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RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE

RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE


  Les Écolocroques menacent le monde depuis leurs sous-marins nucléaires, le Hai I et le Hai II : ils veulent purifier la planète.

Ils ont enlevé Victor et Clémentine, journalistes au Petit Matois Subreptice de Saint Tignous sur Nivette.

Leurs amis se mettent à leur recherche, aidés par Arthur Malfort, de La Lanterne du Fort, autre canard du coin.

Il y avait donc deux canards dans le coin.

Serait-ce un coin-coin ?

Drame : le Crabe géant Ôoumloc décapite, chtac, d’un coup de pince le pauvre Jules, dit Whisky-Soda, devant sa consoeur journaliste et québécoise Rébéquée Taritournelle, elle-même violée dans la foulée par tous les Chochos mâles d’Agotchilho, alors qu’elle est purement lesbienne, au cours d’une monstrueuse et très primitive cérémonie.

Béatrace et Arthur, venus à la rescousse, coulent par hasard un U-Boote des Écolocroques en visitant d’étranges souterrains… et découvrent à leur tour la civilisation oubliée. Là. A deux pas de chez vous. Si. Et ils capturent le Numéro 2 de l’organisation, l’ignoble Oberst Kuhhirt, nazi « recyclé ».
 
L’Eusèbe Malfort, père d’Arthur, parle dans la télévision pour l’ONU. Mais son discours est anormal. Aurait-il trahi pour les Écolocroques ?
 
Non, ils l’ont enlevé et manipulent son image.

Comme ils ignorent que leur base a été capturée et que ses habitants, les Goums (que les méchants appellent des Chochos), peuple antique et oublié, en fait, ce sont des Néandertaliens, se sont ralliés aux Bons, ils y refilent Eusèbe.
Sauvé !
  Mais le complot perdure. Lancés depuis le Hai II, où sont toujours prisonniers Victor et Clémentine, des missiles tombent sur Moscou, Washington et… Lourdes ! Que se produira-t-il après qu’Amaïa,

la Mère des Goums ait lancé le crabe géant Ôoumloc aux trousses des sous-marins des Écolocroques ?
  Le faux Eusèbe annonce l’ouverture de boutiques par les Écolocroques, qui recrutent ouvertement. Ils vont envoyer des fusées dans l’atmosphère pour modifier le climat et atomiser ceux qui n’obéiront pas à leurs exigences.

Le Numéro 2, l’ex-nazi Oberst Kuhhirt, se libère et capture nos amis… Mais Rébéquée lui règle son compte.

Là-dessus, Finette ouvre sa boutique à Saint Tignous sur Nivette et le Hai II, commandé par le Numéro Un, arrive à la base de Thulé.

Là, se trouve l’ignoble Pouacre qui envoie des fusées chargées de poudre d’aluminium dans l’atmosphère. Dans quel obscur dessein ?
Que vient faire le FROID dont il parle ?

Mais d’où vient cette attaque monstrueuse que subit le Hai I, l’autre sous-marin nucléaire des Écolocroques ? Oh, my God ! Il est bouffé par les Crabes ! Y’a de l’Ôoumloc là-dessous !

Et pendant ce temps-là, à Thulé, les Numéros expliquent à Victor et à Clèm comment ils manipulent le monde et même leur image.

Éléonore Fentasou fait un p’tit tour et s’évapore… Que s’est-il passé à Gibraltar ?

Eh bien oui, « Ils » ont osé ! Des bombes atomiques ! Et Pouacre explique que c’est pour donner un coup de froid à la planète, et surtout, pour créer la famine : n’ont-ils pas secrètement accaparé les provisions du monde ? Et maintenant va survenir la GLACIATION !

Victor et Clémentine refusent la « collaboration » qui leur est proposée.

Ça y est, ils vont y passer !

C’est à ce moment-là qu’intervient l’envoyée d’Amaïa qui capture tous les méchants. Fichus les Écolocroques. Tout au moins les Numéros.

Mais… Mais la suite, c’est dans

la DEUXIÈME PARTIE…

  Ça commence deux ans plus tard…

DEUXIÈME PARTIE

P2C1E0 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 0)

 

N°79 / C’EST LE TITRE / P2C1E0


C’est l’histoire où commence la Deuxième Partie.
 

DEUXIÈME PARTIE
 

HYBRIS


Hybris
 


LES DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E2

P2C1E2 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 2)

  N°81 / LES DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E2

 
C’est l’histoire où l’on revient sur feu Déodat de Sainte Fouilleuse et son cousin Hilarion-Jovial et où il est question de Super-Troc et de Grande Distribution. On parle aussi un peu de Finette.


 
Histoire(s) de Famille(s)

  Les de Sainte Fouillouse forment une vaste famille d’origine lointaine dont les ramifications aussi multiples qu’obscures témoignent d’un tempérament prolifique autant que vagabond. 

 
La branche espagnole, incarnée en la personne de Déodat, était la plus brillante et semblait avoir cristallisé toutes les vertus. Déodat s’était constitué un véritable empire en s’appuyant sur les besoins fondamentaux de ses contemporains et sur les passions qui naissent de ces besoins. Il avait repris les éléments que son père avait commencés à développer à partir des idées de son grand-père, qui lui-même s’était contenté de dépenser une fortune mystérieusement acquise  du côté de Panama et d’observer que ses contemporains aimaient manger et faire la fête.

Son père avait mis en pratique ces observations et utilisé les bons réseaux au bon moment pour très concrètement fournir toute sa région en tapas, en boissons et en filles. Et il avait reconstitué la fortune dilapidée.

Déodat, lui, avait modernisé les concepts de base pour inonder le pays de ses produits en créant la chaîne franchisée Tapas’Embal’. Et il s’apprêtait à en déborder largement.

  Suivant l’exemple de ses ancêtres, il s’appuyait sur deux bases très solides cimentées par un manque absolu de scrupules. 

  La première de ces bases émanait des réseaux, honorables et sacrés que tissait la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine.  Réseaux officiels constitués d’organisations caritatives et missionnaires, mais aussi réseaux plus discrets, liés à un activisme silencieux « Ad Majorem Dei Gloriam », plus politiques, et largement soutenus par certains milieux financiers qui ne manquaient jamais à l’appel lorsque le besoin s’en faisait sentir. Il s’agissait d’éviter « l’affaiblissement du sentiment religieux dans les masses[1]». Tout cela lui avait permis de reprendre à son compte (et à bon compte) les éléments du patrimoine immobilier religieux disponibles dans le secteur où il souhaitait implanter ses établissements. Il avait fait sienne la devise de ses amis et l’appliquait dans le domaine de ses affaires : « Il faut se battre avec le poing. Dans un duel, on ne compte ni ne mesure les coups… On ne fait pas la guerre avec la charité.[2]» Et peu importe donc ce qu’il y faisait. Si l’un de ces « soutiens » se montrait surpris par les décolletés provocants des serveuses installées dans tel ou tel ci-devant presbytère ou couvent de nonnes devenu lieu de restauration et de distraction, il répliquait que cela lui permettait de soutenir l’Eglise dans ce qu’elle avait de fondamental, et de séduire les ennemis de Dieu qu’il valait mieux voir dans un bordel catholique qu’à la Loge ou dans une Cellule du Parti. Et que toutes les filles (et tous les garçons) étaient baptisées et faisaient leurs Pâques avec beaucoup de dévotion. (Sous peine de licenciement via Tanger, voire plus loin). Par ailleurs, beaucoup de ses tapas étaient confectionnés dans des couvents qu’ils faisaient vivre, en ces temps où l’Etat mécréant serrait les cordons de la bourse. Œil pour œil, bourses pour bourse…

 L’autre base, s’appuyait sur les réseaux discrets, efficaces et puissants qui affleuraient (rarement) sous le nom d’Imporium. Ces réseaux, sans qu’il ait à fournir d’efforts et sans qu’il se compromette, l’approvisionnaient en personnel essentiellement féminin, totalement discipliné, dont les prestations très rentables étaient garanties par une sélection drastique, une formation rigoureuse effectuée en amont et de sombres perspectives en aval en cas d’errements.

