logo

LA RENCONTRE / P3C2E33

 P3C2E33 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 33)

  N°222 / LA RENCONTRE / P3C2E33

 
C’est l’histoire où Frère Jean des Entonnoirs est conduit à Agotchilho et où il rencontre Amaïa, ce qui lui fait un drôle d’effet. 
 
Jeudi 16 juin
19 heures
Agotchilho
Bureau N°1

  On a commencé par les entendre marcher dans la coursive qui mène au bureau, avec des éclats d’une voix ironique et moqueuse : celle du moine.

 
Et puis Jeanne est entrée, suivie d’Eusèbe, qui porte un cubitainer à la main : il avait promis de faire goûter son Jurançon. 

  C’est l’occasion.
 
Dans le bureau, on se tait. 

  Les deux Amazones sont toujours effondrées dans leurs liens et Amélie leur regarde la pupille avec une lampe stylo.

 
Béa et Arthur sont assis côte à côte, auprès de Rébéquée, du même côté de la table que l’on a placée au centre de la pièce pour y remplacer le noble bureau derrière lequel trônait jadis le Numéro Un. 

  Amaïa est assise face à la porte et l’on distingue la silhouette de Nouye dans la lueur des écrans de veille de son poste de liaison. 

 
Leurs peaux nues luisent doucement.

  - Je n’y crois pas à votre histoire, tonne Frère Jean des Entonnoirs lorsque, galant, il s’efface pour laisser passer Cloclo Chatapus.

 
Et puis il entre à son tour en la poussant un peu parce qu’elle s’est brusquement arrêtée.

  Amaïa s’est levée et le regarde en face.
 
- Jésus, Marie, Joseph, eh bien merde alors… murmure le moine scié à la base de ses certitudes.

  Cloclo ne dit rien, mais elle oscille d’incrédulité effarée et elle se serre contre les plis rêches de la bure de son amant monastique dont elle tente de saisir la main (oui, la main) au creux de la sienne.

 
- Aïe, laisse-t-elle échapper : il lui écrase la menotte dans un réflexe incontrôlé.
- Pardon, réagit-il en la relâchant : il a senti craquer les cartilages fluets au creux de sa pogne.
- Ce n’est rien, excuse-t-elle dans un réflexe d’effacement professionnel démenti par une grimace persistante et des gestes convulsifs du poignet qui tentent de remettre de l’ordre dans ses phalanges.

  Eusèbe, qui comprend la surprise du saint homme, lui tend le cubi de dix litres qu’il se félicite d’avoir pris la précaution d’emmener. 

 
Sans quitter Amaïa des yeux, le moine dévisse de la main gauche le bouchon du récipient qu’il élève jusqu’à ses lèvres et qu’il entreprend d’assécher d’un gosier machinal (ce qui dénote une longue expérience : essayez de boire directement à un cubi de dix kilos en regardant droit devant vous, pour juger de la vigueur de l’exploit).

  Eusèbe lui tapote la manche pour sauver un peu de son Jurançon. 

 
Le moine, rappelé à la bienséance et à ses réflexes de courtoisie, s’interrompt pour permettre, pense-t-il, à son amphitryon de profiter un peu du nectar.

  Mais Eusèbe ne boit pas : il voulait seulement sauver les meubles pour plus tard.
 
Il récupère donc le bouchon du cubi dans la main libre et passive du moine (qu’il sent agitée d’un léger tremblement), rebouche sa réserve entamée plus que de moitié, et la pose à ses pieds.

  Le moine semble alors émerger de sa stupeur. 

 
Il rote vigoureusement pour purger sa boyasse de l’air ingurgité simultanément aux cinq litres de vin moelleux qui lui ont dévalé l’œsophage, et il déclare d’une voix blanche :

- Bonjour Madame.

  - Attendez, s’interpose Amélie, ce qui amène une ombre de détente, je pense à quelque chose…

 
Elle se détourne des Amazones qu’elle était en train d’examiner et s’approche du moine béant. 

  Puis elle sort un petit tube de verre de sa mallette et en extrait, de ses mains soigneusement gantées de latex, un petit écouvillon de coton monté sur une baguette ad hoc.

 
- … restez comme ça, ne bougez pas.

  Elle se soulève sur la pointe des pieds et enfonce le petit bout de bois, non pas dans les oneilles, mais dans la bouche ouverte du moine qui ne s’en aperçoit pas, tant la vue d’Amaïa le bouleverse.

 
- Merci, mon Père, vous pouvez refermer la bouche.

  Toujours ce vieux fond catho chez Amélie…

 
Mais Frère Jean n’en reste pas moins béant. 

  Tout comme Amaïa, d’ailleurs, mais ça, Amélie n’y a pas prêté attention.

15 juin 2008 - Aucun commentaire
Classé dans : roman feuilleton Tags: , , , , , , ,

CE SERA TERRIBLE / P3C2E36

 P3C2E36 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 36)

  N°225 / CE SERA TERRIBLE / P3C2E36

 
C’est l’histoire où Ravot et les autres prisonniers de Brunières assistent à la sortie du « troupeau » de ceux qui, nus, entrent dans l’Usine.

