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RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

RÉSUMÉ DE LA DEUXIÈME PARTIE

 
Les Écolocroques ont perdu la première manche.

  Deux ans ont passé.

 
Il y a eu un sacré bordel lié à la glaciation que ces mal élevés ont provoquée. Changement climatique ! Tu parles, Charles !

Le Tapas’Embal’ de Saint Tignous sur Nivette recherche des saucisses au Super Troc.

  Et on fait l’inventaire de la famille de Sainte Fouillouse (lien).

Et ici aussi.
 
Finette, qui s’est réfugiée chez sa maman, Flora, est recrutée par deux étranges notaires, ( P2C1E3) et placée à la tête des affaires de son cousin, feu Déodat de Sainte Fouillouse, atomisé à Gibraltar alors qu’il honorait Éléonore Fentasou (P1C3E26)

  Elle vient inaugurer le Tapas’Embal’. Au grand espoir du jeune Luis, journaliste stagiaire qui cherche à éclaircir les points obscurs des « évènements ». 

 
Victor le retrouve le lendemain horriblement assassiné. Écorché. Peut-être bien écorché vif… 

  Chez Mado, Jo et Ted racontent au commissaire Ravot, à Eusèbe, et à Victor, la soirée du Tapas’Embal’, à laquelle ils ont assisté.
 

Les policiers découvrent comment est mort Luis. C’est l’horreur. Il a bel et bien été écorché vif… 

  Et ils découvrent l’étrange inscription « HYBRIS » sur un miroir.

 
Petit à petit, nous apprenons ce qui s’est réellement passé. 

  Par ce qu’a fait Boufigue.
 
Par ce qu’a fait Finette…

  Et par le travail des policiers, de Ravot, de son assistant, l’inspecteur Lepif, et de la police scientifique où nous rencontrons une certaine Amélie…

 
Et voilà maintenant que le Hai II, le sous-marin atomique des Écolocroques, a disparu de Thulé où il était resté basé sous le commandement de Vladimir !

  Peut-être le commissaire Ravot comprendra-t-il mieux ces sombres évènements, maintenant qu’il est introduit chez les Goums ?
 

Mais pourquoi un attentat clôt-il d’une douche de sang le premier chapitre, alors que Jeanne tentait d’expliquer les métaphores ?

  Le deuxième chapitre commence en Patagonie où Arthur recherche en compagnie de Daouj, un ami goum, des réserves de nourriture qu’y ont cachées les Écolocroques avant leur déconfiture. 

 
Daouj est tué d’une flèche… 

  Arthur est tout triste.
 
Il ramène son corps à la base des Chonos avant de rejoindre en urgence Saint Tignous sur Nivette. 

  L’indicateur qu’il devait y interroger a été écorché vif. Lui aussi. Après Luis.

 
A chaque fois, l’inscription « HYBRIS » figure sur les lieux des crimes. 

  Comme elle figure sur la pointe de la flèche qui a tué Daouj.
 

Mais la mystérieuse « Patronne » l’enlève et le conduit dans son repaire secret d’Omphalie.

  A Saint Tignous, Super Troc se transforme en Nouvelle Réna, et développe un étrange (et obscène) rituel auquel Gertrude Pilon, téléguidée par Arnaud Boufigue et son successeur, Daniel Forpris initie le Maire et le Conseiller en économie électorale…

 
Et tandis qu’à Saint Tignous sur Nivette le commissaire Ravot (à qui l’on a dévoilé l’existence des Goums) poursuit son enquête, Arthur est donc enlevé par la « Patronne » qui a tué Daouj.

  Commence le troisième chapitre : Arthur s’éveille, terriblement affaibli d’avoir subi les lubriques assauts des 120 Amazones de la base de l’Élu, appelée Harpie, où il est emprisonné…
 
À Saint Tignous et à Agotchilho, c’est la consternation depuis la disparition d’Arthur : Béatrace déprime malgré les efforts de Tijules qui tente de la réconforter. 

  On en apprend de belles sur les saucisses de chez Lartigo destinées à la Nouvelle Réna : Gertrude Pilon (qui a disparu) ferait partie des ingrédients ! 

  Ravot perquisitionne l’usine et poursuit son enquête. 

  Et puis une Amazone est capturée alors qu’elle cherche à s’introduire dans la base d’Agotchilho pour y assassiner du monde. Elle ricane, mais Ôoumloc, le Crabe géant que vénèrent les Goums, brise sa résistance. 

 
Hélas, lorsqu’elle commence à parler, une autre l’exécute, que Nouye capture à son tour…

  Hélène se déguise en Élue pour la faire parler, et l’on apprend ainsi qu’Arthur est toujours vivant ! Imaginez la joie ! Béatrace en est foldingue.
 
Parallèlement, Vladimir, le traître Vladimir, révèle à Arthur, convalescent en Harpie, quelques uns des dessous de l’affaire… 

  Et nous apprenons que la professeur Pouacre est toujours vivant. Hélas… Et qu’il tire de bien vilaines ficelles…

 
Mais à Saint Tignous deux méchants enlèvent Jo et Ted, les jeunes qui renseignaient le commissaire Ravot et Lepif sur les secrets de Lartigo. 

  Incidemment, nous apprenons que Varochaix, le chef du parti Nari (National-Régionaliste), entreprend de faire chanter Daniel Forpris, le nouveau patron de C’est tout Naturel ! 

  Et nous nous sommes amenés à nous livrer à quelques réflexions sur la Gastronomie et à quelques observations sur Hémi, la secrétaire de Varochaix, adepte du mouvement proana.

 
Que va-t-il se passer après que le commissaire Ravot a libéré Edmonde de la Vorme Séchée, la patronne de Lartigo, qu’il avait arrêtée sous l’accusation de meurtre, alors que les cadavres de Jo et de Ted, assassinés, sont retrouvés sur l’aire de Cestas carbonisés dans le camion contenant le stock des saucisses confectionnées à partir de la viande de Gertrude Pilon ?

  Eusèbe Malfort révèle ce qu’il sait dans un article de la Lanterne du Fort…

 ET LA SUITE, C’EST DANS LA TROISIÈME PARTIE !

LA VISITE DE L’ARCHEVÊQUE / P3C1E29

P3C1E29 (Partie 3 / Chapitre 1 / Episode 29)

N°174 / LA VISITE DE L’ARCHEVÊQUE / P3C1E29

  C’est l’histoire où Varochaix,nouveau maire autoproclamé, après une extraction de racine de buyère[1] opérée par la veuve du défunt, reçoit celle de l’archevêque Gerhardt Zeeman.