Ce personnel, très rentable donc, n’était que sous traité (en autonomie financière pour ce qui était de ses activités occultes la balayette, il était pour le reste officiellement embauché pour ses prestations en salle et remboursait – largement – son salaire avec ce qu’il reversait (50 %) de ses gains occultes la balayette[3]) ce qui laissait aux entreprises de Déodat une façade impeccable, par ailleurs fort utile aux prestataires de service de l’Imporium qui y recyclaient des fonds d’origine imprécise, voire indicible. Placé à la charnière du monde du Vice et du monde de

la Vertu, Déodat assurait le passage harmonieux de l’un à l’autre et permettait aux transactions les plus délicates de s’accomplir dans le velouté suave d’une fumigation d’encens totalement discrète. Pour le plus grand profit de chacun, bien sûr. Et, comme il a été dit, « Ad Majorem Dei Gloriam ».

Amen.

  C’est donc au titre d’invité-partenaire que Déodat avait assisté au Fessetival de Tanger, au retour duquel il avait tragiquement disparu avec son yacht et la passagère de choix qu’il convoyait. Plongeant la profession dans l’angoisse et la désolation.

  Dieu soit loué, pour les deux partenaires de Déodat, le dénouement de ce qui fut plus tard appelé la « Crise des Écolocroques », ou les « évènements », a remis en piste un certain nombre de personnages fort intéressants. Quoique totalement imprévus.

 
En effet, et à l’encontre des préconisations familiales, Déodat n’avait pas assuré sa succession. A trente cinq ans, il s’estimait trop jeune et trop occupé pour convoler et s’assurer une descendance légitime, ainsi que l’avaient fait avant lui ses ascendants directs. Et il n’était pas question, dans le désordre généralisé qui avait suivi l’effondrement de la tentative des Écolocroques, de laisser s’exprimer des prétentions bâtardes : le monde des Affaires n’est pas une Principauté méditerranéenne.

  Les partenaires de feu Déodat aimaient les choses claires et détestaient les chicanes. D’ailleurs les quelques filles qui eurent l’imprudence de se prétendre suitées de marmots biologiquement issus de ses œuvres en firent la dure expérience, coulées avec leurs lardons et leurs avocats, qui, dans le béton d’une digue de protection d’urgence du nouveau port de Tanger, qui, dans les fondations d’un monument expiatoire dédié à Saint Pie X, protecteur des Défenseurs de l’Ordre, qui fut érigé sur la pointe de Tarifa. La digue et le monument avaient été dûment bénis, cela va sans dire. On peut donc parler de Sépulture Chrétienne.

 
Il avait donc fallu se tourner dans une autre direction, mais que l’on voulait légitime. Et l’on avait repris l’inventaire des ressources de la famille de Sainte Fouillouse.

  Bien sûr, on y avait trouvé la branche « Hilarion-Jovial », le Conseiller en matière d’économie électorale que nous avons déjà croisé, mais les ambitions personnelles du personnage et ses certitudes quant à l’exclusive validité des « solutions » qu’il voudrait proposer pour tout les avaient fait bien rire, d’abord, et le rejeter ensuite : il aurait été capable de couler Tapas’Embal’, grâce à des tentatives de manipulation machiavéliques aussi subtiles que des câbles d’amarrage, sous prétexte d’en tirer « 6000 en plus », selon les principes de sa « Méthode à 6000 », qu’il avait développée en collaboration avec sa sœur, Ordegale-Junie, épouse Lebièvre, elle-même de si bon conseil. Et ce au seul et exclusif profit de son plan de carrière. Hilarion-Jovial vous accueillait toujours à bras ouverts lorsqu’il espérait pouvoir les refermer sur quelque chose de rentable à plus ou moins long terme. Le fait était suffisamment connu pour que désormais on considère avec une méfiance absolue ses amabilités occasionnelles et ses serments d’allégeance ou de soutien, une main sur le cœur et l’autre sur la tête de ses gosses (nés coiffés de casques de chantier). Il n’était plus qu’un parti politique[4] foisonnant de tendances contradictoires pour feindre de croire en la sincérité du bonhomme : Untel voyait en Hilarion-Jovial un soutien de la tendance Untel et Deuxtel voyait en Hilarion-Jovial un soutien de la tendance Deuxtel, et donc, chacun voyant en Hilarion-Jovial un soutien de sa tendance contre la tendance adverse, Hilarion-Jovial se trouvait d’autant plus investi de confiance que la tendance Untel détestait la tendance Deuxtel au point de l’accabler de ce mépris silencieux qui conforte les grandes certitudes. Et réciproquement, bien sûr.

 
Mais cela ne pouvait convenir à des gens sérieux.

  Non, il leur fallait quelqu’un de cohérent et de compétent, de docile et d’imaginatif. De charmeur aussi, pour être capable de convaincre sans efforts au besoin… Et doté de suffisamment de modestie pour admettre son rôle de marionnette dorée. Parce que la place serait bien payée. Enviable. Enviée. Il faudrait donc être capable de se défendre…

 
Alors ils avaient trouvé la trace d’une certaine Finette.

  Oh, il s’agissait d’une branche lointaine des de Sainte Fouillouse, un peu oubliée dans les dédales d’exils multiples autant que confus. Mais c’était bien une cousine du précédent, et donc de Déodat, même s’il l’avait évidemment ignorée. Et qui s’était de nouveau perdue dans la nature au moment de l’effondrement des Écolocroques qu’elle avait brièvement représentés à Saint Tignous sur Nivette. Et les Écolocroques étaient bien connus de l’Imporium. Très bien connus. Depuis le temps qu’ils transportaient certaines marchandises délicates à forte valeur ajoutée…

 
En fin de compte, on l’avait retrouvée par l’intermédiaire de l’autre « écolocroquiste » de Saint Tignous sur Nivette, Arnaud Boufigue, recyclé lui chez Super Troc, qu’en génie du commerce il avait quelque peu initié, et qui restait en relation avec tout le réseau résiduel de l’organisation  « de surface » des Écolocroques, retournée à sa fonction purement mercantile d’origine. 

  Arnaud Boufigue était un excellent commercial, c’est-à-dire que son centre d’intérêt exclusif résidait dans les poches de ses contemporains. Petites ou grandes, il trouvait toujours aussi amusant de les vider dans les siennes, se fondant sur l’idée que les petites poches font les grandes besaces. Et s’il restait des contemporains équipés de poches, il subsistait aussi la structure de transfert qui avait prouvé son efficacité quant à la manière d’en récupérer le contenu : la grande distribution. Il s’était donc tout naturellement rapproché de cette structure dont les dirigeants parlaient le même langage que lui.

Et, bien sûr, ils s’étaient compris. Il connaissait bien le réseau parallèle des boutiques et des officines « écolocroquistes » qu’il avait contribué à établir et dont l’infrastructure restait en place, tandis que le réseau officiel de la grande distribution était mis à mal par les problèmes logistiques générés par les prémisses de la glaciation. 