  Jeudi 16 juin
7 heures 30
Bordeaux


 
C’est la reprise de la suite de P3C2E32


 
Le projecteur restant s’est éteint et on l’a enlevé, avec les débris de l’autre. 

  Des plafonniers se sont allumés, très haut, déversant une lumière blafarde. 

 
Humevesne et Suceprout se sont empressés de faire place nette : les cadavres, traînés par les pieds, l’un après l’autre, ont été emportés vers la gauche, par une de ces larges portes en lames de plastique blanc horizontales qui s’escamotent toutes seules en s’enroulant très vite lorsque l’on s’en approche : Vrrrrtttt ! et qui reviennent en place dès que l’on est passé : Tttttrrrv ! 

  Une autre porte, métallique, celle-là, s’est ouverte dans le mur du fond, l’éclairant d’une lumière brumeuse, et a découvert un de ces tourniquets par lesquels on ne peut passer qu’un à la fois, comme dans le métro.

 
Fait pas chaud. 

  Et cependant, les arrivants, qui se présentent au tourniquet en file bien sage, sont nus… 

 
On les sent pressés l’un contre l’autre, dans l’autre pièce, sans doute une salle de douche collective, d’où sort une vapeur chaude qui envahit peu à peu le haut du hangar, vaste comme un hall de gare. 

  Ils s’arrêtent contre la barre métallique et, à la demande d’un panneau lumineux, ils déclinent leur nom, leur prénom, et leur date de naissance. 

 
Et puis leur adresse. 

  Un flash les illumine brièvement.
 
La barre s’escamote et  ils passent…

  - Traçabilité ! Traçabilité ! Le maître mot !

 
Brunières pavoise, arpente le béton devant Lepif, le proc et Ravot qui regardent défiler les corps nus, anonymes, méconnaissables ou inconnaissables dans leur nudité, qui fait qu’on ne les voit pas vraiment. 

  Ils marchent mécaniquement, hommes, femmes, enfants, de tous âges…
 
Les silhouettes sont indistinctes, les visages brouillés dans la distance… 

  Ils fument dans l’air froid…

 
Ils marchent mécaniquement, se tiennent par la main, en lente file indienne, les yeux perdus… 

  Nus, insensibles au froid. 

 
Brunières les a rejoints, a pris dans la sienne la main de la femme brune aux cheveux collés mouillés qui est sortie la première, et derrière qui la file commence à s’étirer, et il la guide au travers de la vaste salle, suivie d’une lente procession de corps nus cadencée par les flashes du tourniquet. 

  Brunières franchit la porte escamotable. 

 
Il fait un signe au passage, et une Amazone ouvre une petite porte voisine en indiquant à Ravot et aux deux autres d’avoir à le suivre de l’autre côté…

  Un dernier regard leur montre la file indienne, maintenant continue, de ces gens, qui avancent en se tenant la main, indifférents, aveugles.

L’air heureux… 

 
Ils marmonnent des choses, les yeux levés au ciel, souriants… 

  Jeunes, vieux… 

 
Des enfants, des vieillards, tous ravis…

  Des machines ronflent là-derrière…

  De l’autre côté du mur…

MATIÈRE PREMIÈRE / P3C2E37

 P3C2E37 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 37)

  N°226 / MATIÈRE PREMIÈRE  / P3C2E37

 
C’est l’histoire où ceux qui n’étaient que nus sont maintenant assis.

 
Jeudi 16 juin
7 heures 30
Bordeaux
 

C’est la suite de P3C2E36
 

De l’autre côté du mur, on entre dans un univers blanc, lisse, poli…

  Une salle, plus petite, plus basse et qui serait intime par comparaison, si elle était moins violemment éclairée, presque silencieuse, n’étaient des souffles d’air comprimé qui fusent de vérins, et un roulement sourd… 
 
Dans la salle circule une sorte de chaîne, faite de sièges roulants en gros treillis d’inox, percés au fond d’un trou plus large, qui sortent d’un passage ouvert dans un mur. 

  Brunières y assied à son tour chacun des arrivants. 

 
Les sièges se renversent. 

  Les bras tombent mollement au creux des accoudoirs, les jambes fatiguées reposent dans des gouttières légèrement écartées… 

 
La nuque se renverse, détendue, dans l’appuie-tête en tôle… 

  Abandon délicat d’une grande fatigue, détente, sourires…  

 
Parfois, on fait attendre : cet enfant, trop petit, aura l’autre fauteuil… 

  Tous ne sont pas de la même taille, on a prévu ces choses, c’est étudié tout ça, c’est fait pour…

 
Un peu plus loin, par terre, les corps du juge et de Martial. 

  On est en train de s’en « occuper » : Humevesne extrait les flèches au moyen d’une pince spéciale qu’il serre sous la pointe… Pour le juge, qui était debout lorsqu’il a été tué, la pointe sort de la bouche. Il la tire et l’extrait toute entière, empennage compris, englué de sang et de cervelle. On n’a pas le temps de le regarder tirer sur la flèche qui sort sous le menton de Martial : il était à genoux, l’angle de tir n’était pas le même…

 
Brunières les interrompt dans leur tâche, et Humevesne vient le remplacer pour asseoir les arrivants qui se suivent toujours…

  Suceprout, un peu plus loin, se saisit de la canne qui pend du plafond, derrière chacun des sièges et l’introduit dans la bouche, dans la gorge, des assis qui défilent lentement, comme à des canards au gavage…

 
On travaille en silence.