  Samedi 11 juin
11 heures 30
Mairie de Saint Tignous sur Nivette

 

C’est l’affaire de dix minutes que de réorganiser les services en fonction des vraies compétences et des priorités.

(Pour retrouver le début de ce coup d’état municipal, suivre les liens
P3C1E27 et P3C1E28
)

 
Le seul à parler couramment béarnais, le concierge, se trouve promu Secrétaire de Mairie en charge des relations avec l’Etat français, coiffant de son autorité neuve l’ancien secrétaire tout dévoué à feu Belcoucou et de ce fait va savoir pourquoi, inquiet, qui se trouve ravi de passer en seconde ligne. 

 
L’agent comptable est remplacé par un de ses hommes, qui s’y connaît puisqu’il tient les comptes du Parti, et il est rétrogradé au rang d’aide-comptable. Lui aussi ravi de cette rétrogradation. 

 
Les salaires, on s’en fout, on n’y touche pas. C’est la fonction qui compte. Qui compte ! C’est le cas de le dire. 

 
Et l’impôt révolutionnaire, rebaptisé Contribution à la Culture Régionale est instauré. Il touchera toutes les entreprises colonisatrices. C’est-à-dire toutes celles dont le patron ne parle pas béarnais. Surtout s’il n’est pas d’ici depuis au moins deux générations. Non, trois, autrement on aura plein d’Espagnols de 36. Ça devrait représenter 90% des entreprises, au moins… Sauf les péïzouss, les vrais, pas les néo-ruraux pseudo-écolo-bricolos……

 
Les dossiers récupérés et confisqués sont confiés à un Nari discret pour qu’il les convoie jusqu’au garage Varochaix où il devra les monter dans l’appartement du Patron. Voilà. C’est réglé. Devoir accompli. 

 
Reste à convoquer le Conseil Municipal pour authentifier tout ça.
 
Au boulot, le secrétariat !
 
Au fait, on demande le Nouveau Maire. Monseigneur Zeeman. Il annonce sa visite… Quand ? Mais tout de suite…

 
Et tout de suite, c’est tout de suite.

 
Une longue et solennelle voiture noire s’arrête devant la mairie. Ses portières arrière sont ornées de grandes croix d’argent. 

 
Le chauffeur, ganté de noir, en uniforme noir à casquette et bottes cirées, en sort, impassible, et vient frapper à la porte de verre fermée qui laisse transparaître le panneau « Fermé pour deuil ».

 
On lui montre le panneau. Il montre la voiture. On pressent l’Huile. On entrouvre la porte. On s’informe de son identité. On prévient le Nouveau Maire.

 
Et c’est ainsi qu’il apprend que Monseigneur Zeeman, archevêque « in partibus infidelium » lui rend visite.

 
Varochaix l’attend.

 
Le chauffeur est retourné ouvrir la portière arrière de la grosse voiture noire. En descend un petit homme sec drapé dans une ample cape noire dont le capuchon, rejeté dans le dos, lui donne tout à fait l’air d’un moine. 

 
D’ailleurs, c’est un moine. 

 
Après sa nomination à la tête de la Fraternité Saint Pie X, et  avoir été fait archevêque in partibus honoris causa et tralala par le nouveau pape de cette époque, qui était bien décidé à l’honorer de ce titre pour récupérer les rudes brebis conservatrices qui en constituaient le froment, le ferment et le sel, le père Gerhardt Zeeman, pour afficher ostensiblement l’officielle modestie de la Fraternité, avait repris l’habit du Père Zeeman, OP, que ça veut dire dominicain, ordre dans lequel il avait commencé sa carrière. 

 
Le pape comme l’archevêque souhaitent en effet rendre à cet ordre son rôle initial d’Inquisiteurs, afin d’éradiquer les suppôts de Satan que le moderne Torquemada voit foisonner comme crocodiles en marigot (il a aussi été missionnaire au Congo avec Tintin et ne recule pas devant l’audace de la métaphore). 

  L’œil charbonneux et le poil gris taillé en brosse courte, raide comme paille de fer, il possède l’art inné de déstabiliser son contradicteur d’un seul de ses regards  aussi insondables que ceux de

la Vierge de Nuremberg. D’où il est natif.

  Son manteau, ouvert sur sa robe blanche et son scapulaire serrés dans la même ceinture de cuir noir, découvre une croix pectorale d’argent massif, centrée sur un gros rubis, que le pape lui a offerte le jour de sa consécration archiépiscopale. 

 
Pour éviter que la lourde croix ne se balance au bout de son cordon de soie pourpre en lui cognant le sternum, Monseigneur Zeeman a fait rallonger ce cordon pour pouvoir l’engager dans sa ceinture, auprès de son rosaire, ce qui lui permet de dégainer le crucifix plus vite que son ombre.

 
Il monte lestement le perron, suivi du chauffeur qui porte sa mallette, et entre dans le hall où l’attend Varochaix, en passant avec indifférence devant le nouveau concierge qui lui tient la porte. « Dominus vobiscum », dit-il en tendant son anneau au nouveau maire, qui regarde la main levée dans une position inhabituelle, la saisit et la secoue confraternellement en répondant « Et cum spiritu tuo ».

Après tout, on est entre notables, non ?

 
Et puis il le conduit vers « son » bureau.

 

On n’a toujours rien dit. Et Varochaix est un peu agacé par ce petit bonhomme à l’air pète-sec. Même s’il sait que l’Eglise aurait plutôt tendance à regarder les Naris d’un bon œil, et si de ce fait et pour entretenir les relations, il paie un solide denier du culte et va à la messe quand il le peut. 

 
Il est même allé à Lourdes. C’est pour dire ! 

 
Et c’est vrai qu’il aime ça, l’encens, les chansons et tout ça. Comme les chansons entre amis. En béarnais. A l’église, il les aimait bien en latin, ça avait de la gueule. C’était moins gnian-gnian que maintenant. Moins bêli-bêla, troupeau-sous-la-houlette, le vent dans la houppette, balance tes roupettes, et tout ça. Maintenant, on se fait la bise, on se lève et on s’assied, et tout le monde communie, c’est vrai quoi, c’est pas sérieux.  Avant au moins on triait. Varochaix a été enfant de chœur et il sait de quoi il parle. Pour mériter la communion, c’était au minimum 5 pater et 5 ave. Et encore. Quand le curé était bien luné. C’est pour ça qu’il a répondu du tac au tac quand l’archevêque lui a dit dominus vobiscum. Les répons, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.