  On avait donc conclu « un bon accord[5] ». Et, après de multiples et discrètes manœuvres financières, on avait fondé le système Super Troc, qui poussait à l’extrême les principes de base qui avaient déjà si bien réussi à la GMS : des lieux de « culte », sortes de bourses populaires où se réunissent les Consommateurs, rebaptisés Troquistes, où l’on s’identifie par des cartes, des grades, des médailles toutes plus valorisantes, spécifiques et gratifiantes les unes que les autres, et où les Troquistes apportent leurs Ressources (patates, électroménager, épices, chaussettes tricotées maison ou échangées chez tel ou tel voisin tricoteur, ou récupérées à l’occasion d’un contact ou d’un déplacement auprès d’un fabricant qui veut s’en débarrasser, etc…) chacun devenant à la fois fournisseur, distributeur, stockeur, recéleur, voleur, emprunteur, banquier, fouineur, chineur ou artisan.
 Les industriels eux-mêmes, ceux qui avaient survécu à la GPT (Grande Panne des Transports), devaient se débrouiller pour se bricoler un réseau de « correspondants-troqueurs » qui assuraient la diffusion de leurs produits. On aboutissait ainsi à un système de redistribution de proximité, de Troqueur à Troqueur, par triporteurs ou fourgonnettes, mais surtout, pour Super Troc, on évitait les stocks, les magasins, les fournisseurs, les clients. Il restait des points d’échange. Commissionnés bien sûr. Et cela dans une Bourse générale et permanente de tout pour tous concrétisée par des Centres de Troc où l’on échangeait beaucoup, avec bla-blas, cris et passions. Mais pour Super Troc, pas d’achat, pas de vente, pas de logistique, pas de flux, pas de responsabilité, plus de principe de précaution. Ne restait que l’Essence du Commerce : de la communication en quantité, et au bout, par ici la bonne soupe, des commissions, des Phynances. Et

la Vertu en prime puisqu’on était plus écologique que l’écologie et que chaque Troqueur devenait un Acteur économique Responsable de son Circuit Court.

   Et donc, Arnaud Boufigue leur avait communiqué les coordonnées de Finette.
 


[1] Le rapporteur Delpit de la commission d’enquête parlementaire qui suivra la répression de la Commune de Paris en 1871 expliquera en partie l’insurrection par cette cause profonde (l’Histoire, n°311, p 48). Cette démarche a été largement reprise par tous les activistes religieux, enfin, par tous ceux qui en ont les moyens, enfin, par tous ceux qui se sont donné les moyens d’en avoir les moyens (Evangélistes, Islamistes, Sionistes, etc…), et récemment par un certain président (sans majuscule) de la République.

[2] Pie X

[3] Comme il a déjà été dit.

[4] Le PPN : Parti de Promotion Notabliaire.

[5] Expression consacrée qui clôt tout entretien commercial et qui constate qu’en attendant mieux, celui qui conclut a bien pelé l’autre qui ne s’en est pas encore aperçu, ou qui a exactement la même et symétrique impression

FINETTE DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E3

P2C1E3 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 3)

  N°82 / FINETTE DE SAINTE FOUILLOUSE / P2C1E3

 
C’est l’histoire où l’on retrouve Finette de Sainte Fouillouse, et où l’on fait la connaissance de sa maman, Flora. On rencontre aussi deux notaires parisiens et quelques personnages inquiétants, tout en parlant d’escargots, de Super Troc et d’héritage.

 
Lundi 2 mai
14 heures trente
Pau

  Contente d’elle, Finette. Contente. Il faut dire qu’elle en jette dans son ensemble anthracite, avec le gros chignon massif de ses blonds cheveux. Ajoutez à cela un regard pervenche d’un bleu profond, un gros rubis en coeur au creux du décolleté et un autre au doigt, et des talons de plein de centimètres sous des jambes de reine et vous aurez une idée de la Bêêête.

  Fière d’elle. Se plaît bien en se regardant dans la glace de sa chambre de l’Hôtel Central à Pau. Elle aime tout particulièrement ces rubis somptueux qu’Aloïs Guétotrou-Kifumsec (qu’elle continue d’appeler « Monsieur ») lui a fait parvenir « pour la féliciter de cette brillante promotion », en ajoutant, de manière quelque peu sibylline qu’ils seraient « le cœur de sa fonction publique ». Il y a de bons côtés dans la réussite, se dit Finette. Ah oui, les lunettes noires pour éviter de se commettre aux yeux du commun. S’abstraire. Ne croise pas mes regards qui veut. Non mais.

  Surtout que ce n’était pas évident de retrouver une « position », après le désastre.

  Finette de Sainte Fouillouse. Représentante et Fondée de Pouvoir des Écolocroques en leur première Boutique-Ambassade de Saint Tignous sur Nivette ! Et cela juste au moment où on leur casse la baraque. Destin tragique. Mais pas folle, dès qu’elle a entendu l’émission télévisée qui devait marquer de manière évidente la fin des haricots pour l’organisation, elle est remontée dans sa fourgonnette blanche et adieu Berthe, elle a très finement filé Finette.

A tort, peut-être : les gens étaient tellement abasourdis qu’ils ont à peine réagi, et en tout cas, pas violemment.

La preuve : Arnaud Boufigue s’est recasé sur place sans la moindre anicroche. Ils sont restés en relation, à distance comme tous les Anciens de l’Ecole, et elle a pu suivre sa carrière, depuis le coup de pied au cul d’Arthur Malfort qui l’a éjecté de son journal sans autre forme de procès, jusqu’à son embauche quasi immédiate par Intermarché, Leclerc et la FCD regroupés pour l’occasion[1], jusqu’à aboutir à la création de Super Troc dont il dirige maintenant la principale unité expérimentale. A Saint Tignous sur Nivette, bien sûr. Grâce à l’appui du Maire, Félicien Belcoucou, qui a pris une couleur « écolo » dans l’affaire, acquise au contact, tant de Gertrude[2], du Mouvement (écologiste) du 18 août (pourquoi le 18 août ? Voir le Super Concours…), que de Finette, et parce qu’il a réussi à « éclaircir » le « mystère du radon du Monument aux Morts », ainsi qu’il l’a lui-même déclaré dans un article largement diffusé auprès de la presse régionale. Et que personne n’a contredit… « On » avait autre chose à faire ! Et le Maire n’était-il pas, comme beaucoup, victime de sa bonne foi généreuse ?

  Bref, tout est pour le mieux pour Arnaud Boufigue. Y compris le logement.

  Finette, elle, a filé chez maman, à Pétoly, dans un petit village des Ardennes belges cerné par une forêt très noire. Le village s’est trouvé rapidement englouti sous la neige dès que le temps a viré vilain. Elle a donc pu y rester quelques mois bien tranquille, avec seulement par-ci, par-là un petit coup de fil de Boufigue qui lui a proposé de participer à son aventure commerciale.

 
Mais Finette n’est pas vraiment une commerciale : elle y croyait aux Écolocroques. Bon, elle se doutait bien que ce n’était pas une annexe du Pensionnat des Oiseaux, mais elle avait été choquée en assistant à l’émission finale. Pas celle des explosions, avec Malfort en vedette, non, l’autre, celle du lendemain, celle qui avait réglé leur compte aux Numéros dont elle révélait l’existence, avec Malfort, Victor et Clémentine en vedette. Parce que bien sûr, comme tous les agents de surface, Finette ignorait l’existence des Numéros.

  Finette s’est trouvée très heureuse d’être ainsi bloquée par la neige jusqu’à la fin juillet dans sa retraite des Ardennes, avec Flora, sa vieille maman qui y tient auberge (deux chambres au papier à fleurs), table d’hôtes (huit couverts, douze en saison, en comptant la table de la cuisine), pour les touristes d’été (l’hiver il n’y a que des gens d’ici, d’ailleurs les routes sont difficilement praticables et même les Américains sont passés à côté en allant à Bastogne avec leurs tanks pendant la dernière guerre). Elle fait aussi bistro sur cette fameuse table de la cuisine, pour les autochtones, les vieux. 