  On est sérieux, professionnels, efficaces…

On a le respect de la matière première…
 

LE HACHOIR / P3C2E40

 P3C2E40 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 40)

  N°229 / LE HACHOIR / P3C2E40

 
C’est l’histoire où les corps des victimes sont hygiéniquement hachés sous les yeux effarés de Lepif et de Ravot.

 

Jeudi 16 juin
7 heures 30
Bordeaux

 
C’est la suite de P3C2E36, P3C2E37, de P3C2E38 et de P3C2E39.


 
- C’est ici que sont enregistrés tous les éléments d’information relatifs à chacun des patients, mais regardez plutôt…
 
Un écran montre en gros plan Ordegale-Junie, toujours suspendue par les poignets, son visage bouffi vaguement animé par des restes de sourire… 

  Soulevé par les câbles, son corps rougi s’élève, arrive à la hauteur du haut de la tour, qui s’ouvre sur un vaste entonnoir.

 
- Tout est enregistré ! s’exclame Brunières ravi.

  Le corps s’immobilise au-dessus, de la grande bouche d’inox, attend… 

 
Un second corps s’approche, tout aussi défiguré…

  C’est celui de Pélot…

 
Un souffle puissant s’élève du fond de l’entonnoir brillant où, sur l’écran, on peut distinguer des glissements d’acier tournoyant…

  Les deux corps, face-à-face frémissent sous ce vent…
 
Ils descendent, tordus de lentes ondulations, comme sous l’effet de caresses amoureuses. 

  Lorsque leur peau se touche, elle se détache en larges lambeaux qui flottent dans l’air… 

 
Le procureur détourne la tête.

  Ravot pâlit.

 
Lepif se cache le visage entre les mains.

  Les corps descendent encore, ils sont à leur hauteur, sourient, en extase… 

 
Les voient-ils ?

  Ravot s’accroche à la rambarde qui les maintient à distance du pupitre : les corps descendent, plus bas, les yeux dans les yeux.
 
Une femme (c’était Ordegale-Junie) et un homme (c’était Pélot) qui se parlent tout seuls, se racontent l’histoire de leur propre délire, leur histoire absolue, ultime résumé de leur vie, qui descend, en silence, dans le bruit…
  Qui parlent…

 
Le son change d’un coup, se rythme de chocs sourds lorsque les lames frappent, à droite et à gauche… 

  Le giclement du sang éclabousse les parois, lavées à petits jets au ras de l’entonnoir, avec des petits pschitts, pour qu’elles restent propres…

 
Les regards sont maintenant éteints : mangés jusqu’à la taille les deux corps relâchés, sont tombés dans les lames où, vite, ils s’engloutissent…

  Ravot reste immobile, figé dans sa vision…

 
Brunières le secoue, un grand sourire aux lèvres, heureux de la « surprise » qu’il leur a apportée.

  Deux autres corps, deux autres, et puis deux autres encore… Et ce sont deux cadavres, nus et éviscérés qui se trouvent engloutis : le juge et Martial…
 
Brunières leur montre, explique que ceux-là, comme ils étaient morts, il a fallu les « vider ». A la main. 

  L’hygiène…

 
Et puis il leur désigne l’escalier et il les force à descendre, malgré eux, les contraint à quitter la terrible fascination qui s’est emparée d’eux, les poussant l’un avec l’autre, aidé des Amazones qui les piquent de la pointe de leurs poignards : trop proches, elles ont passé leur arc en bandoulière et remisé leurs flèches pour l’instant inutiles.

  Il les pousse dans la pièce voisine, tandis que le bruit change de nouveau derrière eux : deux autres corps, là-haut, tombent dans le hachoir.

 
Un sas. 

  On leur fait enfiler des vêtements de papier blanc, des sur-bottes de papier, une cagoule de papier aussi… 

 
Leurs « gardes », Brunières compris, se couvrent de la même manière en leur expliquant que… l’hygiène… 

  Et il les pousse dans l’ultime salle…

PLAN MARKETING / P3C2E41

 P3C2E41 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 41)

  N°230 / PLAN MARKETING / P3C2E41

 
C’est l’histoire où les produits finis (saucisses et biodiésel)
sont élaborés, et où Paul Dupont, le directeur de l’usine, fait part à Ravot de ses préoccupations de chef d’entreprise responsable, en lui mettant la pression.


  Jeudi 16 juin
7 heures 45
Bordeaux
 

C’est la suite de P3C2E36, de P3C2E37, de P3C2E38, de P3C2E39 et de P3C2E40.


 
Tout est laqué de blanc. 

  Des machines, de l’inox brillant.
 

Et quelques ouvriers vêtus de blanc eux aussi.