 
Il lui montre un fauteuil et s’assied lui-même derrière « son » bureau où rien ne manque (sauf le Mont-Blanc, faudra qu’elle me le rende, c’est municipal).

 
Le chauffeur reste debout derrière son patron.

 
L’archevêque se renverse dans son fauteuil en fermant à demi les yeux, joint les mains par l’extrémité de ses doigts tendus, semble méditer un temps… (Accouche, se dit Varochaix).

 
- Mon Fils, j’ai appris hier le drame qui avait frappé votre belle cité où votre Maire, Félicien Belcoucou, Dieu ait son âme, avait contribué au maintien d’un solide noyau de traditions chrétiennes. J’entretenais avec lui des liens d’estime paternelle que j’avais pu conforter lors de multiples rencontres. Après tout, ne sommes-nous pas dans un saint lieu qui fut jadis construit et consacré par l’Ordre auquel j’appartiens ?
- En effet, en effet, approuve Varochaix (ça ne mange pas de pain de dire du bien des morts qui ne viendront plus vous emmerder et qui vous ont laissé la place en rejoignant les anges), mais vous devez savoir qu’en matière de Tradition…
  L’archevêque lève la main où rutile son anneau :
- Je sais, mon Fils, je sais… Je vous connais et j’estime votre engagement. Je connais les efforts que vous avez su déployer pour maintenir vivant le patrimoine irremplaçable de votre Nation, et à quel point vous avez su y préserver la place qu’y occupe notre Sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine…
 
Varochaix approuve du chef. Il ne voit pas bien où tout cela le conduira, mais il laisse venir : c’est comme au garage, quand un client se promène, il faut le laisser aller… 

  Pour passer le temps, il se prend une petite saucisse.

 
- Votre belle région a toujours su abriter les réprouvés et les victimes de la vindicte officielle, tout comme nos maisons de prières, asiles jadis inviolables, et c’est à ce titre que je suis venu vous trouver. Je voulais m’assurer que vous maintiendriez cette tradition, que votre prédécesseur, et son père avant lui, ont toujours honorée comme la plus sacrée de toutes…
- Mais… Sans doute, sans doute, Monseigneur, seulement je ne vois pas bien…
- A qui je fais allusion ?
- En effet…
- A personne en particulier, je voulais seulement m’assurer de vos bonnes dispositions…
- A priori…
- Je ne parle pas de n’importe quel bandit de grand chemin, bien sûr, mais d’âmes choisies, qui, dans le but de servir une sainte cause se trouverait contraintes à la fuite.
- Et comment pourrai-je les reconnaître, ces « bandits d’honneur » qui bénéficieraient ainsi de votre haute protection ?
- Mais le plus simplement du monde, mon fils : ils se recommanderaient de moi…
- Evidemment…
- Me permettez-vous de bénir ce bureau, de le sanctifier ?
  Varochaix n’y voit aucun inconvénient et le manifeste en levant à-demi les mains.
 
- Dominus vobiscum… commence l’archevêque sans se lever, mais en fermant les yeux pour se concentrer sur les grâces divines qui ne vont pas manquer de rappliquer.
- Et cum spiritu tuo, répond machinalement Varochaix, qui pense toujours que ça ne mange pas de pain. 

  Le chauffeur s’approche du bureau et y pose la mallette de l’archevêque. 

 
Il l’ouvre. Il en sort un petit encensoir qu’il allume et laisse fumoter là où il se trouve posé. Puis il retourne à sa place derrière le fauteuil.

  Monseigneur Zeeman se lève, saisit l’encensoir de campagne par sa chaînette et entreprend de le balancer pour chasser à grands coups de fumée les diables qui auraient pu se cacher dans les replis des rideaux.
 
Ça sent bon, se dit Varochaix qui « décolle » petit à petit. Manque plus que l’harmonium et le surplis et il régressera en petit garçon qui a bu du vin de messe ! 

  Mais non, il est le nouveau maire et il regarde un archevêque opérer pour lui tout seul. Ça lui plaît à Varochaix. Il se sent tout mystique. 

 
Surtout quand l’archevêque lui tend un petit biscuit :
- Goûtez, ça vaut bien les saucisses !

En effet, ça vaut les saucisses, et l’âme immortelle de Varochaix s’en trouve confortée dans son oraison. Les anges volent avec de doux cui-cui…

- Alléluia, s’écrie-t-il dans l’enthousiasme qui soudain le transporte. Et vive l’Eucharistie ! On a beau dire, rien ne vaut une bonne Tradition. 
- Ite missa est, conclut l’archevêque en rangeant son petit matériel. Alors, c’est entendu ? Tous ceux qui se présenteront de ma part et vous offriront un biscuit du Petit Jésus…
- Se trouveront protégés par mon saint Zèle, soyez-en sûr…
- Ils ne seront pas forcément chrétiens, vous savez, mais nous avons le devoir de protéger nos frères en Dieu… Ne serait-ce que pour les y ramener…
- Cela va sans dire…
  - C’est pas tout, relance l’archevêque en voyant le « maire » se lever pour prendre congé.
- A votre service, embraye Varochaix prêt à tous les Saints Sacrifices.
- Il y a les autres.
- Les autres ?
- Les autres, ceux que nous pourchassons, que nous traquons, les réprouvés de Dieu et de son Eglise.
- Les Méchants, les Impies, les Fils de Satan zet ses Suppôts ?
- Les Pires, Relaps de tout poil et de toute boue, Vils Vilains Crapoteux Apostats Prétentieux Orgueilleux Schismatiques et j’en passe !
- Je sais, comme on dit (un souvenir fulgure dans l’esprit de Varochaix, dopé au Biscuit de Petit Jésus), son nom est Légion !
- Votre science théologique me surprend, Filius mihi. Elle se fait rare et n’en est que plus précieuse.
Varochaix baisse modestement les yeux :
- Pour Sa plus grande gloire, Monseigneur… N’empêche (on peut avoir une poussée mystique sans trop perdre le sens des réalités)… Ça me pose deux questions : petit un, qui ? et petit deux, qu’est-ce qu’il faut en faire ?
- Qui je vous dirai…
- C’est facile, c’est comme pour les autres d’avant qu’il faut protéger, mais le loup débusqué ?…
- Vous appelez Edgar Maupuis, que vous connaissez bien (il montre la boîte de saucisses sur le bureau), et qui collabore avec Nous en cette occurrence. Il s’en chargera.
 