 
C’est reposant pour Finette, après ces dures années de formation, le lourd travail de création des boutiques bios qu’elle a supervisées un peu partout dans le monde, et le démarrage avorté de l’aventure qui aurait dû la propulser au premier plan. Mais, bon…

  Finette aiderait bien Flora, mais pour servir les deux canons de rouge de la journée en répétant les histoires du village (où l’on ignore tout de sa « situation », ici elle est « la fille de Flora qui fait, ou a fait, des études »), et en commentant les infos de la veille (que Finette suit attentivement à la télé comme tout le monde), sa présence n’est pas vitale pour le fonctionnement du commerce.

 
Alors Finette s’occupe comme elle l’a toujours fait lorsqu’elle se trouve ici : elle court les bois. Elle aime beaucoup les odeurs des sapins et leurs sous-bois tellement obscurs que rien n’y pousse, à part quelques champignons et quelques plantes étranges dépourvues de chlorophylle. Elle en a même su le nom. Faudrait qu’elle retrouve la flore que son père lui avait offerte avant de fiche le camp avec une touriste américaine. Ou qu’elle demande à sa mère. Monotrope sucepin… Ça lui revient…

Et elle pense… Réfléchit en marchant, en recherchant dans les futaies plus dégagées les bois que les cerfs abandonnent à la mue, normalement en mai, mais avec ce temps… 

  En fait, elle est surtout surprise par sa propre réaction : elle y a cru.

Bon. C’est cela qui la surprend…

 
Elle y a cru parce qu’elle croyait qu’il est bon de croire. Mais cessant d’y croire, elle a cessé de croire que croire est bon. Et donc, elle a tout simplement cessé de croire. Et du coup, elle s’est mise à croire que ne pas croire est bien préférable à croire. 

  Un progrès en somme. 

 
Parce qu’elle croit à son progrès à elle. En perdant une croyance, elle croit donc avoir progressé. Et puisque ne pas croire est bon, croit-elle, mais en étant certaine de le savoir, ce qui lui évite d’avoir à remettre cette certitude sur le métier, elle a tiré un trait sur tout ce à quoi elle pensait croire ou avoir cru. Après inventaire. 

  Et elle s’est au bout du compte trouvée confrontée au vaste problème de savoir si elle sait ou si elle croit, ou si elle sait ce qu’elle croit ou si elle croit seulement savoir.

Alors qu’avant, elle savait croire, ou du moins qu’elle l’avait pensé, puisqu’elle ne veut plus croire. Et puis croire que l’on ne croit plus, c’est toujours croire. Tout comme croire que l’on sait. Elle manque de références qui auraient établi ce qu’elle sait, ce qu’elle sait savoir, et non plus ce qu’elle croit savoir, de manière indiscutable et définitive.
 
Elle se trouve dans l’incapacité de déterminer si ce qu’elle sait est cru ou su. Croire, savoir… Et donc, elle patauge dans une forêt de points d’interrogation philosophico-métaphysiques qui la plongent dans une sorte d’angoisse cireuse pas désagréable au fond, lorsqu’elle se promène dans la neige profonde des chemins ou lorsqu’elle s’enfonce dans les bois obscurs. 

  À y bien regarder, ces pâles pensées, toutes inclinées du même côté, qui poussent, parcimonieuses, sur l’humus ombreux de son esprit tourmenté, lui rappellent les tiges fragiles et inclinées des monotropes…

Le sol des sapinières, protégé par les frondaisons épaisses des arbres, n’est couvert que des aiguilles brunies dont le tapis épais étouffe les pas, comme une torpeur de l’esprit. La neige, prise aux branches, ne descend pas jusqu’à terre, suspendue au silence. Mais elle accentue l’enfermement du sous-bois qui forme ainsi un no man’s land où la rêverie peut tourner en boucle. Et bien souvent Finette reste longtemps assise, adossée à un tronc écailleux, ses grands yeux pervenche grand ouverts, dans le silence, la pénombre et l’odeur de résine froide. 

 
Et puis elle reprend sa promenade et elle rentre chez elle, détendue, reposée…

  La neige a fini par fondre et Flora s’est remise aux escargots. C’est sa spécialité, les escargots. Certains touristes viennent de très loin pour manger les escargots de Flora, à l’ombre du grand tilleul devant l’auberge. 

 
Ah ! Les escargots de Flora !

  S’ils sont vraiment inimitables, c’est pour des tas de raisons.

D’abord, Flora les ramasse elle-même dans « ses coins », bien cachés au fond des bois. Elle adore cette chasse où elle part à l’aube, armée d’un bâton et d’une grande besace. Et puis elle les fait dégorger « à la planche », et c’est son deuxième secret : une épaisse planche de sapin conservée l’hiver au fond du ruisseau voisin, séchée au printemps, où le grand-père de Finette a gravé au couteau deux traits séparés d’un mètre. Cette planche garde une odeur particulière de résine et d’eau fraîche qu’elle communique aux escargots comme un assaisonnement subtil. L’astuce consiste, après qu’ils aient passé quelques heures dans une infusion refroidie d’herbes mystérieuses où ils se « nettoient le boyau », à les faire « courir » sur la planche de sapin, d’un trait à l’autre, pour, dès que leur tête dépasse le second trait, les décapiter d’un coup de couteau vif et précis, juste derrière les cornes. Les escargots agonisants sont ensuite jetés dans une poêle où grésille un beurre baratté dans la ferme voisine, aromatisé d’ail, de champignons séchés et d’herbes secrètes que Flora conserve jalousement dans des bocaux fermés. On la dit un peu sorcière, bien sûr. C’est sans doute pour ça que son mari et son Américaine ont fini au fond d’un ravin, cramés dans
la Packard jaune de sa rivale. Bref. Pour en finir avec les escargots, ils sont servis dans le beurre où ils ont cuit, avec des épines d’acacia pour les extraire de leur coquille, et accompagnés de tranches du pain-gâteau que Flora cuit dans son four, spécialement à cette intention. Elle vous verse avec ça de grandes chopes d’une bière trappiste douce-amère, épaisse comme un potage, très fumée et à la mousse compacte. 

  Sorcière… Flora tient ça de famille et personne au village n’oserait rappeler les lointaines histoires dans lesquelles telle ou telle de ses aïeules se sont distinguées. Surtout pas les vieilles. Elle a transmis quelques recettes à sa fille, lorsqu’elle est partie étudier : « Prends garde à toi, ma belle, et ne perds jamais la conscience de tes actes, ne laisse personne te les faire oublier ! ». Patronne de bistrot, elle en a vu, des dindes ivrognées par des matous, troussées à la va-vite et oubliées dans un coin avec leur courte honte. Quand ce n’était pas avec un polichinelle dans le tiroir… Et ce n’était qu’avec de l’alcool ! Elle a donc préparé une grande quantité de ce qu’elle appelait du « Pain de Couleuvre », en fait, de petites dragées qu’elle fabrique à partir d’hellébore noir, et qui vous mettent à l’abri de toute inconscience. Et elle a bien clairement expliqué à Finette qu’une pastille vaut pour la semaine, et qu’elle aurait intérêt à en garder toujours par devers elle… Ensuite, elle fera ce qu’elle voudra, mais au moins, elle n’oubliera rien, et libre à elle de céder aux tentations en pleine connaissance de cause…

  Ce jour-là, Finette est partie chasser l’escargot à la place de sa mère. Elle aime ça aussi, Finette. La chasse et la cuisine. Elle a même conçu une variante « Finette » des escargots « Flora » : les escargots, sortis de leur coquille après la cuisson, sont enroulés dans un morceau d’une très, très fine tranche de jambon fumé du pays et replacés dans la coquille. C’est génial pour le goût et catastrophique en terme de main d’œuvre. Les escargots « Finette » ne sont donc préparés que par Finette elle-même quand elle est là, c’est-à-dire presque jamais, parce que sa mère n’a pas la patience. 