  Ça siffle, ça chuinte, ça souffle, ça cliquette et ça cogne…

 
Brunières semble pressé :

- Ici, (il désigne de grandes cuve brillantes, des convoyeurs fermés, des malaxeurs…), c’est plus classique, la chair est amenée. On trie la viande d’où la graisse est enlevée. On la chauffe un peu, pour faciliter le dégraissage, dans ces décanteurs que vous voyez. Cela allége la teneur en matière grasse des saucisses, car les Élus aiment que l’on soit svelte. Et la graisse sera transformée en biodiesel, un carburant écologique ! C’est nouveau : un kilo de graisse, égale un litre de carburant ! Ça se fabrique dans l’atelier voisin (geste vague)… Ici on cuit (il désigne d’autres cuves, moteurs, vérins, on s’affaire là autour, on ajoute des poudres), sel et poivre, c’est très bon quand on arrive au bout… Les os, triés dès le départ, comme la graisse, sont recyclés : on en fait la peau qui emballe les saucisses, et voilà !

  Triomphant, il leur montre les dix lignes de saucisses qui arrivent et que des doigts robots empilent dans des boîtes. Des pyxides…
 
Poussés, tirés, ils sont conduits dans le bureau verre et inox où les attend Paul Dupond :

  - Messieurs, je serai bref. Je n’ai pas de temps à perdre en balivernes. Je suis un homme sérieux. Un homme d’affaires. J’ai à conquérir et à occuper un marché dans sa totalité pour ce qui concerne mon secteur. Je suis tenu à certains résultats ! Or, vos « amis » Chochos me font concurrence et perturbent mon plan marketing. Vous en constituez la preuve vivante : vous auriez dû être parmi les premiers à vous trouver conquis. Or vous continuez à me poursuivre. Mieux, votre procureur et votre cow-boy de juge ont quitté les rangs de mes effectifs pour vous rejoindre. J’espère que ce problème sera résolu à la base par l’éradication de cette engeance, comme il est prévu, mais il n’en reste pas moins que ces sous-hommes et leurs alliés, les Malfort, ont pu me contrarier dans mon action, et que j’ignore par quel moyen. Je n’aime pas ça ! Alors je vous laisse le choix : ou bien vous me révélez ce que vous savez d’eux et de la manière dont ils corrompent les effets des drogues dont la vente constitue mon fonds de commerce, et dans ce cas, je vous promets une mort rapide et propre, ou bien vous restez muets et je vous fais passer tout éveillés et pleinement conscients dans ma chaîne à saucisses. Il est dix heures. Je vais avoir du travail : nous attendons d’importantes arrivées de « matière première » pour demain. Par ailleurs, nous attendons la visite du Mentor qui doit venir inaugurer notre pilote de fabrication de biodiesel. Toujours notre préoccupation écologique, n’est-ce pas ? Il faut que je prépare son accueil. Vos gardiennes vont vous conduire à vos appartements et vous laisseront méditer sur l’erreur que vous avez commise en nous affrontant. Vous avez jusqu’à samedi soir. Je ne suis pas certain de vous revoir…

  - Attendez (Ravot lève la main pour retenir l’approche des Amazones)… Je ne voudrais pas mourir idiot et vous pouvez me répondre sans risques, puisque vous prévoyez de nous « éliminer »… Dites-moi… Pourquoi avez-vous liquidé vos alliés, le maire, le Conseiller en matière d’économie électorale, sa famille, et avant cela Edmonde de

la Vorme Séchée, la directrice de l’usine de Saint Tignous sur Nivette ?

 - Ils se servaient de nous en prétendant nous servir, comme dit le Mentor. En fait, ils étaient devenus inutiles et leur petite compétition ne pouvait que nous gêner au moment de notre triomphe. De plus, le maire avait entrepris d’amorcer un chantage imbécile. Quant à la Vorme, elle avait des « scrupules » ! Vous vous rendez compte ?

 Et il enchaîne, à l’intention des Amazones :
 

- Allez, au trou !


LE DIT DE L’ÉLU / P3C2E44

 P3C2E44 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 44)

  N°233 / LE DIT DE L’ÉLU / P3C2E44

 
C’est l’histoire où l’Élu prend la parole pour annoncer le Jour du Jugement.

  C’est la suite de P3C2E42 et de P3C2E43



Jeudi 16 juin

20 heures et quelques

La Lanterne du Fort
  Une voix s’élève.
 

C’est celle de l’Élu.
  Mais ses lèvres ne bougent pas

 
« Habitants de ce Monde, qui vivez dans ma main, qui vivez par ma main, je vous salue depuis mon Palais de la Mer.

  « Les temps sont arrivés de me manifester, de me montrer à vous.
 
« Dans toute la splendeur de mon amour pour vous.  

  La diction est lente, la voix grave, solennelle. Chaque phrase, encadrée de silences, s’impose, sans lourdeur mais sans légèreté.

 
« Vous qui nous contemplez (cette fois, c’est l’Élue qui parle, soprano dramatique, presque contralto) (elle s’est redressée, ses chiens tournent la tête et la regardent) (on sait que c’est elle qui parle, mais ses lèvres ne bougent pas), vous qui nous êtes fidèles, soyez les bienvenus parmi nous, dans l’intime de nos jours. 