Il chuchote, en confidence :
- Nous avons passé des accords…
- Ahhhhh !!! admire Varochaix en hochant la tête.
- Chuttt, souffle l’archevêque un doigt sur les lèvres…

  Varochaix tend la main, couvrant sa discrétion d’un geste rassurant :
- Et c’est tout ?
- Presque. Votre prédécesseur, Dieu ait son âme, m’avait parlé de… dossiers…
 
Varochaix a une moue évasive doublée d’un regard interrogateur (mystique, d’accord, mais pas con, quand même)…

  L’archevêque poursuit, toujours aussi confidentiel :
- … de dossiers dont certains, issus de mon confessionnal, sont frappés du plus profond des secrets. Il faudra me les remettre si vous les trouvez un jour…
- Je n’ai pas eu le temps…
- Il ne faudrait pas qu’ils tombent entre des mains impies…
- J’y veillerai, Monseigneur, j’y veillerai…
- Sans les ouvrir, mon Fils, sans les ouvrir. Il y va de votre Salut Eternel… L’Enfer, les Diables, et tout ça…
 
Varochaix se signe par trois fois, en montrant qu’il a compris, hou là là !!!

- Il en sera fait selon votre Volonté, Monseigneur…

  L’archevêque se lève :
- Que votre lutte et votre Nation soient bénies, mon fils…
- Amen, mon Père…
- A bientôt, mon fils… Et faites-moi savoir à ce numéro (il lui tend une carte de visite), si vous découvrez quelque chose…
- Je n’y manquerai pas, mon Père…

 
Monseigneur Zeeman lui tend son anneau à baiser.

  Varochaix, ébloui, lui serre la main.
 
A midi, Suceprout et Humevesne sont « extraits » de l’hôpital par deux policiers en uniformes munis de tous les documents nécessaires pour leur transfert à Pau.
 



[1] Le bois dont on fait les pipes. Pour sa part, l’écume de mer, dont on fait aussi des pipes, est de l’hydrogénosilicate de magnésium de formule H4Mg2Si3O10 appelé sépiolite, minéral du groupe des argiles, à structure fibreuse.

UNE VAGUE DE SANG / P2C1E22

P2C1E22 (Partie 2 / Chapitre 1 / Episode 22)

  N° 101 / UNE VAGUE DE SANG / P2C1E22

 
C’est l’histoire où Jeanne tente l’Explication des Métaphores avant que tout se trouve noyé dans le sang.

  Mais ni dieu ni démon l’homme s’est égaré,
Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore,
Les naseaux écumants, les deux yeux révulsés,
Et les mains en avant pour tâter un décor
 
— D’ailleurs inexistant. C’est qu’il est égaré
 ;
Il n’est pas assez mince, il n’est pas assez ample :
Trop de muscles tordus, trop de salive usée.
Le calme reviendra lorsqu’il verra le Temple
De sa forme assurer sa propre éternité.

 
Raymond Queneau

  Mardi 3 mai
19 heures

La Lanterne du Fort

  Jeanne est venue au journal, ce qu’elle a trouvé ne veut peut-être pas dire grand-chose, mais puisque Eusèbe est là, c’est là qu’elle veut être. 

  Et puis c’est vrai que ce meurtre est très inquiétant.

 
Elle se trouve avec Mouchoir dans le bureau d’Arthur (on continue de l’appeler le bureau d’Arthur même s’il n’y vient plus souvent et que c’est, bien sûr, devenu le bureau de Vic) (au fait, il a très vite « exorcisé » le divan de la petite pièce de repos en annexe) (il semble d’ailleurs que ce soit là que Clèm (nostalgique ?) et lui aient conçu leur future descendance) (par pure commodité d’ailleurs puisque c’est sur place et qu’ils doivent souvent rester tard au journal) (mais cela ne regarde personne n’est-ce pas), et ils étudient la maquette de l’édition du lendemain lorsque Eusèbe et Clèm reviennent.

  C’est aussi le moment que Ravot choisit pour revenir du Tapas’Embal’ en se disant qu’il y aura peut-être quelqu’un qui sera capable de traduire les petits papiers en latin dont il a apporté les copies.
 
Les présentations sont vite faites : Jeanne, Jules ; ma femme et secrétaire ; le commissaire Ravot, chargé de l’enquête, un ami ; enchanté, ravie.

- Il ne manque que Béatrace, mais elle reste avec Tijules auprès du téléphone rouge, précise Clèm, et Vic va arriver, il est passé voir si elle a pu contacter Arthur.

  Et justement, Victor entre en coup de vent :
- On a tué Mouye à Thulé…

Il y a comme cela des jours catastrophe que l’on devrait supprimer du calendrier, pense Jeanne…
 
Il poursuit :
- Arthur revient…
  - Je crois qu’il serait bon de mettre un peu d’ordre dans tout ça, résume Jeanne pour elle-même mais à haute voix, avec son regard de Dragon–dans-son-mauvais-jour.
 
Eusèbe interrompt le silence qui s’est installé en frappant du poing sur la grande table. Lèvres pincées, front rageur et regard flamboyant, il reste debout lorsque tous, Ravot inclus, s’assoient, accablés.

  Et puis il s’assied à son tour, narines frémissantes :
- Raconte-nous, Victor…
 
En deux mots, Vic expose le peu qu’il a appris, la conversation avec Arthur, l’appel du téléphone rouge, la flèche dans la gorge de Mouye. Pas de détails : on n’en sait pas plus…

  Jeanne hoche la tête :
- De l’ordre… Il se passe trop de choses… Trop de choses, trop de gens… Trop d’évènements, peut-être trop d’indices…
- Que voulez-vous dire par « trop d’indices », chère Madame ?
- Jeanne, commissaire, Jeanne…
- Oui… Moi, c’est Jules… Eh bien, Jeanne, je voulais ajouter quelques indices à cette surabondance que vous constatez à juste titre.
 