 
Et ce jour-là, Finette voulait préparer sa recette.
- C’est comme tu veux, a dit Flora, y’a pas de clients, on les mangera nous-mêmes. Et le reste on le mettra en conserve.

  Mais à son retour, à dix heures, la besace lourde de coquilles baveuses pesant sur son épaule, « y’avait des clients ».

 
Grosse voiture noire immatriculée à Paris, et deux hommes en costume cravate, visages graves, assis sous le tilleul devant une tasse de café.

  Qui se lèvent à son approche. 

  - Maître Gaston Brunières, notaire à Paris, et mon associé et ami, Marc Tombou. Vous êtes bien Madame Finette de Sainte Fouillouse ?

Flora ressort de sa cuisine…

Finette dépose délicatement son sac à ses pieds et sa mère s’en empare :
- Laisse, je m’en occupe… Si ces Messieurs veulent dîner ici ce midi, je les préparerai… à ma manière…
Et elle emporte le sac vers ses fourneaux.

- Oui, je suis Finette de Sainte Fouillouse, mais…
- Pardonnez-moi d’insister, mais, pourriez-vous me montrer une pièce d’identité ?
- Ecoutez cher Monsieur, vous êtes bien gentil, mais je suis ici chez moi, je ne vous connais pas et c’est vous qui me demandez mes papiers…
- En effet, pardonnez-moi, c’est tellement important…
Le notaire sort son propre passeport et le tend à Finette pour confirmer son identité. Elle y jette un coup d’œil, hausse les épaules et rentre brièvement dans la salle de séjour-cuisine-salle de restaurant prendre ses papiers dans son sac qu’elle a laissé sur une étagère.
- Voilà, Monsieur l’important notaire parisien…
Elle lui tend le document en lui rendant le sien, le tout avec le sourire ravageur qu’elle est capable d’exhiber au quart de tour. C’est vrai que depuis qu’elle est ici, au régime jeans, doudoune et bottes fourrées, elle a un peu délaissé ses allures de professionnelle de la séduction,

la Finette…

  - Chère Madame, permettez-moi de vous présenter nos condoléances…
- Vos condoléances ?
Flora a seulement pris le temps de plonger la récolte de sa fille dans la marmite d’infusion qu’elle a préparée hier pour qu’elle ait le temps de refroidir, et elle est ressortie sur le pas de sa porte en se frottant les mains sur son tablier bleu.
- Nos condoléances pour la mort de votre cousin, Déodat de Sainte Fouillouse…
- Qui ça ? demande Flora qui n’en a jamais entendu parler puisque son mari est mort sans lui en avoir rien dit. Il faut avouer qu’il ne s’était jamais beaucoup intéressé au roman familial. Bien trop occupé à courir la gueuse touristique, le salopard.
- Déodat de Sainte Fouillouse, reprend le notaire à l’intention de Finette. (Son long profil jaunâtre dont il équilibre le nez en fer de hache par un renversement marqué de la nuque, ignore délibérément Flora : il n’a pas affaire à elle) (S’il baisse un peu la tête, il tombe en avant, se dit Flora) (S’il tombe en avant sur ma table il me la fend en deux, poursuit-elle in petto) (Elle en rit toute seule, ce qui achève de la discréditer dans l’esprit très formaliste de Maître Gaston Brunières, qui déteste les escargots). A défaut d’héritiers directs, il vous a désignée comme étant sa légataire universelle.
- Parce qu’il me connaissait ?
- Sans aucun doute, puisqu’il a enregistré son testament officiel en mon étude peu de temps avant sa mort. Monsieur Aloïs Guétotrou-Kifumsec, qui m’a dit vous connaître, en a été témoin, avec Maître Tombou, mon associé.

Maître  Tombou, aussi grand que maigre, visage émacié et regard d’aigle derrière un pif impressionnant, mais, plutôt nasique, ou tubercule, disons patatoïde, salue à son tour. 

  Finette se souvient en effet d’un certain Aloïs Guétotrou-Kifumsec, qu’elle a rencontré à Andøya, pendant ses études. Quinquagénaire très digne, aux tempes argentées et rosette à la boutonnière, il se parfumait discrètement à la lavande avec une pointe de patchouli, dans un style très 1925. C’était un important délégué de l’Imporium. Elle s’en souvenait comme d’un « client » difficile, lors des quelques redoutables exercices de « communication corporelle » qu’il lui avait fait subir.

 
- Monsieur de Sainte Fouillouse m’a confié peu avant sa tragique disparition qu’il pensait que vous, sa cousine, seriez sans aucun doute capable de reprendre l’ensemble de ses affaires et de prolonger ses actions dans tous les domaines. Y compris dans les plus… confidentiels… Vous avez bénéficié à Andøya d’une excellente formation générale, commerciale et même… spéciale, vous avez fait vos preuves, et si des circonstances… imprévues et imprévisibles n’avaient pas ainsi brisé le développement de l’entreprise de votre employeur, que nous connaissions bien, vous auriez sans aucun doute été appelée à jouer un grand rôle au sein de son organisation et nous aurions certainement été amenés à collaborer…

  - Attendez, reprend Finette qui décidément n’y comprend rien. Qui était ce Monsieur et de quelles « affaires » me parlez-vous ?

- Monsieur de Sainte Fouillouse a créé la chaîne internationale des boutiques Tapas’Embal’. Il remplissait aussi d’autres fonctions au sein d’organismes internationaux, que nous représentons également, et dont nous vous parlerons ultérieurement. Mais vous devez savoir que cette succession restera sans frais et ne pourra comporter pour vous que des avantages puisque ses revenus seront infinis et que vous ne serez soumise à aucune obligation autre que de réussir… Ce dont Monsieur de Sainte Fouillouse était persuadé… En fait, et outre une confortable fortune, très sagement et très largement défiscalisée, il vous laisse surtout sa succession à la tête de ses affaires.

- Et de quoi est-il mort ce cousin généreux et inconnu ? demande Flora méfiante.
- Il n’a pas eu de chance, il quittait Tanger sur son yacht quand La Bombe de Gibraltar a explosé. C’était lui qui se trouvait là et que vous avez dû voir, comme le monde entier, sur la vidéo de l’explosion.
- Effectivement, ce n’est pas de chance…
- Heureusement que ses dispositions étaient prises, la dispersion de telles affaires est toujours catastrophique. C’est vous dire à quel point vous êtes attendue… Monsieur de Sainte Fouillouse nous a confié le soin de vous en informer dans le détail et d’organiser sa succession. Nous vous proposons donc de nous accompagner, d’abord à Paris, puis à Madrid et partout où sont situées ses usines, ses boutiques et toutes leurs ramifications… Et bien sûr de prendre contact avec ses relations d’affaire, dont Monsieur Aloïs Guétotrou-Kifumsec est le représentant direct, mais qui, vous le comprendrez pour y être quelque peu initiée, ne veulent pas apparaître…

  Le lendemain, Finette quittait les Ardennes. 