  « C’est d’ici que nous pensons à vous, d’ici que nous guidons et, plus que jamais, que nous guiderons vos destins et vos vies, ainsi liés aux Nôtres. 

 
« C’est d’ici que partiront les messages bienveillants que nous vous adresserons désormais. 

  « C’est d’ici que mon Frère et Moi (les majuscules sont flagrantes dans sa diction), vous verserons le bonheur d’être des Nôtres…

 
Les voix enfantines reprennent, soutenues par la rumeur du ressac :

 
Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
 
C’est-tout na-tu-rel…

  Et l’Élu reprend la parole, toujours impassible, le regard toujours aussi clair et distant :

  « Amis chrétiens, juifs, musulmans ou bouddhistes, amis de tous les dieux que tous vous révérez, votre Dieu nous soutient et nous aide.
 
« Vos Dieux sont nos Amis, votre Dieu nous approuve.
 
« Je suis l’Élu. 

    « Sous mon Égide qu’ils renforcent et fondent (il tend la paume de sa main droite et, protecteur, pose la main gauche sur la tête de l’Épouse), tous les Dieux vous approuvent, tous les Dieux vous accueillent, chacun en sa Maison, chacun dans son sacré ministère, chacun dans la Vérité de ses Croyants. 

  « Nous sommes leurs Éons. 

  « Leurs Élus. 

 
« Nous sommes les Élus.

  « Parce que tel est le triomphe de notre Volonté.
 
« Parce que vous le valez bien.

  « Parce que, et vous le savez bien : « C’est tout naturel ».
 
Le scintillement de la voûte se fait plus éclatant et l’épaisse tignasse blonde de l’Élu, éclairé d’un soudain contre-jour, flamboie comme un or lumineux.

 
L’Élue reprend :

 
«  Rejoignez-le dans sa lumière, l’Élu vous aime, tous et toutes, rejoignez-nous…

  « Demain sera le premier Jugement.
 
« Demain nos Amis se réjouiront dans l’intime de leur Foi, dans la joie du Putier, dans la gloire des Élus, dans Notre Gloire.

  « Et demain…

 
Le ressac est plus âpre, le fond sonore s’aigrit et monte, en mineur, un autre chant, sourd, obscur, profond, à peine perceptible dessous, mais qui monte crescendo :
 

Sous le Putier putéal,
Que de sa flèche d’argent,
Te putipharde, peinarde,
Ignoble Grand Putois,
La polaire clarté poliade que nous vénérons,
À ton encontre pouilleuse.


 

 « … demain, reprend l’Élu, demain…

  « … demain, reprend l’Élue, demain…

 
Et elle enchaîne :

  « … demain, vous rejoindrez tous la Nouvelle Réalité Naturelle, car demain sera le Jugement. 

  « Demain sera jour de joie pour Nos Amis. 

  Elle s’est redressée, plus grande, plus svelte, et son mouvement a fait bouger le harfang qui entrouvre les ailes, comme s’il allait s’envoler de l’épaule à laquelle il s’agrippe de ses fortes serres. Les chiens aussi se sont levés et se placent à ses côtés d’un mouvement souple et silencieux, échine tendue, queue basse et crocs sortis.

 
« Mais demain, celui qui refusera Notre sourire, Nous le rejetterons. 

  « Demain, ceux qui Nous refuseront, Nous et Nos Amis, seront rejetés. 

 
« Ils seront tous réduits dans le silence de Notre Face et seront rejetés.

  « Les inutiles seront rejetés.
 
« Les indiscrets seront rejetés.

  « Ceux qui se servent de Nous tout en prétendant Nous servir seront rejetés.


 
L’Élu enchaîne :

  « Je combattrai l’Hybris.

 
« Je combattrai ceux qui se mettront en travers de Notre route, leur prétention démente à s’opposer à Nous : ils seront rejetés…

  L’Élue enchaîne à son tour, sortant une flèche de son carquois d’un geste vif et l’encoche dans son arc :

 
« Et Je les détruirai.

  L’Élu ajoute :
 
« Dans la douleur ou dans l’extase, tous, ils seront détruits !

  « Aimez-Nous, ou quittez-Nous, c’est la règle de Notre Vie…

 
« Aimez-Nous, ou quittez-Nous !

  « C’est la clé de votre vie !

 
Et l’Élue reprend :

«  Rejoignez-Le dans sa lumière, l’Élu vous aime, tous et toutes, rejoignez-Nous :

  « Demain sera le premier Jugement.

 
« Demain nos Amis se réjouiront dans l’intime de leur Foi, 

  « Dans la joie du Putier,
 
« Dans la gloire de l’Élu.

  « Demain, Nous viendrons parmi vous.

 
Et elle précise, incisive, le regard dur :

  « Demain matin, tous, vous vous retrouverez, tous (silence, puis elle reprend et enchaîne après cette pause dramatique), tous, tous ensemble, tous ensemble, au C’est tout naturel le plus proche de votre domicile. 

 
« Toutes affaires cessantes. 

  « Votre Mission vous sera communiquée.

 
« N’oubliez pas :

  « Nous vomissons les tièdes.
 
« Aimez-Nous, ou quittez-Nous.

  « Amis ou ennemis, il n’est pas de milieu. 