Ravot pousse devant elle la page de calepin sur laquelle Lepif a recopié les trois citations latines :
- Ces phrases ont été relevées sur des papiers d’emballages de tapas retrouvés sur la table que Luis occupait au Tapas’Embal’ avec ceux qui l’accompagnaient lorsqu’il est parti hier soir. C’est insolite, donc intéressant.

  Jeanne tend la main, tente de déchiffrer, tête baissée, réfléchit, réfléchit, réfléchit, prend un papier, un crayon, note…
 

- Nous en sommes à deux meurtres et à la disparition du Hai II, récapitule Eusèbe.
- Et nous n’avons pas pu retrouver les « personnalités » qui étaient assises hier soir à cette fameuse table, précise Ravot. En fait, nous en avons situé quatre : le maire et le Conseiller en matière d’économie électorale, le curé, et Arnaud Boufigue. Mes services tentent de les joindre pour les convoquer. Mais nous n’avons pas localisé Finette de Sainte Fouillouse, ni les notaires, ni l’investisseur, cet Aloïs Guétotrou-Kifumsec que personne ne semble connaître.
- Vous n’avez pas de précisions sur la mort de Mouye ? demande Clèm, encore bouleversée.

Elle se souvient si clairement de cette grande et belle fille goum qui leur a sauvé la vie à tous, au moment du pire désespoir…

- Tout ce que Nouye a pu me dire c’est qu’elle a été tuée d’une flèche dans la gorge…
  - Une flèche… Une flûte… Un écorché… Il ne manque qu’une lyre, marmonne Jeanne comme pour elle-même… 

 
Du coup, on se tait, on l’écoute.

  Elle ajoute entre ses dents en relisant le billet de Ravot :
- Vitae necisque potestas : Pouvoir de vie et de mort… Mysterium tremendum, fascinans, augustum : Terreur sacrée, béatitude, reconnaissance de l’Autorité absolue … Le troisième papier dit : Enthousiasme… Et pour couronner le tout : Hybris…
 
Elle réfléchit un temps, et puis, s’adressant au commissaire :
- Les trois premières formules ont, si j’ai bien compris, été retrouvées sur la table du repas et constituent donc une sorte de… préambule au « sacrifice » qui a suivi…
- Sacrifice ? Mais, Jeanne… s’étonne Ravot…

Jeanne hoche la tête :
- Sacrifice, oui. On a préparé la victime en lui communiquant les trois « justifications » que se sont données les auteurs du rituel : d’abord, l’affirmation de leur pouvoir, qui est le pouvoir divin, le pouvoir de vie et de mort. Et la victime n’a pas protesté puisque, je pense, elle a dû consommer le tapas qu’emballait le papier. Peut-être y a-t-il eu d’autres « préparatifs », d’autres rites. La victime a pu être placée dans un certain état physique, peut-être droguée, si j’en juge d’après ce que vous m’avez dit de son aspect. Il serait bon de faire analyser ces tapas ou pour le moins leurs emballages… Ensuite, ils lui ont exposé les conditions dans lesquelles se déroulerait le rituel, et son but : il s’agit de faire naître une « terreur sacrée », le « mysterium tremendum » qui constitue le corollaire inévitable d’une prise de conscience de la manifestation du sacré, de l’ordre d’une présence divine, par exemple, forcément suivie de la béatitude, de la « fascination », au sens fort, qui précède immédiatement l’Acte de Foi, pour reprendre un langage chrétien, l’Augustum avoué, l’autorité absolue que l’on reconnaît au dieu à qui l’on va rendre hommage par le sacrifice. L’idéal étant que la victime participe à cet hommage, bien entendu… Et tout cela s’achève par l’Enthousiasme, pris bien sûr dans son sens étymologique : l’envahissement par le dieu… Vos trois petits papiers ont été placés dans le bon ordre, commissaire…
- Mais alors, l’assassinat de Luis ?
- … est un sacrifice humain. Et même un sacrifice apollinien, si je ne m’abuse.
- Apollinien ?
- Lié aux mythes d’Apollon. C’est très cohérent et cela complète ce à quoi j’avais pensé lorsque vous m’avez parlé de l’horrible supplice infligé à Luis. J’ai vérifié, fouillé dans mes bouquins. Mes souvenirs étaient vagues, mais… Voilà ce que racontent les récits mythologiques : cela fait penser à un certain Marsyas, un satyre phrygien qui a eu la malchance de ramasser une flûte qu’avait fabriquée Athéna. Parce que d’en jouer lui déformait le visage, Athéna avait jeté cette flûte qui provoquait les quolibets de ses copines. Marsyas est devenu si habile au jeu de l’aulos, qui est le nom donné à cette flûte double, qu’il a prétendu concourir avec Apollon, qui, lui, jouait admirablement de la lyre. De la lyre qu’il avait inventée, bien sûr. Et ce concours, jugé par les Muses, donne Apollon vainqueur puisque Marsyas n’a pu l’égaler en jouant, comme Apollon l’en a défié, en retournant son instrument. Pour le punir de son audace de s’être mesuré à lui, Apollon a écorché vif le pauvre Marsyas… Au passage, d’ailleurs, le roi Midas, qui faisait partie du jury, a hérité d’une paire d’oreilles d’âne pour avoir tranché en faveur du flûtiste…
Les Grecs appellent « hybris » tout comportement de démesure, en particulier, celui qui consiste à défier les dieux. Nous serions donc en présence de gens qui se prennent pour des dieux et « sacrifient » ceux qui leur « manquent de respect », ou plutôt, qui cèdent à la démesure de vouloir les égaler. Avec la double fonction d’un sacrifice de punition / expiation et de célébration. Rédemption diraient les chrétiens… Ça pue la secte… 

  Un silence…

 
Mouchoir se lève discrètement pour allumer les plafonniers. La nuit tombe et la tension est telle que personne ne semble s’en être aperçu.

  - Et Mouye ? demande Clèm.
- Apollon est appelé aussi l’Archer. Inventeur de la lyre, maître de l’arc… Ce sont des instruments similaires et vraisemblablement issus l’un de l’autre. L’ensemble est très cohérent. Apollon solaire tue ses ennemis à coups de flèches.
 