  Malgré les mises en garde de Flora :
- Attention, ma fille, on ne réussit pas en faisant le malheur des autres et ces oiseaux-là ne m’inspirent pas confiance… N’oublie jamais ton Pain de Couleuvre…
- Pour savoir comment on réussit, maman, il faut au moins essayer !
- C’est ce que pensait ton père et tu lui ressembles beaucoup par moments. Mais n’oublie pas ce que disait Philippe Auguste : « Il n’y aura jamais de construction noble si l’architecte est ignoble »…

Elle est comme ça Flora, inquiète pour sa fille et férue de citations originales et vertueuses qu’elle découvre au hasard de lectures disparates à fleur de magasines. 

 
Et Finette, attendrie, lui a fait une bise sur le front, entre ses boucles grises.

  L’année suivante, elle avait repris en main toute l’organisation des boutiques, s’inspirant de l’initiative expérimentale de Begoña-Conception et de Gerañum-Assomption à Saint Tignous sur Nivette, qui est très vite apparue comme la plus efficace dans cette période difficile. Elle a reçu l’appui d’Arnaud Boufigue qui lui-même était en pleine création et développement du concept des Super Trocs.
 
Elle avait aussi découvert la fonction que Tapas’Embal’ remplissait auprès de l’Imporium d’Aloïs Guétotrou-Kifumsec. Du moins, ce qu’ « on » lui en avait montré. Et ce qu’elle en avait deviné.
Elle avait également fait la connaissance de Monseigneur Gerhardt Zeeman, « contact » ecclésiastique de feu Déodat, qu’elle regrettait décidément de ne pas avoir connu de son vivant…

  Et aujourd’hui, Finette va prendre officiellement ses fonctions au sein de Tapas’Embal’, en inaugurant l’établissement de Saint Tignous sur Nivette, et cela en présence du Maire, du Conseiller en matière d’économie électorale, dont elle a découvert qu’il est aussi un lointain cousin, et du chanoine Onésiphore Biroton, curé de Saint Tignous sur Nivette, puisque Tapas’Embal’ occupe l’ancien presbytère, et entretient des relations privilégiées avec les instances religieuses.

 
Aloïs Guétotrou-Kifumsec, de l’Imporium, lui a annoncé qu’il viendra lui aussi avec Gaston Brunières et Marc Tombou, les notaires parisiens, et une « personnalité » qu’elle ne connaît pas encore.
  Après l’inauguration, ils partiront tous ensemble pour un lieu qu’il n’a pas précisé, « où elle aura connaissance de l’ensemble de leur projet de développement »…

Elle connaîtra mieux l’Imporium (dont, au fond, elle ne sait pas grand-chose) et elle saura enfin quels sont les objectifs qu’il poursuit.

On lui enverra une voiture…
 
Finette en est toute excitée.

 
Mais en attendant, il y a l’inauguration. 

  Ce sera sa première manifestation officielle dans sa nouvelle fonction, ce qui ne l’angoisse pas outre mesure, mais lui apparaît surtout comme une sorte de revanche après son départ prudemment précipité d’il y a deux ans.

 
A trois heures, on lui annoncera que son chauffeur est arrivé.

  A quatre heures, elle entrera à Tapas’Embal’…
 


[1] FCD, Fédération des entreprises du Commerce et de la Distribution, regroupe les entreprises du commerce de gros et de détail, avec une activité spécialisée alimentaire ou non-alimentaire.

Les enseignes adhérentes à la FCD sont : 8 A HUIT ; 1000 FRAIS ; ALDIMARCHE ; ATAC ; AUCHAN ; BOULANGER ; CARREFOUR ; CASINO ; CASITALIA ; C’ASIA ; CHAMPION ; COCCIMARKET ; COCCINELLE ; COMOD ; COOP ; CONFORAMA ; CORA ; CORSAIRE ; DARTY ; DECATHLON ; DIAGONAL ; ECO SERVICE ; ECOFRAIS ; ECOMAX ; ED ; FRANPRIX ; G20 ; GEANT ; GO SPORT ; INNO ;

LA VIE CLAIRE ; LE MUTANT ; LEADER PRICE ; LEROY MERLIN ; LIDL ; MARCHE PLUS ; MAXICOOP ; MAXIMARCHE ; MAXIMO ; METRO ; MIGROS ; MONOPRIX ; NICOLAS ; NORMA ; PC CITY ; PENNY ; PETIT CASINO ; PETIT CASINO 24 ; PICARD ; POINT COOP ; PROMOCASH ; PROVENCIA ; PROXI ; PROXI SERVICE ; PROXIMARCHE ; RECORD ; ROND POINT ; SCORE ; SHERPA ; SHOPI ; SITIS ; SPAR ; SUPERMARCHES MATCH ; TOY’R’ US ; VIVAL ; VOTRE MARCHE.

Pour un volume d’affaires de 162,6 milliards d’€.
Source : FCD, mars 2006

[2] Gertrude continue de louer à Arnaud un immense appartement dans sa grande maison proche de la MJC. Arnaud qu’in petto elle continue d’appeler Sri Mardouk Shankara depuis qu’il l’a convertie à la sainteté des thèses développées par les Écolocroques.

LA FIN TERRIBLE DE LUIS / P2C1E5

P2C1E5 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 5)

  N°84 / LA FIN TERRIBLE DE LUIS / P2C1E5

C’est l’histoire où Victor, dit le Boulet, découvre le cadavre de Luis, écorché, horriblement assassiné. 
 
Mardi 3 mai
8 heures
Le Matois

 
Vic se trouve bien ennuyé.

  Bien sûr, c’est lui le directeur du journal, enfin, le directeur effectif, quoi. Tant qu’Arthur, directeur en titre, se trouve en Patagonie où il recherche les entrepôts clandestins des Écolocroques qu’il doit redistribuer en fonction des besoins de l’un ou l’autre pays. Un travail pas commode : la neige est là et il faut déménager des tas de tonnes de céréales et de viande congelée. C’est le boulot qu’il a accepté auprès des Nations Unies. 

  Et ça laisse Victor tout seul aux commandes de la Lanterne Matoise du Fort Subreptice. Pas commode non plus.

  Et ce petit con de Luis qui disparaît juste quand on a besoin de lui.

Il aurait dû rendre son papier hier soir, après le pince-fesses de Tapas’Embal’. Et on n’a pas encore de nouvelles. Bien sûr, il doit être au Matois. Mais l’intranet du journal fonctionne, bon sang de bonsoir. Il aurait pu envoyer son article. Il ne boit pas, ça, c’est sûr. Il n’est donc pas resté en tas dans un petit coin à cuver un excès du champagne douteux plus ou moins espagnol qui a certainement été servi pour l’occasion. A moins qu’il n’ait prolongé la fête dans l’une des boîtes de Saint Tignous sur Nivette. Avec l’un ou l’autre de ses copains. L’ennui d’avoir recruté un stagiaire local. Enfin…
 
Vic a encore essayé de le joindre, mais le Matois ne répond toujours pas. Après tout, c’est le travail de Mouchoir de récupérer la copie ! Mais Mouchoir a demandé à Clèm si elle ne pouvait pas lui demander, à lui, Vic, d’essayer d’appeler, parce que lui n’y arrivait pas, qu’il avait l’édition à préparer, et que ce jeune Luis ne lui plaisait pas beaucoup, ne lui inspirait pas confiance, à farfouiller partout. Et qu’il serait bon de le recadrer, de lui « remonter un peu les moustaches », ce qui a bien fait rire Clèm, ronronnante comme une grosse chatte depuis qu’elle est enceinte et tellement heureuse de l’être… Et qu’elle lui teint de nouveau les moustaches, justement… Et qu’ils occupent l’appartement de direction au-dessus des locaux du journal dans l’immeuble de la Lanterne. Et qu’ils oublient tendrement ce qu’il vaut mieux oublier de leur périple sous-marin…

  Bon. 