 
« Ce seront vos Mots d’Ordre.

  Le chœur reprend, solennel :
 

Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
  C’est-tout na-tu-rel…


  L’image se focalise peu à peu sur la pointe d’argent de la flèche encochée sur l’arc à-demi tendu, où l’on distingue nettement, gravé en noir sur le blanc du métal :
 

Hybris


 

Et puis, de trois-quarts arrière, on voit de nouveau l’Épouse, en modèle de contemplation, le visage adorateur tourné vers l’Élu, qu’un effet de contre-plongée montre rayonnant dans la gloire de ses cheveux d’or, les yeux perdus au loin…

  Le ressac s’est fait plus doux, aux violons se sont substitués quelques violoncelles…

 
L’image recadre les Élus groupés autour du trône, sous la voûte en géode, puis revient vers l’Épouse qui se tourne vers nous, dévoilant un regard perdu où brille comme une larme…

  Eusèbe coupe le contact :

- Il faut rappeler les autres : c’est pour demain !
 

BRANLE-BAS DE COMBAT / P3C2E45

P3C2E45 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 45)

 
N°234 / BRANLE-BAS DE COMBAT / P3C2E45

 
C’est l’histoire où l’on se prépare à réagir, et où Tijules émet de ferroviaires fantaisies inspirées par son grand-père.

  Jeudi 16 juin
21 heures
Bureau N°1

  -         Et tout vous tombe dessus en même temps, bien sûr !

 
Arthur tourne en rond dans le bureau N°1, furieux d’avoir dû s’arracher au nid douillet où il nidait tendrement de la nouille, après un premier mouvement allegro furioso. 

  L’intervention énergique de Jeanne l’a contraint à se désemboîter, alors même qu’il envisageait de poursuivre, largo !
 
Bon, il a compris l’urgence de la situation. N’empêche. Ça fâche.

  Rébéquée aussi est fâchée, mais elle se fait aussi une raison.

 
Il est vrai qu’Eusèbe, qui s’est chargé de la réveiller a éprouvé, lui aussi quelque difficulté à la dénouer de Cloclo, lancées qu’elles étaient dans une histoire sans queue ni tête. 

  Là, il a dû faire preuve d’autorité (après avoir retrouvé les têtes, à défaut du reste), arguant là aussi de l’urgence de la situation.
 
Ce qui fait que lorsque Arthur remet ça en remarquant que c’est toujours la même chose, c’est quand t’es peinard que la brouette des emmerdements se te renverse sur le râble, Jeanne enchaîne du tac au tac :

  -         … de lapin !

        
parce que rien ne l’agace plus que qui se pleure dessus. Mais, comme elle sait bien que ces propos ne constituent que l’écume du bouillonnement intérieur qui l’emplit, c’est en souriant qu’elle poursuit :

  -         … de garenne !
 
en levant les deux index parallèlement, de chaque côté de sa tête chenue, figurant ainsi de manière comique les oreilles attentives dudit animal.

  Et d’enchaîner :

 
- Ça va mieux ? Tu as lâché la vapeur ? Alors branle-bas de combat[1] !

  On regarde l’enregistrement.
 
On est consternés.

  On leur apprend ensuite que Mado est venue se réfugier au journal, sur les instructions de Ravot qui s’est rendu hier soir à Bordeaux avec deux inspecteurs (dont Lepif), le juge et le procureur, tous désintoxiqués. Le commissaire lui avait dit juste avant de partir que, faute de nouvelles instructions de sa part, elle devrait, en fin de journée, fermer boutique et se rendre au journal pour y être protégée. 

 
Elle devait dire aussi qu’il y avait un grave danger latent et « qu’il fallait se mettre en défense », selon ses propres termes. 

  Elle l’a dit.
 
Elle attend.

  Mouchoir est resté sur le qui-vive après avoir fait fermer portes et fenêtres, toutes blindées depuis l’aventure des Écolocroques, comme ceux de la petite maison Malfort, mitoyenne.

 
- Il y a urgence, intervient Eusèbe. J’ai conseillé à Mouchoir de contacter tous nos collaborateurs. Tous ont, peu ou prou, reçu des doses d’annihiline ou de soupe, ou les deux, mais par sécurité, il faut qu’ils viennent avec leurs familles. Ils formeront un noyau de résistance.

- Mais où va-t-on les loger ? demande Béa qui se voit déjà héberger deux cents personnes dans le petit salon de sa petite maison douillette, avec un Tijules qui court partout en faisant le métro à vapeur comme pépé Zèbe lui a expliqué. 

  Ça fait tchouc-tchouc.
 


[1] Comme disait, dans le désordre de son esprit et de la phrase, et histoire de se donner du cœur au ventre, cet officier de cavalerie de Nicolas II chargé par Raspoutine d’investir sabre au clair, un couvent de nonnes d’âge canonique.

ACTION / P3C2E47

P3C2E47 (Partie 3 / Chapitre 2 / Episode 47)

  N°236 / ACTION / P3C2E47
 
C’est l’histoire où le capitaine Patrick du Bouton intervient : ça désintoxique à tour de bras. Amaïa médite sur l’Histoire. Et Amélie (malgré ses craintes pour Lepif) travaille dur. On veut faire appel à Flora.
 