- Mais… en quoi Luis aurait-il manqué de « respect » à ces gens ? demande Victor dont le cartésianisme se révolte.
- Je n’en sais rien. Peut-être n’est-il qu’une victime symbolique : il travaillait pour nous… C’est nous qui sommes visés. Nous, et les Goums…
-… qui par ailleurs utilisent la flûte, interrompt Victor pensif…
-… instrument également connu pour être celui du dieu « antagoniste » d’Apollon, Dionysos, reprend Jeanne… Avec… mais là, je m’avance… avec quelque chose de paradoxal…
- Oui ? l’encourage Eusèbe…
- Avec une sorte d’inversion : les Numéros tuaient « du dedans », avec leurs crabes. Les écorcheurs auxquels nous sommes confrontés tuent « du dehors »… Je ne sais pas si cela signifie quelque chose ou si c’est une simple intimidation par l’horreur. Mais une chose est sûre : ces gens-là connaissent les Goums, nous connaissent. Pour moi, il ne fait aucun doute qu’ils sont très proches des Écolocroques !
  - Le sous-marin ! s’écrie Victor.
- Pouacre ! s’écrie Clémentine.
- Pouacre ? demande Ravot.
- C’était leur Numéro Cinq, celui que les Goums ont épargné, comme vous avez entendu le dire par Amaïa, précise Eusèbe.
- Ils l’ont laissé partir en Finlande, à la base d’Andøya, reprend Victor. Leur école de cadres était située à Andøya. Nous l’avons fermée bien sûr. Mais qu’est-il advenu de ses professeurs, de ses élèves ?
- Je me souviens que cela a été vérifié, poursuit Clèm. Et vérifié par la commission de l’ONU dont s’occupait Arthur : aucun ne connaissait l’existence de la base et ils ont été relâchés dans l’amnistie générale. Mais nous avons conservé leurs coordonnées quelque part au bureau N°1. Et… je crois me souvenir que Boufigue a étudié là-bas. Il est aussi probable que Finette, qui est arrivée en même temps que lui, ait suivi le même cursus, mais nous n’avons pas réussi à retrouver en quoi consistaient ces études, mise à part une formation commerciale de haut niveau… Ces étudiants étaient censés créer un réseau de boutiques, diffuser une propagande écolo assez classiquement vertueuse. Nous sommes seulement certains que plusieurs enseignants ont disparu avant que nous ayons pu intervenir. Nous ne les connaissons que par quelques allusions, quelques déclarations des étudiants débutants que nous avons pu interroger. Tous les autres étaient partis sans laisser d’adresse.
 
- Il faudrait pouvoir y aller, grogne Eusèbe, retourner tout ça, repartir de zéro et ne plus s’arrêter cette fois à une « diplomatie » dépassée : les tueurs sont revenus. Ils préparent quelque chose… Je vais contacter le Président, et voir s’il est capable de penser à autre chose qu’aux élections du mois de septembre.

  On frappe à la porte. Mouchoir ouvre à Toto, le portier, qui porte un paquet volumineux :

- Un policier en uniforme a apporté ceci de la part de l’inspecteur Lepif à l’intention du commissaire Ravot. Il a dit que c’est urgent qu’il faut qu’il regarde tout de suite pour donner son avis. Le policier attend en bas, je ne l’ai pas laissé monter… (Toto n’aime pas les uniformes).

- Merci, je vais regarder si vous le permettez.
 
Ravot, qui s’est approché, lui prend le paquet des mains et le pose sur la table. Paquet cubique enveloppé sommairement de papier kraft. Toto reste dans l’embrasure de la porte.

  Cela introduit une certaine détente, une petite distraction…

- Lepif ne m’a certainement pas dérangé sans une raison sérieuse, je vous demande pardon…
- Faites, encourage Eusèbe. C’est peut-être une information supplémentaire, un élément nouveau…
 
Ravot déchire le papier grossièrement scotché, qui découvre une grande boîte de bois blanc fermée par un couvercle emboîté.

  Et puis il soulève le couvercle.
 

Un sifflement…

  - Attention, bombe ! A terre !!! s’écrie Eusèbe qui a lui-même confectionné suffisamment de colis piégés dans sa jeunesse pour savoir comment cela fonctionne. Mais il n’a pas le temps de réagir, de se jeter à terre comme il le voudrait qu’une explosion étouffée déchire le paquet…
 
Cris, fumée, confusion…

  Une pluie froide arrose la pièce et tous ses occupants…
 
Une pluie grasse projetée par l’explosion dont la fumée se dissipe rapidement…

  Il n’y a ni blessés ni dégâts, rien qu’une stupeur horrifiée.

 
Les murs, le plafond et tous les occupants sont couverts de sang.

  Du sang que contenait le paquet.

 

L’INITIATION DES POLITIQUES / P2C2E11

P2C2E11 (Partie 2 / Chapitre 2 / Episode 11)

  N° 112 / L’INITIATION DES POLITIQUES / P2C2E11

  C’est l’histoire où Daniel Forpris initie Gertrude Pilon, le Maire et le Conseiller en matière d’économie électorale à

la Nouvelle Réna. Dont nous découvrons le Rituel d’Intronisation par la même occasion. 


  Mardi 3 mai
19 heures
C’est tout naturel


  - Crébonsoir, s’écrie Gertrude, soulevée d’enthousiasme à l’idée des foules nombreuses défilant sous l’égide de la Nouvelle Réna !

  Et son cri de joie pure fait sursauter le maire assis à côté d’elle dans le vaste bureau de Daniel Forpris qui leur expose, allègre, les amples perspectives de son plan marketing.

  En écho, Varochaix se fend, et en français encore, d’un « C’est-tout na-tu-rel », qu’il scande comme la pub que martèle France Info, et Hilarion-Jovial rosit d’un tendre bonheur simple.

 
Il est très bon, Daniel, pour exposer, presque sans notes, un projet commercial abstrait et compliqué, emporter un marché, convaincre un Acheteur[1] que ce dont il a besoin, c’est justement du truc, du bidule, du machin qu’il veut vendre. Alors, vous pensez bien, lorsqu’il s’agit de vendre rien moins que l’avenir ! L’Avenir !!!

  - Et ainsi, mes amis, serons-nous, que dis-je ! serez-Vous, placés en tête d’une restructuration des forces vives de la terre entière qui, par simple effet de boule de neige, ne pourra que nous suivre ! Vous suivre !!!

 
On applaudit.

  Mais Daniel est trop bon vendeur pour se contenter de ce facile effet d’approbation, et il sait qu’il lui faudra apporter des Résultats[2] pour qu’au-delà de l’enthousiasme du début, le Marché s’installe dans la durée, évitant de la sorte que l’adhésion de départ ne soit ensuite perçue au travers d’un dramatique déficit dans la communication positive et ne tende à l’évictionnel. C’est en cela que le Vendeur se distingue du simple histrion qui n’aura à emballer que le public d’un soir.