  On n’est pas bousculés. 

 
Mais il est vrai que depuis leurs aventures d’il y a deux ans, Vic et Clèm ne se sentent pas facilement « bousculés ». 

  J’y vais.
 
Il n’a pas souvent l’occasion de revenir ici. Ça lui fait tout drôle. Il s’attend presque à retrouver Béatrace, moustache en bataille, fulminant derrière sa photocopieuse de compétition et râlant après la copie qui n’arrive pas. Le tout après son quatrième café. Béatrace ne boit plus de café depuis qu’elle est maman ! 

  Et Jules… Jules, dont personne ne parle jamais.

 
Le premier fils d’Arthur et de Béatrace, né l’an dernier dans la petite « maison d’artisan » des Malfort où ils ont emménagé, déjà fort comme un Turc, s’appelle Jules… Tijules pour les intimes…

  C’est à tout ça qu’il pense, Victor, quand il ouvre la porte… (tiens, elle n’est pas verrouillée), et qu’il s’avance… (tiens, l’éclairage ne fonctionne pas), l’interrupteur cliquette sans que les tubes néons fixés au plafond s’allument. 

 
Mais une lumière violente, là, au fond de la pièce…

  Tout d’abord, dans cette lumière, c’est seulement une silhouette à contre-jour entre les piliers. Doublée d’un reflet rougeoyant qui lui fait face… Curieux contre-jour. Normalement, la lumière parcimonieuse qui entre lorsque l’on ouvre la porte diminue à mesure que l’on s’avance. Mais un projecteur posé à terre a été allumé près de son ancien bureau. Et la silhouette se trouve placée entre les deux derniers piliers. 

 
Le projecteur est puissant et l’aveugle suffisamment pour rendre imprécis les contours de la silhouette…

  Vic s’approche, de moins en moins vite…

Nom de dieu…
 
Se précipite… s’arrête…

  Contourne le pilier de gauche, devant ce qui était le bureau de Béatrace…

 
S’assied. Non. Tombe assis sur le coin du meuble…

  Luis. 

 
Luis, suspendu écartelé aux piliers par des cordes attachées à ses poignets et à ses chevilles. La tête maintenue bien droite par une autre corde nouée dans ses cheveux épais et fixée à un anneau de la voûte. Les yeux ouverts rivés à sa propre image renvoyée par le grand miroir que l’on a disposé derrière le projecteur posé devant lui et qui l’éclaire crûment… 

  Nu…

 
Double vision pour qui entre : à contre-jour, la silhouette sombre vue de dos, et derrière cette silhouette, face à cette silhouette, son image illuminée dans le miroir, comme si cette image importait plus que sa chair. 

  Sa chair…
 
Les yeux grands ouverts et brillants. Comme s’ils étaient vivants.

Mais à voir sa poitrine immobile, sans souffle, et son immobilité absolue, il est évident que Luis est mort. 

  Luis est mort…

 
D’ailleurs, avec cette immense plaie…
Un étrange rictus aux lèvres…
Nu et souriant, avec un regard de ravissement horrifié largement écarquillé…
Un regard bordé de rouge…
Un regard sans paupières…

  Luis écarlate dans le miroir qui renvoie sa chair à vif…

Luis, écorché, du cou aux poignets et aux chevilles.

 
Mort.

  Souriant.

 
Suspendu à son cou par un cordon de laine rouge, il y a un petit pipeau de bois.

  Vic a surmonté sa nausée, fasciné d’horreur.
 
Il est ressorti, sans rien toucher, sans marcher dans la flaque sombre étalée sur le sol sous le cadavre.

  Il aurait voulu, là, tout de suite, en parler à Rébéquée, pas à Clèm, dont il veut protéger la grossesse, mais, à Rébéquée. Ou à Arthur, ou à Eusèbe, ou à Béatrace. Il ne sait pas. 

  Il est ressorti sur la place, vite, et puis là, dans le frais soleil du petit matin, il s’est assis dans sa voiture, a appelé Rébéquée, mais son portable ne répond pas, elle n’est ni à la boulangerie ni à l’usine de

la Marée aux Ports…

  Alors il a appelé Eusèbe chez lui, pas très loin de la ville, dans la maison qu’il occupe maintenant avec Jeanne.

  Eusèbe a compris, à demi-mot, parce que ce que Victor raconte ne peut s’exprimer qu’à demi-mot, et il a dit qu’il arrivait.

Et Vic attend… Assis dans sa voiture. 

 
Au soleil.

  Eusèbe reste ce grand bonhomme qu’il semble avoir toujours été. L’image ambiguë que les Écolocroques ont essayé de lui donner n’a pas laissé beaucoup de traces, en tout cas auprès des gens un tant soit peu informés, et ne l’a pas affecté. Il a repris la rédaction de ses mémoires, avec l’aide de Jeanne qui a quitté le journal pour, enfin, partager sa vie…

 
En dix minutes, il arrive en trombe et se gare dans un grand crissement des freins de son antique Mercedes.

  Vic est descendu de sa voiture et l’entraîne sans un mot auprès des restes de Luis.
 
Eusèbe siffle entre ses dents :
- Jamais vu ça… On l’a… écorché…

  Il s’approche prudemment pour ne rien toucher et pour éviter la flaque sombre à ses pieds.

-         C’est tout frais, regarde, le sang n’est pas encore totalement coagulé et… Oui, il goutte encore.         
Vic, qui a retrouvé son sang-froid tend la main pour frôler le cou du cadavre, au-dessus de la blessure :
- Il est froid. Tu penses qu’il faut appeler la police ?
- Je ne vois pas comment on pourrait faire autrement, mais…
- Mais c’est monstrueusement bizarre, non ? Et les monstruosités, on connaît. C’est très suspect. Ce qui serait simplement horrible ailleurs devient inquiétant ici dans la mesure où justement, cela rappelle trop de choses.
- Voyons, s’insurge Eusèbe en reculant d’un pas, ça ne peut pas être les Kuhhirt, on les a laissés aux Goums, comme promis, et Amaïa nous a dit qu’ils les avaient donnés à  Ôoumloc. On ne doit pas pouvoir les retrouver de sitôt ! Ils ont été bouffés par les crabes, les affreux. Alors ???
- On devrait vérifier auprès d’Amaïa, insiste Vic.
- J’avertis le Président, et j’appelle les flics, grogne Eusèbe…
- Et moi, j’appelle Béatrace, conclut Vic.

  Une demi-heure et quelques coups de téléphone plus tard, tout le monde est réuni dans le salon de la « maison d’artisan » qu’habitent Arthur (quand il est là) et Béatrace :
- Célaksavapu. Ksavapudutou, zazize Béatrace que tout ça rend furax.
Elle poursuit :
- C’est vrai quoi. Jusque-là ça s’est plutôt bien passé, on s’en est plutôt bien remis de toute cette catastrophe qu’on a prise de plein fouet. Entre Tijules et le reste, on est plutôt bien je trouve.

Elle arpente son salon en berçant vigoureusement Tijules, son petit garçon d’un an qui n’a pas l’air de s’émouvoir de l’agitation de sa mère et reste accroché d’une bouche avide au sein gonflé qui s’échappe de son corsage ouvert.

Eusèbe, Victor et Clèm sont assis dans les confortables fauteuils qui entourent la table basse.
- Si vous avez soif, vous vous servez, continue-t-elle, soudain consciente de ses devoirs de maîtresse de maison.