Jeudi 16 juin
21 heures et quelques
Bureau N°1

  C’est la suite de P3C2E45 et de P3C2E46.
 
Le téléphone sonne.
 

L’extérieur, celui que seul connaît le Prédlarèp et qu’on a relayé jusqu’ici, celui qui a une couleur rouge et une sonnerie piaffante de fer à cheval. 
 
Celui dont on est sûrs.
 
Etonné d’être ainsi appelé directement par le Prédlarèp, qui doit être surveillé, bon sang, qu’est-ce qu’il fiche encore, ce con, Eusèbe décroche :
  - Eusèbe Malfort, j’écoute…
 
Le bruit de fond est celui d’un moulin à café de grand-mère.

  - Capitaine Patrick du Bouton, commandant de la compagnie de sécurité de la Garde Républicaine à l’Elysée. Je vous appelle sur cette ligne que j’ai officiellement piratée sur l’ordre de Monsieur le Président de la République, depuis un hélico en route pour Villacoublay. Le Président m’a dit, pour vous rassurer, de vous indiquer qu’il m’a « désintoxiqué », ce dont je lui suis reconnaissant. Je transporte sa « secrétaire », qu’il a lui-même neutralisée. Ne m’interrompez pas, je dispose de peu de temps de communication : il ne faut pas être détectés…
- Poursuivez, capitaine…
- Merci. Je vais donc me rendre à Villacoublay dont je désintoxiquerai l’état-major, et d’où je prendrai un Falcon pour Cazaux. J’y serai vers 23 heures. De là je vous rejoindrai en hélico, à la Marée au Grand Port, où je serai vers minuit. Je convoierai la « secrétaire » jusqu’à vous pour que vous la preniez en charge, selon les instructions du Président. Pouvez-vous me préparer de quoi assurer la désintoxication totale de ces deux bases ?
- Nous ferons de notre mieux, soyez-en assuré. Le Président ? Que fait-il ?
- Il travaille. J’ai des informations à vous transmettre verbalement, mais en direct. A bientôt. Je couperai après votre confirmation.
- Bien reçu. A bientôt.

  - Alors, on me cherche ? s’écrie Amélie qui entre en coup de vent…
- Ah, te voilà, s’écrie Rébéquée ! Je pars te remplacer à l’usine …
- Tu peux démarrer la production, j’ai préparé quatre réacteurs d’annihiline… Il faut les lancer et tenir les courbes de vide et de température comme je t’ai montré. Dans deux heures, ce sera prêt, en annihiline liquide. Pour la poudre, il faudra deux heures de plus…

