ce que valent les promesses de la petite Amélie !!!
- … bien commissaire… (il fatigue, se dit Lepif).

  A Agotchilho, le tambour a résonné toute la nuit : Amaïa a « convoqué » Ôoumloc, mais seule, enfin, en petit comité. Les Goums sont restés à leurs occupations habituelles, et les Malfort n’ont pas été invités : « Je ne veux pas vous faire prendre de risques », leur a dit

la Mère. Elle n’est pas encore revenue au bureau N°1.

  Rébéquée a fait accoster le Mélanippé et elle est restée sur place. Le chargement va commencer.
Une surveillance discrète est exercée, mais à part le pilote, personne n’est monté à bord et personne n’est descendu. Les communications se sont faites par radio entre la capitainerie du port (en fait, Rébéquée), et la passerelle.

  - Commissaire Ravot ? Adjudant Buchmol…
- Ah !!! Buchmol ! Alors ?
- Alors, on a retrouvé la camionnette de Daniel Forpris. Tenez-vous bien… On l’a retrouvée à Saint Tignous même, derrière l’église.
- Mais alors…
- Alors, on est roulés, mon pauvre : ils l’ont utilisée comme vestiaire et puis ils sont partis dans un autre véhicule et comme la fille s’est changée entre temps, ils ont passé tous les barrages qu’ils ont rencontrés. Quelques faux papiers, éventuellement, une perruque élémentaire, et la messe est dite. On a retrouvé un petit 4×4 abandonné sur la plage de Biscarosse juste avant qu’il ne soit emporté par la marée montante. Ça a paru bizarre aux collègues. J’avais fait faire des relevés d’empreintes dans la voiture de Daniel Forpris. On les a retrouvées dans le fourgon. Et je les avais diffusées en urgence, priorité haute, à l’intention de toutes les brigades qui participaient au plan Epervier. Le collègue qui a trouvé le 4×4 a fait le rapprochement. Dans le mille ! Mais qu’est-ce qu’il faisait là ce tout-terrain ?
- … Le cargo…
- Le cargo ?
- Le… comment déjà ? J’ai une idée formidable, Buchmol… Si c’est ça, on les tient !!! Je vous expliquerai… Excusez-moi, ça urge…
 
Il raccroche, appelle Victor au journal ; Mouchoir lui passe de suite…

  - Victor ? Peux-tu me dire où est le cargo ? le… le Mélanippé, voilà, ça me revient…
- Il est au port, sous contrôle de Rébéquée…
- Personne n’est monté ni descendu ?
- Pas à ma connaissance, mais il faudrait appeler… Je peux m’informer…
- Oui… Et dis-lui de me rappeler au commissariat, tout de suite…
  Cinq minutes plus tard, Pourticol lui passe la ligne :
- Commissaire,
la Marée au Grand Port pour vous…
- Rébéquée ?
- Jules ? Le Mélanippé est amarré devant moi…
- Surtout, qu’il ne parte pas. Daniel Forpris et l’Amazone doivent être à bord. Je pense qu’ils ont été embarqués par un zodiac depuis la plage de Biscarosse, où on a retrouvé leurs empreintes dans un 4×4 abandonné…
- Oui, mais si on investit le cargo…
- Non, surtout pas, on attend… Quand doit-il repartir ?
- Demain ou après-demain…
- Tu peux le retenir un peu ?
- Je peux arranger ça, mais il faudra que je voie ce que fait Amaïa, les tambours ont battu toute la nuit…
- Le Crabe ? s’effare Ravot à mi-voix…
- Oui, mais elle n’a pas voulu de nous. Je ne sais pas ce qu’elle prépare… Elle avait l’air très fâchée d’être prise pour cible, elle et son peuple comme l’Amazone capturée l’a répété hier soir à Hélène. Ils auraient prévu un plan d’anéantissement des Goums en représailles de leur collaboration avec nous…
- Tiens-moi au courant, Mado pense avoir retrouvé les tueurs de Jo et de Ted, ça peut se précipiter…
- Je peux les retenir un jour de plus avec une panne de grue…

ATTENDS, SOURIS, ET TUE / P3C1E13

P3C1E13 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 13)

  N°158 / ATTENDS, SOURIS, ET TUE / P3C1E13

 
C’est l’histoire où Arthur de retour révèle à Tijules de quelle terrible mission l’a chargé l’ignoble Pouacre.