Et puis elle reprend son va-et-vient en berçant à pleins bras Tijules qui n’en tête pas moins sérieusement avec pour objectif l’assèchement temporaire du sein maternel, le museau plongé entre les douze poils frisés de l’aréole sur laquelle il s’acharne (poils qui provoquent parfois des crises d’éternuements qui se terminent en explosions de fous rires).
- … on s’en est bien sortis et je pense que le Monde l’a échappé belle. Grâce à nous et aux Goums, n’ayons pas peur de le dire et au diable la modestie (elle redresse la tête, moustaches frémissantes)… Grâce à nous ! Et c’est bien grâce aux Goums, à Rébéquée et à Arthur si les gens mangent à peu près normalement. Et…

Mais à force de le bercer, elle en vient à « débrancher » Tijules de son téton, et ce avec un flop marqué qui lui laisse le mamelon emperlé de lait.

Tijules déglutit et manifeste aussitôt son mécontentement par un « Ouin !! » bien senti que Béatrace, qui connaît son petit bonhomme, traduit in petto par « C’est bien gentil tes histoires, mais si tu arrêtais de me baratter le laitage, je pourrais finir mon casse-croûte ! ».

Confuse, Béatrace s’assied sur le bord du quatrième fauteuil, permettant ainsi à son chéri de se rebrancher d’un geste aussi décidé que précis pour reprendre son ouvrage là où il l’a laissé.

  Vic profite de l’interruption pour couper court à la tirade qu’ils connaissent par cœur et qui les fait d’habitude sourire avec attendrissement. Mais la situation est grave et on n’a pas le temps de sacrifier aux rituels.

Il enchaîne :
- … et quelqu’un nous en veut, ou plutôt, quelqu’un en a suffisamment voulu à ce pauvre Luis pour l’écorcher vif !
- Vif ? s’enquiert Béatrace que cette précision fait frémir.
- Vif, ou du moins je le suppose. L’autopsie confirmera certainement, précise Vic.
- Qu’est-ce que le Président vous a dit ? demande Clèm à Eusèbe.
- Il m’a dit d’informer le commissaire de police local à qui il envoie un fax confidentiel confirmant

la Priorité Défense du dossier. Je connais le commissaire Ravot, de Saint Tignous sur Nivette. Il est compétent et discret, mais bien sûr, il ne maîtrise pas intégralement ses collaborateurs. On est bien placés pour savoir comment ils communiquent avec la presse. Ravot va essayer de limiter les fuites de ce côté là, mais ce sera difficile. Pour ce qui concerne

la Lanterne, on va titrer sur l’assassinat d’un collaborateur dans nos locaux, sans en préciser les circonstances.

   - J’ai pu téléphoner à Arthur avant votre arrivée, reprend Béatrace. Il va se presser de terminer son chantier en Patagonie pour revenir rapidement. Il a eu l’air de trouver ça inquiétant pour nous. Il m’a parlé de nostalgiques qui chercheraient une vengeance…
- C’est vrai que ça fait penser à un crime rituel, approuve Clèm qui croise les bras sur son gros ventre en regardant Victor.
- Le Président va faire avertir Interpol pour recouper tous les crimes bizarres du même style, s’il en existe, et il contacte personnellement les Nations Unies pour alerter leur vigilance. Il ne faudrait pas que ces nostalgiques des Écolocroques dont parle Arthur se réveillent…
- Moi, je retourne voir où en est la police, et puis je vais creuser un peu pour savoir dans quoi Luis mettait son nez ces derniers temps, conclut Victor.
- Et vous revenez ici pour me tenir au courant. Je vais tenter de joindre Rébéquée. Elle pourra venir par le « métro » si besoin…

Le « métro », c’est la ligne de locotracteur souterrain qui joint Saint Tignous sur Nivette et Agotchilho et que les Goums ont prolongée jusque dans la cave de la petite maison des Malfort. Ce qui facilite bien des choses.

- Moi je fais la liaison au journal, poursuit Clèm en se relevant, lourde de ses six mois de grossesse.
- Tu fais surtout attention à toi, lui souffle Vic à l’oreille en l’embrassant dans le cou.
- Aies pas peur, on est deux à veiller ! et elle se presse le ventre à deux mains en lui rendant son baiser.
- Au fait, poursuit Vic, demande à Mouchoir ce que faisait Luis, qu’il nous prépare un topo. Je gagnerai du temps en revenant du Matois…

  Parce que Vic aussi dit toujours « le Matois »…
 

N°85 / CHEZ MADO / P2C1E6

P2C1E6 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 6)

 
N°85 / CHEZ MADO / P2C1E6

  C’est l’histoire où, chez Mado, Jo et Ted parlent de Luis, sans savoir, et où le Commissaire Ravot les invite à raconter la soirée de la veille.

Mardi 3 mai
9 heures
Chez Mado

 
- Alors vous m’avez fait des infidélités ?

- Mais non, Mado, simplement on a voulu voir ce que c’était…
- Je plaisante, Jo, je plaisante… J’étais invitée moi aussi par les sœurs espagnoles, mais, comme j’ai répondu, le commerce ça ne supporte pas d’infidélités… Je veux dire, de la part de la patronne vis-à-vis de ses clients. Eux, ils sont libres !
  - Sers-nous des cafés, on est un peu fatigués. Heureusement, on est d’après-midi… Et tu sais quoi ? (Jo a pris l’air mystérieux) La patronne venue pour l’ouverture, la grande patronne, quoi, tu sais ce que j’ai appris ? C’est elle, enfin, c’est son groupe qui a racheté Lartigo. C’est notre patronne, vieux (Ted approuve gravement du chef). Et tu sais quoi ? (il en bafouille presque d’enthousiasme) Eh bien c’était celle qui avait ouvert la boutique des Écolotrucs, près de la MJC, avec le Maire !!!
- Non ? Je croyais qu’elle avait disparu dans la nature ?
- Elle a peut-être disparu, mais elle s’est vachement recyclée, tu peux me croire ! Un 4×4 comme j’avais jamais vu, oui le gros BM, tu sais, vitres teintées, rallongé, avec chauffeur et tout, et des mecs hypersérieux qui la suivaient dans une Mercedes, et puis aussi une Rolls pour finir le cortège, mais celle-là, elle devait être vide parce que personne n’est descendu. Et sa tenue ! Claaasssss !!! Putain la gonzesse… Même le Maire qui était impressionné. Et le Conseiller, tu sais, Hilarion Machin, celui qui a pas l’air fini, attends, il se fait appeler « Conseiller en matière d’économie électorale », je te dis pas le melon… Paraîtrait qu’il est parent avec elle… Tu te souviens quand on l’avait rencontrée ici, on sortait du Club…

- Ouais, l’interrompt Ted, même qu’on s’était fait deux meufs dans le C15…
- Ouais, on n’était pas sérieux à l’époque, on était jeunes…
- Parce que t’es sérieux maintenant ? coupe Mado qui les écoute en souriant.
- Me charrie pas… On était trois potes, et Momo est parti de chez Lartigo pour bosser à Bordeaux, c’est plus pareil, tu sais bien.

  - Vous êtes sûrs que c’est la même ? insiste Mado.
- Ben oui, confirme Jo. J’ai bien reconnu ses cheveux et ses yeux…
- Eh… ses yeux… Ecoute l’autre !! Ses yeux !! Comme si c’était ses yeux que tu regardais… gouaille Fred qui n’avait pas non plus regardé que le bleu regard de la patronne.
- Tu sais quoi, on va demander à Luis. J’ai bien vu qu’il lui tournait autour au début, juste après les discours. Il m’en avait parlé : il voulait interviewer tous les pontes. Il m’a dit comme ça qu’il avait des tuyaux pour une affaire terrible…