  Rébéquée part en courant, suivie du regard admiratif de la petite Cloclo qui bée devant tant d’activité, elle qui est plutôt passive…
  - Le liquide est sans saveur ? demande Arthur…
- Bien sûr, on dirait de l’eau, il suffit de le mélanger… doser à un dix millième, un litre pour dix mètres cubes… Mais il est très volatile…
- On pourrait en mélanger à l’eau de ville, propose Eusèbe.
- Mais même à un dix millième, ça représenterait de gros volumes, objecte Amélie, et il faut pouvoir accéder aux réservoirs.
- A la rigueur, pour Saint Tignous, approuve Arthur, mais je nous vois mal traiter l’eau de Paris ! N’oublions pas que c’est eux qui contrôlent les usines d’épuration, avec Distribeau…
- Ce qui leur permettra, à terme, d’intoxiquer facilement toute la population, et nous interdit d’accéder efficacement aux réseaux, grommelle Eusèbe.
- Où en es-tu de tes recherches sur la désintoxication des Amazones ? demande Jeanne…
- J’ai fait un essai, à partir de ce qu’Arthur m’a dit de l’hellébore et du Pain de Couleuvre qui l’aurait protégé en Harpie, mais…
- C’est Flora, murmure Arthur comme pour lui-même… Cela me revient maintenant. Et elle vit quelque part dans les Ardennes belges… La mère de Finette… De cette Finette qu’ils appellent l’Épouse… C’est elle qui a préparé ce fameux Pain de Couleuvre qui m’a fait conserver la mémoire… Il faudrait la retrouver… Vous avez remarqué le regard de Finette à la fin de l’émission ? Son attitude est ambiguë : elle me semble plus contrainte que passionnée, ou plutôt, résignée, presque pitoyable… Je suis certain que l’on pourrait obtenir la collaboration de la mère à partir de cette image de la fille. Mais il faudrait la retrouver !
- Qui, demande Béa, la mère ou la fille ?
- La fille est peut-être en Omphalie, en tout cas, l’endroit où cela a été enregistré y ressemble, cet intérieur d’immense géode, ces cristaux. La beauté de l’endroit m’avait frappé lorsque je m’y suis trouvé, avant de perdre conscience. Mais l’Omphalie est certainement détruite…
- Il est probable qu’il s’agit d’un montage, comme en réalisaient les Écolocroques, remarque Eusèbe, qui a de bonnes raisons de s’en souvenir…
- D’ailleurs, ajoute Jeanne, je crois bien avoir reconnu le trône sur lequel leur Apollon de bazar était assis.
- Tu l’as reconnu ? s’étonne Béa…
- Mais oui, c’est le même que celui des Pirates de Polanski ! Du carton-pâte passé à la dorure !
- Tu es sûre de ça ? demande Béa, épatée par tant d’érudition cinématographique.
- Evidemment, j’ai lu les notes de bas de page, moi.
- Ouah ! admire Béa qui n’avait pas pensé à ça…
- Tu as raison, reprend Arthur avec sérieux (parce que c’est sérieux) (mais il ignore l’incidente, et c’est à Eusèbe qu’il s’adresse). Ce doit être un montage réalisé sur un fond préenregistré. N’empêche, si on retrouvait cette Flora…
- Il faut la retrouver, souligne Amaïa qui suit de loin la conversation, encore préoccupée par la découverte du moine. Nous avons eu des contacts, de bonnes relations, voici longtemps, avec des femmes de ce genre qui manipulaient les plantes et les éléments terrestres. Elles étaient restées fidèles à des traditions antiques en liaison avec une certaine mémoire naturelle. Mais vos comportements et vos sociétés, votre manière de penser et d’agir font que vous ne pouvez pas conserver la Mémoire du temps avec notre efficacité : pour vous, Goumyôs, chaque individu, chaque génération veut apporter sa touche, son regard, son interprétation, destinés à favoriser son présent et ses ambitions qui prétendent modeler son avenir tout en affirmant son pouvoir sur les autres. Alors, les erreurs ou les approximations s’accumulent jusqu’à une dérive complète. Vous oscillez toujours entre le Souvenir, émotionnel, anecdotique et fugace, et l’Histoire que vous reconstruisez tant bien que mal en retrouvant et en objectivant des traces que vous orientez en fonction des besoins du moment… Du temps où j’étais Itzal, j’ai lu ce que disait l’un de vos historiens : « l’Histoire, ce n’est pas seulement ce qui a été, c’est aussi ce que l’on en a fait[1] »… Votre écriture elle-même est sujette à l’érosion du temps. Bien sûr, cela accélère les processus de sélection et d’invention… Nous sommes plus lents, mais combien plus stables, plus fidèles à notre espèce… Vous finirez par être détruits par l’ambition plus ambitieuse d’un ambitieux encore moins scrupuleux que les autres… N’est-ce pas ce qui se passe ? C’est du moins ce que j’ai observé lorsque j’étais Itzal. Bref, ces femmes ont été pourchassées et nous pensions qu’elles avaient disparu. Mais le retour des Ours me fait penser que peut-être, certains savoirs ont pu survivre, certains groupes, pour peu que parmi elles, des hommes…
- Faut demander à Ravot de lancer des recherches, suggère Amélie avec un regard bourré d’arrière-pensées lepifiennes…
- On n’a pas de nouvelles de Ravot, répond Eusèbe. Il est à Bordeaux depuis hier soir et il devait revenir ou rappeler Mado, mais…
- Et Lepif ? souffle Amélie un peu pâle (ce qui fait briller son œil céladon, transparent comme la tendresse de son émotion)…
- On n’a pas de nouvelles non plus, lui répond Jeanne, ils sont partis ensemble, avec Martial, un autre inspecteur, le juge et le procureur.
- On sait ce qu’ils faisaient à Bordeaux ?
- Il faudra demander des précisions à Mado, reprend Arthur. Elle est au journal, mais elle va descendre avec le reste des collaborateurs. La menace est directe. L’émission…
- Quelle émission ? demande Amélie qui n’en a bien sûr rien vu…
- Relis le chapitre 15, lui souffle Béa à l’oreille, on ne va pas répéter une fois de plus (P3C2E42, P3C2E43, P3C2E44)…

  (Gna, gna, gna, gna, gna, relit Amélie en tournant rapidement les pages.

Elle a vite rattrapé les autres…)

  - Mais c’est affreux, reprend-elle ! Hou, là, là ! Faut faire quelque chose !
- J’ai appelé les renseignements internationaux, triomphe Jeanne. J’ai un numéro, dans un village appelé Pétoly, quelque part dans les Ardennes belges. Une certaine Flora de Sainte Fouillouse, née Leberne…
- Au fait, remarque Eusèbe qui semble rappeler un vieux souvenir avec quelque nostalgie dans le regard… Au fait, j’avais un vieil ami en Belgique, qui fréquentait les Ardennes. Il a disparu au fond d’un gouffre dans une île où il s’était isolé… Il s’appelait Louis, et il prospectait les diamants… Il a eu un fils, à peine plus âgé que toi (il s’adresse à Arthur), et je dois avoir reçu de ses nouvelles, il y a quelques mois… Oui, après la fin de l’histoire des Écolocroques… Un contact très amical. Il était directeur d’école, à l’époque… Mais il doit être à la retraite maintenant… Marcel… Si nous pouvions le joindre… Il m’a laissé son adresse…
- Tu l’as sans doute conservée dans ton agenda informatique, observe Jeanne. On peut y accéder d’ici…
- Et cette Flora ? demande Arthur, on peut l’appeler ?
Jeanne est déj