  Jeudi 9 juin
23 heures

La Lanterne du Fort

  Ils se sont posés sans qu’il en ait conscience… 

  Il est descendu. 

 
Victor est là et le prend dans ses bras, le serre contre lui et l’entraîne dans l’escalier éclairé qui, il le sait, conduit au journal, tandis qu’un ronflement puissant marque le décollage de l’hélico…

  Le silence… Dans le hall désert… Non, là-bas, au fond, ce doit être Toto, et de l’autre côté, avec son air anxieux, c’est Mouchoir… La tête lui tourne… Victor devant lui, lui parle, sans qu’il comprenne…

Victor, les larmes aux yeux… 

 
Il ferme les yeux. 

  Il tombe…

 
Il a dû marcher sans s’en rendre compte, sans doute à demi porté par l’un ou l’autre…

  Il est assis dans un fauteuil profond… Dans SON fauteuil de la petite maison, de sa petite maison… et… à genoux devant lui, Béatrace, qui pleure doucement tout en lui embrassant la main, et qui lui parle tout bas, tout bas ; et puis, lorsqu’il relève les yeux, les autres, TOUS les autres, Rébéquée, Clèm, au ventre rond, Hélène, Jeanne, tous aussi silencieux et émus que Béatrace, que… sa femme ? Tous, même son père, son père… (n’oublie pas… n’oublie pas)… 

 
Debout dans l’encadrement de la porte, la nudité impressionnante d’Amaïa, qui le fixe de ses grands yeux minéraux… 

  Mais je suis trop faible…

 
Ils parlent, sans doute, lui parlent, tentent de lui parler au travers du bourdonnement de ses oreilles, de l’étranglement de sa gorge, de la lente tétanisation de ses muscles, de la vibration douloureuse de ses nerfs qui le fait haleter à petites bouffées inaudibles… (n’oublie pas… n’oublie pas)

  Dans le champ rétréci de sa vision, bloquée au point mort de sa nuque raidie, la petite silhouette qui rit, s’accroche à ses oreilles…

 
Béatrace veut retenir Tijules qui monte sur les genoux de son père, s’avance face à son visage pétrifié, amaigri, tragiquement lointain et refermé sur un désert d’horreur intime…

  - Laisse-le…
 
C’est Amaïa qui a parlé, d’une voix nette, sans réplique… Béa recule et laisse son fils, leur fils, à son escalade obstinée…

  Tijules, grimpé debout sur les genoux de Papatur lui raconte le temps passé depuis tellement d’hiers qu’il ne sait plus combien, beaucoup, beaucoup, hein, après tout, tu ne m’as pas encore appris à compter, mon Papatur, tu vas le faire, hein, mon Papatur ? Tu vas m’apprendre, et tu m’apprendras aussi comment faut faire pour que mama Béa ne pleure plus dans le noir, comme cette nuit, parce que toi tu comprends, hein, Papatur, tu comprends tout, tout ça, et tu es fort et tu sais comment on fait pour faire rire mama Béa, même quand tu fermes la porte de la chambre, dis, Papatur ? Tu es revenu, mais c’était long sans toi, et on a tous attendu, et on a tous été sages, même tata Lène, parce que tata Béquée m’a dit qu’elle aurait bientôt un gros ventre comme tata Clèm, tellement elle a été sage, et j’ai réussi à dire « Un Croissant » (il articule) et « Une Dynamo », mais ça, personne ne l’a entendu, tiens, tu entends, toi (il le dit très nettement, ce qui surprend l’auditoire pétrifié qui les entoure), t’as vu ? Pour le croissant, Tata Rie a été tellement contente qu’elle m’en a donné un autre, si, c’est vrai, même que pépé Zèbe, il dit que je suis plus fort que toi pour raconter des histoires, mais c’est juste pour faire plaisir à mama Béa, parce qu’il n’y comprend rien et que c’est toi, le plus fort, mon Papatur…