 
C’est donc avec un modeste sourire qu’il invite ses « amis » à visiter son installation pilote (Saint Tignous sur Nivette, toujours en pointe, possède la seule installation de ce type au cœur du premier et du plus élaboré des Super Trocs, où nous nous trouvons, mes biens chers amis, grâce à notre Saint fondateur Arnaud Boufigue et à ses généreux Inspirateurs et Financeurs de l’OSARM, grâces leur soient rendues !), et à leur offrir une Initiation démonstrative.

  On se lève, dans la chaleur du sentiment de communauté partagée qu’a fait naître l’éloquence de Daniel. Ah, que c’est bon, de se sentir les coudes ! Jusqu’au maire, qui en viendrait presque à trouver Hilarion-Jovial touchant dans son émotion juvénile ; jusqu’à Hilarion-Jovial qui en viendrait presque à trouver le maire sympathique du fond épais de son sourire mou…

 
Et avant de sortir de son bureau, Daniel profite du léger brouhaha qui les fait se presser vers la porte, pour les rassembler en cercle, comme les membres de l’équipe de basket autour du coach, leur joindre, en une seule poignée symbolique, des mains pour une fois solidaires, et les faire s’exclamer, d’une même voix, dans un même rythme et d’un même coeur, de Gertrude à Varochaix et du maire à Hilarion-Jovial (lui, qui cultive une image si réservée) : « C’est-tout na-tu-rel » !!!

  Le petit groupe ainsi momentanément soudé descend du bureau pour rejoindre la Salle de Troc où s’affairent les derniers troquistes de la soirée (on ferme à vingt heures).

  Une grande affiche représentant le visage extatique de Finette s’ouvre à leur approche sur la porte à double battant qu’elle dissimulait : c’est par là que se presseront les foules des Postulants futurs…
  C’est par là qu’ils quittent l’éclat et le bruit joyeux entretenus dans la Salle de Troc, pour le silence et la pénombre savamment dosés du Couloir large de trois mètres, entièrement floqué de noir et coupé de trois chicanes qui le transforment en amorce de labyrinthe au bout duquel se distingue la lueur vaporeuse du narthex.

  - Je vais vous laisser poursuivre sans moi, précise Daniel Forpris, je vous retrouverai dans

la Grande Salle : il faut que je me change pour vous y accueillir. Je vous demanderai de vous déchausser dans le narthex où se trouvent des casiers sécurisés dont vous conserverez la clé. Ne vous inquiétez pas de la vapeur qui y règne : son odeur d’encens fait partie de la mise en condition utile à la participation active des Postulants que vous êtes censés être… Gertrude vous guidera…

  Gertrude, à qui Daniel a montré les lieux le matin même, après qu’il ait souscrit à ses amples besoins, se rengorge :
- Ne t’inquiète pas, je serai digne de ma Mission…

  Et les Portes du Couloir se referment silencieusement derrière Daniel lorsqu’il a regagné

la Salle de Troc…

  On entend une vague rumeur monter du narthex, aussi vague que la lueur sur laquelle ils se guident, aussi vague que l’odeur d’encens et de fleurs fraîches (menthe, citronnelle, rose, violette ? bien malin qui pourrait le dire, les aromaticiens qui l’ont mise au point ont veillé à rester dans l’indécis) qui sourd au ras du sol et se renforce lorsqu’ils s’avancent, malgré tout un peu inquiets de toute cette mise en scène :
- C’est très élaboré comme accueil, observe Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, qui estime l’effort marketing à l’aune de ses propres recherches de communication, confortées par celles de sa soeur.
- Et vous n’avez encore rien vu ! prévient Gertrude, fière d’être celle qui sait et d’en remontrer aux huiles qu’elle pilote (pour Varochaix, ce serait plutôt une huile de vidange, ne peut-elle s’empêcher de pouffer en elle-même, et, filant la métaphore, pour Hilarion-Jovial, et ce qu’elle en connaît, elle voit très bien l’huile à salades, ce qui l’amène à repouffer in petto. Ses trois « clients », du coup, se demandent où ils ont mis les pieds, avant de se rappeler que la fille est réputée pour avoir un grain. Mais justement, choisir un guide pas très net, décrédibilise ceux qui l’ont désignée, et donc…).

  Mais on arrive dans le narthex, pièce de bonne taille, toujours floquée de noir, aux murs couverts de casiers fermés chacun par une clé fluorescente.  On y voit plus clair que dans le Couloir, mais quand même, ce n’est pas le plein soleil ! D’autant que cet éclairage réduit se trouve mêlé à de subtils effets d’ultraviolets qui donnent aux visages et aux mains un aspect blafard passablement sinistre, et qui fait éclater le blanc des chemises, des dents et des yeux…

 
La musique se renforce, sourd grattement, lourd grondement de guitares, enveloppante, insidieuse, et l’odeur d’encens s’accentue tandis qu’une voix venue de nulle part, avec des moelleux d’hôtesse de hall d’aéroport, leur susurre des mots d’accueil entrecoupés de « C’est tout naturel » scandés dans le rauque haletant d’une contralto au bord de l’orgasme, tout en insistant sur le fait qu’ils doivent « absolument » se déchausser et déposer leurs bagages à main dans les casiers réservés à cette fin, sans oublier d’en conserver la clé numérotée, merci… 

  On s’exécute, avec des petits rires gênés de grandes personnes qui joueraient aux billes dans la cour de récré pendant que les enfants sont en classe.

 
La vapeur d’encens s’est encore accentuée, jusqu’à presque saturer l’atmosphère, et s’y mêle une autre odeur… Une autre odeur… indéfinissable…

  Le blanc des yeux s’est agrandi, les sourires se font plus larges. On se trouve tellement sympathiques, tous, ici, si gentils…

  Les portes du fond du narthex se sont ouvertes et un grand souffle frais et parfumé d’herbe fraîchement coupée (la tonte du gazon, le samedi après-midi, dans la maison de campagne, quand on oublie tous les ennuis de la semaine pour suivre le pout-pout de la vaillante petite tondeuse…), un grand souffle balaie l’odeur d’encens, et les Postulants, ravis, pénètrent dans la Grande Salle, disposée comme un cercle autour de l’arbre central : le Putier…

  Au pied de ce putier aux branches chargées de fruits rutilants et de fleurs délicates, éclairé on ne sait comment à la fois par-dessus et par-dessous, Daniel Forpris, vêtu d’une tunique blanche ceinturée d’une cordelière pourpre, arbore à hauteur d’épaule une fibule rouge en forme de lyre.