 
Et Tijules retombe en tenant entre ses petits bras grands ouverts tout le visage de Papatur qui pleure doucement en lui caressant la tête et en le serrant contre lui, tout doucement, avec ses grandes mains maigres, maigres… 

  Et comme il est très malheureux, Papatur, qui comprend Tijules même s’il lui parle en tijules, Papatur répond à Tijules, il lui répond en tijules, parce que cette langue là, personne ne savait qu’elle existait, sauf Tijules et Papatur ou mama Béa, mais alors ce n’est pas tout à fait la même langue, bien sûr, et il explique à Tijules qu’il est très malheureux, lui, Papatur, parce qu’il doit, qu’il DOIT tuer tout le monde, pépé Zèbe et mama Béa en premier, parce qu’il DOIT LE FAIRE… Il n’a pas oublié ce qu’« on » lui a dit de faire, que c’est son travail, à lui, Papatur, de tuer tout le monde : tonton Vic, Clèm, Amaïa aussi… et qu’il n’y peut rien, c’est comme ça… Comme ça… Et la petite voix « n’oublie pas, n’oublie pas », lui a dit de se souvenir de ce qu’on lui avait dit de faire, de ne pas oublier qu’on lui a dit de le faire, que, bien sûr, il devra le faire, parce qu’il ne pourra pas l’éviter, « on » lui a dit trop fort, trop profond, trop loin, mais qu’il est malheureux parce qu’il SAIT qu’il doit le faire, et qu’autrement, sans la petite voix, il l’aurait fait sans le savoir, mais que là, ici et maintenant, il le SAIT, et que pour lui c’est encore plus terrible de le savoir que de le faire puisqu’il ne pourra pas l’éviter, que tout ça tourne en rond dans sa tête et n’en sortira que lorsqu’il l’aura fait, lorsqu’il le fera, et qu’il ne peut le dire qu’à Tijules, parce que Tijules est le seul qui puisse comprendre, parce qu’il est le seul à comprendre le titur, qui est son tijules à lui, qui est comme un tijules caché très loin au fond d’Arthur, quand il est tout petit et tout faible, comme Tijules, et qu’il a tellement peur de ces deux voix qui disent en même temps dans sa tête « attends, souris, et tue » et « n’oublie pas, n’oublie pas »…

 
Et il serre contre lui Tijules qui n’y peut rien et qui ne comprend pas ce que tout ça veut dire, alors, il fait plein de baisers à Papatur qui pleure si fort en le serrant contre lui, et puis il descend de ses genoux et il va expliquer à Amaïa, parce qu’Amaïa comprend tout ce que dit Tijules, comme d’ailleurs Nouye et beaucoup de Goums ; c’est trop compliqué pour expliquer à mama Béa, et personne ne comprend ce que le petit bonhomme raconte en s’accrochant des deux mains à la jambe d’Amaïa, qui, très sérieusement, se penche vers lui, lui caresse le visage, qu’il a tout mouillé des larmes de son père et des siennes, et elle lui répond en goum, en le prenant dans ses bras, comme si elle comprenait son gazouillis gargouillant, comme s’il lui parlait dans sa langue à elle qui serait un peu sa langue à lui, calé entre ses seins, visage contre visage…

  C’est la première fois qu’ils voient sourire Amaïa… 

 
Elle a rendu Tijules à sa mère. Derrière elle se trouve Ouâniahoua, qui a suivi Rébéquée mais est restée en retrait dans le couloir d’accès au petit salon de la maison où il y a vraiment trop de monde pour qu’elle entre…

Amaïa lui a pris son bâton de gardienne, et toujours avec un large sourire, en a dégainé le dard. Et puis sans un mot, sans cesser de sourire, elle en a griffé la main d’Arthur, qui s’est effondré d’un coup… Et comme Béa se retourne vers elle, elle la griffe, elle aussi, et Béa s’effondre à son tour.

  Et Ravot, qui vient d’entrer, conduit par Mouchoir, n’y comprend rien.

 
Mais les autres non plus, bien sûr.