  Sur le mur du fond s’allument alors les lampes à éclats de la grande lyre qui était jusqu’ici restée invisible, et dont le scintillement éclipse d’un coup la lueur du putier central.

Cette lumière vive et mouvante dévoile trois silhouettes jusque là restées invisibles, qui se détachent du mur du fond où elles étaient adossées, immobiles, perdues dans l’ombre, et qui s’avancent, en ondulant des hanches, vers les Postulants. Trois jeunes femmes, vêtues d’une courte tunique, attachée à la taille par une cordelière blanche, qui dévoile leurs cuisses nues. Elles arborent la lyre noire des Initiés au-dessus du sein gauche…

 
Elles s’avancent, tandis que la musique se mue en simple accompagnement de Daniel Forpris qui psalmodie, les yeux clos et les bras à demi levés, avec des accents mesurés de prélat à l’office lançant à l’assemblée un fervent « Dominus vobiscum » :

  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue,  
 

Et les filles répondent, sur le même ton, comme un « Et cum spiritu tuo », mais selon le rythme devenu habituel :
  C’est-tout na-tu-rel…
 

Les filles prennent chacune l’un des Postulants par la main et le guident dans une déambulation  circulaire autour du Putier central, tandis que Daniel Forpris enchaîne :
  La force de son chant
La tension de son arc
 

Et que les filles, maintenant accompagnées par les Postulants répondent :
  C’est-tout na-tu-rel…
 

La souplesse du sol leur donne l’impression de marcher sur un nuage de guimauve…
  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
 

Leur vision se trouble quelque peu, ils se sentent si bien…
  C’est-tout na-tu-rel…
 

La farandole se meut dans un espace léger où l’air devient ouaté, où les sons se colorent :
  La vigueur de son bras
Et son œil infaillible
 

Les mains chaudes des filles leur réchauffent les bras, la nuque, les reins…
  C’est-tout na-tu-rel…
 

Tout en tournant en rond, sans même les toucher autrement que des mains sur la paume des mains, sans leur parler plus loin que des mouvements doux de leurs lèvres gonflées, elles se font caresse, tendresse, douceur…
  Nous célébrons l’Élu,
Nous célébrons l’Élue
 

Comment donc sont tombés ces vêtements stupides qui les couvraient encore l’instant auparavant ? Ils ont roulé à terre, sur ce sol si moelleux qu’il semble une prairie poussée sur de la soie et se mêlent aux filles, haletantes et languides qu’ils besognent au rythme de la musique lourde :
  C’est-tout na-tu-rel…
  Gertrude seule debout, les bras levés au ciel et ondulant du cul, tourne encore, ravie, autour du grand Putier au pied duquel, hilare, Daniel Forpris triomphe.

  Ça a duré longtemps, mais il a bien fallu que ça s’arrête. Après que les hoquets des uns et puis des autres ont montré que, ma foi, tout avait une fin, Daniel a fait un signe et la musique, qui poursuivait son rythme, s’est éteinte doucement. 

  Et Daniel est venu, les a fait relever (ils dormaient plus ou moins entre les cuisses ouvertes des filles qui, patientes, attendaient que ça passe), leur a tendu à chacun une tunique blanche. Les filles, relevées elles aussi, les ont aidés à les enfiler, à nouer les ceintures blanches :
- Bienvenue, Frère Varochaix, dans la Nouvelle Réna…
- C’est tout naturel, a répondu Varochaix avec le large sourire de celui qui adhère à son destin.
- Bienvenu, Frère Maire, dans

la Nouvelle Réna…
- C’est tout naturel, a répondu le maire avec le large sourire de celui qui vient de se vider agréablement les couilles.
- Bienvenue, Frère Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse, dans

la Nouvelle Réna…
- C’est tout naturel, a répondu Hilarion-Jovial de Sainte Fouillouse avec le large sourire de celui qui vient de tromper sa femme, sa mère et sa sœur, pour une fois sans avoir peur…
- Bienvenue, Sœur Gertrude, dans

la Nouvelle Réna…
- C’est tout naturel, a répondu Gertrude qui en avait profité pour se mettre à poil et n’éprouvait pas le besoin de se trouver une tunique mais tendait la main pour explorer les dessous de celle de Daniel.
- Bon, mais alors, vite fait, lui a-t-il répondu lorsqu’elle a découvert qu’il avait des ressources.
- Mais, c’est tout naturel, a-t-elle confirmé en s’appuyant sur l’arbre pour lui tendre la croupe.

  Et sous les encouragements des nouveaux Initiés qui claquent dans leurs mains pour donner la cadence, il écarte des doigts la barbe de Filochard pour se plonger dare-dare dans le cœur clapotant de Gertrude ravie.

  Les tuniques remises, les fesses pacifiées, chacun se congratule là où ça le démange, Varochaix au destin, le maire sur les couilles, Hilarion-Jovial à sa fidélité, et Gertrude, scratch, scratch, dans la barbe de Filochard.

 
Et plaf ! 

  C’est avec un grand bruit, que choit alors des branches du putier luminescent, un gros paquet gonflé, une baudruche informe, pâlotte et poilue qui roule jusqu’à leurs pieds. 

 

Quoique bien enchnoufés, ils allaient sans aucun doute se poser des questions lorsque d’un geste large, et la mine horrifiée, Daniel les en écarte et le pointant du doigt :
- Le Grand Putois !!! C’est le Grand Putois Putassier !!!

  Surpris, les nouveaux Initiés, qui n’ont pas encore assimilé toute la doctrine de la Nouvelle Réalité Naturelle, ont cependant compris que c’était plutôt du genre « Pabel Bébeett », comme dirait Tapamilastiko (grand guerrier Chahutas, grand pêcheur de piranhas et grand chasseur de marsupilamis)[3], que ce devait être une sorte d’ennemi…

- C’est l’Ennemi, confirme Gertrude toujours à poil.

  Et chacun d’interpréter in petto : l’Etat français, les Malfort, le fisc, le maire, Hilarion-Jovial, les OGM, selon sa préoccupation